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«Une vingtaine» !

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«Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française»!

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Événements en Côte d'Ivoire. Essais de mise en perspective...

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Voir aussi :
"Une vingtaine" ! (environ)
"Une vingtaine" !... et quelques
"Une bourriche"
"Bis repetita"

Éléments d'histoire & autres considérations :
Une autre histoire...


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« Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur »


« Le mensonge se lève
très tôt mais la vérité
finit par le rattraper »


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Attentat manqué contre le Premier ministre ivoirien

Par Delugio :: samedi 30 juin 2007 à 10:07 :: Analyses & commentaires




Quelques questions qui se posent :

— Est-il si facile de tirer une roquette sur un avion officiel arrivant sur un aéroport sécurisé par l’Onuci et en présence de Licorne ? Cf. Notre Voie :
http://news.abidjan.net/h/254995.html ;
http://news.abidjan.net/h/254996.html ;
http://unevingtaine.hautetfort.com/archive/2007/06/29/attentat-manque-contre-le-premier-ministre-ivoirien-guillaum.html .

— À qui profite le crime ? Cf. Le temps : http://news.abidjan.net/article/?n=255048 ;
et couper, copier coller : http://coupercoller.wordpress.com/2007/06/29/.


Bidochon



— Comment les médias françafricains gèrent l’affaire ? Cf. Sur le Blog de Théo : 
http://kouamouo.afrikblog.com/archives/2007/06/30/5468986.html
: « quelle pirouette les
«spin doctors» du RHDP et des réseaux françafricains les plus «têtus» utiliseront pour attribuer ce qui s’est passé hier à Bouaké aux «extrémistes proches de Gbagbo» ? »

« Il n’y a pas si longtemps, le logiciel vendu par la France officielle à la communauté internationale (Etats, organisations et analystes), fonctionnait de manière binaire. Il y avait le gentil G7 et le méchant Gbagbo. Quand des violences survenaient – souvent préparées par des instances internationales jouant sur les nerfs du camp patriotique –, on se réjouissait que cela se passe à Abidjan et on stigmatisait sans retenue les seuls ennemis de la paix qu’il était convenu de pointer : les
«extrémistes du Sud chrétien». »

« Aujourd’hui, il faut bien changer de logiciel. Difficile d’attribuer les manœuvres de conspiration contre l’accord de Ouagadougou au président ivoirien. Ce ne sont pas les siens qui rouspètent, hurlent, tentent de fédérer les mécontentements pour provoquer un retour en arrière. »

Théophile Kouamouo a eu le nez creux (son texte est posté ce 30 juin à 00h35). Dans Libération de ce matin, Hoffnung s’échine déjà à renvoyer dos-à-dos « les deux camps » (http://www.liberation.fr/actualite/monde/264404.FR.php) :
« dans le camp gouvernemental, comme dans celui des rebelles, certains […] réprouvent en silence [l’accord de Ouagadougou] » explique-t-il, après s’être empressé de nous préciser qui a le beau rôle : « Les victimes ont été prises en charge par le personnel médical de la force française Licorne ».

Et Hoffnung conclut son article en pronostiquant tout haut une mise en cause de la visite de Gbagbo à Bouaké : « Vendredi, le président Gbagbo a indiqué qu’il maintenait sa visite à Bouaké, prévue le 5 juillet. Mais l’attentat contre Soro pourrait bien inaugurer une série de règlements de comptes sanglants au sein de l’ex-rébellion. »

Ce qui donnerait un retour à la case départ — d’avant Ouagadougou, dont probablement nombre de Français viennent de découvrir qu’il s’y était passé quelque chose : contrairement à l’accord passé quasiment inaperçu en France, l'attentat d'hier est répercuté à chaque journal télévisé. Au point que de l’annonce répétée « attentat manqué contre le Premier ministre ivoirien », on pourrait se demander si certains ne vont pas retenir surtout la seconde partie : Soro Premier ministre !




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«Une France digne de son idéal et de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique»

Par Delugio :: lundi 25 juin 2007 à 15:44 :: Livres




Eva Joly, La force qui nous manque, éd. Les Arènes, 2007.

 

Extraits du chapitre « Justice pour l’Afrique ! », p. 137-150 :

 Eva Joly  

« […]

 

Lorsque je voyage en Afrique, je n'entends que ressentiment et plainte vis-à-vis de la France. Où que j'aille je bute sur l'histoire coloniale. Elle est partout dans le paysage africain. Il me faut la relire, ou plutôt la lire et la comprendre, car l'information est impressionniste, voilée, comme escamotée. […]

 

Lorsque j'ai pris en charge l'instruction de l'affaire Elf, j'avais en face de moi les puissants du pétrole français, je n'aimais pas leur arrogance, la façon qu'ils avaient de se servir dans les caisses, mais lorsqu'ils invoquaient les intérêts supérieurs du pays, j'étais prête à les croire. Je sortais de plusieurs années en détachement au ministère des Finances, entourée de hauts fonctionnaires intègres, d'une compétence absolue. J'avais confiance dans les institutions de mon pays d'adoption. Je n'imaginais pas que la finalité des dirigeants des sociétés nationales du pétrole fût autre chose que le bien commun. Je traquais les dérives et non le système lui-même.

 

Pourtant au fil de mon enquête, j'ai découvert un monde souterrain. Magistrate, limitée par le cadre de ma saisine et des compétences nationales, je devais m’arrêter sur le seuil de certaines portes, qui menaient vers l'étranger. Je découvrais des chemins qu'il aurait été passionnant de remonter, des connexions qui m’ahurissaient. Avec des chiffres, des comptes, nous avions sous nos yeux le déchiffrage d'un vaste réseau de corruption institutionnalisé, dont les fils étaient reliés en direct à l'Elysée.

 

Ce n'était pas mon rôle d'en tirer les conclusions politiques, mais j'en ai gardé l'empreinte. Nous avions dessiné alors un vaste schéma, que j'ai toujours avec moi. il fait huit mètres une fois déplié. Il serpente depuis le bureau d'un directeur des hydrocarbures d'Elf, jusqu'à des comptes obscurs alimentés par le Gabon, aux mains d'Omar Bongo: quarante ans de pouvoir et une difficulté récurrente à distinguer sa tirelire et sa famille d'une part, le budget de l'Etat et le gouvernement d'autre part. J'emporte souvent ce schéma avec moi, au fil des rendez-vous. Je l'étale sur les tables, un peu comme un capitaine au combat sort ses vieilles cartes. Les positions ont sans doute varié, les techniques de camouflage se sont sophistiquées, mais le système est là : les tyrans sont des amis, que la France a placés au pouvoir et dont elle protège la fortune et l'influence par de vastes réseaux de corruption; en échange ils veillent sur les intérêts et les ressources des entreprises françaises venues creuser le sol. Tout ce beau monde a intérêt à ce que rien, jamais, ne stimule ni les institutions ni l'économie des pays.

 

Et si je m'arrête un instant au Gabon, qu'est-ce que j'y vois ? Un pays riche qui exporte plus de treize milliards de dollars de pétrole brut par an et affiche un PIB par habitant largement au-dessus de la moyenne africaine (6397 $)? Ou un pays pauvre où l'espérance de vie est estimée à 55 ans pour les femmes et 53 pour les hommes, ce qui leur laisse un an de moins que les Malgaches nés sur un sol sans pétrole? Le taux de mortalité infantile est au Gabon particulièrement élevé, le taux de vaccination contre la rougeole est de 40 % contre une moyenne de 79 % dans les pays en développement. Voilà où en est le Gabon, chasse gardée de la France, fournisseur des trésors du pétrole et de l'uranium, fief de Total-Elf la première capitalisation boursière française.

 

Si les habitants de Libreville n'ont pas bénéficié de la richesse de leur pays, c'est parce que la France s'est accaparé ses ressources minières, avec la complicité d'un président, enrôlé dès son service militaire par l'armée française et ses services secrets, placé à la tête du pays à 32 ans par Paris. Il était alors le plus jeune chef d'Etat du monde. La France contrôle son armée, ses élections et protège sa fortune. En retour, Omar Bongo fait table ouverte plusieurs fois par an, avenue Foch ou à l'hôtel Crillon, où il reçoit les hommes politiques, les publicitaires et les journalistes français qui comptent.

 

Chacun se presse à ces audiences. Dans les années 1990, un homme politique français de premier plan, alors en fonction, bénéficiait en parallèle d'un contrat de «consultant» signé par Omar Bongo et largement rémunéré. De Roland Dumas, le président gabonais dit qu'il est «son ami intime ». Prévoyant, il apprécie aussi Nicolas Sarkozy, venu «prendre conseil» en tant que candidat à l'élection présidentielle. Lorsque au cours de l'instruction, nous avons perquisitionné au siège de la Fiba, la banque franco-gabonaise, nous avons consulté le listing des clients, qui paraissait tenu à la plume sergent-major. C'était une sorte de Who's Who de la France en Afrique, qui en disait long sur l'envers de la République et des médias.

 

A ceux qui croient encore à l'aide désintéressée de la France en Afrique, il suffit de consulter les chiffres du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement). La corrélation est régulière entre le montant de l'aide française et la richesse en matières premières. En clair, celui qui n'a rien dans son sous-sol ne doit pas attendre grand-chose de Paris... Il n'est pas étonnant de retrouver le Gabon comme l'un des premiers bénéficiaires de l'aide publique française au développement. Le résultat est affligeant en termes de système de santé et d'éducation. L'argent s'est perdu en route. Il est justement fait pour cela.

 

Il ne s'agit pas d'une dérive mais d'une organisation cohérente et raisonnée. Dans chaque audition durant notre instruction, nous entendions parler de pressions physiques, d'espionnage permanent et de barbouzes. Les perquisitions dans la tour Elf à la Défense livraient une moisson de documents révélant la confusion des genres, nous les transmettions au parquet de Nanterre, qui se gardait bien d'ouvrir des enquêtes. Car Elf hier, Total aujourd'hui, est un Etat dans l'Etat, conçu par Pierre Guillaumat un ancien ministre de la Défense, patron des services secrets et responsable du programme nucléaire français afin de servir les intérêts géopolitiques de Paris.

 

[…]

 

[…] La France se sert d'Elf-Total pour affirmer sa puissance. La compagnie intervient dans le golfe de Guinée, au Nigeria, au Congo-Brazzaville, en Angola... Tous ces pays ont connu la guerre civile et la dictature, derrière laquelle la main française s'est fait sentir. Le chaos, lorsqu'il se produit, ne trouble pas le système. Il n'est qu’à voir l'Angola, en guerre pendant des dizaines d'années, mais dont aucune goutte de pétrole, jamais, n'a raté sa destination. Pendant la guerre, les affaires continuaient... Les banques françaises, BNP- Paribas en tête, ont même profité de l'occasion pour élaborer des montages financiers destinés aux pays en guerre, à des taux affolants, tout en sachant qu'elles ne prenaient pas le moindre risque. L'argent, là aussi, n'a pas été perdu pour tout le monde. C'est un miroir dans lequel il ne faut pas trop souvent regarder les élites françaises.

