<link rel="alternate" type="application/xml" title="RSS Commentaires" href="http://delugio.zeblog.com/rsscom.php" /> <body>

«Une vingtaine» !

http://delugio.zeblog.com/

«Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française»!

* * * * * * * * * * * * * * * *


Événements en Côte d'Ivoire. Essais de mise en perspective...

 DeLugio


Index



Suite...


Voir aussi :
"Une vingtaine" ! (environ)
"Une vingtaine" !... et quelques
"Une bourriche"
"Bis repetita"

Éléments d'histoire & autres considérations :
Une autre histoire...


* * * * * * * * * * * * * * * *

« Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur »


« Le mensonge se lève
très tôt mais la vérité
finit par le rattraper »


* * * * * * * * * * * * * * * *

Liens

Catégories

Blog

À consulter :

Billets

Pages

<h3>Calendrier</h3> <table class="calendrier"> <caption class="calendrier-mois"><span class="calendrier-prec"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/9">«</a></span>&nbsp;<a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10">Octobre&nbsp;2006</a>&nbsp;<span class="calendrier-suiv"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/11">»</a></span></caption> <tr><th abbr="Lundi">Lun</th><th abbr="Mardi">Mar</th><th abbr="Mercredi">Mer</th><th abbr="Jeudi">Jeu</th><th abbr="Vendredi">Ven</th><th abbr="Samedi">Sam</th><th abbr="Dimanche">Dim</th></tr> <tr><td colspan="6">&nbsp;</td><td>1</td></tr> <tr><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/2">2</a></td><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/3">3</a></td><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/4">4</a></td><td>5</td><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/6">6</a></td><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/7">7</a></td><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/8">8</a></td></tr> <tr><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/9">9</a></td><td>10</td><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/11">11</a></td><td>12</td><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/13">13</a></td><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/14">14</a></td><td>15</td></tr> <tr><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/16">16</a></td><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/17">17</a></td><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/18">18</a></td><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/19">19</a></td><td>20</td><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/21">21</a></td><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/22">22</a></td></tr> <tr><td>23</td><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/24">24</a></td><td>25</td><td>26</td><td>27</td><td>28</td><td class="lien-jour"><a href="http://delugio.zeblog.com/2006/10/29">29</a></td></tr> <tr><td>30</td><td>31</td><td colspan="5">&nbsp;</td></tr> </table>

Rechercher

Rechercher dans tout 'Une vingtaine'

Fils RSS


Page copy protected against web site content infringement by Copyscape

(Ɔ) - Citer avec le lien
«Une vingtaine» !

Page précédente / Page suivante

<a name='e98116'></a>

Lu dans San Finna — hebdomadaire burkinabè

Par Delugio :: dimanche 29 octobre 2006 à 13:45 :: Articles de presse



«LES 20 MINUTES STATIONNAIRES DE L’HELICO DE LA LICORNE
AU-DESSUS DE LA RESIDENCE DE LAURENT GBAGBO
ACTE DE PROVOCATION ?»


San Finna
N°387 du 30 Octobre au 05 Novembre 2006 — http://www.sanfinna.com/EtatdelaNation3.htm :


«
Au moment où dans les médias comme dans l’opinion, des bruits persistants se répandent sur des projets de déstabilisation du régime ivoirien avec le coup de pouce de l’armée française, ce qui vient de se passer ce vendredi 27 Octobre 2006 à 10 h 05 à la Résidence de Laurent Gbagbo de Cocody, il faut le dire, n’est pas de nature à apaiser les craintes.

En effet, pendant que le président ivoirien était en entretien avec l’Ambassadeur de France, des hélicoptères de la Licorne ont survolé sa résidence, et l’un d’eux est même resté suspendu pendant plus de 20 minutes au-dessus de la résidence de Cocody.Pourquoi un tel acte qui peut s’assimiler sinon à un acte de guerre ou de violation de la souveraineté du pays ou à un acte d’intimidation et de provocation, voire à tout cela en même temps ? Si la France avait voulu dire à Laurent Gbagbo « ton destin est entre nos mains, tiens-toi à carreau» et en même temps « c’est moi ton premier ennemi », elle ne s’y serait pas prise autrement !

A supposer même qu’ au terme de leurs mandats, l’ONUCI et la Force Licorne soient autorisés à faire voler leurs hélicoptères au-dessus de la résidence présidentielle, devraient-elles pour autant, compte tenu du climat qui prévaut à Abidjan, prendre le risque de le faire au vu et au su de tous les Abidjanais qui ont été témoins des faits ? Est-ce du reste la meilleure manière de faire quand on sait qu’en face, ni Laurent Gbagbo ni ses Patriotes n’ont jamais accepté de s’en laisser conter par l’ancienne puissance colonisatrice ? Rien n’est moins sûr. La bonne preuve, c’est cette réaction immédiate de la part du président ivoirien qui a convoqué à sa résidence pour une mise au point, l’Ambassadeur de France, le Commandant de la Licorne en présence du Général Mangou pour dénoncer, éléments à l’appui, les incitations au soulèvement contre les institutions dont ils sont complices. Evidemment, l’Ambassadeur de France a nié. Il faut comprendre dans ces conditions que la tension monte de plus belle surtout que les ressortissants français sont priés, pour ceux dont la présence n’est pas vraiment utile, de quitter le territoire. Le CNRD (Congrès National de la Résistance pour la Démocratie), comme il fallait s’y attendre, a de son côté dans une conférence de presse, dénoncé toutes ces tentatives de porter atteinte aux institutions de la Côte d’Ivoire et à la vie de son premier Ivoirien.

En tout état de cause, l’attitude de la France, pour beaucoup, ne fait que corroborer les dénonciations qu’elle serait la cheville ouvrière de toute cette lamentable affaire, et malheureusement, cela ne fait qu’accroître ce sentiment anti-français en Côte d’Ivoire, sentiment même perceptible en France, à en juger par les propos suivants de Edouard Balladur : « En Afrique, notre influence diminue, comme en témoigne la situation en Côte d'Ivoire ; notre défense des droits de l'Homme s'accommode de complaisances avec des pays qui ne les respectent guère... Si bien qu'on a beaucoup de mal à nous comprendre. Je souhaite que la politique étrangère de la France retrouve davantage de lisibilité ». (in Le Matin d’Abidjan du 28/10/2006 )

L’ancien premier Ministre français n’est pas le seul à souhaiter le changement. Entre la France et l’Afrique, il y a des liens qui se sont tissés, par-delà la colonisation et la langue partagée en commun. Ce sont des liens d’amitié, comme de parenté ; ils doivent survivre et ils ne peuvent que survivre aux politiques qui peuvent par moments mal incarner le destin de la France éternelle.»

V.T





<a href="http://delugio.zeblog.com/98116-lu-dans-san-finna-hebdomadaire-burkinabe/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=98116">aucun trackback</a>

Côte d’Ivoire : Que veut la «communauté internationale»?

Par Delugio :: mardi 24 octobre 2006 à 17:07 :: Analyses & commentaires




Si l’on en croit la presse, et à lire les projets de résolution (cf. ci-dessous – dernier texte) qui circuleraient à l’instigation de l’Élysée, on est en droit de se poser la question : mais que veut-elle, cette «communauté internationale» ? Cherche-t-elle, à travers un passage en force pour dépouiller le pays de sa souveraineté, une mise de la Côte d’Ivoire sous souveraineté directe de Paris ?
Comment comprendre que l’on veuille donner «les pleins pouvoirs» (!) à un Premier ministre... «nommé par» le Président français (au sommet France-Afrique de Bamako). En tant que Président de la République française, il ne nomme jusqu’à présent que les Premiers ministres de la France (tout en gardant lui même le pouvoir suprême). «Pleins pouvoirs» — ce que Gbagbo, élu, a refusé pour lui-même et n’a accepté ponctuellement que pour octroyer l’éligibilité à Ouattara.
«Les pleins pouvoirs» à un homme non-élu ! Je laisse au lecteur le soin de trouver le terme par lequel on désigne habituellement cela…
«Pleins pouvoirs», jusque sur l’armée, dit-on !

(AFP - http://fr.news.yahoo.com/24102006/202/
cote-d-ivoire-l-onu-pourrait-donner-les-pleins-pouvoirs.html
)

Et pense-t-on que l’armée acceptera cela ?
Décidément, que cherche-t-elle cette «communauté internationale» ? Une explosion du pays ?
De grâce, Messieurs de l’Onu, soyez responsables — et faites que tout cela n’ait été que rumeurs !


Le Matin d’AbidjanMardi 24 Octobre 2006http://www.lematindabidjan.com/visual_article.php?num_actualite=4633 :

 

:: AVANT LA REUNION DU CONSEIL DE SECURITE   Voici le projet de résolution de la France

«Avant de prendre leurs retraites respectives, Chirac et Kofi Annan veulent définitivement régler le " cas Gbagbo ". Après l'échec des manigances à l'Ua c'est à l'Onu que le président français et les siens veulent jouer leur va-tout. Un projet de résolution de mise sous tutelle de la Côte d'Ivoire circule déjà sous les manteaux à New York

La France veut encore peser de tout son poids sur la prochaine rencontre du conseil de sécurité. Qui le 25 octobre prochain doit se pencher sur le cas ivoirien. Un projet de résolution circule donc déjà dans les couloirs de la maison de verre. Selon ce document que la France veut faire adopter par le conseil de sécurité, et dont nous avons pu nous procurer copie, Chirac qui tient toujours à son projet de suspension de la constitution ivoirienne, insiste pour que le conseil de sécurité des nations unies " décide que la résolution (en préparation) soit le seul cadre légal de la nouvelle transition en Côte d'Ivoire ". C'est que le président français désormais conscient d'avoir crié trop tôt victoire après le sommet de l'Ua ne veut plus se laisser surprendre. Ses projets n'ayant pas abouti du côté de l'Ua malgré le forcing de Sassou Nguesso, c'est maintenant au tour de Kofi Annan de jouer sa partition. Et le Sg de l'Onu n'a d'ailleurs pas manqué, mais de façon édulcorée pour ne pas éveiller les soupçons, d'insister sur le fait que " cette transition soit la dernière ". L'Ua ayant manqué de courage pour suspendre la constitution et offrir de façon formelle tous les pouvoirs de Gbagbo à Banny. Chirac veut lui-même montrer la voie du " grand nettoyage ". A travers un projet de résolution qui porte en onze points, la France demande donc en sus la mise sous tutelle et que notamment " le premier ministre de la transition dispose de tous les pouvoirs nécessaires, y compris les nominations aux emplois civils et militaires ; et signe et promulgue les ordonnances et décrets-lois pris en conseils de gouvernement et en conseil des ministres ". En outre? selon les désirs de Chirac, après la réunion du 25 octobre prochain, Banny qui réclame en vain une garde prétorienne, pourra enfin, si l'Onu lui en donne le quitus, se constituer une armée avec " des éléments des Fds ivoiriennes triés et choisis par le premier ministre lui-même pour assurer sa sécurité ainsi que la protection de ses bureaux ". Ainsi Banny qui a révélé à la communauté internationale que " Mangou ne le respecte pas " aura les mains libres pour parachever ce que la rébellion est incapable de réussir depuis 4 ans. Mais le projet de la France ne s'arrête pas là. Chirac veut faire les choses en grand. Il envisage donc de tuer toute résistance dans l'œuf. Aussi, la métropole projette-t-elle de s'occuper elle-même de la montée en grade des rebelles. Cette tâche sera l'affaire de l'Onuci et de la force Licorne à charge d'assurer " la restructuration des forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire ". Et pour faire bien, l'Onu et tous les autres soutiens de Chirac dans sa guerre contre Gbagbo ne sont pas oubliés. Le Gti aura donc lui aussi sa part du gâteau. Le projet de résolution de la France " apporte son soutien au Groupe de travail international dont le Conseil de paix et de sécurité dont l'Ua a pratiquement mis fin au mandat le 17 octobre dernier ". Et c'est lui qui sera chargé de " réévaluer tous les trois mois, la première évaluation intervenant avant le 30 avril et la seconde avant le 31 octobre ". Mais pour mieux comprendre cette insistance de la France, faisons un retour en arrière. On s'en souvient, à l'issue du conclave de l'Union africaine, des révélations avaient été faites sur l'existence d'au moins 5 moutures différentes les unes des autres du communiqué final de la 64è réunion du conseil de paix et de sécurité. Et l'un de ces faux communiqués mis en circulation par les soins du secrétariat exécutif de la Cedeao disait en un de ces points qu'avec le départ du médiateur sud africain, l'Ua donnait les pleins pouvoirs au Gti et à l'Onuci pour gérer la crise ivoirienne. L'affaire était donc dans le sac pour Schori et Adada, les coprésidents du Gti. Il n'ont d'ailleurs pas, selon ce qui nous a été rapporté, manqué de manifester leur joie par des " we did it ! " Mais aujourd'hui, la vérité a fini par révéler que le Groupe de travail international est désormais out ! Consciente du fait que cette autre pilule trop amère risque de " soulever Abidjan ", la Françafrique a tout prévu. L'Onu va " interdire toutes les manifestations de rue ". En sus, " toute attaque contre les forces de l'Onu et la force Licorne ne sera pas tolérée ". Et pour assurer le départ définitif de Gbagbo des arcannes de la politique ivoirienne, la gestion des élections à venir sera exclusivement l'affaire du Haut représentant des Nations unies pour les élections. Au plan local le fait est que ce projet de mise sous tutelle de la Côte d'Ivoire par la France épouse point par point les propositions faites par le Rhdp dans une lettre que les houphouétistes ont adressée, en fin de semaine, à Kofi Annan avec ampliation aux 15 pays membres du conseil de sécurité. Dans ce courrier daté du 20 octobre, Bédié et Ado qui s'interrogent sur la " couardise " de l'Ua veulent, avec la caution de Kofi Annan, que l'Onu franchisse le pas. Ils " demandent avec insistance la suspension de la constitution. Et la mise à l'écart du Chef de l'Etat, de la gestion de la transition ".

Mireille Abié


L'énergie du désespoir

La haine est mauvaise conseillère. Car elle ruine toute lucidité et interdit toute appréciation judicieuse d'une situation donnée. Cette vérité maintes fois ressassée par les sages vient une fois encore de se vérifier avec la conduite pour le moins surprenante du président français qui semble avoir perdu la raison dans son combat contre le Président Laurent Gbagbo et la Côte d'Ivoire digne et résistante. Sinon comment comprendre qu'alors que la France qui a l'initiative des résolutions sur la Côte d'Ivoire à l'Onu a toujours clamé que son action est guidée par la seule volonté des Africains eux-mêmes, cette puissance colonisatrice décide de passer outre les volontés de la Cedeao et du Cps de l'Union africaine pour accomplir son projet de mise à mort du régime d'Abidjan ? Sur quoi s'appuie donc Jacques Chirac pour demander au Conseil de sécurité des Nations unies de suspendre la Constitution ivoirienne et transférer par la même occasion tous les pouvoirs de l'exécutif au Premier ministre, si ce n'est la haine pour Laurent Gbagbo ? Curieuse démarche pour une puissance dite impartiale qui reprend à son compte toutes les jérémiades et autres desiderata de l'opposition ivoirienne ! Pour ceux qui doutaient encore de l'implication de la France dans le conflit de Côte d'Ivoire, ils sont aujourd'hui situés sur la position qu'a toujours eue Paris dans la crise ivoirienne. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce projet de résolution est une véritable humiliation pour les Africains dont les recommandations à l'ONU sont ainsi royalement ignorées par le colonisateur français. On se croirait au congrès de Berlin où le sort des Africains a été décidé en leur absence. Et cela, par le seul vouloir d'un homme qui ne supporte pas que le Chef d'un petit Etat d'Afrique lui tienne tête depuis plus de quatre années, alors que sonne pour lui la retraite politique. Le Conseil de sécurité de l'ONU a là l'occasion de gagner en crédibilité en tournant le dos aux pratiques mafieuses de l'ère Kofi Annan ou de tomber à jamais dans l'abîme de la prévarication, de la corruption et de la compromission. Fort heureusement, il existe encore des pays qui ont le sens de l'honneur et qui refusent de cautionner la mascarade de la France. Jean-Marc de la Sablière, le " monsieur à tout faire de l'Elysée " dépêché aux Nations Unies en sait quelque chose, lui qui reste sur deux revers essuyés récemment dans le cadre de la résolution de la crise ivoirienne. Les prochaines heures nous situeront davantage. Surtout que le Président Laurent Gbagbo, bien au fait des manœuvres françaises, n'entend pas rester les bras croisés. L'homme a son plan de contre offensive qu'il compte dérouler en temps opportun, et dont nous nous gardons ici, pour des raisons stratégiques, de dévoiler les grands axes.

Safiatou Ouattara


Les dessous d'une mauvaise foi

Le Conseil de Sécurité de l'ONU rendra public, à l'issue de sa réunion du 25 octobre prochain, une résolution plus corsée, nous dit-on, sur la Côte d'Ivoire. La quintessence de cette résolution a déjà fui les salons feutrés de New York pour nous parvenir. Ici sur les bords de la lagune Ebrié. La lecture de ce document qui allie mauvaise foi et duplicité, implique que l'on s'y arrête un moment. Pour remonter l'histoire récente des déclarations du Président Gbagbo. En effet, le chef de l'Etat ivoirien déclarait récemment que "les décisions prises à l'extérieur de la Côte d'Ivoire ne résoudraient rien". Et qu'il fallait laisser aux Ivoiriens le soin de trouver des solutions à leurs problèmes. C'est donc à ce jeu que Chirac veut avoir Gbagbo. L'attaquer sur son propre terrain. La première chose qu'il fait est de rédiger un rapport qu'il fait injonction au RHDP d'endosser, en tant que "Propositions de l'opposition politique ivoirienne". Une façon de dire à Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, ceci : "Gbagbo veut régler la crise avec ses frères ivoiriens, voici ce que ces mêmes frères souhaitent pour leur pays." Ainsi, le Conseil de sécurité de l'ONU pourra résoudre le problème ivoirien en décidant des points suivants : suspension de la Constitution afin que la nouvelle résolution de l'ONU soit le seul acte juridique qui régisse la nouvelle transition, mise à l'écart du Président Gbagbo, dévolution de tout le pouvoir exécutif au Premier ministre Banny, qui présidera les Conseil des ministres, signera les ordonnances, les décrets-lois et nommera enfin aux hautes fonctions politiques, administratives et militaires. Et tutti et quanti. On comprend aisément que là où la CEDEAO et l'UA n'ont pas franchi le pas, en admettant simplement des moyens pour que Banny opère, le G7 par Chirac interposé et par un jeu indigne de lobbying veuille induire l'ONU en erreur en lui demandant d'abroger la Constitution d'un Etat souverain, de surcroît membre de cette institution internationale. C'est là tout le grave danger que court la communauté internationale. Parce que ni le Président Gbagbo, ni le peuple souverain de Côte d'Ivoire, n'accepteront une résolution sortie de l'imagination de Annan et de Chirac pour satisfaire Ouattara, Bédié et compagnie. Toute la question se trouve là. Nous attendons donc tous ce 25 octobre. Pour voir quelle valeur fera entendre l'ONU, là où l'Afrique a donné son avis.

ASIA


Extraits du Projet de résolution de la France sur la Côte d'Ivoire à l'ONU

.. .Le Conseil de sécurité des N ations Unies:

1°)- Apporte son soutien au Groupe de travail international dont le CPS a pratiquement mis fin au mandat le 17 octobre dernier; 2°)- Décide que la résolution (en préparation) soit le seul cadre légal de la nouvelle transition en Côte d'Ivoire; 3°)- Décide que cette transition (31 octobre 2006-31 octobre 2007) soit la dernière pour les autorités ivoiriennes; 3°)- Décide que le Premier ministre de la transition dispose de tous les pouvoirs nécessaires, y compris les nominations aux emplois civils et militaires; 4°)- Décide que le Premier ministre signe et promulgue les ordonnances et décrets-lois pris en Conseil de gouvernement et en Conseil de ministres ; 5°)- Décide que le Premier ministre autorise par ordonnance la délivrance des jugements supplétifs et des certificats de nationalité au cours des audiences foraines; 6°)- Décide que l'ONUCI et les forces françaises Licorne assurent la restructuration des Forces de défenses et de sécurité de Côte d'Ivoire; 7°)- Décide qu'un groupe travail mis en place par le Haut représentant des Nations Unies pour les élections (HRE) et le Premier ministre procèdent à l'identification et à l'organisation des élections; 8°)- Décide que le HRE soit la seule autorité chargée d'arbitrer les conflits et content.ieux électoraux; 8°)- Décide que la sécurité du Premier ministre, ainsi que la protection de ses bureaux, soient assurées par des éléments des FDS ivoiriennes triés et choisis par le Premier ministre lui-même; 9°)- Décide que toutes les manifestations de rues soient interdites; 10°)- Décide que toute attaque contre les forces de l'ONU et les forces Licorne qui les soutienne ne sera pas tolérée; 11 °)- Décide que le processus de paix dans la nouvelle transition sera réévalué tous les trois mois, la première évaluation intervenant avant le 30 avril 2007 et la seconde avant le 31 octobre 2007.
»




<a href="http://delugio.zeblog.com/95983-cote-d-ivoire-que-veut-la-communaute-internationale/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=95983">aucun trackback</a>

«Côte d’Ivoire françafricaine : La coalition franco-rebelle présidentialise Banny contre Gbagbo…»

Par Delugio :: dimanche 22 octobre 2006 à 5:22 :: Articles de presse




… Le titre ci-dessus est celui d’Afrikara. L’article, ci-dessous, est suivi de la citation intégrale de Th. Kouamouo (dans la rubrique «Laser» du Courrier d’Abidjan) sur le communiqué final du sommet d’Addis-Abeba. Avec l’interview de Jacques Vergès dans le Gri-Gri International (cf. ce blog hier), on a dans cet article d’Afrikara un autre exemple (ils sont de plus en plus nombreux) de ce que le vent a tourné. Il y a ne serait-ce que quelques mois, il était quasiment impossible de trouver, en dehors des cercles patriotiques ivoiriens, un article ou un livre qui ne stigmatisait pas Gbagbo et les patriotes d’une façon ou d’une autre. Le tapage médiatico-diplomatique françafricain avait fait son effet, une certaine lâcheté faisait le reste : on n’abordait la galaxie patriotique qu’avec des pincettes. Il est devenu à présent évident que les choses ont changé. Le combat de Gbagbo, du FPI, des patriotes et de ceux qui les ont soutenus commence à porter ses fruits. On est loin des stigmatisations systématiques d’un régime «ivoiritaire» et de ses «glissements fascistes». Il est désormais connu que l’on a affaire à une attaque, par une «coalition françafricaine franco-rebelle», d’une démocratie qui a le seul tort de tenir ferme. Une coalition qui en est au point d’essayer de faire biffer la Constitution républicaine et démocratique d’un pays souverain. Et les dinosaures inféodés à la Françafrique qui tentent de s’agiter au sein de la Cédéao ou de l’UA n’y changeront rien, quelles que soient leurs «victoires» diplomatiques apparentes : on a désormais découvert la nudité du roi…

L’article d’Afrikara :



Afrikara.com — 21/10/2006http://www.afrikara.com/index.php?page=contenu&art=1439 :

«La question de la transition ivoirienne, mot savant pour parler de la tentative par tous les moyens militaires puis institutionnels depuis 2002 d’éjecter Gbagbo Laurent du pouvoir, marque des points en cette fin de première année de prolongement de mandat présidentiel en 2006. Le Conseil dit de Sécurité et de Paix de l’UA, un machin de machin dirigé par le trop pacifique Sassou Nguesso éclairé par le démocrate Omar Bongo, deux gendres françafricains qui viennent d’enterrer pompeusement les cendres du premier colon français au Congo Brazzaville avec pleureuses et mausolée, a décidé -lire extraits de texte plus bas- de reconduire le président Gbagbo Laurent dans sa fonction, en la vidant au profit du premier ministre Konan Banny.
Cette décision fait suite à l’avis de la Cdeao allant dans le même sens et d’une lettre de Kofi Annan, très critique sur les politiques ivoiriens qui propose, ni plus ni moins, une dernière année de transition après quoi une mise entre parenthèse de la constitution serait appliquée, pour confier la «transition» à la société civile. Le mollasson finissant de l’Onu, fort de ses accusations de corruption, peut exister et jouer les virils … en Afrique, tapie dans les soutes à bagages de la France, son obligé. Pitoyable.

La médiation sud-africaine prend fin, sous les manœuvres françafricaines, jugée trop favorable à Laurent Gbagbo, la France, partie intégrante du problème et parrain de la rébellion elle, reste, dans un pays indépendant, avec ses militaires évoluant en dehors du commandement opérationnel de l’Onu … Une symbolique grave que cette fin de la médiation sud-africaine, qui aurait pu être une référence et un point d’ancrage en matière de règlements par les Africains des conflits africains… Mais l’imbécillité politique ne sert au mieux que les intérêts du pré carré et la vénalité des nègres de service. Inconsistants.

L’UA s’en remet au Conseil de Sécurité de l’Onu où la France imposera ses vues, pour soutenir sa résolution écrite par le vaste camp franco-rebelle, une histoire d’indépendance…

Le Journal le Patriote [20.10.06] a publié le communiqué de l’UA relatif à ce qui est appelé la transition [?] ivoirienne. Extraits :

13. Décide, en conséquence, qu’une nouvelle période de transition n‘excédant pas de douze (12) mois sera ouverte à compter du 1er novembre 2006 pour poursuivre et parachever les tâches ci-après : l’identification et la confection de la liste électorale, le DDR et la restructuration des forces de défense et de sécurité, le démantèlement des milices, la restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire de la Côte d’Ivoire, et les préparatifs techniques des élections,
14. Décide en outre que, durant cette période de transition, les modalités ci-après s’appliqueront :
(i) le Président Laurent Gbagbo demeure chef de l’Etat,
(ii) le Premier Ministre de transition Charles Konan Banny disposera de tous les pouvoirs et moyens nécessaires pour mettre en œuvre les activités suivantes: le programme de désarmement, le processus d’identification, le démantèlement des milices, la restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire, les questions électorales, et le redéploiement de l’administration et des services publics sur l’ensemble du territoire de la Côte d’Ivoire ;
(iii) le Premier Ministre disposera également de l’autorité nécessaire sur toutes les forces de défense et de sécurité ivoiriennes intégrées pour lui permettre d’exécuter les tâches qui lui sont assignées,
(iv) conformément à la décision PSC/AHG/Comm(XL) et à la résolution 1633 (2005), les ministres sont responsables devant le Premier Ministre, qui a pleine autorité sur son Gouvernement,
(v) dans l’accomplissement de sa mission, le Gouvernement peut, en toutes matières, prendre, en Conseil des Ministres, des décisions par ordonnance ou décrets-lois. En particulier, le Gouvernement peut adopter, par ordonnance, des mesures appropriées pratiques, dans l’esprit de la loi, pour accélérer le processus de délivrance des jugements supplétifs et des certificats de nationalité,
(vi) conformément à la décision PSC/AHG/Comm(XL) et à la résolution 1633 (2005), et au terme de l’Accord de Linas-Marcoussis, le Premier Ministre ne sera pas éligible aux élections qui seront organisées au plus tard le 31 octobre 2007;
15. Décide d’accepter la demande du Président Thabo Mbeki pour que l’Afrique du Sud soit déchargée de son rôle de Médiateur, à la suite de l’élection de son pays au Conseil de sécurité des Nations unies. Le Conseil réaffirme que l’Union africaine continuera à faire appel au leadership du Président Mbeki dans la résolution de la crise ivoirienne. Le Conseil félicite l’Afrique du Sud pour son élection au Conseil de sécurité des Nations unies et exprime sa conviction que l’Afrique du Sud continuera à appuyer les efforts de règlement des différents conflits africains et œuvrera à la promotion de la paix et de la sécurité dans le monde ;
16. Décide de confier la poursuite de la médiation au Président Denis Sassou Nguesso de la République du Congo, en sa qualité de Président de l’Union africaine, en liaison avec le Président de la Commission de l’Union africaine et la CEDEAO et, en tant que de besoin, en liaison avec tout autre dirigeant africain disposé à apporter sa contribution à la recherche de la paix en Côte d’Ivoire. Le Conseil décide en outre que le représentant du Médiateur de l’Union africaine dirigera la médiation au quotidien en Côte d’Ivoire, conformément à la décision PSC/AHG/Comm(XL) ;
17. Réaffirme l’importance primordiale du DDR dans le processus de paix et demande son achèvement immédiat, ainsi que l’achèvement du désarmement et du démantèlement des milices, qui doivent être effectués parallèlement à l’identification des citoyens. Le Conseil invite les autorités ivoiriennes à démarrer la réforme du secteur de la sécurité qui permettra d’établir une structure unifiée des forces, ainsi que de renforcer leur caractère républicain et leur neutralité;
18. Convient de la nécessité de faire organiser des séminaires sur la réforme du secteur de la sécurité par l’Union africaine et la CEDEAO, en collaboration avec les partenaires et la participation d’officiers de commandement et d’officiers supérieurs des pays de l’Afrique de l’Ouest émergeant de conflits. Ces séminaires examineront, entre autres questions, les principes du contrôle civil des forces armées et la responsabilité personnelle et individuelle pour des actes d’impunité ou de violation des droits humains ;
19. Réaffirme son soutien aux forces impartiales, à savoir l’ONUCI et les forces de l’Opération Licorne qui la soutiennent, et demande le renforcement de leur mandat, notamment en ce qui concerne la protection des personnalités du Gouvernement et le maintien de l’ordre pour la tenue d’élections libres, transparentes, ouvertes et régulières ;
20. Souligne la nécessité pour le Haut Représentant pour les Elections (HRE) de travailler en étroite collaboration avec le Premier Ministre et la Commission électorale indépendante (CEI) pour veiller à la préparation effective, et dans les délais prescrits, des élections. Le Conseil encourage le bureau du HRE à jouer un rôle plus important dans le règlement des différends liés au processus électoral ou découlant des procédures et des processus devant être adoptés pour assurer la tenue d’élections libres, transparentes, ouvertes et régulières à la fin de la période de transition ;
21. Demande instamment à toutes les parties ivoiriennes de faire preuve de retenue, de travailler ensemble pour surmonter l’impasse actuelle et de s’abstenir de toute action unilatérale au cours de la période de transition ;
22. Souligne l’importance cruciale que revêt l’implication active de la société civile dans le processus de paix. A cet égard, le Conseil invite le Gouvernement ivoirien à prendre toutes les dispositions nécessaires pour encourager et faciliter la participation de la société civile au processus de paix, et demande à la Commission, ainsi qu’au Secrétariat exécutif de la CEDEAO, d’appuyer tous les efforts déployés en ce sens ;
23. Rappelle aux autorités ivoiriennes la responsabilité qui est la leur en ce qui concerne la sécurité et la sûreté de tous les citoyens de la CEDEAO et de ceux des pays tiers qui vivent en Côte d’Ivoire, ainsi que de leurs biens ;
24. Exhorte le Gouvernement ivoirien à veiller à l’adoption et à la mise en œuvre rapide du code de conduite des médias, tel que convenu à Yamoussoukro, le 5 juillet 2006 ;

25. Réaffirme son appui aux mesures individuelles prévues aux paragraphes 9 et 11 de la résolution 1572 (2004) du Conseil de sécurité des Nations unies en date du 15 novembre 2004, ainsi qu’aux résolutions subséquentes relatives aux engagements pris par les parties ivoiriennes, et demande au Conseil de sécurité des Nations unies de prendre des mesures appropriées, y compris des sanctions, à l’encontre des individus ou groupes dont la conduite, par omission ou commission, entrave ou perturbe la mise en œuvre du processus de paix et des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité sur la Côte d’Ivoire;
26. Demande aux Nations unies de prendre des mesures appropriées en vue de la mise en œuvre effective de l’embargo sur les armes destinées à la Côte d’Ivoire, conformément à la résolution 1572 (2004), y compris en veillant à ce que les auteurs des violations de l’embargo soient sévèrement punis ;
27. Décide de soumettre la présente décision au Conseil de sécurité des Nations unies pour recueillir son soutien et demande au Président de la Commission de l’Union africaine de prendre toutes les dispositions nécessaires à cet effet;
28. Décide de rester saisi de la question.»


