<body> <div style="margin:auto;text-align:center"> <script type="text/javascript"><!-- google_ad_client = "pub-3071149034352913"; /* 728x90, date de création 05/12/08 */ google_ad_slot = "3989913953"; google_ad_width = 728; google_ad_height = 90; //--> </script> <script type="text/javascript" src="http://pagead2.googlesyndication.com/pagead/show_ads.js"> </script> </div>

«Une vingtaine» !

http://delugio.zeblog.com/

« Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française » !

* * * * * * * * * * * * * * * *


Événements en Côte d'Ivoire. Essais de mise en perspective...

 DeLugio


Voir aussi :
"Une vingtaine" ! (environ)

Éléments d'histoire & autres considérations :
Une autre histoire...


* * * * * * * * * * * * * * * *

« Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur »


« Le mensonge se lève
très tôt mais la vérité
finit par le rattraper »


* * * * * * * * * * * * * * * *

Liens

Catégories

Blog

À consulter :

Billets

Pages

Calendrier

« Juillet 2009
LunMarMerJeuVenSamDim
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031 

Compteurs

Rechercher

Page précédente / Page suivante

<div style="margin:auto;text-align:center"> <script type="text/javascript"><!-- google_ad_client = "pub-3071149034352913"; //468x60, date de création 04/12/07 google_ad_slot = "5435635884"; google_ad_width = 468; google_ad_height = 60; //--></script> <script type="text/javascript" src="http://pagead2.googlesyndication.com/pagead/show_ads.js"> </script></div> <a name='e396720'></a>

&

Par Delugio :: samedi 31 janvier 2009 à 17:36 :: Général

«M. Védrine fait ses amitiés au Chef de l’Etat ivoirien»

Par Delugio :: dimanche 21 septembre 2008 à 8:14 :: Analyses & commentaires




Petite phrase au cœur d’un bref article du journal ivoirien Notre Voie : « M. Védrine dit avoir profité de sa présence en terre ivoirienne pour faire ses amitiés au Chef de l’Etat ivoirien »

Vae victis : le dicton latin, « malheur aux vaincus » résumerait-il la situation… de J. Chirac ?

Alors que les visites de personnalités françaises de la politique étrangère se multiplient — après celles des cadres du PS qui ont manifestement oublié leur précédent alignement sur l’ancien Président français — telle est la question qui se pose : vae victis ?

Il semble ne subsister de l’ancien contentieux qu’un mauvais souvenir… qui risque de porter plus de conséquences qu’on ne croit, tandis que Védrine est venu expliquer sa vision des relations économiques Europe-Afrique en des termes qui ne manqueront pas d’être entendus comme bien frappés au sceau de la Françafrique…

Cette lecture à présent plus spontanée que jamais — à l’aune du soupçon — pourrait être une part non-négligeable de l'héritage de la crise franco-ivoirienne qui a habité le cœur du second mandat de J. Chirac.


L’article de
Notre Voie — vendredi 19 septembre 2008 — http://news.abidjan.net/article/?n=304657 :

« 
Audience du Chef de l’Etat: Hubert Védrine chez Gbagbo 
»

par
Serge Armand Didi


« 
M. Hubert Védrine, l’ex- ministre français des affaires étrangères, a été reçu en audience, hier, par le président de la République, védrine-gbagbo.jpgLaurent Gbagbo, au palais présidentiel, au Plateau.
M. Védrine dit avoir profité de sa présence en terre ivoirienne pour faire ses amitiés au Chef de l’Etat ivoirien avec qui il a parlé des relations Europe-Afrique dans le cadre de la mondialisation.
Il a toutefois ajouté que les échanges ont également porté sur l’importance des relations de l’Afrique avec ses autres partenaires (Etats-Unis, Inde…) et du progrès de la bonne gouvernance sur le continent noir.
L’homme politique français a plaidé pour le changement des mentalités afin de donner de meilleures chances à un partenariat Europe-Afrique.
M. Hubert Védrine, ex- député (1978), ex- ministre des affaires étrangères (2002), séjourne en Côte d’Ivoire à l’invitation du ministre ivoirien de l’économie et des finances, M. Charles Koffi Diby.
Le ministre Diby l’a invité à prononcer une conférence dans le cadre d’un programme de renforcement des capacités managériales de son personnel. “Le regard de Hubert Védrine sur les relations Afrique – Europe”, a été le thème développé.
Notons qu’en 2007, Hubert Védrine a rédigé un rapport sur la France et la mondialisation. »





"Demain je reviendrai"

Par Delugio :: samedi 06 septembre 2008 à 18:28 :: Général



La suite ici.





À méditer — lu chez Harris Memel-Fotê :

Par Delugio :: mardi 20 mai 2008 à 17:01 :: Livres




Au temps de la conquête coloniale, le système terminologique privilégiant l’euphémisme — « serviteur », voire « non-libre » pour désigner l’esclave intra-africain —
« est
idéologique : par son caractère arbitraire, par sa signification politique et non théorique, par sa fonction de masque.
À la racine d'une telle opération, se trouvait une double contradiction historique : la première contradiction oppose l'impératif moral de l'émancipation des esclaves, proclamé en France par la Révolution de 1848, à l'impératif économique de la colonisation, l'humanisme à l'impérialisme ; la seconde contradiction oppose l'impérialisme colonial à la lutte des classes qui sévit à l'intérieur des sociétés africaines en résistance. Pour établir et consolider le régime colonial, l'État impérial avait besoin, contre les peuples, d'une alliance avec les chefs de la résistance anticoloniale — comme Lat Dior du Sénégal —, chefs patriotes à coup sûr, mais chefs propriétaires d'esclaves aussi, hostiles dans le principe comme dans le fait à toute politique d'émancipation des esclaves. Or, dans la stratégie de l'alliance, l'artifice de langage pouvait avoir trois effets. D'abord, aux maîtres, il a confirmé le droit de propriété sur les esclaves et apporté un nouveau gage juridico-politique. Outre que ce parti pris constituait le premier complot des nouveaux et des anciens maîtres réunis contre les esclaves, les euphémismes et la négation verbale de l'état d'esclave pouvaient ensuite donner aux esclaves une illusion d'émancipation. Enfin, face à l'opinion internationale, cette diversion politique camouflait un déni de justice […].
Quand, pour finir, on passe aux sociétés post-coloniales contemporaines, on s'avise que cette vision idéaliste de l'esclavage interne aux sociétés sans État trouve aussi une justification dans les idéologies de la spécificité socio-culturelle ou idéologies communautaires que les intellectuels produisent pour rallier toutes les classes aux fronts de lutte anticolonialiste. »

Harris Memel-Fotê, L’esclavage dans les sociétés lignagères de la forêt ivoirienne (XVIIe-XXe siècle), CERAP/IRD, 2007, p. 37.




In memoriam Harris Memel-Fotê (1930-2008)

Par Delugio :: lundi 12 mai 2008 à 23:26 :: Articles de presse




Harris Memel-Fotê né en 1930 à Mopoyem (Dabou), en Côte d’Ivoire, est décédé le 11 mai 2008.


Pleinement d'actualité, la contribution d’Harris Memel-Fotê à l’étude de l’esclavage est particulièrement précieuse. Un article sur son travail, par Marie-Josée Hourantier :

Notre Voie —
http://www.notrevoie.com/

jeudi
3 Avril 2008 —
http://news.abidjan.net/article/index.asp?n=288052 :

« La célèbre femme de culture d'origine française, Marie-Josée Hourantier, ouvre à travers ce texte à la fois saisissant et d'actualité, un débat sur l'épineuse question de l'esclavage. Un texte inspiré de la thèse de l'éminent anthropologue Harris Mémel-Foté : l'esclavage dans les sociétés lignagères de la forêt ivoirienne (17°-20° siècle), publié aux Editions du Cerap et Ird Editions. » :

0be012eed23803d1f52a13d6cae6a88f.jpg
La "rédemption" de l'esclave

« Dans sa volumineuse thèse, Harris Memel-Foté a rigoureusement analysé l'esclavage dans les sociétés lignagères tant sur le plan économique que politique et sociologique. Il l'a étudié sous le contrôle de neuf sociétés différentes, Abè, Abidji, Abouré, Alladjan, Bété, Dida, Kweni, Neyo et Adjoukrou durant deux siècles. Ainsi nous a-t-il fourni une documentation riche et stimulante tout en alimentant une réflexion sur notre époque encore imprégnée par ce que nous considérons comme une atteinte aux droits de l'homme. Le chapitre sur lequel nous voulons nous pencher plus particulièrement est celui qui traite de la "rédemption" de l'esclave, le passage de son état de sous-homme à son rachat. Comment part-on d'une relation d'inégalité et d'instrumentalisation à un état d'homme social avec un nom, un totem, une famille ? Les esclaves totalement réifiés étaient traités comme les instruments de la reproduction des maîtres, de la société. Ils n'étaient qu'outils de production, exploités absolus, à qui échappait la majeure partie du produit de leur travail. Utilisés aussi comme offrandes en sacrifices, désignés pour une mort rituelle, ils exaltaient la richesse des maîtres et aidaient au rétablissement de l'harmonie sociale perturbée. Déjà l'exigence d'une abolition définitive de l'esclavage avait été invoquée par la France pour légitimer la conquête coloniale. Mais sur le terrain, on rencontrait bien des difficultés quand les mesures brutales d'abolition risquaient de perturber gravement l'économie locale qui utilisait la main-d’œuvre servile. Avec le principe de "rédemption", même s'il fut limité en extension et parfois en durée, on n'en retenait pas moins un effort d'humanisme et une première rupture, si minime soit-elle: Aucune condition sociale n'étant définitivement arrêtée, certains esclaves grâce à certaines circonstances ont donc obtenu un statut social supérieur, une "promotion", une sorte de "rachat". Dans la masse des déchus, ils ont pu accéder au statut "des gens du commun", grâce à leur mérite, à une part de chance, et surtout pour les besoins de la société.

Les valeurs sociales pour une "rédemption"

Ces rédemptions ont reposé sur la plupart des valeurs qui expriment les fonctions essentielles de la vie en société : La première valeur est le savoir, savoir du devin ou du prêtre, savoir du thérapeute, connaissances traditionnelles telles que le seke (connaissance de la force vitale). La deuxième valeur est le courage, vigueur physique et bravoure chez les agriculteurs - chasseurs. Cet idéal avait une fonction économique et sociale, stratégique et politique. La troisième valeur est la beauté qui résume les précédentes et dont l'exemple le plus connu est le bagnon bété, beauté physique et morale de l'homme. Du bel homme, la société exigeait qu'il soit aussi homme de bien, généreux et solidaire, un artiste au sens parfait du terme. Pour qu'il réalise ce modèle, le bagnon recevait une éducation touchant à son alimentation, aux soins du corps, aux coutumes et à l'art.

L'idéal esthétique impliquait une conception globale de l'être humain, une quête d'équilibre et de perfection dans l'individu et la société. La beauté pouvait apporter à l'esclave l'épanouissement qui l'exposait moins au risque d'être exclu ou vendu. Pour la société, la beauté était une force de rayonnement, d'attraction et de renforcement. C'est la synthèse des arts et le spectacle de la beauté pure, loin d'être banalisé s'inscrivait dans le registre de l'exceptionnel, de la fête libératrice. Dans ces moments de contemplation, de communion, le peuple était dans une joie esthético-religieuse de l'affirmation de soi à travers l'identification à ce mythe solaire de l'apollon incarné. La société avait compris qu'il était bon de cohabiter avec le bagnon pour obtenir la grâce d'une joie esthétique perpétuelle.

Enfin la quatrième valeur est le talent, que la société a retenu dans deux domaines stratégiques, l'art et le commerce. Cette valeur met l'accent sur l'excellence technique, effet conjugué d'une prédisposition naturelle et d'une disposition culturelle. Mise au service de l'art, elle manifeste la fonction centrale de ce dernier dans la vie de la communauté. L'art est consubstantiel, est l'unité et l'identité de substance avec tous les actes créateurs, cultuels, ludiques etc. Les échanges d'artistes et d’œuvres d'art entre villages, les échanges de savoir et de produits alimentaires, sont indispensables à la survie de la société, à l'ouverture, symbole de richesse.

Le processus de "rédemption"

Ce processus de rédemption est caractérisé par deux modalités essentielles : la promotion au rang d'"homme du commun" et l'accession au rang de chef, compte tenu que les esclaves rédimés restent minoritaires. Si l'esclave se fait ainsi remarquer par son mérite, une connaissance médicale ou s'il est beau, il prend un nom et reçoit une épouse. Il est donc sauvé de la mort, de l'exclusion et de la servitude. Ses vertus l'ont transformé et lui ont permis l'accession à une nouvelle vie. La promotion au rang de chef est plus rare. Par un acte souverain du maître, l'esclave peut bénéficier de cette dévolution. Quand le lignage était menacé de dissolution physique, on pouvait recourir à la reproduction des esclaves, de même en l'absence de direction ou de représentation officielle. Tout cela sans que ce fut une révolution. Ainsi malgré leur exemplarité, ces rédemptions ont été néanmoins marqués par deux limites : les fondements que nous avons évoqués restent exclusifs et partiaux. Ils ont exclu la valeur économique proprement dite, la richesse, la valeur politique et la sagesse.

Pourquoi la richesse ? Parce que les biens de l'esclave appartenaient au lignage possesseur. Ensuite elle conduisait au pouvoir politique, richesse et pouvoir s'entretenant mutuellement tandis que la domination politique était le rempart des hommes libres. La sagesse, gouvernant l'activité politique, impliquait la connaissance de l'histoire et de la culture du peuple, l'esprit de justice pour rétablir la vérité et le droit quand ils sont violés, l'esprit de concorde pour restaurer la paix, l'autorité morale de l'homme cultivé, juste et pacifique, qui peut être écouté et obéi. En déniant cette qualité aux esclaves, les maîtres consolidaient sur le plan idéologique la hiérarchie sociale et la fonction de moyens de la production dévolue aux esclaves. Les rédemptions portaient ainsi la marque de la précarité, de la réversibilité : certains esclaves promus pouvaient connaître la rétrogradation et la vanité d'une élévation dont seuls les petits-fils devaient jouir avec une relative sérénité.