 

 

Depuis que j'ai ouvert le dossier Elf, dans mon bureau de la galerie financière, j'ai voyagé physiquement et intellectuellement bien loin de la Seine et de ses quais gris et bleus... J'ai appris en marchant. A l'arrivée, le tableau est effrayant.

 

[…]

 

La République française […] a mis en place en Afrique un système loin de ses valeurs et de l'image qu'elle aime renvoyer au monde. Comment des institutions solides et démocratiques, des esprits brillants et éclairés, ont-ils pu tisser des réseaux violant systématiquement la loi, la justice et la démocratie? Pourquoi des journalistes réputés, de tout bord, ont-ils toléré ce qu'ils ont vu? Pourquoi des partis politiques et des ONG, par ailleurs prompts à s'enflammer, n'ont-ils rien voulu voir?

 

Je ne condamne pas. J'ai partagé cet aveuglement. J'étais comme eux, avant de glisser l'œil dans le trou de la serrure et de prendre la mesure de ce secret de famille: la France reste un empire et ne se remet pas de sa puissance perdue. L'indépendance politique a été largement une mascarade en Afrique de l'Ouest. L'Occident a fermé les yeux, car la France se prévalait d'être le «gendarme» qui défendait la moitié du continent contre le communisme. Les Français ont laissé faire, car, astucieusement, de Gaulle et ses successeurs ont présenté leur action comme un rempart contre l'hydre américaine. Elf était l'une des pièces maîtresses de cette partie géopolitique. Le double jeu a été facilité par la certitude, ancrée dans les mentalités, que «là-bas, c'est différent». Là-bas, c'est normal la corruption, le népotisme, la guerre, la violence. Là-bas c'est normal la présence de l'armée française, les proconsuls à l'ambassade ou à l'état-major, les camps militaires. Là-bas, c'est normal l'instruction des gardes présidentielles. Là-bas, c'est normal la captation des richesses naturelles. D'ailleurs «tout le monde fait pareil». Jeune ou vieux, de gauche ou de droite, nul Français ne songe à s'offusquer de voir nos soldats mener, presque chaque année, une opération militaire en Afrique, au Tchad, en Côte d'Ivoire, au Rwanda, quand tous se gaussent de cette Amérique venue faire la police en Irak, en maquillant d'un fard démocratique les intérêts géopolitiques et pétroliers de Washington. Il y a pourtant bien des symétries.

 

J'ai vu récemment un documentaire sur la guerre du Biafra, quatre ou cinq demi-heures de témoignage brut des principaux acteurs, sans commentaires. Je suis restée sans voix. A ceux qui sont nés après 1970, le Biafra ne dit rien. Dans cette région du Nigeria, riche en pétrole, une ethnie, chrétienne et animiste armée par la France, réclama l'indépendance. S'ensuivit une guerre meurtrière de trois ans, révolte financée depuis l'Elysée via des sociétés suisses. La télévision française aimait alors montrer les enfants affamés que les militaires français ramenaient par avion pour les soigner, jamais elle ne laissait voir la cargaison de l'aller, remplie d'armes... A l'image maintenant, les anciens collaborateurs de Jacques Foccart, repus dans leurs fauteuils Louis XV, détaillent sans émotion ces montages illégaux. Les officiers, lieutenants d'alors, généraux d'aujourd'hui, racontent ce bon tour le sourire aux lèvres. Fin du documentaire. Pas un mot, pas une ligne dans les livres d'histoire.

 

Des drames comme celui-ci, l'Afrique en contient des dizaines, soigneusement passés sous silence. Les massacres des Bamiléké au Cameroun par la France du général de Gaulle, le génocide des tutsis commis par un régime soutenu par François Mitterrand, les assassinats d'opposants, les manipulations d'élection... Le passif de la France sur le continent africain n'a rien à envier à l'impérialisme américain en Amérique latine ou au Moyen-Orient.

 

Il est à la mode parmi les intellectuels français de se plaindre du mouvement de repentance qui s'est répandu depuis quelques années. Les bienfaits de la colonisation, à inscrire dans les manuels scolaires, ont même fait l'objet d'une proposition de loi, largement soutenue par les députés. […] Mais les peuples sont comme les familles. On ne peut pas faire le tri de la mémoire. Il est des secrets soigneusement cachés dont l'onde portée va bien au-delà d'une ou de deux générations. Les enfants héritent de tout: du malheur comme du bonheur, de la richesse comme des dettes.

 

La République française paie aujourd'hui la facture de son passé. Il suffit de dérouler la liste des appellations officielles des Maghrébins, nés dans un département français avant 1962 ou sur le sol hexagonal depuis les années 1970. Par la loi, ils furent et sont des Français comme les autres. Les gouvernements successifs n'ont pourtant cessé d'inventer des périphrases: «indigène musulman», «sujet africain non naturalisé», «JFOM» (jeune français originaire du Maghreb), «jeune issu de l'immigration », «fils de harkis », «jeune des quartiers », «Arabo-musulman »,« Français d'origine arabe »,« Français musulman»...

 

La France vit encore comme si en Afrique elle était chez elle, et comme si, sur son sol, ses enfants d'ascendance africaine n'étaient pas français. Le développement de la Françafrique, notre tolérance vis-à-vis des réseaux, tout ramène à ce secret colonial, à cet empire qui hante les esprits comme un fantôme. Oui, Total, la première entreprise française, est riche et prospère. Mais la manière dont la firme s'est bâtie fait partie de l'héritage. Qui osera un jour rendre au Nigeria, au Cameroun, au Gabon, au Congo-Brazzaville ce que la France leur doit? Qui contestera les contrats conclus par Areva pour l'uranium du Niger ou ceux des mines d'or de Sadiola au Mali, deux pays parmi les plus pauvres du globe, qui ne touchent qu'une part dérisoire des richesses prélevées dans leur sol? La République a contracté une dette qu'il lui faudra bien honorer. Notre prospérité est nourrie de richesses que nous détournons. A certains de ces sans-papiers qui risquent leur vie pour gagner l'Europe, il pourrait être versé une rente au lieu d'un avis d'expulsion. Je rêve, pour ce pays que j'aime, d'un réveil collectif.

 

Une France digne de son idéal et de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique: ce qu’une génération a fait, une autre peut le défaire. C’est possible.

[…] »

 


(PS : un petit flou apparaît dans la carte des interventions françaises en Afrique (planche xxv) qui ne permet pas de trancher sur le rôle de "l'interposition" française de 2002 en Côte d'Ivoire ; flou qui pourrait laisser imaginer que l'intervention était de celles soutenant les pouvoirs... Le rôle des Bongo et autres Sassou à l'appui de Chirac pour dégommer Gabgbo permet de clarifier ce flou...)

 

 

 

 

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Maïmonide et les «noirs»

Par Delugio :: lundi 18 juin 2007 à 8:23 :: Analyses & commentaires




On cite parfois indûment Maïmonide pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas
(cf. http://www.afrostyly.com/afro/divers/malediction_cham.htm
 ;
http://www.shenoc.com/la%20mal%C3%A9diction%20de%20cham.htm ; etc.).

Je reproduis la citation que l’on en fait : la « 
nature [des "noirs"] est semblable à celle des animaux muets, et selon mon opinion, ils n'atteignent pas au rang d'être humains ; parmi les choses existantes, ils sont inférieurs à l'homme mais supérieurs au singe car ils possèdent dans une plus grande mesure que le singe l'image et la ressemblance de l'homme » (Le Guide des égarés, livre III, chapitre 51).

La citation est (à strictement parler, approximativement) exacte, mais tronquée ! Dans le même propos,
Maïmonide
vise aussi nommément les Turcs, donc des « blancs » — ce qui ne vaut pas excuse !… Mais cela rend illégitime l’accusation de racisme anti-«noirs». Il suffit de lire le texte en entier pour voir que le préjugé de Maïmonide n’est pas raciste, mais… rationaliste et religieux !

Il parle uniquement des Turcs de « l’extrême nord » et des « nègres » de « l’extrême sud », qui pense-t-il, n’ont pas été atteints par les acquis de la raison (aristotélicienne) et de la croyance religieuse. Maïmonide s’autorise de ce préjugé (de nature rationaliste et monothéiste) pour dénuer la pleine humanité
aux tenants de ce qu’il croit être l’absence de religion, de spéculation et de traditions.

Le propos de Maïmonide concerne — je le cite plus complètement — « tous les hommes qui n'ont aucune croyance religieuse, ni spéculative, ni traditionnelle, comme les derniers des Turcs à l'extrême nord, les nègres à l'extrême sud et ceux qui leur ressemblent dans nos climats. Ceux-là sont à considérer comme des animaux irraisonnables; je ne les place point au rang des hommes, car ils occupent parmi les êtres un rang inférieur à celui de l'homme et supérieur à celui du singe, puisqu'ils ont la figure et les linéaments de l’homme et un discernement au-dessus de celui du singe » (Guide des égarés, livre III, chapitre 51, traduction S. Munk, éd. Verdier, coll. « Les dix paroles », p. 615-616).

Le propos est indéfendable, mais ne peut cependant en aucun cas être considéré comme parlant de la couleur de la peau.

Dans un ordre différent, on pourrait d’une autre façon remarquer aussi que les développements insupportables du Talmud sur les « noirs », développements souvent cités, ont été dans une certaine mesure réfutés par des talmudistes eux-mêmes. Ainsi — évidemment au courant des délires, ouvrant à la pire négrophobie, présents dans les midrashim —, un rabbi Eliezer précisait que Sem, et pas seulement Cham, était « noir » — et beau tandis que Cham était laid ! (Pirké de rabbi Eliezer.) Bref, le présentateur télé dit le
« black » de TF1, Harry Roselmack, descendrait de Sem, si l'on en croit ces dames ; tandis que l'artiste noir américain Sammy Davis Junior, de confession juive, qui se disait lui-même laid, descendrait de Cham...

(Voir, sur l'origine des développements talmudistes, une thèse intéressante dans un article publié dans la revue Éthiopiques.)