La citation de Th. Kouamouo :  

Un communiqué qui dit tout et son contraire

 

Le Courrier d’Abidjan — Vendredi 20 Octobre 2006 http://www.lecourrierdabidjan.info/page_article.php?id=15449 :


par Théophile Kouamouo :

 

«Analyse – Le texte «pondu» par le CPS traduit toute la difficulté de mettre en œuvre un coup d’Etat diplomatique. Comment procéder à un coup d’Etat constitutionnel ou diplomatique après l’échec d’un coup d’Etat militaire ? Au fond, cette question résume toute la problématique de la France officielle en Côte d’Ivoire.

Depuis Linas-Marcoussis, Jacques Chirac et ses hommes de main tentent de neutraliser et de contourner le président ivoirien, à défaut de le renverser purement et simplement. Le problème, c’est qu’ils souhaitent le faire en instrumentalisant la «communauté internationale». Or, la communauté internationale a des règles. Et il ne saurait être question de les violer toutes pour permettre au numéro un français de voir son caprice royal assouvi.


Le communiqué final d’Addis-Abeba dit tout et son contraire. Il reflète les contradictions des «Docteur Folamour» du Quai d’Orsay et de l’Elysée. Jacques Chirac veut-il que les pleins pouvoirs reviennent à Banny ? Le Conseil de paix et de sécurité, sous la pression de Sassou et de la CEDEAO, lui concède quelques phrases qui «ne mangent pas de pain» : «le Premier Ministre de transition Charles Konan Banny disposera de tous les pouvoirs et moyens nécessaires pour mettre en œuvre les activités suivantes : le programme de désarmement,le processus d’identification, le démantèlement des milices, la restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire, les questions électorales, et le redéploiement de l’administration et des services publics sur l’ensemble du territoire de la Côte d’Ivoire (…)».


Tout cela est bel et bon. Mais comment Banny s’affranchira-t-il du président ? Quels moyens aura-t-il pour négocier ses passages en force ? Malgré toute la bonne volonté du monde, l’UA ne peut pas négocier une mise à l’écart de la Constitution ivoirienne. Et s’en explique, un peu pour s’en excuser par avance quand le «Grand Blanc» de l’Elysée se plaindra. Le CPS ne peut pas faire ce que la France attend de lui. En raison de «l’attachement de l’Union africaine au respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité territoriale et de l’unité de la Côte d’Ivoire, conformément aux principes pertinents énoncés dans l’Acte constitutif de l’Union africaine», et de «l’attachement de l’Union africaine au règlement pacifique des différends et son rejet total du recours à la force et de tout changement anticonstitutionnel de Gouvernement».

Affirmer le rejet total de tout changement anticonstitutionnel, c’est reconnaître la vacuité des désormais rituels délais de douze mois dont la Françafrique se gargarisait l’année dernière, espérant réussir en 2006 ce qui avait été impossible en 2005. Reconnaître la Constitution ivoirienne et la souveraineté de la Côte d’Ivoire, c’est accepter que toutes les «décisions» de ce type sont des compromis qui ne valent que lorsque le président de la République et le pays lui-même le veulent. Dès le moment, l’UA ne peut prescrire que des potions encadrées par la loi. Ainsi, les «décrets-lois» que Banny voulait signer unilatéralement doivent passer, comme le veut la Constitution, en Conseil des ministres. L’UA exhorte la hiérarchie militaire à reconnaître son autorité mais ne lui donne pas d’arme juridique pour nommer «aux hautes fonctions civiles et militaires». Tout simplement parce qu’elle ne peut pas. Ses textes ne le lui permettent pas. Pour la Chiraquie, le coup d’Etat diplomatique est décidément comme le Père Noël : on veut bien y croire, mais il n’existe pas.»





<a href="http://delugio.zeblog.com/94955-cote-d-ivoire-francafricaine-la-coalition-franco-rebelle-presidentialise-banny-contre-gbagbo/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=94955">aucun trackback</a>

Parole d’avocat : Maître Vergès : "Pour les Français Gbagbo est un Martien !"

Par Delugio :: samedi 21 octobre 2006 à 17:36 :: Articles de presse




GRI-GRI INTERNATIONAL N°59
— du jeudi 12 octobre 2006, p. 5 :

Propos recueillis par Mehdi Masud & Grégory Protche :

«Dans un silence médiatique assourdissant,
Maître Vergès a publié au printemps dernier « Crimes contre l’humanité, massacres en Côte d’Ivoire ». Constitué par les parents des victimes des massacres de Bouaké et Duékoué, après une utile chronologie de la crise ivoirienne, Vergès prend la responsabilité de rendre publics leurs témoignages. Pour lui, ces massacres ont été commandités. La vérité officielle (made in quai d’Orsay) en prend un coup. La rébellion aussi. Et ceux qui la soutiennent depuis l’extérieur...

Depuis quand et comment vous êtes vous impliqué dans la crise ivoirienne ?

J’ai fréquenté Houphouët-Boigny, lorsqu’il était apparenté au parti communiste et j’ai eu l’occasion de le revoir à propos d’une affaire avec le maire d’Abidjan, monsieur Diollo. J’y suis retourné pour Alassane Ouattara, lors de la querelle avec Konan Bedié sur l’Ivoirité. Le coup d’Etat a mis fin à ce débat toujours ouvert. C’est là que j’ai rencontré Gbagbo, chez Ouattara. Ils étaient alliés contre Konan Bedié. Récemment, j’ai été appelé dans l’Ouest car des villageois avaient été massacrés. Il n’était pas question de querelle pour une terre comme on l’avait dit au départ, ni d’un conflit ethnique, mais de gens venus du Nord avec pour mission d’assassiner ces gens. A Abidjan, les veuves des soldats tués lors du putsch ont eu vent de cette histoire et m’ont désigné comme avocat. Il ne s’agissait pas d’un heurt entre la population et les forces de l’ordre, mais bel et bien d’un crime contre l’humanité. J’ai l’impression que ce massacre a été commandité pour empêcher les élections à venir, en instaurant un climat de tension qui permette à des protecteurs étrangers, dont la France, d’imposer une autorité.

Quand vous parlez de la France, vous l’évoquez directement ou à travers des pays africains limitrophes ?

La France directement, et l’ONU aussi. L’attitude d’un pays comme l’Afrique du Sud est différente. Je ne suis pas un adversaire de la politique de Mr Chirac en Afrique. Ceci étant, pour la Côte d’Ivoire : on a un traité avec ce pays qui est l’objet d’un putsch, et on essaye de mettre sur le même plan ses instigateurs et le gouvernement régulier. Je ne comprends pas très bien non plus la réaction au moment des incidents à Bouaké, quand des Français ont été tués par un avion des forces gouvernementales. Qui étaient les pilotes ? Quelles étaient les intentions du pouvoir gouvernemental ? Toutes ces questions n’ont pas été posées.

Pour vous, il n’est pas établi que le gouvernement Ivoirien soit responsable ?

Moi, je ne vois pas du tout quelle en serait la motivation. Il n’avait pas intérêt à mêler les Français à cette affaire. Tous les faits relatés sont incontestables. Mais saviez vous que des pilotes ukrainiens ont été fait prisonniers ? Ils ont été relâchés. Eux seuls pouvaient nous dire si ça provenait d’un ordre ou pas.

On a l’habitude de vous voir aux côtés des alliés de la France : Eyadéma, Sassou, Bongo. Or, là vous êtes le défenseur de l’« Ennemi de la France » ?

Il est présenté comme tel ! D’abord je ne défends jamais des chefs d’Etat, pour la simple et bonne raison qu’ils ne sont jamais poursuivis. Quand vous avez un type comme Mr Verschave qui accuse les chefs d’Etats africains non pas de ce qu’ils ont fait, mais de ce que la rumeur publique leur attribue, je poursuis le type en diffamation.

Quel est pour vous le point de départ de la crise ivoirienne ?

Il y a une crise des matières premières, café, cacao. Houphouët en avait averti Mitterand, qui lui a répondu : « Je m’en occupe. » Houphouët me disait : « Je ne lui ai rien dit, mais je ne voyais pas comment il pouvait modifier le cours de la bourse à Londres et à Chicago. » Les pays asiatiques se sont mis à produire les mêmes produits à des conditions économiques beaucoup plus favorables, avec l’aide du Fond monétaire (FMI) et de la banque mondiale. Et c’est à ce moment là que le gouvernement de Konan Bédié a inventé la notion d’« ivoirité », au contenu pour le moins discriminatoire. En fait, ça visait aussi un but électoral, éliminer Alassane Ouattara. Ce n’est plus une question d’ivoirité, mais de liste électorale et de désarmement.

Pourquoi d’après vous la France est aussi définitivement opposée à Gbagbo ?

Je disais à monsieur Gbagbo : « Que voulez vous, pour eux vous êtes un martien. » Quand l’indépendance est arrivée en 62, des sous-offs sont devenus généraux et ont gouverné le pays. Des employés du service civil sont devenus chefs d’Etat. C’était une très grande promotion pour cette classe africaine. Ils se sont entendus avec les Français condescendants. Puis ils sont devenu des « copains », et parfois des « coquins ». Il y a eu des rapports personnels, c’est un moyen comme un autre de gouverner. Mais cette génération est passée. Et la nouvelle qui arrive n’a plus le même langage. Les Français sont désorientés. Prenez dans la rébellion, vous avez Konan Bedié et Ouattara ; les deux habitent la France, et quand on les voit avec leur costume trois pièces et leur langage distingué, c’est tout a fait différent de l’équipe qui est au pouvoir. Je ne veux pas faire l’éloge d’un ambassadeur de France, ça le compromettrait ! (rires) Mais Le Lidec, né en Centrafrique, connaît la réalité africaine. Ce n’est pas le cas de tout le monde.

Les Etats-Unis ont fait construire une ambassade titanesque en Côte d’Ivoire, la Chine s’implante, il y a également le rôle de l’Afrique du Sud. Cela ne rend-il pas la position française anachronique et caduque ?

Je ne suis pas tout à fait d’accord. Les hommes politiques de ces pays parlent français. Leur culture universitaire est française. Je crois au contraire que le mouvement de désengagement en Afrique est très grave. Quand des dirigeants français se déplacent jusqu’en Afrique pour dire aux Africains qu’ils n’ont pas besoin d’eux, ça me semble gratuit, inutile, nocif et insultant. Et faux. Le pétrole du Congo Brazzaville et du Gabon, on en a besoin ! Le bois aussi ! Le cerveau de certains cadres, des médecins, de la main d’œuvre !
»





<a href="http://delugio.zeblog.com/94793-parole-d-avocat-maitre-verges-pour-les-francais-gbagbo-est-un-martien/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=94793">aucun trackback</a>

Lu sur Congoplus.info

Par Delugio :: jeudi 19 octobre 2006 à 10:02 :: Articles de presse




«Le fidèle toutou de Chichi fait rigoler toute l’Afrique»

Congoplus.info —
2006-10-17 23:38:00

par Mwinda

http://www.congoplus.info/tout_larticle.php?id_article=1273 :

«Il ne prend même plus la peine de jouer les faux-semblants. Il a l'air si heureux dans son rôle de boniche préférée de Chichi en Afrique que « l'homme des masses » se rend en personne au palais de l'Elysée prendre directement ses ordres de la bouche de son maître.Quand il fut « élu » à la tête de l'UA, tous ses griots au Congo saluaient en cette élection une immense victoire de la diplomatie congolaise, comme s'il en existait une, de diplomatie congolaise. Pour toute la presse du continent en revanche, chisasc'était un jour de honte. Dans le monde entier, il n'y a guère plus qu'au Congo que l'on se félicite d'avoir à la tête du pays un homme ouvertement réputé n'être rien d'autre qu'un simple pantin au service d'une puissance néo coloniale. Peinant à trouver ses mots et à exprimer une idée consistante, il l'a confirmé dimanche 15 octobre devant des journalistes français ébahis (1). En nous étalant d'une manière aussi convaincante toute la vacuité de son discours, l'homme nous a définitivement fait la démonstration qu'à part sa trouille de perdre le pouvoir et l'argent du pouvoir, il avait peu de propositions à formuler.

De la diplomatie congolaise, parlons-en justement. Elle se résume, en gros, à faire de notre pays un des chiens de garde des intérêts français en Afrique. Prenons l'exemple de la Côte d'Ivoire. Avant de quitter le pouvoir l'année prochaine, Chirac veut en finir avec Gbagbo, qui lui tient la dragée haute depuis son élection en 2000. L'ennui, c'est que non seulement Gbagbo ne se laisse ni impressionner ni marcher sur les pieds, mais il est soutenu par des millions d'Ivoiriens et par quelques dirigeants africains courageux (il en reste quelques uns) dans son combat contre le néo colonialisme français de Chichi. Plus intolérable encore aux yeux de ce dernier, Gbabgo veut rendre coup pour coup et virer les militaires français du sol ivoirien.

La tentative de putsch de septembre 2002 et l'actif soutien à la rébellion armée ayant montré leurs limites, Chirac joue officiellement la carte du dialogue et de la diplomatie. Il a donc mis Sassou en orbite en l'imposant à la tête de l'UA, cette dernière étant censée trouver la fameuse solution africaine, mais solution pilotée en sous main par la France. C'est ce que un confrère ivoirien, très cruel pour le fidèle continuateur de Ngouabi, décrit en des termes assassins. « Et puisque, précise-t-il, il ne pourra pas avoir lui-même (Chirac) l'occasion d'intervenir à Addis Abeba, il croit trouver, comme à son habitude, un griot, en l'un de ses valets de la Françafrique (Sassou). Ironie du sort, cet acteur du maintien de la domination française en Afrique n'est autre que le président (?) en exercice de l'Union africaine. » (2) Sassou devrait lire les journaux du continent pour se faire une idée de sa stature internationale.

Pour sa part, « l'homme des masses » a cru trouver son compte dans cette mission de petit télégraphiste et de second couteau au service de Chichi sur le continent. C'était pour lui l'occasion rêvée de refaire son image carbonisée par son passé de sanguinaire dictateur marxiste-léniniste (une imposture d'ailleurs car s'il est bien un dictateur authentique, il n'a jamais été un marxiste-léniniste), de putschiste. Et aussi de son présent de dictateur corrompu qui embastille des militants des droits de l'homme. En effet, il espérait vivement, avec sa carte de visite du président en exercice de l'UA, trouver le moyen efficace grâce auquel forcer les portes dont l'accès lui était irrémédiablement interdit, comme celles des démocraties occidentales, du G8 et de la Maison Blanche. Une fois à la tête de l'UA donc, il peut s'afficher sur les photos de propagande en compagnie des grands de ce monde, une façon de dire aux Cons-golais qu'il a la stature d'un grand homme d'Etat respectable.

Tout ce que fait Sassou ne concourt qu'à cela. De la course à la voile Marseille/Pointe-Noire au mausolée de de Brazza, en passant par la poignée de main avec Bush et par son récent discours à l'Unesco, le roi de Mpila jette des milliards de dollars par la fenêtre pour faire oublier ce qu'il est en réalité - un dictateur corrompu - afin de se maintenir au pouvoir avec le soutien de la communauté internationale, à défaut d'avoir celui de son peuple, quand il truquera les élections à venir. C'est son unique obsession.

Se sachant impopulaire et hanté par la peur de devoir un jour rendre des comptes pour ses nombreux crimes jusqu'ici impunis, il ne recule devant aucune proposition tristement ridicule comme ce honteux et nauséabond mausolée à la gloire de la colonisation pour se cramponner au pouvoir. Si demain matin, un de ses cabinets parisiens de communication lui souffle à l'oreille l'idée farfelue de construire un circuit de formule 1 dans les rues de Poto Poto, pour y organiser des courses de pousse-pousse portant son nom dans l'unique but de bien se faire voir à l'étranger, vous pouvez être sûrs qu'il n'hésitera pas une seule seconde pour mettre la main à la poche et en sortir des milliards de dollars. Des pousse-pousse équipés de faux volants, pilotés exclusivement par des blancs évidemment, mais poussés par des nègres, dont les écuries aux couleurs de ses fils, filles, neveux, frères, cousins, nièces, apparentés, et des bonnes oeuvres de Madame seront sponsorisées par la SNPC et les amis pétroliers du dictateur.

Malheureusement pour lui, Chichi ne fait plus la pluie et le beau temps qu'auprès des dictateurs francophones tels que Déby, Bozizé, Bongo, Eyadéma fils, Compaoré et Biya, de moins en moins influents, voire marginalisés sur le continent. Et l'argent inépuisable du pétrole ne fait pas tout non plus. Quand il aura quitté son costume croisé de président en exercice de l'UA et que son maître sera plus préoccupé par sa convocation devant les juges, « l'homme des masses » devra ou apprendre à vivre tout seul ou à se trouver un nouveau protecteur. C'est tout le sens qu'il donne à ses nombreux déplacements à l'étranger au frais des contribuables cons-golais.

Comme l'invertébrée et muette opposition cons-golaise ne sait toujours pas appuyer là où ça fait mal, ni souffler dans les braises afin de contenir cet homme dans son costume de dictateur peu recommandable, il y a fort à parier que ce régime corrompu et incompétent a encore quelques beaux jours devant lui. De là à affirmer que par leur bêtise, les politicards se réclamant de l'opposition au fidèle toutou de Chichi au Congo votent, à l'unanimité, pour Sassou, il n'y a qu'un pas que je franchirai sans peine.»


___________________________
(1) Lors d'un entretien avec la presse diffusée par la radio française Europe 1 et la chaîne TV5 il a laissé entendre, sauf erreur, que « nos relations ont toujours été liées au respect des intérêts de la France ».

(2) « A une semaine du sommet de l'UA sur la Côte d'Ivoire : Sassou Nguesso prend les instructions chez Chirac », Notre Voie, 12 octobre 2006.

Musi Kanda.

© Copyright Mwinda Musi Kanda.




<a href="http://delugio.zeblog.com/93861-lu-sur-congoplus-info/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=93861">aucun trackback</a>

«Gbagbo, les mains libres»

Par Delugio :: mercredi 18 octobre 2006 à 17:52 :: Articles de presse




Le Courrier d’Abidjan — mercredi 18 octobre 2006 — http://www.lecourrierdabidjan.info/page_article.php?id=15430 :

aa
par Mahalia Nteby :


«Opportunité : En dessaisissant Thabo Mbeki de sa médiation, l’Union africaine donne à l’Afrique du Sud de la marge pour faire partie de la force africaine qui devra rétablir l’ordre constitutionnel en Côte d’Ivoire. La constitution n’est pas abolie. Gbagbo peut nommer un nouveau Premier ministre… et avancer sur le chemin de la réunification de son pays.

Après l'oraison funèbre de Jacques Chirac par Jeune Afrique dans son édition numéro 2388 (Comment Chirac a perdu...), voici que le communiqué final de la réunion du Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union Africaine qui s'est tenue à Addis-Abeba hier soir vient le confirmer : le président ivoirien est en passe de gagner la partie qui l'oppose à la Chiraquie et la Françafrique.

«Le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union africaine a fait les recommandations suivantes :

1. Fin de la médiation du Président sud-africain, SEM. Thabo MBEKI.
2. Reconduction du mandat du Président Laurent GBAGBO pour un an.
3. Renforcement des pouvoirs du Premier ministre. Il doit avoir les pouvoirs nécessaires pour accomplir sa mission.»

Le président Ggagbo aurait-il été contraint d'accepter la fin de la médiation de Thabo Mbeki ? Que nenni ! Aux observateurs attentifs, il n'aura pas échappé que le président Gbagbo a décidé de demander le départ des troupes étrangères (Licorne, Onuci) et leur remplacement par une force africaine, qui sera chargée de procéder au désarmement des « rebelles » et des assaillants. Cette force devrait être composée d'éléments sud africains, angolais, ougandais, libyens. Tant qu'il est en charge de la médiation de la crise ivoirienne, Thabo Mbeki ne peut pas envoyer ses troupes en Côte d'Ivoire. L'Union Africaine a donc résolu le problème en mettant fin à la mission de médiation de Monsieur Mbeki, qui était de toute façon arrivée à son terme, établissant clairement la bonne volonté du camp présidentiel ivoirien, qui a rempli sa part du contrat, et mettant à nu les la mauvaise foi des « rebelles » tout démasquant les complots d'une France belligérante. En cela, l'UA entérine la décision du président Gbagbo, qui a récemment martelé que « le temps de négociations est terminé », annonçant déjà en filigrane la fin du mandat de médiateur de M. Mbeki, dont il a fait l'éloge final lors du sommet d'Abuja.

L'Union Africaine a donc donné carte blanche à Laurent Gbagbo pour régler la crise qui secoue son pays depuis le 19 septembre 2002. Ainsi qu'il l'avait annoncé, Laurent Gbagbo va nommer un nouveau premier ministre, à qui il octroiera les pouvoirs nécessaires pour atteindre les objectifs qui lui sont fixés et qui sont le désarmement des « rebelles » et l'organisation d'élections dès lors que l'intégrité territoriale aura été recouvrée. Ceci explique le fait que le nom de Charles Konan Banny, premier ministre sortant, ne soit pas mentionné dans le communiqué.

Dorénavant, Laurent Gbagbo a les mains libres pour réunifier son pays. L'Union Africaine ne pouvait pas remettre en cause la Constitution ivoirienne. Ce faisant, elle aurait renié ses propres statuts. L'Union Africaine lui donne officiellement un an pour procéder à ce qu'il juge nécessaire. Chacune des parties présentes à Addis-Abeba sait pertinemment que le président ivoirien demeurera en poste tant que les « rebelles » et leurs sponsors ne déposeront pas les armes, cela dusse-t-il durer dix ans. Mais les 365 jours renouvelables à l'envi qui vont être recommandés au Conseil de Sécurité de l'Organisation des Nations Unies devraient être largement suffisants pour régler le conflit ivoirien. Soit Licorne se pliera à la volonté du président Gbagbo et quittera sous peu le sol ivoirien en abandonnant à leur sort les drogués illettrés de Guillaume Soro, que les FANCI pourront désarmer en dix jours, soit la France deviendra officiellement une force d'occupation, avec les conséquences que cela comporte. Qui vivra verra !»




<a href="http://delugio.zeblog.com/93678-gbagbo-les-mains-libres/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=93678">aucun trackback</a>

Lectures de l'article "Comment Chirac a perdu" publié par "Jeune Afrique"

Par Delugio :: mardi 17 octobre 2006 à 8:49 :: Articles de presse




jafCi-dessous deux lectures dans les journaux ivoiriens de l’article de François Soudan publié dans le dernier numéro de Jeune Afrique : la première dans Notre Voie, la seconde dans Le Courrier d’Abidjan — l’article de Jeune Afrique est publié intégralement dans d’autres journaux (L'inter, Soir Info…) : tous font le même constat : Jeune Afrique a reconnu que les patriotes ivoiriens font la bonne lecture des événements depuis le début !…











1) Notre Voie — mardi 17 octobre 2006 — http://news.abidjan.net/article/?n=218204 :


«Déstabilisation de la Côte d'Ivoire par la France et son président: Jeune Afrique confesse les complots de Chirac»

par Guillaume T. Gbato :

«
Les chefs d'Etat africains qui se réunissent ce matin à Addis Abeba pour discuter d'une solution de sortie de crise en Côte d'Ivoire devraient lire avec intérêt la dernière parution de l'hebdomadaire “Jeune Afrique”. Il y est écrit noir sur blanc que le conflit ivoirien procède de la volonté du président français de renverser son homologue ivoirien. Dès lors, ils comprendront que toutes les propositions de la France ne visent que cet unique objectif et rien d'autre.