Certes l'esclavitude a toujours servi les intérêts de la société, d'une société fondée sur la hiérarchie de ses membres, chacun occupant la fonction de sa caste. L'esclave avait sa place dans un système cohérent qui privilégiait l'efficacité, la stabilité selon les lois traditionnelles. Le maître gardait un pouvoir qu'il devait exercer sur l'autre, exhibait ses richesses en hommes et en productions, la tradition perpétuait ses cultes, rites sacrificiels, rites funéraires, rites de boucs émissaires. Et la vie se déroulait à l'ombre tutélaire des Ancêtres. Combien est source d'interrogations, de commentaires, cette immense recherche qui interpelle notre conscience troublée, à l'heure des devoirs de mémoire. Un débat s'impose, une prise de conscience de notre actualité, encore esclave de ce passé, s'annoncerait ! »






Aimé Césaire, Poème pour l’aube

Par Delugio :: jeudi 17 avril 2008 à 14:57 :: Général

 



 

 


les fougues de chair vive

aux étés éployés de l'écorce cérébrale ont flagellé les contours de la terre

les ramphorinques dans le sarcasme de leur queue prennent le vent

le vent qui n'a plus d'épée

le vent qui n'est plus qu'une gaule à cueillir
les fruits de toutes les saisons du ciel

mains ouvertes

mains vertes

pour les fêtes belles des fonctions anhydrides

il neigera d'adorables crépuscules sur les mains coupées
des mémoires respirantes et voici

sur les rhagades de nos lèvres d'Orénoque désespéré

l'heureuse tendresse des îles bercées par la poitrine
adolescente des sources de la mer

et dans l'air et le pain toujours renaissant des efforts
musculaires

l'aube irrésistible ouverte sous la feuille

telle clarteux l'élan épineux des belladones



Aimé Césaire
« Poème pour l’aube »,
extrait de Les armes miraculeuses






Et ici :
Discours sur le colonialisme






Martin Luther King (15 janvier 1929 - 4 avril 1968)

Par Delugio :: vendredi 04 avril 2008 à 18:36 :: Articles de presse




D’après http://www.nobel-paix.ch/bio/king.htm
 mlk
Fils et petit-fils de pasteur Martin Luther King (MLK) est devenu un des plus grands défenseurs des droits de l'homme et de la paix de ce siècle. Élevé dans une société régie par la ségrégation (sud des États-Unis), il va très vite lutter en faveur de l'intégration des noirs dans la société américaine. Son action commence en 1955, lors de l'affaire du boycott des transports publics de Montgomery et se poursuit dans la revendication des «Civil Rights» (droits civiques).

1er décembre 1955
Rosa Parks est à l'origine du mouvement qui a mené les noirs de Montgomery, capitale de l'Alabama, à boycotter les transports publics. C'est parce qu'elle refuse d'accéder à la demande du chauffeur du bus de céder sa place à un blanc que Rosa Parks est arrêtée par la police locale. Cette arrestation fait scandale car les noirs en avaient assez de cette ségrégation dans les transports publics. Assez rapidement M.L. King a l'idée de boycotter les transports publics de la ville afin de les forcer à supprimer la ségrégation. Les noirs représentent environ 75% de la clientèle régulière, la compagnie risque de perdre beaucoup d'argent. Ce boycott est un succès immédiat, mais il va durer longtemps.  Les noirs tiennent bon, refusent de prendre les transports publics, mettent sur pied un système de voiturage, se débrouillent entre eux pour aller au travail quotidiennement. Finalement, le 13 novembre 1956, soit un an plus tard, la Cour Suprême des États-Unis déclare illégale la ségrégation dans les transports publics d'Alabama.

Quelques années plus tard, en été 1961, un mouvement de jeunes décidés à supprimer la ségrégation dans les bus qui font la liaison entre les États va se mettre sur pied. Ce mouvement de protestation prendra le nom de "Freedom Ride" (voyage de la liberté). Après quelques jours de pratique un bus transportant des "freedom riders" arrive en Alabama. Il est reçu par un comité d'accueil composé de membres du Ku Klux Klan (KKK). Les jeunes sont sortis de force du car, sont tabassés et le car est incendié!


Arrêté, injurié, menacé de mort, sa maison dynamitée, Martin Luther King ne cesse de prôner le recours à la non-violence : Rassemblements, marches (comme celle de Washington - plus de 250'000 marcheurs de la paix -), sit-in, manifestations et désobéissance civile. Il se bat également pour l'obtention des «Social Rights» (droits sociaux), car les Noirs se trouvent trop souvent dans la misère.
En 1964, il est le plus jeune lauréat du Prix Nobel de la paix a être récompensé : il n'a que 36 ans. Cette récompense traduit bien l'importance de l'engagement de cet homme charismatique en faveur des droits de l'homme et de la paix.
En 1968, à Memphis (Tennessee), M.L. King est assassiné, alors qu'il vient soutenir une grève des éboueurs de la ville. L'enquête est menée de façon hâtive, son assassin est rapidement arrêté, jugé et condamné à la prison à perpétuité (en 1996, alors qu'il est atteint d'une maladie incurable, il affirme qu'il faisait partie d'une conspiration…!).





«Réchauffement des relations ivoiro-françaises - Les dessous de la visite de Jack Lang à Abidjan»

Par Delugio :: mercredi 02 avril 2008 à 10:42 :: Articles de presse




titre Le Temps (http://news.abidjan.net/article/?n=287667) pour présenter l’article de


San Finna - http://www.sanfinna.com/Index.htm - N°457 du 31 Mars au 06 Avril 2008 :

«
VISITE IVOIRIENNE DE JACK LANG

UN PRECHE POUR LA REPARATION»


par VT :

« Même si Nicolas Sarkozy n’aime pas la repentance, encore que sur la question son appréciation soit à géométrie variable, pour ce que la Côte d’Ivoire et la France ont partagé et partagent encore en commun en termes de liens politique, économique, culturel, de sang, il est sage de revisiter le passé récent de leurs relations pour réparer ce que l’esprit malin et les incompréhensions ont pu causer comme torts. C’est ce que Jack Lang pour sa part s’est engagé à réaliser pour le compte des Socialistes en effectuant une visite en Côte d’Ivoire qui ne manquera pas d’avoir de la résonance en raison du principe même de l’initiative et des mots forts qu’il y a prononcés. Exemples. Quand on lui a demandé ce qu’il pensait des grands travaux entrepris par le président ivoirien, pendant que son pays est en crise, son propos a été d’une telle élévation qu’il est à inscrire dans le marbre de l’histoire : « Prenons l’exemple de ce que nous avons fait au Louvre à Paris. On a fait un investissement énorme, énorme. A l’époque, on a été très attaque. A cette époque, il y avait une crise aussi : elle n’était pas militaire mais financière. Je me souviens de cette belle parole de Mauroy : ‘Protégez les budgets de la culture, de l’éducation et de la recherche. Quand il y a crise, il faut laisser allumées quelques lumières. Yamoussoukro, c’est la lumière du futur »…

« On attend d’un chef d’Etat qu’il prépare le fut, qu’il ne soit pas seulement le gestionnaire du court terme… Il faut donner à un pays ou à une nation des horizons plus lointains pour se projeter vers le futur. Quand une nation a un futur, elle est plus créative, plus productive, plus inventive. Avec le Président Gbagbo, je me sens en harmonie, en connivence, en synchronie, en résonance. J’aime les gens comme lui qui sont à la fois patriotes et qui ont le sens de l’Etat ». On croit rêver quand on pense aux crucifixions quotidiennes dont le président ivoirien était l’objet dans les capitales du monde et via les médias les plus prestigieux, quand on pense qu’il fut un temps de braise où l’on courrait le risque sinon d’être dénoncé au grand Inquisiteur en tout cas d’être couvert de l’anathème d’apatride lorsqu’on osait parler en ces termes de Laurent Gbagbo.

A une autre question sur le soutien franc dont le président n’a pas eu droit de la part des Socialistes français aux temps durs où il en avait le plus besoin, Jack Lang a également choisi par la puissance de ses mots, de réparer les torts causés : « Oui c’est vrai… ce que vous dites, à l’exception de quelques-uns : Emmanuelli, Josselin Premièrement, je pense qu’en France même, il y a eu une énorme manipulation, organisée par certains médias et le gouvernement sans doute. Et quelques autres. Quoique de bonne foi, mais ça n’excuse rien, les socialistes ont été victimes ou complices de cette manipulation. Il y a également une grande part de méconnaissance et d’ignorance. Certains socialistes ont manqué de retenue et de capacité d’autonomie par rapport à la manipulation médiatique. Je suis donc venu ici avec mon ami Jean-Marie Leguen pour rétablir le pont entre les socialistes français, le Président Laurent Gbagbo et la Côte d’Ivoire. C’est le sens de notre mission. On le fera avec conviction et doigté car le Président Gbagbo est un vrai homme de gauche qui a le sens de la solidarité. Il a été confronté à des situations difficiles sur lesquelles nous allons demander une commission d’enquête ».

Si Jack Lang a fait ce déplacement historique en compagnie de Jean-Marie Leguen en Côte d’Ivoire pour renouer les ponts entre Laurent Gbagbo et les Socialistes, il faut l’en féliciter. C’est juste et courageux, c’est réparateur et ça devrait donner l’idée à Nicolas Sarkozy qui, au service de la France, rendrait un fier service à son pays, en acceptant à son tour de rendre justice à la Côte d’Ivoire pour ce qu’elle a subi et qu’elle n’aurait pas dû subir. La repentance, ce n’est pas forcément une humiliation. Manifestation d’humilité, de courage et d’honnêteté par excellence, elle est comme le pardon, au nombre de ces actes qui grandissent le plus l’être humain ! »





Hommage au Pr Harris Memel-Fotê

Par Delugio :: samedi 26 janvier 2008 à 23:41 :: Articles de presse

 

 

 

Lu dans Le Temps — samedi 26 janvier 2008 — http://news.abidjan.net/h/279696.html

« Hommage / Laurent Gbagbo à propos de Harris Memel : "C’est le Mozart africain" »


par
CG :


fb7ed7839370aa2e661a135b55b0fc50.jpg
« Des personnalités politiques, universitaires et culturelles ont rendu hier, à l`Hôtel Ivoire un vibrant hommage au professeur Harris Memel Fotê. Harris Memel Fotê ou la légende vivante. L`indéracinable docte magister a été célébré hier par le Président Laurent Gbagbo, des Professeurs d`université, des écrivains, présidents d`institutions , des journalistes et une forte représentation du Leboutou. " Mon fils est trop faible, il ne peut grimper à un palmier comme le font aisément les autres enfants, raison pour laquelle je l`ai mis à l`école, quand il sera instruit, il deviendra une multitude ". Ainsi prophétisait, le père du professeur Harris Memel Fotê. La prophétie devenue réelle. L`enfant du Mopoyem (Dabou) considéré, hier, par son père comme, un adolescent fébrile, est devenu une icône du savoir, une montagne intellectuelle dont l`exploration attire et continuera d`attirer les nombreux touristes de l`intelligentsia mondiale. Cette icône a reçu tous les honneurs dignes à de son rang de la nation entière, représentée par le premier magistrat du pays, le Président Laurent Gbagbo. "Il y a des diplômés et des intellectuels, Memel H. Fotê n`est pas un diplômé, mais un intellectuel ", a-t-il martelé. En effet, pour le Président de la République, le Professeur M. F mérite l`appellation d`intellectuel parce qu`il n`a jamais milité pour un coup d`Etat, jamais il n`a été aux côtés de ceux qui travaillent dans l`ombre pour accéder à la magistrature suprême, intellectuel parce que pur, jamais il n`a été mêlé à une magouille d`argent, en un mot incorruptible. Partagé entre ceux qu`on frappait à l`époque et ceux qui frappaient, il s`est mis du côté de ceux qu`on frappait, parce que militant de la justice et de la démocratie. " Les pensées de Memel seront connues, et continueront d`alimenter nos programmes universitaires ", car pour le président, Memel est semblable à Mozart qui a achevé dans le silence toutes ses œuvres, avant que celles-ci ne parcourent le monde entier. Mais qui est Memel Fotê ? Cet homme devenu "encyclopédie", naît à Mopoyem (Dabou), en 1930, après un cycle primaire émaillé de succès et un cycle supérieur, couronné par le Doctorat d`Etat ès -Lettres obtenu en 1988. Professeur de philosophie, assistant d`Anthropologie, maître-assistant, maître de conférence, professeur émérite de l`université d`Abidjan, associé au collège de France dans la chaire internationale et depuis 2003 président de l`académie des sciences, des cultures, des arts et des diasporas africaines (ASCAD). Par ailleurs, il a écrit plusieurs ouvrages dont les titres à eux seuls recensés remplissent plus de sept pages. Memel Fotê, un vrai monument, un océan de connaissances dont les eaux alimenteront indéfiniment nos temples de savoir et de connaissance. Rappelons que des universitaires européens et africains ont fait le déplacement pour venir rendre hommage à un Baobab de la trempe de Harris Mémel Fotê. Il s’agit du professeur Pierre Pellegrin et Madame, le professeur Samba Diarra ».




La gauche française, sa défaite aux élections et la crise franco-ivoirienne

Par Delugio :: jeudi 10 janvier 2008 à 11:59 :: Analyses & commentaires




Question : la gauche française a-t-elle un avenir autrement qu’en étant à gauche ?… Et qu’est-ce qu’être de gauche ? That’s the question, me semble-t-il. Si la question n’est pas posée, ou si la réponse tacite n’est que dans une alternative entre un pragmatisme et une bien-pensance qui se moque du concret, la gauche est de toute façon en mauvaise posture !

Pour apporter une contribution (qui vaut ce qu’elle vaut) au débat, je propose comme pivot incontournable de ce qu’est être de gauche — et je vais essayer d’argumenter — les grandes déclarations de droit issues des révolutions modernes, ce que je résumerai par l’article 1 de la Déclaration des Droits de l’Homme (DH) et du citoyen : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ».

Voilà qui peut sembler un peu bateau ! pour ne pas dire tautologique… sans compter que j’entend déjà nombre de ceux qui se veulent de droite clamer leur revendication de cette affirmation. Je précise donc que je ne dis pas qu’être de droite implique ne pas se reconnaître dans cette égalité en droit et en liberté de tous les hommes. Je dis simplement qu’on ne peut pas être de gauche si on lâche ce pivot de l’héritage révolutionnaire.

On sait que la gauche, historiquement, est le camp de ceux qui se posent du côté de l’acquis révolutionnaire constitutionnel (éventuellement contre le pouvoir royal) face à ceux qui, à droite, se rangent du côté du pouvoir royal (éventuellement contre l’acquis constitutionnel). C’est ainsi que par la suite la droite sera considérée comme se positionnant en réaction à l’acquis révolutionnaire. Cela selon le vocabulaire hégéliano-marxiste : la droite est le mouvement réactionnaire, le mouvement global en réaction contre le progrès de l’histoire, selon ladite classification hégéliano-marxiste qui se nomme ainsi elle-même progressiste.

On pourrait discuter ce vocabulaire et ses sous-entendus téléologiques. Il reste de cette classification philosophique qu’effectivement, pour longtemps, le camp qui s’oppose au mouvement révolutionnaire n’offre pas d’autre revendication que sa propre réaction. Il est connu que la droite ne se donne pas d’événement fondateur. Elle se veut retour à un passé que les événements fondateurs de la gauche, c’est-à-dire les étapes franchies dans l’extension de l’acquis donné dans la Déclaration révolutionnaire, ont fait perdre.

Dire cela n’empêche certes pas de discuter la légitimité des motifs des réactions simultanées ou successives qui font la droite comme réaction — depuis la réaction contre le désordre induit par la désacralisation de l’autorité royale, jusqu’à la réaction cléricale, en passant par la réaction contre la Terreur, puis plus tard dans l’histoire contre la terreur communiste et le totalitarisme — où paradoxalement la droite se fait porteuse des idées de liberté qu’elle a historiquement combattues.

