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«Une vingtaine» !

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«Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française»!

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Événements en Côte d'Ivoire. Essais de mise en perspective...

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"Une vingtaine" ! (environ)
"Une vingtaine" !... et quelques
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Une autre histoire...


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« Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur »


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Deux ouvrages “négrologiques” (I)

Par Delugio :: lundi 11 décembre 2006 à 20:27 :: Livres




Article disparu de blogs.nouvelobs.com (24.02.05) et toujours d'actualité.



Deux livres récents sur l’Afrique ont eu un certain écho. Le premier parce que son auteur a été largement condamné, le second parce que son auteur a été primé.

Le premier livre est celui de Bernard Lugan, God bless Africa. Contre la mort programmée du continent noir, Chatou, Carnot, 2003 ; le second celui de Stephen Smith, Négrologie. Pourquoi l’Afrique meurt, Paris, Calmann-Lévy, 2003.
Les deux ouvrages sont « négrologiques ». Le premier soutient que la solution pour une Afrique « agonisante » passe par des guerres tribales inévitables, le second laisse à penser qu’il n’y a pas de solution. Les deux se fondent sur le même diagnostic, que les critiques africains s’accordent à reconnaître raciste — ou au moins racialiste — pour les deux, et que les critiques français semblent ne condamner que dans le premier cas, puisqu’ils le priment dans le second !
Est-ce parce que le second, Smith, ressemble à une reprise « light » des arguments du premier ? Est-ce qu’une argumentation que les critiques africains jugent raciste cesse de l’être, en France, quand elle est reprise en termes « lights » ? En l’attente d’une réponse à cette question, qui laisse à penser que la vigilance antiraciste s’est pour le moins relâchée en France, voici quelques données :

 

— Un texte de Didier Daeninckx, écrivain, concernant le négationnisme de Lugan ;

— Une dépêche de la PANA (agence de presse panafricaine) sur le colonialisme de Lugan ;

— Le résumé du livre de Lugan par son éditeur ;

— Un résumé personnel de l’essentiel de son argumentation ;

— La présentation du livre de Smith par Francis Laloupo du Nouvel Afrique-Asie ;

— des extraits d’autres analyses de Smith par Bruno Gouteux.

 

 

_____________________________

 

« Quand le négationnisme s’invite à l'université »
par Didier Daeninckx, écrivain ("Le goût de la vérité", Verdier)

Lundi 7 février 2000

L'affaire Bernard Lugan, le professeur fouetteur de Lyon III

Cité d’après www.amnistia.net.

 

« En 1985, Bernard Lugan, professeur d'histoire à Lyon III, préside la soutenance de thèse d'Abdelhamid Bdioui intitulée "L'image de l'Arabe et du musulman dans la presse écrite (1967-1984)" dans laquelle les arguments développés dans "Les Protocoles des Sages de Sion", le faux antisémite produit par la police secrète tsariste, sont approuvés. En 1987, il est nommé membre du Comité National des Universités, un organisme chargé de gérer la carrière des universitaires. Au cours des années suivantes, il n'est pas rare de voir apparaître le nom de Bernard Lugan près de celui de Régis Ladous dans des jurys comme "Léon Daudet et l'antisémitisme" ou "Destin d'Afrique". En 1990, il diffuse un "Manifeste pour les libertés universitaires" en soutien à son collègue Bernard Notin de Lyon III qui vient de publier un violent article négationniste et raciste dans la revue du Cnrs, Économies et Sociétés. Son initiative est saluée par la Revue d'Histoire révisionniste, et quelques mois plus tard, comme le rapporte Le Monde du 18 mai 1990, la commission des spécialistes de l'Université le classe en tête pour passer du grade de "maître de conférences" à celui de "professeur". Peu après, il assure une causerie sur l'Afrique du Sud pour "l'Association pour la défense de la Mémoire du Maréchal Pétain".

