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«Une vingtaine» !

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«Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française»!

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Événements en Côte d'Ivoire. Essais de mise en perspective...

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Voir aussi :
"Une vingtaine" ! (environ)
"Une vingtaine" !... et quelques
"Une bourriche"
"Bis repetita"

Éléments d'histoire & autres considérations :
Une autre histoire...


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« Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur »


« Le mensonge se lève
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«Bongo, porte-parole de Chirac… et d’ADO !»

Par Delugio :: jeudi 31 août 2006 à 18:08 :: Articles de presse




Le Courrier d’Abidjan
Parution N° 803 du Jeudi 31 Aout 2006http://news.abidjan.net/presse/courrierabidjan.htm :

 

«Laser : Bongo, porte-parole de Chirac… et d’ADO !»

par Théophile Kouamouo :


«
Analyse – La dernière sortie d’Omar Bongo, au sortir de l’Elysée, répond à la fois au désir du président français pressé de «régler le cas» de son homologue ivoirien à la fin de son mandat, et aux fantasmes d’Alassane Ouattara, qui veut prendre directement le contrôle d’un édifice transitoire… après les «déceptions» Guéi, Diarra et Banny.

Il est la grande gueule de la Françafrique, le franc-tireur de la Chiraquie, et entend bien le demeurer. Quand les autres animateurs de la nébuleuse internationale qui soutient à bout de bras la rébellion ivoirienne se sentent affaiblis et ont quelques scrupules à sortir de l’ombre pour donner des coups au président Laurent Gbagbo, Omar Bongo estime qu’il est de son devoir de monter en première ligne.
Les exemples ne manquent pas. Après Linas-Marcoussis et Kléber, quand la France faisait face à la fronde de la rue ivoirienne et à la gêne d’un certain nombre de diplomaties, le numéro un gabonais donnait des inélégantes leçons de morale au président Gbagbo sur RFI. Au début de la médiation Mbeki, alors que le référendum apparaissait comme la manière indiquée pour régler le cas Ouattara, Bongo avait violemment remis en cause ce mode de révision de la Constitution… au sortir du bureau de Jacques Chirac !
Bis repetita ! La «nébuleuse» est en transe dans la perspective de l’après-octobre, et examine tous les scénarios possibles pour «reine-d’angleterriser» ou chasser Gbagbo, mais que la configuration de la situation politique la met mal à l’aise. Le tandem Gbagbo-Banny va plutôt bien (malgré les arrière-pensées) tandis que les rebelles ont bloqué le dialogue militaire et que le RHDP est en guerre ouverte contre le missionnaire de la communauté internationale. Des poids lourds de la diplomatie tels que Thabo Mbeki et Alpha Oumar Konaré militent pour le soutien au tandem. Mais ce n’est pas ça qui impressionnerait le père Bongo.
Qu’il vente ou qu’il neige, il rue dans les brancards. Pour le compte de son complice Jacques Chirac (ils étaient arrivés à la conférence de Kléber dans la même voiture), il s’en va-t-en-guerre. Depuis quasiment un an, l’Elysée avait marqué son soutien à une mise à l’écart du président Gbagbo. Mais comment s’y prendre quand on a contre soi la vigilance des patriotes ivoiriens, la méfiance de l’Afrique du Sud et d’une bonne partie des dirigeants et des peuples africains, ainsi que la perplexité grandissante de quelques membres permanents du Conseil de sécurité ? Il faut parler à travers des «masques africains». Ces derniers peuvent aller plus loin dans l’expression des espoirs et des projections de la France officielle.
Le plan de Bongo satisferait bien Jacques Chirac. La satanée Constitution qui empêche la marginalisation de «l’ennemi» Gbagbo disparaîtrait. Sa position à la présidence de la République deviendrait «indolore». Le «coup d’Etat constitutionnel au long cours» serait parfait.
Mais, à y voir de près, Bongo est en service commandé pour la France, mais pas pour elle seule. Il roule de manière quasi-ouverte pour Alassane Dramane Ouattara. Qui est, dans son schéma, destiné à devenir le nouvel homme fort de la Côte d’Ivoire. En effet, Bongo préconise que Gbagbo reste un président sans pouvoirs constitutionnels. Il met Bédié au garage – son rôle serait de superviser la rédaction d’une nouvelle Constitution. Soro est, dans sa configuration, Premier ministre. Mais un drôle de Premier ministre, puisque le chef de gouvernement devrait être… le vice-président Alassane Dramane Ouattara.
Faut-il comprendre que, fatigué de se reposer sur des «missionnaires» dont il espère qu’ils créent les conditions de sa prise de pouvoir sur la base d’une élection «arrangée» (il s’est appuyé, sans succès, sur Robert Guéi, Seydou Diarra et Charles Konan Banny), ADO veut désormais descendre dans la vallée pour se donner lui-même le pouvoir ? Difficile à dire, mais les relations personnelles entre le président gabonais et le président du RDR – qui a créé des entreprises et ouvert des comptes à Libreville – le laissent croire. ADO affirmait ainsi, lors d’un séjour européen il y a quelques semaines, être «prêt à travailler avec Gbagbo». Il préparait sans doute le terrain pour le plan qu’il cogère avec son ami se trouvant à la tête du Gabon.
Il reste que la dernière facétie d’Omar Bongo Odimba a dû énerver particulièrement une personne en Côte d’Ivoire : le Premier ministre Charles Konan Banny, très sensible à toutes les vibrations du petit village franco-africain. En effet, Bongo l’a carrément ignoré dans son schéma… ce qui veut dire qu’il plaide ouvertement pour son limogeage. Les «stratèges» et autres analystes de la Primature s’interrogent déjà. Si Bongo a pu dire ce qu’il a dit au sortir du bureau de Jacques Chirac, c’est que Paris inscrit sa mise à l’écart dans les champs du possible. Quant à Henri Konan Bédié, il ne doit pas être très surpris par le fait que Bongo travaille pour ADO. Ce nouveau schéma où on le place à la périphérie lui donnera-t-il de se rendre compte que de 1999 à aujourd’hui, l’alliance Bongo-Ouattara est au centre de la logique déstabilisatrice d’une Françafrique qui l’a déjà sacrifié mais flatte son orgueil.»




 

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"Hasta la victoria siempre"

Par Delugio :: mercredi 30 août 2006 à 19:21 :: Analyses & commentaires




medium_guevara.JPGCet été, tout un chacun en France a pu voir fleurir plus que jamais auparavant les tee-shirts à l’effigie du Che Guevara — la fameuse photo et le slogan «hasta la victoria siempre».

L’Angolais Carlos Belli Bello, ambassadeur d’Angola en Côte d’Ivoire, vient de mourir dans l’ignorance totale des Français. Ferme soutien de Gbagbo et des patriotes ivoiriens, Carlos Belli Bello est un authentique héritier du Che Guevara qui soutenait le combat des siens en Angola contre des forces dont participait la Françafrique qui combat aujourd’hui Gbagbo.

Mais qui sait cela parmi les nombreux porteurs français du fameux tee-shirt ? Qui sait cela parmi ces fils ou petit-fils de ceux auprès de qui les médias français d’alors dénigraient le combat des Angolais qu’appuyait le Che Guevera, comme ils dénigrent aujourd’hui celui des patriotes ivoiriens ?

… Où il ne serait pas étonnant que dans quelques années, les fils de ceux qui arborent aujourd’hui le fameux tee-shirt et qui ignorent autant Carlos Belli Bello que le combat des patriotes ivoiriens (silence et dénigrement des médias français obligent) — arborent tout aussi fièrement les tee-shirts à l’effigie de Gbagbo, Blé Goudé ou Mamadou Koulibaly !


… En attendant, le combat au quotidien de la Françafrique contre la Côte d’Ivoire continue : après les effets d’annonces médiatiques (genre sempiternels mêmes conditionnels sur l’affaire Kieffer qui permettent de
masquer le détournement de cacao via le port des «amis personnels»)

Après les
«dossiers de presse» se voulant «appui» à ce dont on rêve…

… Voilà le cœur du problème enfin dévoilé. Le porte-parole attitré de l’Élysée en Afrique — alias «le rigolo» — vient de reprendre du service pour
nous expliquer un étrange «plan» ; tandis que le maître nous explique tout haut que, puisque le peuple ivoirien n’est pas d’accord avec lui, il faut le changer !…




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Quand Le Courrier International tente d’endiguer le soutien de l’opinion africaine à Gbagbo

Par Delugio :: lundi 28 août 2006 à 9:59 :: Analyses & commentaires




Dernière tentative dans le cadre du révisionnisme évolutif face la débâcle françafricaine en Côte d’Ivoire, la dernière mouture du Courrier International,

— dit son désespoir de ce que le refus rebelle de désarmer (refus que Le Courrier International ne mentionne même pas ! ou incidemment à titre d'effet accessoire...) débouche finalement — via l’impossibilité d’organiser les élections dont ce refus est la cause — non pas (comme espéré par la nébuleuse franco-rebelle) sur l’éviction de Gbagbo mais, conformément à la constitution, à la reconduction de son mandat jusqu’à l’organisation des élections.

— À l’appui de son agacement Le Courrier International cite — outre un article de
l’hebdomadaire burkinabè L’observateur Paalga (article qui ne va évidemment pas dans le sens de l’opposition burkinabè à la Françafrique - quand le même hebdomadaire que cite une seconde fois Le Courrier International en appelle à des sanctions - oui mais lesquelles ?) Le Courrier International cite aussi deux journaux ivoiriens, et pas n’importe lesquels. Les journaux proches de la résistance à la Françafrique n’ont évidemment pas droit à la parole. Les deux citations, proviennent — que le lecteur se tienne bien — des deux organes de l’opposition alliée des rebelles : Le Nouveau Réveil (organe des bédiéistes) et Le Patriote (organe du RDR de Ouattara) !

— Et Le Courrier de renvoyer en outre, pour faire bonne mesure, à deux articles d’un même journal, Wal Fadjri, journal du Sénégal, pays de l'autre chef de file ouest-africain anti-Gbagbo avec le burkinabè Compaoré, à savoir Wade. Le premier article cité par Christian Tientcheu, l'auteur de ladite «revue de presse» du Courrier International, est un condensé d’amertume françafricaine, article dont la dernière phrase consiste à déplorer «l’effet effroyable des déclarations de Gbagbo» ! (sic !) Voilà la «revue de presse» et les «preuves» du Courrier International. Ce à quoi s’ajoute un deuxième article de Wal Fadjri

Ce deuxième article est reproduit in extenso par Le Courrier International sous le titre
“Gbagbo n’est plus crédible”, avec en en-tête le bref résumé suivant : «Les intellectuels africains ont longtemps été séduits par la rhétorique anticoloniale du président ivoirien. Ils finissent aujourd’hui par se lasser de son populisme.» (sic) CQFD.

L’article est une prise à partie par le journaliste sénégalais
Barka Ba de son compatriote
l’écrivain Boris Diop, qui comme nombre d’intellectuels africains a compris toute la portée, et défend la signification pour l’indépendance économique de toute l’Afrique du combat panafricain des patriotes ivoiriens et de Laurent Gbagbo.

Sachant cela, la stratégie du
Courrier International devient limpide : isoler un de ces intellectuels, en l’occurrence Boris Diop, attaqué par un des ses compatriotes, dans le pays du chef de service de Paris pour la légitimation des rebelles ivoiriens (Wade, qui en même temps fait la guerre aux siens en Casamance) pour donner l’impression qu’il s’agit d’un cas à part. Et puisqu’il s’agit d’un article repris — se dédouaner d’avance des contrevérités d’un article faisant montre des louanges les plus dithyrambiques pour la presse française, au prix d’informations tronquées et de contre-vérités. Un tissu qu’il est un peu fastidieux de démêler :

Ainsi selon l’article, «le charnier de Bouaké et les règlements de comptes entre les partisans de Guillaume Soro et ceux d’Ibrahima Coulibaly {chefs rebelles} ou la gangstérisation progressive des petits seigneurs de la guerre du Nord ont été largement relayés par ces mêmes médias {français}». Ah bon ? Ça a dû m’échapper, ou le "relai" a été bien discret ! Combien ont entendu parler en France d’un charnier de Bouaké ? On y connaît mieux celui de Yopougon, que Barka Ba ne manque pas de mentionner (à l’heure où se dévoile qu’il était un montage) ainsi que les fameux «escadrons de la mort» — où
Le Courrier International fait preuve de la mauvaise foi qui ne se mouille pas : en reproduisant un article d’un autre journal, on est à l’abri, et pas même une note pour signaler que Le Monde a été condamné à ce sujet par la justice française pour information calomnieuse. Apparemment la nouvelle n’a pas été transmise jusqu’au Sénégal ! Et que j’en rajoute sur l’ «ivoirité» et le parallèle rwandais que plus personne de sérieux n’ose évoquer !

Comble de... l'humour (?), cette déclamation en guise de preuve de la bienveillance de la France officielle : «Mieux, pour avoir couvert le meurtre de Firmin Mahé, “coupeur de route” de petite envergure, l’ancien patron de la force Licorne, le général Poncet – fait rarissime dans les annales de l’armée – a été sanctionné ainsi que tous les militaires ayant participé à cette exécution.» Le journaliste ne soupçonne-t-il pas un instant que derrière l’affaire Mahé, se profile peut-être autre chose — genre fusible de l’affaire «hôtel Ivoire» par exemple — ? Les militaires français, eux, semblent, si l’on en croit un numéro du Point de l’époque, s’être posé d’autres questions concernant leur autorité de tutelle…


Dans cette louange des médias français (et en passant, des autorités du ministère de la Défense), seule information à demi avérée : c’est un média français, Canal+, «qui a montré les militaires français en train de tirer sur les manifestants». Exact, c’est par Canal+ que les Français ont enfin su ce que le reste du monde savait depuis trois semaines et que notre pouvoir s'évertuait à nier. J’avais moi-même vu sur Internet le film amateur repris par Canal+ et connu auparavant en France au moins de TF1 qui en avait montré un extrait non-significatif — évitant soigneusement ce que le film montrait de grave, et que l’on a su, en France, trois semaines après (par Canal+ effectivement).

Le Courrier International nous renverra bien à un autre article, béninois, mais toujours dans le même sens. Aucune allusion — ne parlons même pas de citation — aux prises de position de plus en plus nombreuses des journaux et des intellectuels en faveur de la résistance des patriotes ! Telle est la preuve que nous sert Le Courrier International à l’appui de ce qu’il espère voir enrayer ce fait à présent inéluctable : le mouvement de résistance panafricaine des patriotes ivoiriens a désormais emporté l’adhésion des intellectuels et de l’opinion d’Afrique, et plus seulement de Côte d’Ivoire.





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La révolution démocratique ivoirienne en particulier et son ascendance africaine en général

Par Delugio :: jeudi 24 août 2006 à 10:36 :: Analyses & commentaires




«Lumumba, Mandela, Sankara, Gbagbo», chantent les jeunes Africains, et pas seulement Ivoiriens. On pourrait mettre en début de liste (parmi tant d’autres… Nkrumah, Um Nyobé, Moumié, etc.) le Sékou Touré d’avant l’échec, à l’époque inévitable ! Sékou Touré qui affirmait qu’il valait mieux la liberté avec la faim que le ventre plein et l’esclavage. Sékou Touré dont la Guinée accueillait alors des réfugiés du futur FPI — comme le professeur Harris Foté Mémel. Une lignée dont la Françafrique est l’antithèse. Deux lignées que le professeur Mamadou Koulibaly retrouve dans les deux camps par lesquels l’Afrique et la Françafrique s’affrontent en Côte d’Ivoire : la liberté d’un côté, la Pax franca de l’autre (1).

La lignée de la Pax franca se concentre aujourd’hui dans le cas Ouattara, qui a choisi de refuser la lignée que représentait face à lui Thomas Sankara. Une citation : «En 1960, année de l’indépendance de la Haute-Volta, actuel Burkina Faso, et de la Côte d’Ivoire, il était sans conteste aucun ressortissant voltaïque et se reconnaissait tel jusqu’en 1985 (2). N’a-t-il pas fait, jusqu’à cette date fatidique ses études primaires et secondaires, ses études supérieures aux Etats-Unis et entrepris sa carrière de fonctionnaire comme citoyen voltaïque jusqu’à occuper, au titre de la Haute-Volta, le poste de vice-gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ?
Refusant en cette année, pour des raisons insoupçonnées, de mettre ses compétentes au service de la révolution burkinabé lancée par le bouillant capitaine Thomas Sankara, il dut abandonner son poste de vice-gouverneur à la BCEAO pour être récupéré par le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny (FH-B) qui n’entendait pas laisser la révolution s’installer en Haute-Volta et faire irruption dans son pays, la Côte d’Ivoire et aux alentours.
Viscéralement hostile à la révolution burkinabé et ennemi juré du Capitaine Thomas Sankara, l’ancien citoyen voltaïque, titulaire du passeport diplomatique voltaïque, se retrouvait, par la bienveillance du père de l’indépendance ivoirienne, nanti du passeport diplomatique ivoirien et fonctionnaire au Fonds monétaire international (FMI). Puis, à la mort brusque, en 1988, de l’Ivoirien Abdoulaye Fadiga, gouverneur de la BCEAO, le président ivoirien, fort de son influence auprès de ses pairs de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) et piétinant les dispositions statutaires de la BCEAO pour une direction tournante, imposait par le forcing son poulain Alassane Dramane Ouattara comme nouveau gouverneur à l’étonnement et au grand dam des ses homologues notamment le Béninois Mathieu Kerekou qui avait son propre candidat en la personne de Baba Moussa, son ministre du Plan.
Et, sans être nullement indisposé par la nationalité imprécise du nouveau gouverneur de la BCEAO, le président FH-B, sur les conseils voire sous les pressions des dirigeants des institutions financières internationales notamment le FMI et la Banque mondiale, l’appelait, en tant que technocrate, à prendre en mai 1990 la direction du gouvernement ivoirien.» Atsutsè Kokouvi AGBOBLI, «Alassane Ouattara : de la Haute-Volta à la Côte d’Ivoire, histoire d’un parcours controversé» (23.12.04: http://www.ivoireforum.com/a_la_une.asp?id=710).

La suite est connue. Le conflit avec Bédié pour prendre la tête de la françafricaine Côte d’Ivoire d’alors, le cœur même de la Françafrique. Le conflit prend, en France, l’allure, dans un premier temps, d’un conflit entre pôles d’influence au sein du RPR d’alors. L’ancienne école, représentée par Chirac, soutiendra Bédié. Les «modernes», représentés alors par Balladur, soutiendront Ouattara.

La chose n’est pas particulièrement troublante puisque les deux ont la même politique françafricaine. Les choses vont se corser au moment où Ouattara va, en fin de compte, se présenter à l’élection présidentielle, en août 1999, se réclamant désormais de la nationalité ivoirienne. Bédié a beau jeu de lui opposer la loi sur les conditions d’éligibilité. Loi de circonstance dira-t-on — comme il y en a dans tous les pays —, mais ici, point de départ en forme de point d’Archimède par lequel la Françafrique va connaître bientôt sa plus radicale mise en question.

Point de départ aux allures remarquablement providentielles ! Pourquoi ? Avec une politique similaire à celle de Bédié, en plus «modernement» libérale (avec en outre un certain aval des USA !) — libéralisme tout particulier puisqu’il revient à faire tomber tout le produit ivoirien dans l’escarcelle française… — Ouattara ne dérange donc pas le pré carré.

Est né le RDR, dont on veut nous faire penser qu’il est un parti d’opposition au PDCI, un parti qui en serait radicalement différent. En fait une dissidence modernisatrice, une tentative de dépoussiérage, au fond. Querelle similaire à la querelle Chirac-Balladur, ou aujourd’hui, Chirac-Sarkozy : si ce n’est toi, c’est donc ton frère. Tout pour réjouir Paris, donc.

Dans ce contexte, Bédié fait valoir la légitime question citoyenne, la question de l’ «ivoirité», mais en la gauchissant pour rappeler l’inéligibilité de son adversaire dans cette querelle intestine. Mais Ouattara ne va pas se laisser faire si facilement. Et sera dès lors un des inventeurs ignorés, pour s’être donné le beau rôle, de la querelle autour de la définition ultérieure du concept d’ «ivoirité». L’argumentaire de Bédié, à la faveur de la loi, le rend inéligible — le camp chiraquien, qui soutient en cela Bédié, ne s’y est pas trompé (3) —, à ce point Bédié est irréfutable. Alors Ouattara contournera la difficulté en faisant valoir, jusqu’à Paris, que c’est non pas sa citoyenneté, sa nationalité, qui fait problème, mais son appartenance «ethnique». Ce faisant, il a touché la corde sensible. Qu’importe si les fondateurs du RDR, voyant venir l’orage, démissionnent à tour de rôle (4). Les Français, eux, se retrouvent en terrain connu : l’Afrique, c’est les «ethnies» ! Et Ouattara vient de dénoncer le comportement tribal de Bédié. Et l’ «ethnie» dont Ouattara se réclame n’est pas n’importe laquelle, c’est l’ «ethnie» (inexistante en fait) «musulmane du Nord». Or chacun sait qu’en France, on traîne un vieux problème avec les musulmans — problème d’origine coloniale, remontant à la guerre d’Algérie. On est, en 1999, avec un Le Pen à près de 20 % des voix, une «affaire du voile» dont on ne se dépêtre plus depuis déjà 10 ans, une représentation religieuse musulmane impossible à créer, des bornes du politiquement correct qui commencent à sauter… Un malaise que dénonce la gauche, sans pouvoir pour autant régler les choses. Bref, à gauche, fort de cette dénonciation, on est prêt à entendre l’argument de Ouattara, qui vaudrait certes en France, mais qui n’a pas grand sens concernant la Côte d’Ivoire, où (chose inconcevable en France, il y a tout de même eu un Premier ministre «musulman» — Ouattara himself). Et Ouattara deviendra le symbole de la lutte contre la xénophobie. Et peu importe sa politique économique. À ce point, il a rallié à sa cause personnelle, et la droite moderne, et la gauche, au moins dans sa composante «libérale-libertaire».

Voilà donc la France, de droite, «classique» et «moderne», comme de gauche non moins «moderne», réunie comme de tout temps derrière la Françafrique. C’est le fait important, mais qui passera inaperçu — on peut dire jusqu’à aujourd’hui. Et pourtant en la circonstance, c’est le point de départ d’un récurrent déni français opposé au peuple ivoirien tentant de se doter souverainement d’institutions démocratiques. Et c’est, ce faisant, l’origine de la guerre actuelle.

En effet, en Côte d’Ivoire, l’argument ouattariste, appuyé par son poids en France, ne manquera pas de porter aussi. Le Nord est plus pauvre, ne serait-ce que pour de simples raisons géographiques. Ce qui le rend sensible à l’attention qu’on lui porte, qu’on porte aux siens. Et quand Ouattara a fait valoir l’argument de l’ostracisme, il trouve écho, d’autant plus qu’il a trouvé écho dans la France vénérée. Et le concept citoyen et intégrateur d’ «ivoirité», mis en avant par Bédié, va se trouver placé en vis-à-vis «ethnique» du concept de «musulman du Nord» dont Ouattara se veut le représentant.