“Quant à Chirac, il n'aura qu'une idée en tête : en finir avec Gbagbo par tout moyen hormis la force. Désormais, la cohabitation devient confrontation et le piège du duel personnalisé se referme. Or, au jeu du malin, malin et demi, les Bété sont infiniment plus redoutables que les Corréziens. Très vite, l'objectif de Paris, soutenu en cela par la communauté internationale et une bonne partie des chefs d'Etat africains -dont ceux-là mêmes qui, en novembre 2004, ont pressé Jacques Chirac de finir le travail, c'est-à-dire de renverser purement et simplement Laurent Gbagbo -est de réduire au maximum les pouvoirs du président ivoirien. Un roi nu, un chef sans sceptre, Vincent Auriol ou la reine d'Angleterre, au choix. Du GTI (Groupe de travail international, véritable autorité de tutelle) aux Casques bleus de l'Onuci en passant par le contingent Licorne et une batterie de représentants spéciaux aux allures de proconsuls, un dispositif se met en place qui enserre et corsète le camarade Laurent. Ne manque à cette camisole qu'un Premier ministre fort, indépendant et capable de résister à l'hôte de la résidence de Cocody. Ce sera Charles Konan Banny, littéralement imposé par Jacques Chirac au sommet Afrique-France de Bamako en décembre 2005”.
Ces lignes extraites d'un article de François Soudan paru dans le dernier numéro de l'hebdomadaire “Jeune Afrique” devraient intéresser les chefs d'Etat africains qui se réunissent, ce matin, à Addis Abeba pour statuer sur le cas de la Côte d'Ivoire. Non pas que M. Soudan y dise quelque chose de vraiment nouveau, mais parce qu’au regard des accointances connues de ce journaliste et de son journal avec les officines parisiennes, l'on ne peut douter de la sincérité de l'auteur. Même si celui-ci prend le soin de faire croire que la volonté du président français de renverser son homologue ivoirien ne remonte qu'à la crise de novembre 2004, tout juste pour faire bien, plus personne n'est dupe. Les choses n'ont jamais été aussi claires. Le conflit superficiel créé en Côte d'Ivoire depuis l'échec de la tentative de coup d'Etat du 19 septembre 2002 procède de la volonté du président Jacques Chirac,de se débarrasser d'un chef d'Etat qu'il juge dangereux pour ses intérêts. Quid donc de la prétendue xénophobie des Ivoiriens, du supposé déficit démocratique qui aurait motivé la prise des armes par une poignée de déserteurs de l'armée ivoirienne appuyés par des mercenaires burkinabé, libériens et sierra léonais. La France a beau tenter de nier l'évidence, ses plus grands soutiens sont aujourd'hui obligés de cracher le morceau. Et, de mettre au grand jour tout le complot ourdi par Paris pour arrêter la révolution démocratique en cours en Côte d'Ivoire depuis l'élection du président Laurent Gbagbo à la tête de l'Etat ivoirien. Et le plus malheureux dans l'affaire, c'est le Premier ministre Charles Konan Banny, présenté clairement comme le bras séculier de Chirac dans sa guerre contre Gbagbo. “C'est dans le bureau occupé par le président français dans la capitale malienne que sont rédigées la feuille de route de Banny et la note de plein effet, véritable lettre cachet transmise à Gbagbo par la troïka de chefs d'Etat africains”, écrit notamment François Soudan. Puis, parlant du plan “B” de Chirac, il ajoute que son objectif était “d'obtenir de l'Union africaine, puis du Conseil de sécurité de l'ONU, la dévolution complète du pouvoir au Premier ministre Charles Konan Banny pour une nouvelle période transitoire d'un an.
Dans cette hypothèse, la Constitution ivoirienne est suspendue et Laurent Gbagbo quitte la présidence pour siéger au sein d'un conseil de régence aux côtés de Ouattara, Bédié et Guillaume Soro. Kofi Annan donne son accord, quelques chefs d'Etat africains appuient discrètement le projet et Banny y est secrètement favorable”, écrit-il.»



2) Le Courrier d'Abidjan — mardi 17 octobre 2006 — http://www.lecourrierdabidjan.info/page_article.php?id=15409 

 

«Jeune Afrique : l’aveu !»

par Théophile Kouamouo


«
Analyse – Sous la plume de François Soudan, son directeur de la rédaction très lié à la cellule africaine de l’Elysée, Jeune Afrique admet que Chirac mène, en Côte d’Ivoire, un combat singulier contre Laurent Gbagbo… qu’il est en passe de perdre. JA rejoint la galaxie patriotique sur un point : sous Jacques Chirac, la France est en Côte d’Ivoire une force belligérante à part entière et ne devrait ni s’interposer ni rédiger des résolutions onusiennes.

Graphiquement, c’est une belle couverture. On y voit, sur fond noir, deux hommes. Les deux se tournent le dos. L’un va à gauche, le visage sérieux et déterminé. Ses yeux cachés par des lunettes noires regardent en avant. C’est Laurent Gbagbo. L’autre, on ne voit pas son visage. Mais on sait que c’est Jacques Chirac et qu’il sort de l’Histoire, qu’il va vers l’obscurité. Le titre est frappant et provocateur : «Comment Chirac a perdu», est écrit en grand, en lettres blanches. Plus bas, plus petit : «… Et pourquoi Gbagbo n’a pas gagné».
Cette couverture est belle. Mais elle constitue aussi un signe des temps. Parce qu’autant dans le graphisme que dans les mots, elle happe en quelques mots l’essentiel de la réalité de la crise ivoirienne. Le duel à mort entre deux hommes. Jacques Chirac, le président français, homme des réseaux et de l’Afrique de papa. Laurent Gbagbo, le numéro un ivoirien, symbole de rupture (avec ou sans préméditation) et pierre d’achoppement d’un système françafricain mourant.
Le fait que l’auteur de cet article soit François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique, qui a l’oreille de Michel de Bonnecorse, patron de la cellule Afrique de l’Elysée, en rajoute au symbole. Il ne s’agit pas d’un extrémiste proche de Gbagbo, mais d’un journaliste nageant habilement depuis plus de 20 ans dans le marigot du village franco-africain. François Soudan commence son article par un rappel du «pieux mensonge» de Chirac, qui fait semblant de se souvenir de coups de fil à son homologue en 2005 ou en 2006, alors qu’ils ne se sont plus parlé depuis le 3 novembre 2004. Et écrit : «Au moment où il s’exprime ainsi, Jacques Chirac sait qu’il a d’ores et déjà perdu le bras de fer très personnalisé qui l’oppose depuis près de deux ans à Laurent Gbagbo. Il n’aura pas résolu la crise ivoirienne avant la fin de son mandat en mai prochain et il n’aura pas obtenu ce qui en était à ses yeux la condition sine qua non : la mise à l’écart du président ivoirien. Deux «buts de guerre», deux échecs. Dans six mois, Chirac laissera à son successeur à l’Elysée le soin de sortir de l’ornière la plus importante intervention militaire française en Afrique depuis la fin de la guerre d’Algérie : l’opération Licorne, ses quatre mille euros et son milliard d’euros dépensés en quatre ans, sans aucun autre résultat que de perpétuer la partition de l’ancien showroom de la Françafrique. Alors, Jacques Chirac se lâche, à deux doigts de la déprime. (…) Comme souvent, quand la réalité têtue résiste à son volontarisme, le président français baisse les bras. Laurent Gbagbo, lui, respire mieux. Le dernier sommet de la Cedeao à Abuja vient de lui donner un an de sursis. Le temps d’assister de loin – et au pouvoir – aux adieux des deux personnalités qui à l’en croire le détestent le plus : Kofi Annan d’abord, Jacques Chirac ensuite.»
Soucieux de réécrire l’Histoire pour donner une image moins détestable de Jacques Chirac, François Soudan affirme que si Chirac «se méfie instantanément» de Gbagbo à l’arrivée au pouvoir de ce «socialiste populiste qui n’hésite pas à occuper la rue pour forcer le destin», il finit par l’accepter. Et choisit même de le défendre après le 19 septembre 2002. François Soudan situe le début de la haine maladive de Chirac pour Gbagbo, et son désir de le «déshabiller» en novembre 2004, alors qu’on se souvient de la tentative de coup d’Etat constitutionnel de Linas-Marcoussis, des menaces à peine voilées du président français, de la goujaterie de Dominique de Villepin. «Quant à Chirac, il n’aura qu’une idée en tête : en finir avec Gbagbo, par tout moyen hormis la force (sic !). Désormais, la cohabitation devient confrontation et le piège du duel personnalisé se referme. Or, au jeu du malin, malin et demi, les Bétés sont infiniment plus redoutables que les Corréziens (re-sic !). Très vite, l’objectif de Paris, soutenu en cela par la communauté internationale et une bonne partie des chefs d’Etat africains – dont ceux-là mêmes qui, en novembre 2004, ont pressé Jacques Chirac de «finir le travail», c’est-à-dire de renverser purement et simplement Laurent Gbagbo – est de réduire au maximum les pouvoirs du président ivoirien. Un roi nu, un chef sans sceptre, Vincent Auriol ou la reine d’Angleterre, au choix. Du GTI (Groupe de travail international, véritable autorité de tutelle) aux Casques bleus de l’ONUCI en passant par le contingent Licorne et une batterie de représentants spéciaux aux allures de proconsuls, un dispositif se met en place qui enserre et corsète le «camarade Laurent». Ne manque à cette camisole qu’un Premier ministre capable de résister à l’hôte de la résidence de Cocody. Ce sera Charles Konan Banny, littéralement imposé par Jacques Chirac au sommet Afrique-France de Bamako en décembre 2005. C’est dans le bureau occupé par le président français dans la capitale malienne que sont rédigées la feuille de route de Banny et la note «de plein effet», véritable lettre de cachet transmise à Gbagbo par une troïka de chefs d’Etat africains : en un an, aura lieu une élection présidentielle à l’issue de laquelle Laurent Gbagbo fera ses valises. C’est tout au moins ce que croit Chirac qui, satisfait, est même prêt pour cela à surmonter sa répulsion. «S’il vient à Bamako, je lui serrerai la main, bien sûr», confie-t-il. Et même plus, si affinités retrouvées. Mais Gbagbo, qui refuse de se voir imposer un diktat en terre étrangère, ne viendra pas. Rien, on le sait, ne va se passer comme prévu. Chirac a-t-il sous-estimé Gbagbo ? C’est probable. Le président ivoirien est un manœuvrier, cela fait trente ans qu’il mouille sa chemise en politique intérieure et il connaît le terrain mieux que personne. Il contrôle le Sud, Abidjan, la rue, la jeunesse, et son bras de fer ne diminue en rien sa popularité – tout au contraire : il est sans doute, parmi les candidats à l’élection présidentielle, celui qui a le plus progressé depuis deux ans. Il a de l’argent aussi, beaucoup d’argent, des caisses réservées et des rentrées parallèles qui lui permettent de pratiquer une efficace diplomatie régionale et de neutraliser certains de ses adversaires. Résultat : après une entrée en fanfare, le bulldozer Konan Banny manque rapidement de carburant. Et d’oxygène. A la mi-2006, plus personne à Paris ne se fait d’illusions sur la tenue d’élections avant le 31 octobre. Fin août, on sait que la consultation n’aura même pas lieu avant que Jacques Chirac quitte l’Elysée ! «Au moins, faisons en sorte que Gbagbo ne me survive pas», semble alors se dire le président français, qui donne son feu vert au «plan B», élaboré dans la fièvre à la rentrée de septembre. Objectif : obtenir de l’Union africaine, puis du Conseil de sécurité de l’ONU, la dévolution complète au 1er novembre de la totalité du pouvoir au Premier ministre Charles Konan Banny, pour une nouvelle période transitoire d’un an. Dans cette hypothèse, la Constitution ivoirienne est suspendue et Laurent Gbagbo quitte la présidence pour siéger au sein d’un conseil de régence aux côtés de Ouattara, Bédié et Guillaume Soro. Kofi Annan donne son accord, quelques chefs d’Etat africains appuient discrètement le projet (Obasanjo, Tandja, Kufuor, Bongo Ondimba…) et Banny lui-même y est secrètement favorable. Fin septembre, en marge du sommet de Bucarest, Jacques Chirac s’aperçoit pourtant que la partie est loin d’être gagnée. Ni la Commission de l’Union africaine, ni la présidence de l’UA ne semblent acquises. Cette dernière propose même un «plan C» alternatif : placer la Côte d’Ivoire sous quasi-tutelle onusienne, avec envoi de cinquante mille Casques bleus et transfert d’une partie des moyens déployés en RD Congo. Bref, à peine formé, le front se délite… C’est à ce plan sur la comète que le sommet crucial de la Cedeao, le 6 octobre à Abuja, vient de donner un coup d’arrêt définitif. Certes, Laurent Gbagbo n’a pas pour autant gagné la partie. Par rapport à ses propres propositions maximalistes de sortie de crise (départ de toutes les troupes françaises et onusiennes, qui seraient remplacées par un contingent de l’UA composé de Sud-africains, d’Angolais et de Libyens) et à en juger par la quasi-éviction du dossier de son «protecteur» Thabo Mbeki, ce n’est pas une victoire. Mais l’essentiel – son propre maintien – est préservé. Pour le reste, et même si les recommandations des participants au sommet enjoignent en quelque sorte à Konan Banny de prendre toutes ses responsabilités et d’occuper tout son espace politique, les pouvoirs dévolus au Premier ministre figuraient déjà, pour l’essentiel, dans sa feuille de route de décembre 2005 – une feuille de route largement circonvenue par Gbagbo. Ce dernier a donc le temps de voir venir. Un an de plus, soit tout le loisir d’attendre le nouvel hôte de l’Elysée et de lui faire admettre son idée cardinale depuis toujours : en Côte d’Ivoire, la France n’est pas la solution, elle est le problème», écrit François Soudan.
Que retenir de tout cela ? Que Le Courrier d’Abidjan et autres analystes de la galaxie patriotique sont rejoints par Jeune Afrique. En effet, dire qu’il y a affrontement personnalisé entre Chirac et Gbagbo, c’est dire que la France n’est pas neutre dans le conflit ivoirien et appuie les adversaires du chef de l’Etat. Nous avons toujours dit que la France est un belligérant à part entière en Côte d’Ivoire, et qu’elle ne saurait être juge et partie. La présence de Licorne en Côte d’Ivoire et le fait que la France rédige les résolutions sur la Côte d’Ivoire à l’ONU constituent, en toute logique, un vrai scandale.»

 



 

<a href="http://delugio.zeblog.com/93195-lectures-de-l-39-article-comment-chirac-a-perdu-publie-par-jeune-afrique/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=93195">aucun trackback</a>

Crise ivoirienne: La responsabilité coupable de l’ONU

Par Delugio :: lundi 16 octobre 2006 à 9:30 :: Articles de presse




Notre Voie — lundi 16 octobre 2006 http://www.notrevoie.com/a_la_une.asp?id=16630 :

par HOULAÏ BERNARD TIABAS, Economiste, Vice président du CNRD :

«La crise qui perdure dans notre pays est consécutive à un coup d'Etat manqué du 19 septembre 2002. Une rébellion armée, soutenue par une conspiration, sous la houlette de la France, a attaqué la Côte d'Ivoire. Cela avait valu, en son temps, une condamnation de principe de la communauté internationale. A l'appel du pouvoir légalement établi, l'ONU dépêcha des troupes en Côte d'Ivoire. Nous pensions que ces troupes étaient venues pour nous aider à résoudre la crise en rétablissant la légalité. Mais au fil du temps, et surtout après l'humiliant accord de Linas-Marcoussis qui a avalisé la rébellion, nous constatons que tous les représentants de l'ONU en Côte d'Ivoire sont venus, pour protéger les rebelles et en découdre avec les autorités légales et tous ceux qui défendent et soutiennent la souveraineté nationale. Ainsi de M. Tevodjré à M. Schori, de M. Montéro à M. Stoudman, tous embouchent la même trompette, pour abattre l'Etat ivoirien, en s'attaquant à ses fondements constitutionnels ; tout se passe comme si les Nations unies étaient venues ici pour parachever l'entreprise criminelle manquée de la rébellion ! Tout se passe comme si le Président de la République et les patriotes ivoiriens avaient tort de défendre la République. On comprend mal un tel acharnement.
Toutefois, on a coutume de dire dans notre terroir que la vérité n’est pas divisible. En d'autres termes, elle ne peut s'approprier, en même temps, par les deux camps opposés De par la nature des choses, ce qui est bien pour la rébellion ne l'est pas pour la République, et inversement. De même, on dit aussi que le droit est l'allié naturel de la légitimité...Dès lors, nous comprenons mal le comportement de l'ONU en Côte d'Ivoire, elle qui est censée être une organisation dont l'existence est fondée sur le droit et par le droit. Elle fait fi des Lois et des Institutions d'un pays membre qui l'a appelée au secours, en vue de le protéger, pour s'évertuer à privilégier les actions hors la loi, en dehors de toute logique qu'exige la vérité.
La vérité est que le premier acte nuisible posé par le Secrétaire général Kofi Annan soit d'être à Kléber, à Paris, pour légitimer la rébellion, en lui octroyant des postes ministériels dans le gouvernement ivoirien.
La vérité est qu'il existe un Etat de Côte d'Ivoire, membre de l'ONU qui, à ce titre, bénéficie de sa protection aux termes de la Charte de ladite organisation internationale ; qui, à ce titre, est co-employeur des fonctionnaires de l'ONUCI ; et à ce titre, est un Etat souverain, reconnu comme tel. Cette vérité ne peut pas être transférable au profit de la rébellion, ni même être partagée avec elle.
La vérité est que l'ONU a l'obligation de défendre cet Etat souverain et ses Institutions,aux termes des dispositions de la Charte, pour y rétablir l'ordre constitutionnel et y instaurer la paix, au moyen d'un désarmement à tout prix, y comprise la force. Au lieu de cela, elle s'évertue à rechercher le sexe des anges ; c'est-à-dire à vouloir faire cohabiter dans une même égalité, l'Etat de Côte d'Ivoire et une rébellion hors la loi. La vérité est que la France a tourné le dos aux accords de défense avec la Côte d'Ivoire pour se mettre astucieusement sous l'autorité nominale de l'ONU, en gardant son autonomie d'action sur le terrain. Plus équipée que les troupes de l'ONUCI, elle parade partout, avec des engins plus perfectionnés, afin d'intimider les Ivoiriens qui ne demandent que a paix.
La vérité est que l'ONUCI sous équipée donne l'impression d'être sous les ordres de la force Licorne qui gère les zones occupées à sa guise.
La vérité est que les forces onusiennes laissent passer, à travers la zone dite de confiance, notre café et notre cacao vers le Burkina et le Mali, pour en faire des nouveaux pays producteurs ; le diamant part de Séguéla et de Katiola, pour être commercialisé au Ghana, au détriment de notre balance commerciale.
Mais la vérité a une qualité inaliénable, celle qui la fait demeurer dans la patience, afin de rattraper infailliblement le mensonge. De nombreuses contre vérités embrouillent la crise ivoirienne, depuis son internationalisation tendancieuse à Linas-Marcoussis.
Mais la sagesse africaine dit “lorsqu'on t'envoie, il faut savoir t'envoyer”. C'est en perdant cela de vue que l'on fait mauvais usage d'une mission, on s'enclave alors dans l'impasse. Convenez avec nous que c'est une drôle de manière d'accompagner le processus de paix en Côte d'Ivoire, comme le fait l'ONU prise dans l'attrape des intérêts français. Autrement dit, si l'ONU refusait de comprendre son devoir vis-à-vis d'un Etat membre, pour privilégier les états d'âme de ses animateurs, elle n'aurait plus sa place dans la crise ivoirienne.
Par ailleurs, ses représentants européens, en terre ivoirienne, ne sont pas excusables, car ils appartiennent à des pays où le droit est dit systématiquement dans tout conflit ; d'où vient-il, qu'armés de cette culture, ils rament à contre courant chez nous?...Que diantre ! Accepteraient-ils, dans leurs pays respectifs, de déployer l'Autorité de l'Etat dans les zones où la rébellion est en arme, pour faire cohabiter les deux pouvoirs ?
Accepteraient-ils, dans leur pays coupé en deux, de faire des opérations d'identification à l'échelle nationale, à l'abri du contrôle des autorités légales ?
Accepteraient-ils que l'ONU vienne mettre entre parenthèse les lois et les institutions de leur pays, par l'improvisation de tout venant, parce qu'il faut aller à la paix, selon leur vision, vaille que vaille ? Accepteraient-ils enfin que l'on leur profère, à longueur des jours, des menaces des sanctions, parce qu'ils défendraient la légalité ? Alors que dans le même temps, ils ne lèvent aucun petit doigt pour inquiéter ceux qui refusent de désarmer !
En tout état de cause, nous sommes persuadés qu'ils ne peuvent pas répondre à toutes ces interrogations embarrassantes, parce qu'engoncés dans leur parti pris, ils se comportent comme des agents en service commandé. Nous souhaitons nous tromper, mais dans le cas contraire, nous osons les inviter de bien vouloir rester à l'écoute de leur conscience qui ne manquerait pas de les torturer. Elle seule est juge de tous les actes humains.
Toutefois, il n'est jamais trop tard, pour se remettre en cause, nous voudrions croire qu'ils y parviendrons, avec un peu de bonne volonté, en pensant à la Charte de l’ONU.
Nous espérons qu'après l'effacement du Ghanéen, les Nations unies ne seront plus un instrument du gouvernement français, à la nuisance de la Côte d'Ivoire, dans le soutien apporté à la rébellion.
De ce qui précède, nous souhaitons une retraite paisible au Ghanéen Kofi Annan, ex-secrétaire général de l'ONU. Nous espérons, pour lui, que sa conscience ne fera pas des heures supplémentaires, pour avoir disqualifié cette organisation, en étalant sa complicité active, avec les intérêts français, en Côte d'Ivoire et sa complaisance à l'égard de la rébellion. Nous espérons surtout qu'il se souviendra de ses origines africaines et qu'il se souviendra d'être le ressortissant d'un pays voisin de la Côte d'Ivoire, ayant le même destin de pays colonisé... Vive l'unité africaine!»




<a href="http://delugio.zeblog.com/92840-crise-ivoirienne-la-responsabilite-coupable-de-l-onu/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=92840">aucun trackback</a>

La ‘gaffe’ d’Affi et la ruse de la Raison

Par Delugio :: samedi 14 octobre 2006 à 4:46 :: Analyses & commentaires




Les immigrés peuvent insister tant qu’ils voudront, comme
Dominique Gnissi (président de la jeunesse burkinabè en Côte d’Ivoire) affirmant, tandis qu’il était présent au meeting où s’est exprimé le président du FPI : «Nous ne nous sentons pas concernés par une quelconque menace»…

Toutes ces déclarations seront vaines. Affi N’Guessan a dit :
«La Cédéao ne doit pas oublier qu'elle a des millions de ressortissants en Côte-d'Ivoire. Chacun de ces pays doit penser à ceux-ci».

Qu’importe si les immigrés n’étaient pas visés, la presse françafricaine unanime a fait immédiatement ses choux gras de cette déclaration. Les chefs de la Cédéao interpellés par Affi n’ont donc pas manqué, ainsi que la «communauté internationale», de saisir au bond la perche ainsi tendue — cf. http://www.rezoivoire.net/news/read.php?newsid=1250.

Qu’importe si le propos n’a aucune raison d’être interprété comme une menace, qu’importe s’il n’y aucune raison pour Affi d’avoir voulu dire autre chose qu’une évidence, en substance : «si vous, de la Cédéao, créez les conditions du chaos, tous les habitants de Côte d’Ivoire, y compris vos ressortissants, en souffriront». Qu’importe même si Affi a précisé qu’il n’a rien voulu dire d’autre ! Qu’importe, le pétard a été lancé !

Et le pétard a été lancé, comme par hasard, en premier lieu par Libération, qui a, comme par hasard, un contentieux tout frais à régler avec Gbagbo (la justice française vient juste de condamner le journal pour diffamation à son encontre).

Libération du 6 octobre ne rate pas la superbe occasion, titrant l’article de Hoffnung — puisque c’est lui — : «Côte-d'Ivoire : haro sur les immigrés» — sous-titre : «Gbagbo fait pression sur ses voisins en menaçant leurs ressortissants» !

Libération se tait pourtant depuis belle lurette sur la Côte d’Ivoire : que dire ? — il n’y aurait que des succès diplomatiques à en rapporter ! Ici l’occasion est trop belle de reprendre de la voix, relayé — la sempiternelle histoire françafricaine et médiatique de serpent qui se mord la queue — par la presse de l’opposition françafricaine en Côte d’Ivoire.

Du coup la sortie de Affi étonne, évidemment. Il y avait en effet fort à gager que c’était le résultat médiatique qu’elle produirait, immanquablement. Affi est-il naïf ? S’est-il comporté au minimum en «irresponsable» comme le soutien Jean Kaffian dans rezo-ivoire.net (http://www.rezoivoire.net/echo/Read.php?newsid=143) ? S’est-il donc laissé emporter, ou, comme l’envisage un article qui ne laisse d’être surpris par ce qui lui paraît être une dérive extrémiste d’Affi (article repris triomphalement par le journal d’opposition bédiéiste Le Réveil !), est-il victime du «syndrome Doué» — il serait en train d’être récupéré par Paris (http://saoti.over-blog.com/article-4135798.html)  ? — à qui il donnerait par cette «extrémisme» une raison d’intervenir militairement.

*

Au XIXe siècle, G.W.F. Hegel soutenait que le processus de la Raison dans l’Histoire, dont le débouché est l’obtention par les peuples de leur liberté, ne laisse pas de surprendre par les chemins qu’il emprunte (éventuellement contre Hegel...).

Hegel appelle cela la ruse de la Raison. Une ruse indispensable, en quelque sorte, pour que la liberté des peuples advienne. Car les ennemis de la Raison et de la liberté veillent, usant même parfois, pour empêcher ce débouché, de bienveillance !

Ils savent, en effet, pensent-ils, ce qui est bien et ce qui ne l’est pas, ils savent ce qu’est le bonheur des peuples dont ils veulent régenter l’histoire.

Et se posent donc, parfois sans le savoir, comme des tuteurs, qui du coup, et sans doute malgré eux, étouffent la liberté naissante. (Le parallèle togolais montre à quel point cette façon de prétendre chaperonner avec bienveillance, ici une opposition héroïque, ne mange pas de pain ; quand cela ne s’assimile pas à border un mourant pour sa sépulture en versant des larmes de crocodile.)

Alors la Raison doit ruser, en quelque sorte, emprunter des chemins qui leur échappent, chemins inattendus sans lesquels la liberté n’adviendrait pas. La Raison impose des obstacles à leur bienveillance affichée.

Il est possible que les historiens futurs soient à même de discerner que la figure d’obstacle que la Raison a imposé à ses ennemis bienveillants, concernant la Côte d’Ivoire, aura été le concept d’ «ivoirité», en horreur à tous les chaperonneurs potentiels de la révolution ivoirienne.

Et c’est ainsi qu’aucun des parangons de la bien-pensance parisienne et de sa «communauté internationale» n’a perçu la portée de ce qui se passait en Côte d’Ivoire. Aucun n’a donc pu en chaperonner, c’est à dire en étouffer, le mouvement.

Et au moment où s’amorce un renversement médiatique, ou à tout le moins dès à présent un renversement de la «communauté internationale», c’est peut-être cela qu’a pressenti confusément Affi N’Guessan : ce n’est pas le moment, alors que la liberté s’annonce, de la voir être chaperonnée, et donc étouffée, par quelque opportuniste qui voulait il y a encore quelques mois excommunier Gbagbo pour cause d’ «ivoirité».

Le chemin de la liberté — ruse de la Raison — devait passer par ce genre d’excommunications ! Et ce chemin n’est pas encore à son terme.




<a href="http://delugio.zeblog.com/92034-la-gaffe-d-affi-et-la-ruse-de-la-raison/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=92034">aucun trackback</a>

Peine de mort

Par Delugio :: vendredi 13 octobre 2006 à 10:20 :: Général


 

 

 

 

 

 


 

<a href="http://delugio.zeblog.com/91605-peine-de-mort/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=91605">aucun trackback</a>

Une statue à deux visages ?

Par Delugio :: mercredi 11 octobre 2006 à 10:03 :: Articles de presse




Deux portraits de Jacques Chirac en fin de règne dans deux journaux. Le premier, dans la rubrique «Rebonds» (c’est-à-dire «libres opinions») de
Libération, dressé par Alain Duhamel : pas un seul mot sur l’Afrique et la politique africaine et donc silence sur la Côte d’Ivoire. Le second dans Le Matin d’Abidjan, donné par Safiatou Ouattara : un maître de l’Élysée dispensant des consignes à l’opposition politico-armée ivoirienne. Une statue à deux visages ?


1) «Chirac: l'ultime image»

Libération — Mercredi 11 octobre 2006 - 06:00 — http://www.liberation.fr/opinions/rebonds/209764.FR.php :


Par Alain DUHAMEL :

«Jacques Chirac a engagé la bataille de l'ultime image, celle qu'il voudrait imprimer dans l'esprit des Français au moment de quitter le palais de l'Elysée. Le chef de l'Etat qui avait annoncé une «présidence modeste» en 1995, lors de sa première élection, n'a pas l'orgueil royal de ses prédécesseurs. Bien que recordman de l'occupation du pouvoir, toutes Républiques confondues, il ne prétend pas laisser une marque indélébile dans les livres d'histoire. De Gaulle dialoguait avec les Dieux et s'adressait aux géants. François Mitterrand sculptait inlassablement le bronze souverain qu'il voulait laisser derrière lui. Jacques Chirac, lui, ambitionne une image simplement équitable de son bilan présidentiel. C'est un objectif naturel et somme toute légitime. Il n'en sera pas moins difficile à atteindre. Les circonstances ne sont pas réunies pour que soit dressé l'inventaire serein d'une présidence contestée. Au demeurant, notre monarchie républicaine n'a jamais produit une seule fin de règne réussie : le général de Gaulle a mis en scène une sortie cornélienne qui ne dissimulait pas un divorce avec la société française ; Georges Pompidou, brutalement terrassé par la maladie, n'a jamais pu donner le meilleur de lui même au sommet de l'Etat ; Valéry Giscard d'Estaing a été vaincu par la triple entente de François Mitterrand, de la crise et de Jacques Chirac. François Mitterrand a porté jusqu'au bout, dans des souffrances inhumaines, une couronne à laquelle manquait le sceptre depuis le début de la deuxième cohabitation. Tous se préoccupaient pourtant de leur empreinte depuis le premier jour de leur règne. Tous sauf Jacques Chirac, qui jusqu'ici, se refusait à dessiner son propre reflet.