C’est dans cet ordre d’idées que Sarkozy, au cœur d’une campagne électorale très à droite, a pu sans problème se référer à des figures de gauche comme Jaurès ou Guy Môquet au lendemain de son élection — ici pour cimenter ses propos très marqués à droite, sur l’identité nationale.

Dans tous les cas, la droite se pose comme réagissant à des travers (effectifs ou pas) induits par l’idée fondatrice de la gauche symbolisée dans l’article 1 de la DH : une constitution face au pouvoir absolu. C’est ainsi que la gauche française s’enracine dans la révolution protestante anglaise de 1649 et dans son extension dans la révolution américaine (ce que les révolutionnaires français revendiquaient) — une loi commune et qui vaut pour tous les hommes face à un pouvoir arbitraire. Les grands acquis ultérieurs reposent sur l’exploration, l’extension du contenu de cet article 1 : depuis l’abolition de l’esclavage (que les constituants de 1789 n’avaient pas pris en compte !) jusqu’au droit de vote des femmes (advenu en 1945 en France !).

Quelques moments du XXe siècle sont significatifs, en France, moments qui ont tous ce même rapport avec une prise au sérieux de cet article 1 par la gauche : l’affaire Dreyfus, le refus de Vichy et de ses lois biologiques, la décolonisation, contre une France qui n’a jamais octroyé les droits des citoyens aux « indigènes » (je reviendrai sur ce point). On reconnaît là trois des quatre références de gauche de Bernard Henry-Lévy. Je ne reconnais pas sa quatrième référence, à savoir mai 68, qui n’est à mon sens qu’en partie de gauche : l’aspect de gauche de mai 68 est essentiellement un prolongement de la lutte contre la colonisation (que l’on retrouve dans l’opposition à la guerre du Viet-Nam). Pour le reste qualifier mai 68 de mouvement de gauche est plus que douteux : s’origine dans le mouvement un consumérisme qui débouche dans le sarkozysme via les années Tapie. Les observateurs ne sont pas rares à avoir remarqué que Sarkozy est un pur produit de 68. Il a eu beau jeu d’en faire un repoussoir pour une autre génération de réactionnaires (les « vieux ») quand la gauche a la manie de se réclamer de ce consumérisme censé être libérateur et qui n’est que la pointe avancée d’une autre réaction, celle des grands groupes qui y appuient leurs quasi-monopoles.


*


Ayant dit cela, il ne faut pas ignorer que les zones-frontières entre la gauche et la droite ne sont pas étanches, loin s’en faut ! Il y a même un fréquent, pour ne pas dire quasi constant, phénomène d’imprégnation réciproque. Pour être très fréquent, le phénomène connaît des périodes, comme la nôtre, où cette imprégnation devient très forte.

Dans ces temps-là, des temps comme le nôtre, cette imprégnation est déterminante lorsqu’il s’agit de gagner ou de perdre des élections. Est déterminant en l’occurrence le sens dans lequel s’effectue cette imprégnation : si la droite imprègne l’opinion et la gauche, la gauche finit par perdre, si les valeurs de gauche dominent dans l’opinion, la droite est emportée.

Il me semble évident que nous sommes en phase d’imprégnation intensive de la gauche par des caractéristiques héritées de la droite. Or la gauche officielle n’oppose aucune, ou quasiment aucune résistance perceptible à ces caractéristiques.

Un cas historique exemplaire d’imprégnation de la gauche par la droite : le jules-ferrysme colonial. « Il est du devoir des races supérieures de porter leurs lumières aux races inférieures » dixit Ferry. Idée de gauche : des valeurs universelles — portées par une imprégnation de la réaction contre ces mêmes valeurs : la hiérarchie des races : résultat : un mélange explosif, une impasse pour l’universalisme des DH et une gauche fourvoyée dans des combats perdus qui déboucheront sur un fait historique : c’est un homme de droite, De Gaulle, qui décolonisera.


*


La droite comme alliance hétéroclite des réactions : si la gauche tient sur un pivot essentiel, ce qui n’exclut pas sa diversité, la droite est essentiellement protéiforme. Elle peut unir la réaction monarchique (à l’origine), la réaction cléricale, et donc catholique (tandis que le catholicisme pourrait être non monarchiste). Il faudra attendre la 2e moitié du XXe siècle pour que le catholicisme dépasse en partie son fonctionnement réactionnaire, son fonctionnement en réaction, et en vienne à ne plus mettre en question les Droits de l’Homme ! Où une gauche conséquente se doit d’être aussi imperturbable face à la réaction islamiste qu’elle le fut face à la réaction catholique.

La droite peut unir à ces réactions la réaction « biologiste », raciste, en principe inacceptable en catholicisme (comme en tout christianisme en général) : où l’on retrouve nazisme et pétainisme. Cette forme de la réaction a été abattue en théorie en 1945 avec la défaite du nazisme, mais continue à faire des ravages, notamment sous la forme du racisme anti-« noirs » : l’apartheid durera jusqu’à la fin du XXe siècle en Afrique du Sud, mais en outre, le scandale de l’antisémitisme a été mieux perçu depuis 1945 (et pour cause) que les autres formes de racisme (notamment, pour la France, le racisme anti-« noirs » et le racisme anti-Arabes).

C’est ainsi que le racisme fait régulièrement retour sous des formes plus ou moins subtiles. Dernière mouture : le concept d’origine lepeniste de « racisme anti-"blancs" », qui a fini par séduire jusqu’à des personnalités de gauche ! Pourtant le concept est intenable si l’on y regarde de près. Il repose sur une confusion, probablement intentionnelle, entre un rejet communément partagé du dissemblable et une idéologie structurée et développée dans l’histoire, le racisme selon le terme explicitement revendiqué avant 1945, idéologie invariablement européenne (on n’a pas vu l’idéologie raciste placer au sommet de la hiérarchie des « races » quiconque d’autre que le mâle « blanc » !).

Le rejet du dissemblable, qui produit toutes sortes de xénophobies, est commun, peut être basé sur la religion, la couleur de peau, ou que sais-je ; il affecte évidemment indifféremment les
« blancs », les
« noirs », ou d'autres, mais ne peut fonder une inversion de la réalité historique des idéologies racistes !

Mais quand la gauche elle-même cède à ce genre de sophismes, il ne reste plus à la droite
qu’à
s’ouvrir à l’extrême droite (« pour la faire rentrer dans la norme républicaine ») et elle a déjà gagné à ce point. C’est essentiellement ce qui s’est produit et qui fait se demander à juste titre : quelle différence avec l’extrême-droite ? La droite au pouvoir laisse transpirer son « ouverture » à l’extrême-droite, du discours de Dakar au symbole de l’ADN.

Deuxième composante : la réaction cléricale, donc, infiniment moins nocive, ne nous leurrons pas, puisqu’elle porte en elle, jusqu’au cœur de son dogme, l’anti-biologisme, mais qui est prête à entrer parfois dans l’alliance en réaction, contre un ennemi commun, comme Pie XII contre le communisme.

Une troisième composante est le consumérisme / audimat / people / monopoles sur la presse, qui laisse la main aux groupes boursiers sous prétexte de refus des méfaits des économies planifiées.

On a reconnu là trois composantes du sarkozysme.

On aussi là trois lieux d’imprégnation de la gauche via la discours de l’ « antirepentance », qui n’a jamais été questionné de front !

Il faut reconnaître que la gauche porte un lourd passé d’imprégnation qui a été très peu dévoilé et qui correspond à la profondeur des ralliements de la gauche et de personnalités de gauche au pouvoir actuel.

Un signe remarquable est le lâchage de la révolution ivoirienne par la gauche au moment précis où l’armée française venait de tirer, à Abidjan, sur des manifestants désarmés.


*


De quoi est-il question dans la révolution ivoirienne (actuellement dans une phase en temps mort — voire en risque de décomposition) ? Il est question de la reprise exacte du conflit révolutionnaire français. Une constitution (votée à l’appel de tous les partis et à une majorité écrasante avec un taux exceptionnellement fort de participation) contre un décret imposé depuis Marcoussis-Kléber.

Le lieu d’expression du droit et de la constitution est, comme pour la révolution française, la nation. Ce qu’en France on va transformer en xénophobie… À l’heure où en France on fricotait avec de moins en moins de vergogne avec l’extrême-droite, on a justifié cette tentative de coup d’État constitutionnel contre une ancienne colonie en l’accusant de xénophobie ! Où le vocabulaire remplace le contenu, et où le sophisme du concept de « racisme anti-"blancs" » trouve un usage militaire !

Les responsables socialistes français ne s’y sont pas trompés qui, alors, persistent à soutenir leurs camarades ivoiriens, malgré les pressions de la presse française (et malgré les passages en boucles de reportages sur les « escadrons de la mort » — à propos desquels la presse française perdra devant la justice française tous les procès en diffamation que lui a intentés le couple Gbagbo).

Les socialistes français ne se leurrent pourtant pas et soutiennent leurs camarades ivoiriens, tous sauf un… Éric Besson (alors inconnu), qui demande qu’on les lâche. Le PS tient bon, jusqu’en 2004, où le lâchage intervient, par la voix de Hollande, au moment où la Côte d’Ivoire est en train de remporter la victoire qui scelle sa révolution comme étape de la deuxième phase, économique, de la décolonisation. Le choix du PS revient à une sorte d’anti-dreyfusisme : la raison d’État (avec tirs sur la foule) contre la lutte pour la souveraineté de la constitution !

Le PS va jusqu’à produire par la voix de quelques-uns des siens — porte-parole Montebourg — une demande d’excommunication (publiée par le Nouvel Obs) du FPI socialiste de l’Internationale Socialiste, après une « enquête » où ils sont allés trouver en Côte d’Ivoire ce qu’ils cherchaient pour appuyer leur lâchage.

Soyons juste : tous n’ont pas cédé. Mélenchon, Emmanuelli, Labertit (auxquels il faudrait ajouter, parmi d’autres, le Suisse Jean Ziegler) refusent de se laisser emporter par la propagande dont on nous inonde et continuent de soutenir leurs camarades ivoiriens.

Il n’empêche que ces jours-là, le PS a raté un moment historique. Il n’est pas jusqu’aux porte-paroles de la Françafrique Stephen Smith et Antoine Glaser pour reconnaître que « la France a perdu l’Afrique en novembre 2004 à Abidjan ». Et pourtant, le PS aurait pu…

C’est là hélas, un signe tragique d’un ralliement du PS à la logique du troisième pôle mentionné ci-dessus comme composante de la réaction actuellement au pouvoir : le pôle consumériste / médiatique / audimat / people.

Quand le PS est si profondément rallié (peu de résistance au « biologisme », soumission au pouvoir économique monopolistique), comment ne rallierait-il pas carrément le pouvoir, à commencer, symbole éloquent, par Éric Besson ?

Voilà qui laisse à penser que la gauche française ne pourra pas faire l’économie d’une sérieuse réflexion !





Trois ans après...

Par Delugio :: jeudi 08 novembre 2007 à 15:06 :: Articles de presse




Événements de novembre 2004 : La Commission d’enquête judiciaire veut passer à la vitesse supérieure

Fraternité Matin — mardi 6 novembre 2007 — http://news.abidjan.net/h/270969.html

par Landry Kohon :

"Les procédures judiciaires initiées en Côte d’Ivoire dans l’affaire du bombardement du camp militaire français de Bouaké qui a engendré les évènements du 24 novembre 2004 vont bientôt connaître un coup d’accélérateur. Les membres de la commission d’enquête judiciaire constitués relativement à cette affaire, l’ont fait savoir hier matin aux journalistes de la presse nationale ainsi conviés à une conférence de presse au tribunal militaire. Dans le but de lever les entraves à cette enquête, les conférenciers que sont le commissaire du gouvernement, le capitaine de frégate Ange Kessi Kouamé Bernard, le procureur de la République, près le tribunal de 1ère Instance d’Abidjan, M. Tchimou Féhou Raymond, et le juge du 2ème cabinet d’instruction, Cissé Losséni Dessanifo, entendent se rendre très prochainement en France.
Selon le commissaire du gouvernement, principal orateur, il était nécessaire, à moins de trois semaines du 3ème anniversaire de la tuerie de patriotes par la Licorne en face de l’hôtel Ivoire, de situer la population sur l’état d’avancement des procédures. Celles-ci, fait-il savoir, connaissent depuis leur déclenchement, un blocage avec les autorités françaises qui se refusent à toute collaboration avec la justice ivoirienne. De fait, toutes les commissions rogatoires lancées par les enquêteurs ivoiriens n’auraient jamais eu en France, un début d’exécution. Ce qui inversement n’est pas le cas, lorsque les magistrats français saisissent leurs homologues ivoiriens. Ange Kessi en veut pour preuve l’affaire Mahé Firmin, de nationalité ivoirienne, tué à Man par un soldat français. Lorsque, pour cette affaire, le magistrat français en charge du dossier est arrivé en Côte d’Ivoire dans le cadre d’une commission rogatoire, ce dernier a été autorisé à se rendre à Man avec l’assistance de la justice ivoirienne pour exhumer le corps de la victime. Idem pour l’affaire Guy André Kieffer, journaliste franco-canadien, disparu mystérieusement. Revenant aux évènements de novembre 2004, le procureur militaire Ange Kessi indique que le juge ivoirien, saisi de la plainte des victimes de la Licorne, cherche à situer les responsabilités individuelles parmi les militaires français présents le jour des faits à l’Ivoire et ceux de leurs responsables qui leur ont donné l’ordre de tirer sur les manifestants aux mains nues. Le conférencier précise à ce propos que, les rapports d’autopsie des patriotes tués sont disponibles. Or, s’agissant du bombardement du camp militaire français de Bouaké, le parquet militaire, qui entend obtenir les rapports d’autopsie des neuf militaires français qui auraient été tués par ces bombardements, fait face au refus stratégique de la France. On refuse d’exhumer les corps des Français. “Nous estimons que c’est à nous de faire diligence dans la mesure où ce sont les victimes ivoiriennes qui crient à la justice et attendent de se faire dédommager”, clame-t-il. Dans les échanges avec les journalistes, le procureur Tchimou Raymond s’est dit optimiste quant à l’ouverture des nouvelles autorités françaises qui viennent de déclasser certains dossiers frappés du sceau de “secret défense”. Et le procureur de préciser: “Nous irons voir en France si les dossiers déclassés concernent nos procédures.” Le procureur Tchimou indique par ailleurs qu’au cas où le blocage persistait, il est loisible au magistrat ivoirien de lancer un mandat d’arrêt international. Et si l’exécution de ce mandat pose problème, celui-ci peut donner lieu à une transmission devant la cour de jugement, étant entendu que le mandat d’arrêt vaut l’inculpation."


*



"
On a étouffé un massacre. Et quand je dis “on”, je veux parler des journaux de gauche, comme Libération, qui a repris la version officielle de l’armée française. Le Monde aussi."