À l’exception de son pôle chiraquien, pro-Bédié (Chirac, depuis, a rejoint l’autre pôle françafricain), la France va se trouver dans le camp de celui qui est réputé faible, le beau camp, d’autan plus qu’il peut fonctionner comme un faire valoir et un exécutoire de la crainte française des musulmans (où avec une immigration de 5 % seulement — loin des 25 % à 35 % de la côte d’Ivoire —, on adopte des politiques et des comportements qui font qu’à plus de quarante ans de la fin de la guerre d’Algérie, on parle encore de la possibilité ou non d’ «intégrer» les «musulmans»). Les Ivoiriens fonctionneront à ce niveau-là comme bouc-émissaires de la mauvaise conscience française ! Et Ouattara deviendra une sorte de porte-drapeau, d’autant plus irréfutable que nul ne se pose la question de sa politique économique et de la Françafrique.

Ce faisant, imperceptiblement, contre toute attente, se mettait en place le chemin de la libération de la Côte d’Ivoire, et de l’Afrique en général — contre Ouattara, Bédié, et leurs soutiens français. Pourquoi cela ? Parce que depuis les temps officiellement coloniaux, la droite et la gauche française se sont trouvés chacune majoritairement dans le camp du maintien de la Françafrique — au prix de toutes les exactions que retiendra l’Histoire.

Concernant la droite, personne n’en doute. Du massacre des Bamiléké du Cameroun ou de la tentative de déstabilisation du Nigeria par la tentative de sécession biafraise jusqu’aux plus récentes affaires togolaises ou centrafricaines, les choses sont certaines. Mais ce que l’on remarque moins — parce que la gauche prend systématiquement, quels que soient ses faits, la pose humaniste, la pose de la bienveillance envers les pays pauvres —, ce que l’on remarque moins, c’est la constance de la politique françafricaine et de ses réseaux aux moments même où la gauche est au pouvoir, depuis les positions de Mitterrand ministre de l’Intérieur pendant la guerre d’Algérie, jusqu’à ses positions comme Président de la République pendant le génocide rwandais.

La libération de l’Afrique requérait une clarification de cela. Cette clarification s’est faite à l’occasion du conflit entre Bédié et Ouattara, qui a vu ce dernier devenir le protégé de la Françafrique bien-pensante. Du coup, le chemin était libre pour une libération débarrassée de son parasitage françafricain.

C’est sur ce chemin qui part de Sékou Touré ou Lumumba, et qui passe par Mandela, Sankara, et d’autres, que se trouve aujourd’hui, presque comme malgré lui, Gbagbo — le FPI, les patriotes ivoiriens et tous ceux qui les rejoignent.

Cela ne s’est pas fait sans soubresauts, ni sans ces dérapages verbaux que guettent goulûment les médias français ; cela ne s’est pas fait sans violence et moments regrettables, voire «calamiteux» ; cela n’est pas terminé, mais on en est là, quoiqu’en veuillent les parangons de la bien-pensance française. Il sera temps pour la France, le plus tôt possible, de renouer avec l’Afrique, mais désormais enfin d’égal à égal.

Les choses se sont précipitées paradoxalement… grâce à la France — quoique malgré elle ! Cela en 1999. Le remue-ménage parisien autour de l’affaire Ouattara, avec ses échos amplifiés en Côte d’Ivoire, a largement servi de levier au coup d’État du Général Guéi. Le remue-ménage parisien, le parti pris français apparemment majoritaire en faveur de Ouattara, donc contre Bédié, avait tout pour ressembler à un blanc-seing pour un coup d’État. Ouattara ne s’y est d’ailleurs pas trompé, qui est rentré de Paris à Abidjan en parlant de « révolution des œillets », apparemment à son profit, pensait-il probablement, et sans doute à juste titre. Gbagbo ne s’y est pas trompé non plus, parlant pour sa part de coup d’État RDR — ce qui lui permettra d’obtenir un rééquilibrage des ministères plus équitable pour le FPI.

En France, on fait mine de s’y tromper : n’intervenant pas en faveur de Bédié, le gouvernement laisse penser que s’est mise en place une «nouvelle politique africaine» de la France, que l’étau françafricain s’est desserré, que les choses ont changé. En fait, quel besoin d’intervenir dans ce cas de figure ? Intervenir en faveur d’une politique françafricaine contre une autre qui en est la copie quasiment conforme ?

Lorsque le Général Guéi, mesurant la réalité du terrain d’Abidjan, aura le réalisme de coller le plus possible au PDCI, le schéma précédent Bédié-Ouattara se reproduira au point que Guéi cherchera l’investiture du PDCI. Ce que n’obtenant pas de gré, il recevra par le biais des décisions de la Commission nationale électorale, évinçant, certes Ouattara — toujours pour les mêmes raisons renforcées par la Constitution de la deuxième République votée à une très large majorité à l’appel de tous les partis, RDR inclus ! —, mais aussi Bédié, pour corruption. À ce point les observateurs français sont unanimes à se tromper (leur ordinateur n’est pas programmé pour comprendre les faits ivoiriens, comme le dira Gbagbo au congrès panafricain de la jeunesse le 18.12.04). Ils s’imaginent tous que «Guéi a éliminé tous ses adversaires !», et, oh surprise, il en restait un !

Cela demande quelque brève explication : contrairement à ce que l’on fait mine de croire jusqu’à aujourd’hui, Guéi a décidé de représenter l’houphouëtisme à lui tout seul — l’houphouëtisme, qui depuis beau temps est devenu, en France, synonyme… de Paris. Et contrairement à ce que l’on fait mine de croire, PDCI et RDR sont les deux faces de la même médaille (depuis, l’histoire et le «G7» l’ont bien montré), et ne représentent évidemment pas à eux deux 70 % à 80 % de l’électorat comme d’aucuns se l’imaginent — la preuve par Guéi en a été faite (qui vaut mieux que les sondages inexistants !). Certes l’houphouëtisme a jusqu’à récemment pesé considérablement, et Guéi, il faut lui rendre cette justice, a souhaité affronter réellement sa seule opposition, qui est le FPI de Gbagbo. Et à sa surprise (moins délirante que celle de Paris, certes) il a perdu : l’houphouëtisme a perdu. Ce qu’il n’a pas accepté, on le sait. Et la prémisse de guerre civile qui a suivi est une volonté de prise en tenaille du FPI, l’houphouëtisme de Guéi d’un côté, celui de Ouattara de l’autre : dans les deux cas, à l’heure d’alors : Paris. Paris qui a dû reconnaître sa défaite (la reprise des élections n’aurait rien changé à ce fait). On a assisté en 2000 à rien d’autre qu’à un duel classique en démocratie, un duel droite-gauche, où la gauche l’a emporté, à la surprise des observateurs — qui continuent à ne pas l’accepter, fussent-ils une bonne part de la gauche française (Françafrique oblige — Françafrique pas nécessairement économique, mais Françafrique morale, parce que la Françafrique a aussi cette dimension-là : une certaine propension à s’imaginer être le modèle universel de la vertu, modèle valant pour les Africains).

Pour l’heure, il est temps pour les Français, du moins ceux qui sont enfin éveillés, de faire leur deuil de cette relation transcoloniale — effective, malgré les arguments, comme celui, récurrent de nos jours, par lequel on nous assène que le PIB de la Côte d’Ivoire serait équivalent à celui de Toulouse… Quoiqu’il en soit, et même si la réalité des chiffres pouvait appuyer ce genre d’arguments ! (la France, qui gère toutes les ressources ivoiriennes, est mal venue de se vanter d’un tel chiffre-argument !) — l’enjeu économique n’est pas là exactement ni précisément, mais en ce que derrière le gâteau ivoirien, qui n’est de toute façon sans doute pas si négligeable que cela, se tient toute la Françafrique, en son entier. Si la Côte d’Ivoire sort de l’escarcelle françafricaine, et il faudra qu’elle en sorte, c’est toute la Françafrique qui prendra sa liberté. Pas négligeable, ne serait-ce que stratégiquement — et sans compter le fait que de toute façon l’essentiel de l’économie est gérée par des groupes français — : entre le port d’Abidjan, premier d’Afrique (au moins d’Afrique de l’Ouest) et les quatorze voix à l’Onu (outre notre bonté qui veut à elle seule que l’on entretienne une armée de quatre à cinq mille hommes là où tous les autres grands de l’Onu font ce genre de choses ailleurs par simple intérêt !). À ce point la France devrait avoir le courage d’accepter le plus vite possible les faits, en vue de la paix en Côte d’Ivoire et en Afrique, et pour un renouement, mais vrai cette fois, d’égal à égal, avec l’Afrique.

La foule de non-Ivoiriens, jusqu’à la représentation de la jeunesse socialiste internationale (Le Courrier d’Abidjan - 12/23/2004), qui contre les grimaces des Montebourg (et autres socialistes signataires d’un fameux appels à l’excommunication du FPI de l’Internationale Socialiste — cf. http://www.ivoireforum.com/a_la_une.asp?id=707 censuré sur blogs.nouvelobs.com), a compris cela, ne s’y trompe pas. L’histoire se joue là, en ce moment même — et il est très vexant pour la bien-pensance française de l’avoir déjà ratée (5) — ce qui explique en grande partie son attitude amère, ses accusations vengeresses, sa vigilance à l’égard des dérapages (verbaux avant tout — puisqu’il y en a peu d’autres, notamment contre les Français, centre de toutes les attentions —, et quand il y en a, on ne rate pas les Ivoiriens ! — voir le traitement de l’affaire Jean Hélène, de celle des Sukhoï et de Bouaké, ou du saccage de biens français).

Reste que la lignée Sékou Touré, Lumumba, Mandela, Sankara, est en train, malgré le black out médiatique tenté par la Françafrique, de se trouver une succession panafricaine — Thabo Mbeki ne s’y est pas trompé (6) — avec le FPI et Gbagbo, comme l’a montré de façon incontournable Mamadou Koulibaly.

(Delugio – déc. 2004 / sur le forum de Mihou 1 et 2)


__________________________
(1) Cf. Mamadou Koulibaly, «Pourquoi j’ai choisi de résister», Abidjan.net, Lettre ouverte n° 6344 (http://www.abidjan.net/lettreouverte/lettre.asp?ID=6344), 2.06.2003. Et « Ivoireforum.com », décembre 2004.
(2) Ainsi dans Jeune Afrique — aujourd’hui : L’intelligent — n° d’août 1984.
(3) Cf. Bernard Debré, dans Le Figaro du 25.11.1999.
(4) De Jacqueline Oblé, fondatrice du RDR (dans Le Patriote, journal du RDR, 28.07.1999), à Matthieu Tagbo, représentant du parti à Paris.
(5) Il n’est cependant jamais trop tard pour s’amender. L’ONG Survie, qui pensait encore pouvoir justifier l’attitude de Paris et Marcoussis en 2003 (Billets d’Afrique n°111 et 112 - février et Mars 2003) en est venue à dénoncer sa nature clairement françafricaine et néocoloniale (Le Courrier d’Abidjan - 12/23/2004).
(6) N’oublions pas que la Françafrique soutenait l’apartheid au moment où elle emprisonnait Gbgabo en CI, ou l’en exilait, et tandis que Chirac traitait Mandela de «chef de tribu Xhosa».





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À Bernard Debré, de la part d’un de ses anciens étudiants

Par Delugio :: samedi 19 août 2006 à 8:22 :: Articles de presse




L’article suivant est une réaction à la lecture du livre
De la mauvaise conscience en général et de l’Afrique en particulier, que Bernard Debré a cosigné en 2003 (avec J. Vergès — qui depuis, est revenu de sa compréhension alors erronée de la crise ivoirienne).
Cette réaction est suivie d’une lettre ouverte à
l’ancien ministre et célèbre urologue français, par laquelle le Professeur Maurice Yadou Gnagne, actuellement responsable du département d’urologie du CHU d’Abidjan-Treichville, chirurgien des hôpitaux, urologue, Chef de service des Urgences de Chirurgie du CHU de Treichville, a tenu à interpeller personnellement son ami et ancien professeur.
Le Professeur Gnagne est entré en politique de façon active et résolue depuis les événements de novembre 2004, après qu’il ait eu à sa charge nombreux des blessés par balles de l’armée française qui affluaient dans son service tandis que le pouvoir et les médias français niaient les faits. Il est directeur de Stratégie et Communication FPI — DDC Dabou-Sikensi.



LA
DIABOLISATION DU POUVOIR DANS LA GUERRE MEDIATIQUE CONTRE LE REGIME SOCIALISTE EN CÔTE D’IVOIRE
(Professeur GNAGNE Yadou Maurice*)

Au commencement était donc une préparation des esprits et des consciences à cette guerre que livre la France de Chirac à notre Pays. En dehors des moyens médiatiques audio-visuels déployés par le pouvoir politique français actuel, une production littéraire, aussi française, a conduit et soutenu cette préparation à la guerre. Ainsi cette production littéraire de combat a-t-elle procédé à la diabolisation des Institutions de la deuxième République de Côte d’Ivoire et de ceux qui l’incarnent, les faisant passer aux yeux de la communauté internationale pour des hommes et des femmes dangereux qui manipulent des concepts exclusionnistes et ethniques. Je ne reviendrai pas sur les différents aspects de cette diabolisation qui sont connus de tous les Ivoiriens. Une diabolisation que les Ivoiriennes et les Ivoiriens ont subi comme une humiliation et une atteinte portée à leur honneur et à leur dignité. Une diabolisation qui déstructure les fondements de ce en quoi ils croient : l’hospitalité et la fraternité entre les peuples, eux qui ont reçu sur leur sol plus de 26% de non nationaux d’origines africaine et non-africaine, qui y ont trouvé un havre de paix. Havre de paix que ces frères et ces sœurs, venus d’ailleurs, n’ont jamais voulu quitter, même au pire moment de cette crise. Aucun pays, aucune nation au monde, ne peut afficher un tel taux d’immigration qui, jusqu’à ce que des gens estiment l’heure venue pour diluer la nationalité ivoirienne dans le but de pérenniser leurs intérêts, n’a jamais constitué un problème pour les nationaux.

Je voudrais, pour étayer cette hypothèse de la diabolisation, proposer aux ivoiriens des morceaux choisis tirés d’un livre qu’un ami français, et pas n’importe qui, m’a dédicacé, le 28 avril 2003, lors d’un voyage que j’ai effectué à Paris. Que l’on me comprenne bien : mon intention n’est pas de faire la publicité de ce livre. Il s’est imposé à moi comme une nécessité de mettre à la connaissance de mes compatriotes certains aspects qui y sont contenus, pour les amener à comprendre les fondements de la guerre qui est faite à notre Pays, et surtout la longue procédure qui a conduit à cette crise que nous vivons. Ce livre que je conseille donc aux Ivoiriens, a pour titre : «De la mauvaise conscience en général et de l’Afrique en particulier». (1)

Les passages que je propose dans cette contribution révèlent la complexité du combat que nous menons pour notre libération. Car en face, les méthodes utilisées, défient et injurient la raison, seul paramètre qui rend compte de notre humanité.

Voici donc ces passages ! Que les Ivoiriens qui ont un sens de l’humour très poussé, et qui rient de tout, comme ce philosophe grec, Démocrite, s’en inspirent pour trouver des expressions de dérision qui atténueraient nos maux !

Au chapitre du prologue, intitulé «Le rêve calciné d’Houphouët Boigny», il est écrit ceci :
«Les légendes meurent aussi. Celle de la Côte d’Ivoire, vitrine de l’Afrique, n’aura pas résisté deux ans à Laurent Gbagbo. Déjà ébranlé par la chute des cours du cacao dont il est le premier producteur mondial, cet ancien fleuron de l’Afrique occidentale française a vu, en quelques mois, se déliter l’héritage de son premier président, Félix Houphouët-Boigny (disparu en 1993) : celui d’un Etat unitaire (faisons la mise au point suivante pour information : la Côte d’Ivoire n’a jamais été un état fédéral ou confédéral, et sous le régime des refondateurs du Président Gbagbo, l’économie ivoirienne est passée d’une situation de récession, héritée des gouvernements précédents, de -2,3% de croissance à +3% en deux ans, soit un bond positif en valeur absolue de plus de 5% de croissance) qu’il avait su protéger, trois décennies durant, de la malédiction du racisme – entre Blancs et Noirs, mais aussi et surtout entre ethnies locales et ressortissants des pays voisins, venus concourir, par leur travail, au miracle économique des années soixante et soixante-dix…». (Nous ne pouvons pas en dire autrement des italiens, des portugais, des magrébins, et des africains au sud du Sahara qui ont participé à leur manière, par leur travail et leur sacrifice, y compris le sacrifice de leur vie, au développement et au rayonnement de la France).
«Avec ‘’l’ivoirité’’ pour tout programme écrit-il,, Laurent Gbagbo, élu en 2000 après avoir obtenu l’élimination de son principal concurrent, Alassane Ouattara, pour cause ‘’d’Ivoirité douteuse’’, a transformé son pays en un champ de ruines, immolant le rêve de paix d’Houphouët sur l’autel d’une post-modernité meurtrière…».
«Gbagbo a raté sa présidence,
affirme-t-il. Bien élu ou mal élu, peu importe, mais il a raté. Son pari de l’Ivoirité s’est révélé un échec sanglant. Il a semé l’ethnicisme. Il a récolté le racisme, la guerre civile et l’invasion…».
«Gbagbo a fait ce qu’aucun régime n’a osé faire depuis Vichy : exclure des fonctions d’Etat et pénaliser dans l’exercice de leur citoyenneté des Ivoiriens qui avaient pour seul tort de ne pas appartenir à son ethnie. Là-dessus, la rébellion allait l’emporter et la France est intervenue…».
(Rappelons que la rébellion a été extirpée d’Abidjan dès le 19 septembre 2002 par les Forces Armées Nationales, pendant que le Président Gbagbo était en Italie ; par deux fois elle a été mise hors de combat à Bouaké, et par autant de fois l’Armée Française, prétextant l’évacuation des ressortissants occidentaux et la destruction, à Bouaké, d’un campement du contingent français de la Licorne au cours de l’opération Dignité, l’a réinstallée dans cette ville du centre qui deviendra  sa base).
«Quand les opposants irakiens, s’indigne-t-il, prennent des armes pour combattre leur gouvernement depuis l’étranger, les gouvernements occidentaux les subventionnent et les arment. Mais quand des opposants s’insurgent, en Côte d’Ivoire même, contre un gouvernement qui prône ouvertement la xénophobie, pas un de nos ‘’droits-de-l’hommisme’’ ne cite le plus bel article de la Déclaration des droits de l’homme qui fonde la résistance à l’oppression !...»

L’auteur de ces passages, le Professeur Bernard Debré, poursuivant dans son analyse, annonce ce qui a toujours été la volonté de la classe politique française de droite, faire de la Côte d’Ivoire le Kosovo de l’Afrique, en plus de l’humiliation qu’elle fera subir à son Peuple. 

«Pour la Côte d’Ivoire, dit-il, comme pour le reste de l’Afrique, nous aurons l’occasion de le redire, il n’y a pas d’autre solution que d’absorber dans une démocratie unitaire, et à l’intérieur de frontières qui sont ce qu’elles sont, mais qu’il serait criminel de remettre en cause toutes les populations présentes, quelle que soit leur origine…».

Il enfoncera le clou en affirmant que :
«La logique profonde d’Houphouët, c’était d’ouvrir la Côte d’Ivoire, de traiter chaque ethnie sur un pied d’égalité, bref, de constituer un Etat africain moderne fondé sur l’abjuration des vieux démons tribaux… Vous avez raison de parler de l’impéritie de ses successeurs car ce n’est pas seulement Gbagbo qui a donné le signal de l’ethnicisme : c’est Konan Bédié, qui avait pourtant la confiance d’Houphouët, et qui, pour éloigner du pouvoir l’opposant Ouattara, trop panafricain à son goût – il avait une carte d’identité voltaïque – a allumé la mèche de la régression tribale…, conclut-il». (1)

Devant la gravité de tels propos, c’est avec beaucoup d’insistance mêlée de respect que je me sens dans l’obligation d’interpeller tous les acteurs politiques nationaux qui ont été, d’une manière ou d’une autre, collaborateurs et/ou proches du Président Houphouët Boigny, pour qu’ils parlent ou écrivent. Chers aînés ! Votre honneur puisse en souffrir, vous êtes moralement et patriotiquement condamnés à le faire à fin que les Ivoiriens et les Ivoiriennes sachent la vérité sur les choix politiques et comprennent la philosophie politique du Président Houphouët. Cette jeunesse patriotique vous en saura infiniment gré et vous sera éternellement reconnaissante. Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire ! De la guerre que nous subissons depuis 2002, nous sortirons vainqueur, car nous ne pouvons pas la perdre ! Alors mettons-nous ensemble à rassembler le puzzle pour l’écriture de notre histoire !

Oui ! Parce que même si Houphouët l’avait voulu et avait, de ce fait, pris des décrets à cet effet, aux dires de certains de ses anciens collaborateurs que j’admire pour leur engagement dans ce combat de l’honneur de ce Pays pour le développement duquel ils ont consacré leur jeunesse, au lieu de se perdre dans le luxe et la facilité des organismes internationaux comme l’ont fait certains ressortissants de la sous-région, il a fini par annuler son projet de dilution de la nationalité ivoirienne par l’institution de la double nationalité au bénéfice des ressortissants ouest-africains, le Peuple souverain de Côte d’Ivoire ne l’ayant pas suivi dans cette voie. D’ailleurs je soupçonne la France et Foccart d’avoir suggéré ce projet au Président Houphouët pour des raisons que nous pouvons comprendre aisément aujourd’hui…

Le Président Houphouët parti, la France veut, à coup de canon, réinstaurer la double nationalité au bénéfice des étrangers qui seront naturellement prêts à lui céder la Côte d’Ivoire au franc symbolique. Les hommes passent, la Nation et le Peuple demeurent. Et c’est cette Nation et ce Peuple qui refusent aujourd’hui, comme ils l’ont fait hier, que la droite française réussisse ce qu’elle n’a pas pu obtenir hier du Peuple de Côte d’Ivoire avec l’aide d’Houphouët. Le Président Houphouët, lui, ne pouvait rien leur refuser, cerné qu’il était de toute part, et dramatiquement affaibli par des rapports de forces qui ne lui étaient pas  favorables. 

Revenant à l’actualité, de tels propos, contenus dans ce livre, inspirent trois choses :

La première chose, c’est une série d’interrogations ! En effet, après plus de trois années de guerre, de telles thèses, fondées sur de faux prétextes pour justifier cette crise, peuvent-elles prospérer ? Il serait intéressant que les auteurs nous donnent leur avis ! Le temps ayant fait son effet, sont-ils encore animés par cette superbe qui leur a fait soutenir de telles explications à la crise que nous traversons ? N’y a-t-il pas quelque part des doutes sur ces affirmations et ces certitudes qui devraient, et c’est notre souhait et notre espoir à nous Ivoiriens, les pousser à revenir sur les faits, qui sont eux têtus, à la lumière de la raison et de l’objectivité, afin de trouver les vraies causes de la crise que nous vivons en Éburnie ? En tous les cas nous espérons que cela soit le cas.