Si l’on ajoute à cela que l’exégèse du texte de la Genèse, non seulement pourrait confirmer ce que dit rabbi Eliezer quant à la
« noirceur » de Sem — via la géographie : un des lieux d’implantation des « sémites » étant la Somalie (Gn 10, 28 : Ofir et Saba, fils de Sem par Eber = Hébreux – Saba est aussi fils de Cham par Koush, Gn 10, 6) — ; mais qu’elle pourrait infirmer aussi l’exclusive « noirceur » de Cham — des pans entiers de l’actuelle Mésopotamie (évidemment « blanche ») étant « chamitiques » (comme Akkad et Assour – Gn 10, 10-11) ; on découvre à quel point est indu l’usage — par le midrash Bereshit Rabbah notamment — de ce texte de la Genèse à des fins potentiellement catastrophiques quant à la négrophobie… (Voir sur l’exégèse, le livre de Pierre Ndoumaï, On ne naît pas Noir, on le devient. Les métamorphoses d’une idéologie raciste et esclavagiste, L’Harmattan, 2007 — cf. http://delugio.zeblog.com/2007/06/15.)




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«"La malédiction de Cham qui n'a jamais eu lieu", par Pierre Ndoumaï.»

Par Delugio :: vendredi 15 juin 2007 à 19:00 :: Livres




ndoumaïLivre :
Pierre Ndoumaï, On ne naît pas Noir, on le devient. Les métamorphoses d’une idéologie raciste et esclavagiste, L’Harmattan, 2007.
Pierre Ndoumaï s'attache, entre autres, à montrer l'absence de fondement dans la Bible des théories racistes qui ont prétendu s'en "autoriser" avec pour effet d'ancrer les "noirs" dans la "malédiction". Préjugés qui ont été
reçus aussi par l’islam.
Un travail important a déjà été accompli par nombre d’exégètes chrétiens et juifs sur le Nouveau Testament pour le débarrasser des lectures anti-juives qui en ont été faites.
Pierre Ndoumaï, chrétien lui-même, offre ici un travail du même ordre, sur la Bible en général, pour la débarrasser des lectures anti-«noires» qui, à l’encontre du texte, ont contribué à nourrir et à propager l’idéologie raciste qui a fondé les rapts et les déportations esclavagistes d’Africains — et leurs suites coloniales et post-coloniales.
Les deux combats, tous les combats contre le racisme, doivent être menés de front : « Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous », avertissait Frantz Fanon
.
Ce combat sur plusieurs fronts, pour n’être pas aisé, n’en est pas moins indispensable. L’humanité ne peut se libérer qu’en son entièreté. Il n’y a qu’une seule «race» humaine, quel que soit le taux de mélanine ou les traditions religieuses.
Ce combat, pour être efficace, doit éviter les caricatures, ce que fait le livre de Pierre Ndoumaï. Simple exemple (il y en aurait d’autres) : Ndoumaï précise et montre que saint Augustin comme Thomas d’Aquin n’ont pas fait leurs ces lectures erronées ; cela vaut aussi pour les réformateurs protestants, malgré l’usage indu qui a été fait de leur exégèse (Ndoumaï le montre pour Luther).
Une interrogation, dans un autre domaine : on aurait préféré que Ndoumaï use, pour le Rwanda, d’une autre référence
que Lugan (p. 70-71 note 120) !… quand il dénonce remarquablement son double, Smith (p. 143 sq.). (Il n'aborde quasiment pas la crise franco-ivoirienne - deux lignes, p. 142 et 150 - ; s'il ne parvient "[pas à] nier le rôle positif des troupes françaises en Côte d'Ivoire", il constate qu'"[ils] reviennent encore aujourd'hui pour imposer la paix à leur manière" - p. 142. Et il se demande "avec quels moyens [les rebelles] acquièrent [leurs armes] et de quelle manière ces armes sont acheminées" - p. 150.)
Un livre très utile quoiqu’il en soit, œuvre de déconstruction de préjugés catastrophiques.
Ndoumaï aurait pu aller encore plus loin. Ainsi, il
n’a pas corrigé l’erreur classique sur le Cantique du Cantique — «Je suis noire "mais" belle» là où le texte dit précisément : «je suis noire et belle». Le «mais» ne se trouve ni dans l’hébreu, ni même dans la traduction grecque des Septante. Il apparaît dans la version latine de la Vulgate, au Ve siècle ap. JC.

Ci-dessous, l’article d’Afrikara
«"La malédiction de Cham qui n'a jamais eu lieu", par Pierre Ndoumaï» qui m’a fait découvrir ce livre :


Afrikara
02/06/2007 —
http://www.afrikara.com/index.php?page=contenu
&art=1786&PHPSESSID=4ec5f935402964427254f81796a699a4


«"On ne naît pas Noir, on le devient. Les métamorphoses d’une idéologie raciste et esclavagiste" paru chez l’Harmattan en 2007
,
c’est la prise de parole autorisée d’un Africain décidé à déconstruire avec méthode et rigueur les imaginaires et soubassements du racisme judéo-chrétien qui a mené aux servitudes cumulées, banalisées, normalisées des Nègres dans un monde dominé par l’Occident blanc. Un ouvrage rafraîchissant qui tombe à pic alors qu’une certaine afrocentricité de supermarché, animée par la boulimie du lucre et singulièrement inapte à produire quelque consistance discursive que ce soit, tend à ombrager la qualité des contributions intellectuelles des Africains et Afrodescendants exemplifiée par Cheikh Anta Diop parmi d’autres éminents.

Dans «On ne naît pas Noir, on le devient» Pierre Ndoumaï, qui a enseigné l’histoire de l’église et l’hébreu biblique revient à la genèse des textes talmudiques et chrétiens qui nourrissent une haine viscérale du Noir et la définition de ce dernier comme prototype du péché, du mal, de la laideur. Il nous livre ici une part de sa réflexion que les karanautes pourront approfondir dans son ouvrage.


Les discours afro-pessimistes qui trouvent encore plusieurs adhérents à travers le monde puisent à profusion dans les stéréotypes et les clichés conçus au cours de l’histoire sur les Noirs. La raison fondamentale de cette chosification des Noirs au cours de l’histoire se trouve être l’idée suivant laquelle les Noirs seraient maudits à la suite de leur soi-disant père Cham.

La première mention de cette idée se trouve dans les écrits talmudiques. La négritude y est perçue comme la conséquence de la malédiction et équivaut à la laideur. Cette idée est une interprétation d’un texte de la Bible, à savoir Gen 9, 18-27, où il est pourtant question de la malédiction de Canaan et non pas de Cham. Aussi étrange que cela puisse paraître, cette interprétation fantaisiste de la Bible qui a donné lieu à une idéologie funeste a eu et a encore des conséquences désastreuses dans la vie des Noirs. Celle-ci a été transmise aux chrétiens, car elle est présente dans les écrits de certains Pères de l’Eglise ancienne.

 

L’idée a fait son chemin et a atteint le Moyen-âge où elle a été très bien accueillie. En effet, après des vagues de pestes qui ont dévasté l’Europe, celle-ci était dans un très grand besoin de la main d’œuvre. C'est ainsi que l’idée que les Noirs en tant que "descendants de Cham" seraient maudits et mériteraient d’être réduits à l’esclavage a été donc saluée par l’Europe "supposée être chrétienne". La religion chrétienne et la science ont été appelées à la rescousse pour justifier l’infériorité des Noirs par rapport aux autres races, le but étant de montrer que même naturellement, le Noir est déterminé à l'infériorité et à l'inutilité comparativement aux autres races en général et au Blanc en particulier.

En effet, plusieurs papes ont cautionné la soumission des Noirs à l’esclavage par leurs bulles pontificales. Du côté de la science, l’anthropologie, l’ethnologie, l’égyptologie, la linguistique pour ne citer que ces quelques exemples, ont été manipulées pour parvenir à l’exécrable but de démontrer par une ‘’pseudo-science’’ l’infériorité, voire l’inutilité des Noirs.

A cela, il faut ajouter la symbolique des couleurs qui a favorisé depuis le Moyen âge le cumul des préjugés, stéréotypes et clichés sur les Noirs. La couleur noire était perçue comme le symbole du deuil, de la souffrance, du malheur, de la laideur, bref tout ce qui est négatif et odieux, tandis que la couleur blanche était le symbole de l’innocence, de la beauté, du bonheur, bref tout ce qui est sublime et parfait, donnant ainsi un écho très favorable aux commentaires des écrits talmudiques. Il s’ensuit que lorsqu’on parle de l’homme noir, on ne se réfère pas à la couleur de sa peau, mais plutôt à ce qui se cache derrière la couleur noire. Il s'agit bien entendu des préjugés, stéréotypes et clichés qui remontent à l’esprit et non pas la couleur de sa peau qui, loin d’être en réalité noire est plutôt brune. La condition actuelle des Noirs à travers le monde ne peut ignorer les séquelles non seulement des traitements inhumains dont ils ont payé les frais, mais aussi du regard méprisant et humiliant jeté sur eux, bien que basé sur une idéologie mensongère.

 

L’esclavage n’a pas été l’unique forme d’exploitation des Noirs car le colonialisme et le néocolonialisme qui s’en inspirent sont autant d’outils de chosification et d’exploitation. Il convient de souligner que même l’évangélisation de l’Afrique s’est faite sous l’angle de la théologie de malédiction. Il était question d’aller arracher les pauvres fils de Cham des griffes du diable. Et d’ailleurs à Vatican I (1869-1870), un groupe d’évêques s’est approché du pape avec un postulatum pour solliciter que le saint père lève la malédiction qui pèserait sur les misérables fils de Cham.

C’est aussi le lieu de noter que même si les Noirs ont été maltraités, exploités, méprisés, et chosifiés injustement au cours de leur histoire récente, il reste qu'ils sont en partie responsables de leurs malheurs. Il suffit pour s'en convaincre d'évoquer la dictature, la gabegie, la corruption, les coups d’Etat, le népotisme, le bourrage des urnes, les guerres civiles, le grand banditisme, etc. qui minent l'existence humaine aux pays des Noirs. Les auteurs de ces vices sont les Noirs eux-mêmes, quoique généralement instrumentalisés, installés ou tenus en joue par le néocolonialisme. Ce faisant ils sont devenus des loups pour d’autres Noirs.

 

La réflexion menée dans «On ne naît pas Noir, on le devient» [L’Harmattan, 2007] débouche sur l’appel à une prise de conscience à un double niveau :

-               L’Occident se doit de réaliser que l’idéologie de la malédiction des Noirs est une théorie erronée même si on a voulu à tort impliquer la Bible et la science pour la justifier. Il est par conséquent important de se défaire des préjugés, stéréotypes et clichés qui sont les métamorphoses de cette funeste idéologie pour considérer le Noir à sa juste valeur, rien de moins qu’un être humain comme les autres. Ni un quelconque déterminisme génétique, ni les effets d’une quelconque malédiction n’ont d’effet sur l’existence des Noirs. Le Noir n’est pas déterminé à la naissance comme on a voulu l’insinuer. Il est un être humain libre et capable de se réaliser comme les autres.