Par Paul Moreira et Stéphane Haumant — http://wwwleblogdedgaryapo.blogspot.com/2007/11/6-7-8-9-novembre-2004-nuits-de-cristal.html :

« Le 4 Novembre 2004, sur ordre du président Laurent Gbagbo, l’armée ivoirienne entame l’opération César - qui sera connue par la suite sous le nom d’opération Dignité. L’objectif est, sinon la reprise totale de la zone nord, du moins une mise sous pression militaire pour ramener les rebelles à la table des négociations.

Dès que Stéphane Haumant apprend que les attaques ont commencé, il décide de repartir à Abidjan. Mais cette fois-ci, il ne s’agira plus d’un repérage: il part avec toute son équipe (composée de trois personnes: lui-même, Jérôme Pin et Laurent Cassoulet) pour tourner son sujet sur les conditions de vie des Français de Côte d’Ivoire. Du moins le croit-il.
Dès le 5 novembre, leur avion atterrit à l’aéroport d’Abidjan - qui n’est pas encore fermé ce jour-là. Le 6, c’est le fameux bombardement du camp militaire français de Bouaké dans des conditions encore mystérieuses aujourd’hui. [Les autorités françaises s’étant opposées à toute enquête sur la façon dont ont été tués les neufs soldats français, le «bombardement» reste, à ce jour, présumé.]
La réponse du pouvoir politique français sera déterminante [«réponse», donc, à on ne sait toujours pas quoi !] : sur ordre de Jacques Chirac, l’aviation ivoirienne est détruite par les forces françaises. Quelques heures plus tard, lorsque Charles Blé Goudé va à la RTI pour appeler les Ivoiriens à descendre sur le BIMA pour protester, Stéphane et son équipe sont à l’hôtel. Ils n’en sortiront plus ce soir-là: ils sont au cœur du scoop.


STEPHANE HAUMANT (CANAL +) PARLE:

Le 6, en milieu de journée, l’aéroport est fermé et on se retrouve un peu par hasard à notre hôtel, le Novotel du Plateau. Et on commence à tourner notre film avec les premières informations: Blé Goudé qui appelle les Patriotes à descendre dans la rue, et puis l’enchaînement…
On filmait les Jeunes Patriotes qui affluaient vers les ponts de notre chambre d’hôtel. On avait choisi le Novotel parce que je savais que c’était un bon point d’observation puisque j’étais là cinq ans auparavant et qu’il s’était passé exactement la même chose (en octobre 2000).
Sauf que cette fois, Blé Goudé a appelé les Patriotes à marcher sur le BIMA. Ils affluent donc en début de soirée sur les ponts pour atteindre le BIMA. Et puis vers 22h, ça commence à exploser dans le ciel, donc on ne comprend pas du tout ce qui se passe.
On file sur le toit de l’hôtel et peu à peu, on comprend qu’il y a des rotations d’hélicoptères qu’on devine français qui tirent sur les ponts pour empêcher les manifestants de passer. Puisque c’est un flot de quelques dizaines de milliers de personnes au moins, si ce n’est peut-être de centaines de milliers; c’est difficile à évaluer, mais c’est beaucoup beaucoup de monde.”

Message de Blé Goudé à la télévision

“Evidemment, quand Blé Goudé passe à la télévision, il ne dit pas: “nous avons bombardé Bouaké, nous avons tué neuf Français” [d’autant plus qu’on ne sait toujours pas, 3 ans après, la cause de la mort des neuf soldats !]. Il dit simplement à peu près ceci: “L’armée ivoirienne vient d’être rasée par l’armée française: ça suffit, il est temps de mettre dehors cette armée d’occupation; je vous demande d’aller déloger les militaires du 43ème BIMA.”
Les Jeunes Patriotes sont les premiers dans la rue, mais il y a des dizaines de milliers d’Ivoiriens qui ne sont pas Jeunes Patriotes, mais qui sont juste hallucinés d’apprendre qu’en quelques minutes leur aviation a été rasée par la France. Ils ne comprennent pas du tout pourquoi.
Donc par colère, par nationalisme, ou par patriotisme - je ne sais pas - ils descendent dans la rue et du coup ça fait une énorme masse, bien plus nombreuse sans doute que les quelques milliers de militants encartés comme Jeunes Patriotes.”

Moment médiatique, moment historique

“Je crois savoir qu’on est les seuls sur place. Donc ça, professionnellement, c’est intéressant. Je sais que tous les aéroports sont fermés, mais je ne sais pas s’il n’y a pas quelques journalistes déjà sur place comme nous, ou d’autres qui ont pu prendre les derniers vols ou qui sont arrivés par la route. Donc je me dis qu’on doit être à peu près les seuls, qu’en tout cas il ne doit pas y avoir beaucoup d’équipes.
Je ne sais pas si ce sera un scoop parce que je ne pense pas que les Français soient spécialement intéressés par ce qui se passe en Côte d’Ivoire, mais professionnellement c’est intéressant, surtout si on est les seuls. Et par rapport à l’histoire de la Côte d’Ivoire, je me doute bien qu’on est en train de vivre quelque chose de très important, même si je ne sais pas comment ça va tourner parce qu’il y a neuf morts français et que je sais bien qu’il y a très longtemps que ce n’est pas arrivé et que c’est forcément très grave.
La France ne va pas laisser passer ça, d’autant qu’elle en veut beaucoup à Gbagbo, et donc je me demande si on ne va pas vers un coup d’Etat. Mais si coup d’Etat il y a, peut-être que le Nord va en profiter pour marcher sur le Sud, ce qui peut entraîner une guerre civile. Le contexte fait qu’il peut se passer beaucoup de choses qui peuvent être décisives pour la Côte d’Ivoire.
En tous cas, même si ça ne va pas aussi loin, voir une foule nombreuse marcher sur une armée, même bien équipée, c’est impressionnant. Et c’est compliqué de contrôler des centaines de milliers de gens. Au moins, nous sommes bien placés pour filmer des choses passionnantes.”

La tension monte

“Dès le 6 dans l’après-midi, dès que j’apprends ce qui s’est passé [sic] à Bouaké, j’appelle mon contact français avec qui je dois tourner. Il est dans sa voiture. Il doit être 15 ou 16h. Il me dit au téléphone: “Ecoute, on oublie le tournage. Je ne peux pas venir te voir. Ce qui se passe est très grave. Je rentre tout de suite chez moi. Et puis là, je vois un attroupement en face de moi. Je te laisse.” Et il coupe. Bon, je le connais. C’est un mec plein de sang froid. Je sens à son ton paniqué que ce qui se passe est grave, parce qu’il est plus sensible que moi à ce qui est en train de se passer.
Je le rappelle le soir même. Il est à son domicile. Il me parle assez brièvement. Ils ont tout éteint. Il me dit: “C’est chaud; je ne sais pas ce qui va se passer.” Et pendant qu’il me parle, j’entends des rafales de Kalachnikov en fond. Bon, on ne leur tire pas dessus, mais je sens bien que ça chauffe dans la ville.
Ensuite, quand je vois ces centaines de milliers de gens qui déferlent sur les ponts - même si Blé Goudé a dit: “On met l’armée française dehors” - je comprends tout de suite que ça va chauffer pour les Français. Parce qu’un Blanc, militaire ou non, reste un Blanc. Et la colère, et l’alcool, et la nuit, et la fatigue aidant, ça va forcément dégénérer.
Donc, dès le début, nous savons que ça va être chaud pour les Blancs. Moi, à la seconde où on m’a dit que l’armée française a rasé l’aviation ivoirienne, à cette seconde-là, j’ai compris avec toute mon équipe que c’était parti. Donc on a mis quelques affaires dans un sac, on a sorti les caméras, mis tout dans le coffre, et on s’est dit “Maintenant, on va voir ce qui se passe, on tourne”. Mais on savait que c’était parti pour une escalade inévitable.”

Tournage à haut risque

“Toute la nuit du 6 ça bombarde. Le 7 au matin, j’appelle les Jeunes Patriotes en leur disant: “Je vais voir ce qui se passe en ville”. Ils me disent: “Pas question, tu bouges pas; c’est trop dangereux.” J’appelle mon contact français qui me dit: “J’ai le numéro d’un commissaire de police. Il va venir vous chercher avec des hommes. Mais tout ce qu’ils peuvent faire, c’est t’amener aux militaires français les plus proches parce qu’on ne peut pas circuler.”
Donc, le 7 au matin, un flic ivoirien vient me prendre en voiture. On traverse les rues vides en prenant tous les sens interdits et il nous amène à peu près un kilomètre de là, au pied du pont. Là, on se retrouve avec les militaires français, donc en totale sécurité.
On filme la journée des militaires français, des contrôles de passeport sur les ponts, quelques exfiltrations, etc. On passe donc plus ou moins la journée avec les militaires. Le 8 au soir, on va au BIMA, on filme les réfugiés français qui arrivent au camp.
Dans la nuit, on passe la nuit chez notre contact français. Et le 9 au matin, il nous dit: “Bon, je pense que ça s’est calmé, on peut sortir.” On prend donc son 4X4, sans aucune arme ni escorte. Et je savais que ça chauffait un peu côté Hôtel Ivoire, donc on part vers l’Hôtel Ivoire. Donc, c’est seulement le 9 au matin qu’on a pu sortir sans protection armée.”

La partialité des médias nationaux

“On a deux sources principales d’information officielle. Du côté de la télévision française (i-Télé et LCI), ce qu’on entend, c’est: “Déchaînement de violence contre les Français. Les Ivoiriens ont tué neuf soldats, et maintenant ils s’attaquent à nos Français.” C’est tout. Côté ivoirien (la RTI), c’est: “La France nous attaque. Elle a rasé notre aviation. L’armée française est dans la ville. Ils veulent la fin de Laurent Gbagbo.” Voilà. Il y a donc deux versions totalement différentes. [Avec le recul, on voit sans peine que la partialité est le fait des médias français bien plus que des médias ivoiriens, indexés pourtant alors en France de la façon dont on se souvient…]
Moi j’ai les deux versions, ce qui me permet de reconstituer la réalité. Par ailleurs, je suis en contact permanent, à peu près dix fois par jour, et avec l’armée française (qui me donnent certaines informations), et avec les proches de Blé Goudé (qui m’en donnent d’autres), et avec plusieurs entrepreneurs français sur place (qui m’en donnent encore d’autres). Donc avec tout ça, à chaque moment, je sais à peu près qui a peur, qui attaque, qui se défend, ce qui est vrai, ce qui ressemble un peu à de l’intox ou ce qui est parcellaire. Et en gros, chacun a une petite part de vérité; et il y a énormément de rumeurs qui circulent.”

Rumeurs invérifiées et légendes urbaines

“Par exemple, un Français m’appelle à un moment et me dit qu’il y a dix cadavres de Français sans tête qui ont été retrouvés dans la lagune. Donc je commence par passer des coups de fil peu partout pendant quarante-huit heures. A Licorne, on me dit: “Non, ce n’est pas vrai.” Je me dit: “Ils me mentent. Ils savent des choses.” Je vais sur place. Je trouve un entrepreneur français de pompes funèbres, qui me dit face à la caméra, les yeux dans les yeux: “J’ai vu les dix cadavres; il y a dix cadavres de Blancs sans tête.”
Là je me dit “waow”. Comme je fais des petites interventions sur RMC Info et sur i-Télé, je suis à deux doigts d’annoncer l’info. Mais je me dit que je n’ai pas vu les cadavres, donc je ne dis rien. Je continue de vérifier l’info. Je vais au BIMA. J’exige des explications. Je dis au porte-parole: “Vous n’avez pas le droit de nous cacher ça. Dix Blancs décapités, vous ne vous rendez pas compte, etc.”
Ils me donnent leur parole d’officiers que ce n’est pas vrai. Pourtant j’ai enregistré le mec qui me l’a dit face caméra. Au final, pour ce que j’en sais, ce n’est qu’une rumeur. Mais il y a encore aujourd’hui des Blancs qui me demandent: “Pourquoi vous n’avez jamais parlé des dix corps de Français décapités?”
Après les évènements, j’ai cherché à savoir. Je leur ai dit de me donner les noms de famille. Ce n’est quand même pas si compliqué. Je n’ai jamais eu les noms. Mais sur le moment, dans l’ébullition, j’étais près à le croire.”


PAUL MOREIRA (CANAL +)
ACCUSE

Crimes de guerres

“L’armée française a commis en Côte d’Ivoire ce que la Convention de Genève appelle un crime de guerre. C’est-à-dire qu’elle a tiré sur des manifestations de civils désarmés avec des armes létales.
Il y a eu un déséquilibre monstrueux dans le rapport entre le niveau de danger auquel était soumis les militaires et les moyens employés. Et nous l’avons prouvé par l’image. On a pu filmer les incidents sur les ponts, quand on voit clairement des manifestations de civils qui sont prises pour cibles par des hélicoptères de combat. Puis on a mis en lumière qu’une manifestation quelques jours plus tard devant l’Hôtel Ivoire a été dispersée à l’arme de guerre.”

Mensonge d’Etat

“C’est un mensonge d’Etat parce que dans un premier temps, ce qui est dit dès le lendemain, c’est que jamais l’armée française n’a tiré dans la foule. Les seuls tirs reconnus sont des tirs de sommation.
Cela prendra en gros vingt jours pour que cette version évolue, lentement, par à-coups, jusqu’à ce que la ministre Michelle Alliot-Marie reconnaisse la veille ou l’avant-veille de la diffusion de notre enquête qu’il peut arriver que dans des situations de légitime défense ”élargie” - c’est un concept qu’on a forgé pour l’occasion - l’armée française fasse un usage total de ses armes;
notamment sur les ponts et à l’Hôtel Ivoire. Or entre ces deux déclarations, c’est la nuit et le jour, puisque dans un cas on vous dit: “Non, on n’a jamais fait usage de nos armes - juste des tirs de sommation.” Et dans l’autre, on vous dit: “Oui, dans certains cas, nous avons été obligés de faire usage de nos armes.”
Entre temps, il a été dit qu’il s’agissait d’échanges de feu entre des manifestants armés et des gendarmes ivoiriens venus s’interposer entre les manifestants et l’armée française. Puis, on a dit que c’était l’armée française qui a été obligée de tirer pour sauver la vie de gendarmes ivoiriens.
Puis que c’était les gendarmes ivoiriens qui s’étaient retournés contre l’armée française. Enfin, on a dit que c’était des types qui étaient montés sur des chars détenus par des troupes d’élite et qui avaient armé une mitrailleuse française. J’oubliais aussi la version disant que c’étaient des snipers israéliens travaillant pour le pouvoir ivoirien qui avaient tiré dans la foule pour tuer quelques personnes et surexciter les manifestants.”