La deuxième chose, c’est un constat ! Le constat que ces propos reflètent la thèse officielle de la classe politique française de droite au pouvoir qui a diabolisé le régime ivoirien et pris fait et cause pour une rébellion. Une classe politique qui s’est laissée apparemment abuser. A moins que ce ne soit elle qui ait monté cette rébellion qui est en mission, en réalité, pour ses intérêts. Dès lors cette France-là est-elle neutre pour s’interposer entre les belligérants ? La réponse, bien sûr, est non !

Et l’évolution de cette crise confirme cette négation. Aujourd’hui, ce n’est plus faire preuve de génie d’affirmer que la France est partie au conflit dans l’imbroglio ivoirien.

Et donc ni moralement, ni intellectuellement, ni politiquement, ni diplomatiquement, elle n’est habilitée à devenir un agent facilitateur pour la recherche de la paix. Trop d’émotions, trop de passions, en définitive trop d’intérêts influent sur sa capacité à appréhender les solutions de sortie de crise avec sagesse !

Enfin la troisième chose, une réponse ! Celle-ci est donnée par une Française résidant en Côte d’Ivoire. Dans un article intitulé «Comment tous les hommes politiques français ont été dupés» (2), article paru dans un quotidien abidjanais. Cette dame fait une analyse tellement pertinente qu’à la lecture de cet article il est aisé de comprendre pourquoi les propos que j’ai transcrits plus haut, ont été le fait de cette duperie médiatique de grande envergure. «Il est aujourd’hui admis et reconnu par la communauté internationale, dit-elle, que la France était au courant des préparatifs du coup d’Etat de septembre 2002, et également plus que probable qu’elle l’a favorisé, sinon matériellement aidé. Pour quelles raisons les Présidents Gbagbo et Chirac n’ont-ils donc jamais pu entretenir de relations normales ? Les historiens pourront peut-être un jour expliquer cette énigme qui résulte probablement d’une multitude de facteurs divers et variés : des inimitiés personnelles aux relations économiques publiques et privées, nous pouvons tout imaginer, mais une des raisons de base doit être l’approche innovante des relations entre les deux Etats que le Président ivoirien a voulu construire : l’État français passait pour lui en quelque sorte du statut de ‘’grand frère protecteur’’ à celui de ‘’simple partenaire’’ mis en concurrence avec tous les autres Etats : cruel changement ! Laurent Gbagbo a sans doute voulu aller trop vite dans cette voie ; il est en fait difficile de changer des habitudes vieilles de plusieurs décennies, surtout quand elles ‘’profitent’’».

«Toujours est-il
, poursuit-elle, que l’existence de cette profonde différence de vue entre les deux chefs d’État est une chose réelle, que tous les observateurs admettent. Mais deux questions subsistent, affirme-t-elle : ces mauvaises relations peuvent-elles, à elles seules, justifier le renversement du Président ivoirien ? Et pourquoi les socialistes français n’ont-ils pas soutenu un homme dont ils devraient a priori partager les idées généreuses et sociales ?».

Elle orientera ensuite son analyse sur l’incompréhension de la réalité ivoirienne par la classe politique française (parlons plutôt d’ignorance ou de méconnaissance de la réalité ivoirienne) qui a fait croire à cette classe politique française, y compris les socialistes français plus proche idéologiquement du régime du Président Laurent Gbagbo, que celui-ci est tellement impopulaire qu’une petite rébellion suffirait à le faire éjecter du pouvoir. Elle trouve cependant des circonstances atténuantes à ces hommes politiques pour «s’être laissé abuser par des opposants ivoiriens qui rasent les murs dans leur propre pays». Et elle s’offusque en définitive de l’attitude des socialistes français qui, malgré le seul Henri Emmanuelli, ami du Président ivoirien, en minorité dans son parti, n’ont rien entrepris pour soutenir leur camarade ivoirien : «Malheureusement, écrit-elle, par le fait du hasard ou de la malchance, le principal soutien de Laurent Gbagbo au sein du Parti Socialiste, son ‘’jumeau français’’ Henri Emmanuelli, est actuellement minoritaire dans ce parti. Le jeu des divisions internes et de la politique politicienne, qui poussent les socialistes à se positionner le plus souvent les uns par rapport aux autres plutôt que sur de vraies idées, a ainsi certainement contribué à isoler Laurent Gbagbo».

Si dans le fond nous sommes tous d’accord sur la dernière partie de cette analyse, comme nous le sommes pour le reste d’ailleurs, la formidable unanimité de la classe politique française de droite comme de gauche, devrait nous inviter tous à réfléchir pour trouver d’autres raisons qui nous semblent plus fiables, et qui expliqueraient cette unanimité. Ainsi saurions-nous, qu’en effet, toutes les idéologies meurent sur l’autel des intérêts nationaux, sauf pour ceux, surtout de chez nous, que la bêtise et l’ignorance empêchent de prendre en compte, dans la marche de ce monde de la globalisation, cette réalité dialectique.

Il est donc clair que les raisons, qui ont poussé les assaillants à attaquer notre Pays la nuit du 18 au 19 septembre 2002, sont à chercher ailleurs que dans ces propos qui montrent bien le parti pris de ses auteurs qui ignorent la réalité ivoirienne.

Il semble même que depuis la publication de cet ouvrage en 2003 beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Maître Vergès, éminent avocat connu de tous, co-auteur de ce livre, tiers-mondiste convaincu, et défenseur des «causes  perdues», a compris, depuis lors, que la vérité sur la guerre que l’on fait à la Côte d’Ivoire est ailleurs. Et son livre sur cette guerre, dont la publication vient d’être effective, prouve bien ce que nous disons. Ce livre intitulé «Crime contre l’humanité - Massacre en Côte d’Ivoire», mérite d’être lu par tous les Ivoiriens. 

Quant à mon maître et ami, le Professeur Bernard Debré, co-auteur de «De la mauvaise conscience en général et de l’Afrique en particulier», sa propre histoire m’incline à dire qu’il s’est laissé abuser. Grand passionné de l’Afrique, le Professeur Debré, ancien ministre de la coopération dans le gouvernement Balladur, est l’un des rares français qui peut se prévaloir d’amitié extrêmement féconde en Afrique francophone. Professeur émérite d’urologie, il a formé beaucoup de praticiens africains qui sont devenus pour la plus part ses amis. Et je me flatte de compter parmi ce réseau de condisciples et d’amis. Cependant pour autant qu’un homme peut changer, et cela en fonction des objectifs qui guident son action, voici ce qu’il écrivit le 25 novembre 1999 dans le quotidien français «le Figaro», à propos de la candidature d’Alassane Ouattara, le texte est ici repris entièrement avec les interlignes telles qu’elles figurent dans cet article du Figaro :

«Ingérence en Côte d’Ivoire, dit-il,
«Exemple flagrant d’ingérence dans les affaires d’un pays africain. Au nom de quoi les occidentaux s’autorisent-ils à exiger des autorités ivoiriennes une candidature à l’élection présidentielle non conforme à la constitution ? Comme si nous étions encore à l’ère coloniale, nous versons de plus en plus dans l’ingérence. L’exemple de la Côte d’Ivoire est caractéristique. Ce Pays est l’un des plus démocratiques d’Afrique, les élections se succèdent : législatives, municipales, présidentielles. La vie économique y est intense. Abidjan est l’une des plus belles villes de ce continent. La paix et la stabilité y règnent comme dans beaucoup de villes occidentales. En un mot, la Côte d’Ivoire est un Etat de droit, avec ses forces et ses faiblesses. Voici qu’une bataille d’intellectuels surgit, telle une tempête dans un verre d’eau. Pour être candidat à l’élection présidentielle, il faut être d’origine et de nationalité ivoirienne. La belle affaire ! Est-ce normale ? Comme d’ailleurs aux Etats Unis, comme en France, comme la logique démocratique le veut dans tous les Pays, il faut avoir la nationalité du Pays où l’on veut être candidat. Un homme d’une grande valeur, ancien Premier ministre, voudrait s’y présenter, mais il semble ne pas être ivoirien. La loi  n’autorise donc pas sa candidature. Alors le monde occidental s’offusque et crie à la dictature. Quelle curieuse bataille ».

«Curieuse bataille»
« Aux Etats Unis, si Henry Kissinger avait voulu être candidat, la Cour Suprême s’y serait opposée, bien qu’il ait été ministre des Affaires étrangères, bien qu’il ait été prix Nobel de la paix. Aurait-il fallu signer des pétitions, organiser des manifestations dans les rues ? Aurait-on imaginé l’ONU ou le FMI adresser des notes incendiaires au président sortant, l’enjoignant d’accepter sa candidature ? »

«L’Afrique abandonnée»
«Pourquoi existe-il deux poids deux mesures ? D’un côté les pays riches et dits développés, qui sont régis par une cour constitutionnelle irréprochable et de l’autre, des pays pauvres, qui devraient obéir aux occidentaux et balayer d’un revers de la main les décisions de leurs organes juridictionnels suprêmes ? Arrêtons cette diplomatie pyromane bon marché. Les Occidentaux n’ont pas à choisir le candidat à l’élection présidentielle ivoirienne, fut-il vice-président du FMI».
«L’Afrique traverse une période extrêmement difficile. Abandonnée, ce continent est de plus en plus oublié par les riches démocraties. Est-il normal que le sida y fasse tant de morts, alors que nous, nous pouvons  nous payer les traitements les plus sophistiqués et les plus chers ? Qui s’est levé pour dénoncer ce scandale ? Est-il normal que les étudiants africains  ne puissent plus venir en France terminer leurs études dans nos facultés, alors que la démocratie ne peut se répandre que dans le sillage du savoir ? Est-il normal que nous laissions mourir de faim des millions d’Africains ? Tandis que nous brûlons devant les préfectures françaises des tonnes et des tonnes de fruits et de légumes ?»
«Est-il normal que l’égoïsme des pays riches tue les Africains par millions et que nous nous satisfassions d’incantations dérisoires sur le droit à la candidature d’un des protégés du FMI ?»
« Quelqu’un osera-t-il proposer bientôt  de décréter l’embargo économique contre la Côte d’Ivoire, pays phare du développement en Afrique ?»
«Ces réactions sont plus proches de l’hégémonie néo-colonisatrice que de la morale internationale.
Laissons le peuple ivoirien respecter sa constitution et aidons-le à se développer économiquement, aidons-le à parcourir le chemin de la démocratie et enfin commençons à réfléchir sur nos comportements égoïstes».
«Partageons un peu plus nos richesses et évitons les attitudes ostentatoires de l’homme blanc qui détient la vérité»
.

Je me pose donc la question fondamentale de savoir qu’est-ce qui a pu se passer pour que, de 1999 à 2003, mon ami et maître le professeur
Bernard Debré, grand amoureux de l’Afrique et de la Côte d’Ivoire en particulier, très attaché à ce continent où il compte beaucoup d’amis, subisse une telle variation dans son discours ?

Quant à moi, frustré et troublé comme je le suis devant ces propos, je poursuis ma réflexion en reprenant Spinoza, quand il partageait le sentiment de frustration qu’inspirait à Oldenburg la situation politique internationale. L’un est Hollandais, l’autre est Anglais, donc ressortissants de deux pays qui étaient en conflits armés au 17ième siècle, leur époque. Spinoza aussi trouvait là une occasion de s’intéresser à la nature humaine, ses réflexions sur les guerriers «rassasiés de sang humain» s’harmonisant parfaitement à ses propres croyances philosophiques. «Si, dit-il, ce personnage fameux qui riait de tout (Démocrite, le philosophe grec du Ve siècle) vivait dans notre siècle, il mourrait de rire assurément. Pour moi ces troubles ne m’incitent ni au rire ni aux pleurs ; plutôt développent-ils en moi le désir de philosopher (d’être plus sage, je veux dire) et de mieux observer la nature humaine. Je ne crois pas qu’il me convienne de tourner la nature en dérision, encore  bien moins de me lamenter à son sujet, quand je considère que les hommes, comme les autres êtres, ne sont qu’une partie de la nature et que j’ignore comment chacune de ces parties s’accorde avec le tout, comment elle se rattache aux autres. Et c’est ce défaut seul de connaissance qui est cause que certaines choses, existant dans la nature et dont je n’ai qu’une perception incomplète et mutilée, parce qu’elles s’accordent mal avec les désirs d’une âme philosophique (d’une âme sage), m’ont paru jadis vaines, sans ordre, absurdes. Maintenant je laisse chacun vivre selon sa complexion (selon sa constitution physique, ou ses caractéristiques physiques) et je consens que ceux qui le veulent, meurent pour ce qu’ils croient être leur bien, pourvu qu’il me soit permis à moi de vivre pour la vérité». (3)

Loin de moi la prétention de me prendre pour un Spinoza ou un Oldenburg ! Cependant, permets-moi de t’exprimer, Bernard, ces mêmes sentiments de frustration et de trouble dont parlaient Spinoza et Oldenburg. La situation que vit mon Pays m’inspire les mêmes sentiments de frustration et de trouble nés des explications que tu en donnes dans ce livre que tu m’as dédicacé ce 28 avril 2003 à Paris. Les mots simples que tu as inscrits en page de dédicace, par leur charge affective, expriment plus que mille phrases ton attachement sincère à cette terre d’Afrique, et particulièrement à cette terre de Côte d’Ivoire que tu connais, et où tu comptes beaucoup d’amis. «Pour Maurice Gnagne, mon ami, mon élève, pour que vive notre Côte d’Ivoire», tel est l’expression, tel est le contenu de cette dédicace.

Mais pour que vive la Côte d’Ivoire, nous devons tous ensemble chercher à emprunter le chemin de la vérité qui nous libèrera tous.

La vérité de cette crise, comme vient de le découvrir ton co-auteur, Maître Vergès, à travers son livre que j’ai cité plus haut, est ailleurs et non dans les explications que tu en donnes dans ton «De la mauvaise conscience en général et de l’Afrique en particulier»

Plus que tout autre en France, ton amour pour l’Afrique et les relations extrêmement fécondes que tu as tissées dans le milieu médical réputé altruiste et ayant le sens de l’humanitaire, t’imposent une attitude plus active, dans le bon sens du terme, pour la recherche des solutions à cette crise que traverse mon Pays la Côte d’Ivoire et, au-delà de mon Pays, pour la recherche de solution globale aux conflits qui défigurent l’Afrique francophone.

Pour sauver ce qui peut l’être des relations franco-ivoiriennes, tu peux beaucoup : par exemple faire comprendre aux politiques français que la Côte d’Ivoire a changé. Ce Peuple n’a rien de commun avec celui des années 1960 et 1970, ainsi que celui des années 1980 et 1990. C’est une nouvelle génération d’hommes et de femmes libres, amoureux de leur Peuple, et donc Patriotes, qui méritent d’être connus et appréciés tels qu’ils désirent être et devenir pour l’honneur et la dignité de leur Peuple, pour que vive enfin la Côte d’Ivoire. 

L’évidence aujourd’hui c’est que ce Peuple et ses différentes composantes qui ont fait de l’humour un facteur d’équilibre social et une thérapie psychanalytique efficace contre l’adversité, trouveront les moyens et les mots qui leur permettront de se pardonner mutuellement les maux et les torts qu’ils se sont causés. Ceci est plus que possible puisque nous n’avons aucune autre alternative, condamnés que nous sommes à vivre ensemble. Mais ceci n’est possible qu’à condition que la Licorne, qui n’est jamais venue en Côte d’Ivoire pour sauver le régime de Gbagbo, quitte la ligne de démarcation, je veux dire «cette fameuse ligne dite de confiance»  qu’elle a tracée d’Est en Ouest, et derrière laquelle se produisent des atrocités humainement insoutenables. Alors seulement la guerre ne sera plus qu’un mauvais souvenir en Côte d’Ivoire. Les «guerriers buveurs de sang» de Chirac, pour reprendre les termes de Spinoza, sont fatigués et ont depuis longtemps «tourné la crosse du fusil en l’air», signe qu’ils ne veulent plus faire la guerre, qu’ils ne veulent plus faire la guerre à leur mère Patrie. Alors ! Que la France nous libère donc !

Professeur GNAGNE Yadou Maurice

*Agrégé de Médecine
Directeur Stratégie et Communication FPI
DDC Dabou-Sikensi


___________________
1- Debré B., Vergès J., De la mauvaise conscience en général et de l’Afrique en particulier, éd. J.C. Lattès, 2003,  pp. 11, 12, 25, 26, 30, 31, 32.
2- Notre voie n° 2369 du vendredi 21 avril 2006, p. 10.
3- Steven Nadler, Spinoza, biographie, éd.
Bayard 2003, pp.262-356.




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Héritage Chirac ?

Par Delugio :: vendredi 18 août 2006 à 15:44 :: Analyses & commentaires




Héritage Chirac ? Sera-ce l’expression que l’on utilisera dans quelques années pour parler de la débâcle africaine de la France ?

Depuis des mois ce blog (sur blogs.nouvelobs.com depuis nov. 2004) lance un cri d’alerte, au prix de censures intempestives. La France unanime, pouvoir et opposition — jusqu’à l’extrême gauche —, médias à l’unisson et donc suivis par le public, tous font bloc, et souvent le bloc du silence face à ce qui se passe en Côte d’Ivoire, face à ce qu’ils croient être, selon la stratégie française de communication, une interposition française humaniste.

Novembre 2004. Un présumé bombardement à Bouaké pour lequel la France — malgré que neuf soldats français aient été tués — interdit toute enquête (rappeler cela a valu pas mal d’articles censurés sur blogs.nouvelobs.com) débouche sur la destruction des moyens militaires ivoiriens, et des manifestations monstres face à ce qui est compris en Côte d’Ivoire comme une tentative de renversement du président élu — ce qui se solde, outre l’évacuation des Français (aucun mort), par 63 morts parmi les manifestants et plusieurs centaines de blessés (plus d’un millier) suite à des tirs de l’armée française. Au lendemain de ces événements, ignorés du public français (puisque présentés comme manifestations «anti-françaises») qui ont opposé pendant quelques jours l’armée française à la population ivoirienne, la télévision française nous accorde une brève apparition de Mamadou Koulibaly annonçant à partir des événements ivoiriens un Vietnam africain, à grande échelle, pour la France. Mamadou Koulibaly est le Président de l’Assemblée nationale ivoirienne, ex-ministre des finances, brillant économiste, que l’on fait passer pour un dangereux extrémiste pour ne pas l’entendre. Cette brève apparition a évidemment pour fonction de conforter nos médias dans cette présentation de Mamadou Koulibaly.


Près de deux ans après, où en est-on ? Le combat ivoirien pour l’indépendance économique, le combat panafricain des patriotes ivoiriens, présenté en France comme xénophobe — stratégie française de communication oblige —, est devenu celui de toute l’Afrique (de celle qui refuse les dinosaures inféodés à la Françafrique). Les articles signalant cela font partie des plus censurés de blogs.nouvelobs.com. Et pourtant, il serait temps de sortir de cette stratégie médiatique de l’autruche !

Il y a deux semaines, ce blog reproduisait un des nombreux articles burkinabés soutenant le combat des patriotes ivoiriens (censuré sur blogs.nouvelobs.com). Je me contentai donc la semaine dernière d'y signaler simplement la sortie du
livre de Blé Goudé, pour éviter la censure : signe des temps, Blé Goudé, présenté en France comme un fasciste xénophobe («anti-malien» autant qu’ «anti-burkinabé» comme il se doit) voit son combat soutenu — non seulement par l’opposition burkinabé, mais aussi — par la malienne Aminata Traoré, qui le préface, et ô ironie, vient de porter une critique virulente sur le musée Chirac du Quai Branly (encensé en France). Hier (16 août), je signalais la solidarité des parlementaires sud-africains avec Mamadou Koulibaly et les députés ivoiriens, dont la tâche avait été déclarée caduque par la France et la «communauté internationale» ! — qui avait dû reculer suite aux manifestations des patriotes (qui leur avaient valu toutefois des sanctions). À ce moment, ils avaient reçu le soutien de l’ambassadeur d’Angola Carlos Belli-Bello (dans un article censuré sur blogs.nouvelobs.com).

Carlos Belli-Bello vient de mourir — dans le silence total des médias français, mais dans les hommages généraux des résistants africains.

Exemple remarquable : l’article ci-dessous. Une journaliste camerounaise y rend un vibrant hommage à cet Angolais pour son soutien au combat des patriotes ivoiriens !

À titre d’alerte à l’adresse d’un peuple français totalement ignorant de telles réalités, et dès lors, de fait, complice par indifférence de la politique suicidaire autant que criminelle — et insulte à l’avenir — qui et celle de nos pouvoirs (et opposition) français…



Le Courrier d’Abidjan Parution N° 790 du Mercredi 16 Aout 2006 — http://news.abidjan.net/presse/courrierabidjan.htm



medium_courrier_-_belli-bello.JPG«Merci l’ami…»


par Nathalie Yamb :

«Hommage - «Je répondrai toujours présent, jusqu’à mon ultime souffle, à l’appel du peuple frère de Côte d’Ivoire.» C’est à travers cette phrase forte, qui traduit tout l’attachement de l’Ambassadeur de l’Angola au noble combat que mènent les patriotes ivoiriens pour la libération de leur pays, que notre consœur Nathalie Yamb rend un hommage mérité à Carlos Belli Bello.


«Je répondrai toujours présent, jusqu’à mon ultime souffle, à l’appel du peuple frère de Côte d’Ivoire» (Carlos Belli Bello). Il y a des mots qui sont difficile à écrire. Ceux-ci en font partie. Parce qu’au lieu de devoir rendre hommage à un combattant, j’aurais préféré continuer à discuter et échanger des points de vue avec lui.

C’était un résistant

Celui qui est parti samedi soir a toujours résisté. Il a combattu pour la libération de son pays, contre la rébellion instrumentalisée qui mettait en péril la stabilité de l’Angola. Il a soutenu la Côte d’Ivoire aux heures les plus sombres, dans ces instants où l’on discerne les vrais amis des faux. Face à la guerre menée par la France contre l’Etat de Côte d’Ivoire, il s’est résolument placé du côté du peuple ivoirien, petit Poucet face aux tentaculaires manipulations politico-médiatiques de la Françafrique. Peu friand de la langue de bois que l’on dit pourtant inhérente à l’exercice de la fonction diplomatique, l’homme se distinguait par ses prises de position tranchées. Toujours en faveur d’une Afrique débout, d’une Côte d’Ivoire libérée du joug colonial français.
Carlos Belli Bello était un patriote. Africain avant tout. La résistance ivoirienne, l’Afrique digne ont perdu une figure emblématique, source d’inspiration pour les nouvelles générations. Ses propos nous revigoraient, ses interventions nous rendaient une fierté que l’oppresseur s’est toujours attaché à nous arracher.

Carlos Belli Bello est mort

«J’ai simplement accompli mon devoir de combattant Africain, de combattant pour la liberté de la patrie et de vétéran de la lutte de libération Nationale en Angola», m’écrivait-il récemment. Ceux qui l’ont connu savent quel monument s’en est allé. Jusqu’au bout, il a tenu parole. Il a répondu à l’appel des Ivoiriens. La meilleure façon de lui rendre hommage, c’est de continuer sa lutte. Notre lutte. Et de vaincre. Mais pour l’instant, unis dans la profonde douleur causée par sa disparition, nous lui disons : «Merci Monsieur l’Ambassadeur, merci l’ami. Ce fut un honneur de vous avoir connu et d’avoir appartenu à la même catégorie de résistants.»