-              Les Noirs de leur côté se doivent tout d’abord de comprendre qu’il est de leur responsabilité de montrer aux autres qu’ils ne sont pas moins humains qu’eux, en se comportant de manière responsable. Il faut cesser de donner des munitions aux afro-pessimistes en favorisant une culture vicieuse qui ne fait qu'enfoncer le continent noir dans le sous-développement. Il faut résister à l’idéologie qui prône l’infériorité des Noirs en s’engageant résolument sur la voie du développement intégral et durable et en dénonçant toute pratique qui se situe aux antipodes de ce noble but.  

Les contingences et vicissitudes de l’existence sont allées à l’encontre des intérêts des Noirs, mais ensemble qu’on soit Blanc, Jaune ou Noir, nous pouvons dans le coude-à-coude nous opposer à toute idéologie ou pratique qui s’attaque à la dignité humaine et travailler ensemble en vue de la réalisation du plan du Créateur qui est de voir chaque être humain se réaliser en devenant heureux.»




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Les dessous de la «crise ivoirienne» — Simone Gbagbo fait des révélations

Par Delugio :: mercredi 13 juin 2007 à 18:57 :: Livres




Le Matin d’Abidjan — mercredi 13 juin 2007 —
http://www.lematindabidjan.com/visual_article.php?num_actualite=7529 :

par
Philippe Kouhon, envoyé spécial à Bruxelles :

 

 

« Les dessous de la crise ivoirienne
Depuis la Belgique, Simone Gbagbo fait des révélations
"Pourquoi l'ONU ne m'a pas sanctionnée" 
 

Simone Gbagbo

A l'invitation de la diaspora ivoirienne de Belgique et sous la coordination de la représentation du Cojep-Bénélux, la première dame de Côte d'Ivoire était le mercredi 6 juin à Bruxelles pour la dédicace de son livre "Paroles d'honneur".

"L'ambassadeur de la France à l'Onu proposait de suspendre la Constitution de la Côte d'Ivoire. Il proposait un avant-projet de résolution qui demandait de transférer les pouvoirs du président de la République au Premier ministre Charles Konan Banny. Nous sommes dans un Etat où le régime politique est présidentiel. Le Premier ministre chez nous n'est que le premier des Ministres et le coordonnateur des activités gouvernementales. Et les ambassadeurs membres du conseil de sécurité de l'Onu ont décidé qu'à aucun moment l'Onu ne peut avoir le droit de suspendre la Constitution d'un pays membre. Je me souviens comment les pays membres du Conseil de sécurité de l'Onu ont pu se mobiliser pour sauver quelque chose de fondamentale, en ce qui concerne les petites nations que nous sommes. Il s'agissait de savoir si le monde entier allait autoriser l'Onu à dissoudre la Constitution d'un pays membre. Nous avons prié, nous avons observé et nous avons conclu que l'espoir est permis pour l'humanité toute entière. Je vous assure, messieurs les ambassadeurs que pendant ces trois jours, du 30 octobre au 2 novembre 2006, nous nous posions la question de ce que le conseil de sécurité de l'Onu allait décider ". Voici une des précisions que la Première Dame, qui était à Bruxelles, à l'invitation de la diaspora ivoirienne de Belgique, pour la dédicace de son livre " Paroles d'honneur " a bien voulu faire. Elle instruisait ainsi sur le rôle nocif de la France dans la crise ivoirienne. Poursuivant son propos, elle a aussi expliqué comment l'Elysée s'est minutieusement employé à dresser toute la communauté internationale contre le régime d'Abidjan, pour obtenir la chute de Laurent Gbagbo: " J'ai vécu une expérience extrêmement riche en Côte d'Ivoire. J'ai pu voir comment un pays, un régime peut être diabolisé méthodiquement pour atteindre un objectif précis. J'ai également pu voir comment les médias occidentaux peuvent être utilisés comme instrument de déstabilisation de nos pays en Afrique ; comment les efforts fournis par les régimes au pouvoir en Afrique, pour sortir nos populations du sous-développement, de la misère, peuvent être ruinés en très peu de temps. Ce qui fait qu'en Afrique nous sommes en perpétuel recommencement. De sorte qu'on finit par se convaincre soi-même qu'on est un continent maudit. J'ai vu comment l'occident tout entier peut combattre un régime qui ne plait pas à l'un de ses membres ", a révélé Simone Gbagbo au nombreux public venu de France, d'Allemagne, Londres, Bénélux, dont des groupements associatifs, les leaders des mouvements patriotiques, diplomates, ministres pour écouter la " First Lady " ivoirienne. C'est donc selon elle, pour rétablir la vérité, qu'elle a écrit " Paroles d'Honneur " ce livre de 500 pages. " J'ai écrit ''Paroles d'Honneur'' pour dire aux Ivoiriens mais aussi aux autres Africains et au reste du monde, ma part de vérité sur ce qui se passe en Côte d'Ivoire; sur le rôle que chacun y a joué; sur le rôle que les médias occidentaux ont joué dans mon pays; sur le rôle que le régime de monsieur Chirac a joué en Côte d'Ivoire; sur les responsabilités que ce régime a dans la crise en Côte d'Ivoire; mais également sur le rôle joué par certains pays africains et sur le rôle joué par les Ivoiriens eux-mêmes dans cette crise. On m'a accusée d'être esclavagiste, d'être à la tête des escadrons de la mort, d'avoir pactisé avec Trafigura pour déverser les déchets toxiques en Côte d'Ivoire, mais je n'ai pas compris comment j'ai pu échapper aux sanctions onusiennes. Peut-être à cause de ma foi en Christ ? ", a noté le député d'Abobo. Qui révèle dans la foulée comment ce livre a été conçu : " Ce n'est pas un exercice très facile pour moi de parler de quelque chose que j'ai faite. Je parle plus facilement de la situation politique dans mon pays. Je me sens toute capable d'animer un meeting. Je me sens toute capable de tenir une classe ; je me sens toute capable de rédiger un essai à la suite d'un travail de recherche; mais écrire un ouvrage qui ait des caractéristiques littéraires, je ne me sentais pas du tout capable. Si ce livre a pu être écrit c'est grâce à cette femme là, Liliana Lombardo. C'est elle qui m'y a encouragé. Elle a tellement insisté que j'ai fini par accepter. Je lui ai dit que je n'avais rien à dire et elle m'a dit qu'elle me poserait des questions auxquelles je répondrai. Pendant trois semaines, nous avons travaillé sur au total 130 questions-réponses. Ensemble avec une équipe mise sur pied par elle, nous avons travaillé pendant plusieurs mois et finalement j'ai dit, en enlevant les questions, on pouvait bâtir un ouvrage. Et cela a donné un manuscrit énorme de 800 pages. Après nettoyage, nous avons obtenu 500 pages qui constituent, Parole d'Honneur ". Notons que cette soirée dédicace qui a eu pour cadre la salle de conférence de l'Hôtel Marriott a été un véritable succès, vu la participation de nombreuses personnalités dont SEMme Marie Gosset, ambassadeur de Côte d'Ivoire au Bénélux, le ministre Alphonse Douati, Mamadou Dembélé, président du Cojep-Bénélux, initiateur de la rencontre. Après l'étape de Bruxelles, l'auteur s'est envolé pour la Suisse où la diaspora ivoirienne de ce pays attend son tour de dédicace qui aura lieu aujourd'hui à Genève. Initiée par les différentes représentations du Cojep en Europe, " la caravane de dédicace de l'œuvre de madame Simone Ehivet Gbagbo se poursuivra dans plusieurs autres capitales européennes ", a confié, Legré Thierry, membre de la délégation de la Première dame et de la galaxie patriotique ivoirienne. »




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La «crise ivoirienne» et les relations franco-africaines

Par Delugio :: samedi 09 juin 2007 à 20:02 :: Articles de presse




… selon Albert Bourgui, professeur en relations internationales à l’Université de Reims (sur le blog de Calixte Tayoro).

En guise d’ « introduction au compte rendu d’une conversation que [lui] a accordée Albert Bourgi il y a deux semaines, et [qu’il publiera] lundi prochain, sur [son] blog et dans les colonnes du Courrier d’Abidjan », Calixte Tayoro retranscrit ces propos d’Albert Bourgi tels que « recueillis et retranscrits par Moustapha BARRY, le correspondant permanent de Walf Fadjri à Paris: il y est question des changements que la crise ivoirienne entraîne dans les rapports entre la France et l’Afrique, notamment quant au devenir des bases militaires léguées par la période coloniale » 

Calixte Tayoro donne un post scriptum : « J’ai oublié de dire que l’article de Walf Fadjri porte sur la “période de recomposition politique” qui s’ouvre actuellement au Sénégal. C’est difficile deviner à la lecture des passages que j’ai sélectionné! » Voilà une interview censée concerner le Sénégal et qui tourne autour de la Côte d’Ivoire, comme Kouchner à Bamako est censé la « contourner » — selon Libération qui en fait son titre (cf. article ci-dessous *) ! : apparemment en fait de contournement, on semble n’y parler que de ça !

Propos d’Albert Bourgi :