Il disposait de peu d'armes pour cela. Non pas qu'il se trouve dans l'incapacité de nourrir la colonne positive de son bilan : si sa politique européenne a fini en fiasco, sa politique étrangère n'a manqué ni de fermeté ni de lucidité ; s'il n'a pas réduit «la fracture sociale», au moins a-t-il mené activement une politique compassionnelle sincère ; si sa politique économique a été fluctuante et trop souvent velléitaire, il a le mérite d'avoir entamé plusieurs réformes impopulaires qu'il faudra bien achever après lui ; si sous son règne l'intégration a bégayé, si l'espérance sociale a reculé, au moins a-t-il voulu défendre les principes cardinaux de la République, avec du coeur et de l'énergie. Malheureusement, tout comme son très faustien prédécesseur, sa pratique personnelle du pouvoir a démenti la noblesse de ses références. Les centaines de nominations auxquelles il a procédé tout au long de son double mandat n'ont cessé d'être inspirées par des critères étroitement claniques. Pire : le cortège délétère des «affaires» n'a cessé d'obscurcir son bilan. Au moment où il se préoccupe enfin de l'image qu'il laissera derrière lui, le nouveau livre d'Hervé Gattegno ( l'Irresponsable , Stock) en détaille la liste avec une minutie d'autant plus cruelle qu'elle évite l'outrance. Sur un registre plus ambitieux, la parution du dernier tome des mémoires présidentielles de Valéry Giscard d'Estaing ( le Pouvoir et la vie , Compagnie 12) tombe au plus mal pour l'image finale de Jacques Chirac : l'actuel Président est dépeint en cynique sans parole par l'ancien chef de l'Etat, anecdotes assassines distillées avec art à l'appui. Dans ces conditions, la bataille de l'image s'engage sur des sables mouvants.

Jacques Chirac ne renonce jamais. La clef de sa longévité sans équivalent tient à cette opiniâtreté, indestructible malgré les traverses innombrables. La robustesse de son attitude durant la crise du Liban a été reconnue. Depuis la rentrée, il multiplie les signes propres à susciter l'estime (dialogue social, statut pénal du chef de l'Etat, bientôt réformette de la justice) ou les gestes destinés à stimuler la popularité (augmentation de la prime pour l'emploi, baisse de l'impôt sur le revenu, lutte contre la tabagie). Qu'il y ait là tentative pour rehausser l'image finale ne fait pas l'ombre d'un doute. Jacques Chirac a l'étrange caractéristique de provoquer la sympathie même lorsqu'il n'est pas populaire mais d'instiller le scepticisme, même quand il est approuvé. Cela s'explique par le gros handicap d'expression qu'il doit en permanence surmonter. Jacques Chirac a un problème avec les mots, ce qui lui vaut régulièrement d'être sous-estimé. Contrairement à ses quatre prédécesseurs à la présidence de la République, il n'aime pas écrire. Pour lui, les livres, les mémoires, les essais, les tribunes ne sont pas des amis. C'est une difficulté au moment du bilan. Dans notre démocratie de l'image, il y a pire encore : Jacques Chirac n'aime pas la télévision et il est persuadé qu'elle le lui rend bien. Il s'y montre en général raide et mal à l'aise, s'exprimant par clichés et par affirmations péremptoires, aux antipodes des morceaux de bravoure gaulliens, des moments de virtuosité giscardiens, des séquences de charme railleur mitterrandiennes. Ces armes-là, il ne les possède pas. Il ne se montre à son avantage à la télévision que dans de très rares moments (duels présidentiels, brèves conférences de presse face aux conflits militaires). Il lui faut un adversaire ou une adversité. A la radio, il est bien meilleur parce que moins inhibé et donc plus naturel mais il n'y recourt presque jamais. Quand les mots manquent et que la télévision tétanise, difficile de reconstruire une image.»


2) «BATTU A ABUJA, LE PRESIDENT FRANCAIS NE DESARME PAS  
Les dernières consignes de Chirac au RHDP»

Le Matin d’Abidjan
Mercredi 11 octobre 2006http://www.lematindabidjan.com/visual_article.php?num_actualite=4480 :


par Safiatou Ouattara :


«Il joue désormais son va-tout. Le patron de l'Elysée entend dans une sorte de baroud d'honneur, changer le cours de son destin abidjanais, qui semble lui échapper de plus en plus. Révélations.

Le sommet d'Abuja a livré ses conclusions le week-end dernier. Avec notamment la reconduction du Président Laurent Gbagbo pour au moins une année. Un verdict qui n'est pas fait pour plaire à l'exécutif français, maître d'ouvrage de la déstabilisation du régime d'Abidjan. Mais contrairement à ce qu'une bonne partie de l'opinion a pu penser, on indique, de sources bien introduites, que la sentence prononcée n'a pas véritablement surpris le patron en chef de la Françafrique. Qui lui, sauf miracle, ne se faisait pas trop d'illusions. Surtout après les deux revers essuyés par la diplomatie française successivement à New York et à Bucarest. Et c'est justement au lendemain de la fermeture des travaux de la Francophonie que Jacques Chirac fait convoquer ses poulains du bloc de l'opposition civile et militaire ivoirienne à Paris. Selon nos informations, la réunion qu'il tient en ce premier jour du mois d'octobre, dans une des nombreuses pièces du Palais de l'Elysée, a des allures d'un véritable conseil de guerre. Il a à ses côtés Michel De Bonnecorse, son principal chien de guerre pour les questions africaines et un autre conseiller, éminence grise reconnue de l'administration Chirac. En face, Aimé Henri Konan Bédié, Alassane Dramane Ouattara, Charles Konan Banny et Alphonse Djédjé Mady tiennent bien leurs places. Le N°1 français ne s'embarrasse pas de fioritures. Il plante tout de suite le décor. Il s'agit de réfléchir à la gestion de l'après 31octobre en Côte d'Ivoire, vu que l'effet d'entraînement de la communauté internationale, jusque là réussi à merveille par la diplomatie française sur le dossier ivoirien, n'est plus de mise. Chirac explique clairement à ses hôtes qu'il est totalement disposé à les aider à arracher le pouvoir à Laurent Gbagbo, mais à condition que ces derniers se montrent un peu plus actifs sur le terrain. Car, fait-il observer, la communauté internationale ne viendra jamais déloger le président ivoirien du palais d'Abidjan. En somme, il demande de l'action et beaucoup d'actions aux opposants à Gbagbo afin de créer le cadre propice à une intervention de l'armée française. Celle-ci une fois en mouvement, rassure De Bonnecorse, recevra des appuis des troupes françaises stationnées à N'djaména et à Lomé pour achever le boulot. Et le spécialiste maison des affaires africaines d'expliquer que sans ce minimum de conditions, la force Licorne ne pourra pas bouger, vu que toute intervention directe et cavalière de sa part entraînera à coup sûr l'entrée en scène de soldats angolais, rwandais et sud-africains, dont les services secrets français annoncent déjà la présence en terre ivoirienne. Ce qui constituerait, à ses yeux, une situation beaucoup plus difficile à gérer pour Paris. Résumant donc sa pensée, il dira qu'il faut que l'opposition mette à contribution ses militants en les déversant massivement dans les rues pour exiger le départ de Gbagbo. De ce fait, la communauté internationale, ainsi mise devant le fait accompli, se ravisera sur la question du maintien du premier citoyen ivoirien. Après avoir religieusement écouté Chirac et ses lieutenants, les opposants venus de Côte d'Ivoire prendront la parole pour donner leur avis. Le premier à donner le change est Alassane Ouattara. Il adhère à l'analyse des Français et se dit disposé à jouer à fond sa partition en mobilisant ses militants. Il regrette au passage que son allié du Pdci ne mobilise pas toujours ses bases autant que le Rdr à l'effet de créer le surnombre. Lorsqu'il prend la parole, à son tour, Bédié demande à savoir à qui profitera à terme le mouvement, car lui se verrait bien dans le rôle de chef de la transition. Les concepteurs du plan lui rétorqueront alors que l'exercice du pouvoir ne peut lui être confié maintenant, de peur que l'action ne soit interprétée comme un coup d'Etat. Mais qu'il fallait dans un premier temps faire le travail pour Banny qui, lui, fera plus tard la passe à celui qui aura été le plus entreprenant dans la chute de Laurent Gbagbo. "N'zueba" jure alors de relever pour une fois le défi de l'activisme sous le regard fort approbateur de Djédjé Mady. Les comploteurs du jour décident alors de mettre aux devants des troupes, les militants du Pdci-Rda, qui seront appuyés par le Rdr. La question des moyens financiers ne se pose pas puisque le Prince français prend l'engagement de casser la tirelire pour les besoins de la cause. Ce n'est donc point un hasard si les animateurs du vieux parti, s'agitent en ce moment sur le territoire ivoirien, en jurant sur tous les toits, de faire partir Laurent Gbagbo par la rue. Quant au premier ministre, il a dit-on, donné sa bénédiction à l'opération avant de s'inquiéter au sujet de son avenir politique, puisque selon le schéma arrêté, il doit passer la main au terme de la transition. Il sera rassuré sur la question par les parrains parisiens qui lui promettront la Présidence ivoirienne pour l'horizon 2012. Mais avant, il lui a été demandé, sur plainte des leaders de l'opposition ivoirienne, de prendre totalement le contrôle de "Fraternité Matin", qui selon les participants au conclave, est "un outil déterminant" dans le combat à mener, vu son audience. Le banquier venu de Dakar prend aussitôt l'engagement de mettre de l'ordre chez le doyen des quotidiens de Côte d'Ivoire. On comprend donc que la dernière mesure de Banny visant à museler le quotidien pro gouvernemental par l'enfant de Morofè n'est nullement un caprice de ce dernier, mais plutôt une résolution de la réunion sécrète de Paris. Au vu de ce qui précède, il faudra s'attendre à des heures chaudes, les prochains jours en Côte d'Ivoire, le G7 ayant décidé d'effectuer un grand saut à la desperado. Les Ivoiriens sont avertis.
»




<a href="http://delugio.zeblog.com/90827-une-statue-a-deux-visages/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=90827">aucun trackback</a>

«Abuja avant, pendant et après le 6 octobre. Avantage toujours à Laurent Gbagbo sur Jacques Chirac»

Par Delugio :: lundi 09 octobre 2006 à 8:04 :: Articles de presse




San Finna (journal burkinabè) — N°384 du 09 au 15 Octobre 2006 — http://www.sanfinna.com/CoalitionIrak.htm :



«
Au Sommet d’Abuja, deux camps devaient s’affronter. Le premier, emporté par Jacques Chirac, demandait que la CEDEAO prenne des mesures de rupture, retirant au président ivoirien l’essentiel de ses pouvoirs en recourant au besoin à la suspension de la Constitution. Le second, incarné par Laurent Gbagbo, déniait le droit à la CEDEAO d’empiéter sur la souveraineté de la Côte d’Ivoire et ne concevait un voyage du président à Abuja que pour tout au plus y exposer le cadre nouveau dans lequel le pouvoir doit s’exercer après le 31 octobre. Pour apprécier les résultats du sommet du 6 octobre 2006, il faut faire une analyse en fonction des positions affichées des uns et des autres avant le sommet, du climat durant ces 10 heures de huis clos ainsi que de la publication du communiqué final, en rapport avec les textes protecteurs de la souveraineté nationale.

I. LES DEMANDES ET PRONOSTICS AVANT ABUJA

Après avoir fait « échec et mat » au Conseil de sécurité, Jacques Chirac et son camp sont remontés au filet à Bucarest pour tenter d’obtenir les mesures fermes contre le pouvoir ivoirien : transfert des pouvoirs à Banny, suspension de la Constitution... Autre insuccès. Le Président français mettra alors tous ses espoirs entre les mains de ces «gens de la région » c’est-à-dire ses amis chefs d’Etat, majoritaires à la CEDEAO, pour que ceux-ci en finissent avec son ennemi juré. Mamadou Tanja, comme pour dire qu’il a reçu le message 5/5, dans son discours d’ouverture avant le huis clos, sera clair : « La CEDEAO va proposer de nouveaux arrangements institutionnels et de gouvernance ». Il soulignera que la communauté allait « redéfinir de nouveaux repères…, avancer des propositions concrètes pour une nouvelle transition ». Dans la même veine, Ibn Chambas, plus affirmatif, déclarera, péremptoire, que cette rencontre était la dernière du genre, qu’il n’y aurait pas d’autre délai à accorder et que des décisions fermes seraient prises. Pour la rébellion, l’agenda d’Abuja se réduisait simplement dans l’ « exécution » de Laurent Gbagbo et de son régime. Place nette devait être faite pour un nouveau mécanisme de gestion du pouvoir après le 31 Octobre 2006, pour la mise sous tutelle de la Côte d’Ivoire. C’est quasiment le même son de cloche du côté de l’opposition non insurgée relayé par le GTI, des ONG comme International Crisis Group, dont le représentant en Côte d’Ivoire annonçait, non sans faconde, que sans une suspension de la Constitution et un transfert des compétences au premier Ministre, il serait impossible de sortir de la crise !

Voilà en gros, sans remonter jusqu’aux déclarations des Bongo, Wade, Obasanjo, Compaoré…ni jusqu’aux manchettes de certains médias, nationaux et internationaux, ce qui se disait avant la rencontre d’Abuja.

Qu’en est-il des prétentions de ceux d’en face ?

Depuis sa rencontre historique avec les Forces de défense et de sécurité le 14 septembre 2006, le président ivoirien et son camp avaient annoncé les couleurs : plus de médiations, place aux décisions et surtout à la première d’entre toutes : le désarmement ; pas question pour la communauté internationale de rogner sur la souveraineté nationale. La position de Laurent Gbagbo par conséquent vis-à-vis de la rencontre d’Abuja, est claire : s’il y va, ça ne sera pas comme dans le passé pour solliciter des médiations mais pour expliquer son propre plan et requérir des chefs d’Etat, qu’ils respectent leurs paroles (condamnation du coup d’Etat du 19 septembre) et les textes de la communauté, en ne prenant pas la fâcheuse décision (qui constituerait un précédent dangereux pour eux-mêmes) de s’immiscer dans la vie constitutionnelle de la Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo irait pour dire que, pour sortir de la crise, il faut que l’on respecte l’Etat de Côte d’Ivoire, que les forces militaires françaises quittent le pays, qu’une force africaine prenne le relais de l’interposition en Côte d’Ivoire. A Abuja, il annoncerait à coup sûr sa volonté de mettre en place un gouvernement homogène, composé de ministres qui soient astreints au devoir de solidarité gouvernementale et qui respectent son autorité afin de négocier avec les seuls rebelles. Et il confirmerait que le schéma tracé par la Résolution 1633 maintenu sans le Médiateur Thabo M’béki, il révoquerait toutes les concessions qu’il a eu à faire jusqu’à ce jour, y compris le droit pour ADO de se présenter aux élections.
Ce sont ces positions qu’il est venu, en terrain défavorable, exposer.

II. CLIMAT DE L’INTERMINABLE HUIS CLOS D’ABUJA

Première remarque : contrairement à ce qui était devenu une coutume, les rebelles et l’opposition non insurgée n’étaient pas invités. Si un Guillaume Soro a cru devoir rappliquer dans la capitale nigériane, c’est plutôt comme il l’a fait à Bucarest, pour arpenter les couloirs et faire du lobbying médiatique. Les Bédié et ADO, plus au fait des pratiques diplomatiques, se sont abstenus de se livrer à de telles démonstrations !

Autre observation : Thabo M’béki, Omar Bongo et Sassou N’Guesso, annoncés, n’ont pas fait le déplacement, et c’est bien comme ça. M’béki est Médiateur de l’UA, il n’a de comptes à rendre qu’à elle ; au surplus, son pays n’est pas membre de la CEDEAO. Le Gabon non plus. La présence à Abuja de Omar Bongo Ondimba, même revêtu de son statut informel de doyen des chefs d’Etat africains, aurait fait confusion de genre. Idem pour le « beau-père » congolais qui, en tant que président de l’UA, ne peut interférer dans les travaux d’une institution de niveau inférieur, dont les décisions sont déférées devant l’organisation continentale qu’il préside.

Pour sa part, la radio mondiale (un tantinet railleuse) en venait même à se demander si Laurent Gbagbo aurait assez de cran pour répéter à la CEDEAO tout ce qu’il débitait sur la Force Licorne, sur le 43 ème BIMA.. Elle dira : « Osera-t-il ? », comme pour en appeler à plus de raison de sa part parce qu’ « on ne la fait pas à la France » !

Ce huis clos n’aura pas cependant permis aux journalistes de voir sortir la petite fumée. On retiendra, face à un tel hermétisme, c’est que des choses innatendues s’y déroulaient et que l’on craignait que les médias qui, comme la langue d’Esope, sont capables du pire comme du meilleur, ne soient informés pour essaimer des informations qui pourraient mettre le feu aux poudres.

III. LE COMMUNIQUE FINAL ET LES COMMENTAIRES

Pour départager les uns et les autres, il faut partir du communiqué final et l’éclairer par les recommandations à venir de la CEDEAO, les relations médiatiques, une fois que les chefs d’Etat ne se sentiront plus astreints à l’obligation de discrétion.

Communiqué final

1. A l’invitation de Son Excellence, le Président Mamadou Tandja, Président de la République du Niger et Président en exercice de la CEDEAO, une session extraordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) s’est tenue le 06 octobre 2006 à Abuja, en République du Nigeria.

2. Le Sommet a examiné l’état d’avancement du processus de paix et la mise en œuvre de la Résolution 1633 du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

3. Etaient présents les Chefs de l’Etat et de Gouvernement suivants ou leurs représentants dûment accrédités :

1. Son Excellence Dr. Yayi Boni
Président de la République du Bénin

2. Son Excellence Monsieur Blaise Compaoré Président du Burkina Faso
Président du Conseil des Ministres du Burkina Faso

3. Son Excellence Monsieur Pedro Verona Rodrigue Pires Président de la République du CAP Vert

4. Son Excellence Monsieur Laurent Gbagbo Président de la République de Côte d’Ivoire

5. Son Excellence Monsieur Joao Bernado Vieira Président de la République de Guinée Bissau

6. Son Excellence Madame Ellen Johnson Sirleaf Président de la République du Liberia
7. Son Excellence Monsieur Amadou Toumani Touré Président de la République du Mali
8. Son Excellence Monsieur Mamadou Tandja Président de la République du Niger
9. Son Excellence Chief Olusegun Obasanjo Président de la République Fédérale du Nigeria

10. Son Excellence Maître Abdoulaye Wade Président de la République du Sénégal

11. Son Excellence Monsieur Faure Gnassingbé Président de la République du Togo

12. Son Excellence Monsieur Lamin Kabba Bajo Secrétaire d’Etat pour les Affaires Etrangères, Représentant le Président de la République de Gambie

13. Son Excellence Nana Akufo Addo MP Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération régionale et NEPAD Représentant le Président de la République du Ghana

14.Son Excellence Chief Alhadji Mohamed P. Bayoh Haut Commissaire de la République de Sierra Leone auprès la République Fédérale du Nigeria

15.Son Excellence Monsieur Radolphe Adada, Ministre d’Etat, Ministre des Affaires Etrangères Représentant du Président Sassou NGuesso République du Congo

4.Les hautes personnalités suivantes ont également pris part à cette session extraordinaire :

1- Dr. Mohamed Ibn Chambas
Secrétaire exécutif de la CEDEAO

2- Ambassadeur Saïd Djinnit
Commissaire, Paix et Sécurité de l’Union Africaine

3 – Monsieur Charles Konan Banny
Premier Ministre de la Côte d’Ivoire

4- Monsieur Pierre Schori
Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en Côte d’Ivoire
5- Ambassadeur Raph Uwechue
Représentant Spécial du Secrétaire Exécutif de la CEDEAO en Côte d’Ivoire

6 – Monsieur Gérard Stoudmann
Haut Représentant des Nations Unies pour les élections en Côte d’Ivoire


5. Après avoir été largement informés sur la situation en Côte d’Ivoire, les Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO ont exprimé leur profonde préoccupation face aux nombreux blocages identifiés par le GTI qui entravent la mise en œuvre des décisions de Yamoussoukro et de la feuille de route élaborée au terme de la Résolution 1633 du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

6. Saluant les efforts déployés par le Gouvernement ivoirien visant à accélérer la mise en œuvre de la feuille de route, ils ont toutefois, déploré les nombreux obstacles et atermoiements qui ont rendu impossible, l’organisation des élections à la date du 30 Octobre 2006.

7. Par ailleurs, ils ont noté que la persistance de la crise ivoirienne est à terme, porteuse de graves menaces pour la paix et la sécurité de la région.

8. Ainsi, ils ont réaffirmé que la mise en œuvre effective, pleine et entière des dispositions de la Résolution 1633 des Nations Unies, constitue pour la CEDEAO, le cadre de règlement idéal de cette crise.

9. A cet égard, ils ont fermement condamné toute forme de blocage à la mise en œuvre de ces dispositions et recommandé au Conseil de Sécurité des Nations Unies de prendre, à cet effet, les mesures appropriées.

10. Les chefs d’Etat et de Gouvernement ont exprimé leur satisfaction au GTI pour la qualité du travail accompli dans le suivi de la mise en œuvre de la feuille de route en Côte d’Ivoire ; ils ont également manifesté leur soutien aux forces de l’ONUCI ainsi qu’aux forces françaises qui les soutiennent pour leur contribution au retour de la stabilité en Côte d’Ivoire. Ils ont également adressé leurs vifs remerciements au Premier Ministre et aux Représentants des Nations Unies pour les efforts inlassables qu’ils déplorent en vue de restaurer la paix et la sécurité en Côte d’Ivoire.

11. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont décidé de soumettre leurs recommandations au Conseil de la Paix et de Sécurité de l’Union Africaine au cours de sa prochaine session.

12. Enfin, ils ont exprimé leur profonde gratitude au Président Olusegun Obasanjo et au peuple de la République Fédérale du Nigeria pour l’hospitalité générale et authentiquement africaine qui leur a été réservée ».

Commentaires
Le sommet a été tout sauf un sommet de décisions : pas de transfert de compétences à Banny, pas de suspension de Constitution, pas de fixation d’échéance électorale, etc. La CEDEAO refilera la patate chaude à l’UA. Mais il faut reconnaître que c’était difficile de faire autrement avec cette rage de vaincre du guerrier Gbagbo et tous ces textes de barrage au plan des institutions internationales, qu’il n’est pas inutile de rappeler.

La CEDEAO, c’est connu, protège l’ordre constitutionnel de ses Etats membres. C’est le cas avec la déclaration des principes politiques de la CEDEAO du 6 juillet 1991 adoptée à Abuja comme avec le Protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité du 10 décembre 1999. Tous ces textes obligent la CEDEAO à condamner les coups d’Etat. C’est du reste ce qu’elle a fait à travers une déclaration au Sommet d’Accra 1, le 29 septembre 2002 (article 13 : «Les Chefs d'Etat et de Gouvernement ont invité les Etats membres de la CEDEAO à apporter immédiatement leur soutien (politique, matériel, logistique) aux autorités légales de la Côte d'Ivoire afin de maintenir l'ordre constitutionnel, la paix, la sécurité, l'unité et la cohésion nationales ».).Impossible donc de proposer à Abuja un bouleversement de l’ordre institutionnel en Côte d’Ivoire. Ce serait un pur coup d’Etat international en violation de l’article 1er du Protocole de non-agression de 1978 qui stipule : «Les Etats membres s’engagent à ne pas recourir, dans leurs relations réciproques, à la menace ou à l’emploi de la force, ou à l’agression, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique des autres Etats membres, soit de toutes autres manières contraire aux chartes de l’ONU et de l’OUA » . Comme autre barrage à l’intervention de la CEDEAO, il y a ce protocole d’assistance mutuelle en matière de défense, signé le 29 mai 1981 à Freetown par certains Etats membres, qui organise la sécurité de tous en cas d’attaque, de menaces, d’agressions ou de menaces extérieures.

Rien par ailleurs dans les dispositions de la Charte de l’UA n’autorise véritablement des atteintes à la souveraineté des Etats membres. Même si l’UA a énoncé dans son acte constitutif, « le droit de l’Union d’intervenir dans un Etat membre sur décision de la Conférence, dans certaines circonstances graves, à savoir les crimes de guerre, les génocides et les crimes contre l’humanité », il y a des vallées et des monts à franchir avant que la Conférence des présidents puisse se mettre d’accord sur une telle intervention. Le fait dominant et constant à retenir, c’est que l’UA condamne non pas en paroles mais par des textes, les changements anticonstitutionnels ; cela résulte de la célèbre déclaration d’Alger de juillet 1999 comme de l’ acte constitutif de l’organisation, qui s’engage en son article 3, Point B, à « défendre la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance de ses Etats membres ». Plus explicite, dans l’article 4 Point P, l’organisation impose la « condamnation et ‘le rejet des changements anticonstitutionnels de gouvernement’ ». Avec de telles défenses à l’incivisme démocratique et républicain, comment pourrait-elle fouler aux pieds ses propres textes ?

Il existe aussi la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples dont l’article 23 alinéa 2 stipule ce qui suit : « Dans le but de renforcer la paix, la solidarité et les relations amicales, les Etats parties à la présente Charte s’engagent à interdire qu’une personne jouissant du droit d’asile aux termes de l’article 12 de la présente Charte entreprenne une activité subversive dirigée contre son pays d’origine ou contre tout autre pays, partie à la présente Charte ; que leurs territoires soient utilisés comme base de départ d’activités subversives ou terroristes dirigées contre le peuple de tout autre Etat, partie à la présente Charte».

On voit comment, à travers ces dispositions, Gbagbo peut réduire au silence certains de ses homologues comme Blaise Compaoré, ATT…comme il peut le faire avec la convention régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique du 10/09/1969, qui stipule, en son article 3 l’ interdiction de toute activité subversive (« 1. Tout réfugié a, à l'égard du pays où il se trouve, des devoirs qui comportent notamment l'obligation de se conformer aux lois et règlements en vigueur et aux mesures visant au maintien de l'ordre public. Il doit en outre s'abstenir de tous agissements subversifs dirigés contre un Etat membre de l'OUA. 2. Les Etats signataires s'engagent à interdire aux réfugiés établis sur leur territoire respectif d'attaquer un quelconque Etat membre de l'OUA par toutes activités qui soient de nature à faire naître une tension entre les Etats membres, et notamment par les armes, la voie de la presse écrite et radiodiffusée »).

S’il existe dans la Charte des Nations Unies le chapitre VII qui prévoit des atteintes à la souveraineté, il faut reconnaître que les conditions de mise en œuvre sont très verrouillées. Au demeurant, les Nations Unies, qui n’ont pas de véritables pouvoirs supranationaux, sont respectueuses de la souveraineté des Etats. Entre autres preuves, la Convention internationale contre le recrutement, l'utilisation, le financement et l'instruction des mercenaires du 4 décembre 1989 qui astreint les Etats signataires au respect de leurs souverainetés respectives. C’est dire qu’ il sera difficile au Conseil de Sécurité d’empiéter sur la souveraineté de la Côte d’Ivoire, d’envisager d’instaurer une tutelle qui, du reste, est quasiment devenue un vestige depuis l’avènement à l’indépendance des anciens territoires sous mandat de la Société des Nations qui étaient passés sous tutelle de certains Etats ou des Nations Unies.


CONCLUSION
A Abuja, la montagne a accouché d’une souris. Le président ivoirien avait des arguments en béton, il avait le feu sacré mais il avait surtout pour lui la justesse de sa cause. Il a gagné. Il n’y a même pas de quoi monter en neige les encouragements faits à l’ONUCI, à la Force Licorne, au GTI car personne n’est dupe de ces simples clauses de style. De même, l’appréciation positive de la Résolution 1633 ne peut pas masquer le fait que l’on n’a pas pris les décisions définitives claironnées. Cela en soi suffit, si l’on est de bonne foi, à reconnaître que, pratiquement seul contre tous, le président ivoirien a su tirer son épingle du jeu ; et RFI, par la voix de Boniface Vignon, l’a sportivement consacré vainqueur de cette épreuve. Mais se pourrait-il au fond que les amis de Jacques Chirac, voyant venir les élections de mai 2007 en France (avec les conséquences qui s’y attachent), soucieux de remonter dans l’estime de leurs peuples, aient enfin décidé de jouer la carte africaine plutôt que celle de la «Chiraquie » ? Sait-on jamais. Tout n’est pas gagné pour autant : la bataille diplomatique va reprendre de plus belle, la CEDEAO ayant préféré se comporter non pas comme une instance qui décide à charge d’appel mais comme une instance purement consultative qui, en l’espèce, ne se contentera que de faire des recommandations, du reste verbales à l’UA. Manifestement, la CEDEAO n’a pas assumé. Il appartiendra donc à l’UA le 17 octobre prochain de décider. On peut dire à ce stade-là que le président ivoirien a abattu le plus gros du travail.