En 1991, Bernard Lugan participe à un curieux pèlerinage, le "Rassemblement de la piété française". Il considère en effet que Charles Martel n'a pas "anéanti" les Arabes à Poitiers en 732, comme le rapportent les manuels d'histoire, mais dans un village du Lot, "lieu de la victoire définitive" auquel il aurait légué son nom ! La manifestation, interdite par le maire de Martel, rassemble en octobre une centaine d'illuminés dont une majorité d'intégristes catholiques, des skinheads et les maigres troupes de l'Oeuvre Française, le groupuscule fasciste fondé après mai 68 par l'ancien collaborateur de la revue Europe Action, Pierre Sidos. L'année suivante, Bernard Lugan livre une contribution au recueil "Rencontres avec Saint-Loup" édité en hommage à l'ancien Waffen SS français. Son texte s'intitule "Une tribu blanche d'Afrique australe". Plume facile bien que redondante, Lugan collabore à Identités, la revue théorique du Front National où il prône la création d'un état blanc d'Afrique du Sud, seul susceptible de garantir la "survie de l'identité blanche". On retrouve ses chroniques dans Minute-la France, Présent, National-Hebdo où, sous le titre "Adieu à un vieux camarade", il pleure Poulet-Dachary, adjoint au maire de Toulon, assassiné par un gamin ramassé nuitamment dans un bar de la ville basse.

L'épopée coloniale le hante, et dans Le Crapouillot il laisse libre cours à sa fascination pour les Boers-Afrikaners, inventeurs de l'apartheid:

"confrontés à des populations noires qui menaçaient de les submerger sous leur nombre, les Boers se crurent prédestinés et eurent bientôt la conviction d'appartenir à la race élue par le Seigneur pour apporter la civilisation à cette partie de l'Afrique".

C'est certainement cette conviction d'être détenteur de la civilisation qui pousse, chaque Mardi Gras, Bernard Lugan, auteur de "L'Occident sans complexe", à paraître devant ses étudiants de première année déguisé en colon, coiffé d'un casque et brandissant un fouet. Parmi les chants qu'il entend faire apprendre par cœur, on se souvient, à Lyon, de celui-ci:

"Nos officiers se tapent des japonaises
Alors que nous pauvres marsouins fauchés
Nous nous tapons ce qu'on nomme la terre glaise
Spécialité de nos girons nhaqués".

Saisie de la protestation du Comité Anti-Fasciste et Anti-Raciste (Cafar), la doyenne de la Faculté de lettres et civilisations, Colette Demaizière, qui militait dans le syndicat étudiant très droitier UNI, rend public un communiqué:

"Il est inadmissible que des éléments extérieurs interviennent pour interdire de parole tel ou tel. Il est intolérable que des cours, même détournés exceptionnellement en plaisanterie carnavalesque, tournent au pugilat. Il est anormal que des étudiants qui n'ont pas la compétence pour le faire, s'érigent en juges de la qualité des cours d'enseignants".

Ainsi l'ordre des choses est-il constitué par le mépris, la vulgarité, le racisme le plus éculé, et le trouble par un sursaut de dignité. Nous sommes en France, à Lyon, à l'Université, dans un siècle qui s'achève. Le XXe. »

 

***

 

Un universitaire français défend la colonisation

PANA
PARIS, 30 octobre 2001

« La colonisation a été une brève parenthèse de paix qui a délivré les peuples dominés de leurs oppresseurs, a estimé lundi à Paris un universitaire français, Bernard Lugan.

"Je persiste à penser que le fait ethnique est la grande réalité de l'Afrique", a déclaré cet enseignant d'histoire de l'Université Lyon III, ajoutant que "l'Afrique noire a toujours été un continent récepteur et non concepteur".

M. Lugan, qui défend l'antériorité de la présence des colons hollandais sur les Noirs en Afrique du Sud, a souligné que "partout dans le monde sauf en Afrique noire, l'homme chercha et réussit à agir sur la nature".

Poursuivant son argumentaire raciste, l'universitaire français, auteur de "De la colonisation philanthropique à la colonisation humanitaire" prétend que "l'Afrique précoloniale ignorait l'écriture, l'usage de la roue, de la poulie, ou de la traction animale". (Ce que l’on retrouve chez Smith !)

La publication des thèses de Bernard Lugan a provoqué une véritable levée de boucliers dans le monde universitaire et la communauté immigrée d'origine africaine vivant en France.

