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«Une vingtaine» !

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«Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française»!

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Événements en Côte d'Ivoire. Essais de mise en perspective...

 DeLugio


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Suite...


Voir aussi :
"Une vingtaine" ! (environ)
"Une vingtaine" !... et quelques
"Une bourriche"
"Bis repetita"

Éléments d'histoire & autres considérations :
Une autre histoire...


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« Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur »


« Le mensonge se lève
très tôt mais la vérité
finit par le rattraper »


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«Côte d’Ivoire : tout va de mieux en mieux !»

Par Delugio :: dimanche 27 mai 2007 à 19:52 :: Articles de presse




San Finna —
Hebdomadaire burkinabè — N°415 du 28 Mai au 03 Juin 2007 —
http://www.sanfinna.com/CoalitionIrak.htm


par
VT :

«Au début, ce fut le dialogue direct imposé par Laurent Gbagbo, qui a donné naissance au salutaire Accord de Ouagadougou, véritable détonateur qui a mis en orbite le processus de réconciliation, de reconstitution de l’unité nationale. Et puis, un faisceau d’évènements est venu « booster » la dynamique et renforcer le pouvoir du numéro Un ivoirien.

On notera entre autres, l’embellie économique, reconnue même par les institutions internationales. Fini le temps où, après l’échec du coup d’Etat militaire et du coup d’Etat constitutionnel de Marcoussis, on avait misé sur le coup d’Etat économique pour le renverser en étouffant le pays. Aujourd’hui, c’est le grand retour des investisseurs, des sociétés qui avaient plié bagages. La conséquence de cela, c’est une plus grande affirmation de l’autorité du premier Ivoirien.

L’autorité présidentielle gagne aussi dans cette relative perte d’influence des deux partis d’opposition les plus influents, le PDCI et le RDR. Ils ont été marginalisés dans l’Accord de Ouagadougou et leurs problèmes internes n’arrangent pas les choses. La récente sortie du président Bédié a d’ailleurs été regrettée par beaucoup qui pensaient que l’opposition, pour son plus grand bien, n’aurait qu’un candidat : Alassane Dramane Ouattara ! La perspective d’un banco électoral du président sortant se précise plus nettement.

Le retour promis et imminent de la Mission diplomatique japonaise ainsi que celui annoncé de la BAD pour 2008 participent aussi du renflouement du processus de pacification comme de la position du président ivoirien.

D’un autre côté, la rencontre annoncée entre Bill Clinton et Laurent Gbagbo à Abidjan à la mi-juin, ne peut que favoriser le retour en grâce de ce dernier dans le concert des nations.

Plus encore, et pour cause, les changements intervenus en France indiquent un infléchissement de la politique du nouvel occupant de l’Elysée par rapport à la Côte d’Ivoire en particulier et par rapport à l’Afrique en général. Il y a des chances qu’il soit moins déstabilisateur et moins enragé vis-à-vis de Laurent Gbagbo, et qu’il veuille même, pourquoi pas, se donner un rôle dans le mouvement pour les retrouvailles nationales et sous régionales. La visite programmée en Côte d’Ivoire de Bernard Kouchner, que le président ivoirien connaît bien, peut y aider.

L’un dans l’autre, et l’entente cordiale entre le chef de l’Etat ivoirien et Guillaume Soro aidant, les choses vont de mieux en mieux en terre éburnéenne, et ce n’est pas Laurent Gbagbo qui s’en plaindra, lui qui apparaît finalement comme le seul maître d’œuvre de sa remontée et du sauvetage de son pays.»




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Le Président Sarkozy interpelle l'Afrique... et réciproquement

Par Delugio :: samedi 26 mai 2007 à 16:43 :: Articles de presse




Lu dans Le Courrier d’Abidjan — Parution No: 1009 du Jeudi 10 Mai 2007 —
http://www.lecourrierdabidjan.info/a_la_une.asp?id=14381

par Edgar Yapo :

« Je voudrais dire à Monsieur Sarkozy…

Monsieur Sarkozy,

[...], dimanche dernier, place de la Concorde [...]