A l’UA, où les choses doivent se jouer, il compte plus d’amis et l’influence de la Françafrique s’y fait moins sentir. Ce match à venir s’annonce donc plus « relax ».Quant à celui des Nations Unies, puisqu’il ne fera que confirmer ce qui aura été décidé par l’organisation panafricaine, on peut dire qu’en principe, les choses devraient se passer plutôt bien. On peut comprendre que Laurent Gbagbo, les siens et tous les amis boivent du petit lait comme on peut comprendre que les rebelles ne se cachent pas pour s’en désoler ouvertement. Puisse toutefois la sagesse de la CEDEAO faire tâche d’huile et convaincre les thuriféraires zélés de Jacques Chirac que le temps est venu de rengainer les armes et les « plumes » !

VT»



 

<a href="http://delugio.zeblog.com/90143-abuja-avant-pendant-et-apres-le-6-octobre-avantage-toujours-a-laurent-gbagbo-sur-jacques-chirac/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=90143">aucun trackback</a>

Affaire Redeker et crise franco-ivoirienne

Par Delugio :: dimanche 08 octobre 2006 à 19:57 :: Analyses & commentaires




Voilà un professeur de philosophie de l’enseignement public français qui subit des menaces de mort pour avoir écrit un article-pamphlet dans Le Figaro. Ledit professeur, Robert Redeker, s’en est pris à la violence qui agite le monde musulman. Cela en mettant en cause le Coran et son prophète en s’appuyant sur l’islamologue Maxime Rodinson, et considérant que les auteurs de la violence exercée se réclament de Mahomet pour ce faire… Et voilà que devant les menaces de mort contre ce professeur suite à son article (voudrait-on prouver qu’il a raison qu’on ne s’y prendrait pas autrement !), une large part de l’intelligentsia française, à commencer par le ministre de l’Éducation nationale soi-même, fait la fine bouche pour lui accorder son appui, accompagnant son soutien moral de réserves sur l’opportunité de son article !

(Concernant l’affaire Redeker proprement dite, voir l’article de Pierre Tavanian — http://lmsi.net/article.php3?id_article=572 —, article qui indique ce qu’aurait dû être l’approche du débat s’il n’y avait eu les menaces de mort, qui oblitèrent, hélas, nécessairement, un vrai débat : on ne débat pas sous la menace ! La menace oblige à une fermeté sans concession, hélas. Et le débat redevient possible après, une fois la menace écartée. L’article de Pierre Tavanian vaut d’être d’ores et déjà pris en considération, en vue de ce débat nécessaire. Cela après la dissipation des menaces, réelles, hélas, ce que Pierre Tavanian admet clairement par la suite dans un second article sur le même sujet : http://lmsi.net/article.php3?id_article=575&recalcul=oui.)


Quel rapport avec la crise franco-ivoirienne ? Avant d’en venir à un rapport plus direct, j’en proposerai tout d’abord un en contraste : la détermination sans faille de Paris contre le pouvoir ivoirien en regard d’une façon des autorités et de l’intelligentsia françaises de s’aplatir systématiquement devant tout ce qui connote de près ou de loin «islamisme». Comme si on s’autorisait en contrepartie les plus intempestives rodomontades contre des manifestants pacifiques ou devant des responsables qui ne perpètrent pas — c’est tout à leur honneur — d’actes de terrorisme.

dohN’est-on pas fondé, par exemple, à s’interroger quand on compare la réaction française à l’attentat de Beyrouth de 1983, revendiqué par le Hezbollah, acte terroriste islamiste qui a tué une soixantaine de soldats français, et la réaction au présumé bombardement de Bouaké. Dans le premier cas, la réaction semble bien humble — si l’on peut parler de réaction, et si on la compare à la réaction dans le second cas. Premier cas : attentat revendiqué. Deuxième cas : on ne sait toujours pas ce qui s’est passé à Bouaké en nov. 2004, suite aux refus français de toute enquête. Cela tandis que le ministère de la Défense autorise des déclassifications au compte-goûte des documents militaires — s’accompagnant de grands effets d’annonce médiatiques aux moments diplomatiques opportuns, comme le récent titre de l’APF alors que s’ouvrait le sommet de la Cédéao sur la Côte d’Ivoire, parlant de déclassification «de» documents — mais jamais tous…

Bref, dans un cas, attentat revendiqué, pas de représailles ; dans le second cas, on ne sait toujours passé ce qui s’est passé à Bouaké, mais on sait ce qui s’en est suivi : destruction des moyens aériens de l’armée ivoirienne, prise de l’aéroport au prix de tirs sur une foule sans armes, tirs sur la résidence présidentielle, investissement du centre névralgique du pouvoir ivoirien, l’hôtel Ivoire, au prix, à nouveau, de tirs sur la foule des manifestants non-armés. Aucun mort français dans les manifestations d’Abidjan. Bilan de l’intervention militaire française : une soixantaine de morts, et quelques milliers de blessés. Même nombre, approximativement, de morts ivoiriens que de soldats français tués par le Hezbollah à Beyrouth quelques 20 ans auparavant. À croire que le pouvoir français s’est vengé de ses morts de Beyrouth sur la population ivoirienne ! On se souvient du doigt de Raffarin, s’agitant, en 2004, lourd de menace, pour déclamer : «on ne touche pas impunément à un soldat français». Les Ivoiriens et le Hezbollah en savent quelque chose : mais ils n’en savent pas la même chose !

Et l’intelligentsia française, et l’opposition française, et la presse française «de gauche» de se ranger comme un seul homme, et sans tergiverser — c’est le front du courage — derrière Raffarin !

Ce n’était qu’un exemple. On pourrait mentionner les soldats français tués par la rébellion ivoirienne et qui attendent que se vérifie pour eux l’adage raffarinien : «on ne touche pas impunément à un soldat français».

Revenons au rapport avec Redeker. Et si le rapport était aussi ici ? : l’exutoire de la lâcheté. C’est un classique des cours de récréation : celui qui n’a pas su faire front contre la brute du coin, se venge de sa propre lâcheté en tapant sur plus petit que lui. Et va excuser sa lâcheté de base en expliquant que celui qui fait régner la terreur dans la cours de récréation mérite, au fond, d’être compris… Et au fond, Redeker ne l’aurait pas volé, laisse-t-il sous-entendre !

J’en viens à présent à un autre rapport entre l’affaire Redeker et crise franco-ivoirienne — central peut-être. La rébellion ivoirienne que la France a mise au pouvoir en dépit de son manque total de légitimité, autre que ses kalachnikovs, puis qu’elle a protégée par son «interposition» active, «interposition» allant de toutes les manœuvres diplomatiques jusqu’à la destruction des moyens militaires aériens du pouvoir légal — cette rébellion joue en permanence, au plan médiatique, de la susceptibilité française à une certaine… esthétique… islamiste.

Rappelons-nous : aux premiers jours de la rébellion de 2002, ses leaders arborent barbe abondante et tee-shirts Ben Laden, outre les références au Che Guevara — et affirment résolument avoir pris les armes pour rendre éligible le candidat de Paris et du FMI, jusque là inéligible (pour n’avoir jamais établi de façon claire sa nationalité ivoirienne). Ledit candidat avait emporté dès 1999 l’appui de l’intelligentsia française en faisant valoir qu’on refusait sa candidature parce qu’il était… musulman ! Et qu’importe si en Côte d’Ivoire, on doute fort de la réalité son «islamité» : il n’en a jamais fait cas hors cet usage médiatique parisien, il s’est marié aux États-Unis en tant qu’évangélique… Qu’importe si son statut de «musulman» ne l’a pas empêché d’être Premier ministre (ce qui ne requiert pas de conditions de nationalité particulières selon la Constitution ivoirienne).

La rébellion politique et armée a appris à manier fort bien la psychologie française et ses complexes. Entre le désir et la honte d’être lepénisé. Avec cette tentation récurrente de se débarrasser de cette étiquette indécollable de racisme (et notamment contre les «musulmans»), et qu’on projette complaisamment et violemment sur les autres. Les Autrichiens, qui n’ont rien fait d’autre de leurs urnes que les Français, comme aussi les Italiens, en savent quelque chose. Et quand on a une occasion de dire que les racistes sont les autres, quand l’occasion est fournie comme sur un plateau par un candidat à l’élection présidentielle ivoirienne — inéligible de par la Constitution, l’opportunité est trop belle de se défausser sur nos ex-colonies dont on expulse les ressortissants en faisant mine (dans l’intelligentsia) de ne le pas vouloir : «ils sont plus racistes que nous, continuons donc à nous lepéniser sans complexe !» — où l’on a mis en place le fameux concept français d’ «ivoirité», un concept riche d’avantages en vue de la stigmatisation de l’Afrique qui nous résiste.

Quant à celle qui s’obstine à obtenir notre appui, dans le cadre de la Françafrique, elle arbore — un temps, avant que ne passent les conseils en tenue vestimentaire —, les tee shirts Ben Laden. Quand on sait que le propos est de se garantir ainsi l’appui médiatique français, on a une petite idée de la façon dont notre politique vis-à-vis de l’islamisme est perçue à l’étranger.

Faut-il s’en étonner ? Citation récente à titre d’exemple : Douste-Blazy (qui par ailleurs réclame à cor et à cri le changement de l’électorat ivoirien au profit de populations de pays frontaliers du nord-«musulman») — Douste-Blazy négociant récemment avec le Hezbollah qui revendiquait il y a quelques années l’attentat tuant 60 soldats français : «l’Iran (celui des mollahs tout de même) a un effet stabilisateur au Proche-Orient» (sic) !

Voilà le genre de paroles qui ont toujours leur effet, et dont les précédents expliquent les tee-shirts Ben Laden des rebelles — l’appui de l’intelligentsia expliquant en outre le couplage hétéroclite avec le Che Guevara (ça plait à Paris) — le tout pour soutenir le candidat du FMI et de la Chiraquie ! Au nom de ce que l’islam serait persécuté en Côte d’Ivoire...

Et pendant ce temps, un musulman du nord (insoupçonnable quant à sa religion sur laquelle il entretient la discrétion du républicain) — mais laïque, démocrate, fervent défenseur de la Constitution, que Paris veut à tout pris abattre, un homme comme Mamadou Koulibaly, qui n’a jamais menacé de mort quiconque, se fait traiter d’extrémiste !

Est-il bien sûr qu’il n’y ait pas de rapport entre l’affaire Redeker et la crise franco-ivoirienne ?




<a href="http://delugio.zeblog.com/89974-affaire-redeker-et-crise-franco-ivoirienne/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=89974">aucun trackback</a>

De la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination

Par Delugio :: samedi 07 octobre 2006 à 17:30 :: Articles de presse




naziLu sur Afrikara.com — 10/09/2006 http://www.afrikara.com/index.php?page=contenu&art=1386 :

De la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination


par Rosa Amelia Plummelle-Uribe 


L’auteur de «La Férocité blanche» [Albin Michel, 2001], déploie une argumentation originale et pertinente, que Césaire avait bien sentie dans son «Discours sur le colonialisme», le lien entre les politiques d’anéantissement colonial, l’ensauvagement des sociétés européennes et le choc en retour du nazisme sur ces mêmes sociétés. Afrikara publie le texte d’une communication de cette militante afrodescentante, présenté le 15 juin à Berlin dans le cadre du Forum de Dialogue organisé par la section européenne de la Fondation AfricAvenir.


Nous sommes réunis ici pour analyser ensemble le lien historique qui, comme un fil conducteur conduit de la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination. Il s’agit d’un effort visant à détecter au moins la plupart des facteurs qui, de manière directe ou indirecte, auraient favorisé le développement politique et l’épanouissement idéologique d’une entreprise de déshumanisation comme la barbarie nazi en Allemagne et au-delà de ses frontières.

Cette contribution est utile à toute démarche qui voudrait mettre fin à toute sorte de discrimination d’où qu’elle vienne ; à commencer par cette discrimination qui consiste à trier parmi les crimes pour ensuite, suivant l’identité des victimes ou parfois l’identité des bourreaux, sélectionner le crime qu’il faut condamner. Cette hiérarchisation des crimes et donc de leur condamnation, demeure un handicap majeur dans la lutte pour la prévention des crimes contre l’humanité dont le crime de génocide.


Esclavage et trafic d’esclaves

Il convient de préciser tout de suite que, les guerres de conquête et les crimes liés à la domination coloniale, ainsi que la réduction d’êtres humains en esclavage, étaient déjà une réalité dans les temps anciens. Par exemple, lorsque la domination des Musulmans arabes s’étend vers l’Europe, le commerce d’êtres humains est une activité millénaire parmi les Européens. Le règne de l’islam en Espagne, de 711 à 1492, a simplement dynamisé la traite d’esclaves intra européenne.
1 faisant du continent un important fournisseur d’esclaves, femmes et hommes, expédies vers les pays de l’islam.
 
Les prisonniers, majoritairement slaves, alimentaient le commerce d’hommes entre Venise et l’empire arabo-musulman du sud de la Méditerranée. C’est ainsi que dans les langues occidentales, le mot « esclave » ou « slave » se substitue au latin «servus» pour désigner les travailleurs privés de liberté. Autrement dit, pendant plusieurs siècles, des Chrétiens européens vendent d’autres Européens à des commerçants Juifs spécialisés dans la fabrication d’eunuques.
2, lesquels étaient une marchandise très prisée et fort sollicitée dans les pays de l’empire musulman.

Des chercheurs, spécialistes de l’esclavage en Europe au Moyen Âge, ont vu dans le système d’asservissement inauguré en Amérique par la domination coloniale, un lien de continuité avec les institutions esclavagistes de l’Europe. Jacques Heers dit que «C’est le mérite incontestable de Charles Verlinden, sur ce point véritable pionnier, que d’avoir remarqué que la conquête et l’exploitation coloniales des Amériques s’étaient largement inspirées de certaines expériences toutes récentes en Méditerranée et s’inscrivaient en droite ligne dans une continuité ininterrompue de précédentes médiévaux.
3».
 
J’ai néanmoins choisi d’aborder cette analyse, à partir de 1492 lors de l’arrivée des Européens dans le continent américain. Et j’ai fait ce choix parce que, malgré ce qui vient d’être dit, la destruction des peuples indigènes d’Amérique, l’instauration de la domination coloniale et le système de déshumanisation des Noirs sur ce continent, n’avaient pas de précédent dans l’histoire. Et surtout, parce que la prolongation de cette expérience pendant plus de trois siècles, a largement conditionné la systématisation théorique des inégalités y compris l’inégalité raciale dont les conséquences restent d’actualité.
 

Premier génocide des temps modernes
 
Des historiens du 20ème siècle, travaillant sur la conquête de l’Amérique, sont parvenus à se mettre plus ou moins d’accord pour estimer le nombre d’habitants du continent américain à la veille de l’invasion. Il a donc été retenu qu’à la veille du 1500, environ 80 millions de personnes habitent dans le continent américain. Ces chiffres furent comparés à ceux obtenus cinquante ans plus tard à partir des recensements espagnols.
4.
 
Il en ressort que vers 1550, des 80 millions d’Indigènes ne restent que 10 millions. C'est-à-dire, en termes relatifs une destruction de l’ordre de 90% de la population. Une véritable hécatombe car en termes absolus il s’agit d’une diminution de 70 millions d’êtres humains. Et encore, il importe de savoir que ces dernières années, des historiens sud-américains sont parvenus à la conclusion qu’en réalité, à la veille de la conquête il y avait en Amérique plus de 100 millions d’habitants. D’un point de vue européen, ces estimations sont inacceptables, et pour cause ! Si cela était vrai, nous serions devant une diminution de 90 millions d’êtres humains.
 
Mais, au-delà du nombre d’Indigènes exterminés, le comportement collectivement adopté par les conquérants chrétiens a eu des conséquences qui perdurent. Par exemple, la justification postérieure de ce génocide a conditionné l’évolution culturelle, idéologique et politique de la suprématie blanche à l’égard d’autres peuples non Européens, et finalement à l’intérieur même d’Europe.
 
La situation d’impunité dont bénéficiaient les conquistadores devait, fatalement, favoriser l’apparition très rapide de pratiques assez inquiétantes. Ainsi, la mauvaise habitude de nourrir les chiens avec des Indigènes et parfois avec des nourrissons arrachés à leur mère et jetés en pâture à des chiens affamés. Ou la tendance à s’amuser en faisant brûler vifs des Indigènes jetés dans des bûcher allumés pour les faire rôtir5. Ce désastre fut la première conséquence directe de ce que les manuels d’histoire continuent à appeler ‘la découverte de l’Amérique’.
 

La solution africaine
 
Après avoir vidé le continent américain de sa population, les puissances occidentales naissantes ont fait de l’Afrique noire, une pourvoyeuse d’esclaves pour l’Amérique. Cette entreprise a désagrégé l’économie des pays africains et vidé le continent d’une partie de sa population dans ce qui demeure, la déportation d’êtres humains la plus gigantesque que l’histoire de l’humanité ait connue. Ici, il convient de rappeler la situation des pays africains au moment où ils sont abordés par les Européens.
 
C’est un fait que, même si le mode de production en Afrique n’était pas fondamentalement esclavagiste, les sociétés y connaissaient certaines formes de servitude. Comme nous l’avons dit, au Moyen âge, l’esclavage ainsi que la vente d’êtres humains, était une pratique très généralisée et l’Afrique n’a pas été une exception. Depuis le 7ème siècle, l’Afrique noire, tout comme l’Europe depuis le 8ème siècle, approvisionne en esclaves les pays de l’empire arabo-musulman.
 
Il semblerait qu’à l’époque, la dimension et les modalités du trafic d’esclaves n’auraient pas été incompatibles avec la croissance de l’économie dans les pays concernés par ce commerce d’êtres humains. Il est d’ailleurs couramment admis  que c’est sous le règne de l’islam en Espagne que l’Europe a commencé à sortir des ténèbres du Moyen âge. Concernant l’Afrique, on notera qu’au 15ème siècle, malgré la ponction faite par la traite négrière arabo-musulmane, les pays de ce continent jouissaient d’un bon niveau de bien être social.

Le dépeuplement du continent ainsi que la misère et l’indigence de ses habitants malades et affamés, décrits par les voyageurs qui abordèrent l’Afrique noire au 19ème siècle, contrastent avec les pays densément peuplés, l’économie fleurissante, l’agriculture abondante, l’artisanat diversifié, le commerce intense et surtout, avec le niveau de bien être social décrits par les voyageurs, géographes et navigateurs ayant abordé l’Afrique noire entre le 8ème et le 17ème siècle, et dont nous connaissons maintenant les témoignages grâce aux diverses recherches, entre autres celles de Diop Maes.
6.

Entre le 16ème et le 19ème siècle, les guerres et razzias en chaîne, provoquées par les négriers pour se procurer les captifs, ont conduit à la destruction quasiment irréversible de l’économie, du tissu social et de la démographie des peuples africains. Le cumul des traites, arabe et européenne, au moyen d’armes à feu, le caractère massif, voire industriel, de la traite négrière transatlantique en accroissement constant, a causé en trois siècles, des ravages que le continent n’avait jamais connus jusque là. Ce nouveau désastre fut la deuxième conséquence de la colonisation d’Amérique.
 

Une entreprise de déshumanisation


Dans le cadre de la domination coloniale sur le continent américain, les survivants indigènes, dépouillés de leurs terres furent refoulés et  parqués dans des réserves. Dans le même temps, des millions de femmes, d’enfants et d’hommes Africains arrachés de chez eux et déportés dans l’Amérique, furent systématiquement expulsés hors de l’espèce humaine et réduits à la catégorie de bien meuble ou de sous-homme. L’infériorité raciale des non-Blancs et sa sœur jumelle, la supériorité de la race blanche, furent inscrits dans la loi, consacrées par le christianisme et renforcées dans les faits.

Les puissances coloniales, Espagne, Portugal, France, Angleterre, Hollande, légiféraient pour se doter du cadre juridique à l’intérieur duquel la déshumanisation des Noirs devenait légale. En conséquence, chaque métropole avait un arsenal juridique pour réglementer sa politique génocidaire dans l’univers concentrationnaire d’Amérique. A cet égard, la codification la plus achevée aura été le code noir français7. Promulgué en 1685, cette monstruosité juridique est restée en vigueur jusqu’à 1848 lors de la seconde abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.

Il est significatif que, au moins pendant les 16ème et 17ème siècles, pour autant que nous sachions, il n y eut pas une seule voix autorisée pour dénoncer et condamner l’expulsion légale des Noirs hors de l’espèce humaine. Même au 18ème siècle qui était pourtant le siècle des Lumières, aucun de ces grands philosophes n’a, formellement, exigé des autorités compétentes la suppression immédiate, réelle, sans atermoiements, des lois qui réglaient ces crimes.
8.

 
Une idéologie unanimement partagée


On a l’habitude d’ignorer que grâce à la racialisation de l’esclavage dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, la supériorité de la race blanche et l’infériorité des Noirs sont devenues un axiome profondément enraciné dans la culture occidentale. Il faut savoir que cet  héritage pernicieux de la domination coloniale européenne, combiné aux effets néfastes de la manie des Lumières de tout ordonner, hiérarchiser, classifier, a stimulé l’émergence d’une culture plus ou moins favorable à l’extermination des groupes considérés inférieurs.

Entre le 15ème et le 19ème siècle, toute la production littéraire et scientifique concernant les peuples indigènes d’Amérique, visait à justifier leur extermination passé et à venir. Après trois longs siècles de barbarie coloniale sous contrôle chrétien,  un des principes validés par les catholiques espagnols, est la certitude que tuer des Indiens n’est pas un pêché.
9. Cette conscience fut renforcée par les protestants anglophones, convaincus qu’un bon Indien est un Indien mort. Aussi, toute la littérature concernant la bestialisation des Noir dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, était une véritable propagande en faveur de la traite négrière et de l’esclavage des Noirs présentés comme un progrès de la civilisation.

Lorsque finalement eut lieu le démantèlement de l’univers concentrationnaire d’Amérique, le changement provoqué par les abolitions de l’esclavage eut une portée assez limitée. D’abord parce que l’essentiel des structures et des rapports sociaux et économiques mis en place par la barbarie institutionnalisée, sont restés quasiment inchangés. Et aussi, parce que  le triomphe de la pensée scientifique sur la foi religieuse a donné à la race des seigneurs et aux valeurs de la civilisation occidentale, une crédibilité dont  la religion ne bénéficiait plus auprès des esprits éclairés. Désormais, la colonisation et les actes de barbarie qui lui sont consubstantiels, par exemple l’extermination de groupes considérés inférieurs, se feront ayant comme support un discours scientifique.


Une culture d’extermination

Il serait utile une étude très serrée concernant le rôle des scientifiques occidentaux dans le développement de la culture d’extermination qui a prévalu au 19ème et au début du 20ème siècle dans les pays colonisateurs. Malgré son rapport étroit avec notre analyse, cela n’est pas le sujet central de cette communication. Mais, nous pouvons néanmoins dégager quelques pistes pour ceux qui voudraient reprendre le sujet et se renseigner davantage.

Au milieu du 19ème siècle, les Associations scientifiques les plus prestigieuses semblent avoir été la Geographical Society et l’Anthropological Society à Londres et aussi, la Société de Géologie à Paris. Le 19 janvier 1864, eut lieu une table ronde organisée par l’Anthropological Society sur « l’extinction des races inférieures ». Il y fut question du droit des races supérieures à coloniser les espaces territoriaux considérés vitaux pour leurs intérêts.

Dans le “journal of the Anthropological Society of London, vol. 165, 1864” fut publié un compte rendu des débats de la Conférence. Il s’agissait de savoir si dans tous les cas de colonisation il serait inévitable l’extinction des races inférieures, ou si jamais il serait possible qu’elles puissent coexister avec la race supérieure sans être éliminées.
10. A l’époque, l’Angleterre avait déjà commis, outre le génocide des Indigènes en Amérique du Nord, celui des Aborigènes d’Australie dont les Tasmaniens.

En France, Albert Sarraut, tenant discours aux élèves de l’Ecole coloniale affirmait : « il serait puéril d’opposer aux entreprises européennes de colonisation un prétendu droit d’occupation […] qui pérenniserait en des mains incapables la vaine possession de richesses sans emploi. »
11. De son côté, le sociologue français Georges Vacher de Lapouge, soutenait qu’il n’y avait rien de plus normal que la réduction en esclavage des races inférieures et plaidait pour une seule race supérieure, nivelée par la sélection.


Des scientifiques réticents

On remarquera que la plupart des anthropologues allemands, même convaincus de leur supériorité raciale, ne partagent pas avec leurs collègues britanniques, nord-américains et français, la conviction que les races inférieures doivent nécessairement disparaître au contact de la civilisation. Le professeur Théodore Waitz par exemple, développe entre 1859-1862 un travail pour contester le bien fondé des théories propagées par ses collègues occidentaux, engagés dans la justification scientifique des exterminations commises par leurs pays.

Par la suite, son élève George Gerland fait en 1868 une étude sur l’extermination des races inférieures. Il dénonce la violence physique exercée par les colonisateurs comme étant le facteur d’extermination le plus tangible. Et affirme qu’il n’existe aucune loi naturelle qui dit que les peuples primitifs doivent disparaître pour que la civilisation avance. Le plaidoyer de ce scientifique allemand pour le droit à la vie des races dites inférieures est un fait rarissime dans cette période de l’histoire.

En 1891 le professeur allemand Friedrich Ratzel publie son livre « Anthropogeographie » et dans le dixième chapitre sous-titré « Le déclin des peuples de cultures inférieures au contact avec la culture », il exprime son hostilité concernant la destruction des peuples indigènes : « C’est devenu une règle déplorable, que des peuples faiblement avancés meurent au contact avec des peuples hautement cultivés. Cela s’applique à la vaste majorité des Australiens, des Polynésiens, des Asiatiques du Nord, des Américains du Nord et des nombreux peuples d’Afrique du Sud et d’Amérique du Sud.

(…) Les Indigènes sont tués, chassés, prolétarisés et l’on détruit leur organisation sociale. La caractéristique principale de la politique des Blancs est l’usage de la violence par les forts sur les faibles. Le but est de s’emparer de leurs terres. Ce phénomène a pris sa forme la plus intense en Amérique du Nord. Des Blancs assoiffés de terres s’entassent entre des peuplements indiens faibles et partiellement désintégrés »
12. Ce serait le dernier discours dans lequel le professeur Ratzel exprimerait un point de vue aussi peu favorable à l’extinction des peuples inférieurs.

 
Une évolution malheureuse


Les anciennes puissances négrières réunies à Berlin en 1884-1885, officialisent le dépècement de l’Afrique. L’Allemagne s’assure le contrôle du Sud-Ouest africain (c'est-à-dire la Namibie), de l’Est africain (correspondant aux territoires actuels de la Tanzanie, du Burundi et du Rwanda) et aussi le contrôle sur le Togo et le Cameroun. 

L’entrée de l’Allemagne dans l’entreprise coloniale marque un hiatus sensible entre le discours des scientifiques allemands avant les années 1890 et celui qu’ils auront après les années de 1890 sur le même sujet : l’extermination des races inférieures ou leur asservissement suivant les besoins des conquistadores et le progrès de la civilisation.

En effet, en 1897 le professeur Ratzel publie son ouvrage «Géographie politique» dans lequel, l’auteur prend fait et cause pour l’extermination des races inférieures. Il affirme qu’un peuple en développement qui a besoin de plus de terres doit donc en conquérir «lesquelles, par la mort et le déplacement de leurs habitants, sont transformées en terres inhabitées»
13.

La domination économique combinée à des méthodes racistes, a donné naissance à la suprématie blanche chrétienne. Son idéologie hégémonique règne sans partage sur la planète et connaît toute sa splendeur entre la seconde moitié du 19ème et la première moitié du 20ème siècle. Même dans les anciens pays colonisés, l’extermination des races inférieures tenait lieu de politique officielle.


Une idéologie triomphante

La plupart des pays d’Amérique sont devenus indépendants au 19ème siècle. Les classes dirigeantes de ces pays, se croient blanches parce qu’elles sont issues des aventuriers européens qui souvent violaient les femmes indigènes. Arrivées au pouvoir suite aux guerres d’indépendance, ces élites se sont toujours identifiées à leur ancêtre blanc. De fait, elles adoptèrent les méthodes d’extermination des Indigènes hérités de la colonisation.

En avril 1834, les autorités d’Argentine, pays indépendant depuis peu, déclenchent la « Campaña del Desierto » (Campagne du Désert), dont le but est l’extermination des survivants Indigènes  qui occupent la pampa. Dirigée par Juan Manuel de Rosas, devenu Président d’Argentine à partir de 1835, cette campagne fut coordonnée avec le gouvernement du Chili. Le premier gouvernement constitutionnel d’Uruguay, dirigé par Fructuoso Rivera, s’est aussi joint à la Campagne qui devait transformer ces terres en espaces inhabités.

