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«Une vingtaine» !

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«Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française»!

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Événements en Côte d'Ivoire. Essais de mise en perspective...

 DeLugio


Voir aussi :
"Une vingtaine" ! (environ)

Éléments d'histoire & autres considérations :
Une autre histoire...


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« Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur »


« Le mensonge se lève
très tôt mais la vérité
finit par le rattraper »


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L’accord de Ouagadougou en regard d’un passage de Franz Fanon

Par Delugio :: jeudi 15 mars 2007 à 11:38 :: Analyses & commentaires




Frantz fanon écrit :

 

« [Le colonialisme] tente çà et là et avec succès de redonner vie aux luttes tribales, utilisant les provocateurs, faisant ce que l'on appelle de la contre-subversion. Le colonialisme emploiera pour réaliser ses objectifs deux catégories d'autochtones. Et d'abord, les traditionnels collaborateurs […]. Les masses paysannes plongées, nous l'avons vu, dans la répétition sans histoire d'une existence immobile continuent à vénérer les chefs religieux, les descendants des vieilles familles. La tribu, comme un seul homme, s'engage dans la voie qui lui est désignée par le chef traditionnel. A coups de prébendes, à prix d'or, le colonialisme s'attachera les services de ces hommes de confiance.

Le colonialisme va trouver également dans le lumpen-prolétariat une masse de manœuvre considérable.

Aussi, tout mouvement de libération nationale doit-il apporter le maximum d'attention à ce lumpen-prolétariat. Celui-ci répond toujours, à l'appel de l'insurrection, mais si l'insurrection croit pouvoir se développer en l'ignorant, le lumpen-prolétariat, cette masse d'affamés et de déclassés, se jettera dans la lutte armée, participera au conflit, aux côtés, cette fois, de l'oppresseur. L'oppresseur, qui ne perd jamais une occasion de faire se bouffer les nègres entre eux, utilisera avec un rare bonheur l'inconscience et l'ignorance qui sont les tares du lumpen-prolétariat. Cette réserve humaine disponible, si elle n'est pas immédiatement organisée par l'insurrection, se retrouvera comme mercenaires aux côtés des troupes colonialistes. […A]u Congo, on retrouve le lumpen-prolétariat dans les manifestations régionalistes du Kasal et du Katanga, tandis qu'à Léopoldville il fut utilisé par les ennemis du Congo pour organiser des meetings « spontanés » anti-Iumumbistes.

L'adversaire, qui analyse les forces de l'insurrection, qui étudie de mieux en mieux l'ennemi global que constitue le peuple colonisé se rend compte de la faiblesse idéologique, de l'instabilité spirituelle de certaines couches de la population. L'adversaire découvre, latéralement à une avant-garde insurrectionnelle rigoureuse et bien structurée, une masse d'hommes dont l'engagement risque constamment d'être remis en question par une trop grande habitude de la misère physiologique, des humiliations et de l'irresponsabilité. L'adversaire utilisera cette masse, quitte à payer le prix fort. […] » Frantz Fanon, Les damnés de la terre, Folio, p. 174-175.

 

 

Voilà un texte de 1961 qui donne un éclairage saisissant sur la crise ivoirienne et sur la voie de sa résolution initiée par Gbagbo dans le dialogue direct.

 

On a dans cette page de Fanon, tous les ingrédients :

— Des alliés de la puissance coloniale, « ivoiristes » à la Bédié ou « anti-ivoiristes » à la Ouattara, les deux jouant de la fibre tribale ou religieuse ;

— Un « lumpen-prolétariat », le nord pauvre, qui cèdera momentanément aux trompettes ouattaristes de la fibre ethnique, à l’appui de la puissance (néo-)coloniale, dont les médias s’activent pour stigmatiser comme « ivoiriste » tout ce qui ne cède pas à ces trompettes.

— Le Nord pauvre était prêt à participer à l’insurrection rebelle — en l’occurrence aux côtés de l’oppresseur —, jusqu’à ce que la manipulation soit dévoilée. Mamadou Koulibaly a remarquablement démonté cette tactique de manipulation.

 

Que fait le dialogue direct ? Il met en lumière les protagonistes : contre la nation en processus de libération, une insurrection initiée par la puissance (néo-)coloniale et ses alliés locaux.

Une insurrection avec à sa tête Soro ; et comme pointe avancée de la puissance (néo-) coloniale, le très françafricain Compaoré.

Rien n’exclut à présent (la suite le dira) que Compaoré n’ait entendu l’appel que lançait il y a quelques mois Mamadou Koulibaly aux présidents françafricains : en substance, « il est peut-être encore temps de rejoindre le combat de l’Afrique digne ».

Cela vaut en tout cas, apparemment, pour Soro, au grand dam de ses (ex ?)alliés du G7.

 

Voilà donc que sous nos yeux, Gbagbo met en œuvre ce que préconisait Fanon il y a 45 ans. Mettre les plus pauvres (et leurs « porte-parole » — Soro —) face à la réalité de ce qui se joue, de façon à les faire sortir de leur statut d’instruments au service du (néo-)colonialisme dévoilé comme tel (en la figure de Compaoré) au titre de partie prenante de l’accord de paix.

On a bien là les trois signataires de l’accord, et eux trois seulement : Gbagbo, Soro, Compaoré…

 

 

 

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