"Qu'il s'agisse de l'Afrique du Sud, du Maroc ou de l'Afrique des Grands Lacs, les travaux de Bernard Lugan ne sont pas considérés comme scientifiques par la plus grande partie de la communauté universitaire", précisent 55 africanistes, dans une pétition dénonçant la nomination de l'historien au grade Maître de conférences hors classe à l'Université de Lyon III.

"C'est proprement inadmissible qu'un universitaire à ce niveau de responsabilité défende publiquement des thèses fondées sur le racisme et la xénophobie", déplore le chercheur Sidibé Mahamane qui dénie toute qualité scientifique aux travaux de Bernard Lugan.

La réprobation avait fini par atteindre le Conseil national des Universités (CNU), instance en charge de la gestion des carrières des enseigants-chercheurs, qui avait initialement refusé la nomination au grade de Maître de conférences de l'historien lyonnais, auteur déjà en 1985 d'un autre scandale pour avoir parrainé une thèse prônant l'anti-sémitisme.

Surnommé "le professeur fouettard", Bernard Lugan a surpris le milieu universitaire, la communauté scientifique ainsi que la diaspora africaine en répondant par le mépris aux critiques portées sur ses thèses.

"Je n'ai rien à retirer de ces phrases car, dans l'état actuel des connaissances , elles traduisent la stricte réalité historique (...) et je mets au défi quiconque de me démontrer le contraire", a-t-il répondu à ses détracteurs. »

 

******

 

À propos de : Bernard Lugan, God bless Africa. Contre la mort programmée du continent noir, Chatou, Carnot, 2003.

 

***

 

Résumé (selon l’éditeur) :

« Selon une étude récente de l’ONU, près de quarante millions d’Africains pourraient mourir de faim dans les prochains mois !
Depuis trop longtemps déjà, l’Afrique est terre de tragédies : guerres, pandémies, famines... La situation ne cesse d’empirer, malgré les milliards de dollars et d’euros qui y sont déversés chaque année. Est-ce sans espoir ?
Bernard Lugan montre avec force que cet espoir existe, à la seule condition que les acteurs, africains comme occidentaux, s’en prennent enfin aux vraies causes, en cessant de s’abriter derrière les discours dogmatiques.
Preuves à l’appui, l’historien rétablit les vérités essentielles de la « question africaine » :
– non, l’esclavagisme occidental n’a pas vidé le continent de ses forces vives ;
– non, les puissances coloniales ne se sont pas enrichies de la sueur et du sang des colonies ;
– oui, des frontières héritées de la colonisation sont cause de massacres et il faut oser les redéfinir ;
– oui, les Etats africains, indépendants depuis une quarantaine d’années, sont largement responsables de leur situation ;
– oui, la démocratie à l’occidentale est génératrice de catastrophes car elle ne tient pas compte des réalités ethniques qui déchirent des nations artificielles;
– oui, les hommes politiques africains ont intérêt à culpabiliser leurs partenaires des pays industrialisés pour mieux percevoir les milliards de l’aide internationale ;
God Bless Africa : un réquisitoire au vitriol qui décape les idées reçues, des solutions qui laminent le « politiquement correct ». Un seul objectif : la prise de conscience, noire et blanche, pour sauver le Continent d’une mort programmée.
Il y a urgence ! »

 

***

 

L’essentiel de l’argumentation :

L’auteur développe ici les fondements de la thèse qui est à la base de sa Revue L’Afrique réelle, à savoir qu’au lieu des frontières « artificielles » héritées de la décolonisation, il existe en Afrique des frontières « réelles », ethniques, qu’il faut privilégier quel qu’en soit le prix. L’idée en soi est pour le moins sujette à caution. Et les fondements sur lesquels elle s’appuie sont pour le moins douteux !

La méthode consiste invariablement à s’appuyer sur un aspect des choses généralement admis par tous, mais monté en épingle : le fait que l’esclavage n’est pas le fait que des seuls Occidentaux, le fait que la colonisation avait aussi des "aspects positifs" (genre routes - cf. infra ; aspects devenus fameux suite à une tentative de législation à ce sujet), le fait que les frontières actuelles sont d’origine coloniale, etc. ; et à caricaturer les acquis de la recherche historique pour les disqualifier.