La crise ivoirienne a incontestablement modifié l’esprit des relations entre la France et l’Afrique. Il y a un avant et un après Côte d’Ivoire. Ce qui s’est passé dans ce pays aura, sans doute, une incidence aussi bien du côté africain que français. Du côté africain, les opinions africaines se sont révélées être de plus en plus en rupture avec les positions défendues par leurs propres dirigeants. Du côté français, ce qui s’est passé au cours de ces cinq dernières années doit interpeller les dirigeants pour savoir ce qui s’est véritablement passé en Côte d’Ivoire. Il est évident que l’évolution actuelle de la situation en Côte d’Ivoire a montré que la présence militaire française n’a pas été à la hauteur de la qualité des rapports entre la France et l’Afrique. Il y a eu des égarements plutôt pervers, qui conduisent à dire que la France n’a plus la place et le rôle qu’elle pouvait escompter et qu’il lui faut, de toute urgence, s’adapter aux nouvelles réalités du continent et à la volonté des populations africaines de s’affranchir définitivement de la tutelle de l’ancienne puissance coloniale. (…) Il appartient aux pouvoirs africains de se donner les moyens d’avoir, eux aussi, des relations normales, institutionnelles, d’Etat à Etat, y compris avec l’ancienne puissance coloniale. Sans doute que Chirac n’a pas fait de cadeau à la Côte d’Ivoire et, jusqu’à la fin de son mandat, il a tenté sans résultat et contre la volonté de la majorité des Ivoiriens d’imposer sa vision politique et d’écarter Laurent Gbagbo. (…) En matière de présence des bases militaires françaises en Afrique, le ministre de la Défense n’a pas son mot à dire. Cela relève, cette fois-ci, directement du président de la République. Il me semble avoir entendu Nicolas Sarkozy dire que concernant le maintien des bases militaires, il n’a pas d’idée préconçue. L’évolution normale des choses devrait tendre vers la suppression de ces bases françaises. Le maintien de ces bases est le résidu des anciens rapports coloniaux. Cela n’a plus de sens politique. Ce n’est même pas militairement utile. Tout le monde sait que si la France veut intervenir dans tel ou tel pays pour protéger ou évacuer ses ressortissants, elle en a les moyens avec une force d’intervention rapide qui peut se déployer à tout moment et en quelques heures, à partir du territoire français. A mon sens, le maintien des bases françaises a une connotation exclusivement politique. Elle est le signe de la rémanence des rapports entre la France et l’Afrique. C’est le signe le plus significatif de cette espèce d’obsession néocoloniale à vouloir se donner les moyens, en l’espèce, de pouvoir peser, si besoin en est, sur le cours des événements. (…) La présence de ces bases peut entraîner des sentiments d’hostilité à l’égard de la France. Cette présence militaire a une trop grande visibilité politique dans certains pays africains. Celle-ci peut être nocive pour l’image de la France et préjudiciable à la préservation des intérêts des entreprises françaises en Afrique. La suppression des bases militaires ne changera donc rien. La présence des bases françaises n’est certainement pas une des conditions de la préservation de l’influence française en Afrique. Au contraire, la présence de ces bases est de plus en plus ressentie par l’opinion publique africaine comme une atteinte à la souveraineté des pays du continent. L’accroissement des intérêts économiques américains et chinois en Afrique observé au cours des dernières années n’a strictement rien à voir avec une quelconque présence militaire. (…) Le jour où la France décidera de partir à la demande des Etats africains, les choses seront certes simplifiées, mais on peut également imaginer que la France en prenne l’initiative dans le cadre d’une politique mieux adaptée à la nouvelle donne en Afrique. (…) Bon gré mal gré, la présence des bases françaises est toujours associée à des interventions militaires qui ne sont rien d’autre que des opérations de maintien de l’ordre ! Qu’est-ce qui empêcherait les dirigeants français qui seraient, eux aussi, enclins à repenser leurs rapports avec l’Afrique, de se poser la question de savoir s’il ne serait pas opportun politiquement de retirer cette présence permanente ? (…) C’est vrai que l’armée française, à elle seule, constitue un groupe de pression très important. Une partie de l’armée ne veut pas envisager de retrait le plus souvent au nom d’intérêts matériels purement et simplement corporatistes. Il est bon de faire un séjour de quatre mois et de vivre de manière plus agréable que d’être dans les casernes en France, qui plus est, avec des avantages matériels et financiers à la clé, une plus grande garantie d’avancement. Mais ces intérêts catégoriels ne doivent pas avoir leur place dans la définition d’une politique prenant en compte l’intérêt national. C’est vrai qu’il y a aussi des dirigeants africains qui pensent être à l’abri de quoi que ce soit en ayant une présence militaire française sur place. Mais les évènements de Côte d’Ivoire ont montré qu’il peut y avoir une présence militaire permanente sans pour autant que le soutien au régime en place ne soit garanti, bien au contraire. D’autant plus que les dirigeants français disent que les accords de défense ne peuvent pas recevoir d’application automatique.

 

*


 

* «Processus de paix en Côte d’Ivoire: La France se signale à nouveau»


(Delugio - 09/06/2007)

… titre Notre Voie (cf. infra).

Cela tandis que Hofnung reprend son service (qu’il n’a certes jamais lâché !) : « La tournée africaine de Bernard Kouchner contourne la Côte d'Ivoire » titre Libération (http://www.liberation.fr/actualite/monde/260157.FR.php) — pour qu’Hofnung nous explique, à l’appui d’ « un conseiller de Nicolas Sarkozy » la raison du non-passage de Kouchner à Abidjan : « "Dans le contexte actuel, alors que le processus de sortie de crise patine en Côte d’Ivoire, cela aurait été une erreur de se rendre à Abidjan, affirme un conseiller de Nicolas Sarkozy. Et Gbagbo n’aurait pas manqué de récupérer cette visite politiquement." " Le président n’était pas enthousiaste", confirme-t-on dans la délégation du ministre à Bamako. »

«Pas enthousiaste» (sic !). C’est le moinhttp://unevingtaine.hautetfort.com/archive/2008/06/11/a-dje-sur-le-genocide-voile.htmls qu’on puisse dire !… C’est au point qu’on en vient à la méthode coué et qu’on dit tout haut ce qu’on souhaite tout bas ! « Le processus de sortie de crise patine » se rassure-t-on à Paris. Tant il est vrai qu’il n’avait pas « patiné » pendant cinq ans, quand Paris n’en avait pas encore été écarté ! À moins que Hofnung et son « conseiller de Nicolas Sarkozy » n’aient évoqué comme dans un lapsus « le processus de sortie de crise » franco-ivoirienne ? — lequel « patine » effectivement, semble-t-il !

Est-ce la raison pour laquelle on prend désormais des pincettes pour parler du souhait d’élections
« libres et contrôlées selon les critères internationaux » 
? — tandis qu’Hofnung jure ses grands dieux que Brigitte Girardin n’est qu’une sorte de hochet qu’on concède à la Côte d’Ivoire avec laquelle on ne tient pas à prendre langue trop vite.

En tout cela, exit Bamako, exit le Darfour (censé être la préoccupation essentielle) : le titre de Libé concerne… la Côte d’Ivoire ! (Même préoccupation, dans un tout autre domaine, pour la presse sénégalaise interviewant un universitaire français… Décidément la « crise ivoirienne » fait des vagues !)

Mais que l’on sache Bamako est-elle en Côte d’Ivoire ? Pour que l’événement central semble y être, pour Hofnung lui-même, la rencontre Kouchner-Soro devenu désormais « ex-rebelle » (oubliées les « FN » de Marcoussis…) comme « contournement » (selon de titre de Libé) de la Côte d’Ivoire !

En Côte d’Ivoire, on fait une autre lecture de ce type de fausses coquetteries parisiennes :



Notre Voie No.: 2704 du Vendredi 8 Juin 2007 —
http://news.abidjan.net/presse/notrevoie.htm

par Didier Depry :

« La France n’a toujours pas digéré d’avoir été ignorée dans les négociations qui ont abouti à la signature de l’accord de paix de Ouagadougou, le dimanche 4 mars 2007, entre le président Laurent Gbagbo et Guillaume Soro Kigbafori, secrétaire général des Forces Nouvelles. Elle veut reprendre “les choses ” en main en Côte d’Ivoire d’où le sommet aux contours flous que Sarkozy envisage d’organiser à Bamako, en marge de l’investiture d’Amadou Toumani Touré, ce vendredi.

Bernard Kouchner, “le french doctor”, nommé récemment ministre des Affaires étrangères par le nouveau chef de l’Etat français, Nicolas Paul Stéphane Sarkozy de Nagy-Bocsa, a entamé, depuis hier, son premier voyage en Afrique en tant que chef de la diplomatie française. Il se rendra au Soudan, dimanche et lundi prochains. Mais, auparavant, écrit l’agence Associed Press ( AP), Bernard Kouchner sera aujourd’hui ,vendredi 8 juin 2007, au Mali, puis à Abéché, dans l’Est du Tchad, où se trouvent des réfugiés du Darfour. A Bamako, la capitale malienne, Bernard Kouchner prendra part à l’investiture d’Amadou Toumani Touré (ATT), élu pour un second mandat. En marge de cette cérémonie, la France prévoit d’organiser, dit-on, un mini-sommet sur la crise ivoirienne. Evidemment, les chefs d’Etat de la sous-région et d’ailleurs en Afrique qui seront présents à l’investiture d’ATT seront conviés à cette rencontre informelle. Le président ivoirien, Laurent Gbagbo, qui n’a pas fait le déplacement de Bamako, ne sera donc pas à ce mini-sommet, s’il se tient comme annoncé. Un sommet qui aurait obtenu, au dire d’une source diplomatique occidentale, l’accord du président ghanéen, John Kufuor, président en exercice de l’Union Africaine (UA). Un OK que Sarkozy a obtenu auprès de John Kufuor lors de la récente visite du président ghanéen à l’Elysée (France).
Quelle importance aurait -elle cette réunion en l’absence du chef de l’Etat ivoirien, même s’il advient que le Premier ministre, Guillaume Soro Kigbafori, y prend part ?
Ce mini-sommet envisagé par la France sur la crise ivoirienne vise officiellement à donner un coup de fouet au processus de paix enclenché par l’accord de Ouagadougou à travers une implication plus accrue de la communauté internationale et de la sous-région ouest-africaine.
En réalité, il s’agit pour la France, poursuit la source diplomatique, d’avoir des informations “vraies” sur le processus de paix, d’autant qu’elle soupçonne Gbagbo et Soro d’avoir scellé “un deal” à Ouagadougou sous l’égide du médiateur burkinabé, Blaise Compaoré. Un accord secret qui aboutirait, selon l’analyse française, à une réélection sans fioritures du chef de l’Etat ivoirien. Ce que ne souhaiteraient ni Chirac ni Sarkozy, encore moins la Françafrique, dont l’un des dinosaures, le “père” Omar Bongo Ondimba, fut le second chef d’Etat africain reçu par Sarkozy, quelques jours après son élection.
Toujours au dire de la source, c’est Omar Bongo Ondimba qui a demandé à Nicolas Sarkozy, au cours de sa visite à l’Elysée, que la France prenne “les choses en main en Côte d’Ivoire”. En d’autres termes, qu’elle fasse prévaloir ses desiderata dans la conduite du processus de paix.
Vu que cette tâche pourrait s’avérer ardue dans l’état actuel de la mise en application de l’accord de Ouagadougou, la France envisagerait ce mini-sommet annoncé à Bamako pour s’introduire dans le jeu.