Comment “on” étouffe un massacre

“Moi, je rapproche cette histoire de ce qui s’est passé le 17 octobre 1961 à Paris, pendant la guerre d’Algérie. Ce jour-là, le préfet de police Maurice Papon avait donné l’ordre à la police française d’être d’une extrême fermeté avec des manifestations d’algériens, des civils désarmés.
Et il y avait eu au moins une centaine de morts, d’algériens tués, certains jetés à la Seine en plein Paris, parfois tués quasiment dans les halls des grands journaux parisiens. Et personne n’en a parlé. Il a fallu attendre en gros trente ans pour que la vérité soit faite.
Je me suis toujours intéressé aux questions d’immigration et aux aspects violents de l’après-colonialisme français; et je me suis toujours dit qu’on avait étouffé un massacre, mais que c’était une époque particulière: 1961, pas de caméras, pas d’images, la presse était beaucoup plus tenue, etc. Et là où cette histoire ivoirienne m’a surpris, c’est qu’elle a lieu en plein époque de l’image, que les images circulaient, qu’elles étaient criantes d’évidence, et que malgré tout, on a étouffé ce qui s’est passé à Abidjan en novembre 2004.”

Les médias complices d’un crime de guerre

“On a étouffé un massacre. Et quand je dis “on”, je veux parler des journaux de gauche, comme Libération, qui a repris la version officielle de l’armée française. Le Monde aussi. Seuls le Canard Enchaîné, i-Télévision et Canal+, et peut-être Marianne, sont allés au-delà de ce que l’armée française a fourni en termes de communication.
C’est un énorme embarras pour je pense l’ensemble de notre profession, et c’est pour ça que mon livre est un petit peu boycotté par un certain nombre de grands médias, notamment ceux que je viens de vous citer. Parce qu’au fond, en tant que journalistes, on s’est rendu complices d’un crime de guerre. Alors que personne ne nie ce que nous avons montré. Même la ministre, assez honnêtement d’ailleurs, a reconnu finalement les faits.
Malgré cela, pas de réaction: on peut tuer autant de personnes. Imaginez ça boulevard de la Madeleine, sur des viticulteurs. On en parlerait encore. Ce serait un scandale. J’en ai discuté plus tard avec des militaires que je connais, parce qu’il y a des gens formidables dans l’armée française - je tiens à dire -, et qui m’ont dit: “Je ne sais pas comment les tireurs d’élite se sont regardés dans la glace le lendemain, parce qu’ils n’étaient pas obligés de tirer. Parce qu’on ne tire pas sur les manifestants.”
En France, on a eu Mai 68 qui étaient des émeutes d’une violence extraordinaire, c’est pas le dixième de ce qui est arrivé devant l’Hôtel Ivoire.”

Une nouvelle forme de censure

“C’est le déni qui est extraordinaire. Il y avait une cellule au ministère de la défense, que j’appelle une “cellule d’infirmation”, parce qu’ils infirmaient tout ce que nous affirmions. J’ai eu affaire à eux. Tous les arguments étaient bons. Il ne s’agissait pas de nous censurer, évidemment, puisqu’aujourd’hui la censure n’est plus opérante. Il faut convaincre, séduire, détordre. Mais enfin dans ce cas précis, c’est quand même hallucinant, parce que les images existaient. On n’est pas sur quelque chose de tangent. Et donc, ils disaient aux journalistes [et on sait depuis que c’était faux, mais l’intox a été diffusée]: “Non, mais, on ne les voit pas, mais il y a des types armés [parmi les manifestants].” »

(Cf. aussi : http://kouamouo.afrikblog.com/archives/2007/11/07/6804173.html)




Immigration — La Côte d’Ivoire, la France

Par Delugio :: lundi 29 octobre 2007 à 9:10 :: Articles de presse




Côte d’Ivoire :

« Carte de séjour : Gbagbo propose sa suppression »

Cf. aussi l'article d'Edgar Yapo : "
Gbagbo met fin à la carte Ouattara"

Fraternité Matin — lundi 29 octobre 2007
http://news.abidjan.net/article/?n=270195  

par
Pascal Soro :

« 
Le Président Laurent Gbagbo a communié, hier, au Complexe sportif de Yopougon, avec la communauté burkinabé vivant en Côte d’Ivoire.

Les craintes que j’avais depuis 1990 (année de l’instauration de la carte de séjour. Ndlr), ces craintes-là se sont avérées justes. A savoir que la carte de séjour ne nous met pas assez d’argent dans les caisses de l’Etat et deuxièmement, elle induit des fraudes sur l’identité ivoirienne. Alors, il faut faire quelque chose. Moi, je propose la suppression pure et simple de la carte de séjour. Je propose et je proposerai très très bientôt la suppression pure et simple de la carte de séjour». Par cette déclaration qu’il a faite hier au Complexe sportif de Yopougon, le Président Laurent Gbagbo a accédé à la seule et unique doléance que lui a présentée la communauté burkinabé vivant en Côte d’ivoire: la suppression de la carte de séjour. On comprend donc que cette annonce du Chef de l’Etat ait été accueillie par un véritable tonnerre d’applaudissements et de cris de joie dans ce stade qui a refusé du monde. De fait, devant plusieurs milliers de Burkinabé, le Président de la République a rappelé que la carte de séjour a été instaurée en Côte d’Ivoire en 1990 par une proposition de loi faite par Alassane Dramane Ouattara, alors premier ministre. Une proposition à laquelle, a-t-il souligné, son parti, le FPI, s’était opposé.
Certes, avec son élection en 2000, a-t-il expliqué, il a réduit les frais de cette pièce de moitié (elle était vendue à 15 000 francs par an et par personne depuis son instauration). Mais il n’en demeure pas moins qu’elle est «toujours nocive et dangereuse», a-t-il fait remarquer. «L’essentiel, ce n’est pas de faire payer les gens, mais c’est de savoir qu’untel est en Côte d’Ivoire, qu’il habite à tel endroit et que s’il est coupable d’un délit, on peut le retrouver. Ce ne sont pas les tracasseries. La carte de séjour induit des tracasseries policières et administratives. Ça ne met pas l’argent dans les caisses de l’Etat. Ça induit qu’on fabrique surtout de fausses pièces d’identité. Il faut mettre fin à ça ; et je vais me battre pour que très bientôt, la carte de séjour soit supprimée, purement et simplement», a répété Laurent Gbagbo, particulièrement ovationné. En tout état de cause, pour lui, «Il n’est pas normal que des Ivoiriens et des Burkinabè se battent à cause de la carte de séjour qui ne leur apporte rien et qui ne nous apporte rien. Ça ne nous apporte rien». Pour autant, le Chef de l’Etat ne promet pas aux étrangers qu’ils vivront en Côte d’Ivoire sans aucune pièce d’identité. Mais il préconise que chacun ait la carte d’identité de son pays d’origine. «Ayez un papier, leur a-t-il recommandé. Que ce papier-là soit ivoirien, ou qu’il soit burkinabé, guinéen, malien, ghanéen, libérien, ayez un papier. On ne va plus vous fatiguer avec les cartes de séjour. Je vais veiller à ce que cela soit supprimé». La suppression de la carte de séjour aux yeux du numéro ivoirien, restaure l’image de la Côte d’Ivoire qui est un pays d’immigration. «Quand on est un pays d’immigration, on prend des mesures équitables et non pas des mesures qui vous créent des problèmes», a-t-il soutenu. […] »


Pendant ce temps, le même jour, en France :


Libération — lundi 29 octobre 2007 —
http://www.liberation.fr/actualite/societe/287977.FR.php

« […] Des dispositions de plus en plus restrictives imposées dans le cadre de la loi sur l’immigration de Brice Hortefeux, parmi lesquelles les tests ADN pour le regroupement familial. L’enjeu : développer une politique d’immigration choisie et non d’immigration subie, selon les termes de Nicolas Sarkozy, politique qui est supposée déboucher sur une meilleure maîtrise des flux migratoires. »


Ivoirité ? Francité ?… Sans commentaire !




Un quatrain de Baudelaire - Au lecteur

Par Delugio :: samedi 27 octobre 2007 à 17:43 :: Général





« Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches. »

Charles Baudelaire (1821-1867)
Les fleurs du mal, « Au lecteur ».






Crise franco-ivoirienne : vers un bilan ?

Par Delugio :: lundi 22 octobre 2007 à 11:24 :: Analyses & commentaires




Une chose est certaine : au cours de la crise franco ivoirine de ces huit dernières années, et plus particulièrement de ces cinq dernières années, un tournant a eu lieu. Des choses ont été dévoilées concernant accords secrets de défense à usage variable, accords sur les ressources stratégiques, réalités de la Françafrique…

Ce sera là vraisemblable une part de l’héritage Gbagbo.

La façon dont se consolide cet acquis peut — à juste titre — sembler frustrante :

— un accord de Ouagadougou qui remet Compaoré en piste ; qui entérine la rébellion — qui du coup traîne un peu plus les pieds pour désarmer : le bénéfice financier, pour les petits chefs, du règne de la kalachnikov n’est pas douteux. Et le ras-le-bol que cela entraîne ne l’est pas non plus (cf. aujourd’hui l’escarmouche de Bouna).

— La persistance de la corruption que la refondation devait éradiquer — mais que l’économie de guerre a, forcément, remise en selle.

— Le retour des grands groupes de la Françafrique — et pas d’eux seuls à l’heure d’une mondialisation que la refondation n’a fait que vouloir prendre en compte.

C’était là sans doute le prix de la consolidation de l’acquis incontestable : le passage à une indépendance économique nécessitait en premier lieu — ce qui a eu lieu — la mise à jour des réalités cachées de la Françafrique, accompagnée de la mise en question des réalités bien visibles — comme le Fcfa.

La mise en œuvre des conséquences de ce tournant prendra sans doute encore du temps. Les élections montreront si l’occasion est donnée de poursuivre la refondation avec passage aux réformes sociales restées en rade pour cause de putsch transformé en rébellion ; ou si un retour des caciques de l’ancien régime hypothèque symboliquement les acquis de ces cinq ans de crise.

Quelque chose a eu lieu de toute façon, de l’ordre, au minimum, de la rupture symbolique d’avec l’ancien ordre des choses. Les relations de la Côte d’Ivoire, et de l’Afrique, avec la France et le reste du monde ont connu de toute façon un tournant-symbole, pour une nouvelle étape. Reste à continuer d’agir pour que cela ait été pour le mieux de chacun…





« Enquêtes, résultats, procès »

Par Delugio :: vendredi 19 octobre 2007 à 14:57 :: Articles de presse




Au moment où France 3 annonce une nouvelle arrestation de Tony Oulaï, au moment où le serpent de mer de la déclassification des documents concernant le présumé bombardement de Bouaké refait surface (cf. l'analyse du Courrier d'Abidjan : http://news.abidjan.net/article/?n=269167) …

Éléments de l’interview de L. Gbagbo sur la RTI :


Notre Voie — vendredi 19 octobre 2007 —
http://news.abidjan.net/article/?n=269158 :

« Enquêtes, résultats, procès »

par
Abdoulaye Villard Sanogo :


« 
C’était comme une révélation de taille mercredi soir, sur les antennes de la RTI. Pourtant, elle ne devrait pas l’être. Lorsque, parlant des affaires qui ont secoué la République, Laurent Gbagbo a dit aux confrères, qu’une enquête a chaque fois été diligentée qui s’est soldée par un procès. Les confrères, hébétés, n’ont pu pousser le chef de l’Etat dans ses derniers retranchements pour qu’il leur dise dans le détail, les enquêtes dont il parle et les procès qui s’en sont suivis. Mais comme nous sommes tous dans ce pays et que nous avons encore la mémoire, nous avons fait un tour dans nos archives et nous avons vu que Laurent Gbagbo a dit vrai. “Depuis que je suis président de la République, toutes les enquêtes se sont terminées par des procès”, a-t-il répondu aux confrères avant d’ajouter : “Il y en a un seul pour lequel la communauté internationale nous a demandé de prendre une loi d’amnistie”. Il s’agit, pensons-nous, du procès de ceux qui ont attaqué la Côte d’Ivoire le 19 septembre 2002. Les autres ? Prenons-les pèle- mêle. D’abord le charnier de Yopougon. L’enquête menée par le procureur militaire a abouti à un procès des gendarmes de l’escadron d’Abobo. Ceux-ci ayant nié avoir tué des Ivoiriens et déversé leurs corps près de la prison civile de Yopougon, on a dû avoir eu recours à l’autopsie des corps. C’est celle-ci qui a éclairé l’opinion. Parmi les 57 personnes retrouvées entassées les unes sur les autres, certaines ont été tués à l’arme blanche et d’autres sont mortes par noyade. Un élément important qui a emmené les juges à relaxer les coupables. Ensuite, l’affaire Jean Hélène, du nom du correspondant de RFI tué à bout portant par un policier devant la direction générale de la Police au Plateau. Là aussi, le procureur militaire a mené son enquête et un procès a été ouvert. Le coupable, un certain Séri, a été condamné à une peine très lourde d’emprisonnement. C’est pareil pour les attaques d’Agboville, de Zuénoula et des camps d’Akouédo. Les enquêtes faites se sont soldées par des procès que toute la Côte d’Ivoire et le monde entier ont suivis. Les coupables ont été condamnés comme il se doit même si certains se sont retrouvés dehors plus tard à la faveur de la loi d’amnistie. Quant aux tueries de Guitrozon et Petit Duékoué, les prévenus ont été jugés à Daloa et les coupables condamnés et écroués à la Maison d’arrêt et de correction de Daloa (Macda).
Quand on a toutes ces enquêtes, tous ces procès et toutes ces condamnations, on ne peut raisonnablement pas avancer qu’en Côte d’Ivoire, les enquêtes n’aboutissent pas. Le problème est qu’une classe d’individus qui en veut terriblement à une autre classe tient absolument à ce que celle-ci soit condamnée même si elle n’a pas tort. De sorte que, quand au bout d’un procès, ses vœux ne sont pas satisfaits, elle pense et répand dans la presse qu’ici, les enquêtes n’aboutissent pas. Et pourtant Laurent Gbagbo leur a toujours dit : “Je ne prends aucune décision qui peut nuire à des citoyens tant que je n’ai pas un minimum de conviction personnelle (…) Je pense qu’il est injuste de jeter quelqu’un à la vindicte tant qu’on n’a pas un élément nouveau d’encrage pour justifier notre acte”.
Avec ces quelques cas, ceux qui, un moment, ont mis leur mémoire dans un sac, vont se réveiller. »





Gbagbo: 'La guerre a fait de la Côte d'Ivoire une Nation'

Par Delugio :: mardi 02 octobre 2007 à 8:59 :: Articles de presse




Le Courrier d'Abidjan
No: 1125 du Lundi 1 Octobre 2007 —
http://www.lecourrierdabidjan.info/a_la_une.asp?id=16316

par Didier Koré :