Les arguments se résument à une disculpation de l’Occident pour l’esclavage, la colonisation, et les théories qui en sont sorties, sauf la mise en place des frontières « artificielles ». Pour le reste l’Afrique n’a qu’à s’en prendre à elle-même, sans négliger au passage de remercier l’Europe pour les « bénéfices » coloniaux. Pour cela :

 

1) Il faut minimiser la réalité de la traite esclavagiste et de ses conséquences. (Ce que l’on retrouve chez Smith de façon plus ou moins « light ».)

Tout d’abord au niveau des chiffres. S’adossant sur le fait qu’ils ont pu être parfois exagérés, l’auteur les minimise outrancièrement, faisant une interprétation a minima des données administratives. Un peu comme si pour évaluer le nombre de viols ou d’agressions racistes au XXe siècle, on s’en tenait aux chiffres déclarés dans les commissariats.

Reste qu’on ne peut évidemment pas connaître la réalité exacte de l’importance quantitative de la traite esclavagiste, les chiffres n’étant que la base a minima. S’appuyant donc sur cela en misant sur le choix arbitraire d’une lecture très minimaliste, l’auteur conclut que la traite n’a pas eu de conséquences économiques sur le développement de l’Afrique. Il n’hésite pas à employer la comparaison de la peste noire en Europe, soutenant contre plusieurs historiens et sociologues, qu’elle n’a pas eu d’impact, voire même qu’elle a eu un impact positif sur le développement économique de l’Europe. D’autres, avec plus d’argumentation, soutiennent au contraire qu’elle a retardé le développement de plusieurs siècles (peste : XIVe siècle, début de essor industriel : fin XVIIIe). De fait le développement capitaliste européen a stagné après avoir émergé fin XIIIe siècle-début XIVe.

L’auteur accentue en faveur de sa thèse le fait avéré que la traite a aussi été pratiquée par les Arabes, et des Royaumes africains. Sur ce second fait, il s’autorise à minimiser l’importance de la « demande » occidentale. Mais s’il n’y avait pas eu de « demande », y aurait-il eu une « offre » ?

Enfin, le plus grave, l’auteur ignore totalement l’impact psychologique inquentifiable, qu’est le racisme issu de la traite, faisant des Noirs des « esclaves par nature », idée qu’il semble bien rejoindre. De là est née la théorie de la hiérarchie des races, qui a eu la faveur de tous, jusqu’aux philosophes des Lumières et aux humanistes de l’époque coloniale (cf. l'analyse de cela par Louis Sala-Molins, Le Code noir ou le calvaire de Canaan, éd. PUF).

 

2) La colonisation était globalement un progrès. (Ce que l’on retrouve chez Smith de façon plus ou moins « light ».)

Pour dire cela il s’appuie sur le fait avéré qu’elle a été promue par des humanistes philanthropes dans le cadre d’un combat anti-esclavagiste — notamment contre la traite musulmane qui se poursuivait. Il rejoint l’affirmation selon laquelle la raison principale de la fin de l’esclavage est le combat philanthropique dans la ligne de Wilberforce, plutôt qu’une cause économique ; voulant que l’esclavage n’aurait plus été rentable.

Il soutient à partir de là de façon quelque peu contradictoire, que malgré la rentabilité persistante qu’il signale concernant l’esclavage, qui devait bien valoir aussi dans les nouvelles colonies, les nations colonisatrices ont cédé par pure bonté à la pression des philanthropes et ont colonisé l’Afrique contre leur propre intérêt !

Bien que cette thèse aille contre les faits vérifiables aujourd’hui encore, notamment dans les rapports France-Afrique, il la soutient ; de même qu’il maintient pour les colonies sa révision (concernant déjà l’esclavage) postulant l’ignorance de l’impact psychologique d’une telle soumission à un projet « civilisateur », extérieur, fût-il humaniste, quand il repose sur la conviction de la supériorité raciale du colonisateur (cf. Alain Ruscio, Le Credo de l’homme blanc, éd. Complexe — que Lugan cite, mais en tirant son sens à son propre avantage).

L’auteur souligne les réalisations effectivement positives (infrastructures routières, scolaires, médicales, etc.), reconnues par les plus radicaux des anti-colonialistes, mais pour dire que la colonisation ne fut que cela, et qu’elle fut donc un poids, qu’elle coûta à l’Europe mais ne lui rapporta pas !