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«Ivoirité» et citoyenneté ivoirienne

Par Delugio :: mercredi 16 août 2006 à 19:00 :: Analyses & commentaires




Le 6 novembre 2004 a dévoilé le véritable vis-à-vis aux prises dans la crise qu’il faut bien dès lors appeler franco-ivoirienne. L’invisibilité, jusqu’alors, de l’engagement des pouvoirs français successifs dans la crise, a faussé toutes les analyses antécédentes au 6 novembre. Tous ou presque croyaient jusqu’alors qu’il s’agissait d’un conflit strictement interne à la Côte d’Ivoire. On sait à présent que c’est un conflit issu de la colonisation, et qui met aux prises, à un niveau panafricain, le camp qui sous divers visages — celui de l’apartheid pour l’ancien monde anglo-saxon, celui de la Françafrique pour un autre pôle (les deux ayant été alliés au temps de l’apartheid) —, s’oppose au camp de la liberté et de la relation d’égal à égal entre les peuples. C’est toute la question du développement des pays du Sud qui est en jeu. Toutes les analyses anthropologiques, principalement françaises, se voulant à usage interne ivoirien, sur l’ethnisme, l’ «ivoirité» et autres «miracle» ou «mirage ivoirien», ont fait long feu (même si certains de leurs auteurs tentent encore de les maintenir à bout de bras) face au dévoilement irréfutable du 6 novembre. Connaissant les protagonistes, on peut dès lors remonter à un tournant essentiel du problème.


1) De l’Indépendance à Bédié

Au «bon vieux temps» dont une publicité récente (1) évoque la nostalgie, celle où le cacao fleurait bon l’accent soumis (qu’on n’ose plus imiter, tout de même) du grand Nègre jovial (2) ; en ce bon vieux temps, le bon «or noir» des cabosses jaunes coulait à flot du port de San Pedro, à l’Ouest de la Côte d’Ivoire. À cette époque, la question de la citoyenneté des Nègres se posait encore moins que celle les «musulmans», alias «non-Européens», des départements français d’Algérie. Les citoyens étaient blancs, les sujets l’étaient moins, ou étaient carrément noirs.

Puis vint un temps où cela ne pouvait plus durer. Un temps qu’on hésite à qualifier : «ça finit quand l’Indépendance ?» demandent des Africains devant des Européens, qui croient parfois entendre une demande confuse de re-colonisation, là où cingle l’humour qui constate : «indépendance» ! On ne nous la fait pas ! (Mais les Européens sont assez lents à comprendre l’humour, les provocations et le ton africains — jusqu’à en devenir prompts à dénoncer toute ironie comme «haineuse».)

Bref, quand se profila à l’horizon le temps de ladite Indépendance, les temps changèrent. De zéro citoyen, l’Afrique noire passa à une poignée de citoyens français : pour la Côte d’Ivoire, essentiellement un : Félix Houphouët-Boigny, député et ministre de la République française. Lui n’est pas en cause en cela : il a été un homme remarquable, luttant pour la libération de son pays au point d’avoir été condamné à mort par le pouvoir colonial français, et aux travaux forcés. Mais le poids de la France redeviendra, malgré sa lutte, significatif, puisque Houphouët sera le cœur de ce système que lui-même appellera la Françafrique (3) (on peut dire qu’il a été plus rapide à comprendre qu’un Sékou Touré qui, pour maintenir la résistance de sa Guinée, est finalement entré dans un cercle vicieux face au mur auquel il s’est heurté – bénéfice côté Houphouët : une apparence provisoire de développement). Les autres citoyens de Côte d’Ivoire – pas citoyens français ceux-là – n’oublions pas, c’est l’Indépendance ! — les autres citoyens auront le choix de voter… pour lui. Parti unique contre l’Union soviétique (qui a un peu bon dos) !

Puis vint un temps où cela non plus ne pouvait plus durer. Le mur de Berlin tombé, le discours de La Baule prend acte de ce que désormais la France montrée du doigt de droite et de gauche doit voir les choses autrement. À ma droite le FMI et les États-Unis entendant épousseter l’apparence du clientélisme Nord-Sud ; à ma gauche les peuples d’Afrique entendant acquérir leur citoyenneté.

À ma droite, on l’a vu, refleurira «Y’a bon Banania», mais politiquement correct cette fois, c’est-à-dire désormais sans l’accent bon Nègre.

À ma gauche, depuis le temps du Parti unique, s’est constituée une opposition — au Parti unique, et (ce qui est la même chose) à la France (toujours appelée, soit dit en passant, «métropole»). Cette opposition, pour instaurer la République comme démocratie doit nécessairement poser comme préalable un concept de citoyenneté.

Ce qui suppose la création d’un concept de nation, comme dépassement des appartenances ethniques, et comme levier de renversement du système pyramidal où le chef d’État est le seul citoyen — au sens plein (français en l’occurrence) — les autres ayant une fonction d’assesseurs électoraux. Et au cas où ils ne seraient pas suffisamment complaisants, au cas où ils prendraient au sérieux la réelle citoyenneté en train de se forger sous leur réflexion, on fera fonctionner le clientélisme au plan électoral comme il fonctionne au plan du commerce en général. La masse d’immigrés venus travailler à la seule ressource que la pyramide Nord-Sud concède à la terre «indépendante» — Y’a bon Banania — servira ponctuellement de supplétif électoral — mais que jamais on ne les fasse passer au creuset de la citoyenneté par l’octroi sérieux de la nationalité ! Alors des années 60 jusqu’au temps de la primature de Ouattara incluse, ils oscilleront entre appels, expulsions, cartes d’identité temporaires, le temps d’un vote, cartes de séjours plus ou moins provisoires. Ce que Gbagbo dénoncera dès lors, alors qu’il ira d’exil en prison, sous Ouattara, comme exploitation de «bétail électoral».

Bénéfice françafricain certain : ce système pyramidal rend quasiment impossible le développement d’un concept ivoirien de citoyenneté, d’une vraie ivoirité (au sens non chiraco-bédiéiste ! – cf. ci-dessous). Et consolide la pyramide économique sur la base d’une pyramide d’appartenance nationale : la francité au sommet, le chef citoyen français unique, et les autres, à ranger au gré des ethnologues dans on ne sait quelle hiérarchie tribale ! (Cf. l’analyse de Mamadou Koulibaly sur les déplacements de sens du concept d’ «ivoirité» dans son article «Rébellion ou colonisation du territoire ivoirien».)

Les choses étaient en l’État à l’époque où vint un temps où cela ne pouvait plus durer.

Il faut multipartitionner cela ! Alors que faire ? — se demande la Françafrique. Peu importe, mais surtout éviter qu’émerge un vrai concept citoyen.


2) Le temps de Bédié

La constitution ivoirienne d’alors stipulait qu’à la mort du «Vieux» — Houphouët —, le Président de l’Assemblée nationale lui succèdera. Ce qui advient, malgré quelques remous : Henri Konan Bédié devient donc le second Président de la République ivoirienne. Les meubles sont saufs. Tout va pouvoir continuer comme avant, sous réserve qu’il n’ait d’autre concurrent qu’un tenant d’une politique similaire. Pas de problème, celui-là existe : l’ancien Premier ministre d’Houphouët. Un seul petit problème, on n’est pas très sûr qu’il soit ivoirien : aux temps qui le verront finalement accéder à la primature, le journal Jeune Afrique s’extasiait de voir ce jeune prodige «voltaïque (4)» être nommé au Département Afrique du FMI.

Bédié s’empare de la difficulté. Une loi a en effet été votée selon laquelle le candidat à la présidence de la République doit être ivoirien de naissance (comme aux États-Unis — moins drastiques que d’autres pays, comme en Tunisie, où il faut être Tunisien depuis quatre générations, par ex., etc.). Loi de circonstance s’indigne-t-on (comme si c’était une originalité ivoirienne qui venait d’être conçue) ! Quoiqu’il en soit, Ouattara lui-même s’est plié, et, dans un premier temps, ne s’est pas présenté, en attendant une meilleure loi. La plaie n’en enfle pas moins.

En 1999, s’annoncent les prochaines élections de juin 2000. Avec l’appui et le soutien explicite du FMI (par une lettre ouverte de son directeur Michel Camdessus à la Côte d’Ivoire, datée du 15 septembre 2000, en faveur de Ouattara qui a été fonctionnaire du FMI après avoir été fonctionnaire de la BECEAO au titre du Burkina Faso), Ouattara annonce sa candidature, provoquant une série de démissions dans son parti, le RDR, cette scission «moderniste» au sein de l’ancien parti unique, le PDCI. (Les démissionnaires – Jacqueline Oblé, co-fondatrice du Parti ; Matthieu Tagbo, réprésentant le RDR à Paris, etc. – mettent en garde contre les risques de cette candidature qu’ils jugent non-constitutionnelle, et préfèrent que l’on attende une modification de la loi (5).)

Bédié (candidat de Chirac) s’empare du concept de citoyenneté ivoirienne, qui deviendra dès lors célèbre comme nouvelle qualification de l’ «ivoirité», concept dont il sait qu’il pourrait être parfaitement légitime, mais dont il use pour rappeler que son adversaire, houphouëtiste comme lui, n’est pas présidentiable.

Querelle de famille apparemment : à quelques nuances près, Bédié et Ouattara ont la même politique, celle de Paris / ou FMI version Paris. Paris où l’on ne peut donc que se réjouir de voir la bataille électorale prendre une allure de vraie bataille électorale, tout en assurant l’avenir du système pyramidal. Similaire en quelque sorte à la querelle des anciens et des modernes au sein du RPR d’alors entre les chiraquiens et les balladuriens (ces derniers proches de Ouattara déjà au temps où il privatisait au profit des grands groupes français : rien de changé, mais tout ça avait une bonne allure «moderne»). Côté anciens, on soutient Bédié : Bernard Debré explique (6) qu’il n’y a pas lieu de faire un tel tollé en faveur de la candidature de Ouattara : Madeleine Allbright non plus, écrit-il, ne pourrait pas se présenter à la présidence américaine, et pour la même raison que Ouattara, sans que nul ne s’en offusque. Car à Paris on s’offusque. Et qu’importe si à la même époque Daniel Cohn-Bendit se voit refuser la candidature à la Mairie de Paris pour cause de nationalité franco-allemande. Ouattara a touché le point sensible : il a expliqué à Paris qu’on lui refuse la candidature à la Présidence de la République parce qu’il est musulman ! Jusqu’alors une telle idée n’avait pas été entendue en Côte d’Ivoire : un «musulman» (Ouattara lui-même) avait même été Premier ministre — chose inimaginable en France ! À Abidjan, on va jusqu’à s’étonner (parfois maladroitement) d’entendre dire que Ouattara est «musulman» ! — ce qui n’est pas un concept ethnique ! Mais à Paris, cela fait mouche. La Côte d’Ivoire sera désormais le faire valoir et l’exutoire des difficultés françaises à l’égard des musulmans. Mais Ouattara a emporté, outre l’appui de la droite «moderne», celui des tenants, de gauche, de ce que l’on nommera plus tard l’ «idéologie de l’Autre (7)», vague reprise qui s’ignore de l’idéologie du devoir humaniste de «civiliser les peuples moins évolués» qui caractérisait antan l’aile gauche de la colonisation (de Victor Hugo à Jules Ferry).

Bref, on a tout pour être content : on a apparemment un vrai combat électoral, mais qui ne changera rien à la relation françafricaine et franco-ivoirienne quel que soit l’élu. On ne s’en émeut pas moins, tandis que le conflit entre Bédié et Ouattara laisse dans l’ombre le vrai problème, porté par un candidat qui n’est même pas considéré comme un opposant sérieux, Gbagbo, qui est pourtant le seul à avoir affronté Houphouët ! Pour la presse française, «le seul opposant» à Bédié est Ouattara (CQFD) !

Cela au gré des exigences «anti-racistes» d’une idéologie de l’Autre qui fait de la Côte d’Ivoire le bouc émissaire d’une France qui s’hystérise autour de l’affaire de voile, qui s’apprête à porter Le Pen au second tour de la présidentielle et qui ne perçoit pas sans embarras «l’odeur des immigrés» (Chirac).


3) Le coup d’État du «Père Noël»

L’infection s’exporte au point que la Côte d’Ivoire est vite prête pour son premier coup d’État réussi : pour la Noël 1999, le général Guéi, «Père Noël en treillis» rapatrie Ouattara exilé sous Bédié — Ouattara qui s’extasie de cette «révolution des œillets à l’ivoirienne» qui va naturellement le porter au pouvoir, à la grande joie des «autristes» parisiens, et pour l’embarras des «anciens» de la droite française. Mais qu’importe, on l’a dit, les deux politiques économiques sont une et la même. On attendra simplement, quitte à l’y aider, que le général Guéi passe le pouvoir à Ouattara et on attendra les prochaines élections, où à n’en pas douter, se renouvellera la même problématique : la Françafrique a tout l’avenir devant elle.

Alors, on parle de nouvelle politique africaine de la France (Jospin étant Premier ministre), qui désormais se gardera de se mêler des affaires africaines… Dans ce cas de figure, inutile en effet.

Gbagbo, lui ne s’y est pas trompé, qui parle de «coup d’État RDR», et qui du coup, parvient à exiger un rééquilibrage de la donne dans le nouveau gouvernement (CNSP – Comité National de Salut Public : tous ont noté, sans le dire, la référence à la Révolution française), puisqu’il se veut d’union nationale !

Rééquilibrage du gouvernement qui vaudra au CNSP des tentatives de renversements, dont celles du «cheval blanc» et de «la Mercédès noire», tentatives de renversements échouées, qui déboucheront sur l’exil de leurs auteurs au Burkina Faso, où ils auront tout le loisir d’être armés (financés par qui ?) en vue de ce qui prendra forme à partir du 19 septembre 2002.

Entre temps, il s’agit à présent pour le CNSP de mettre en place une nouvelle Constitution, base de la IIème République, en vue de l’organisation de nouvelles élections. Et naturellement, le problème de la citoyenneté se posera à nouveau — comment pourrait-il ne pas se poser pour la mise en place d’une démocratie ? Comme se posera à nouveau le problème des conditions d’accès à la Présidence de la République — entre autres en matière de nationalité…

Et tandis qu’on ne pourra faire qu’entériner les anciennes conditions (même Ouattara et le RDR appelleront à voter le «et» — candidat né de père et de mère ivoiriens) les «autristes» français hausseront le ton et en Côte d’Ivoire les tentatives de renversement de Guéi se multiplieront.


4) De l’élection de 2000 au 19 septembre 2002

Guéi, houphouëtiste comme ses comparses Ouattara et Bédié, entendra dès lors se faire investir comme tel, et notamment par le PDCI. Et lorsque la Commission électorale élimine Ouattara, sur la base de la Constitution, et Bédié, pour corruption, on a tellement oublié le candidat de l’opposition, Gbagbo, qu’on ne remarque même pas, dans la presse française, qu’on a un cas de figure typique d’une élection à l’européenne (houphouëtisme contre FPI socialiste). Et on est convaincu que «Guéi a éliminé tout ses adversaires». Tout juste si quelques-uns remarquent le 4ème homme, Gabgbo, en soutenant qu’ «il fait campagne sur le thème de l’ivoirité», sans noter, naturellement, qu’il ne revendique jamais le concept. Mais l’idée citoyenne, qui n’a jamais convenu aux Nègres, qui ne savent faire que de l’ethnisme, doit bien relever du tribalisme !

Et tous de s’étonner de l’élection de Gbagbo, cependant tant dénigré dans la presse internationale qu’il se retrouve immédiatement en proie à une insurrection, occasionnant un bain de sang, «conditions calamiteuses», regrette-t-il (conditions auxquelles il ne peut rien : ça a eu lieu avant même son investiture), qui lui valent une reconnaissance du bout des lèvres seulement, de la légalité, pourtant indubitable, de son élection.

Tout est en place pour se gâter. Puisqu’il n’est en outre ni le candidat de la Françafrique, ni le candidat des «autristes». Contre la Françafrique, au plan économique, il a le culot de lancer des appels d’offre ! Contre les «autristes», il a le tort de n’être pas Ouattara. Et il aura beau mettre en place un forum de réconciliation nationale, poser les conditions qui vaudront à Ouattara l’octroi de la nationalité ivoirienne, organiser des élections libres, qui verront, aux municipales, RDR, PDCI et FPI se partager chacun un tiers des voix (avec une légère avance pour les candidats du RDR, naturellement interprétée en France comme un triomphe), rien n’y fera. Il n’est ni «l’Autre», ni le Françafricain souhaité. Contre la Françafrique et contre l’ «autrisme» à la fois, l’abus trouve sans doute son point culminant en ce qu’il met en place — ce qu’ignore le grand public en France — CMU et école gratuite et obligatoire (mais ça forme des citoyens ! En Afrique, c’est l’ «ivoirité», ça !).

Pire que tout, le gouvernement de réconciliation nationale qu’il met en place obtient de réels succès, notamment économiques, que viendront stopper (8) la tentative de coup d’État du 19 septembre 2002, fait d’une rébellion qui, à l’appui (reconnu depuis) du pouvoir bien vu à Paris du Burkinabé Compaoré et du Libérien Taylor (fameux pour ses équipes de coupeurs de bras), descendra jusqu’à Abidjan, où elle assassinera Émile Boga Doudou, en poste au ministère de l’Intérieur, ministère que la France confiera à cette même rébellion par la suite (un peu comme si l’on confiait le ministère de l’Intérieur français à Yvan Colonna, qui est accusé d’avoir tué un préfet — que dire si c’était d’avoir tué le ministre de l’Intérieur ?) !

L’armée loyaliste, les FANCI, repoussera les rebelles jusqu’à Bouaké, où l’armée française bloquera tout le monde pour que l’on nous explique qu’elle a empêché la rébellion d’aller jusqu’à Abidjan d’où les FANCI venaient de les repousser ! Qu’importe, ça reste la thèse médiatique officielle jusqu’à aujourd’hui ! — et que Gbagbo soit donc reconnaissant à la Françafrique, sous peine de sanctions à l’ONU ! Telle est la réponse fournie à quiconque oserait faire remarquer que la France a des accords de défense avec la Côte d’Ivoire au cas où elle serait agressée, en échange de la dimension anecdotique de son armée à elle. Caducs ces accords, annonce la Ministre française de la défense au lendemain du 19 septembre 2002, sans que les principaux intéressés en aient été avertis jusque là !


5) Depuis Marcoussis

Paris exigera à Marcoussis du gouvernement légal qu’il admette la partition du pays, l’élévation des rebelles (sous le nom de «Forces Nouvelles») au Ministère de l’Intérieur dont ils ont assassiné leur prédécesseur et au Ministère de la Défense du pays qu’ils viennent d’agresser. À accepter sans discuter, sous peine, on le comprend, de voir les rebelles seuls au pouvoir — à moins sans doute que l’on en passe directement au protectorat pour protéger les Nègres d’eux-mêmes ?! — : les «autristes» agitent depuis beau temps le chiffon rouge rwandais. (Normal un Nègre est un Nègre et Rwanda – Côte d’Ivoire — ou accessoirement Soudan — tout ça c’est du pareil au même !)

Marcoussis est si invraisemblable que le Président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Mamadou Koulibaly, ne peut qu’en claquer la porte. Mamadou Koulibaly, «un dur» de ce Régime «ethniste», assurent les médias français, qui oublient en passant que selon leur classification, qu’ignore la Côte d’Ivoire, il est autant «musulman du Nord» que Ouattara. Mais qu’importe, lui est FPI, ce Parti qui a le culot de vouloir fonder la citoyenneté ivoirienne, qui — puisqu’elle ne saurait qu’être nationale, comme toute citoyenneté — est donc ici «ivoiriste» au sens entendu !

Colère du peuple face au coup d’État constitutionnel de Marcoussis, peuple dont on tente de minimiser l’ampleur des manifestations, non sans coller des «escadrons de la morts (9)», tuant au moment opportun, dans les jambes de Gbagbo !

Et les «autristes» de ne pas comprendre, puisqu’il n’y a pas de citoyenneté nègre, que leurs brûlots, comme le film belge «Poudrière identitaire», font chou blanc en Côte d’Ivoire, où il suffit de les sortir de «sous le manteau» où ils prétendent circuler et les passer aux heures de grande écoute à la télévision ivoirienne pour en évacuer le venin.

Après Marcoussis, Gbagbo, à qui l’on impose un «gouvernement de réconciliation» — comme s’il ne l’avait pas mis en place, mais de façon légale, avant — s’efforcera de faire passer, dans le cadre de la légalité et de la Constitution, avec vote au parlement, ce qu’on prétend lui imposer.

Les rebelles, eux, en l’absence de pression de la France, refuseront de désarmer comme ils sont censés le faire. Et — l’ONUCI se montrant tout aussi impuissante — lorsque le pouvoir légal ivoirien s’avisera de faire désarmer lui-même des rebelles qui se sont entretués et qui ne représentent plus qu’eux-mêmes, il sera accusé d’avoir attaqué délibérément l’armée française, qui, le 6 novembre 2004 décidera précipitamment de détruire les faibles moyens aériens ivoiriens, militaires (constitués parce que les accords de défense avec la France sont «caducs») et civils, de bombarder les palais présidentiels de Yamoussoukro et Abidjan, de prendre l’aéroport d’Abidjan au prix de tirs au canon de 20 mm depuis les hélicoptères de combat sur une foule tentant à mains nues de manifester contre ce coup de force — cela non sans faire mine ensuite de s’étonner de sa réaction et de ses menaces contre les intérêts français. Et de faire descendre les chars de la ligne de front pour cerner la résidence présidentielle au lieu de protéger les ressortissants français, tandis que 4000 évadés de la MACA (gérée par le RDR selon la volonté de Marcoussis), dont l’auteur du casse qui a alimenté les rebelles avant que les États de la BECEAO n’assèchent leurs devises. Encerclement de la résidence présidentielle, puis de l’Hôtel Ivoire, au prix de nouveaux tirs sur la foule. Combien de morts ? Après une série interminable de tergiversations, contorsions et mensonges (relayés complaisamment par la presse française) on en concédera désormais «une vingtaine» sans même esquisser quelque regret ou compassion ! En fait soixante-trois morts et quelques milliers de blessés.

Et la France, comme juge et partie, de faire condamner la Côte d’Ivoire à l’ONU, à l’appui, contre leurs peuples qui soutiennent la Côte d’Ivoire républicaine, de quelques vieux dinosaures bien connus de la Françafrique.

Contre leurs peuples ! — : l’Histoire fera la relecture de ces événements, qui ont fait de Gbagbo le porte-parole incontournable de la citoyenneté des Africains contre tous les «Y’a bon Banania» grimés du masque de l’idéologie de l’Autre.