Rééditer le schéma d’avant Linas-Marcoussis et Kléber

Cette initiative de Nicolas Sarkozy rappelle étrangement celle qu’avait conduite son prédécesseur Jacques Chirac. Et dont l’artisan sur le terrain était le chef de l’Etat sénégalais, Abdoulaye Wade, alors président en exercice de la CEDEAO. L’initiative avait constitué à saboter les négociations de Lomé (Togo) entre le pouvoir ivoirien et la rébellion armée pour préparer le terrain à la table ronde de Linas-Marcoussis et au sommet international de Kléber tenus en janvier 2003 à Paris. Deux rendez-vous mis en œuvre par la France et dont l’objectif était de perpétrer un coup d’Etat constitutionnel contre le président élu de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo. Nul n’ignore le grand échec que fut l’accord de Linas-Marcoussis. Qui n’a jamais été appliqué à cause de ses contours obscurs. La crise ivoirienne, qui aurait pu prendre fin en décembre 2002 avec les négociations de Lomé (c’était une sorte de dialogue directe), s’est enlisée durant cinq ans à cause des coups bas de la France. En 2007, le chef de l’Etat ivoirien initie le dialogue direct entre son régime et la rébellion. Il place ces négociations sous l’égide de la CEDEAO, de l’UA et de l’ONU. La France se bat en vain comme un beau diable, à travers son ministre de la Coopération, Brigitte Girardin, pour s’inviter dans les pourparlers. Malgré ses dénégations, elle ne prendra pas le contrôle desdites négociations. Et depuis, la France, profondément vexée, n’apprécie pas le fait que Laurent Gbagbo soutienne qu’une “solution venue d’ailleurs ne peut pas mettre fin à la crise”. “Le dialogue direct est perçu par la France comme un échec de sa diplomatie dans la crise ivoirienne”, confie la source diplomatique occidentale.
Quatre mois après la signature de l’accord de Ouagadougou, le pouvoir français a certes changé de tête, mais l’obsession demeure la même vis-à-vis du pouvoir ivoirien. A savoir poursuivre la croisade contre le président Laurent Gbagbo. Nicolas Sarkozy, alors en campagne présidentielle, avait clairement indiqué ses intentions à propos de Laurent Gbagbo lors d’une interview sur un plateau de télévision. “Ce n’est pas normal qu’un chef d’Etat trouve des blocages pour se maintenir indéfiniment au pouvoir …”, avait-il dit. Feignant d’ignorer que la Côte d’Ivoire est en crise et que le chef de l’Etat agit conformément à la Constitution. Les ennemis de l’accord de Ouagadougou ne sont pas seulement au plan interne. Le président Laurent Gbagbo et le Premier ministre Guillaume Soro en sont si conscients que, dans le commentaire accompagnant le décret qui marque le redéploiement des agents du corps préfectoral et les magistrats dans les ex-zones assiégées pour superviser l’opération de délivrance des jugements supplétifs, ils ont souligné, à l’endroit des uns et des autres, que l’accord de paix de Ouagadougou est appliqué et qu’il faut le soutenir. »



 

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Réunion du G8. Déclaration du Front Populaire Ivoirien (FPI – parti socialiste)

Par Delugio :: jeudi 07 juin 2007 à 10:56 :: Articles de presse




«Réunion du G8 du 6 au 8 juin 2007 à Heiligendamm, en Allemagne: voici la déclaration du Front populaire ivoirien (FPI)»

Notre VoieNo.: 2703 du Jeudi 7 Juin 2007 —
http://news.abidjan.net/presse/notrevoie.htm :

«1. Le contexte
Comme chaque année depuis ses débuts en 1975 (G6), le Sommet annuel des pays les plus riches du monde (appelés communément le G8) se tient cette année du 6 au 8 juin 2007 à Heiligendamm, en Allemagne.
Depuis la chute du communisme et le triomphe du capitalisme libéral, cette réunion, qui symbolise la mondialisation néolibérale a pris une allure particulière. De fait, celle-ci consacre, chaque année, la célébration ostentatoire du capitalisme libéral triomphant. Certes, des centres d'intérêt éminents y sont régulièrement débattus et des résolutions sont prises. De plus, de 5 pays au départ, le groupe s'est élargi à 8 pays, avec l'incorporation de la Russie depuis 1998 (2002) et même avec l'invitation plus que symbolique de quelques-uns des pays africains initiateurs du NEPAD.
Cette évolution montre, à l'évidence, l'intérêt croissant que suscite ce groupe qui représente 13,5% de la population mondiale, mais produit les deux tiers (65,7 %) des richesses du monde.
Mais, en réalité, malgré les réflexions sur les thèmes récurrents de la pauvreté, la dette, les maladies, les aides, les OGM, les subventions agricoles, les médicaments génériques, etc., aucune solution concrète n'a jamais pu être réellement apportée jusqu'ici aux graves dysfonctionnements de l'économie mondiale. C'est que la mondialisation, comme réalité nouvelle pour organiser et penser le nouveau monde d'après-guerre froide et construire le futur "village planétaire", s'avère particulièrement inopérante pour apporter les solutions attendues. Elle apparaît même néfaste à bien des égards, compte tenu des graves distorsions qu'elle engendre à l'échelle planétaire (délocalisations et les crises multiples de la dette, les désordres monétaires et financiers et les controverses commerciales à répétition). Outre cela, les problèmes liés aux changements climatiques, à la destruction systématique de la biodiversité et des ressources du patrimoine planétaire commun ont fait apparaître la vanité des solutions (?) actuelles, compte tenu des graves conséquences qui en viennent même à menacer l'existence du Vivant sur la terre.

Les faits
Au cours de la dernière décennie, les pays du Sud, par étapes successives, ont intégré, souvent à marche forcée, la mondialisation. Celle-ci s'est imposée, soit par le biais des plans d'ajustements structurels, soit par les divers mécanismes conditionnels imposés par des institutions de Bretton Woods. Mais, au lieu d'une croissance et un développement partagés prévus pour les pays pauvres, notamment africains, l'on n'a pu que déplorer le cycle infernal de l'endettement, un protectionnisme pervers de la part des pays riches et à une détérioration continue des termes de l'échange.
Envisagé avant tout comme l'extension du modèle d'économie de marché censé apporter la croissance à la totalité de la planète, le processus de mondialisation a ainsi pris un tour vicieux pour les économies émergentes et enfermé des populations entières dans une spirale dangereuse et sans fin: crises financières, fardeau grandissant de la dette et paupérisation des populations.
Aujourd'hui, le "tiers-monde", notamment africain, offre une vision plutôt catastrophiste : composé de pays de très faibles revenus (PNB inférieur à 900 dollars par an), ils sont d'autant plus vulnérables qu'ils dépendent pour l'essentiel de monocultures d'exportation de matières premières, et d'une quasi absence d'aide publique au développement. Il est vrai qu'à côté de cela, existe un ensemble de pays dits à "revenus intermédiaires" regroupant des pays proches de l'étape de "décollage économique".
Mais, ces pays (souvent à haut potentiel minier, pétrolier ou gazier) demeurent d'autant plus fragiles qu'ils restent à la merci de dysfonctionnements politiques graves et même de crises armées souvent suscitées de l'extérieur ; ils sont aussi en proie aux guerres "civiles" plus ou moins larvées qui les empêchent d'entrer dans le club des pays dits "émergents". Aujourd'hui, la part du continent africain dans le commerce mondial est de plus en plus faible ; les exportations de marchandises ont même reculé ces dernières années, passant de 6,3% à 2,5%.
Ainsi, malgré les dénonciations récurrentes des dérives d'un ordre international prédateur et de pratiques fondamentalement injustes, les pays pauvres ne sont pas entendus, notamment sur des questions comme l'autonomie des peuples, la protection de l'environnement, les droits humains fondamentaux, les exigences démocratiques dans la gestion et les orientations globales du monde. En conséquence, depuis peu, la révolte est systématique et de plus en plus massive. On conteste l'organisation interne, le statut et des politiques des institutions multilatérales mondiales telles que l'OMC, le FMI, l'OCDE, le G8 et la Banque mondiale. Le souci des peuples du 1/3 monde se porte désormais sur une recherche d'alternatives globales et crédibles à l'ordre international inique existant dans les domaines de la finance, de l'économie et du commerce.

Notre analyse
Au regard des manifestations de plus en plus violentes contre les réunions du G8 et de l'entêtement de ses membres à perpétuer les mêmes pratiques monopolistiques et antidémocratiques de gestion des affaires du monde, il faut se demander quel monde on veut construire et pour qui. Sur la composition même de ce Groupe, on a l'impression que le G8 est un cartel de quelques pays occidentaux ou membres de l'OCDE arbitrairement "cooptés". Sinon comment comprendre que la Chine (2617 Mds $ de PIB), l'Inde (887 Mds$) et le Brésil (957 Mds$) n'y figurent pas, bien qu'ils restent largement comparables à certains comme le Royaume-Uni (2 370), la France (2 229), l'Italie (1 837) le Canada (1 256) ou la Russie (951).
Face à ce tableau peu reluisant, il n'est pas exagéré de dire que l'ordre international de l'après-guerre est totalement à bout de souffle. Il ne se maintient qu'à coup de ruses (les promesses) qui ne sont finalement que de spécieux expédients. Les organismes officiels (FMI, Banque mondiale, etc., ayant perdu toute crédibilité, des structures "satellites" telles que le “G8” ont pris le relais, celles-ci n'ayant aucune contrainte statutaire et n'étant liées par aucune clause contractuelle avec le reste du monde. C'est dans ce cadre que des pays du Sud (d'Amérique latine, rejoints aujourd'hui par des africains proposent de plus en plus ouvertement la création d'autres institutions financières alternatives), Fonds monétaire et Banque du Sud. Outre cela, le groupe dit des quinze (ou G15) créé en 1989 (coalition de dix-huit pays membres ou observateurs du Mouvement des Non Alignés (NAM), qui visait à faire concurrence aux autres organisations telles que l'OMC et surtout le G8, est une autre manifestation de défiance à l'égard de ce club de riches.
Enfin, sur le sol africain, après les désillusions des plans d'ajustements structurels et les mécanismes d'allègements incertains de la dette, les alter mondialistes se signalent désormais : ils sont attendus cette année à Sikasso, au Mali, pour manifester contre la réunion du G8. Ils sont originaires du Mali, de la Côte d'Ivoire, du Bénin, de la Guinée, du Niger, du Sénégal et de l'Europe.

La position du parti
Au regard de ces énormes dysfonctionnements à l'échelle planétaire, il est temps que les pays du tiers-monde et principalement ceux d'Afrique au Sud du Sahara prennent la mesure des difficultés et des risques de suivre des schémas de développement élaborés par d'autres. Il faut prendre son destin en main, à l'exemple des pays comme ceux d'Asie du Sud-Est dans la décennie 1980 et de la Chine et de l'Inde aujourd'hui.
“Un autre monde est possible” ou encore, “D'autres mondes sont possibles”. Ils sont aujourd'hui, les slogans alter mondialistes qui se préparent à une alternative au monde actuel. Cela est sans doute encourageant ; mais, pour le Front populaire ivoirien (FPI), il ne faut pas se contenter de prendre part à la dénonciation publique des pratiques internationales orchestrées dans le cadre de la mondialisation ; il faut réinventer son propre idéal, à travers le programme de refondation qu'il faut enrichir et parachever.
En effet, pour le Front populaire ivoirien (FPI), quelles que soient les thérapies ou solutions actuellement en cours (Initiative d'allégement de la dette (PPTE), NEPAD ou autres), la Côte d'Ivoire doit faire au plus vite l'inventaire de ses propres ressources tant humaines que matérielles et technologiques pour conquérir sa place dans le concert des nations.