Malgré la violence extrême de la ‘Campagne’, tous les Indigènes ne sont pas morts, au grand dam du président Rosas pour qui les Indiens se reproduisaient comme des insectes. Pour remédier à cet échec, en 1878, par initiative du Ministre de la Guerre Julio Argentino Roca, le Congrès National argentin vote et approuve la loi « de expansión de las fronteras hasta el Rio Negro » (expansion des frontières). C’est le point de départ de la seconde « Campagne du Désert » qui doit définitivement vider la Pampa de sa population indigène pour faire avancer la civilisation.

 
Un espace vital avant la lettre


La « Campagne » a lieu au moment où les survivants Indigènes sont traqués partout dans le continent. En Amérique du Nord ils sont massacrés et refoulés afin de libérer un espace devenu vital pour l’installation de familles civilisées, c'est-à-dire blanches. En Argentine, l’objectif avoué de la « Campagne » était le même : Remplacement de la population locale par une population civilisée pouvant garantir l’incorporation effective de la Pampa et la Patagonie à la nation de l’Etat Argentin.

Quelques décennies plus tard, Heinrich Himmler défendrait le même principe de remplacement des populations lorsqu’il affirmait : « Le seul moyen de résoudre le problème social, c’est pour un groupe, de tuer les autres et de s’emparer de leur pays »
14.  Mais, pour le moment, cela se passait en Amérique et au détriment de populations non-Européennes. Le Ministre Roca, qui est à l’origine de la seconde «Campagne du Désert», a même gagné les élections en 1880 et est devenu Président de l’Argentine.

Bien sûr, quelques voix se levèrent pour critiquer la barbarie des atrocités commises pendant la Campagne. Mais, dans l’ensemble, l’infériorité des victimes n’était pas contestée et le gouvernement de Julio Roca appelé le conquistador du Désert, est perçu comme le fondateur de l’Argentine moderne. L’histoire de ce pays a retenu surtout, que c’est sous la Présidence de Roca que le pays a avancé vers la séparation de l’église et l’Etat, le mariage civil, le registre civil des naissances et l’éducation laïque. Une des plus grandes villes de la Patagonie porte le nom de Roca.

Il n’y a pas longtemps, l’historien Félix Luna affirmait sans rire : « Roca a incarné le progrès, il a intégré l’Argentine dans le monde : je me suis mis à sa place pour comprendre ce qui impliquait d’exterminer quelques centaines d’indiens pour pouvoir gouverner. Il faut considérer le contexte de l’époque où l’on vivait une atmosphère darwiniste qui favorisait la survie du plus fort et la supériorité de la race blanche (…) Avec des erreurs, des abus, avec un coût Roca fit l’Argentine dont nous jouissons aujourd’hui : les parcs, les édifices, le palais des Œuvres Sanitaires, celui des Tribunaux, la Case du Gouvernement »
15.


Exterminables parce qu’inférieurs

On remarquera que depuis le premier génocide des temps modernes, commis par les chrétiens en Amérique à partir de 1492, la situation des peuples non Européens en général et des Noirs en particulier se trouve rythmée par les exigences de la suprématie blanche. Dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, le Noir expulsé hors de l’espèce humaine en tant que sous-homme ou bien meuble, ne fut jamais réintégré ou réinstallé dans son humanité. Et les survivants indigènes étaient massivement massacrés pour rendre inhabitées leurs terres.

En Afrique le peuple congolais, sous l’administration de ce bourreau que fut le Roi Léopold, est soumis à des formes d’asservissement causant la destruction de la moitié de la population qui est passée de vingt millions à 10 millions d’habitants.
16. Dans ce même continent, l’Allemagne aussi, comme d’autres avant elle, appliquera les bons principes de la colonisation. Entre 1904 et 1906, soit en l’espace de deux ans, les Allemands exterminèrent les trois quarts du peuple Herero. Sans compter les morts des Nama, Baster, Hottentots, etc.17.

Dans le cadre de la domination coloniale allemande en Namibie, le professeur Eugen Fischer va étudier en 1908, chez les Baster installés à Rehoboth « le problème de la bâtardisation chez l’être humain ». Les recommandations du chercheur sont sans détour. On lit dans son traité à propos des métis : « Qu’on leur garantisse donc le degré précis de protection qui leur est nécessaire en tant que race inférieure à la nôtre, rien de plus, et uniquement tant qu’ils nous sont utiles –autrement, que joue la libre concurrence, c'est-à-dire, selon moi, qu’ils disparaissent.
18 »

Ce travail dans lequel le professeur Fischer considérait avoir démontré scientifiquement l’infériorité des Noirs, fit la gloire de son auteur dont le prestige alla au-delà des frontières du pays. Des années plus tard, lorsqu’en 1933 Adolf Hitler arrive au pouvoir en Allemagne, tout naturellement, le professeur Fischer mettra au service de la politique raciale du nouvel Etat le prestige et l’autorité que lui conférait sa condition de scientifique de renommée mondiale. En fait, ce fut le cas de l’establishment scientifique dans l’ensemble.
19.


Le danger d’être classé inférieur

C’est un fait vérifiable, à la fin du 19ème et pendant les premières décennies du 20ème siècle, l’extermination d’êtres inférieurs ou la programmation de leur disparition, était une réalité qui ne soulevait pas de grandes vagues de solidarité à l’égard des victimes. C’est pourquoi les dirigeants nazis s’appliquèrent à convaincre les Allemands que les Juifs, ainsi que les Slaves et autres groupes, étaient différents et en conséquence étaient inférieurs.

C’est dans ce contexte si favorable à l’extermination des inférieurs, que les conseillers scientifiques du plan quadriennal chargé de planifier l’économie de l’Allemagne nazie, poussant la logique de l’anéantissement plus loin que leurs prédécesseurs, et dans une combinaison aussi terrible que sinistre entre les facteurs idéologiques et les motivations utilitaires, ont programmé l’extermination à l’Est, de 30 millions d’êtres humains. 

Dans leur essai « Les architectes de l’extermination », Susanne Heim et Götz Aly soulignent que les planificateurs de l’économie, choisis non pas en fonction de leur militance politique mais de leur compétence professionnelle, fondaient leur dossier sur des considérations purement économiques et géopolitiques, sans la moindre référence à l’idéologie raciale. Ils rapportent le procès-verbal d’une réunion pendant laquelle, les conseillers économiques ont expliqué en présence de Goebbels leur plan d’approvisionnement alimentaire.

Ce dernier nota dans son journal le 2 mai 1941 : «La guerre ne peut se poursuivre que si la Russie fournit des vivres à toutes les forces armées allemandes durant la troisième année de la guerre. Des millions de personnes mourront certainement de faim si les vivres qui nous sont nécessaires sont enlevés au pays.
20 » En effet, ce plan devait faire mourir environ 30 millions de Slaves dans un premier temps. Mais cela devait assurer l’approvisionnement des vivres pendant une année et en plus, rendre inhabitées des terres où des familles allemandes seraient installées.

 
Une tradition sinistre


Ainsi, Hermann Göring, dont le père fut le premier gouverneur allemand en Namibie, pouvait dire en 1941 à son compère le ministre italien des Affaires étrangères, le comte Ciano : « Cette année, 20 à 30 millions de personnes mourront de faim en Russie. Peut-être est-ce pour le mieux, puisque certaines nations doivent être décimées.
21 » Ceux qui, dans une association extrême de l’idéologie raciste et la motivation utilitaire, programmaient l’extermination de 30 millions de Slaves, pouvaient programmer sans  état d’âme, l’extermination d’un autre groupe considéré aussi inférieur, dans l’occurrence les Juifs.

Ce n’est pas par hasard que le Professeur Wolfang Abel : «Chargé par le haut commandement des forces armées de réaliser des études anthropologiques sur les prisonniers de guerre soviétiques, proposa entre autres options la liquidation du peuple russe.
22» Le professeur Abel fut l’élève du Professeur Fischer avant de devenir son assistant. Ensemble, ils formèrent les premiers experts scientifiques chargés de sélectionner ceux qui, coupables de ne pas être Aryens devaient être exterminés à Auschwitz ou ailleurs.23.

Quant aux Soviétiques : « Au 1er février 1942, sur les 3,3 millions de soldats de l’Armée rouge fait prisonniers, 2 millions étaient déjà morts dans les camps allemands et au cours des transports, soit 60%. Si l’on enlève les trois premières semaines de guerre, au cours desquelles les premiers prisonniers purent puiser dans leurs réserves corporelles, ce chiffre correspondait à un taux de mortalité de 10 000 hommes par jour.
24 »


La tragédie des uns et le profit des autres


La très grande majorité des Allemands, heureuse de se trouver du bon côté, accepta le fait accompli, c'est-à-dire l’exclusion des non-Aryens, et en retira tout le bénéfice possible. Il va sans dire qu’à l’époque, la solidarité à l’égard des groupes considérés inférieurs ne faisait pas vraiment recette dans la culture dominante. Plusieurs siècles de matraquage idéologique pour justifier l’écrasement des peuples colonisés et asservis, n’avaient pas certainement favorisé l’humanité de ceux qui en profitaient.
25.

Comme le dit si bien Aly : « Le gouvernement nazi suscita le rêve d’une voiture populaire, introduisit le concept de vacances pratiquement inconnu jusqu’alors, doubla le nombre des jours fériés et se mit à développer le tourisme de masse dont nous sommes aujourd’hui familiers. (…) Ainsi, l’exonération fiscale des primes pour le travail de nuit, les dimanches et les jours fériés accordés après la victoire sur la France, et considérée, jusqu’à sa remise en cause récente comme un acquis social. (…)Hitler a épargné les Aryens moyens aux dépens du minimum vital d’autres catégories.
26

L’argent spolié aux Juifs d’Europe et aux pays sous occupation allemande a bien servi au gouvernement nazi pour financer sa politique sociale visant à favoriser le niveau de vie de la population aryenne. On comprend qu’après la guerre, tant d’Allemands pouvaient admettre en privé, avoir vécu la période la plus prospère de leur vie sous le gouvernement nazi y compris pendant la guerre…


Conclusion

La domination coloniale sur d’autres peuples a toujours fourni les conditions indispensables pour la mise en place de systèmes d’asservissement et déshumanisation froidement réglés. Ce fut le cas dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, où les puissances coloniales ont inventé un système juridique à l’intérieur duquel, la bestialisation des Noirs parce que Noirs, se faisait en toute légalité. Au 19ème siècle, la colonisation britannique en Australie a renoué avec le génocide commis en Amérique du Nord.

En Afrique, les peuples congolais ont souffert leur Adolf Hitler incarné par le Roi des Belges qui non satisfait de faire mourir la moitié des populations, faisait couper la main à ceux qui chercheraient à fuir les travaux forcés.
27. En Namibie, l’Allemagne coloniale a commis son premier génocide et, je peux continuer mais je peux aussi m’arrêter. Il y a assez pour comprendre que l’entreprise nazie de déshumanisation, s’inscrit dans une continuité, jalonnée sans interruption par la barbarie coloniale.

A la fin de la guerre, les puissances coloniales, victorieuses, ont décrété que le nazisme était incompréhensible et effroyable parce que derrière ses atrocités  il n’y avait aucune rationalité économique. La motivation utilitaire ayant toujours servi à cautionner les entreprises de déshumanisation menées contre d’autres peuples non-Européens, il fallait absolument que l’entreprise nazie de déshumanisation soit dépourvue de toute motivation utilitaire. De là, cette approche réductionniste qui a historiquement isolé le nazisme, et focalisé l’attention sur les atrocités commises par les nazis, en faisant abstraction des facteurs sans lesquels, chacun devrait le savoir, ce désastre effrayant n’aurait jamais atteint la disproportion que nous savons.



__________________________________________
1   A ce sujet, voir Charles Verlinden, L’esclavage dans l’Europe médiévale, Tome 1 Péninsule Ibérique, France 1955 ; Tome 2 Italie Colonies italiennes du Levant latin Empire Byzantin, 1977.
2   Verlinden, L’esclavage dans l’Europe médiévale, Tome 2, notamment dans le chapitre II La traite vénitienne et la traite juive, p. 115 et suivantes, et aussi dans le chapitre III La traite des eunuques, p. 981 et suivantes. Ce livre, devenu introuvable en librairie, peut être consulté à la bibliothèque du Centre Pompidou et aussi à celle de la Sorbonne.  
3  Jacques Heers, Esclaves et domestiques au Moyen Âge dans le monde méditerranéen, Paris, 1981, p. 12.
4   A ce sujet, voir Tzvetan Todorov, La conqête de l’Amérique. La question de l’autre, Paris, 1982. 
5   Voir Bartolomé de Las Casas, Brevísima relación de la destrucción de las Indias, Buenos Aires, 1966 et aussi Historia de las Indias, México, Fondo de Cultura Económica, 1951.
6  Le lecteur consultera profitablement l’œuvre pionnière de Louise Marie Diop Maes, Afrique Noire Démographie Sol et Histoire, Paris, 1996.
7  Louis Sala-Molins, Le code noir ou le calvaire de Canaan, Paris, 1987.
8  Louis Sala-Molins, Les Misères des Lumières. Sous la Raison, l’outrage, Paris, 1992.
9  En 1972, en Colombie, un groupe de paysans analphabètes a dû répondre devant le tribunal pour le massacre, avec préméditation, de dix huit Indigènes hommes, femmes et enfants confondus. Les accusés ont été acquittés par un jury populaire car ils ne savaient pas que tuer des Indiens était un pêché et encore moins un délit. Voir à ce sujet Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La férocité blanche Des non-Blancs aux non-Aryens Génocides occultés de 1492 à nos jours, Paris, 2001. 
10  Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes. L’odysée d’un homme au cœur de la nuit et les origines du génocide européen, Paris, 1999.
11  Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, 1955.
12 
Lindqvist, op. cit., p. 189-190.
13 
Ibid, p. 192.
14  Götz Aly & Susanne Heim, Les architectes de l’extermination Auschwitz et la logique de l’anéantissement, Paris 2006, p.25-26. 
15  Consulter Diana Lenton, La cuestion de los Indios y el ge,ocidio en los tiempos de Roca : sus repercusiones en la prensa y la politica, SAAP- Sociedad Argentina de Análisis Politico www.saap.org.ar/esp/page  Voir aussi Osvaldo Bayer, le journal argentin Página/12, Sábado, 22 de octubre 2005.
16  Adam Hochschild, Les fantômes du roi Léopold II. Un holocauste oublié, Paris, 1998.
17  Ingol Diener, Apartheid ! La cassure, Paris, 1986.
18  Benno Muller-Hill, Science nazie, science de mort, Paris, 1989, p. 194. 
19 
Consulter Muller-Hill
20  Aly et Heim, op. cit., p. 271-272.
21  Ibid, p. 267.
22  Ibid, p. 289.
23  Muller-Hill, op. cit.
24 
Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, Paris, 2005, p. 172.
25  Voir Plumelle-Uribe, op. cit. 
26 Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, p. 9, 28.
27  Hochschild, op. cit.





<a href="http://delugio.zeblog.com/89512-de-la-barbarie-coloniale-a-la-politique-nazie-d-extermination/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=89512">aucun trackback</a>

Le FPI parle aux dirigeants africains: “Agissez pour le triomphe de la démocratie”

Par Delugio :: vendredi 06 octobre 2006 à 22:09 :: Articles de presse




Notre Voie
— vendredi 6 octobre 2006 — http://news.abidjan.net/article/?n=216426 :


Déclaration de Pascal Affi N'Guessan pour le FPI :


C'est aujourd'hui que la CEDEAO se réunit à Abuja pour réfléchir sur le processus de paix en Côte d'Ivoire. De cette organisation sous régionale, des propositions sont attendues à l'Union africaine qui, au cours de la prochaine réunion de son Conseil de paix et de sécurité, soumettra à l'ONU des propositions de résolutions de sortie de crise. Pour le Front populaire ivoirien, l'heure a sonné pour les Africains de prendre leur destin en main, de sortir des schémas coloniaux et agir pour le triomphe de la démocratie sur le continent. Le parti au pouvoir parle ainsi à l'Afrique à travers un mémorandum sur la crise ivoirienne.

La 10ème réunion du Groupe de Travail international (GTI), qui s'est tenue à Abidjan le 8 septembre 2006, a conclu à l'échec du processus de paix engagé sous l'égide des accords de Marcoussis et de Pretoria. D'après le GTI, les blocages constatés résultent notamment :
“de l'absence de volonté politique des principaux acteurs politiques ;
-du désaccord profond qui prévaut entre les principaux acteurs politiques ivoiriens sur la question fondamentale de la confection des nouvelles listes électorales crédibles ;
-de l'arrêt du démantèlement des milices et de la suspension du DDR ;
-de la dualité institutionnelle et le conflit d'interprétation juridique qui paralysent le fonctionnement du Gouvernement et rendent difficile la mise en œuvre du processus de paix et de réconciliation, et qui faussent la neutralité du processus électoral ;
-de l'impossibilité pour le Premier ministre d'exercer les pouvoirs qui lui ont été attribués par la Résolution 1633, notamment pour les nominations aux emplois civils et militaires”.
A partir de ''son diagnostic'', le GTI recommande aux Nations unies d'envisager les mesures suivantes :
- “la définition en concertation avec la CEDEAO et l'U.A. de nouveaux arrangements institutionnels et de gouvernance pour la période postérieure au 31 octobre 2006” ;
- “l'adoption par le Conseil de Sécurité d'une nouvelle Résolution renforçant de manière décisive les pouvoirs accordés au Premier ministre ”;
- “l'adoption de sanctions individuelles à l'encontre, en particulier, des responsables d'entrave au processus de paix et de réconciliation”.
Notons qu'auparavant (8 août 2006), les Forces Nouvelles avaient annoncé qu'elles rejetaient le guide des audiences foraines élaboré par le Premier ministre et qu'elles suspendaient leur participation au processus DDR. Le G7, regroupement de quatre (4) partis d'opposition et de trois (3) mouvements rebelles, a apporté son soutien à cette position dans une déclaration datée du 17 août 2006 et formulé d'autres exigences touchant à la Commission électorale indépendante (CEI), à l'Institut national de la statistique chargé de l'élaboration de la liste électorale et à la réforme de l'Armée.
Dans une note adressée au Secrétaire général de l'ONU, les forces dites ''Nouvelles'' font connaître d'autres exigences :
- la mise en place d'un Etat-major intégré de Transition (EMIT) ;
- la délivrance obligatoire au cours des audiences foraines de jugements supplétifs à quatre millions de personnes et de certificats de nationalité à neuf millions de personnes ;
- la suspension de la Constitution ivoirienne ;
- l'adoption d'un nouveau cadre institutionnel écartant de la gestion des affaires tous les candidats déclarés ou connus, donc le Président Laurent Gbagbo.
Au moment où la communauté africaine s'apprête à se pencher sur la situation ivoirienne, le FPI a le devoir d'éclairer les décideurs africains et la communauté internationale sur les raisons de l'échec du processus de paix et de faire des propositions concrètes pour un retour à la paix en Côte d'Ivoire.


I - Les causes des blocages du processus de paix

A l'heure actuelle, le processus de paix en Côte d'Ivoire butte essentiellement sur deux (2) obstacles:
-le refus des mouvements rebelles de désarmer ;
-les actes d'obstruction et de sabotage orchestrés par la diplomatie française.

1) Le refus des mouvements rebelles de désarmer

Prévu pour être mis en œuvre dès la formation du gouvernement de réconciliation nationale (mars 2003), le désarmement s'est toujours heurté au refus de la rébellion, sous des prétextes fallacieux.
En 2003, la rébellion a invoqué des questions de sécurité juridique et a exigé l'amnistie ; cette exigence a été satisfaite par le vote d'une loi d'amnistie le 6 août 2003.
En 2004, la rébellion a exigé, préalablement au désarmement, l'adoption des réformes législatives prévues par l'accord de Marcoussis et le règlement de la question de l'éligibilité à la Présidence de la République de Monsieur Alassane Dramane Ouattara, président du RDR. Depuis mai 2005, ces deux catégories d'exigences sont satisfaites.
Mais, aussitôt, de nouvelles revendications ont été exhibées :
-contestation des nominations à l'Inspection générale de l'Etat ;
-contestation des nominations au Conseil constitutionnel ;
-remise en cause des attributions du Comité de redéploiement de l'Administration ;
récusation du Médiateur Thabo Mbéki suite à l'attaque des positions rebelles dans l'Ouest ;
exigence d'un nouveau programme de désarmement en 2005 ;
rejet de la délégation de pouvoirs au Premier ministre réglée lors du Sommet d'Accra III (2204) et exigence d'un nouveau décret de délégation de pouvoirs en 2005 ;
-récusation des forces de l'ONUCI et Licorne pour assurer la sécurité de leurs ministres et refus de participer aux Conseils des ministres si ceux-ci ont lieu au Palais de la République (2005) ;
-contestation des nominations faites à la Radiodiffusion Télévision ivoirienne (RTI) dans le cadre de l'application de la nouvelle loi sur l'audiovisuel (2005) ;
etc.
Les nouvelles exigences qui viennent d'être formulées (2006) participent de la même stratégie du dilatoire et de la surenchère adoptée par les mouvements rebelles et l'opposition politico-armée depuis la signature de l'Accord de Linas-Marcoussis, pour se soustraire à l'exigence du désarmement.
Les véritables raisons du refus des mouvements rebelles de désarmer se situent à trois (3) niveaux.

a) Raisons matérielles et financières
La situation actuelle de ni guerre, ni paix et le bouclier que constitue l'interposition de la force française Licorne apparaissent comme une aubaine pour les mouvements rebelles qui peuvent piller impunément et tranquillement les ressources économiques et financières dans les zones sous leur contrôle. Les casses des succursales de la BCEAO à Bouaké en 2004 ont rapporté des dizaines de milliards de FCFA à la rébellion ; les rackets opérés quotidiennement sur les opérateurs économiques et les populations civiles, l'exploitation des ressources minières, le contrôle de la vente des matières premières (café, cacao, coton, bois, etc.) constituent des sources permanentes d'enrichissement illicite auxquelles la rébellion ne veut pas renoncer.
A cela, s'ajoute le fait que les rebelles en armes sont de véritables seigneurs dans les zones qu'ils contrôlent, où ils disposent d'un pouvoir absolu aussi bien sur les hommes que sur les biens. On comprend qu'ils refusent de désarmer. Désarmer, c'est renoncer à tous ces avantages, sauter dans l'inconnu, l'incertitude; gagner du temps, c'est prolonger d'autant la jouissance de ces avantages, d'autant que le désarmement n'est pas obligatoire, mais ''volontaire'' selon la communauté internationale.

b) Les raisons politiques
En réalité, malgré la signature des accords de paix, les rebelles n'ont jamais renoncé à leur objectif initial qui est la prise du pouvoir par la force. Pour eux, les accords sont un moyen, une étape pour progresser vers la conquête totale du pouvoir d'Etat. Désarmer serait consacrer l'échec de ce projet. Continuer de détenir les armes, c'est disposer encore d'une chance d'atteindre à terme l'objectif final. Pour la rébellion, le coup d'Etat continue. Il n'a pas encore abouti, mais il n'a pas totalement échoué, puisqu'ils détiennent la moitié du territoire, à l'abri derrière la ligne d'interposition constituée par la Force Licorne.

c) Le rôle de la politique chiraquienne dans la crise ivoirienne
Le refus des rebelles de désarmer est encouragé et conforté par l'attitude partisane de la France dans la gestion de la crise ivoirienne. Dans le but d'étouffer dans l'œuf l'expérience de la démocratie et de la Refondation initiée par le président Laurent Gbagbo, et de maintenir la Côte d'Ivoire dans les liens du pacte colonial, Monsieur Jacques Chirac, président de la République française, a décidé de parachever le coup d'Etat manqué du 19 septembre 2002, en faisant obstacle au désarmement de la rébellion et en menant la guerre aux institutions républicaines de Côte d'Ivoire.

2) Les actes d'obstruction et de sabotage de la France chiraquienne

Les autorités françaises et leurs forces armées (Licorne) déployées dans le pays bloquent toute possibilité de retour à la paix en Côte d'Ivoire. Au plan militaire et sur le terrain diplomatique, Jacques Chirac a décidé d'organiser la chute du régime ivoirien. Plusieurs faits l'attestent.

a) Au plan militaire
Le refus des autorités françaises d'actionner les accords de défense et d'assistance militaire liant la Côte d'Ivoire à la France
Prétextant qu'il s'agissait d'une affaire ivoiro-ivoirienne, le Président Chirac a refusé, dès le début de la crise (26 septembre 2002), d'activer les accords de défense et d'assistance militaire qui lient la Côte d'Ivoire à la France, alors qu'il savait bien que les assaillants qui attaquaient la Côte d'Ivoire avaient été regroupés et entraînés dans les pays voisins qui leur servaient en même temps de base arrière et d'encadrement technique. Il a été interpellé à maintes reprises par les autorités ivoiriennes sur ces projets de déstabilisation.

Opposition du Président Chirac à ce que des pays amis aident la Côte d'Ivoire à mater la rébellion
Plus grave, le président français avait tout mis en œuvre, au début de la crise, pour empêcher que puissent être autorisés à décoller, deux avions militaires de type Alpha Jet dépêchés à Abidjan par un pays-frère de la sous-région et mis à la disposition des autorités ivoiriennes pour les aider à mater la rébellion.

Obstruction à la reprise de la ville de Bouaké par les Forces de défense et de sécurité
Lorsque les Forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire sont entrées à Bouaké à la poursuite des assaillants qui s'y étaient réfugiés, ce sont les autorités françaises qui ont exigé que les FDS leur accordent 72 heures, le temps d'évacuer leurs ressortissants et ceux d'autres pays occidentaux. Elles ont mis une semaine, temps suffisant pour permettre à la rébellion de prendre racine dans la ville de Bouaké.

Légitimation de la rébellion (MPIGO et du MJP)
Au lieu de les combattre, ce sont les troupes françaises qui ont organisé, le 8 janvier 2003, la légitimation du MPIGO et du MJP (deux branches du MPCI) en signant avec ces mouvements un accord de cessez-le-feu, qui leur a permis de participer aux négociations de Marcoussis et de disposer de quatre portefeuilles ministériels dans le gouvernement de réconciliation nationale.

Complicité avec la rébellion dans les casses répétés des agences de la BCEAO des zones occupées
C'est au nez et à la barbe des forces françaises et avec leur complicité active que les rebelles ont organisé à Bouaké, du 24 au 26 septembre 2003, le casse de la succursale de la BCEAO, emportant un butin de près de 20 milliards de FCFA, pour améliorer la santé financière de la rébellion.

Destruction au sol de la flotte aérienne ivoirienne sur instruction de Jacques Chirac
Prétextant le bombardement d'un cantonnement français à Bouaké, la Force Licorne a détruit au sol tous les aéronefs de l'armée ivoirienne, le 6 novembre 2004, ceci dans le but inavoué de priver les Forces de défense et de sécurité de tout appui aérien dont elles pourraient avoir besoin.

Massacre des populations civiles
A Abidjan-Cocody, le 7 novembre 2004, les soldats de la Force Licorne ont tiré sur des jeunes manifestants aux mains nues, faisant près de 70 morts et plus de 2000 blessés devant l'Hôtel Ivoire et sur les deux ponts d'Abidjan.

Le pillage systématique des ressources naturelles dans les zones occupées par la rébellion
Derrière le rideau de fer de la ligne d'interposition, les troupes françaises participent avec la rébellion au pillage des ressources naturelles et minières de notre pays (café, cacao, coton, bois, or, etc.), comme en témoigne la nature des engins et des matériels qui équipent la Force Licorne.

b) Au plan diplomatique
Torpillage des négociations de Lomé
Bien que disposant d'une influence évidente sur les mouvements rebelles (prise en charge de la délégation du MPCI au plan logistique, matériel et financier) et malgré la présence à ces négociations d'un représentant du gouvernement français en la personne de l'ambassadeur Dutheil De La Rochère, les autorités françaises ont laissé les négociations de Lomé s'enliser afin de pouvoir les transférer à Linas-Marcoussis où elles pouvaient disposer de plus de marge de manœuvre pour imposer un accord inique.

Légitimation de la rébellion
Le premier acte de légitimation de la rébellion au plan international est venu d'une autorité française, Monsieur Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, qui, le 4 Janvier 2003, s'est rendu personnellement à Bouaké pour rencontrer le MPCI, après qu'il a exfiltré de Côte d'Ivoire, le 25 novembre 2002, Monsieur Alassane Dramane Ouattara, qui se révèlera plus tard être le cerveau et le financier de la rébellion.