On se demande alors pour quelle raison les entreprises françaises continuent jusqu’à aujourd’hui à gérer l’essentiel de l’économie de pays entiers. Par exemple, en Côte d’Ivoire, Total pour le pétrole, Bouygues pour l’eau et l’électricité, Bolloré pour les transports, Orange pour les communications, la Société Générale et le Crédit Lyonnais pour la Banque, etc.

 

3) La décolonisation a été néfaste. (Ce que l’on retrouve chez Smith de façon plus ou moins « light ».)

Si la colonisation est une si bonne chose, quasiment sans inconvénients, la décolonisation est forcément néfaste !

Elle était inévitable, puisque la colonisation ne faisait que peser sur l’économie des nations qui avaient eu la bonté d’avoir des colonies ! Les nations occidentales finissent donc par se débarrasser de leur poids, pour leur plus grand bénéfice à elles, mais pour le plus grand malheur de celles qui bénéficiaient jusque là de leur bonté !

Seul inconvénient pour les ex-colonisés : les découpages laissés par les colonisateurs… À partir de là, l’auteur peut laisser libre cours au développement de sa thèse centrale : pour un redécoupage tribal et non-démocratique de l’Afrique !

C’est passer rapidement sur le fait que si la décolonisation a eu lieu, au sens où les États occidentaux ont effectivement cessé la promotion d’infrastructures modernes (ce que les États locaux ont donc pris en charge), ils n’ont pas cessé pour autant de gérer les ressources de leurs ex-colonies (cf. supra le cas de la Côte d’Ivoire, mais on pourrait multiplier les exemples à commencer par la célèbre affaire Elf au Congo-Brazzaville).

En fait la décolonisation a consisté à abandonner l’entretien et le développement des infrastructures diverses, tout en maintenant la gestion des biens et ressources, via la mise en place de dirigeants aux ordres moyennant corruption (chose connue et difficilement contestable).

Le seul inconvénient hérité de la colonisation et maintenu dans la décolonisation est selon lui le découpage des frontières : il faut donc le refaire, sur le mode « ethnique » ! À ce compte, pourquoi ne pas redécouper la France, en rendant l’Alsace à l’Allemagne, en donnant l’indépendance à la Corse, au Pays Basque, en rendant Nice à la Savoie indépendante, etc. !

Que de sang versé en perspective, en France y compris, éventuellement, car pourquoi la boucherie de 14-18 ne recommencerait-elle dans l’autre sens pour rendre l’Alsace à son appartenance ethnique naturelle ? Le redécoupage de l’Afrique pourrait donner des idées !

 

4) Caricature des travaux des chercheurs qui ne vont pas dans son sens.

Le plus typique est la caricature de Cheikh Anta Diop. Il s’appuie sur des détails de son œuvre devenus contestables au regard des travaux développés depuis les années soixante pour nier — et sur quel ton ! — ce qui demeure incontestable : par exemple que les Égyptiens des anciennes dynasties étaient noirs. Ce qui aujourd’hui n’est plus — sauf pour Lugan — ni un problème, ni un sujet de trouble. Plus personne n’affirme aujourd’hui, en constatant que les personnages des fresques égyptiennes sont noirs, qu’ils sont « rouge cuivré » ! La couleur « rouge cuivré » est évidemment celle des noirs, et cela ne gêne personne, comme les traits « négroïdes » des statues de haute époque sont un fait, dont Lugan déplore qu’il soit reconnu par l’UNESCO (comment pourrait-elle faire autrement ?).

Élément de caricature qui lui permet de nier l’essentiel : Lugan affirme que dans la ligne de Diop, on soutiendrait que les Grecs étaient noirs ! Ce qui est évidemment insoutenable et n’a jamais été soutenu par personne de sérieux. Cela dit, les philosophes grecs affirment s’être inspirés de l’Égypte. S’ils en ont donc reçu des idées, il n’y a pas lieu d’en conclure qu’ils en auraient reçu aussi la couleur de peau ! Partant de là il ridiculise les acquis concernant l’Égypte. Ce qui entraîne qu’il nie aussi, en affirmant qu’il n’en voit pas les causes, le métissage progressif vers la couleur actuelle des Égyptiens. Mais tous savent que depuis le XVIIIe siècle av. JC, d’importantes pénétrations « blanches » ont eu lieu en Égypte : les Hyksos asiates (XVIIIe), les Grecs (IIIe), les Romains, les Arabes.