En effet, instruit par plusieurs années de résistance et de luttes multiformes, le Front populaire ivoirien (FPI) est convaincu que, face aux effets du protectionnisme, aux subventions agricoles et, par conséquent, la perte de parts de marché, en un mot aux réalités d'une vie internationale féroce, la Côte d'Ivoire, notre pays doit se préparer à affronter les réalités du nouveau monde qui se dessine sous nos yeux.

Pour le Front
populaire ivoirien
Le Secrétaire national chargé de la
Mondialisation et de
l'Intégration régionale
Koné Katinan Justin »




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«Affaire bombardement de Bouaké : La France à la recherche de coupables fantômes»

Par Delugio :: lundi 04 juin 2007 à 0:49 :: Articles de presse




Lu dans  Le Temps 
N° 1234 du 04-06-2007

«Mauvaise foi
»

http://www.letemps-ci.com/?action=lire&id=2835
 :

par
 Simplice Zahui

«
 L’attitude de Paris rappelle étrangement l'histoire d'une nation qui, parce qu'incapable de s'assumer, en veut terriblement à tout le monde, et accuse n'importe qui d'être à l'origine de son malheur. En effet, malgré les preuves irréfutables de l'innocence de la Côte d'Ivoire dans le bombardement du Camp de Bouaké, en novembre 2004, la France dite des droits de l'homme en est encore à s'interroger sur les présumés responsables de son malheur.

Elle vient de procéder à l'arrestation d'un des leurs, M. Jean-Jacques Fuentes, soupçonné d'avoir acheminé illégalement en 2003, un avion chasseur Strikemaster, acheté en grande Bretagne et livré en Côte d'Ivoire. Et pour ça, un mandat d'arrêt européen pèse sur le supposé collabo du Président ivoirien. Il est, par ailleurs, reproché au français d'avoir servi l'armée ivoirienne comme instructeur sur la base d'un contrat qu'il aurait signé avec l'Etat de Côte d'Ivoire. Entendu le samedi dernier, le Français a plaidé non coupable. Par ce fait, la France veut coûte que coûte retrouver, là où il ne faut pas, ses coupables, dans cette rocambolesque histoire, du bombardement du camp français. La vérité, c'est que la justice ivoirienne s'est rendue en France pour y mener les enquêtes relatives à ce dossier. Le procureur de la République Raymond Kimou et le procureur militaire Ange Kessy, ont fait le déplacement de Paris pour demander à leur confrère en charge de ce dossier de collaborer. Une commission rogatoire a été constituée pour la manifestation de la vérité. Mais faute de franche collaboration de la part des autorités judiciaires françaises, les enquêtes ont souvent buté sur les détails. L'exhumation des corps, les analyses balistiques, et l'autopsie réclamées à cor et à cri n'ont jamais été effectuées. Ce qui a suscité à un moment donné de l'enquête en cours, des commentaires souvent très acerbes à l'encontre des autorités politiques françaises. Aujourd'hui, comme si les enquêtes avaient abouti à l'éclatement de la vérité, la France de Sarkozy réveille les vieux démons en invitant Jean-Jacques Fuentes à comparaître devant le juge d'instruction. Que cherche, en effet, la France à travers, l'accusation porté sur le supposé instructeur français de l'Armée ivoirienne ? Parce que les dossiers de bombardement, il en existe. Et ce n'est pas le Général Henri Poncet qui dira le contraire. Lui, qui a ordonné à ses hommes de tirer sur de milliers d'ivoiriens aux mains nues en novembre 2004. Si la France veut que toute la vérité soit dite au moyen du tribunal de la confrontation juridique, qu'elle le dise clairement, parce qu'on ne peut pas demander de tourner une page noire, et en ouvrir une autre. »



«
Affaire bombardement de Bouaké : La France à la recherche de coupables fantômes»

http://www.letemps-ci.com/?action=lire&id=2834 :

« Alors qu'elle fait l'impasse sinon la sourde oreille dans l'affaire de l'assassinat d'ivoiriens par la Licorne en novembre 2004 à l'Ivoire (Abidjan), la France qui donne l'impression d'avoir une mémoire sélective, recherche en vain, de supposés mercenaires soupçonnés d`avoir livré un avion de chasse aux forces du président ivoirien Laurent Gbagbo.»

«Jean-Jacques Fuentes avait été arrêté en mai à Bordeaux (sud-ouest de la France) et avait été extradé, il y a quelques jours vers La Valette. Il est soupçonné d`avoir acheminé illégalement en 2003 un avion chasseur Strikemaster acheté en Grande-Bretagne et livré en Côte d`Ivoire après une escale à Malte. Cet avion, présenté comme démilitarisé par M. Fuentes, aurait ensuite été utilisé comme avion de reconnaissance par l`armée ivoirienne. Dans le cadre d`un mandat d`arrêt européen, concernant une instruction ouverte pour trafic d`armes, un juge maltais souhaitait entendre le mercenaire français qui était en contrat depuis 2002 comme instructeur auprès des forces du président Gbagbo. Jean-Jacques Fuentes "a été entendu samedi, lors d`une première audience par la cour de droit pénal maltaise. Il a plaidé non-coupable. Il ne s`agissait que d`une première comparution au cours de laquelle il devait présenter sa défense, et nous ne sommes pas encore au coeur du problème", a indiqué à l’AFP un responsable de l`ambassade de France à Malte. Cette personne a indiqué ne pas connaître la date des prochaines audiences. Fin 2006, le mercenaire français avait été entendu comme témoin par les policiers parisiens saisis de l`enquête française sur le bombardement de Bouaké. Une information judiciaire a été confiée en janvier 2005 à un magistrat du tribunal aux armées de Paris (TAP) sur ce raid aérien de l`armée ivoirienne au cours duquel 9 militaires français de la force Licorne et un civil américain avaient perdu la vie . En janvier dernier, Jean-Jacques Fuentes avait déclaré dans une interview publiée dans l’Express que le bombardement de Bouaké était l`oeuvre d`un "quarteron de petits chefs" ivoiriens, une version dédouanant le président Gbagbo de la responsabilité de cette agression. En décembre 2005, le général français Henri Poncet, chef de la force Licorne au moment des faits, avait également mis en cause devant la juge d`instruction du TAP l`entourage de M. Gbagbo. »



"Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous."

Par Delugio :: samedi 02 juin 2007 à 10:05 :: Analyses & commentaires




«Dans
Peaux noires et masques blancs, qu’il écrivit après avoir lu Réflexions sur la question juive de Sartre, Frantz Fanon relate une conversation entretenue, dans un train, avec un ivrogne tenant des propos radicalement antisémites. Il en déduit qu’il faut associer antisémitisme et négrophobie (nous pourrions aujourd’hui tout aussi bien y ajouter l’islamophobie) :
"
De prime abord, il peut sembler étonnant que l’attitude de l’antisémite s’apparente à celui du négrophobe. C’est mon professeur de français, d’origine antillaise, qui me le rappelait un jour : ‘Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous.’ Et je pensais qu’il avait raison universellement, entendez pas là que j’étais responsable, dans mon corps et dans mon âme, du sort réservé à mon frère. Depuis lors j’ai compris qu’il voulait tout simplement dire : un antisémite est forcément négrophobe."
Et il précisait : "
Chacun de mes actes engage l’homme. Chacune de mes réticences, de mes lâchetés manifeste l’homme."»
(Cité dans http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=7692)


L’invité de l’émission « Les matins de France Culture » du 31 mai dernier était le nouveau président du Crif (Conseil Représentatif des institutions juives de France), Richard Prasquier.
(http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture/
MATINS/MATINS20070531.ram
)

Le propos est intéressant, et ne fait pas de vagues, jusqu’au moment où il apparaît que les interviewers entendent le pousser sur le terrain glissant de ce que le texte de présentation sur le site de France Culture appelle « la guerre des mémoires ».

Pour cela ils partent du discours de Sarkozy, au moment où il parle d’ « en finir avec la repentance ». Manifestement Richard Prasquier n’a pas envie de les suivre ! Alors on insiste.

Et décidément, il refuse d’aller là où on semble tenir à le pousser. Bonne tenue, bonne tenue aussi des interviewers. Jusqu’au moment où on en vient à Pétré-Grenouilleau. Richard Prasquier se prend à regretter qu’on ait pu « délégitimer certains livres d’histoire comme cela a été le cas notamment pour un historien qui avait écrit sur le colonialisme » Erreur : le voilà corrigé par ses interlocuteurs : il s’agissait de l’esclavage. Effectivement il se corrige à son tour… « sur la traite des noirs » — voilà qui fonde à se demander s’il l’a lu, surtout quand on entend ce qu’il en dit : il aurait été « délégitimé sous le prétexte qu’il n’entre pas dans une vision pré-établie de ce qu’étaient les phénomènes ». Et voilà Pétré-Grenouilleau victime : on « délégitime un historien » qui — le pauvre — ne fait que son travail...

Et l’interviewer « de gauche », Olivier Duhamel, d’avouer son accord total sur ce point avec l’interviewer « de droite » Alain-Gérard Slama : ils en ont déjà parlé, disent-ils : ils sont d’accord avec l’interviewé, il est insupportable d’avoir tenté de « délégitimer » ce pauvre historien.

Richard Prasquier n’a quasiment rien dit, mais le voilà qui a, hélas, glissé. La « guerre des mémoires » a été attisée. A-t-il lu le pavé indigeste de Pétré-Grenouilleau ? Est-il obligatoire, peut-on certes se demander, de s’infliger une telle lecture ? D’ailleurs les interviewers eux-mêmes, qui se font ses vertueux défenseurs l’ont-ils lu ? Reste que si c’était le cas, les uns comme les autres sauraient ce qu’autrement, ils font sans s’en rendre compte.

Primé par le Sénat à l’occasion des tentatives parlementaires de faire passer une loi — qui parfois s’avoue elle-même anti-Taubira ! — sur « les bienfaits de la colonisation », Pétré-Grenouilleau s’est vu dresser un statut de victime de l’obscurantisme par un aréopage médiatique vertueux — qui ne l’a vraisemblablement pas lu.