Le coup d'Etat ''gouvernemental ''
C'est à Kléber que les autorités françaises ont organisé ''le coup d'Etat gouvernemental'' en dépossédant le FPI, parti au pouvoir, non seulement de la Primature, mais, en plus, des 3/4 des portefeuilles ministériels, au profit de l'opposition politico-armée,dont des portefeuilles de souveraineté et stratégiques comme la Défense, l'Intérieur, la Justice, les Affaires étrangères, la Communication, etc.

L'attitude hostile et insultante de Jacques Chirac à l'endroit du Président Laurent Gbagbo
Le Président Chirac ne manque aucune occasion pour diaboliser le régime ivoirien qu'il considère comme un régime “fasciste” (novembre 2004) et traiter avec mépris son président. Entre les deux chefs d'Etat, le courant ne passe plus depuis plusieurs mois.

Le torpillage de la médiation africaine du Président Thabo Mbeki
En dépit des succès réalisés en peu de temps par le président Thabo Mbeki, le président Chirac a toujours entretenu des rapports d'hostilité, adopté des attitudes d'obstruction et tenu des propos désobligeants (février 2005) à l'égard de la médiation sud-africaine. Manifestement, l'engagement sud-africain contrarie les plans de Chirac, c'est pourquoi ce dernier a tout mis en œuvre pour enfermer la Médiation dans le carcan du Groupe de Travail international (GTI) qu'il instrumentalise pour mener sa guerre contre le régime ivoirien.

Harcèlement contre les leaders qui défendent la démocratie, la légalité et les institutions républicaines
Pendant qu'elles protègent les rebelles, les autorités françaises sont à l'initiative de toutes les résolutions qui condamnent le pouvoir ivoirien ou qui imposent des sanctions contre les leaders politiques et de la société civile qui luttent pour la réunification du pays, pour la défense de la démocratie, de la légalité et des institutions républicaines.

Torpillage du processus de paix par le GTI
Le GTI, conçu par le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union africaine et reconnu par la Résolution 1633 du Conseil de Sécurité de l'ONU comme un instrument d'assistance au règlement du conflit, est devenu, avec le rôle nocif joué par la diplomatie française, une poche de nuisance et de perturbation du processus de paix.

3) Conclusion

En Côte d'Ivoire, la France ne travaille pas à la restauration de la paix ; elle est partie au conflit. Sa Force Licorne est le bouclier de la rébellion et sa diplomatie est son arme de combat pour orchestrer, à travers des résolutions et des arrangements, la chute du régime ivoirien et l'accession au pouvoir de ses poulains, la rébellion politico-armée. La position et les actions du Président Chirac sont le problème majeur de la paix en Côte d'Ivoire. La sortie de crise en Côte d'Ivoire passe par le retrait de la France du processus de paix.


II. LES SOLUTIONS
FALLACIEUSES
ET INACCEPTABLES

Fidèle à sa logique de coup d'Etat, l'opposition politico-armée mène à travers le monde une campagne pour la suspension de la Constitution ivoirienne et la mise en place d'un nouveau cadre institutionnel. Cette énième exigence, qui ne vise qu'un seul objectif, exclure le président Laurent Gbagbo du pouvoir, est fallacieuse et inacceptable.

1) Solutions fallacieuses et inacceptables

N'oublions pas, n'oublions jamais que la crise en Côte d'Ivoire résulte d'un coup d'Etat manqué, d'un ordre légal troublé, de la mise à mal des institutions républicaines. Les arrangements institutionnels auxquels il a été procédé à la suite des différents accords de paix et qui avaient tous pour premier objectif d'écarter le Président Laurent Gbagbo du pouvoir, de le confiner dans un rôle de ''Reine d'Angleterre'', ont eu pour conséquences désastreuses l'affaiblissement de l'autorité de l'Etat, les graves dysfonctionnements au sein de l'appareil administratif, la corruption et l'impunité généralisées, le développement de l'incivisme, les graves violations des Droits de l'Homme, la dégradation de la situation sanitaire des populations, la prolifération des conflits sociaux, etc.
Est intolérable et inacceptable la logique qui consiste à penser que la fin de la crise passe par la mise à l'écart du Président Laurent Gbagbo du pouvoir, c'est-à-dire la consécration de la victoire de la rébellion. Le Président Laurent Gbagbo a été élu en octobre 2002 et reconnu par la communauté internationale comme le chef de l'Etat de Côte d'Ivoire. Il ne peut partir du pouvoir qu'à l'issue d’élections, conformément à la Constitution ivoirienne.
Est tout autant inimaginable et inacceptable toute solution qui viserait la suspension, voire la dissolution de la Constitution. Non seulement aucune instance, même internationale, n'en a la compétence, en dehors du peuple de Côte d'Ivoire, mais, en outre, ce n'est pas en démolissant les bases de l'Etat, en créant une situation d'exception qu'on rétablit un ordre légal troublé.
La solution à la crise ivoirienne ne réside donc pas en l'approfondissement de la crise par de nouveaux arrangements institutionnels qui fragilisent l'Etat. Les accords de paix n'ont de sens que s'ils visent à rétablir l'ordre, la légalité constitutionnelle et l'intégrité territoriale. Toute autre voie est fallacieuse et inacceptable.

2) La récusation du Président Thabo Mbeki, Médiateur de l'Union africaine

L'Union africaine a fait un bon choix en confiant au Président Thabo Mbeki d'assurer la médiation entre les protagonistes de la crise ivoirienne. Grâce à sa démarche empreinte de courtoisie, de modération, de discrétion, de constance et d'engagement, il a pu arracher de nombreuses concessions au profit de la rébellion et faire avancer notablement le processus de paix. C'est à lui que ''les Forces Nouvelles'' doivent l'achèvement de toutes les réformes législatives en conformité avec leurs exigences, l'éligibilité de Monsieur Alassane Dramane Ouattara, président du RDR, à l'élection présidentielle prochaine en violation de l'article 35 de la Constitution, l'accaparement de la Commission électorale indépendante (CEI) et des médias d'Etat (RTI), etc.
Aujourd'hui, ''les Forces Nouvelles” récusent le Président Thabo Mbeki parce que le moment est venu pour eux de faire leur part d'engagement, c'est-à-dire de déposer les armes. Récuser Mbeki, c'est faire preuve de mauvaise foi, d'ingratitude et d'inconséquence. La rébellion ne peut pas applaudir la médiation lorsqu'elle permet la satisfaction de ses revendications et la vouer aux gémonies lorsque se pose la question du désarmement.

3) Les questions pendantes : identification, réforme de l'Armée

Les questions liées à l'identification des populations, au recensement électoral, à la réforme de l'Armée, à l'indemnisation des victimes de guerre, au retour et à la réinstallation des déplacés, etc., ne peuvent objectivement constituer des préalables au désarmement et à la réunification du pays. Ces questions, qui relèvent du programme de reconstruction du pays, ne peuvent être traitées efficacement que dans le respect de la loi et dans le cadre d'un pays réunifié. Certaines d'entre elles seront traitées à court terme d'autres le seront à moyen et long termes.


III. NOS PROPOSITIONS

Profondément préoccupé par la division du pays qui perdure, malgré toutes les concessions politiques faites par le chef de l'Etat, le Président Laurent Gbagbo, et tirant les enseignements des quatre (4) années de mise en œuvre du processus de paix de Linas-Marcoussis, le Front populaire ivoirien considère que la sortie de crise en Côte d'Ivoire passe nécessairement par :
-le retrait de la France du processus de paix ;
-la restauration et le renforcement de la médiation africaine ;
-ma restauration de l'autorité de l'Etat et des prérogatives constitutionnelles du Président de la République;
le désarmement immédiat et obligatoire des mouvements rebelles.

1) Retrait de la France du processus de paix

La France a suffisamment donné la preuve de sa partialité et son parti pris. Elle a quitté son statut de facilitateur pour adopter une position de belligérance. Du fait des mauvais rapports entretenus par le Président Jacques Chirac avec les autorités ivoiriennes et de l'action pernicieuse de la diplomatie française, ayant massacré des dizaines d'Ivoiriens et fait des milliers de blessés, ne jouissant plus de la confiance des populations civiles et des leaders politiques du camp gouvernemental, la France s'est disqualifiée dans la recherche de solutions à la crise ivoirienne. Elle doit être exclue militairement et diplomatiquement afin qu'elle n'exerce aucune influence nocive sur la conduite du processus de paix. C'est pourquoi le FPI exige le départ de la Force Licorne et la dissolution du GTI, deux instruments à travers lesquels le Président Chirac torpille le processus de paix et mène ''sa guerre'' contre le régime ivoirien.

2) Restauration et renforcement de la médiation africaine

A l'issue de la réunion de New York (20 septembre 2006), la communauté africaine a été interpellée pour qu'elle se réapproprie le règlement de la crise ivoirienne. Le Front populaire ivoirien l'y encourage vivement pour des raisons de dignité et d'efficacité. Le temps est, en effet, venu pour que les Africains règlent eux-mêmes les problèmes de leur continent ; qu'ils refusent les tutelles néo-coloniales infamantes et qu'ils agissent en acteurs majeurs et responsables dans les relations internationales.
La médiation du Président Thabo Mbeki, respectueuse des valeurs africaines, a fait la preuve de son impartialité et de son efficacité en très peu de temps. Elle a fait honneur à l'Afrique. Elle doit être restaurée et renforcée pour prendre en charge pleinement et exclusivement le règlement de la crise ivoirienne et pour agir en tant qu'unique interlocuteur de la communauté internationale, à la restauration de la paix en Côte d'Ivoire. Cela implique que l'Union africaine consente à déployer avec le concours du médiateur et l'appui matériel et financier des autorités ivoiriennes, des troupes militaires qui prendraient au sein des troupes impartiales la place laissée vacante par la Force Licorne. Cela signifie aussi que le GTI doit être dissous pour éviter des interférences préjudiciables à la réussite de la Médiation africaine.

3) Restauration de l'autorité de l'Etat et des prérogatives constitutionnelles du président de la République

La logique du “coup d'Etat en douceur '' est inacceptable et ne peut prospérer. Elle a déjà fait trop de mal au pays. Il faut en sortir. Que dire, en effet, d'une situation dans laquelle le pouvoir est éclaté en mille morceaux où celui qui incarne la légitimité et la légalité est dépouillé au profit de quelqu'un inconnu politiquement?
Comment accepter encore plus longtemps que des ministres de la République défient quotidiennement et impunément l'autorité du chef de l'Etat, agissent à leur guise au sein de l'appareil d'Etat, siègent au gouvernement de la République tout en continuant d'occuper par la force des armes l'autre moitié de la République, empêchant l'Etat dont ils sont de hauts responsables d'exercer effectivement son autorité sur l'ensemble du territoire national.
L'heure est venue d'emprunter la voie de la légalité, de la raison et de la vérité. La raison, la vérité et l'efficacité commandent que les pouvoirs constitutionnels du Président de la République soient restaurés afin que l'autorité de l'Etat soit renforcée et que la gestion des affaires de l'Etat et la mise en œuvre du processus de paix soient conduites dans l'efficacité.

4) Le désarmement immédiat et obligatoire des mouvements rebelles

Sous le triple rapport politique, économique et socio-humanitaire, le désarmement des mouvements rebelles s'impose aujourd'hui comme une nécessité absolue.
Au plan politique, le désarmement est au cœur de tous les accords signés jusqu'à ce jour. Il aurait dû intervenir dès octobre 2002 à la signature de l'accord de cessez-le feu entre la rébellion et un émissaire de la CEDEAO. A cette époque, la communauté internationale avait invité les chefs d'Etat ou de gouvernement de la CEDEAO à “apporter leur soutien politique, matériel et logistique aux autorités légales de la Côte d'Ivoire, afin de maintenir l'ordre constitutionnel, la paix, la sécurité et la cohésion nationale”. Le désarmement est le fondement de l'accord de Linas-Marcoussis qui stipule, au demeurant, qu'il devait être mis en œuvre “dès la formation du gouvernement de réconciliation nationale”. Le rendez-vous du 15 octobre 2004, fixé lors du Sommet d'Accra III et accepté par tous les acteurs de la crise ivoirienne, n'a pas non plus été respecté par les mouvements rebelles. Il est inconcevable que la rébellion joue éternellement à cache-cache avec le désarmement. Le devoir de préserver l'intégrité du territoire ivoirien et d'y faire respecter la légalité exige que les mouvements rebelles soient contraints au désarmement.
Au plan économique, la guerre a engendré une profonde crise avec des conséquences désastreuses sur la vie sociale. Dans le même temps, les chefs de guerre de la rébellion se sont enrichis considérablement en pillant les ressources nationales dans les zones occupées et en investissant dans les pays voisins, l'argent du sang des Ivoiriens.
Au plan socio-humanitaire, les violations des Droits de l'Homme se poursuivent dans les zones occupées et restent impunies. Le non fonctionnement des services de santé, d'éducation et d'administration générale entraîne des situations de famine, d'épidémie et la montée vertigineuse du VIH/SIDA.
Seul le désarmement permettra de stopper la déchéance et de créer les conditions de la réconciliation et d'élections justes et transparentes.


IV. CONCLUSION

Depuis le déclenchement de la crise ivoirienne, le Front populaire ivoirien a fait la preuve de son engagement en faveur de la paix. Il est signataire des accords de Marcoussis et il a soutenu toutes les concessions, même les plus humiliantes, faites par le Président de la République au nom de la paix. Le FPI a adhéré à toutes les résolutions du Conseil de Sécurité de l'ONU, notamment à la Résolution 1633 que le FPI a saluée en son temps comme cadre pertinent de résolution rapide de la crise ivoirienne. Depuis le 29 Juin 2006, à la veille du 7ème Sommet de l'Union africaine (U.A.), le FPI avait annoncé que l'alternative à la non-tenue des élections en octobre 2006 serait le changement de schéma de sortie de crise. Le FPI souhaite vivement que les réflexions de la communauté africaine portent essentiellement sur l'avenir de la Côte d'Ivoire et le sort de ses populations au détriment de tout intérêt individuel et partisan. Pour restaurer la paix en Côte d'Ivoire, il importe que la communauté africaine s'engage fermement à :
- faire prévaloir le droit et assurer le triomphe de la démocratie ;
- défendre le principe de l'intégrité territoriale, de l'unité et de la souveraineté nationales et, en conséquence, contraindre la rébellion au désarmement ;
restaurer l'autorité de l'Etat et les prérogatives constitutionnelles du Président de la République ;
éliminer tous les obstacles à la paix et s'impliquer sans réserve dans la restauration de la paix en Côte d'Ivoire.

Pour le FPI,
Président
Affi N'Guessan
Pascal


 

<a href="http://delugio.zeblog.com/89215-le-fpi-parle-aux-dirigeants-africains-agissez-pour-le-triomphe-de-la-democratie/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=89215">aucun trackback</a>

À quand la décolonisation des esprits?

Par Delugio :: mercredi 04 octobre 2006 à 18:51 :: Analyses & commentaires



(Texte emprunté avec autorisation -
publié premièrement dans le quotidien ivoirien Le Temps)



Ce qui suit est une présentation, en forme d’introduction à quelques livres brefs (signalés par le symbole * renvoyant aux références complètes en fin d’article), en vue d’aborder la complexe crise franco-ivoirienne pour ce qu’elle est : la pointe émergée de la crise franco-africaine, ou même euro- ou occidentalo-africaine qui marquera plus qu’on ne croit ce début de XXIe siècle. Je parle d’emblée de crise franco-ivoirienne, pour donner l’appellation qui convient à la crise apparue en Côte d’Ivoire en 1999. Crise qui s’est avérée depuis 2003, avec Marcoussis, et surtout depuis 2004 avec la guerre «des six jours» d’Abidjan, être une crise franco-ivoirienne, et être compréhensible seulement comme telle.

Ce qui n’empêche pas que la résolution de cette crise sera d’abord proprement ivoirienne, lorsque l’acteur ex-colonial se sera effacé — pour laisser la nation ivoirienne, et l’Afrique avec elle, à son propre débat interne — certes dans le cadre de la «mondialisation» et de la communication mondialisée.

La non-énonciation de la dimension franco-ivoirienne de la crise dite ivoirienne la rend incompréhensible et dès lors plus difficilement soluble. À simple titre d’illustration, le nom du pays, que ses dirigeants successifs ont eu la sagesse politique et historique de ne pas changer (on sait combien le changement de nom de quelques pays africains lors de la décolonisation n’a eu aucun impact, loin s’en faut, quant à leur indépendance réelle) : assumer le nom reçu de l’histoire, de la longue histoire qui passe par la colonisation — c’est particulièrement évident pour le nom «Côte d’Ivoire» — peut être un préalable pour assumer cette histoire. Le rejeter ne garantit en aucun cas une meilleure capacité à digérer cette histoire trop souvent indigeste !

L’histoire des relations euro-africaines — dont font naturellement partie les relations franco-africaines — remonte au XVe siècle, et se développe dans le cadre du trafic esclavagiste, qui s’autorise pour les Européens de la mise en place d’une idéologie particulière. Comprendre cela permet de comprendre la spécificité de l’esclavage moderne et du trafic triangulaire, qui sous cet angle, n’a rien à voir avec l’esclavage traditionnel pratiqué sous toutes les latitudes et continents. L’esclavage moderne, du fait de son fondement idéologique original, est inassimilable à la «traite interne», contrairement à ce que tente de dire un certain révisionnisme institutionnel.

Et l’idéologie qui s’est mise en place alors est devenue un des fondements de la pensée des Lumières, hélas. Il s’agit de l’idée, du mythe, de la hiérarchie des races. Rappeler et affirmer cela, notamment en parlant de la philosophie des Lumières, c’est heurter de front un tabou, mettre en cause un des piliers les plus sacrés de la civilisation européenne et moderne. D’où la difficulté. D’où l’opposition que rencontrent des livres comme celui de Louis Sala-Molins, Le code noir ou le calvaire de Canaan * ou celui de Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La férocité blanche *. Ces deux livres offrent pourtant un point de départ incontournable — et sans lequel on risque fort de ne rien comprendre.

Ce fondement idéologique est celui sur lequel, en parallèle avec, et après l’abolition de l’esclavage, s’établira le système colonial, reposant à son tour sur le même mythe de la hiérarchie des races et qui n’a alors pas été remis en question. Ce que montrent de façon très claire, pour la France, des livres comme celui de Alain Ruscio, Le Credo de l’homme blanc * ou celui de Nicolas Bancel, Pascal Blanchard & Françoise Vergès, La République coloniale *.

Or, c’est cette même mythologie qui fondera le nazisme, nazisme qui en importera les effets au cœur de l’Europe (voir ici aussi le livre de Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La férocité blanche *). C’est à ce point qu’apparaît le cœur du tabou qui rend cette histoire difficile à démêler : la Shoah. Il est indubitable que la Shoah porte une spécificité irréductible, radicalement irréductible, pas même comparable à l’horreur des déportations esclavagistes. Quelque chose d’unique a eu lieu : la volonté et la mise en place des moyens de la destruction systématique et totale d’un peuple — dévoilés : d'où l'importance symbolique de la date du 27 janvier 1945, celle de la découverte du camp d'Auschwitz au jour de sa libération. Cela n’avait pas eu lieu de telle sorte avant.

Cette irréductibilité relève de la métaphysique (on a parlé de mal absolu). Ce constat conduit hélas souvent à une dérive : celle qui va de l’irréductibilité métaphysique indubitable à l’idée qui y serait liée, d’inaccessibilité quasi-totale à l’investigation historique. Cela renvoie naturellement à la dimension sacrée — ce sacré inversé en forme de «plus jamais ça» qui est devenu un des fondements centraux de l’Europe — de l’abîme du mal dévoilé par la Shoah. N’oublions pas que cela a obligé l’Europe à refonder la philosophie, et même la théologie : qui ne sait pas qu’il y a un autre concept de Dieu après Auschwitz, selon le titre du livre de Hans Jonas * ?

C’est là que se glisse l’erreur qui fonde les dérapages vers les débats sur l’idée d’une «concurrence des mémoires» : le sacré, et ce sacré-là aussi, a tendance à déborder sur l’histoire — on parle bien d’ «histoire sainte» — bloquant donc, ou mettant de… sacrés obstacles à l’investigation historique. Cela d’autant plus qu’on redoute à juste titre les pseudo-historiens qui, sous prétexte d’accessibilité à l’investigation historique, se font fort de nier les faits historiques et les sources qui les attestent : j’ai nommé le courant qui prétendant procéder à une révision de l’Histoire a été intitulé révisionniste, et n’est que négationniste.

Ce même tabou, le glissement de la catégorie métaphysique du sacré à l’histoire, a joué dans la tentative, qui a failli réussir, d’instaurer la fameuse loi — désormais non-loi — du 23 février 2005, participant en même temps du révisionnisme institutionnel qui appuie tel livre sur l’esclavage du prix du Sénat, tel autre sur l’Afrique du prix des lecteurs de France Télévision, et qui préfère retenir de la présence française outremer le bitumage des routes plutôt que son fondement hiérarchique comme République coloniale.

Tout cela s’autorisant donc aussi de ce que cela prétend combattre, à savoir la fameuse «concurrence des mémoires» fondant une certaine relecture populaire qui se bâtit autour de l’abîme de la Shoah, et qui en déplace l’indicible. Ce sacré nouveau, paradoxalement, n’exclut pas l’anti-sémitisme, puisqu’il crée une catégorie abstraite de juifs qui relègue les juifs réels qui n’y correspondent pas à la nudité de leur humanité — dont on risque en permanence de se venger puisqu’ils ne correspondent pas à l’abstraction sacrale qu’on voudrait projeter sur eux. Se met en place quelque chose qui ressemble à une sorte d’assomption de la Shoah dans une sphère j’allais dire «extra-terrestre», en ce sens que l’irréductibilité métaphysique rejoignant une indicibilité historique, on se rend incapable de déceler les racines qui ont conduit à cet abîme.

Or les racines sont bel et bien celles-là mêmes qui ont fondé idéologiquement l’esclavage moderne et la colonisation, à savoir le mythe de la hiérarchie de races. Il n’y a qu’à comparer, puisque c’est la même langue, le vocabulaire de l’Allemagne de la Shoah avec celui du 1er génocide reconnu du XXe siècle (depuis 2004 — avant c’était celui des Arméniens), celui des Hereros dans la colonie allemande de Namibie.

Ce mythe s’enracine dans la péninsule ibérique du XVe siècle, qui doutait de l’humanité des «Indiens» et se voyait autoriser (jusque par la voix du pape — Nicolas V) l’esclavage des noirs en fonction de la couleur de leur peau au moment où l’Inquisition «racialisait» l’anti-sémitisme (la limpieza de la sangre
la pureté du sang).

Où le révisionnisme aussi plonge ses racines dans un passé plus ancien que prévu (cf. Domenico Losurdo, Le révisionnisme en histoire *). Et le risque de se venger de juifs qui ne correspondent pas à l’abstraction sacrale qu’on voudrait projeter sur eux vaut aussi pour les noirs, dont on a grand peine à supporter l’insupportable humanité : on les veut saints et parfaits pour soutenir leur cause. Ils deviennent exécrables, et sont exécrés, dès qu’ils s’avèrent aussi humains que les autres humains.

Le mythe de la hiérarchie des races a été détruit en principe en 1945 avec l’abattement du nazisme, mais ses reliquats n’ont nullement disparu comme fondement métaphysique y compris de la civilisation des vainqueurs. Pensez que l’Afrique du Sud de l’apartheid est parmi les vainqueurs. Mais sans aller jusqu’à s’arrêter à ce cas extrême et trop facile, puisqu’il dédouane les autres, il n’est aucun des pays qui ait conservé des colonies après 1945, France incluse évidemment, qui n’ait conservé ce fondement de son Empire qui venait d’être abattu en Europe suite au dévoilement de son aboutissement innommable.

Nous voilà donc au cœur de la contradiction qui rend si complexe la crise euro-africaine, dont la crise franco-ivoirienne de ce début de XXIe siècle est le dévoilement criant : l’Europe, France incluse, a désormais comme fondement sacral essentiel la Shoah, métaphysiquement irréductible, comme radical «plus jamais ça». Or la Shoah est l’aboutissement, basculement en mal absolu, d’une idéologie qui est au cœur d’un des piliers, et même du pilier essentiel — cet autre fondement sacral, la pensée des Lumières — de l’universalisme européen, et particulièrement français. Le livre de Nicolas Bancel, Pascal Blanchard & Françoise Vergès, La République coloniale *, montre à quel point le projet universaliste de la République a pour pendant exact le projet colonial ! Or, cela a conduit à l’abîme dont on reconnaît à juste titre l’irréductibilité qui fonde le «plus jamais ça» de notre «nouvelle» sacralité fondatrice.


Car il se trouve que le moteur idéologique d’un Empire (français et européen) qui n’a pas disparu en 1945, a continué à tourner, autorisant les massacres coloniaux des années 1950-1960 — que dévoilent à satiété les livres de Verschave * et qu’énumère en résumé (en remontant à l’Ancien Régime), le
Calendrier des crimes de la France outre-mer de Jacques Morel *.

Verschave, dans
La Françafrique, le plus long scandale de la République *, a de même abondamment montré que la décolonisation politique officielle des années 60 n’a en aucun cas abattu ce fondement caché de la relation franco-africaine — françafricaine, selon le terme désormais consacré.

C’est ainsi que c’est cette même idéologie qui lie indissolublement l’Europe au génocide rwandais, et nous interdit définitivement de nous en laver les mains sous prétexte, comme on le lit jusque dans les meilleurs journaux de gauche, révisionnistes quand même, que nous ne tenions pas les machettes. Ce qui revient à disculper les idéologues nazis Rosenberg ou Goebbels (cf. Philippe Lacoue-Labarthe & Jean-Luc Nancy, Le mythe nazi *) de la Shoah sous prétexte qu’ils n’ont jamais ouvert un bidon de zyklon B ! Avant les machettes, c’est l’idéologie qui a tué, et l’idéologie en question relève bel et bien du mythe européen et «scientifique» de la hiérarchie de race — encore et toujours — enseigné génération après génération au Rwanda sous sa forme localement adaptée (cf. le livre de Dominique Franche, Rwanda, Généalogie d’un génocide *).

D’où le fourvoiement gravissime des médias français qui ont appuyé du début jusqu’à la fin le pouvoir génocidaire du Rwanda (cf. J.-Paul Gouteux, Le Monde, un contre-pouvoir ? *). Idéologiquement incapables de sortir du schéma ethnique.

Et c’est là qu’on parvient à la dernière crise coloniale à ce jour, la crise franco-ivoirienne.

*


La crise franco-ivoirienne commence par ce que j’appellerai un enfermement médiatique français — et en général plus largement occidental — dans des positions qui s’avèrent à présent de plus en plus intenables.

Cet enfermement trouve des fondements dans quelques erreurs d’interprétation de départ liées à l’idéologie mal dévoilée dont j’ai parlé. Et comme ceux qui font la parole médiatique sont humains, ils font preuve, et c’est humain, d’une terrible difficulté à admettre qu’ils se sont si lourdement égarés.

D’où les silences gênés concernant les procès en diffamation perdus par Le Monde, Paris-Match, etc. — dont le plus fameux est la condamnation du Monde pour la divulgation, avérée mensongère, de l’histoire des «escadrons de la mort de Gbagbo» — illustration parfaite, hélas, du fameux et historique «calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose» — attribué à Goebbels.

L’exemple le plus criant de cela concerne évidemment tout ce qui a tourné autour du «fameux» concept d’ «ivoirité».

La dérive hystérique — n’ayons pas peur des mots — des médias français et du pouvoir français qui les a suivis trouve une de ses sources dans l’effet Rwanda. J’en ai rappelé quelques données.

On sait donc que le rôle de la France à l’occasion du génocide rwandais a posé beaucoup de questions (et je ne parle pas ici de l’aspect des choses souvent évoqué, lié à la dimension stratégique dans la concurrence franco-anglo-saxonne). Quoi qu’il en soit des faits, quoi qu’il en soit du degré de responsabilité du pouvoir français, reste qu’il est mis sérieusement en question, y compris au niveau pénal international.

Il est surtout avéré, donc, je l’ai dit, que les médias français, et notamment Le Monde, ou Libération, ont joué concernant le génocide rwandais, un rôle catastrophique — comme l’a montré dans Le Monde, un contre-pouvoir ?, Jean-Paul Gouteux *, récemment décédé. Il a gagné définitivement, avant sa mort, tous ses procès contre Le Monde, jusqu’en cassation.

Or voilà que, même pas une décennie après le génocide rwandais, après ce qui a épouvanté le monde et en quoi les médias français ont joué un rôle épouvantable — voilà que germe, en 1999, en Côte d’Ivoire, une crise autour de la question de la nationalité d’un candidat à l’élection présidentielle, appuyé par le FMI, mais inéligible du fait des conditions de nationalité prévues par la constitution. A.D. Ouattara, puisque c’est lui, fait valoir à Paris que c’est son origine nordique, et surtout musulmane, qui fait obstacle à sa candidature.