« Invité à prendre part à une messe d’action de grâce initiée par l’Association des épouses des militaires de Côte d’Ivoire (AEMCI) hier au Palais de la Culture d’Abidjan, Laurent Gbagbo a livré un message porteur pour la Côte d’Ivoire et digne d’un homme de Dieu. Avec les épouses des Forces armées de Côte d’Ivoire qui ont effectué en grand nombre le déplacement, le président de la République a bien voulu partager certaines réflexions. Pour lui donc, «la notion de peuple est en train de disparaître pour laisser la place à une Nation. Et c’est à la faveur de la crise que nous avons vécue que s’est faite, sous nos yeux, cette mutation». Il en veut pour preuve la forte mobilisation de toutes les couches socioprofessionnelles, des religieux et même des partis politiques lorsque la Côte d’Ivoire a été attaquée. Toujours selon le président de la République, sa participation à la 62ème Assemblée générale de l’ONU lui a fait découvrir beaucoup de choses. «Il y a 5 à 6 mois auparavant que certains chefs d’Etat africains n’auraient jamais parlé comme ils l’ont fait sur la Côte d’Ivoire. Et nous croyons que cela marque une rupture». Aussi a-t-il voulu faire remarquer que cette crise dépasse les frontières de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique toute entière. Ce qui, selon lui, a emmené les uns et les autres à reconsidérer leurs positions. «Le moment est venu pour mettre fin à la pagaille. Le moment est aussi venu pour que la tempête tombe et que le fleuve retrouve son lit», a-t-il ajouté dans un tonnerre d’applaudissements. En fervent croyant, le chef de l’Etat a aussi indiqué qu’il est prêt à faire face à tout ce qui peut lui arriver si c’est la volonté de Dieu. Dans une liesse populaire, le président Gbagbo a invité les uns et les autres à avoir foi en Dieu et en la Côte d’Ivoire. Car, dira-t-il pour conclure, «La Côte d’Ivoire ne peut pas tomber comme cela».
Au nom des épouses des militaires de Côte d’Ivoire, Mme Gbla, la présidente de l’association s’est dit heureuse de marquer un arrêt pour remercier le Seigneur qui n’a pas permis que notre pays sombre dans le chaos. »





Présidentielle ivoirienne : l’AFP entre en campagne

Par Delugio :: vendredi 28 septembre 2007 à 7:34 :: Analyses & commentaires




Comme il y a dix ans, la presse « internationale » a commencé à battre la campagne pour Ouattara…

Titre d’une dépêche de l’AFP (en une sur Abidjan.net) :

« Gbagbo "ne peut pas gagner" la présidentielle (Ouattara) »

Avec un tel titre, et quand on sait l’impact d’un titre bien pesé, peu importe le développement de l’article, en outre élogieux pour le candidat (http://news.abidjan.net/h/266846.html).

La couleur est annoncée : l’AFP entre en campagne.








L’appel aux historiens de Adame Ba Konare

Par Delugio :: mercredi 26 septembre 2007 à 12:12 :: Articles de presse




Sur Grioo.com — 25 septembre 2007 — http://www.grioo.com/info11581.html

Professeur Adame Ba Konaré :

« Le discours du président de la République française, Monsieur Nicolas Sarkozy, lors de sa visite à Dakar le 26 juillet 2007 n’a pas manqué de soulever une vive réprobation dans une large partie de l’opinion africaine, par son ton, par ses références à des poncifs vieux de plus d’un siècle que l’Europe tenait sur l’Afrique avant la colonisation, une Afrique alors méconnue et fantasmatique. Les poncifs les plus saillants du discours "sarkozien", directement hégéliens mais révolus depuis et qui heurtent le plus l’historien de l’Afrique, proclament, entre autres, ceci : (...)

"Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance.

Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire. Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne viendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé.

Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. (...) La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes (...)"

Le récent article de Monsieur Jean Marie Bockel, Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires Etrangères et Européennes, chargé de la Coopération et de la Francophonie, paru dans le journal "Le Figaro" du 4 septembre 2007, qui tente de recadrer le discours du Président français, en rajoute au malaise :

"l’Afrique interroge, passionne, interpelle. Enfin ! Premier résultat et non des moindres : le continent africain est de nouveau à l’ordre du jour. Depuis l’intervention du président de la République, l’Afrique est sortie du cénacle des technocrates des "bailleurs de fonds" pour s’inviter à la grande table du débat populaire. En choisissant à dessein de parler librement, Nicolas Sarkozy a libéré la parole. (...) Prenons acte du retour de l’Afrique dans le débat d’idées."

De telles déclarations sont révélatrices d’un fait : après plus de cent ans d’histoire partagée avec la France et près de soixante ans de collaboration après les indépendances, l’Afrique se rend compte brutalement que son principal partenaire a d’elle une vision étonnamment statique, alors même que foisonnent depuis maintenant plusieurs décennies, moult écrits et moult débats sur elle et sur son sol. Face à une telle situation, nous sommes, nous historiens africains, interpellés en premier lieu car ce sont nous, fondamentalement, qui avons la charge de gérer la mémoire de l’Afrique.

Intervenir dans ce débat est un devoir à la fois scientifique et militant pour nous. Si nous nous taisons, ce sera l’histoire qui nous jugera du haut de son tribunal. Si nous nous taisons, ce sera ne pas faire honneur à la mémoire de tous nos devanciers, parmi lesquels Joseph Ki-Zerbo et Cheik Anta Diop, qui se sont lancés corps et âme dans la bataille de la réhabilitation de l’histoire africaine.

S’assumer et assumer notre part de responsabilité face à l’histoire, face aux générations montantes, face à la jeunesse, voilà ce que je vous propose, voilà ce que je nous propose. Réfléchissons, échangeons, partageons sur la base du volontarisme, en adoptant une posture scientifique dépouillée de toute émotion, autour des thèmes suivants que nous retenons dans les débats en cours : "L’Africain et la reproduction du temps mythique." ; "L’Africain et la corruption." ; "Ce que la colonisation a apporté à l’Afrique." ; "L’Africain et la raison." ; "L’Africain et le règne de la nature." ; "L’Africain et les droits de l’homme, la démocratie, la liberté et la justice." ; "L’Africain et l’enfermement sur soi."

Je propose que chacun d’entre nous, dans son domaine de compétence académique, produise un article au plus tard pour fin décembre 2007, en introduisant, si nécessaire, des grilles de lecture comparative avec d’autres sociétés pour un raccordement juste et équitable à l’histoire universelle. Cette liste n’est pas exhaustive. Vous voudrez l’enrichir par de nouvelles propositions. Le recueil, validé par un comité scientifique, fera l’objet d’un ouvrage collectif à paraître courant 2008 et sera versé dans le dossier du partenariat France/Afrique. Une fois le livre paru, les auteurs, pour ceux qui le désirent, se dissoudront avec moi dans un comité, le Comité de Défense de la Mémoire de l’Afrique (CMAD). »





Le fond et la forme

Par Delugio :: mercredi 19 septembre 2007 à 16:37 :: Analyses & commentaires




1) La crise au Courrier d’Abidjan. Les explications respectives de Théophile Kouamouo
(http://www.notrevoie.com/a_la_une.asp?id=15184 ;
http://kouamouo.afrikblog.com/archives/2007/09/14/6211576.html)  
et de Sylvestre Konin
(http://www.lecourrierdabidjan.info/a_la_une.asp?id=16061)
confirment, si besoin était, ce que peut avoir d’aléatoire le facteur humain, et le rôle qu’il peut prendre dans tout combat.

Des tensions au sein de la rédaction d’un journal « bleu », le Courrier, qui, apparemment, couvent depuis plusieurs mois — ce qu’ignorent naturellement, et c’est très bien ainsi, ceux qui ne sont pas concernés par ces tensions inter-personnelles.

Une crise humaine qui éclate en s’entremêlant dans les interprétations plurielles de l’accord de Ouagadougou et de la situation politique de la refondation…

Et voilà les choses qui se compliquent —… et viennent servir une opposition et sa presse qui tentent (et c’est de bonne guerre !) d’introduire un coin au sein du FPI, et entre L. Gbagbo et M. Koulibaly.

Les explications entre Th. Kouamouo et S. Konin, si elles rendent indubitable le fait que l’article repris par Le Patriote vient bien du Courrier, et n’a pas été simplement repris sur Internet, ne permettent pas de savoir d’où vient la « fuite », et au fond, quelle que soit la gravité réelle d’une faute de cet ordre, peu importe !

Reste en effet qu’on est toujours dans l’humain, trop humain… Des tensions personnelles qui ne doivent pas obérer les vraies questions.

Si l’occasion de l’éclatement a été liée à l’opportunité de publier ou de ne pas publier la vive interpellation de Mahalia Ntebi à l’égard du pouvoir, il apparaît que ce n’est donc vraisemblablement que l’occasion — il aurait pu y en avoir d’autres…

(Ce qui est fait est fait. Le commentaire de Djati, sur le blog de Théo, vaut sans doute d'être entendu :
http://kouamouo.afrikblog.com/archives/2007/09/18/6251260.html#c9443248 .)


2) Cela dit…

… faisant retour sur l’article de Mahalia Ntebi que l’on a tenté d’attribuer à Mamadou Koulibaly.

Quant à la forme, j’ai déjà dit sur ce blog que je l’ai trouvé trop virulent, et susceptible par là d’être mal interprété et mis à mauvais usage par une opposition visant à la restauration de l’ancien régime. Susceptible d’être compris comme donnant un Gbagbo ayant baissé les bras, avec la tentation que cela suppose d’attribuer une telle accusation à un de ses partisans réputé plus ferme,… et qui voudrait prendre sa place.

Cet usage malveillant ayant été clairement écarté par Mamadou Koulibaly, qui avait été mis sur la sellette de ces accusations et autres rumeurs, il convient de considérer, au-delà de la forme, le fond de l’article. Il pose de vraies questions qu’il ne faut pas laisser de côté.

On peut même considérer que ce qui aura déjà été le destin de cet article controversé, a rendu ses questions de fond d’autant plus incontournables. Non pas, contre la « naissance d’une nation » qu’annonçait Mamadou Koulibaly, le « naufrage d’une nation », selon le titre de l’article, mais au moins la mise en garde contre le risque d’échouement d’une nation

Quid en effet de ce que la rébellion doit abandonner après Ouagadougou ? — sous peine d’entendre Ouagadougou comme une sorte de Marcoussis à peine amélioré : c’est la lecture qu’ont faite plusieurs commentateurs français au lendemain de l’accord ! En substance : « à quoi bon tout ce temps pour en arriver à ce que proposait Marcoussis ? »

Lecture évidemment erronée de Ouagadougou, mais il ne faudrait pas donner d’arguments aux tenants de cette lecture. Les questions qu’ont posées les militaires légitimistes sont pertinentes — a fortiori quand on sait, suite à l’interview de Gbagbo de cette semaine, que les grades Soro ne concernent qu’une trentaine de soldats : n’y a-t-il pas là l’occasion de poser un geste fort quant à la légalité dans la République ? — un geste susceptible de faire taire les remous concernant l’apparence de prime à la prise d’armes et à la violence (et quelle violence !) contre le travail et l’effort, pour être en fin de compte élevé à des postes de responsabilité !

Quid d’un holà à un phénomène classique en temps de guerre, et sur tous les continents ? — : l’occasion de l’enrichissement de quelques corrompus, qui finissent par sembler tenir de haut du pavé…

Quid dès lors de la réputation — et ce n’est pas rien — de la refondation ? Quid de l’exemple qui vient du sommet — sachant a contrario que le poisson pourrit par la tête ?

Qu’est-ce qui frappe, pour prendre cet exemple trivial, le simple visiteur d’un pays du Sud ? Le racket apparemment institutionnel et la variabilité des prix selon le client ! Je ne reviens pas sur la défense que se donnent ceux qui pratiquent cela.

Je constate simplement que le visiteur qui ne creuse pas la question y voit un phénomène endémique africain (entre autres) ; celui qui s’interroge conclut à terme que la tête du poisson qui pourrit en premier est à chercher vers les grands groupes occidentaux via la mafiafrique.

Mais alors, le visiteur risque aussi de se dire que dans cette Côte d’Ivoire en pleine révolution, au cœur des convulsions du tournant républicain voué à faire exemple sur le Continent et au-delà… ce n’est pourtant pas très différent… Quid alors de la rupture clamée avec la Françafrique ? — se demande alors le visiteur…

Quid de la dignité de l’Afrique digne quand ce qui ressemble à la classique et habituelle demande d’aides, du sommet, à la mendicité, à la base, semble immuable ?

Il n’est qu’à lire Libération de ce matin
(http://www.liberation.fr/actualite/monde/279412.FR.php),
affirmant que Gbagbo, qui « reste malvenu à Paris », selon le titre, « ne ménage pas ses efforts pour amadouer son homologue français » — c’est ce qu’assure Hofnung, qui signe l’article. Qu’est-ce d’autre que tenter de prêter à Gbgabo une attitude de… mendicité, précisément.

Ou La Croix,
(http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2315057&rubId=1094),
qui nous donne un portrait au vitriol d’une Côte d’Ivoire plus corrompue que jamais, portrait inspiré de « Venance Konan, l’un des rares intellectuels ivoiriens osant critiquer ouvertement le pouvoir » (sic). D’où l’utilité indubitable des critiques venant du camp patriotique, d’où l’utilité aussi de rappeler — oh combien — elles existent…

Les questions de fond posées par l’article en cause dans la crise au Courrier (et par d’autres) ne doivent donc pas être négligées — portées par la liberté de critique — : la dignité requiert l’indépendance économique. L’indépendance économique requiert certaines ruptures, ruptures d’avec un cercle vicieux pervers, qui se renforce comme relation perverse semblant arranger celui qui domine par son « aide » et celui qui dépend par l’impression ne n’avoir jamais à se prendre en charge — deux situations aussi désagréables qu’apparemment …confortables !… et dont souffre au quotidien la masse pauvre de tout un continent.

Alors certes, il ne faut pas aller plus vite que la musique, mais il faut entendre ceux qui craignent que le rythme de la musique ne devienne trop tôt celui d’une berceuse…


3) Une petite anecdote. Parlant récemment avec une amie ivoirienne du « discours de Dakar » et du refus de la repentance, elle me répond que cela vaut aussi pour l’Afrique. En substance : « le fait que des frères aient été vendus aux négriers est en totale transgression avec les lois les plus sacrées de l’Afrique. Et de cela, il faudra se repentir solennellement. Jusque là, cette manie des corrompus de nous vendre à l’Europe perdurera… »

Et mon amie d’illustrer cela par l’histoire biblique de Joseph vendu par ses frères. « Conséquence de leur geste : tant qu’ils ne se sont pas repentis, ils ont été eux-mêmes livrés au pays auquel ils l’avaient vendu. Leurs difficultés économiques les contraignaient à se tourner vers l’Égypte, comme aujourd’hui l’Afrique vers l’Europe. »


4) À propos de Joseph — sans rapport avec ce qui précède, réflexion personnelle : Joseph, tel qu’il nous est présenté par le récit biblique, était un personnage imbuvable. Imbu de lui-même, se prenant pour le centre du monde et le disant : son père, sa mère, ses frères se prosternant devant lui dans ses rêves racontés tout haut ! Sans doute vraiment insupportable pour ses frères ! N’empêche : il leur avait été donné comme cela… Il leur appartenait de faire avec — ce qui ne veut pas dire qu’il ne fallait pas l’exhorter, vigoureusement même, à plus d’humilité…





"Les vérités de Laurent Gbagbo"

Par Delugio :: mardi 18 septembre 2007 à 9:31 :: Articles de presse




Jeune Afrique — n° 2436 du 16 au 22 septembre 2007 — Interview

in Notre Voie — n° 2787 du Mardi 18 Septembre 2007 —

http://news.abidjan.net/presse/notrevoie.htm

Processus de paix, relations avec la France...: Les vérités de Laurent Gbagbo

Le 19 septembre 2007, la Côte d’Ivoire aura connu cinq années de crise, l’accord de Ouagadougou, signé le 4 mars dernier, semble y avoir mis fin, où en est le processus de paix ?
Nous sommes dans une phase positive. L’accord de Ouagadougou, dont j’ai eu l’idée, a été fondamental. C’est Notre accord, entre belligérants Ivoiriens, celui de personne d’autre. Il est débarrassé des tutelles extérieures et a écarté les partis politiques. De ce fait, il met de côté les faux problèmes posés par les uns et les autres. C’est pour cette raison qu’il marche.