Sans quoi, s’il l’avait lu, il y aurait découvert que sur les navires déportant les Africains, « la mortalité des esclaves était globalement moins importante que celle touchant les équipages des négriers » (éd. Folio, p. 171-172) — cela pour donner un échantillon du travail de l’historien. L’aréopage vertueux aurait découvert que l’on ne nous sert dans ce livre, à longueur de pages, rien d’autre qu’une apologie de cet acabit de l’Europe négrière. Le tout noyé sous un flot de statistiques bien choisies enrobées d’un vocabulaire donnant une impression d’objectivité, mais parsemé ça et là de pointes dévalorisantes à l’égard des Africains (la méthode est aussi celle du « négrologue » Stephen Smith — primé lui aussi). Et comme ce flot confus prend soin de se dédouaner en donnant quelques épithètes allant apparemment en sens inverse (Pétré-Grenouilleau emploie par exemple une ou deux fois l’expression « infâme trafic »), les étonnements de ceux qui ont lu le livre passeront pour de la mauvaise foi d’extrémistes injustes envers un historien qui ne fait que son travail. N’emploie-t-il pas un vocabulaire extrêmement prudent : il lui « paraît », il lui « semble », il s’étonne lui-même de ce qu’il « constate »… Je cite : « paradoxalement, ni le taux d’entassement, ni la durée de l’expédition, ni la nationalité, ne paraissent avoir joué un rôle déterminant [dans le taux de mortalité] » (p. 168-169) — on aura noté « l’objectivité » : « paradoxalement », « ne paraissent »… Plus loin : « Les enfants de moins de quinze ans semblent avoir été plus fragiles que les hommes, et les femmes moins que ces derniers » (p. 169). Toujours la même « objectivité » : « ils semblent ». La méthode consiste en une accumulation de détails insensibles de ce genre pour insensibiliser les lecteurs (dont la plupart des louangeurs de « l’historien objectif » ne sont probablement pas). Et on finit par être obligé d’avaler à longueur de pages un vocabulaire « objectif » reprenant à dessein celui des négriers (« objectivité historienne ») et abandonnant d’emblée les guillemets pour nous parler de « modes de production », d’ « approvisionnement », de « production directe » ou « ‘accompagnée’ », etc. (le « produit » étant hommes, femmes et enfants)…

Et nous voilà presque avec une société quasi-idyllique, nous présentant des relations bon-enfants entre une « Afrique noire qui impose ses règles » et une Europe qui s’y plie avec une certaine mauvaise conscience, qui finalement l’honore et lui permettra d’imposer l’abolition de ce qu’elle a fait presque malgré elle — les défenseurs de Pétré-Grenouilleau en tireront eux-mêmes les conclusions : les Africains devraient être reconnaissants à l’égard de l’Europe négrière !

D’autant plus que le portrait est nettement moins élogieux quand on passe à la traite « orientale » — à savoir arabe. À l’appui d’une citation, Pétré-Grenouilleau nous fait remarquer que pour le coup, les chances de survie au cours du voyage de déportation « étaient minces ». Et comme l’affirmation fait tout de même problème, puisqu’un des arguments répétés à longueur d’émissions radios de l’apologie de l’Europe négrière est que « les pertes » d’esclaves au cours du transport n’étaient pas rentables (et donc que les négriers européens en prenaient soin), et puisque Pétré-Grenouilleau se rend bien compte que l’argument doit valoir aussi pour les Arabes, il fournit une « explication » : « il était néanmoins préférable de maintenir [‘le butin’] dans le meilleur état possible afin qu’il soit converti en espèces sonnantes et trébuchantes au terme du voyage. Les taux de mortalité en moyenne plus importants de la traite orientale [à l’appui d’une citation d’Austen, qui a par la suite contesté l’usage pétré-grenouillesque de son travail] s’expliquent peut-être, outre la difficile traversée du désert, par un plus faible coût d’acquisition des captifs, du fait, notamment des grandes razzias opérées par les États ‘tampons’ » (p. 143). CQFD, à coups de « peut-être », d’affirmations voulant que le désert soit plus difficile à traverser que l’océan, tandis que l’océan tue autant les négriers que les captifs, mais pas le désert, etc.

Pétré-Grenouilleau nous sert cet embrouillamini « scientifique » qui débouche sur son apologie de l’Europe négrière en regard des autres traites négrières. C’est cela qu’il appelle, selon son sous-titre, « Essai d’histoire globale » ; la « globalité » signifiant un méli-mélo de tout ce qui est « noir » dans le temps et dans l’espace — à l’exclusion (sauf mention au passage) des traites et de l’esclavage des autres populations du globe. Il est vrai qu’il s’agit d’un « Essai d’histoire globale » des « traites négrières » et pas des « traites d’humains ». Bref, voilà une couleur de peau qui fait à elle seule globalité (en l’occurrence du trafic esclavagiste). Une couleur de peau faisant « globalité » : en d’autres temps, on eût qualifié cela de racisme…

Quand à l’objet transparent (pour peu qu’on l’ait lu) du pavé indigeste : l’apologie de l’Europe négrière au déficit des victimes, on l’appuie sur une autre globalité étayée de chiffres, celle « des » traites : la « traite interne », qui si un tel vocabulaire avait un sens, serait de toute façon inchiffrable, et la « traite orientale », aux chiffres revus systématiquement à la hausse (et contestés par l’auteur cité), tandis que les chiffres de la « traite occidentale » sont systématiquement (et avec « explications ») revus à la baisse. En conclusion des chiffres : la « traite orientale » a vu la déportation de près du double d’Africains que la « traite occidentale » !

Le simple touriste (qui n’est pas « historien ») et qui constate que des régions entières d’Amérique, des îles entières d’outre-Atlantique, sont jusqu’à aujourd’hui peuplées de « noirs », et qui constate parallèlement la rareté des « noirs » au Proche-Orient arabe, en Iran, en Turquie… bref, dans le monde arabo-musulman, en conclura que les déportés dans le monde arabe (censément deux fois plus nombreux) étaient sans doute bien moins féconds que les déportés outre-Atlantique (censément deux fois moins nombreux).

Cela dit « à gauche » (Olivier Duhamel), comme « à droite » (Alain-Gérard Slama), et avec Richard Prasquier, on s’accorde pour voler au secours de l’historien persécuté.

Et l’auditeur de cette radio de service public de se demander s’il est juste que ses impôts servent à attiser de la sorte la « guerre des mémoires »… sachant en outre qu’on est bien dans le cadre, nolens volens, d’une mise en cause indirecte de la Loi Taubira, qui parle pour les déportations esclavagistes transatlantiques de crime contre l'humanité
— puisque le livre de Pétré-Grenouilleau ne fait que poser tout du long la relativisation du phénomène.

Voilà, quelques années après la loi Taubira, une tentative de loi sur « les bienfaits de la colonisation » qui s’est efforcée d’expliquer aux historiens ce qu’ils devaient trouver et enseigner. Loi naturellement discréditée — délégitimée. Et voilà emportées dans la tourmente les autres lois « mémorielles », à commencer par la loi Taubira, et à finir par la loi Gayssot, lois qui pourtant, elles, ne dictent en aucune façon ce que les historiens doivent trouver : la loi Gayssot ne fait que rappeler le jugement du tribunal de Nuremberg et l’illégitimité de le contester, la loi Taubira ne fait que rappeler que le concept de crime contre l’humanité, concept juridique depuis Nuremberg, a été forgé précisément dans les combats anti-esclavagistes du XIXe siècle, et dire que cela a sa place en histoire. Rien qui interfère avec le travail historien, rien d’autre que ce qui concerne le droit partagé (ce qui est bien le rôle d’une Assemblée législative). (Quant à la troisième loi mise en cause, sur le génocide arménien, son problème ne rentre pas dans le cadre de ces débats-là : son seul problème est que la France s’est prise pour la Turquie !)

Pour en rester à la question pétré-grenouillesque en regard de la « guerre des mémoires », dans le cadre de la loi sur « les bienfaits de la colonisation » comme anti-loi Taubira, l’historien nous l’a expliquée lui-même, condamnant le travail de l’Assemblée nationale et son vote unanime, parce que, dit-il, parler des déportations esclavagistes comme crime contre l’humanité encouragerait la concurrence des mémoires ! Étrange de la part d’un historien, a fortiori de la part d’un historien de l’esclavage ; il devrait savoir que l’expression-même de crime contre l’humanité en est issue. Où, si l’on veut ne pas remettre en cause sa compétence historienne, il faut se demander s’il n’y a pas là propos tenus à dessein !

Chose d’autant plus grave que cette histoire est, jusqu’à la loi Taubira et aux débats qui l’ont entourée, et depuis les commémorations de la seconde abolition de l’esclavage de 1998, largement occultée. Ce qui rend non seulement vaines, mais scandaleuses les sommations à s’intégrer adressées aux Français antillais ou originaires des (ex-)colonies. Le problème est en effet dès lors posé à l’envers : ce qu’il s’agit d’intégrer, ce sont ces pans entiers de notre histoire commune, officiellement occultés !

Ici, apparaît à quel point la « guerre des mémoires », en permanence attisée et instrumentalisée, est une ruine pour ceux qui sont mis en concurrence : comme les coups de griffe sur la loi Taubira atteignent forcément la loi Gayssot, l’occultation de la mémoire du passé esclavagiste et de ses conséquences, débouche nécessairement sur le négationnisme de la Shoah, qui est l’importation en Europe de l’objectivation de populations devenues des «  produits » : le même vocabulaire objectivant concernait les « produits » des camps nazis.

François Meyronnis (L’axe du Néant, Gallimard, 2003, p. 20-21) dévoile ainsi la chose concernant la Shoah : « dans le 2e livre de Samuel, la Bible insinue déjà le lien du chiffrage avec la destruction. Parce qu’il veut dénombrer ses sujets, le roi David attire sur son peuple trois jours de peste. Certains rabbins mettent en rapport le mot déver, peste, et le mot dabar, parole. Le ravage est déjà là : dans le simple fait de compter un corps de parole comme une tête de bétail. […]
Les SS n’employaient jamais le mot : « tuer ». Ne parlaient même pas de « supprimer », ou de « liquider ».
Ils disaient plutôt : « activités de transfert ».
[…]
Ainsi l’anéantissement a-t-il eu lieu d’abord dans le langage. »
Meyronnis parle ici de la Shoah. On voit à quel point ce qu’il dit concerne aussi directement l’esclavage et les déportations esclavagistes. « Tête de bétail » ; « activités de transfert » chez les SS ou « mode de production », « butin », dans le livre de Pétré-Grenouilleau. L’abolition de l’humanité a lieu d’abord dans le langage.

Où — sans compter le fait que nombre de juifs sont noirs —, le propos donné par Frantz Fanon :
« quand vous entendez dire du mal des juifs, noirs dressez l’oreille, on parle de vous », peut être parfaitement inversé : « quand vous entendez dire du mal des noirs, juifs dressez l’oreille, on parle de vous ».




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