___________________________
(1) Et accessoirement tel article de tel journal à la réputation inentamable (Le Monde du 11.11.04, Éric Fottorino, article «Ivoirité»).
(2) «Ils sont naturellement joyeux» assurera encore Jacques Chirac le 15 nov. 2004 (Le Monde, éd. du 16.11.04).
(3) Système analysé par F.-X. Verschave, La Françafrique, Paris, Stock, 1999.
(4) Jeune Afrique (aujourd’hui L’intelligent) n° d’août 1984 - qui à l’époque est assuré de sa «nationalité voltaïque», dira quelques années plus tard s’être alors trompé ! Comprenne qui pourra…
(5) Ainsi Jacqueline Oblé, dans Le Patriote journal du RDR, 28. 07 .1999.
(6) Dans Le Figaro du
25. 11. 1999.
(7)
Cf. Alain Finkielkraut, Au nom de l’Autre, Paris, Gallimard, 2003 : «l’idéologie de l’Autre» consiste à repérer des… «persécutés potentiels» – «l’Autre» – pour stigmatiser ceux qui incarneront en contrepartie la mauvaise conscience d’une Europe qui ne peut pas se pardonner d’avoir persécuté «l’Autre» jusqu’à l’exterminer. Ouattara est devenu «l’Autre» qui vaut la stigmatisation de tous ses adversaires. (Depuis — mais n’est une autre histoire — Finkielkraut a lui même succombé à ses propres mises en garde en se prenant lui-même pour l’Autre !). Même des dénonciateurs de la Françafrique (cf. Billets d’Afrique, de Verschave, par ex. n° 112, mars 2003) s’y sont, dans un premier temps, trompés ! — par la suite Verschave a dénoncé clairement l’attitude de la France en CI (cf. Le Courrier d’Abidjan 23.12.2004).
(8) Cela non sans d’autres bénéfices économiques dans l’ombre ! Cf. Mamadou Koulibaly, dans libres.org : «Au début septembre 2002, le marché international du cacao avait anticipé une production en Côte d’Ivoire qui dépassait le million et demi de tonnes, tandis que les acheteurs à Londres avaient tablé sur 700 à 800 mille tonnes. La production doublant, le prix à terme avait commencé à baisser (moins de 600 £ la tonne). Curieusement, il s’est trouvé quelques clients sur le marché pour acheter alors que tout le monde savait que le cours était à la baisse et que les pertes seraient extraordinaires. Parmi ces clients, il y avait de gros assureurs ayant perdu beaucoup d’argent dans les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis ; de gros acheteurs qui avaient fait de mauvaises opérations sur le Pétrole au Venezuela. Une fois qu’ils ont eu fait le plein, une rébellion s’est déclarée. Cible : la zone de production du cacao. En une semaine, le cours du Cacao est passé de 600 £ la tonne à plus de 1 500 £ la tonne. Ces gens ont liquidé rapidement tout leur stock et ont disparu du marché avec plusieurs milliards de Livres en poche. Enquête menée, il leur a suffi d’acheter quelques armes pour les rebelles et de les piloter sur la zone de production du cacao.»
(9) Cf. Le Monde du 8 février 2003. Le Monde a depuis été condamné pour diffamation par la justice française, perdant son procès intenté par le couple Gbagbo.




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«Ivoirité» et «francité»

Par Delugio :: mardi 15 août 2006 à 12:58 :: Analyses & commentaires




Les Français, sûrs de leur propre dépassement de toute considération «ethnique» dans ce qu’est la… «francité», ont été rebutés en croyant comprendre que les tribunaux ivoiriens refusaient un candidat à la Présidence de la République, Alassane Ouattara, au regard de ce qu’il serait «musulman», et que donc que son «ivoirité» serait en question. Présenté de cette façon, il y a de quoi être rebuté, en effet ! Hélas, c’est bien comme cela que les choses ont été présentées, provoquant un grand scandale du public français ; scandale légitime ; d’autant plus qu’il est vrai qu’en France, les candidats «musulmans» à la Présidence de la République se pressent sur les bulletins de vote…

Mais allez dire à présent que les Ivoiriens ne comprennent pas une once des développements français sur l’ «ivoirité». Ajoutez à cela qu’ils ont même mis en question le qualificatif de «musulman» concernant Alassane Ouattara, et tout est en place pour le cocktail explosif franco-ivoirien que l’on continue à secouer ! Les Français sont tellement persuadés des éléments ci-dessus, qu’ils n’ont de recours que de décréter que les Ivoiriens sont, au minimum, de mauvaise foi.

Ce qui produit un sentiment de trouble chez les Ivoiriens qui ont l’habitude de croire que les Français sont rationnels ; que, se réclamant de Descartes, ils ont le sens des distinctions et de la clarté. Mais voilà que les Français se montrent incapables de faire la distinction entre religion et patronyme, ou en d’autres termes entre l’indication «ethnique» que peut éventuellement déceler le patronyme, la religion supposée y correspondre et la pratique ou l’appartenance à cette religion, puis entre la supposée indication «ethnique» patronymique et la citoyenneté par la nationalité ; de même qu’ils se montrent incapables de faire la distinction entre la nationalité et l’éligibilité, puis entre l’éligibilité à la Présidence de la République et à une autre fonction ; tout comme ils se montrent incapables de comprendre qu’on peut avoir été (ou être) Premier ministre sans remplir pour autant les conditions constitutionnelles d’éligibilité — à ce point on peut soupçonner une légère mauvaise foi française concernant l’Afrique, puisque les Français se montrent capables de faire ce genre de distinctions concernant les États-Unis (personne en France n’a remis en question l’inéligibilité de Madeleine Allbright ou Henry Kissinger, fondée sur des raisons pourtant similaires à celles qui valent en Côte d’Ivoire).

Reste que les Ivoiriens s’étonnent de la lourdeur conceptuelle de ceux qui sont pourtant réputés, et souvent se prétendent, enfants de Descartes !

À cela s’ajoute le trouble concernant le concept, pourtant réputé français lui aussi, de «laïcité». Voilà qu’il semble impossible de faire comprendre à un Français, qui clame haut et fort sa revendication de la «laïcité», que le fait que Ouattara s’appelle Alassane ne garantit nullement qu’il soit musulman, chose qui ne regarde que lui. Ainsi lorsque les Ivoiriens se sont efforcés, concernant l’accusation française contre le constat constitutionnel de son inéligibilité (en 1999), d’essayer d’expliquer qu’il était douteux qu’il soit musulman, les Français n’ont pu qu’y voir une preuve supplémentaire d’ostracisme, là où il y avait simple affirmation (sans doute maladroite) de la laïcité de la Côte d’Ivoire : bref, façon de dire que la question de la religion de Ouattara ne trouble personne, au point qu’on croit même pouvoir dire qu’il n’est pas plus musulman que ça !

Et en France, on s’indigne ! Quel ostracisme, on le refuse pour cela ! Et qu’importe s’il a été Premier ministre (mais à l’époque en France, qui le sait — «au fait, c’est où la Côte d’Ivoire ?»), Premier ministre «musulman» ! Au contraire, raison de plus de s’indigner («c’est bien la preuve qu’il est éligible !» clament les médias français. «Ah bon ?» ironise quiconque n’a pas perdu tout sens critique). Mais nul de se demander si cela-même serait possible en France. Préfet peut-être, mais Premier ministre ! Il est vrai qu’on s’empresserait tout d’abord de bien faire remarquer qu’il est «musulman» ; même si le «musulman» en question, s’escrimant à nier ce statut-là, clame éventuellement son athéisme, peu importe : s’il s’appelle Mohammed ou Aïssa, il est donc musulman !

C’est là sans doute le cœur du problème franco-ivoiren : en France, on semble ne pas parvenir à ne pas confondre origine patronymique et appartenance religieuse, en tout cas pour les «minorités religieuses». Si en Côte d’Ivoire la laïcité n’empêche personne de proclamer sa foi s’il en a, et de n’avoir pas de pratique religieuse s’il le souhaite, et quelle que soit sa religion, en France, la laïcité tend à se réduire au devoir, pour un catholique — et a fortiori pour un «minoritaire» — de taire sa foi, et au droit, pour un «catholique» d’origine, de proclamer son athéisme — cet aspect-là est tacitement refusé aux non-catholiques. Non pas qu’ils n’aient pas le droit d’être incroyants comme les autres, mais qu’ils soient croyants ou incroyants, ils garderont qu’ils le veuillent ou non l’étiquette de leur religion «minoritaire».

C’est ainsi qu’un agnostique ou un athée «catholique» en France laïque est un agnostique ou un athée, tandis qu’un agnostique ou un athée «juif», «musulman» ou «protestant» est «juif», «musulman» ou «protestant» (demandez à Lionel Jospin) !

C’est ainsi que la France laïque clame sur tous les toits sa «tolérance» pour avoir nommé un préfet «musulman». Bref, pour l’avoir fait accéder à la plénitude de la «francité»… qui a toujours été sienne ! Qu’a-t-il de musulman ? Son patronyme ! Comme si un patronyme avait une religion ! Quant à sa religion à lui, nul ne la connaît que lui — et grâce à Dieu, nul n’a à la connaître ! Tout comme celle de Ouattara, n’en déplaise aux Français. Tout comme celle de Mamadou Koulibaly, qui au sens français, est autant «musulman», et «du Nord», que Ouattara, mais cela, les médias français l’ignorent — pour ne par dire : le cachent — parce que le fait que le «dur du régime Gbagbo» n’entre pas dans la catégorie «ethnique» censée être la catégorie «ivoiriste» renverse tout l’échafaudage anti-ivoirien sur lequel s’est installée l’intelligentsia française.

«Musulman du Nord» : on a bien forgé une catégorie ethnique, et qu’importe si elle ne cadre pas avec la réalité politique ivoirienne, c’est une grille commode qui permet au public français de comprendre ! Et fausse comme est cette grille, on le saisit, de ne rien comprendre ! — et de garder bonne conscience, d’être du bon côté dans la crise qui l’oppose volens nolens à la Côte d’Ivoire, tout en croyant être neutre dans une crise interne !

Catégorie ethnique comme on les fait fonctionner en France, mais qui est inexistante en Côte d’Ivoire. Nul ne note en France qu’un préfet est catholique (ça c’est reconnu comme non-ethnique, mais religieux, et ne devant donc pas être précisé), nul ne note non plus qu’il est Occitan, Breton ou Alsacien, en cela la « francité » n’est pas mise en doute — mais en revanche, puisqu’il n’y en a qu’un, il semble invraisemblable de ne pas faire la Une des journaux pendant plusieurs jours sur la nomination d’un préfet « musulman », pour une catégorisation qui est bel et bien reçue comme «ethnique», puisque sa foi religieuse s’il en a, ne regarde, à juste titre, personne. C’est ce type d’embrouillamini français ethno-religieux qui est projeté sur le reste du monde et en premier lieu sur les ex-colonies françaises. Il n’est pas indifférent de remarquer qu’aux temps officiellement coloniaux, «musulman» était une catégorie de type ethnique, puisqu’on le sait, en Algérie par exemple, on opposait «musulman» à Européen ! Voilà probablement la source de l’incapacité française à comprendre des distinctions élémentaires pour les Ivoiriens.

Une incapacité à comprendre qui est nourrie par tout ce que le fait de ne pas comprendre (d’être un «mal-comprenant» !) peut avoir de flatteur : dans un pays qui s’enorgueillit de sa tolérance pour avoir un unique préfet «musulman», il serait troublant de remarquer qu’en Côte d’Ivoire, le nombre des responsables politiques, administratifs et autres portant ce qu’en France on considèrerait comme un patronyme « musulman » correspond à la proportion de ces patronymes dans le reste de la population (sans «quotas», évidemment), et cela dans tous les partis, et sans que quiconque ne se croie obligé de le remarquer.

Projeter un tel brouillard sur les autres, permet de ne pas regarder le sien, de traiter les autres de racistes, de porter Le Pen au second tour de la présidentielle, de ne pas l’élire tout en gardant des pans entiers de son programme concernant les étrangers (cela contre 5 % d’immigrés, là où la Côte d’Ivoire en compte entre 25 % et 35 %), de ne pas ratifier la Convention de l’ONU sur le droit des migrants et d’aller, au nom de l’universaliste «francité», faire la guerre à la Côte d’Ivoire en prétextant on ne sait quelle «ivoirité».


«Ivoirité» : le «concept»

«Ivoirité» nous dit-on, puisqu’on tient à maintenir ce prétexte commode de l’ingérence française en Côte d’Ivoire. Au nom de l’ «ivoirité», le gouvernement légal ivoirien maintiendrait à l’écart l’opposition, et notamment le RDR de Ouattara. Contre cela, on prétend imposer au président élu un gouvernement d’union nationale. Mais ce que l’on ne nous dit pas, et que donc la plupart des Français ne savent pas, c’est que la rébellion a tenté de renverser un gouvernement d’union nationale, incluant le RDR, mais mis en place, celui-là, par Gbagbo. Ouattara et sa nationalité ? — «douteuse» en 2000 selon les tribunaux ivoiriens, non pas comme on le répète en France, pour n’avoir qu’un seul parent ivoirien (on peut être indubitablement ivoirien en n’ayant qu’un seul parent ivoirien !), mais parce que l’état civil du candidat semblait alors, selon les tribunaux, difficile à définir de façon claire. Depuis, le problème ne se pose plus puisque la nationalité ivoirienne lui a été accordée au cours du forum de réconciliation convoqué à la demande de Gbagbo (mais une certaine mauvaise foi tient à confondre nationalité et éligibilité). «Ivoirité» ? Qu’est-ce à dire alors, si l’on sait en outre que tout étranger peut demander et obtenir la nationalité ivoirienne comme dans n’importe quel pays (et de toute façon beaucoup plus facilement qu’en France, où aucun étranger candidat à la nationalité n’ignore l’imbroglio de tracasseries auxquelles on le soumet !). Si l’on ajoute à cela le fait que l’opposition anti-Gbagbo rassemble aujourd’hui (dans le «G7») à la fois celui qui est réputé avoir remanié le concept d’ «ivoirité», Bédié, celui contre qui il est réputé l’avoir employé, Ouattara, et ceux qui, en faveur de celui-ci, ont pris les armes pour voir réviser la constitution qu’il avait lui-même appelé à voter quelques mois avant ! — on est fondé à se poser quelques questions !

Et qu’importe si, au temps où les comparses d’aujourd’hui, «ivoiristes» et «anti-ivoiristes», se querellaient joyeusement, la France n’y trouvait rien à redire (tout au plus y retrouvait-elle quelque chose d’équivalent aux questions sociétales des querelles droite-gauche parisiennes) : mais qui daignait remarquer que Bédié et Ouattara avaient la même politique économique ? — : celle du transfert aux groupes français des ressources ivoirennes. Alors qu’importe le flacon «ivoiriste» ou «anti-ivoiriste» pourvu que Paris ait l’ivresse ! — pourrait-on dire. À partir de là, il est aisé de reprocher au FPI d’être confronté à une situation difficile à gérer — un peu trop aisé quand on sait la façon dont la France gère ses problèmes communautaires !

Mais au fait, qu’est-ce donc que cette fameuse «ivoirité» ? Un concept ethnique, nous assure-t-on. Et le profane, dorénavant bien renseigné, de se lancer alors, en ethnologue, à la recherche de la fameuse ethnie : la tribu «Ivoire» probablement. À force de compulser les manuels d’ethnologie, d’interroger les expatriés et les touristes ou de faire le touriste lui-même, il finira bien par la débusquer, la fameuse tribu ! Mais voilà, pas de tribu «Ivoire» en cette région, pas même sur la «Côte» (ne nous a-ton pas dit que la tribu en question est une tribu «chrétienne et animiste» du Sud), ce qui aurait pu expliquer le nom du pays, Côte d’Ivoire. Mais rien. Aucune des «tribus» du pays qui réponde au nom d’ «Ivoire» !

Un peu d’histoire alors ? (Que les Ivoiriens m’excusent pour les considérations «ethnographiques» suivantes, qu’ils ne prennent même pas la peine d’opposer aux classifications françaises, mais qui peuvent aider les Français à enfin s’interroger sur le fameux découpage «ethnique» qui fonde leur compréhension de l’ «ivoirité» !) Trois présidents successifs sont censés avoir été «ivoiristes» : Bédié, mais il est Baoulé (du Centre), Guéi, mais il était Yacouba (de l’Ouest), Gbagbo, mais il est Bété (de l’Ouest aussi, mais un peu plus au Sud), sa femme (une «dure»), mais elle est Abouré (de l’Est), le «dur» du Régime, Mamadou Koulibaly (mais il est Sénoufo, «musulman du Nord»).

Qu’ont de commun ces trois présidents (et pour Gbagbo les «durs» qui l’entourent) réputés «ivoiristes» ? Apparemment, rien sur le plan ethnique ! Mais qu’ont-ils donc de commun ? Une seule chose : ils ont à un moment ou à un autre été opposés à Alassane Ouattara. D’où la définition provisoire suivante que l’on pourrait proposer (en l’absence de toute autre) : «l’ "ivoirité" est un concept français qui désigne le fait, pour un Ivoirien, de n’être pas Alassane Ouattara» !

Aux origines : Pour instaurer la République comme démocratie, on doit nécessairement poser comme préalable un concept de citoyenneté. Ce qui suppose la création d’un concept de nation, comme dépassement des appartenances ethniques. Mais depuis les années 60, contre la mise en place d’une réelle citoyenneté en train de se forger, on fera fonctionner le clientélisme au plan électoral comme il fonctionne au plan du commerce en général. La masse d’immigrés (entre 25 % et 35 %) venus travailler à la monoculture cacaoyère que la pyramide Nord-Sud concède à la terre «indépendante» servira ponctuellement de supplétif électoral — mais que jamais on ne les fasse passer au creuset de la citoyenneté par l’octroi sérieux de la nationalité ! Alors des années 60 jusqu’au temps de la primature de Ouattara incluse (il contribuera pour une bonne part au développement du futur concept en mettant en place les cartes de séjour), les étrangers oscilleront entre appels, expulsions, cartes d’identité temporaires, le temps d’un vote, cartes de séjours plus ou moins provisoires. Ce que Gbagbo dénoncera dès lors, alors qu’il ira d’exil en prison, sous Ouattara, comme exploitation de «bétail électoral».

Avantage françafricain certain de ce système : il rend quasiment impossible le développement d’un concept ivoirien de citoyenneté, d’une vraie ivoirité (au sens non chiraco-bédiéiste ! – cf. ci-dessous). Et consolide la pyramide économique françafricaine sur la base d’une pyramide d’appartenance nationale : la francité (seule légitime !) au sommet, Houphouët-Boigny citoyen français unique, et les autres, à ranger au gré des ethnologues dans on ne sait quelle hiérarchie tribale !

Plus tard Bédié s’emparera de la question. Une loi a en effet été votée selon laquelle le candidat à la présidence de la République doit être ivoirien de naissance (de même qu’aux États-Unis — moins drastiques pourtant que bien d’autres pays). Loi de circonstance objecte-t-on ! Quoiqu’il en soit, Ouattara lui-même s’est plié, et, dans un premier temps, ne s’est pas présenté, en attendant une modification de la loi.

En 1999, s’annoncent les prochaines élections de juin 2000. Avec l’appui et le soutien explicite du FMI (lettre ouverte de son directeur Camdessus à la Côte d’Ivoire, datée du 15 septembre 2000, en faveur de Ouattara qui a été fonctionnaire du FMI après avoir été fonctionnaire de la BECEAO au titre du Burkina Faso), Ouattara annonce sa candidature, provoquant une série de démissions dans son parti, le RDR, cette scission «moderniste» au sein de l’ancien parti unique, le PDCI. (Les démissionnaires – Jacqueline Oblé, co-fondatrice du Parti ; Matthieu Tagbo, réprésentant du RDR à Paris, etc. – mettent en garde contre les risques de cette candidature qu’ils jugent non-constitutionnelle, et préfèrent que l’on promeuve d’abord une modification de la loi – ainsi Jacqueline Oblé, dans Le Patriote, journal du RDR, le 28. 07 .1999)

Bédié (candidat de Chirac) s’empare du concept de citoyenneté ivoirienne, qui deviendra donc célèbre sous ce qualificatif d’ «ivoirité», concept dont il sait qu’il pourrait être parfaitement légitime, mais dont il use pour rappeler que son adversaire, houphouëtiste comme lui, n’est pas présidentiable. Querelle de famille apparemment : à des nuances près, ils ont la même politique, celle de Paris / ou FMI version Paris. Où l’on ne peut donc que se réjouir de voir la bataille électorale prendre une allure de vraie bataille électorale, tout en assurant l’avenir du système françafricain. Similaire en quelque sorte à la querelle des anciens et des modernes au sein du RPR d’alors entre les chiraquiens et les balladuriens (ces derniers proches de Ouattara déjà au temps où il privatisait au profit des grands groupes français : rien de changé, mais tout ça avait une bonne allure «moderne»). Côté anciens, on soutient Bédié : Bernard Debré explique (dans Le Figaro du 25. 11. 1999 — de façon irréfutable d’ailleurs) qu’il n’y a pas lieu de faire un tel tollé en faveur de la candidature de Ouattara : Madeleine Allbright non plus ne pourrait pas se présenter à la présidence américaine, et pour la même raison que Ouattara, sans que nul ne s’en offusque. Car à Paris certains s’offusquent. Et qu’importe si à la même époque Daniel Cohn-Bendit se voit refuser la candidature à la Mairie de Paris (qui n’est tout de même pas la présidence de la République !) pour cause de nationalité franco-allemande. Ouattara a trouvé la corde sensible : il a expliqué devant les beaux milieux parisiens qu’on lui refuse de se présenter parce qu’il est musulman ! Jusqu’alors ce genre d’idée n’avait pas été conçu en Côte d’Ivoire : un «musulman» (Ouattara lui-même) avait même été Premier ministre — chose inimaginable en France ! À Abidjan, on va jusqu’à s’étonner (parfois maladroitement) de découvrir que Ouattara est «musulman» ! — ce qui n’est pas un concept ethnique ! Mais à Paris, cela fait mouche. La Côte d’Ivoire sera désormais le faire valoir et l’exutoire de la frilosité française à l’égard des musulmans. À ce point, Ouattara a emporté, avec l’appui de la droite «moderne», celui des tenants, de gauche, de l’opposition à ce qu’ils croient être du racisme ! Ce qui présente l’avantage, pour une France qui s’apprête à porter Le Pen au second tour de la présidentielle, de fournir un bouc émissaire commode : les racistes sont les autres…

Dorénavant, quiconque ne sera pas Ouattara ou ouattariste sera « ivoiriste ». Même s’il ne reconnaît pas le concept. Même si dans un premier temps, il a semblé rouler pour Ouattara (Guéi au moment de son coup d’État — qualifié par Ouattara de «révolution des œillets»).

Et qu’importe si Gbagbo ignore tout de ce concept (cf. forum nouvelobs.com, 20.11.04) ; qu’importe si le «dur du Régime Gbagbo», Mamadou Koulibaly est au moins autant « musulman du Nord » que Ouattara ; qu’importe si Blé Goudé dit ne pas comprendre ce concept (cf. forum nouvelobs.com, 01.12.04) : ce concept, français, reste, en France, la clé de lecture de la crise franco-ivoirienne. Quiconque n’est pas Ouattara ou ouattariste est «ivoiriste», quiconque s’allie à Ouattara cesse ipso facto d’être «ivoiriste». Ainsi Bédié, censé être pourtant, nous a-t-on dit, l’ «inventeur» de l’ «ivoirité». Le «G7», ce regroupement des rebelles et de partis se réclamant de l’houphouëtisme, l’a sorti de l’ornière, puisqu’il s’y est allié à Ouattara.