Si l’argument suscite l’incompréhension en Côte d’Ivoire, où l'on prend tout juste la peine d’y répondre (un musulman, Ouattara himself, y a même été Premier ministre — ce qui ne le rend pas éligible à la Présidence), en France (où il est à peu près inconcevable qu’un musulman soit Premier ministre), l’argument fait mouche. À partir de ce moment, la France, par la voix de ses médias, choisira l’ingérence directe, décrétant illégitime une telle inéligibilité.

Où l’on assiste en même temps à ce paradoxe qui veut que la prétention universaliste d’une République coloniale fondée sur la hiérarchie des races s’autorise désormais d’une prétention à combattre le racisme supposé des autres ! (Ce qui n’est jamais qu’une reprise actualisée du mythe de la République universaliste combattant les «ethnismes».)

Cela sur le mode de la pensée analogique : le Rwanda, on vient de l’évoquer, n’est pas loin. Et qu’importe si la situation n’a rien de comparable. Le Rwanda est à trois mille kilomètres de la Côte d’Ivoire, mais les habitants des deux pays sont noirs : cela suffit dans l’imaginaire européen à mettre en branle la pensée analogique, sur le mode «l’Afrique c’est les tribus et les problèmes ethniques», vieux réflexe de l’idéologie coloniale — signe supplémentaire qu’elle n’a jamais été éradiquée.

Et qu’importe s’il n’y a au Rwanda qu’une seule ethnie, dont l’ethnographie européenne du temps colonial en a fait deux (cf. Dominique Franche, Rwanda, Généalogie d’un génocide *). Qu’importe si en Côte d’Ivoire elles sont nombreuses, trop nombreuses pour qu’une minorité telle que les Tutsis au Rwanda puisse subir un génocide de la part d’une tribu suffisamment plus importante en nombre que les autres. Qu’importe cela et d’autres faits innombrables ! En une France tétanisée par ce qui s'est passé il y a peu au Rwanda, et qui veut "éviter de reproduire la même chose", la pensée analogique s’est mise en branle : les «ivoiritaires» sont en passe de perpétrer un nouveau Rwanda en Côte d’Ivoire contre les «musulmans du Nord», nouveaux Tutsis.

Il n’est pas jusqu’à un film qui ne soit produit, s’attachant à démontrer «le parallèle rwandais», qui circule sous le manteau — diffusé par une ONG auto-intitulée «prévention génocide» dirigée par un sociologue belge, Benoît Scheuer (la Belgique, ancien colon, partage naturellement le malaise français sur la Rwanda). Le film : Côte d’Ivoire, poudrière identitaire, fera un tabac dans les milieux français échaudés par le Rwanda, appuyant un peu plus le réflexe de la pensée analogique. Il fera un flop en Côte d’Ivoire, où il a suffi de le sortir de sous le manteau et de le diffuser en prime time à la télévision nationale pour en démonter la «démonstration».

Il n’empêche qu’en Europe, la mythologie analogique et la thématique de la «xénophobie» ivoirienne ont été un peu plus ancrées dans les esprits, relayées par tous les médias — gérés par des hommes (humains, trop humains), qui auront grand peine à se retirer de ce délire, et qui ne feront donc que le répéter et le renforcer.

C’est ainsi que le grand public a aussi été renforcé dans ses certitudes, à l’appui de slogans de résistants repris en contre-sens — comme (exemple parmi tant d’autres de paroles abruptes des résistants) le fameux «xénophobe et après ?» interprété au pied de la lettre là où il est une dénonciation d’une accusation aussi absurde !

Et à présent, au fur et à mesure que les conséquences désastreuses de ce délire se font jour, au fur et à mesure, en parallèle, qu’apparaît le vrai sens du combat des patriotes ivoiriens, de leur cause panafricaine, combat soutenu sur tout le continent, les médias français et plusieurs médias occidentaux ne savent plus que faire entre s’enferrer et tenter le «révisionnisme évolutif» — selon ce terme proposé par Théophile Kouamouo ironisant sur l’attitude du quotidien français Libération (en tête dans le néo-colonialisme anti-ivoirien).

Le livre de Théophile Kouamouo, La France que je combats *, explique la prise de position résolue en faveur de patriotes ivoiriens de ce journaliste franco-camerounais, démissionnaire du Monde parce qu’on y trafiquait ses articles quand on ne lui interdisait pas carrément de dire ce qu’il savait !

Symptôme criant du divorce franco-africain (du fait de cette idéologie non dévoilée), le livre de Stephen Smith, qui au Monde censurait Th. Kouamouo, Stephen Smith par ailleurs condamné avec Le Monde pour calomnie par la justice française pour l’invention des fameux «escadrons de la mort», c’est son livre, Négrologie, qui a reçu le prix des lecteurs de France Télévision.

Cela alors qu’il est jugé invariablement raciste (son livre est d’ailleurs assez proche de celui de l’auteur d’extrême droite Bernard Luggan intitulé God bless Africa) par tous les intellectuels africains (cf. le livre collectif ci-dessous, Négrophobie *).

Or c’est ce fondement idéologique et médiatique qui a fourni ses bases aux événements de 2002-2003 et plus visiblement de novembre 2004, où la France a été impliquée militairement par ses autorités contre la population ivoirienne, l’armée française allant jusqu’à tirer sur la foule.

La situation des médias français est d’autant plus périlleuse que le temps fort de l’hystérie passé, la pensée analogique se révèle comme ce qu’elle est : une pensée essentialiste, qui n’est pas sans proximité avec le racisme… Abattu en 1945, mais qui n’en reste pas moins un pilier enfoui de la civilisation européenne et particulièrement française, ce qui explique l’irrésistible ascension de Le Pen et sa victoire avérée, sous la forme de la «lepénisation» des esprits, qui n’est rien d’autre que le renouement avec ce fondement enfoui.

Les médias français se sont ainsi avérés soutenir idéologiquement — on espère à leur insu — tout simplement un coup d’État contre une démocratie, fomenté à l’appui d’intérêts économiques clairement néo-coloniaux (cf. le livre de Mamadou Koulibaly, La guerre de la France contre la Côte d’Ivoire *).

Tel est l’arrière-plan de l’imbroglio dans lequel s’est engagé à l’appui des médias, le pouvoir français, diplomatiquement, et militairement ! — et d’où est né paradoxalement un vrai mouvement d’indépendance économique de nature panafricaine — par lequel la libération idéologique de l’Europe devra passer aussi.



_________________

*
Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Françoise Vergès, La République coloniale, Hachette/Pluriel, 2003.

Dominique Franche, Rwanda, Généalogie d’un génocide, Mille et une nuit, 1997.

Jean-Paul Gouteux, Le Monde, un contre-pouvoir ?, L’esprit frappeur, 1999.

Hans Jonas, Le concept de Dieu après Auschwitz, Rivages / Poche, 1994.

Théophile Kouamouo, La France que je combats, éd. Le Courrier d’Abidjan, 2006.

Mamadou Koulibaly, La guerre de la France contre la Côte d’Ivoire, L’Harmattan, 2003.

Philippe Lacoue-Labarthe, Jean-Luc Nancy, Le mythe nazi, L’Aube / Poche, 1996.

Domenico Losurdo, Le révisionnisme en histoire, Albin Michel, 2006.

Jacques Morel,
Calendrier des crimes de la France outre-mer, L’esprit frappeur, 2001.

Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La férocité blanche, Albin Michel, 2001.

Louis Sala-Molins, Le Code noir ou le calvaire de Canaan, PUF, 1987.

Alain Ruscio, Le Credo de l’homme blanc, éd. Complexes, 2002.

François-Xavier Verschave, De la Françafrique à la mafiafrique, Tribord / Flibuste, 2004.

                                     La Françafrique, le plus long scandale de la République, Stock, 1988-1999.

F.-X. Verschave, Boubacar Boris Diop, Odile Tobner, Négrophobie, Les Arènes, 2005.





<a href="http://delugio.zeblog.com/88261-A-quand-la-decolonisation-des-esprits/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=88261">aucun trackback</a>

«Crise ivoirienne: Chirac abat ses cartes»

Par Delugio :: mardi 03 octobre 2006 à 10:50 :: Articles de presse




Le Messager

— Douala, Cameroun - 02 oct. 2006 —
http://www.cameroon-info.net/cmi_show_news.php?id=18091 :

 


© Ambroise EBONDA, Le Messager :


«
Le président français monte personnellement au créneau pour régler le cas Gbagbo. Encore faut-il venir à bout des obstacles à une telle entreprise...

On n’aura plus beaucoup de raisons d’en douter. Dans la crise ivoirienne, la France est devenue un belligérant, une partie au conflit. Le président ivoirien a désormais en face de lui les trois forces qui lui font la guerre et travaillent à sa chute : l’opposition armée emmenée par Guillaume Soro, l’opposition politique représentée par Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié et l’opposition diplomatique pilotée par le président français Jacques Chirac. Jusqu’ici, la France a joué officiellement la médiation entre le pouvoir ivoirien et son opposition, et l’interposition entre l’armée loyale et la rébellion. Mais, subrepticement, elle a toujours contribué à affaiblir le président ivoirien.

Au début de la crise en septembre 2002, le gouvernement français, contrairement aux accords de défense qui lient les deux pays, avait refusé de voler au secours du pouvoir ivoirien pourtant victime d’une tentative de coup d’Etat. La conférence de Marcoussis Kléber organisée par la France pour trouver une solution à la crise, a plutôt légitimé et consolidé la rébellion. Aux Nations unies, dans une logique onusienne étonnamment néo-coloniale, c’est la France qui rédige l’essentiel des résolutions du Conseil de sécurité sur la crise ivoirienne. Et, au quotidien, la radio étatique française, Rfi, dans un traitement de l’information dont le caractère partial et tendancieux n’échappe plus aux auditeurs avisés, arrose l’opinion africaine d’une lecture erronée de la crise ivoirienne et de sa résolution. Pour ne pas parler de la destruction de l’aviation ivoirienne en novembre 2004, au moment où celle-ci était en mesure de mettre la rébellion en déroute et de réunifier la Côte d’Ivoire.


L’après-30 octobre

Manifestement, depuis le début de la crise ivoirienne, jamais la France de Jacques Chirac n’a véritablement aidé le régime de Laurent Gbagbo, comme elle l’aurait fait d’un régime françafricain en proie à une rébellion, à l’instar du régime de Idriss Déby qu’elle a récemment tiré d’affaire au Tchad. Désormais, la France ne cache plus son jeu. Elle joue ouvertement contre le pouvoir d’Abidjan et pour son opposition armée et militaire. L’échéance du 30 octobre 2006 donne à Paris l’occasion d’abattre ses cartes au grand jour. A cette date-là, l’élection présidentielle ivoirienne est censée s’être déjà tenue. Mais, on le sait, elle ne pourra pas avoir lieu et la question se pose de savoir comment la Côte-d’Ivoire sera gouvernée après le 30 octobre 2006 lorsque le mandat du président Laurent Gbagbo aura pris fin.

En principe, la constitution ivoirienne adoptée bien avant l’arrivée au pouvoir de Laurent Gbagbo règle cette question. Certes, elle dispose à son article 35 que “ le président de la République est élu pour cinq ans (…) Il n’est rééligible qu’une fois ”. Mais, l’article 38 prévoit qu’“ en cas d’événements ou de circonstances graves, notamment d’atteinte à l’intégrité du territoire ou de catastrophes naturelles rendant impossible le déroulement normal des élections ou la proclamation des résultats, (…) le Conseil constitutionnel décide (…) de l’arrêt ou de la poursuite des opérations électorales ou de suspendre la proclamation des résultats. Le président de la République en informe la Nation par message. Il demeure en fonction. ” Mieux, au vu de l’article 39, “ les pouvoirs du président de la République en exercice expirent à la date de prise de fonction du Président élu, laquelle a lieu dès la prestation de serment ”.


Affaire personnelle

Lorsque le même problème s’était posé l’année dernière, l’Onu, sur recommandation de l’Union africaine se fondant sur la constitution ivoirienne, avait pris la résolution 1633 qui reconduit le mandat de Laurent Gbagbo pour un an, en lui adjoignant un Premier ministre acceptable par toutes les parties et chargé de conduire le désarmement et mener la Côte-d’Ivoire aux élections. Pour la France, il est hors de question de reconduire les mêmes arrangements politiques aujourd’hui. Paris, faisant fi des conclusions du médiateur de l’Union africaine, Thabo Mbeki, rend le camp présidentiel ivoirien responsable des blocages qui empêchent la tenue des élections. La France plaide la suspension de la constitution ivoirienne et le transfert de l’essentiel des pouvoirs exécutifs au Premier ministre ; donc une mise à l’écart de Laurent Gbagbo. Un vrai coup d’Etat institutionnel.

Ce schéma a été publiquement évoqué pour la première fois par le président gabonais Omar Bongo, qui sortait tout de même d’une audience à l’Elysée avec Jacques Chirac. Depuis, ce schéma a été endossé par le Groupe de travail international sur la Côte d’Ivoire (Gti), cornaqué par le ministre français de la Coopération Brigitte Girardin, qui débarque à Abidjan, tient des réunions avec l’opposition, ignorant superbement le président ivoirien. Le Gti a fait des propositions épousant le schéma élyséen que l’Onu était censé avaliser en marge de sa dernière Assemblée générale à New - York. Mais, ce passage en force a échoué, et l’Onu va recourir à la procédure de l’année dernière : examen de la situation par la Cedeao, propositions de l’Union africaine et résolution du Conseil de sécurité de l’Onu.

La reprise en mains du dossier par les Africains oblige le président Chirac à sortir du bois pour réactiver les réseaux françafricains, jouer de son influence et imposer son schéma. Le “cas Gbagbo ” est pour lui une affaire personnelle. Ce n’est plus un mystère, Jacques Chirac a Laurent Gbagbo en horreur. Il ne lui pardonne pas de lui tenir tête. Le président français qui ne se rabaisse plus à prendre son homologue ivoirien au téléphone, veut clairement régler son compte. Mais, il sait que le temps lui est désormais compté. Il arrive à la fin de son mandat en mai prochain et même s’il devait se représenter, il n’est absolument pas sûr de pouvoir l’emporter. Le débat actuel sur l’après-30 octobre est pour lui, l’ultime occasion de régler politiquement le cas Gbagbo. L’idéal étant de mettre le président ivoirien entre parenthèses dans une transition de 6 mois maximum, au bout de laquelle des élections porteraient un nouvel homme au pouvoir à Abidjan au plus tard en avril prochain.


La tribune de Bucarest

Le récent sommet de la Francophonie qui a convergé à Bucarest, en Roumanie, l’essentiel des chefs d’Etat francophones du monde a opportunément donné l’occasion à Jacques Chirac de monter au créneau. Il a ainsi réussi à monter une petite coalition françafricaine appelée à porter le schéma élyséen. Ainsi, le jeudi dernier, 28 septembre, à l’initiative de Jacques Chirac, une réunion de huit chefs d’Etat africains (Compaoré, Yayi Boni, Toumani Touré, Faure Gnassingbé, Nino Vieira, Abdoulaye Wade, Bongo, Sassou Nguesso), s’est tenue à Bucarest, avec pour ordre du jour, les prochaines réunions de la Cedeao et du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine sur la Côte d’Ivoire.

Le sommet de Bucarest a aussi servi de tribune au président français qui en a profité pour marteler sa vision de la sortie de crise en Côte-d’Ivoire. Dans son discours à l’ouverture du sommet, Jacques Chirac que l’on a connu moins éloquent dans les difficultés d’organisation d’élections, justes, libres et transparentes dans des pays françafricains comme le Cameroun, le Congo, le Gabon, le Tchad, la Rca, le Togo, “ Seules des élections ouvertes et fiables, c'est-à-dire fondées sur des listes électorales renouvelées et rigoureuses, peuvent permettre une sortie de crise ”. Dans un entretien accordé à Rfi et TV5, le président français estime qu’on n’arrive pas à organiser des élections en Côte-d’Ivoire “ faute de listes électorales crédibles”.


Listes électorales et désarmement

Ce qui laisse penser que le président Laurent Gbagbo s’accroche aux listes électorales existantes qui lui assureraient à coup sûr la victoire à la prochaine présidentielle. Or, avec ces listes électorales, le régime Gbagbo a organisé trois élections, les législatives de décembre 2000, les municipales de 2001 et les départementales, toutes les trois, perdues par son parti le Fpi. Fait plutôt rare en Afrique, où un pouvoir organise trois élections successives, sans les truquer pour s’assurer la victoire. Davantage, la charge d’organiser les élections revient à la Commission électorale indépendante créée en janvier 2001 par Laurent Gbagbo et que les Accords de Marcoussis ont qualifiée de “ progrès significatif pour l’organisation d’élections transparentes ”. Aujourd’hui, cette commission électorale indépendante est entièrement contrôlée par l’opposition armée et politique. Son président fait partie des instances dirigeantes du Pdci. Son premier vice-président est du Rdr, le deuxième vice-président est issu de la rébellion et le troisième vice-président d’un autre parti de l’opposition.

Au passage, on remarquera que le président français fait l’impasse sur l’exigence du désarmement, au moment même où Guillaume Soro affirme à New -York que la rébellion n’a pas pris les armes pour les déposer et que dans l’histoire des hommes, on n’a jamais vu un mouvement conquérir un territoire par les armes pour le rendre après. En refusant de faire du désarmement la première des conditions pour des élections crédibles, la France voudrait –elle dire qu’elle est prête à accepter un simulacre d’élection présidentielle en Côte-d’Ivoire où, dans la zone sous son contrôle, la rébellion, à la force de ses armes, imposerait le candidat de son choix?


Batailles futures

Après le sommet de Bucarest, la France va maintenant se battre pour faire passer le schéma élyséen lors du prochain sommet de la Cedeao sur la Côte-d’Ivoire. Sommet prévu le 7 octobre à Abuja. Elle sait pouvoir compter sur le soutien de pays françafricains acquis comme le Sénégal, le Burkina–Faso, le Mali, le Niger, voire le Togo et le Bénin. Elle peut aussi parier sur la passivité du géant nigérian dont les positions sur la Côte-d’Ivoire sont ambiguës. Mais, encore faudra-t-il convaincre des pays comme le Ghana, la Guinée, la Gambie, voire la Sierra – Leone, de suspendre la Constitution ivoirienne alors que les statuts de la Cedeao ne permettent absolument pas une telle mesure.

Dans la foulée de la Cedeao, les 15 membres du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine se réuniront pour faire des propositions au Conseil de sécurité de l’Onu. Ici, l’opposition au schéma élyséen sera conduite par l’Afrique du Sud et pourrait rallier des pays comme l’Egypte, l’Ethiopie, l’Ouganda, le Rwanda, l’Algérie, voire le Cameroun qui, sans être insensible à la France, serait tout de même gêné de soutenir un schéma qui mette les institutions entre parenthèses. Puis, le 17 octobre, le Conseil de sécurité de l’Onu se réunira pour prendre une résolution. Il y a quelques jours, la Russie et la Chine y ont fait subir un revers diplomatique à la France en gelant les sanctions déjà annoncées contre deux poids lourds du camp présidentiel ivoirien.

A coup sûr la diplomatie française ne sera pas de repos en ce mois d’octobre, sur le dossier ivoirien.
»




<a href="http://delugio.zeblog.com/87547-crise-ivoirienne-chirac-abat-ses-cartes/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=87547">aucun trackback</a>

«Résistance ivoirienne. Éconduit par le Conseil de Sécurité, Chirac a cherché à se venger via "sa" Francophonie»

Par Delugio :: lundi 02 octobre 2006 à 2:43 :: Articles de presse




San Finna — hebdomadaire burkinabè —N°383 du 02 au 08 Octobre 2006 — http://www.sanfinna.com/UMP.htm :

«Quelle que soit l’issue de l’affrontement entre Chirac et Gbagbo, on peut d’ores et déjà dire que le président ivoirien n’en sortira pas perdant. Résister à une telle puissance de frappe derrière laquelle se sont ligués d’autres puissances et des frères africains non moins perfides, relève en soi du prodige. Mais Laurent Gbagbo n’a pas fait que résister. Dans son refus de courber son pays, l’Afrique et lui-même avec, il a réveillé à travers cette guerre imposée à la Côte d’Ivoire, des sentiments de fierté et des appétences d’indépendance dans le cœur de bien d’ Africains, amenant son adversaire exacerbé par sa résistance, à aller de faute en faute de sorte que, même sorti par extraordinaire victorieux, il ne pourrait en tirer aucune gloire.

Aujourd’hui, il n’est jusqu’aux plus sceptiques qui ne savent que le problème de la Côte d’Ivoire, c’est Jacques Chirac puisque ce dernier a fini par se mettre à découvert. Déjà à la veille de la 61 ème assemblée générale des Nations Unies, il n’avait pas hésité à s’engager officiellement avec trois autres pays dans l’offensive des offensives devant donner le coup de grâce à Laurent Gbagbo et à son régime. Celle-ci visait à sanctionner Affi N’Guessan ancien premier Ministre et Président du FPI, Mamadou Koulibay président de l’Assemblée nationale au motif qu’ils constituent les seuls obstacles à la paix et qu’ils sont des propagateurs de sentiments xénophobes. Elle visait aussi à transférer l’essentiel du pouvoir exécutif au premier Ministre et à suspendre la Constitution pour organiser une quasi-tutelle onusienne de la Côte d’Ivoire. Si cette fois-ci Jacques Chirac a officialisé la position de la France au lieu de continuer à jouer en tapinois et par sub-délégation, c’est certainement pour donner le « la » et les « tripes » à sa troupe, pour rameuter tous ses soutiens mais c’est aussi parce qu’il s’était convaincu que cet assaut était le bon, qu’il allait enfin donner l’estocade finale à son ennemi juré afin de se préparer une retraite apaisée !

Dès lors, son implication dans la crise ne pouvait que s’imposer à tous. Mais il se trouve (et qui sait peut-être aussi à cause de ça) que contre toutes ses attentes, la Chine et la Russie ont enrayé son offensive, renvoyant le dossier à la CEDEAO pour plus amples informations et pour orientations à donner par la CEDEAO et par l’Union africaine avant la saisine du Conseil de Sécurité, pour ultime validation. Un camouflet si retentissant qui n’a pas échappé aux médias du monde entier et notamment français et que ceux-ci n’ont pas pu maquiller ou étouffer le son.

Mais ce n’est pas pour autant que Jacques Chirac se le tiendra pour dit. Conforme à lui-même, il réengagera la bataille déclarée depuis le 19 septembre 2002 sur un autre terrain, et ce terrain sera celui de la Francophonie. Frétillant comme un brochet, il accoura à Bucarest pour tout caler. On le verra même, histoire de mettre l’ambiance, esquisser un petit trot pour aller prendre la parole. C’est que dans la Francophonie, il évolue comme un poisson dans l’eau. Il s’y sent plus à l’aise car au fil du temps, il en a fait son porte-voix, son alibi, son bras armé. Ce que le Conseil de Sécurité n’a pas pu lui donner, il s’était employé à ce que la Francophonie le lui donne, et dès l’ouverture du XIè Sommet de la Francophonie à Bucarest, le ton a été donné.

C’est en véritable « pater familias » qu’il prendra la parole pour exprimer ses volontés sur quelques problèmes brûlants du monde, mettant plus particulièrement l’accent sur la Côte d’Ivoire. Personne ne s’y est trompé surtout pas les journalistes de la chaîne française « I-Télé », qui en peu de mots ont résumé, dans tous les différents journaux télévisés du 28/09/06, la réalité des rapports de suzeraineté entre les membres de la Francophonie et le président français : « le Patron de la Francophonie a sommé Laurent Gbagbo de renforcer les pouvoirs du premier Ministre ». Tous ont vu un Jacques Chirac qui n’a pas hésité à affirmer, après avoir minimisé la gestion de Laurent Gbagbo, qu’il était « tout à fait favorable à ce qu’une disposition constitutionnelle permette cela ». On le voit, c’est en véritable seigneur que Chirac a parlé à ses vassaux.

C’est vrai que des pays comme le Luxembourg et surtout le Canada ne s’alignent pas moutonnement sur les injonctions françaises. C’est le cas en particulier du Canada qui, comme on l’a vu, a encore une fois donné du fil à retordre à Jacques Chirac par rapport au dossier libanais. Mais on ne peut pas dire autant des pays africains. Avant même de venir à Bucarest, certains d’entre eux (reprenant en écho le réquisitoire d’Abdou Diouf comme Abdoulaye Wade), n’ont pas manqué de croquer du Gbagbo, de préparer en somme le terrain. Quand on sait que sur la question, Omar Bongo Ondimba s’est déjà exprimé sur le perron de l’Elysée, que Blaise Compaoré pour être acteur de la crise ivoirienne ne peut pas penser moins qu’eux (tout comme ATT du Mali), on comprend que même si à Bucarest, ils n’en ont pas rajouté publiquement aux propos de Chirac, leur religion n’en était pas moins déjà suffisamment éclairée.

Mais tous ces micmacs n’échappent pas aux Africains dont la vigilance est maintenant aiguisée. L'acharnement de Jacques Chirac, qui révèle le désemparement de l’homme, n’en apparaît alors que dans son plus simple appareil. Il oublie (lui qui prétend mieux les connaître qu’eux-mêmes se connaissent) que les peuples africains n’ont pas les mêmes liens d’allégeance vis-à-vis de leurs dirigeants, qu’ils ne sauraient même s’il le prétend, le considérer comme un Africain et au surplus plus africain qu’un Thabo M’béki. Il avait déjà choqué le continent en traitant Thabo M’béki d’étranger à Dakar (avec déjà les approbations exaltées de Abdoulaye Wade) oubliant ses promptes et plates excuses du lendemain. Il a remis cela en prétendant que le dossier ivoirien ne devait pas être confié à des étrangers. Pour peu, emporté par sa haine, il aurait encore prononcé le nom de M’beki mais il en avait déjà trop dit ! On a deviné en tout cas que le naturel était revenu au galop.

Cependant, en dépit de tant de démonstrations, la Francophonie ne parviendra pas à donner à Jacques Chirac ce que le Conseil de Sécurité lui a refusé. Beaucoup d’Africains sont choqués que l’on ait refusé à Thabo M’beki (jusqu’à preuve du contraire médiateur de l’Union africaine) le droit de se rendre à Ouagadougou avec Laurent Gbagbo pour préparer, dans un cadre élargi autour du président en exercice du Conseil de paix et de sécurité, le prochain sommet de l’Union africaine, quand on trouve normal qu’un étranger néo-colonisateur instrumentalise un mini sommet de la CEDEAO sous les auspices des présidents d’Afrique Centrale que sont Omar Bongo et Sassou N’Guesso en Europe aux mêmes fins.

La maladresse ici est d’autant plus contre performante qu’elle méprise l’intelligence des Africains. Lorsqu’en effet Jacques Chirac s’emploie à drainer l’opinion vers la nécessité que le dossier ivoirien soit traité « principalement par la région ouest africaine, les gens de la région », comme il dit, qui ne sait pas qui sont ces gens sur lesquels il compte pour faire le sale boulot ? Mais ce qu’il oublie, une fois de plus, dans sa volonté de diviser les Etats et les peuples d’Afrique, c’est qu’au-dessus de la CEDEAO, il y a l’Union Africaine et que, dans cet espace, il existe des chefs d’Etat qui refusent de lui prêter allégeance ; ce qu’il oublie enfin, c’est qu’au-dessus de l’UA, il y a les Nations Unies, le Conseil de Sécurité qui comptent en leur sein des puissances qui n’entendent pas que Jacques Chirac leur impose ses quatre volontés. Alors, on risque d’en revenir à la même situation de camouflet pour le président français.

C’est pourquoi on peut, bien que nous soyons encore loin peut-être du dénouement et que tout reste possible, avancer que Laurent Gbagbo est loin d’avoir perdu et qu’à force de le victimiser, il est devenu avec son pays et son peuple, un symbole pour toute l’Afrique.
VT»





<a href="http://delugio.zeblog.com/87078-resistance-ivoirienne-Econduit-par-le-conseil-de-securite-chirac-a-cherche-a-se-venger-via-sa-francophonie/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=87078">aucun trackback</a>
Page précédente / Page suivante

</div> </td> </tr> <tr> <td colspan="2" id="pied">Copyright © <a href="http://delugio.zeblog.com/"> «Une vingtaine» !</a> - Blog créé avec <a target="_blank" href="http://www.zeblog.com">ZeBlog</a> </td> </tr> </table> </div> <script type="text/javascript"> var gaJsHost = (("https:" == document.location.protocol) ? "https://ssl." : "http://www."); document.write(unescape("%3Cscript src='" + gaJsHost + "google-analytics.com/ga.js' type='text/javascript'%3E%3C/script%3E")); </script> <script type="text/javascript"> try { var pageTracker = _gat._getTracker("UA-12959590-2"); pageTracker._trackPageview(); } catch(err) {}</script> </BODY> </HTML>