Pourquoi ne pas avoir procédé ainsi plus tôt ?
Nous n’étions pas prêts. Les choses arrivent en leur temps. Nous avons pu nous mettre d’accord parce que chacun était demandeur.

Le 6 août, vous avez évoqué, dans un discours, l’échéance de décembre 2007 pour l’organisation de l’élection présidentielle. Les conditions de la tenue de ce scrutin vous semblent-elles vraiment réunies ?
Oui, je l’ai dit en tant que Président mais aussi en tant qu’Ivoirien. Il faut que cette élection ait lieu le plus tôt possible. La constitution ne nous interdit plus d’organiser un scrutin sur notre territoire puisque ce dernier est désormais réunifié. Malgré les vociférations de certains, c’était jusqu’ici impossible. Aujourd’hui, il n’y a plus aucune raison de ne pas aller vite. D’autant que nous ne partons pas de zéro. Nous disposons ainsi des listes électorales de 2000 pour en établir de nouvelles, après avoir procédé au processus d’identification.

A ce propos, les audiences foraines devaient reprendre début septembre…
Le premier Conseil des ministres que nous avons tenu après les vacances a été consacré à cela justement. Il n’y a aucun problème, les audiences foraines vont reprendre avant la fin de ce mois.

Quelles garanties de transparence pouvez-vous donner à vos adversaires ?
Vous savez, j’ai été dans l’opposition plus longtemps qu’eux. Les cris et les contestations font partie du jeu, surtout en Afrique. Le plus important, c’est que le Président élu soit reconnu, que les perdants finissent par l’accepter, même s’ils mettent un peu de temps…. Moi, je garantis la transparence des élections aux Ivoiriens. Quant à mes adversaires, je rappelle que, contrairement au passé, aucune candidature ne sera écartée. J’ai pris les dispositions depuis l’accord de Pretoria, en 2005, pour que tous ceux qui ont participé aux négociations de Marcoussis, en janvier 2003, puissent se présenter. Et Dieu sait que je n’aime pas Marcoussis ! Tout le reste, les listes électorales, la date des élections, les conditions d’organisation, relève des administrations techniques. Enfin, je tiens à préciser, puisque vous me posez la question sur les garanties, que la Commission électorale indépendante, chargée d’organiser cette élection, comprend plus de membres qui me sont opposés que de personnalités politiquement proche de moi.

Parmi les autres points de l’accord de Ouagadougou figure le processus de désarmement. Au-delà de l’aspect symbolique des cérémonies au cours desquelles des armes ont été brûlées, quelle évaluation peut-on en faire ?
Contrairement à ce que vous dites, c’est loin d’être symbolique. Prendre des armes à des combattants, ce n’est pas l’ordre du symbole, c’est la réalité. Les fusils brûlés ne sont plus en circulation. Il y en a eu 1500 à Bouaké, plus de 1000 dans l’Ouest. Et il y aura encore beaucoup d’autres bûchers. N’occultons pas les faits. Le désarmement a bel et bien commencé. Mais, il est vrai que pour beaucoup, y compris moi-même, nous n’allons pas assez vite.

La question de la réintégration des éléments des Forces nouvelles dans l’armée nationale traîne en longueur. Sans parler de celle de la conservation par les ex-rebelles des grades qu’ils ont acquis au cours de la crise. Vous avez toujours déclaré y être totalement opposé. Depuis que Guillaume Soro, leur chef, est devenu Premier ministre, est-ce toujours le cas ?
Je n’ai pas évolué sur cette question et je ne le ferai pas. Je suis chef des armées. Je dois donc veiller à l’uniformisation de l’évaluation des soldats. Ceux qui veulent intégrer l’armée ou la gendarmerie de Côte d’Ivoire doivent être soumis aux mêmes critères d’évaluation que les autres. Cela dit, tout le monde fait comme si c’était un grand problème. Ce n’est pas le cas même s’il est sensible.

C’en est un pour Guillaume Soro…
Peut-être…Dès lors que nous touchons au statut des individus, cela devient compliqué. Nous avons donc décidé d’avancer sur tout ce qui peut l’être. Le reste, ce qui peut constituer d’éventuels points de blocages, nous verrons plus tard. Nous avons cependant soumis ce problème au facilitateur, le président Blaise Compaoré. Il nous a demandé du temps pour discuter avec les principaux concernés. Nous ferons ensuite le point. Mais il ne faut tout de même préciser que les gens dont nous parlons, ceux qui réclament la conservation de leurs grades, représentent une trentaine de personnes seulement.

Selon vous, qui sera votre principal adversaire lors de la présidentielle ?
Je ne sais pas. Et cela ne m’intéresse pas.

Puisque vous êtes dans une logique d’élection, vous devez bien vous préoccuper de la campagne, de vos adversaires…
Tout le monde en Côte d’Ivoire est dans cette logique ! Mais je suis d’abord le chef de l’Etat en fonction. Mes priorités actuelles ne sont pas celles d’un candidat. Je veux d’abord mettre fin à la crise. Après, nous verrons…

Entretenez-vous des contacts avec Alassane Ouattara?
Quand nous nous rencontrons, nous discutons. Mais cela fait un moment que nous ne nous sommes pas vus, ni avec Bédié d’ailleurs. Depuis la dernière réunion du Cadre permanent de concertation, le 12 juin, (CPC, présidé par Blaise Compaoré et qui réunit Gbagbo, Ouattara, Bédié et Soro, NDLR), pour tout vous dire.

Existe-t-il un deal entre vous et Guillaume Soro ?
Le seul deal entre Soro et moi, c’est d’abord l’accord de Ouagadougou.

Il n’a rien de secret…
Nous nous sommes mis d’accord sur un texte. Ce que l’on ne peut pas faire sans un minimum de confiance entre les parties. C’est cela qui effraie ceux qui parlent d’accord secret entre nous.

Certains disent que vous avez conclu un pacte : à vous le présent, les élections ; à lui le futur, donc les suivantes. Est-ce vrai ?
Mais oui, bien sûr. Il n y a pas besoins de deal pour cela ! Guillaume Soro est plus jeune que mon fils aîné, qui me l’a présenté d’ailleurs. Vu notre différence d’âge, il a forcement l’avenir pour lui.

Un avenir de président ?
Je n’en sais rien, ce sera à lui de décider.

Où en est l’enquête sur l’attentat dont il a été victime le 29 juin à Bouaké ?
Elle suit son cours et il y aura un procès.

Avez-vous des présomptions sur l’identité des commanditaires ?
Ne me faites pas entrer dans le champ judiciaire. Vous savez, les juges sont très jaloux de leurs prérogatives.

Le Facilitateur de l’accord de Ouagadougou, la Président Blaise Compaoré, a été tour à tour l’un de vos principaux soutiens puis votre pire ennemi. Vous l’avez même accusé d’être l’instigateur de la tentative de coup d’Etat de septembre 2002. Où en sont vos rapports aujourd’hui ?
Certains hommes divorcent de leur épouse puis se remarient avec elle (rires). Sérieusement, Blaise et moi étions très amis. Il m’a beaucoup aidé, y compris financièrement, lorsque j’étais dans l’opposition, entre 1989 et 1999. Dans la durée, il est celui qui m’a le plus soutenu. Le président Bongo Odimba m’a beaucoup aidé également. Plus substantiellement, nous dirons, mais sur une période très courte…
Ce qui s’est passé en septembre 2002, évidemment, nous a brouillés. Mais, aujourd’hui, nos relations se sont normalisées. Nos deux pays ne sont pas simplement des voisins. C’était le même pays à l’époque de la colonisation. Entre 1932 et 1947, Ouaga était la deuxième ville de Côte d’Ivoire. Nous avons vocation à nous entendre et à être des locomotives en Afrique de l’Ouest. Comme la France et l’Allemagne en Europe. Et que je sache, il y a eu plus que des broutilles entre eux…

Avez-vous des nouvelles de votre ancien Premier ministre Charles Konan Banny ?
Je préfère m’entretenir avec lui avant de vous parler. Je dois cependant avouer que lorsque j’ai signé son décret de nomination, je craignais déjà que cela ne se passe de la manière que vous connaissez.

Au cours des cinq années de crise, vous avez eu affaire à de nombreux interlocuteurs, africains ou non. Lequel vous a le plus déçu ?
Jacques Chirac.

D’où vient cette inimitié entre vous ?
Mais, je n’en sais rien ! Je n’avais rien contre lui au départ. C’est lui qui m’en voulait.

Comment avez-vous vécu son départ ? Comme une page qui se tourne ?
La page des relations entre la France et l’Afrique s’est déjà tournée avec ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire mais aussi, par exemple, avec la rupture des relations entre le Rwanda et la France, ce qui ne s’était jamais vu. Une autre ère s’ouvre aujourd’hui. Et nous autres Africains devons nous asseoir autour d’une table pour la préparer et réfléchir à de nouvelles relations.

Il y a aujourd’hui un nouveau locataire à l’Elysée. Le Président Nicolas Sarkozy prône lui aussi cette rupture…
Si Sarkozy nous fait espérer, ce n’est pas par rapport à sa politique déclarée mais parce qu’il est le seul président de la Ve République à être né après la Seconde Guerre mondiale. C’est important car cela signifie qu’il n’a pas les mêmes références que ses prédécesseurs.

Etes-vous en contact avec lui ?
Oui. J’ai discuté avec Claude Guéant (secrétaire général de l’Elysée, NDLR) puis directement avec le Président Sarkozy, une fois, au téléphone. Cela s’est bien passé.

Qu’avez-vous pensé de sa première tournée africaine et plus particulièrement de son discours de Dakar, le 26 juillet ? Beaucoup d’Africains ont été choqués par ses propos…
Je n’aime pas commenter les faits et gestes ou les discours des autres chefs d’Etat. Il faut laisser le Président Sarkozy s’installer et appliquer sa politique. Jugeons-le sur ses actes plutôt que sur ses paroles.

Quand la Force française Licorne doit-elle partir ?
Cela fait partie des dossiers que je laisse en attente. Cela ne me tracasse pas puisque je sais qu’elle partira.

Etes-vous pour ou contre le maintien de la base militaire française de Port-Bouët ?
Je préfère ne pas en parler pour le moment. J’ai mes idées mais j’ai d’autres chats à fouetter. Nous devons tout remettre à plat avec la France, tout rediscuter. Nous nous retrouverons autour d’une table le moment venu.

Votre parti, le Front populaire ivoirien (FPI), est membre de l’Internationale socialiste. Comment jugez-vous l’évolution du PS français ?
J’ai reproché aux socialistes français leurs déclarations péremptoires sur mon parti, ma personne ou sur la crise qui secoue mon pays. je ne commettrai pas la même erreur qu’eux.

Parmi vos pairs africains, beaucoup ont tenté des médiations en Côte d’Ivoire. Lequel vous a le plus marqué ?
C’est incontestablement Thabo Mbeki. Il est très méthodique et cultivé, ne se prononce jamais avant d’avoir étudié tous ses dossiers. Il prend le temps qu’il faut. C’est le seul, je dis bien le seul, à avoir séjourné plusieurs jours à Abidjan puis à Bouaké. Enfin, il a été le premier à dire qu’il fallait que je m’entende directement avec Blaise Compaoré.

Et les autres ?
Je ne me prononcerai sur aucun d’entre aux.

Pas même Omar Bongo Ondimba, avec lequel vous avez eu des mots ?
Non.

Vous entretenez de bonnes relations avec des chefs d’Etat africains qui échappent à l’orbite française. Citons, entre autres, Dos Santos, Kagamé, Conté ou Kadhafi. Est-ce un hasard ?
Cela n’a rien à voir. Conté m’a assuré de son amitié, je la lui rends. De plus, la Guinée est un pays voisin et le seul frontalier en qui je pouvais avoir confiance.
Je partage avec Kagamé certaines idées, c’est un fait. Il m’a invité après une réunion du Conseil de paix et sécurité de l’Union africaine pour mieux comprendre le dossier ivoirien. Il avait l’impression qu’on «nous tournait en bourrique». Il faut dire qu’il a été excédé par l’attitude de l’ambassadeur de France à Kigali, qui, à la veille d’une réunion importante à Addis-Abeba, a appelé le ministre rwandais des Affaires étrangères pour lui dicter la ligne à adopter… Comme moi, il pense que le temps où l’on pouvait dire aux Africains « faites ceci, faites cela » est révolu.
Quant à Dos Santos, il m’a beaucoup aidé. Nos soldats n’avaient pas d’armes, il nous en a fourni.

Et Mouammar Kadhafi ?
Il fait également partie de ceux qui ont cherché à mieux comprendre notre crise. Lors d’une réunion de la Cen-Sad (Communauté des Etats sahélo-sahariens, NDLR) à Bamako, il m’a considérablement soutenu. Depuis, nous entretenons de bons rapports.

Vous intéressez-vous au cas Robert Mugabe ?
Depuis que j’ai pu constater le comportement de certaines personnes lors de la crise ivoirienne et depuis que la presse française m’a accusé de tous les maux, y compris d’avoir créé des escadrons de la mort, je suis très circonspect lorsque la presse occidentale attaque un de mes pairs.
Je constate cependant que Robert Mugabe est très populaire en Afrique. Et qu’il ne faudrait pas que l’Occident reproduise avec les Négro-Africains les mêmes erreurs qu’il a commises avec les musulmans. Nous n’avons pas besoin d’un monde où règnent les divisions et les antagonismes. Pour le reste, je ne connais pas suffisamment Mugabe ou son pays pour juger.