Ce qui permet d’affiner la définition proposée de l’ «ivoirite» : «l’ "ivoirité" est un concept français qui désigne le fait, pour un Ivoirien, de n’être pas Alassane Ouattara, ni un des ses partisans ou alliés.»

Voilà donc un concept français, qui n’a pour sens aux yeux des Ivoiriens que de leur dénier le droit de développer une notion de citoyenneté indépendante de la «métropole», qui est seule habilitée à décréter ce qui convient, sous peine d’envoyer son armée sans laquelle «ils seraient incapables de vivre ensemble». Et on s’étonne que les Ivoiriens voient dans l’ingérence française, économique, conceptuelle, puis militaire, une intervention coloniale !





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Au lendemain du décès de l'ambassadeur Carlos Belli Bello...

Par Delugio :: lundi 14 août 2006 à 14:59 :: Articles de presse




"L’ambassadeur d’Angola en Côte d’Ivoire a tiré sa révérence, samedi, dans un hôpital de Cap Town, en Afrique du Sud, à 62 ans." (Frat.Mat 14.08.06)

Ci-dessous un article de février-mars 2005 d'un journal burkinabè d'opposition rendant hommage à ses prises de position en faveur de la Côte d'Ivoire républicaine :


«LE CRI DU CŒUR DE L’AMBASSADEUR ANGOLAIS CARLOS BELLI BELLO»

(Article CENSURÉ en son temps sur blogs.nouvelobs.com)

San Finna (journal burkinabè) N°352 du 27 Février au 05 Mars 2006 — http://www.sanfinna.com/ARCHIVES/Archives352/CoalitionIrak.htm :

«On a beau se dire que tout bouge, que même les conventions diplomatiques les plus établies finissent par évoluer avec l’effet du temps, on reste quelque peu pantois en lisant l’entretien que l’Ambassadeur d’Angola en Côte d’Ivoire, Carlos Belli Bello, a eu avec le quotidien « Notre Voie » qui l’a publié le 23 Février 2006.
C’est un kaléidoscope détonnant de fraternité, de courage, de dignité africaine. Au terme de l’entretien, on se découvre un surplus de raisons d’être fier de son africanité mais plus important, on se convainc qu’il y a des ressources insoupçonnées de patriotisme qui gisent dans les âmes africaines et qui fondent l’espoir que le continent ne sera pas ce long fleuve de noir pessimisme qui coule inexorablement vers l’embouchure du néant.


Demandez à Carlos Belli Bello, qui porte bien son nom, si Laurent Gbagbo a le sens de la parole donnée, et il vous répondra « du tic au tac » : « Après l’élection de Son excellence Monsieur Laurent Gbagbo, le 22 octobre 2000, en tant que conseiller du président Dos Santos pour les questions africaines, j’ai adressé une correspondance au président élu pour le féliciter de sa victoire et lui souhaiter beaucoup de succès dans ses nouvelles fonctions. Je l’ai prié de mettre fin aux activités de la rébellion angolaise en Côte d’Ivoire». Sans déclencher une chasse aux sorcières, Laurent Gbagbo, on le sait, a mis fin aux activités de l’UNITA et Carlos Belli Bello le souligne à sa manière : « Le président Gbagbo non seulement a parlé mais a tenu parole. Cela a été quelque chose d’important dans la mesure où les gens nous avaient habitués au double langage ». Où est le Boulanger, où est cet Hitler que dépeignent complaisamment tous ces médias françafricains en manque de surenchère caricaturale ?

C’est curieux : Carlos Belli Bello vient d’un pays qui a été colonisé depuis le XVème siècle par le Portugal ; il porte un nom à consonance portugaise mais il n’en a pas moins l’âme africaine chevillée au corps. Il aime l’Angola, il aime l’Afrique. Tenez : à ceux qui ont fait courir le bruit que les troupes angolaises envoyées à la rescousse du pouvoir ivoirien ont été taillés en pièces, massacrés par les rebelles, l’Ambassadeur répond : « si l’Angola avait envoyé des troupes en Côte d’Ivoire, il n’y aurait plus de rébellion dans ce pays. Tous ceux qui parlent au nom des mouvements armés se seraient très vite retrouvés réfugiés dans les pays limitrophes. Notre armée est capable de faire le ménage en moins de 24 h. Que ce soit clair une fois pour toutes. L’armée angolaise, fort de son expérience, est capable de faire le ménage loin de ses frontières».

Il « déménage » comme pas possible, Carlos Belli Bello. Jamais on a vu un Ambassadeur parler comme ça. Ca redonnerait à la jeunesse africaine, qui désespère des intellectuels et gouvernants africains, des vocations ! Quand notre homme parle des phénomènes de néo-domination, il n’a pas son pareil ; « il va jusqu’au bout du goût », comme disent les Ivoiriens : «Votre système bancaire dépend entièrement du trésor français. La masse d’argent que génèrent le transport, les matières premières est déposée dans les banques françaises».
Le problème de Laurent Gbagbo, ne craint-il pas de préciser, c’est qu’allant au-delà des velléités de Henri Konan Bédié de contrôler la filière café-cacao, il s’est piqué de restituer à la Côte d’Ivoire les fruits de son labeur. Alors là, il a vu se dresser devant lui la puissance malfaisante des prédateurs internationaux. En Angola aussi, dit l’Ambassadeur, cette communauté internationale voulait aussi, par le truchement de l’UNITA, donc au prix d’un quasi génocide, accéder au contrôle des richesses nationales mais les Angolais ont su y faire face. Ils l’ont fait avec panache en demandant aux Casques bleus, dont le jeu avait été découvert, de quitter le pays pour laisser les Angolais régler eux-mêmes leurs problèmes et Carlos Belli Bello de souligner : «Nous avons réglé nous-mêmes le conflit avec la rébellion sans l’aide des Nations unies et de la communauté internationale ». Il a foi que les dirigeants ivoiriens, s’ils continuent de jouer de courage et de pédagogie, réussiront aussi : «Nous avons confiance dans le patriotisme du peuple ivoirien et nous sommes convaincus qu’il remportera la victoire. ».

Si dans certains cercles, on considère Charles Konan Banny comme un pion de la Françafrique, Carlos Belli Bello semble vouloir lui accorder le bénéfice du doute. Le gratifiant non sans ironie du label de « patriote », il préconise de le juger sur pièces. Mais il ne fait pas de cadeau à tous ceux qui se sont déclarés du complot pour entraver les Ivoiriens et partant, blesser à travers eux la dignité des Africains. Tenez, sa position est claire par rapport aux manifestations des 16, 17, 18 et 19 janvier, suite à la fameuse décision du GTI : «la grande victoire des manifestations des 16, 17, 18 et 19 janvier, c’est qu’elles ont obligé la communauté internationale à clarifier sa position sanctionnée par la déclaration du président Olusegun Obasanjo, président de l’Union africaine, le 18 janvier ». Et pour lui, la visite du président nigérian qui a suivi ces évènements a permis d’avoir une position claire sur le sujet, et il fait état des points 1, 2 et 3 dudit communiqué : “Le Groupe de travail international n’a pas de pouvoir pour dissoudre l’Assemblée nationale. Le Groupe de travail international n’a pas dissous l’Assemblée nationale à l’issue de sa réunion du 15 janvier 2006. Il invite le président de la république et le Premier ministre à poursuivre les consultations en vue de parvenir à une solution politique dans les jours à venir”.

Cette solidarité, dont le peuple ivoirien a tant besoin, il la lui garantit sans partage : « Si j’étais un jeune Ivoirien, je serais descendu dans la rue pour protester contre la décision du GTI inacceptable et qui offense la dignité nationale ivoirienne. Moi également, je me sens insulté. Ce sont les jeunes, les femmes et la société civile qui ont défendu les institutions de la Côte d’Ivoire». Qui dit mieux ?

Pour Carlos Belli Bello, la politique des sanctions des Nations Unies dans cette affaire manque de base éthique : «Il y a deux poids deux mesures dans la décision des Nations unies. L’acharnement contre les jeunes patriotes démontre l’incapacité des Nations unies à régler les vrais problèmes de la Côte d’Ivoire ».
A rythme-là, fait-il remarquer mi-figue mi raison, le temps n’est pas loin où lui-même pourrait être sanctionné pour avoir dit ses vérités. Mais comment pourrait-il, lui, continuer à se regarder dans un miroir s’il se tait lorsque «Ceux qui défendent les mains nues la république sont punis tandis que ceux qui tuent sont ignorés » ?

Si c’est la nature injuste des relations internationales qui le veulent, qui font qu’on ne sanctionne pas les membres permanents du Conseil de Sécurité comme les USA qui mènent une guerre injuste en Irak, passe encore, mais il n’a pas de mots pour dénoncer la félonie du frère Annan : «Je regrette qu’un africain originaire du Ghana, pays phare dans la lutte pour l’émancipation du peuple noir, ait perdu toute sa dignité et joue volontiers contre les intérêts de l’Afrique ». L’Ambassadeur, sur la question, a tout dit, c’est sans appel.

Quant à l’exécutant Pierre Schori, il regrette que cet homme, qui a tant lutté dans les années 60 pour l’émancipation de l’Afrique, ait ainsi changé comme la nourriture tourne au contact de mains extérieures. Pierre Schori n’était pas comme ça, nous apprend-il ; s’il n’a pas crapahuté, « barbouzé » dans le bon vieux temps avec lui, ils ont ensemble battu le macadam à Stockholm pour protester contre la politique américaine au Vietnam mais grand Dieu, comme l’homme a changé. Carlos Belli Bello, grand philosophe, conclut cependant : « Chacun de nous a sa conscience, et nous serons jugés par l’histoire».

Pour ce qui le concerne en tout cas, le tribunal de l’histoire ne l’inquiète pas : «Je suis tranquille et fier ici de représenter l’Angola et d’accomplir mon devoir de militant de la révolution africaine et de diplomate ».

Mais quelle mouche a donc piqué Carlos Belli Bello, à un moment où il ne fait pas bon de prendre de telles positions (demandez à Me Hermann Yaméogo !), à un moment où rien n’est encore joué, où la ligue jurée de la communauté internationale montre plus que jamais, grâce aux « collabo » africains, sa hargne à réduire la résistance ivoirienne pour qu’il s’expose ainsi allant jusqu’à prêter ce serment de fidélité sans partage pour la défense de l’indépendance de la Côte d’Ivoire : « Je répondrai toujours présent jusqu’à mon ultime souffle à l’appel du peuple frère de Côte d’Ivoire » ? C’est tout simplement poignant.

Ne craint-il pas, rendu à ce stade, que ses déclarations lui attirent les foudres de quelque capitale occidentale ou même que sa hiérarchie lui remonte les bretelles ? Ne craint-il pas en particulier les réactions de l’opposition ivoirienne ? Sans fioritures, il affirme que «L’Angola soutient sans ambages, la légitimité qui est incarnée par le président élu au suffrage universel ainsi que les élus du peuple» Que cette prise de position puisse énerver, il s’en bat proprement l’œil ! L’homme sait de quoi il parle.

Alors qu’on s’approche de la fin de cet entretien, on a envie de dire à l’africaine « merci » à l’Ambassadeur d’Angola, merci à lui de se constituer en défenseur de l’Afrique, de porter témoignage par son courage, que la « trahison des clercs » n’aura pas raison de la dignité des Africains, que la collusion des dirigeants africains avec la Françafrique, la communauté internationale, ne domptera pas la détermination la fierté des Africains. Merci de nous rassurer qu’entre l’Angola et l’Afrique du Sud, pays africains phares de la lutte pour la liberté, les complots et les manigances pour les antagoniser n’auront aucune prise car ce serait comme s’aventurer à mettre le doigt entre l’arbre et l’écorce. Mais enfin et surtout, chapeau bas pour cet entretien fondateur qui va servir, au-delà de la Côte d’Ivoire, la cause de la lutte africaine en aidant à désarmer ici et là, les compromissions, les lâchetés.
Victory Toussaint»



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L’enfermement médiatique français sur la question de la Côte d’Ivoire

Par Delugio :: samedi 12 août 2006 à 10:55 :: Analyses & commentaires




(L'annonce de l'article ci-dessous a été CENSURÉE SUR blogs.nouvelobs.com en même temps que l'annonce de celui-ci)



L’enfermement médiatique français — et parfois occidental — sur la situation en Côte d’Ivoire, dans des positions qui s’avèrent de plus en plus intenables, trouve des fondements dans quelques erreurs d’interprétation de départ, qu’il est utile de percevoir.

Et comme ceux qui font la parole médiatique sont humains, ils font preuve, et c’est humain, d’une terrible difficulté à admettre qu’ils se sont si lourdement égarés.

D’où la tentation, frappante dans l’affaire de Bouaké, d’un
«révisionnisme évolutif» concernant par ex. Libération. D’où les silences gênés concernant les procès en diffamation perdus par Le Monde, Paris-Match, etc. — dont le plus fameux est la condamnation du Monde pour la divulgation, avérée mensongère, de l’histoire des «escadrons de la mort» de Gbagbo — illustration parfaite, hélas, du fameux et historique «calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose».

L’exemple le plus criant de cela concerne évidemment tout ce qui a tourné autour du «fameux» concept d’ «ivoirité».

S’il faut donner une excuse — qui vaut ce qu’elle vaut — aux médias français et au pouvoir français qui les a suivis, leur dérive — n’ayons pas peur des mots — hystérique à ce sujet trouve peut-être sa source dans l’effet Rwanda.

On sait que le rôle de la France à l’occasion du génocide rwandais a posé beaucoup de questions. Quoiqu’il en soit des faits, quoiqu’il en soit de la responsabilité du pouvoir français, reste qu’il est mis sérieusement en question, y compris au niveau pénal international.

Il est surtout avéré que les médias français, et notamment Le Monde, ont joué concernant le génocide rwandais, un rôle catastrophique — comme l’a montré Jean-Paul Gouteux (Le Monde, un contre pouvoir ?, éd L’esprit frappeur, 1999). Jean-Paul Gouteux, récemment décédé, a gagné définitivement, avant sa mort, tous ses procès contre Le Monde jusqu’en cassation.

Or voilà que, même pas une décennie après le génocide rwandais, après ce qui a épouvanté le monde et en quoi les médias français ont joué un rôle épouvantable — voilà que germe, en 1999, en Côte d’Ivoire, une crise autour de la question de la nationalité d’un candidat à l’élection présidentielle, appuyé par le FMI, mais inéligible du fait des conditions de nationalité prévues par la constitution. A.D. Ouattara, puisque c’est lui, fait valoir à Paris que c’est son origine nordique, et surtout musulmane, qui fait obstacle à sa candidature.

Si l’argument suscite l’incompréhension en Côte d’Ivoire, où l'on prend tout juste la peine d’y répondre (un musulman, Ouattara himself, y a même été Premier ministre — ce qui ne le rend pas éligible à la Présidence), en France (où il est à peu près inconcevable qu’un musulman soit Premier ministre), l’argument fait mouche. Et sur fond de pensée analogique, l’ingérence commence.

Pensée analogique en effet : le Rwanda, on vient de l’évoquer, n’est pas loin. Et qu’importe si la situation n’a rien de comparable. Le Rwanda est à trois mille kilomètres de la Côte d’Ivoire, mais les habitants des deux pays sont noirs : cela suffit dans l’imaginaire européen à mettre en branle la pensée analogique, sur le mode "l’Afrique c’est les tribus et les problèmes ethniques". Et qu’importe s’il n’y a au Rwanda qu’une seule ethnie, dont l’ethnographie européenne du temps colonial en a fait deux. Qu’importe si en Côte d’Ivoire elles sont nombreuses, trop nombreuses pour qu’une minorité telle que les Tutsis au Rwanda puisse subir un génocide de la part d’une tribu suffisamment plus importante en nombre que les autres.

Qu’importe cela et d’autres faits innombrables ! En une France tétanisée par ce qui s'est passé il y a peu au Rwanda, et qui veut "éviter de reproduire la même chose", la pensée analogique s’est mise en branle : les «ivoiritaires» sont en passe de perpétrer un nouveau Rwanda en Côte d’Ivoire contre les «musulmans du Nord», nouveaux Tutsis. Ce pourrait être là l' "excuse" des médias, et du pouvoir français qui les a suivis, pour leur fourvoiement.

Il n’est pas jusqu’à un film qui ne soit produit, s’attachant à démontrer "le parallèle rwandais", qui circule sous le manteau — diffusé par une ONG auto-intitulée «prévention génocide» dirigée par un sociologue belge, Benoît Scheuer (la Belgique, ancien colon, partage naturellement le malaise français sur la Rwanda). Le film : Côte d’Ivoire, poudrière identitaire, fera un tabac dans les milieux français échaudés par le Rwanda, appuyant un peu plus le réflexe de la pensée analogique. Il fera un flop en Côte d’Ivoire, où il a suffi de le sortir de sous le manteau et de le diffuser en prime time à la télévision nationale pour en démonter la «démonstration».

Il n’empêche qu’en Europe, la mythologie analogique et la thématique de la «xénophobie» ivoirienne ont été un peu plus ancrées dans les esprits, relayées par tous les médias — gérés par des hommes (humains, trop humains), qui auront grand peine à se retirer de ce délire, et qui ne feront donc que le répéter et le renforcer.

C’est ainsi que le grand public a aussi été renforcé dans ses certitudes, à l’appui de slogans de résistants repris en contre-sens — comme (exemple parmi tant d’autres de paroles abruptes des résistants) le fameux «xénophobe et après ?» interprété au pied de la lettre là où il est une dénonciation d’une accusation aussi absurde !

Et à présent, au fur et à mesure que les conséquences désastreuses de ce délire se font jour, au fur et à mesure, en parallèle, qu’apparaît le vrai sens du combat des patriotes ivoiriens, de leur cause panafricaine, combat soutenu sur tout le continent, les médias français et plusieurs médias occidentaux ne savent plus que faire entre s’enferrer et tenter le «révisionnisme évolutif».

La situation des médias français est d’autant plus périlleuse que le temps fort de l’hystérie passé, la pensée analogique se révèle comme ce qu’elle est : une pensée essentialiste, qui n’est pas sans proximité avec le racisme…

Un imbroglio dans lequel s’est aussi engagé le pouvoir français, diplomatiquement, et militairement ! — et d’où est né paradoxalement un vrai mouvement d’indépendance économique de nature panafricaine.




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Trois temps de la dépossession de la France dans la guerre en Côte d’Ivoire

Par Delugio :: vendredi 11 août 2006 à 18:26 :: Analyses & commentaires




1) Le temps médiatique. Le sentiment d’une ingérence française — depuis 1999, l’affaire Ouattara
2) Le temps politique. L’imbroglio juridique — janvier 2003, Marcoussis
3) Le temps militaire. La belligérance ouverte — novembre 2004, Licorne à Abidjan


(Delugio - 5/11/2005)



1) Le temps médiatique. Le sentiment d’une ingérence française — depuis 1999, l’affaire Ouattara

Été 1999, le dernier Premier Ministre de la Côte d’Ivoire du temps d’Houphouët Boigny, Alassane Ouattara rentre des États-Unis et de son poste de direction pour l’Afrique au FMI.
Il déclare son intention de se présenter à l’élection présidentielle ivoirienne prévue pour juin 2000 malgré un article de la constitution voté par la majorité PDCI du parlement, qui restreint les conditions de nationalité concernant le candidat à l’élection présidentielle (article que le député Laurent Gbagbo n’a pas voté).
Ouattara ne s’était pas présenté aux élections antécédentes du fait de cet article de la loi électorale. Sa candidature en 1999 entraîne des démissions dont celle de Jacqueline Oblé, fondatrice du parti de Ouattara, le RDR (dissidence du parti unique PDCI) et de Matthieu Tagbo, qui préside la section RDR France à Paris.
Jacqueline Oblé explique ses raisons (dans Le Patriote, journal du RDR, le 28.07.1999) : en substance, «la loi sur les conditions de nationalité qui atteint Ouattara est une mauvaise loi, mais elle existe et, considérant les désordres potentiels, il faut la changer avant qu’il ne se présente». Ouattara a passé outre.
C’est ici qu’intervient l’ingérence médiatique française dont les incidences aux origines du conflit actuel resteront difficiles à mesurer, mais difficiles à nier (il faudrait aussi parler des raisons psychologiques de cette ingérence que l’on pourrait quand même suspecter de n’être pas sans rapport avec une volonté de se défausser de la montée du racisme en France sur un pays du Sud. Quand la France qui a élevé Le Pen au 2e tour des présidentielles en sera ne serait-ce qu’à la moitié du taux ivoirien de 30% d’immigration, elle pourra peut-être entamer le début d’un réquisitoire).
En 1999, portés par des médias «de gauche», principalement Libération, quelques pétitionnaires français font valoir leur désaccord avec la loi ivoirienne sur la nationalité, qui, suite à cette pression et sous le nom d’ «ivoirité», deviendra ce que l’on sait. Ouattara, chef de la branche rénovatrice de l’ancien parti unique, est invariablement présenté depuis lors par les médias français comme le principal opposant ivoirien (sans un mot sur la question du programme politique et économique : le même que celui de son adversaire d’alors, Bédié).
D’autres intellectuels français s’opposent à cette ingérence (voir ci-dessous, en annexe, l’article de Bernard Debré dans Le Figaro du 25 novembre 1999), mais ils ne seront pas entendus. La situation s’envenime et débouche sur le coup d’État de décembre 1999.


2) Le temps politique. L’imbroglio juridique — janvier 2003, Marcoussis

Jusqu’alors, si les médias français se sont largement ingérés dans ce qui regarde la souveraineté d’un pays tiers — appuyant des pétitions, des conférences de Ouattara sans droit de réponse exercé, etc., la classe politique et le pouvoir français sont restés discrets.
Cela va changer après le coup d’État raté de septembre 2002. L’impact du pouvoir médiatique a été tel que le pouvoir politique français va le suivre dans ses prises de positions, ou à tout le moins reprendre l’argumentation qu’il a répandue.
Après que le coup d’État de 2002 ait été fomenté au nom du refus de l’«ivoirité», la France officielle va prendre parti comme «force d’interposition». Une prise de partie a en effet bien eu lieu dès lors que «l’interposition» consiste de fait à renvoyer dos-à-dos un pouvoir élu et des groupes armés sans aucune légitimité électorale.
Conformément au discours médiatique français devenu vulgate, on exige de Gabgbo qu’il mette en place ce qu’il a déjà lui-même promu en grande partie avec le forum de réconciliation nationale (qui a alors déjà accordé la nationalité ivoirienne à Ouattara) et la mise en place d’un gouvernement comprenant tous les partis !
L’erreur essentielle consistera, outre le fait de faire fi de la Constitution ivoirienne (votée deux ans avant à 86% des voix et à l’appel de tous les partis), à élever les rebelles au gouvernement avant qu’ils ne désarment ; ils doivent selon Marcoussis désarmer dès leur accès au gouvernement : trois ans après, ils n’ont toujours pas désarmé. Il eût suffi de conditionner, à l’inverse, leur accès au gouvernement à leur désarmement préalable (fût-ce sous garantie militaire de l’armée française d’interposition déjà présente !).
La rébellion élevée au pouvoir sans désarmer préalablement, le problème devenait dès lors insoluble autrement que militairement : les rebelles n’ayant désormais aucune raison de désarmer spontanément !