 

5) Reprise des poncifs abandonnés par la recherche.

Ex. caractéristique (et tragique) : le Rwanda (voir à ce sujet Smith dans Libération en 1994, qui soutenait le soutien français aux Hutus). Rappelons que la colonisation belge avait soutenu une théorie raciale pour expliquer la distinction (non-ethnique mais sociale) entre Hutus et Tutsis, cela pour placer ces derniers au somment de leur hiérarchie d’administration. Les Tutsis étaient présentés comme supérieurs en ces termes : ils seraient en fait des Blancs (mais de peau noire - sic - !), voués donc à dominer. Ils seraient descendus de la vallée du Nil. Les Hutus seraient des Noirs locaux qui auraient été (naturellement) dominés. Tout cela est (au-delà de l’absurde) parfaitement invérifiable, mais Lugan en reprend l’essentiel, en termes à peine modernisés.

Il faut savoir que cette théorie, encore enseignée au Rwanda dans les années 1990 (je l’ai entendue professée par des jeunes Rwandais !), est à l’origine du génocide. Lors de la décolonisation, la hiérarchie entre les « deux races » a simplement été inversée, sur le modèle (explicite) de la Révolution française qui inversait la hiérarchie entre le peuple (gaulois) et la noblesse (prétendue germanique) ; ce qui au Rwanda, devant l’impasse, a débouché sur le drame que l’on sait. La distinction ethnique (ou raciale) a bel et bien été inventée sur la base de ce qui était distinctions sociales qui ont servi l’administration coloniale (cf. Dominique Franche, Rwanda, généalogie d’un génocide, éd. Mille et une nuits).

 

6) De tout cela Lugan débouche sur sa thèse centrale : en Afrique, la clé de tout est l’ethnie. Avec cet autre vieux poncif : les peuples non-Européens ne sont pas mûrs pour la démocratie. (Ce que l’on retrouve chez Smith de façon plus ou moins « light » et sans la « solution » de Lugan, liée à la nécessité d’un redécoupage.)

Lugan relit ainsi tous les événements africains, enfonçant à l’occasion des portes ouvertes sur le mode des caricatures ethnicistes qui inondent nos médias. Ainsi de sa lecture des événements ivoiriens. Ce faisant il ignore souverainement les faits, montrant que sur le sujet, au-delà de sa clé de lecture ethnique, sa seule source d’information est le discours médiatique grand public. Il ignore par exemple que certains chefs de file des « chrétiens sudistes » sont des « musulmans du Nord » ; ignorance commode pour lui comme pour nos journaux : cela évite de considérer le fond du conflit, qui n’est pas ethnique, mais bien politico-économique (la Côte d’Ivoire est dans la collimateur parce qu’elle a commencé à relever le défis de la prise au sérieux des lois du commerce international ; ce qui dérange certains intérêts).

Sa proposition ressemble comme deux frères à celle de l’Afrique du Sud de l’apartheid : l’idéologie du développement séparé, cela sur la base de l’ethnisme et de la dévalorisation des Noirs ; lesquels, contre les faits, n’auraient pas de dynanisme créateur et seraient essentiellement « récepteurs » ! De telles affirmations gratuites ne valent que sur la base du postulat permanent de Lugan qu’il étaye au prix de contrevérités historiques et d’ « omissions » comme le fait qu’à l’époque des déportations esclavagistes l’Afrique était d’un niveau économique équivalent à l’Europe et que c’est depuis qu’elle n’a cessé de décliner.

 

Contre Lugan, la solution à la misère endémique est évidemment liée à la reconnaissance du dommage subi (le parlement français a commencé à aller heureusement dans ce sens par le vote de la loi Taubira reconnaissant la traite esclavagiste comme crime contre l’humanité). Tout le monde sait que la reconnaissance du tort subi, ne serait-ce qu’à l’échelle individuelle (pour un vol, un viol, etc.) est la base incontournable vers la guérison.

Suite :
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