La justice française s’intéresse de très près aux chefs d’Etat africains. Après Ismail Omar Guelleh, Paul Kagamé ou Eduardo Dos Santos, c’est au tour d’Omar Bongo Ondimba et de Denis Sassou Nguesso, accusés d’avoir détourné de l’argent dans leurs pays respectifs pour acheter des biens en France. Qu’en pensez-vous ?
Cela me rappelle, encore une fois, ce qui se passe avec moi. On vient de sortir un prétendu témoin dans l’affaire Kieffer (du nom du journaliste franco-canadien disparu le 16 avril 2004 à Abidjan, NDLR)…

Avez-vous des biens à l’étranger ?
Aucun, et je n’en aurai jamais tant que je serai chef d’Etat. Ce n’est pas mon monde, je ne suis pas de cette école.

Un certain nombre d’affaires ont émaillé ces cinq années de crise, dont trois visent, plus ou moins directement, la présidence. Parmi celles-ci, la disparition du journaliste Guy-André Kieffer. Sa famille a été reçue par Nicolas Sarkozy le 23 août dernier. Certains témoignages accusent votre entourage et notamment le beau-frère de votre épouse, Michel Légré. Qu’en est-il ?
J’ai vu Guy-André Kieffer deux fois dans ma vie, à sa demande. La première fois, c’était après le coup d’Etat de 1999. La seconde, c’était après la mort, le 21 octobre 2003, du journaliste de RFI Jean Hélène. Je l’avais reçu pour répondre à ses questions. J’ai appris sa disparition comme tout le monde. Nous avons mené une enquête pour essayer de le retrouver, sans succès. La justice ivoirienne poursuit son travail, ainsi que la justice française. Maintenant, on me dit que le beau-frère de mon épouse, Michel Légré serait responsable de sa disparition. D’abord, il faut le prouver. Ensuite, même si c’était le cas, mes belles sœurs sont libres d’épouser qui elles veulent, cela ne m’implique en rien. Je ne suis pas responsable des actes de Michel Légré. Ce qui me choque dans cette affaire, c’est que Michel Légré n’a plus d’identité propre. C’est grotesque. Rachida Dati par exemple, n’est pas responsable des actes de son frère (Jamal Dati, frère de la ministre de la justice, accusé de trafic de stupéfiants, ndlr) que je sache !

Berté Seydou, le témoin en question se présente comme le chauffeur du commando dirigé par un certain Jean Tony- Oulai, qui aurait enlevé Kieffer. Il affirme que le journaliste aurait été conduit à la présidence où il aurait passé deux jours, avant d’être exécuté. Que répondez-vous à cette accusation ?
Arrêtons ce cinéma de mauvais gout ! Jean Tony Oulai, je l’ai vu deux fois dans ma vie, dont l’une à la demande de sa sœur. Il avait été arrêté aux Etats Unis après les attentats du 11 Septembre. La seconde fois, il se trouvait dans l’entourage de Mathias Doué, l’ex- chef d’état major. Ni lui ni Légré n’ont jamais travaillé à la présidence de la République ! Et brusquement, ils enlèvent un journaliste, en se disant que la meilleure manière de le faire disparaitre ce serait de l’emmener à la présidence ? S’ils devaient le tuer pourquoi l’emmener ici ? Soyons sérieux ! La famille de monsieur Kieffer connait un drame. Aidons-la ! Mettons tout en œuvre pour le retrouver, mais cessons ce cinéma. Quant aux journaux qui relaient ces accusations graves, je me réserve le droit, une fois de plus, de les attaquer en justice. On ne peut pas écrire n’importe quoi.

Le bombardement du camp militaire français de Bouaké, le 6 Novembre 2004, a coûté la vie à neuf soldats français et à un citoyen américain. Que s’est-il passé ce jour là et qui a donné l’ordre de l’attaquer ?
Voila une autre affaire qui me laisse un gout amer. L’armée française a tout fait pour cacher la vérité. Revenons sur les faits précis. Quelques jours avant ce 6 Novembre, j’avais averti l’ambassadeur de notre intention d’attaquer les infrastructures militaires de la rébellion à Bouaké. Il est venu me voir avec le général Poncet, qui commandait l’opération Licorne. Tous deux m’ont fait part de leurs réserves. Je leur ai répondu que je ne leur demandais pas leur autorisation mais que je les informais. Ensuite, Chirac m’a appelé pour m’en dissuader. Le 4 Novembre j’ai lancé les opérations aériennes. Le lendemain, l’Onuci (l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire, Ndlr) a rendu public un rapport faisant état de la justesse de nos frappes qui n’ont touché que des objectifs militaires. C’est à partir de là, je pense, que tout a basculé. Le 6 novembre au matin, nos fantassins étaient sur le point d’entrer dans les villes que nous avions ciblées. C’est alors que le chef d’état-major Mathias Doué m’a informé du fait que le camp français de Bouaké avait été bombardé et que des militaires avaient trouvé la mort. Je lui ai demandé un rapport écrit. J’ai ensuite immédiatement suspendu de leurs fonctions le chef d’état-major et le commandant des forces aériennes et ordonné une enquête. Le jour même sans attendre, les Français détruisaient au sol nos avions. C’est alors que la partie de poker menteur a commencé. Le général Poncet a d’abord refusé que notre procureur se rende sur les lieux pour mener son enquête. Ensuite, j’apprends que les funérailles des soldats sont organisées à peine deux ou trois jours après les évènements à Paris, aux Invalides. Nous n’avons même pas vu les corps devant lesquels nous souhaitions nous incliner. Enfin, les Français arrêtent les pilotes biélorusses, qu’ils estiment coupables. Pendant quatre jours, ils ne sont même pas interrogés puisque nous n’avons vu aucun procès verbal. Ou alors on veut nous cacher des choses… Puis ils sont exfiltrés. Les autorités togolaises les ont retrouvés à Lomé en train d’attendre un avion et les ont arrêtés dix jours durant. Les Français n’en ont jamais voulu ! Tout ceci est louche : on veut nous faire passer pour ceux qui ont tué les militaires français mais on ne peut pas que la vérité éclate.

Ce sont tout de même des pilotes de l’armée ivoirienne. Vous avez bien vos propres informations ?
A partir du moment où je n’ai pas donné l’ordre d’attaquer, et puisque l’on nous empêche de mener notre enquête, comment voulez-vous que je le sache ? Qu’on me démontre que ce sont bien nos bombardements qui ont tué ces soldats. Si tel était le cas, qu’il s’agisse d’un acte délibéré ou bien d’une erreur, je suis prêt à assumer.

Dernière affaire, celle des escadrons de la mort. Encore une fois, on parle de l’entourage de la présidence et plus particulièrement de celui de votre épouse, Simone Ehivet Gbagbo. Qu’en pensez-vous ?
D’abord, j’ai intenté des procès contre les journaux français qui m’ont accusé et je les ai tous gagnés. Ensuite, ce terme d’escadron de la mort a été lancé par Alassane Ouattara. Une nouvelle fois, sans preuve. Ce n’est pas parce que mes adversaires m’accusent que je suis coupable.

Il y a tout de même bien eu des personnalités assassinées…
Entendons-nous bien : je ne nie pas parce qu’il y ait eu des victimes à Abidjan. Mais, cela signifie-t-il pour autant que c’est moi qui les ai fait tuer ? Il ne s’agissait pas de personnalités politiques de premier plan. Ils ne gênaient personne, en tout cas pas moi. Quel intérêt aurais-je eu à les faire exécuter ?

Votre épouse a une réputation de ‘’Dame de fer’’, pour ne pas dire plus. La considérez-vous ainsi ?
Franchement, je laisse cela à ceux qui l’écrivent. Cela ne nous regarde pas et cela ne nous touche pas.

Avez-vous lu son livre, Parole d’honneur ?
Un peu. Disons que je le connais.

Vous l’a-t-elle soumis avant de le publier ?
Elle me l’a fait lire comme à beaucoup d’autres amis ou membres de la famille. Mais, ce n’était pas pour le soumettre à ma censure.

Vous étiez catholique et vous vous êtes converti au protestantisme (Laurent Gbagbo est évangélique, NDLR) en 1998. Pour quelle raison ?
Cela ne regarde que moi. C’est une question d’ordre privé et je n’ai pas pour habitude de m’étendre là-dessus.

Etes-vous pratiquant ?
Oui. Et je prie souvent, avant les repas ainsi qu’au moment du coucher. Je suis très croyant tout en restant favorable à la laïcité de l’Etat.

Reconnaissez-vous que c’est original pour un homme de gauche, ex-marxiste tendance Mao…
C’est vrai, mais j’en connais d’autres. Y compris certains qui se sont convertis à l’islam.

A vos yeux, la progression de l’islam en Afrique constitue-t-elle une menace ?
Pas du tout. Je ne crains pas les religions, seulement les extrémismes.

Quel regard portez-vous sur les débats autour de la colonisation française ?
C’est avant tout un débat franco-français...

Ce n’est pas l’avis d’Abdelaziz Bouteflika, qui réclame la repentance de la France…
L’histoire de la Côte d’Ivoire n’est pas celle de l’Algérie. Nous n’avons connu ni la même colonisation ni la même lutte pour l’indépendance. J’admire beaucoup le président Bouteflika. Ses exigences font partie de la continuité de la lutte pour l’indépendance de son pays, à laquelle il a grandement participé. Pour revenir à votre question initiale, il faut reconnaître que la colonisation a été une défaite pour les Africains. Aujourd’hui, nous devons remonter la pente. Mais, nous ne devons pas attendre de ceux qui, hier, nous ont vendus comme esclaves ou colonisés qu’ils nous réhabilitent ou nous rendent notre dignité. C’est le point de vue de l’historien que je suis et c’est mon combat en tant qu’homme politique.

Le dernier sommet de l’Union africaine (UA), début juillet à Accra, a constitué un échec de plus pour l’intégration africaine. Croyez-vous aux Etats-Unis d’Afrique ?
Je pense, comme Thabo Mbeki, qu’il nous faut d’abord travailler au renforcement des unions régionales sur le continent : UEMOA, Cedeao, Sadc, Uma, etc. Nous passons notre temps à créer des institutions sans leur donner les moyens de leurs ambitions et ne cessons de réclamer aux pays occidentaux qu’ils financent nos projets. Il faut, une fois de plus, que nous nous prenions en main. Nous ne sommes même pas capables de mettre en place des opérations de maintien de la paix sur le continent. Certains Etats ne paient pas leurs cotisations alors qu’ils ont l’argent. Nous quémandons l’aide des autres. Pourtant, l’Afrique a des moyens, du pétrole, des matières premières, des minerais. Alors, avant les Etats-Unis d’Afrique, commençons par le commencement.

Vous comprenez le ras-le-bol exprimé par le président de la commission de l’UA, Alpha Oumar Konaré ?
Je ne souhaite pas personnellement ce débat. Et j’aimerais bien que l’on sache ce que l’on faire de l’UA avant de dire « vite, vite, il faut avancer, il faut passer aux Etats-Unis d’Afrique !» Que veut-on faire réellement ? Où veut-on aller ? A quoi doit servir cette institution ? Une fois ce préalable rempli, nous verrons. L’Europe ne s’est pas construire en 5 ans ni en 10 ans. Il ne faut pas s’impatienter. Doucement nous sommes pressés…

Certains de vos détracteurs critiquent vos projets de transfert de la capitale à Yamoussoukro. Selon eux la Côte d’Ivoire n’en a pas les moyens. Que leur répondez-vous ?
Avant tout, je ne crois pas qu’il ait la famine en Côte d’Ivoire. Nous sommes un pays en guerre qui n’a jamais attendu une quelconque aide humanitaire. Nous sommes toujours débout, les grands agrégats de notre économie sont bons, nos fonctionnaires sont payés. Grâce à notre gestion, et malgré les vicissitudes, nous avons des moyens. Pas illimités, certes, mais ils existent. Ensuite, cette décision répond au besoin de quitter Abidjan, saturé, qui est passé de 200 000 habitants dans les années 1960 à près de 6 millions aujourd’hui. Et je rappelle que c’est Houphouët et non moi qui a fait ce constat.

A l’époque vous étiez contre…
Soyons précis : j’étais contre le fait de choisi son village comme nouvelle capitale, pas pour le principe même de changer la ville. S’il avait décidé de le faire à Bouaké, je n’aurais rien dit. Aujourd’hui, nous construisons l’avenir.

Selon vous, la Côte d’Ivoire est-elle définitivement sortie de la crise ?
Nous venons de loin. Nous avons évité le pire. Une vraie guerre civile comme au Liberia ou en Sierra Leone dans les années 1990. Nous sommes sur le point de nous en sortir, mais ce sont les élections qui le confirmeront.

L’exclusion des gens du Nord, l’ivoirité, l’éthnicisme et les clivages religieux sont souvent présentés comme les racines du mal ivoirien. Partagez-vous cette analyse ?
Tout ce qui s’est passé depuis la mort de Houphouët (en décembre 1993, Ndlr) n’est que le résultat d’une guerre entre ses héritiers. Tous les facteurs que vous citez ne sont que des conséquences et non les causes de cette guerre. Bédié et Ouattara se battent pour le pouvoir depuis 1993. Ce qui a mené au coup d’Etat de 1999. Mais, aujourd’hui, nous avons montré que ce n’est pas parce que l’on tente un coup d’Etat que l’on renverse un régime. C’est pourquoi je devais tenir, résister ne pas m’enfuir. Il fallait faire la démonstration aux Ivoiriens que prendre les armes ne donne pas le pouvoir.

Si vous deviez connaître une qualité à vos principaux adversaires, Allassane Outtara, Henri Konan Bédié, quelle serait-elle ?
(Il Réfléchit longuement) J’aurais préféré éviter cette question. Mais je vais tout de même vous répondre. Alassane est brillant et travailleur plus que Bédié qui, lui par contre, est rusé et sait s’entourer. Il faut dire qu’il a été à la bonne école...

Avez-vous changé au contact du pouvoir ?
J’ai évolué mais, je conserve les mêmes idées.

Et jugez-vous différemment Houphouët ?
Je comprends plus facilement certains de ses choix et de ses actes. Ce n’est pas autant que je vais faire comme lui.

Quel est votre principal regret ?
C’est de n’avoir pu mettre en œuvre mon projet d’assurance maladie universelle. Tout était prêt y compris les bâtiments qui devaient accueillir son siège. Mais, la guerre est arrivée.

Avez-vous des hobbies ?
Comme tout le monde…je citerais la lecture et la musique. J’adore également regarder des matchs de football et surtout de tennis féminin (rires).

Quel personnage historique vous a marqué ?
Moïse

Avez-vous un modèle dans la vie ?
J’admire tous ceux qui ont tracé une route, sans repère, sans recette, sans précédents pour les aider. Ainsi de George Washington, de Lénine, de Gandhi ou des pères de la nation en général.

Que feriez-vous si vous n’étiez pas réélu ?
J’écrirais mes mémoires. Mais, mon travail actuel me plait…

Source Jeune Afrique
N° 2436 du 16 au 22 septembre 2007





Page précédente / Page suivante

</div> </td> </tr> <tr> <td colspan="2" id="pied">Copyright © <a href="http://delugio.zeblog.com/"> «Une vingtaine» !</a> - Blog créé avec <a target="_blank" href="http://www.zeblog.com">ZeBlog</a> </td> </tr> </table> </div> </BODY> </HTML>