3) Le temps militaire. La belligérance ouverte — novembre 2004, Licorne à Abidjan

Après la prise de parti médiatique, puis politique de fait, la France dans l’engrenage débouchera fatalement sur la belligérance directe, toujours de fait, en novembre 2004. Quoiqu’il se soit passé à Bouaké, ce que les enquêtes détermineront (intentionnalité ou pas, si oui, à quel niveau, etc. : la voix de la France a plusieurs fois varié à cet égard), de fait l’armée française est entrée dans le conflit en détruisant la totalité des moyens militaires ivoiriens et en tirant sur les manifestants ivoiriens (concernant Abidjan sur le pont de Gaulle le 6 novembre et devant l’hôtel Ivoire le 9 novembre) faisant de nombreux morts et blessés.

À ce point la logique de l’engrenage enclenché au niveau médiatique en 1999 contre la souveraineté de la Côte d’Ivoire (ce qui explique la grande défiance ivoirienne à l’égard des médias français qui n’ont fait depuis que persister et signer) trouvait son aboutissement logique et tragique au plan politique, puis militaire, entraînant le bouleversement que l’on sait des relations franco-ivoiriennes.

À ce point, dès lors, il ne sert à rien de se voiler la face sur le fait que la réconciliation devra aussi être une réconciliation franco-ivoirienne. Le nier ne fait qu’en retarder l’échéance.


********
Annexe

«INGÉRENCE EN CÔTE D’IVOIRE»
PAR BERNARD DEBRÉ, Ancien ministre de la Coopération. — LE FIGARO, 25.11.1999 :

«Exemple flagrant d’ingérence dans les affaires d’un pays africain. Au nom de quoi les Occidentaux s’autorisent-ils à exiger des autorités ivoiriennes une candidature à l’élection présidentielle non conforme à la Constitution ?
Comme si nous étions encore à l’ère coloniale, nous versons de plus en plus dans l’ingérence. L’exemple de la Côte d’Ivoire est caractéristique. Ce pays est l’un des plus démocratiques d’Afrique, les élections se succèdent : législatives, municipales, présidentielle.
La vie économique y est intense. Abidjan est l’une des plus belles villes de ce continent. La paix et la stabilité y règnent comme dans beaucoup de villes occidentales.
En un mot, la Côte d’Ivoire est un État de droit, avec ses forces et ses faiblesses. Voici qu’une bataille d’intellectuels surgit, telle une tempête dans un verre d’eau. Pour être candidat à l’élection présidentielle, il faut être d’origine et de nationalité ivoirienne. La belle affaire ! Est-ce normal ? Comme d’ailleurs aux États-Unis, comme en France, comme la logique démocratique le veut dans tous les pays, il faut avoir la nationalité du pays où l’on veut être candidat.
Un homme d’une grande valeur, ancien Premier ministre, voudrait s’y présenter, mais il semble ne pas être Ivoirien. La loi n’autorise donc pas sa candidature. Alors le monde occidental s’offusque et crie à la dictature. Quelle curieuse bataille.

CURIEUSE BATAILLE
Aux États-Unis, si Henry Kissinger avait voulu être candidat, la Cour suprême s’y serait opposée, bien qu’il ait été ministre des Affaires étrangères, bien qu’il ait été prix Nobel de ta paix. Aurait-il fallu signer des pétitions, organiser des manifestations dans les rues ? Aurait-on imaginé l’ONU ou le FMI adresser des notes incendiaires au président sortant, l’enjoignant d’accepter sa candidature ?

L’AFRIQUE ABANDONNÉE
Pourquoi existe-t-il deux poids deux mesures ? D’un côté, les pays riches et dits développés, qui sont régis par une Cour constitutionnelle irréprochable et, de l’autre, des pays plus pauvres, qui devraient obéir aux Occidentaux et balayer d’un revers de la main les décisions de leurs organes juridictionnels suprêmes ? Arrêtons cette diplomatie pyromane bon marché. Les Occidentaux n’ont pas à choisir le candidat à l’élection présidentielle ivoirienne, fut-il vice-président du FMI.
L’Afrique traverse une période extrêmement difficile. Abandonné, ce continent est de plus en plus oublié par les riches démocraties.
Est-il normal que le sida y fasse tant de morts, alors que nous, nous pouvons nous payer les traitements les plus sophistiqués et les plus chers ? Qui s’est levé pour dénoncer ce scandale ? Est-il normal que les étudiants africains ne puissent plus venir en France terminer leurs études dans nos facultés, alors que la démocratie ne peut se répandre que dans le sillage du savoir ?
Est-il normal que nous laissions mourir de faim des millions d’Africains, tandis que nous brûlons devant les préfectures françaises des tonnes et des tonnes de fruits et légumes ?
Est-il normal que l’égoïsme des pays riches tue les Africains par millions et que nous nous satisfassions d’incantations dérisoires sur le droit à la candidature d’un des protégés du FMI ?
Quelqu’un osera-t-il proposer bientôt de décréter l’embargo économique contre la Côte d’Ivoire, pays phare du développement en Afrique ?
Ces réactions sont plus proches de l’hégémonie néo-colonisatrice que de la morale internationale.
Laissons le peuple ivoirien respecter sa Constitution et aidons-le à se développer économiquement, aidons-le à parcourir le chemin de la démocratie et enfin commençons à réfléchir sur nos comportements égoïstes.
Partageons un peu plus nos richesses et évitons les attitudes ostentatoires de l’homme blanc qui détient la vérité.
PAR BERNARD DEBRÉ»




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La catastrophe Marcoussis — retour sur une analyse

Par Delugio :: jeudi 10 août 2006 à 9:45 :: Analyses & commentaires




Après l'annonce d'hier, donnée presque comme un scoop par l'AFP : «Côte d'Ivoire: la rébellion suspend sa participation au dialogue militaire» en vue d'un désarmement jamais commencé... me revient l'article suivant. Article que je rédigeais à l'époque du constat du report des élections de 2005, et dont le «coup d’éclat» d’une rébellion qui vient d’annoncer qu’elle persiste, naturellement, à refuser de désarmer, fait plus que confirmer le bien fondé… :


La catastrophe Marcoussis
(Delugio - 30/10/2005)

Nous récoltons aujourd’hui les fruits de la catastrophe Marcoussis. Il n’était pourtant peut-être pas nécessaire d’être grand clerc pour imaginer de tels effets.

Les accords de Marcoussis ne consistent-ils pas concrètement à mettre au pouvoir un groupe de personnes qui n’ont d’autre légitimité que d’avoir tenté, et raté, un coup d’État ?

Le cas semble unique dans l’histoire. Les coups d’État réussis et entérinés sont légion. Les coups d’État ratés qui renvoient leurs auteurs à l’anonymat sont fréquents aussi. Mais un coup d’État raté qui voit ses auteurs élevés au pouvoir, c’est unique ! Et c’est ce qu’a réussi la France en 2003, non sans une certaine naïveté (on se sent obligé d’admettre que ce ne soit pas du cynisme).

Voilà une bande armée, qui (avec d’excellents prétextes ! Quel coup d’État n’a pas d’excellents prétextes ?) tente de renverser un président élu (élu dans un contexte calamiteux, comme nombre de présidents de pays prestigieux, ce qui ne leur vaut pas de coups d’État estampillés légitimes). Voilà donc une bande armée qui rate son coup, et qui sous prétexte qu’elle est puissamment armée (on ne demandera pas ici par qui et par quels pays !) se voit reconnaître la mise sous sa coupe de la moitié du pays — à l’appui, de fait, de l’armée française interposée. Selon son interprétation, c’est l’armée française qui l’a empêché de réussir ? Eh bien soit, admettons ! Dans ce cas-là, que doit faire la France ? Jouer les arbitres et faire comme si le coup d’État avait réussi ? — ou avait à moitié réussi ? C’est ce qu’elle a prétendu faire, et qui est évidemment absurde !

Quels que soient en effet les (excellents !) motifs des putschistes, ils n’ont d’autre légitimité que celle de leurs armes. Les urnes, devant lesquelles ils ne sont jamais passés ne sont pour eux qu’un risque : au mieux un risque qui, assurent-ils, les légitimerait, au pire, qui les ridiculiserait. Est-il donc pour eux raisonnable de le prendre, ce risque, quand ils peuvent le contourner et faire valoir leurs prétentions par leurs armes ?

Que fait la France de Jacques Chirac et Pierre Mazeaud à Marcoussis ? Elle leur ouvre le pouvoir en leur demandant de désarmer… après ! Ils ont accédé au pouvoir, suite à cette négociation, par le seul poids qu’y a eu leurs armes. Ayant accédé au pouvoir, ils ont ses privilèges, mais pas ses inconvénients — que ce soient les responsabilités qu’ils n’ont jamais prises ou l’épreuve du suffrage populaire auquel ils ne se sont jamais soumis !

Ils n’ont ce pouvoir — la voix de la France le leur a dit texto — que parce qu’ils ont leurs armes ! Et leur unique part du contrat était de les déposer au lendemain de leur accession au pouvoir. Trois ans après, ils ne les ont toujours pas déposées. Et on fait mine de s’étonner ! Mais enfin pourquoi déposeraient-ils des armes qui, jusqu’à nouvel ordre, sont leur seule garantie de subsister au pouvoir ?

D’où la seule attitude raisonnable à Marcoussis, celle de Mamadou Koulibaly : en claquer la porte. Le peuple d’Abidjan ne s’y est pas trompé, qui sera traité avec lui d’extrémiste, de «poignée d’extrémistes» (sic), pour n’avoir pas accepté l’inacceptable, dont on recueille aujourd’hui les fruits inévitables. La violence en Côte d’Ivoire et le discrédit de la France.

Qu’aurait fait une France raisonnable ? Ce qu’attendaient de Marcoussis nombre d’Ivoiriens. Elle aurait dit aux rebelles : on maintient l’interposition, vous désarmez, on veille à un déroulement incontestable des élections de 2005, et ceux qui sont élus accèdent au pouvoir (sans leurs armes !). Mais c’est ce qu’on a choisi de ne pas faire. Résultat : on en est exactement au même point qu’au lendemain du coup d’État raté, mais désormais avec déjà un an de retard pour les élections prévues pour 2005, du seul fait que les rebelles n’ont évidemment aucun intérêt à déposer des armes qui leurs donnent leur statut. Et si on ne prend pas la responsabilité de les désarmer comme on aurait dû le faire il y a trois ans, cette année supplémentaire risque encore de se prolonger…




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Qu’il est difficile à la rébellion de désarmer !

Par Delugio :: mercredi 09 août 2006 à 9:55 :: Analyses & commentaires




Voilà que l’AFP nous annonce : «
Côte d'Ivoire: la rébellion suspend sa participation au dialogue militaire». C’est le titre de la dépêche (http://news.abidjan.net/article/?n=205985), par laquelle, au travers d’une série de contorsions, le fait central passe quand même : la rébellion ivoirienne est très fâchée de ce que les identifications en vue de la reconstitution du fichier électoral devra se faire en présence des représentants des autorités préfectorales.

C’est bien le moins que la «communauté internationale» a pu concéder, suite à leurs manifestations, aux patriotes, non sans les menacer de nouvelles sanctions : pensez, ils manifestent pour exiger que les identifications se fassent dans la transparence ! Et puisque, tout de même, ils obtiennent que les kalachnikovs des rebelles ne soient pas la seule garantie de transparence, les rebelles se fâchent, et leur leader monte au créneau : comme titre l’AFP, «la rébellion suspend sa participation au dialogue militaire» en vue d’un désarmement qu’elle n’a jamais effectivement commencé.

L’embarras rebelle est d’autant plus grand que le crédit qui leur resterait auprès des populations des zones occupées sous la seule «protection» de leurs armes, et des personnes qui y sont en droit effectif de voter, s’effrite chaque jour un peu plus : exemple aujourd’hui même, rapporté par L’Inter :


«Politique nationale : - 300 militants de l’opposition virent au Fpi.»

L'Inter — 9 août 2006 — http://news.abidjan.net/article/?n=206014 :

«
Ce passage de l’opposition au parti au pouvoir a été célébré le dimanche 6 août dernier au siège du Front Populaire Ivoirien en zone 4c. Ces nouveaux militants, en majorité des ressortissants du Nord, ont été reçus dans une ambiance de fête par la direction de leur nouveau parti. "Nous sommes agréablement surpris, parce qu’on nous a toujours dit que le Fpi est un parti qui est contre les nordistes. Nous sommes sincèrement heureux que la porte nous ait été ouverte sans la moindre difficulté", a indiqué El Hadj Amadou Diaby, porte-parole des nouveaux militants. "Nous avons constaté que le président Gbagbo est en train de refonder la Côte d’Ivoire, pour que chaque travailleur bénéficie de son travail. Nous avons donc décidé d’embarquer dans le train de la refondation", a-t-il ajouté. Le porte parole des nouveaux militants du Fpi, a expliqué leur choix par le fait que "la politique n’est pas une affaire de frère, ni d’enfant ou de famille. C’est un jeu d’intérêt, et on va où se trouve son intérêt et l’intérêt de son pays", a-t-il martelé. Pour Kesse Diomandé, président du COFENZA, Collectif des fédérations Fpi du Nord et du Zanzan, initiatrice de la rencontre, cet acte posé par ces transporteurs et ces commerçants est un signe qui ne trompe pas. "Nous sommes à une étape importante de la réalisation d’un des objectifs que le Confenza s’est fixés, à savoir la couverture du Nord et du Zanzan en candidature pour le Fpi". Le professeur Koné Dramane qui a parlé au nom des cadres Fpi du Nord, a félicité les nouveaux venus pour "s’être affranchis du mensonge pour arriver à la vérité". "Au Fpi, vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous libérera", a-t-il indiqué. Quant à Silué Jacques, représentant du parrain de la cérémonie, Mamadou Koulibaly, il a soutenu que la durée de la guerre a eu quelques petits avantages. Pour lui, beaucoup de vérités seraient restées cachées si la guerre n’avait duré qu’une semaine. "Ceux qui n’aiment pas le Fpi, disent que c’est le parti des gens de l’Ouest. Il n’en est rien. Le président Mamadou Koulibaly vous envoie en mission pour dire la vérité du Fpi". Le député Laurent Akoun, représentant le président du Fpi, Pascal Affi N’Guessan, a rappelé l’histoire qui lie le FPI au Nord. "C’est une longue histoire qui nous lie, mais l’imposture s’est emparée d’une partie de cette histoire. L’heure de la vérité viendra un jour, car les populations du Nord ont commencé à vaincre la peur et à dénoncer l’imposture", a-t-il dit. Et d’inviter les nouveaux venus à la vigilance. "Nous sommes à une ère de prédateurs, nous devons donc faire attention et rester vigilants", a-t-il conclu.»




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«Crise ivoirienne. Ma part de vérité»: le livre du leader des jeunes patriotes est paru

Par Delugio :: mardi 08 août 2006 à 10:54 :: Livres




 

blé Goudé

Le livre de Blé Goudé, leader des jeunes patriotes ivoiriens dénigré par le gotha françafricain, paraît enfin : Charles Blé Goudé, Crise ivoirienne. Ma part de vérité, Frat-mat éditions.

On sait qui est Charles Blé Goudé, président du Cojep (Congrès panafricain des jeunes patriotes), à la tête de la défense des institutions ivoiriennes.

Son livre est préfacé par Aminata Traoré, écrivaine, ex-ministre de la culture du Mali, et par Mamadou Koulibaly, ex-ministre ivoirien de l’économie, président de l’Assemblée nationale ivoirienne.

Les propagateurs et autres auteurs d’âneries et imbécillités diverses à l’encontre des patriotes ivoiriens vont déchanter. J’en cite un — exemplaire par sa concision, par sa façon de ramasser en quelques mots toute la malveillance étalée au fil de nos médias — citation trouvée sur son blog
«Ici Palabre», 25/01/2005. L’auteur s’autorise, pour étaler un bref tissu de stupidités haineuses (citées plus bas), de ce qu’il a rencontré Ahmadou Kourouma !

Et tout imbu de ses certitudes anti-patriotes, ramassis des plus indécents lieux communs de la propagande françafricaine, le blogueur, prenant en otage l’écrivain décédé, qui doit se retourner dans sa tombe, l’oppose par avance (ce qu’il ne pouvait pas prévoir), de façon insultante, à Aminata Traoré, l’ex-ministre de la culture malienne, qui préface le livre de Blé Goudé.

S’agissant pour le leader patriote du soutien d’Aminata Traoré, incontournable au point que même Libération a dû lui emprunter récemment un de ses textes (concernant le musée du Quai Branly), elle dont nul ne peut douter de la culture, et malienne de surcroît (censée selon la propagande de la presse française, être victime de la «xénophobie» de Blé Goudé !), nos incultes divulgateurs de bourdes par lesquelles ils présentent les patriotes comme étant eux, incultes, ont de quoi pâlir !

Ainsi, quand notre blogueur, bien imbibé de propagande malveillante (à l’appui de cette sempiternelle photo «xénophobe et après ?» dont il n’a pas compris qu’il ne s'agit pas d'une revendication, mais d'une façon de lui renvoyer à sa figure à lui, lent à comprendre, ses certitudes imbéciles) ; quand notre blogueur affirme que les patriotes ne savent pas lire ! Aminata
Traoré
n’est pas d’accord avec lui !…

Il vaut la peine de citer ledit blogueur lâchant du haut des certitudes de ses poncifs en forme de vulgate françafricaine, son bref tissu de contrevérités et de stupidités :


http:// jeanmichelneher.blog.lemonde.fr/jeanmichelneher/2005/01/ahmadou_k_ne_sa.html:

« Dommage vraiment que les jeunes fascistes de Blé Goudé, petite minorité de mercenaires à la solde d'une cause pourrie et servant à merveille les intérêts du nouveau despote, ceux qui incinèrent la Côte d'Ivoire sans l'avoir tué (sic) et trahissent les rêves de prospérité de tout un peuple, ceux qui pillent, violent et font n'importe quoi pourvu que çà (re-sic) rapporte, ... dommage vraiment que ces gens-là ne sachent pas lire ! »

Sans commentaire !



Le Matin d'Abidjan
présente le livre de Blé Goudé :

«Regard sur la crise ivoirienne - Le livre-vérités de Blé Goudé est là !»

Par Yves De Sery, 08.08.2006 — http://news.abidjan.net/article/?n=205838 (extraits) :


«Le Président de l'Alliance inaugure une nouvelle phase de son combat avec la publication d'un livre sur la crise politico-militaire que vit la Côte d'Ivoire depuis quatre ans. En exclusivité, " Le Matin d'Abidjan " vous présente brièvement la production du leader de la galaxie patriotique.

Annoncé depuis quelques semaines, le livre écrit par Charles Blé Goudé sur la crise ivoirienne, sorti chez " Frat-mat éditions ", est disponible depuis hier. Préfacé doublement par Mme Aminata Traoré, essayiste malienne et le Pr. Mamadou Koulibaly, l'œuvre, d'un volume de 194 pages, se veut le regard du président de l'Alliance sur la crise que vit la Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre 2002. Elle est, selon les mots du président du Parlement ivoirien, "une réponse à un ensemble de questions : Pourquoi les militants de la Fesci ont-ils eu des destins si contrastés ? Qu'est ce qui explique que lui, Blé Goudé soit devenu un défenseur de la République et de ses institutions, alors que Soro Guillaume n'est rien d'autre qu'une marionnette aux mains de Dominique De Villepin et de la Françafrique ? Comment expliquer que Blé Goudé soit devenu un combattant aux mains nues alors que Soro Guillaume n'est rien d'autre que le tueur en chef des bandes de rebelles ivoiriens ? Comment expliquer que Soro Guillaume ait si bonne presse en France alors que Blé Goudé est présenté comme un dangereux individu anti-européen ? Mais bien plus, "Ma part de vérité" retrace tout le combat politique de celui que ses camarades des "parlements" et "agoras" nomment fièrement le "ministre de la rue". Le tout illustré par des photos inédites pour la plupart. De la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (Fesci) à l'Alliance de la jeunesse pour le sursaut national, en passant par le Cojep, Charles Blé Goudé explique sa quête permanente de la Liberté et de la Démocratie. Il promène le lecteur, dans un style simple et captivant, des places poussiéreuses de Niagbragahio (Guibéroua, centre ouest de la Côte d'Ivoire), aux salons douillets des personnalités politiques ivoiriennes avec lesquelles il échange très souvent sur "l'avenir du pays" en passant bien entendu par la rue, ce lieu d’expression de la démocratie, où il se sent le mieux. Les séjours multiples en prison de l'homme sous le régime Bédié achèvent de montrer sa dimension de combattant aguerri aux souffrances et aux privations, qui forgent toujours les grands leaders. D'ailleurs, la photo qui illustre le livre est celle où il est enchaîné sur un lit d'hôpital. Tout un programme !

{…} "Nous n'avons pas l'intention de nous laisser faire. Cette guerre peut durer 6,8,10, ans, nous tiendrons bon. Nous n'avons pas le choix car il s'agit de notre souveraineté, de notre dignité, de notre survie. Nos ennemis veulent se mêler de tout, choisir à notre place ceux qui doivent diriger le pays. Quand, dans un combat, on arrive à ce stade, on n'a plus le choix. On peut se reposer un ou deux mois parce qu'on est essoufflé, mais on trouve toujours la force de reprendre le combat. Lorsque la France voit des jeunes gens couper des barbelés avec leurs dents, creuser dans le mur avec leurs mains, elle doit revoir sa position" (P158). Puis Charles de résumer son engagement contre le pouvoir français en ces termes : "Une bonne partie de l'opinion (l'opinion française en particulier et européenne en général) pense que je suis anti-français (…) mais je suis au regret de leur dire que je ne suis ni anti-français, ni anti-américain, ni anti-sénégalais, ni anti-gabonais (…) Je m'insurge en réalité contre tout pays qui pense pouvoir disposer d'un autre. J'estime en effet, tout simplement, une telle volonté de domination, inadmissible. Je trouve par conséquent inadmissible qu'à l'Onu, la France puisse avoir l'initiative exclusive des résolutions au sujet de la Côte d'Ivoire" (PP 141-142).

{…} "Ma part de vérité" se veut également une foi en l'avenir de l'Afrique : "Il est temps que ce continent vaste et riche retrouve la place qui est la sienne dans le concert des nations. Certains de nos dirigeants s'y attèlent déjà" (PP 153-154). Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'avec cette œuvre, Blé Goudé prend à contre-pied ceux qui ont toujours douté de ses capacités intellectuelles, le réduisant à un "désœuvré belliqueux". Aussi, il porte la lutte à une autre dimension en se donnant la possibilité d'atteindre un public plus large, dans le monde entier et surtout en France où l'opinion ne sait pas toujours ce que fait son armée en Côte d'Ivoire. {…}»

L’article de Y. De Séry en entier dans Le Matin d'Abidjan : http://news.abidjan.net/article/?n=205838.




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437 !

Par Delugio :: lundi 07 août 2006 à 11:58 :: Analyses & commentaires




437 !
C’est le nombre de militaires ivoiriens dans la rébellion. Annoncé il y a quatre jours, le nombre n’est toujours pas démenti. Il semble dès lors qu’on peut attendre encore. Il serait pourtant d’autant plus facile de signaler des manquants, que la publication des noms est annoncée.

Voilà donc un quarteron, non pas de généraux, mais d’adjudants putschistes — qui, depuis, se sont auto-gradés, espérant en vain une ratification de ces nouveaux grades —, entre lesquels et l’armée régulière est interposée une force de 10 000 hommes, pour moitié Onu et pour moitié Licorne — au prix que l’on imagine pour leur entretien depuis trois ans, aux frais du contribuable français pour Licorne.

Voilà une rébellion bien précieuse pour n’être pas plus efficacement contrainte, ou bien efficace elle-même pour avoir résisté pendant trois ans à un désarmement promis, et «exigé» par l’Onu, désarmement que les forces onusiennes plus celles de Licorne n’ont pas pu durant tout ce temps, imposer aux bandes armées qui suppléent ledit quarteron…

Mystères et arcanes de la «communauté internationale»…


Ci-dessous la réflexion de
Théophile Kouamouo :
Le Courrier d’Abidjan — Parution N° 781 du Jeudi 3 Août 2006, rubrique «Le blog de Théo» http://news.abidjan.net/presse/courrierabidjan.htm :

«
La fin d’une imposture

Il était une fois une impitoyable armée levée au Nord, formée de soldats et officiers nordistes «exclus» des forces de défense et de sécurité ivoiriennes. Sans l’interposition de la France, cette puissante armée aurait renversé le président Laurent Gbagbo, lâché par une bonne partie des militaires. Ah ! quelle belle armée, formée de plusieurs dizaines de milliers d’impétueux fantassins…
Retour à la réalité. La rébellion ivoirienne n’a jamais compté que quelques centaines de militaires ivoiriens. Quatre ans plus tard, le numéro un ivoirien le révèle avec une sorte de délectation gourmande. «Ce sont 437 militaires qui sont dans la rébellion. On les connaît. On a leur nom. Les autres viennent de partout. On parle de 2 000 voire 4 000, c’est faux. Le moment venu, je publierai la liste.»
L’aspect psychologique du DDR est souvent négligé. Le désarmement représente, pour la ligue politique qui a abreuvé le monde de mensonges depuis le 19 septembre 2002, une sorte de déshabillage grandeur nature – la fin d’une imposture. Au-delà de ce que la rébellion ivoirienne ne compte pas plus de 5% des effectifs initiaux de l’armée (ce qui discrédite le fond idéologique du concept d’Etat-major intégré), le cantonnement par exemple donnera une idée claire du nombre des recrues du MPCI, qui est très loin des chiffres fanfarons que brandissaient Soro et ses hommes, pour voler l’argent du contribuable international dans l’acquiescement général.
Et surtout… La réunification permettra à tous les Ivoiriens de voir les prouesses des «forces nouvelles». Universités pillées, matériel hospitalier démonté, établissements hôteliers ruinés… Le programme politique de ceux qui conspirent pour le déclin de la Côte d’Ivoire est clairement résumé par l’état dans lequel ils ont mis les zones occupées.»



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Colonies, dhimmitude, conflit proche-oriental, et politiques arabe et africaine de la France

Par Delugio :: dimanche 06 août 2006 à 13:41 :: Analyses & commentaires
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Hollande et le PS sur la Côte d’Ivoire: la dérive des incontinents

Par Delugio :: samedi 05 août 2006 à 9:19 :: Analyses & commentaires




Après le lâchage peu glorieux des socialistes ivoiriens et de la Côte d’Ivoire républicaine par le PS français, se rangeant pitoyablement derrière les excès diplomatico-militaro-coloniaux de la droite française ; jugeant, par la voix du premier secrétaire Hollande, Gbagbo infréquentable ; allant jusqu’à demander par un appel (lancé dans le Nouvel Obs par Montebourg et cosigné par une dizaine de responsables PS) l’excommunication du FPI de l’Internationale Socialiste — après tout cela, le PS se rend-il compte qu’il s’est fait avoir ?!

Dans le nouveau ton de son premier secrétaire interviewé par Jeune Afrique, on assiste à une tentative confuse d’explications, qui montre, hélas que la gauche française n’a cependant toujours pas compris ce qui se passe en Afrique. Admettons que les dérives et l’incontinence verbale des Hollande, Montebourg, Moscovici, Besson, & Cie, aient été faites de bonne foi. Admettons qu’ils se soient laissé piéger par la propagande françafricaine du pouvoir relayée par la presse française unanime (après tout, même l’extrême gauche, qui a pourtant vu la dimension néo-coloniale de l’attitude française, a cru à la propagande médiatique sur
l'«ivoirité» et la xénophobie — pourquoi pas le PS aussi ?). Admettons donc qu’ils aient été de bonne foi. Que ne sont-ils donc pas plus clairs, alors, pour dire leur prise de conscience ?

Au lieu de cela, interviewé par le célèbre magazine françafricain, Hollande, semblant peaufiner un possible avenir élyséen familial ; Hollande, après des excuses qui n’en sont pas, puisqu’il tient quand même à dire qu’il a eu au fond raison de tenir ses propos indécents d’il y a deux ans, après donc ce qui revient à la vieille arrogance coloniale de celui qui donne des leçons (qui n’ont même pas lieu d’être !) à son «camarade» ; après cela, Hollande nous sert une resucée de Sarkozy, qui l’a précédé de quelques semaines dans le passage obligé en Afrique de sa campagne électorale, pour nous asséner de façon grandiloquente la même banalité que nous servent sur les relations France-Afrique tous les candidats aux élections en France en ces termes : «
Un maître mot pour conclure : la transparence. Le temps de l'opacité et de la connivence est révolu.»

«Maître mot» a-t-il dit ! Ce «maître mot» en forme de mot du maître qu’ont tenu tous ceux qui ont ambitionné d’être le maître de l’Élysée, jusqu’à Sarkozy le mois dernier, et qui engage à quoi ? Chirac lui-même n’est–il pas pour la transparence ? Voilà certes qui ne mange pas de pain, surtout quand on vient, en forme d’esquisse d’excuses, dans un flot d’incontinence verbale, de ne rien dire…

PS français, encore un effort si vous vous voulez passer enfin à la décolonisation de vos esprits…


Ci-dessous la lecture des propos de Hollande dans un journal ivoirien :


Le
Courrier d’Abidjan — Parution N° 780 du mercredi 2 Aout 2006, rubrique «Le blog de Théo» http://news.abidjan.net/presse/courrierabidjan.htm

par Théophile Kouamouo :


«L’ami François !

François Hollande, le premier secrétaire du Parti socialiste français, probable futur «Premier Monsieur» de France (sa compagne Ségolène Royal est bien placée pour gagner les élections), a donné une interview à Jeune Afrique. Dans laquelle il était question, bien entendu, de la Côte d’Ivoire et de Laurent Gbagbo, qu’il jugeait «infréquentable» il y a quelques années – en pensant que cette sentence impériale avait une quelconque importance dans la vie politique réelle. Trouve-t-il toujours que le président ivoirien doit être mis en quarantaine ? Non. «S’il revient à Paris, je suis prêt à le voir», dit-il sans se demander si la réciproque est vraie et si l’enjeu a la moindre importance pour le camarade d’Abidjan. Insulte-t-il toujours Gbagbo avec la même flamme ? Non. Il s’est ramolli, et préfère opter pour une langue de bois prudente et politiquement correcte, dont le principal objectif est de justifier toutes ses positions précédentes – y compris les écarts de langage. «Laurent Gbagbo est arrivé au pouvoir en Côte d'Ivoire de façon démocratique et dans des circonstances très difficiles. Il a ensuite été emporté dans un maelström de conflits régionaux et ethniques qui l'ont amené, notamment en utilisant le concept de l'ivoirité, à s'éloigner des principes qui étaient les siens à l'origine. Certes, il a été l'objet d'une tentative de déstabilisation, et il a fallu qu'il se défende et qu'il défende l'intégrité de son pays. Mais, même s'il y a eu provocation, cela n'excuse pas les exactions que ses partisans ont commises. Nous les avons condamnées. Non pas dans le souci de lui nuire, mais pour lui rappeler les principes essentiels qui fondent son appartenance à la famille socialiste», dit Hollande. Ses contorsions et son désir maladroit de se justifier nous renseignent sur les expectations du Parti socialiste tendance Hollande-Royal, plus tout à fait convaincu que l’ami Laurent est sur le départ – mais conscient qu’une porte ouverte à Abidjan peut toujours servir. Mais surtout, l’on sent une sorte de morale missionnaire étrange, qui ne se justifie pas. Le PS tolérerait-il que le FPI lui rappelle avec le même ton les principes qui fondent son appartenance à la famille socialiste ? Le PS utiliserait-il ce ton pour rappeler à Tony Blair par exemple, les mêmes principes ? Y a-t-il dans la famille socialiste des enfants légitimes et des enfants adoptés ? Pour sauver l’Internationale socialiste, des hommes comme Hollande doivent faire leur psychanalyse et tuer en eux «le colon de gauche».»




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Bouaké : pourrait-on enfin savoir ?

Par Delugio :: jeudi 03 août 2006 à 20:56 :: Analyses & commentaires




Voilà une dépêche de l’AFP qui, en peu de mots — et quelques silences inédits —, nous dit beaucoup de ce que l’on ne peut plus nous cacher concernant les événements de Bouaké :

«
La Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) a émis un avis favorable à la déclassification de documents secret-défense de la Direction du renseignement militaire (DRM) sur le bombardement du camp français de Bouaké (Côte d'Ivoire) en novembre 2004.»

Le «révisionnisme évolutif» des médias français semble être désormais aussi (à en suivre l’AFP) le fait du ministère de la Défense.

On apprend dans cette dépêche (cf. plus bas) :

— que les conversations des pilotes — donc les boîtes noires, que réclame depuis bientôt deux ans la justice ivoirienne, pour n’obtenir, semble-t-il, que du silence, voire l’insinuation par la presse qu’elles seraient en la possession des autorités ivoiriennes (qui n’ont pas eu accès aux avions détruits) — sont demandées auprès des autorités militaires françaises par la justice française ;

— que la seule fois en 80 avis, où le (la) ministre de la Défense n’a pas suivi un avis de
la CCSDN, c’est précisément pour l’affaire de Bouaké par Mme Alliot-Marie («sur un point de détail») ;

— qu’il n’est plus question concernant le (présumé) bombardement, que des pilotes biélorusses (silence éloquent en matière de «révisionnisme évolutif»). Finie la décision délibérée de la hiérarchie ivoirienne, voire venant du chef de l’État. Vraisemblablement, les pilotes biélorusses exfiltrés via le Togo commencent à être appelés à porter le chapeau : ils sont carrément nommés dans la dépêche !

— Comme le dit la dépêche, «i
l appartient maintenant à la ministre de la Défense de décider de la déclassification de ces documents»…


Je précise qu’on est là au cœur d’un des domaines de censure de mon blog sur nouvelobs.com. Deux autres domaines principaux étant le large soutient qu’obtiennent les patriotes ivoiriens dans le reste de l’Afrique (les articles de la presse non-ivoirienne, notamment celle de l’opposition burkinabé, camerounaise, ou les prise de position de quelqu’un comme l’ambassadeur d’Angola), et le large soutien populaire, en Côte d’Ivoire, de la résistance au déficit d’une rébellion en peau de chagrin dont nos médias tentent à la moindre occasion de gonfler l’importance.

La dépêche de l’AFP :


«Côte d'Ivoire: avis favorable à la déclassification de documents secret-défense sur Bouaké

PARIS (AFP) -
jeudi 03 août 2006 - 12h47 - La Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) a émis un avis favorable à la déclassification de documents secret-défense de la Direction du renseignement militaire (DRM) sur le bombardement du camp français de Bouaké (Côte d'Ivoire) en novembre 2004.

Cet avis, daté du 21 juillet, a été publié jeudi au Journal officiel.

La CCSDN avait été saisie par la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie le 10 juillet après une demande de Florence Michon, unique juge d'instruction auprès du Tribunal aux armées de Paris (TAP).

Mme Michon est chargée de l'instruction ouverte après le bombardement le 6 novembre 2004 par des avions pilotés par des mercenaires biélorusses du camp français de Bouaké qui avait tué neuf soldats français et un civil américain.

Elle souhaitait obtenir "la communication des enregistrements des conversations tenues entre les pilotes des deux avions Sukhoï ayant bombardé le camp, leur retranscription et, le cas échéant, la traduction de ces retranscriptions".

A la suite de cette demande, la CCSDN a émis un avis favorable à la déclassification de deux fiches de la DRM, service de renseignements dépendant du ministère de la Défense, en date des 18 et 23 novembre 2004, et d'un CD-Rom.

Il appartient maintenant à la ministre de la Défense de décider de la déclassification de ces documents.

Les quelque 80 avis de la CCSDN, depuis sa création en 1998, ont toujours été suivis par les ministres concernés, sauf en 2005 sur un point de détail par Mme Alliot-Marie toujours sur ce dossier du bombardement de Bouaké.

Huit mercenaires biélorusses, arrêtés peu de temps après le bombardement, avaient été mis à la disposition de la France pendant quinze jours sans que celle-ci n'y donne suite, selon le témoignage de l'ancien ministre de l'Intérieur du Togo François Esso Boko, qui figure au dossier d'instruction. Selon M. Boko, parmi ces mercenaires, qui ont été exfiltrés depuis la Côte d'Ivoire vers le Togo, se trouvaient les deux pilotes de Sukhoï qui ont bombardé le camp français.

La déclassification de documents de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, services secrets français) a déjà permis à la justice française de prendre connaissance notamment des noms des deux pilotes, Yuri Sushkin et Barys Smahin.

L'avocat des parties civiles dans cette affaire, Me Jean Balan, a récemment demandé l'audition de Mme Alliot-Marie et du ministre de l'Intérieur de l'époque, Dominique de Villepin.»




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Politique française de l’immigration et effets imprévus du processus d’identification en Côte d’Ivoire

Par Delugio :: mardi 01 août 2006 à 12:08 :: Analyses & commentaires




Un but inattendu chez des «nouveaux Ivoiriens» : accéder via les «audiences foraines» ivoiriennes à la régularisation... en France :

On sait que la politique française de l’immigration, et notamment, à l’heure actuelle, la politique chiraco-sarkozienne, favorise, de par sa radicalité restrictive, la recherche par les candidats à l’immigration des moyens des plus divers pour être régularisés.

Un des moyens qui semble n’avoir pas été prévu par les autorités françaises, c'est l’usage des «audiences foraines» ivoiriennes telles qu'elles sont organisées — suite à ce qui a été mis en place sous les auspices de la France à Marcoussis.

Un des points de Marcoussis, voulu par le pouvoir français et son représentant Pierre Mazeaud était l’octroi de la nationalité ivoirienne à trois millions d’immigrés sahéliens. L’équivalent, si cela était requis pour la France, de la régularisation de 12 millions de sans papiers environ…


On sait que la question de l’identification en Côte d’Ivoire traîne depuis le temps d’Houphouët avec son usage temporaire aux périodes d’élections, de carte de séjour (instaurée par Ouattara) en nationalité provisoire…

La mise en ordre de ce fichier étant effectivement une nécessité, la Côte d’Ivoire s’est attelée à cela depuis quelques années. Les parrains de Marcoussis ont vu en cela un intérêt non-négligeable — la pratique est courante en Afrique — : modifier le potentiel électoral en faveur des candidats préférés de la Françafrique.

Pour cela, il s’agit naturellement d’être peu regardant sur le contrôle légal du processus d’identification. C’est sur ce point que le processus d’identification, et les audiences foraines, viennent de coincer en Côte d’Ivoire.

Ce que nos médias ont pris soin de ne pas nous rappeler, c’est que le désarmement des rebelles devait avoir lieu avant le processus d’identification — afin que celui-ci se déroule de façon sereine. La rébellion, qui devait désarmer (selon Marcoussis) au lendemain de son accession au pouvoir ne l’a toujours pas fait près de quatre ans après. Devant son refus, la «communauté internationale» lui a accordé un désarmement «concomitant» à l’identification — pour finalement laisser procéder à l’identification sans aucun désarmement ! Identification en l’absence de représentants de l’État et des partis politiques, donc, mais à l’ombre des kalachnikovs.

Ce en quoi les patriotes ont dénoncé un risque de fraude, suscitant de ce fait la réprobation de Paris et de la «communauté internationale», et une étrange jubilation des médias français de voir que le refus des patriotes s’était soldé par des bagarres avec les partisans de la rébellion (les médias français semblant y voir la preuve de leur existence — et parvenant à faire l’identification politique des blessés et du jeune décédé).

Par ces manifestations, les patriotes ont toutefois pu obtenir un accord en vue d’une identification qui se fasse de manière transparente.

En attendant, un certain nombre d’ «identifications» ont déjà eu lieu. Et tandis que les immigrés burkinabés notamment ne s’y sont pas trompés — leurs représentants ont appelé à ne pas se prêter à cette mascarade françafricaine à fin électorales —, d’autres candidats à la nationalité ivoirienne n’ont pas manqué.

Et oh surprise ! effet inattendu : pour plusieurs d’entre eux, ce n’est pas tant la nationalité ivoirienne qui les intéresse, que le tremplin qu’ils y voient, en l’obtenant, pour accéder à la nationalité… française, ou au moins au territoire français, via le statut potentiel de réfugiés politiques ivoiriens…

Lire l’enquête ci-dessous, effectuée par
Philippe Kouhon, correspondant permanent Europe du Matin d’Abidjan :



 

«FRAUDE SUR LA NATIONALITE IVOIRIENNE - Des faux extraits de naissance ivoiriens découverts à Paris

Le Matin d’Abidjan — Mardi 1 Aout 2006 http://www.lematindabidjan.com/visual_article.php?num_actualite=3592


medium_le_matin_-_faux_papiers.2.JPGDepuis quelques jours, les autorités judiciaires officiant sur la place de Paris, singulièrement l'office français pour les réfugiés et apatrides (Ofpra), font face à plusieurs cas de faux extraits de naissance ivoiriens produits par des demandeurs d'asile politique. Une situation qui n'est pas sans rapport avec les audiences foraines qui ont cours actuellement en Côte d'Ivoire.

Ils sont des milliers à faire le rang, chaque jour, avec pour seul argument, la guerre en Côte d'Ivoire. Une situation qui nourrit, on le sait, le risque de persécution, comme le prévoit la convention de Genève sur le droit d'asile afin de bénéficier de la protection d'un pays tiers. Ces demandeurs d'asile politique n'ont pour unique pièce justificative, que l'extrait de naissance. Et ce sont les récents évènements de Bassam qui ont attiré l'attention des autorités françaises. Selon une source proche des services de l'immigration, des ressortissants guinéens et maliens, candidats à l'immigration en France, ont produit des extraits d'acte de naissance, établis à Bouaké. Mais pour leur malheur, ils seront confondus, lors du processus d'admission. C'est que, après l'introduction du dossier d'asile politique, un examen oral sanctionne la procédure. Occasion pour les requérants de prouver leur nationalité ivoirienne, à travers une connaissance solide du pays d'origine suite à un interrogatoire serré. Mais aussi et surtout, convaincre que l'on court le risque de persécution dans son pays d'origine, pour ses activités politiques ou encore son appartenance à une religion… De sources bien introduites, ils sont depuis quelques semaines, des centaines à se faire délivrer des extraits d'acte de naissance dans le quartier général de la rébellion, moyennant une contrepartie financière comprise entre 5 et 10 mille francs Cfa. A.C, 24 ans, originaire de la Guinée Conakry fait partie de ces faux Ivoiriens découverts par l'Ofpra. Il témoigne : " C'est un de mes oncles auquel j'avais expliqué mon projet d'émigrer en France qui m'a conseillé d'aller en Côte d'Ivoire et précisément à Bouaké pour acquérir un extrait de naissance ivoirien. Il m'a assuré que muni de ce document je pourrais aisément demander et obtenir l'asile politique ". Le cas des Guinéens est loin d'être isolé. Depuis l'ouverture du processus d'identification, Les services de l'immigration en Europe sont confrontés à ces ''néo Ivoiriens'', de plus en plus nombreux, qui prétendent fuir la guerre. Outre la France, l'on signale des demandes d'asile similaires dans plusieurs capitales européennes. Certes les mailles de la police se referment sur quelques uns mais ils sont tout aussi nombreux ceux qui arrivent à se sortir de la nasse. Moyennant finances, ces derniers s'appuient sur des Ivoiriens, qui les aident à passer avec brio, le " grand oral " en les instruisant au préalable sur les réalités ivoiriennes. Ainsi donc, munis de leurs papiers, ces faux Ivoiriens attendent sagement d'être sollicités pour les prochaines joutes électorales en Côte d'Ivoire.

Vers une élection Cedeao en Côte d'Ivoire
A en croire les recalés de l'Ofpra, le bradage massif de ces documents d'identité dans les zones assiégées, indique-t-on, se fait avec la complicité des chefs de guerre. Ce, en prévision des élections à venir. Ceci dit, cette pratique frauduleuse pourrait susciter la méfiance des représentations diplomatiques ivoiriennes, lors de l'établissement des cartes d'électeur. In fine, l'on court vers une sorte ''d'élection CEDEAO'' en Côte d'Ivoire. Ce triste constat pose avec acuité, la fiabilité des audiences foraines tenues sous leur forme actuelle, c'est-à-dire sans aucune garantie de transparence. C'est assurément un camouflet pour le premier ministre qui ne manque aucune occasion de clamer qu'il a pris des mesures nécessaires pour éviter que la nationalité ivoirienne ne soit bradée. Si Banny voulait des preuves, il les a désormais avec l'action de l'Office français pour les réfugiés et les apatrides (Ofpra). Reste à savoir ce que va donc décider le banquier venu de Dakar. Va-t-il continuer de laisser faire Soro et ses bandes armées ou au contraire mettre fin à cette vaste entreprise visant à modifier sensiblement le corps électoral dans notre pays ? Les prochains jours nous situeront sur la question. Mais il est bon de signaler que pour rallier à leur cause de nombreux étrangers, les responsables coalisés du Rdr et de la rébellion font miroiter aux uns, l'asile politique en Europe, et la suspension des frais de la carte de séjour délivrées aux étrangers vivant en Côte d'Ivoire. Suspendre les audiences foraines, désarmer et permettre le redéploiement de l'administration sur toute l'étendue du territoire ivoirien, avec le retour des sous-préfets et préfets, des tribunaux est le seul test crédible pour le retour à une paix durable en Côte d'Ivoire. Après un mépris souverain accordé aux revendications pourtant reconnues comme justes, du camp présidentiel, le premier ministre semble être aujourd'hui gagné par un début de lucidité, avec notamment la prise de nouvelles mesures, pour conduire les audiences foraines. Il n'est jamais tard pour bien faire dit l'adage. Il faut souhaiter que l'enfant de Morofè continue sur sa lancée correctrice. La paix en Côte d'Ivoire en dépend. Nécessairement.
Philippe Kouhon
Correspondant permanent Europe»




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