Vous avez dit, je m’en souviens : «Je veux lancer un appel à tous les Africains, un appel fraternel pour dire à l'Afrique que nous voulons l'aider; aider l'Afrique à vaincre la maladie, à vaincre la famine, à vaincre la pauvreté, à vivre en paix. Je veux leur dire que nous allons décider ensemble d'une politique d'immigration maîtrisée et d'une politique de développement».
Votre appel s’est dit fraternel et a cru devoir évoquer la «maladie», la «famine» et la «pauvreté» africaines. Votre intérêt va donc, peut-être, à cette Afrique grabataire puisque seule, celle-ci semble avoir été digne de figurer dans votre adresse solennelle. Or l’Afrique, vous le savez bien, a d’autres visages que ceux de la misère, de la famine et de la maladie. Sous ses dehors bienveillants, cette évocation paternaliste de l’Afrique, Monsieur le président, ne peut que gêner.
Il y a un accent messianique dans le discours de l’homme qui dit : «Je veux lancer un appel à tous les Africains, un appel fraternel pour dire à l'Afrique que nous voulons l'aider». Une telle parole augure des lendemains d’infantilisation et a de quoi surprendre, venant de celui qui a pu affirmer «l’Afrique n’est pas le pré-carré, de la France».
Vous aviez semblé vous poser en homme du renouveau, traitant les pays africains comme des partenaires et non comme des sujets quand vous disiez récemment : «Je ne suis pas de ceux qui s’effrayent de l’expansion économique chinoise ou américaine en Afrique même si nous y avons une histoire, une ambition, des partenaires». Vous aviez alors semblé défendre l’idée d’une politique économique responsable de la France et de l’Union européenne, par opposition aux méthodes maffieuses d’une certaine Europe. La France, aviez-vous dit «ne doit donc plus hésiter à (…) se doter des mêmes moyens que ses partenaires dans la concurrence internationale.» Au lieu d’un tel discours fondé sur la compétitivité et la performance, à quoi avons-nous eu droit dimanche ? A une rhétorique messianiste, à une incantation néo-gaullienne pur. Autant vous le dire franchement, un tel discours me semble mystificateur et anachronique. Non pas parce que l’Afrique aurait résolu à ce jour l’équation de la maladie, de la faim ou de la pauvreté, mais parce que l’Afrique est désormais en droit de ne plus rien attendre des promesses mirobolantes de messies à suffrage.
Monsieur Sarkozy, votre discours Place de la Concorde m’oblige à vous poser les questions suivantes : A quel titre vous adressez-vous à l’ «Afrique» ? Le statut de Chef d’Etat français donne-t-il, de facto, celui d’interlocuteur d’un continent ? Une Afrique présentée de façon monochrome comme malade et affamée, peut-elle être jamais perçue comme partenaire ? Par ailleurs, comment dois-je comprendre que le 17 avril dernier vous ayez dit au sujet d’un certain chef d’Etat africain : «Je préfère rencontrer un chef d'Etat élu qu'un chef d'Etat qui se prolonge». Vous ajoutiez à la même occasion, «La solution à la situation en Côte d'Ivoire, ce sont les élections. Les Ivoiriens ont droit à des élections démocratiques, et ces élections auraient dû avoir lieu depuis longtemps». Merci à vous de savoir mieux que nous ce dont nous avons besoin. Mais je pense que ce type d’attitude interventionniste est insultant, pour nombre d’Ivoiriens et d’Africains.
Toutefois, j’aimerais moi aussi, vous lancer cet appel fraternel : en vous disant que votre combat contre l’immigration clandestine mérite d’être soutenu, voire universalisé. Je suis de ceux qui pensent qu’en France comme en Côte d’Ivoire, l’immigration clandestine n’honore personne. Et il faut en sortir.
Les Etats africains n’ont pas le droit d’être complices de ceux de nos frères qui ont décidé de vivre en fraude chez les autres. Nous devons avoir le courage d’admettre que les expulsions d’étrangers, bien qu’elles soient médiatiquement choquantes, ne le sont pas moins que l’entrée par effraction chez autrui. Nous n’avons pas le droit d’être complices d’un droit à la fraude, d’un resquillage aseptisé.
(Cela dit, cf. un exemple d'expulsion.)
Les terres traditionnelles d’immigration n’ont pas le monopole des devoirs et la meilleure façon pour nos frères d’avoir des droits chez les autres, ce serait déjà d’apprendre à respecter les règles élémentaires de la terre d’accueil : le charter, pour moi, n’est pas plus déshumanisant que les soutes et les cales par lesquels les candidats à l’immigration sauvage envahissent la terre des autres, biaisant leurs statistiques et troublant leur légitime besoin de maîtrise démographique.
En tout cas, tout espérant vous voir bientôt, je formule pour vous et pour votre famille, mes vœux de santé et salue votre sens du réalisme que nous devrions tous chercher à intégrer, au lieu d’attendre, comme certains, d’hypothétiques dividendes des relations personnalisées avec les Sarkozy. Il me semble que vous êtes précisément un contre-exemple du népotisme, un symbole de l’effacement de l’individu au profit de l’idée, du programme. Je ne suis pas du nombre de vos admirateurs et je m’attendais un peu à ce que certains de vos concitoyens contestent votre victoire. Cela ne fait pas moins de vous un président légitime. Si la contestation suffisait à vous rendre illégitime, je dirais de vous que vous êtes déjà un président qui «se prolonge». [...] »

Article en entier : http://www.lecourrierdabidjan.info/a_la_une.asp?id=14381





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Hofnung : pourquoi tant de haine ?

Par Delugio :: mercredi 23 mai 2007 à 19:55 :: Analyses & commentaires




La façon dont Hofnung ne parvient plus à se tenir atteint un degré qui interroge.


Un moment culminant est atteint dans son «portrait» (sic) de Simone Gbagbo, intitulé «La dame d’ivoire» dans Libération du 22 mai 2007 —
http://www.liberation.fr/transversales/portraits/255211.FR.php
http://news.abidjan.net/h/250264.html.


Hofnung se lâche, laisse déborder son fiel, au point de ne plus hésiter à donner dans la grossièreté, allant jusqu’à attaquer sa victime au physique ! Pour Hofnung, chose très grave à ses yeux, chose digne du TPI, Mme Gabgbo aurait un «menton proéminent». Quoiqu’il en soit de l’appréciation — on la laisse à Hofnung — voilà une façon qui témoigne d’une belle galanterie ! Concède-t-il même à sa victime l’humanité ? Imagine-t-on pareil grossier dérapage s’il dressait le portrait d’une des homologues européennes de Mme Gabgbo ? La réponse évidente laisse percevoir le degré de bassesse où est tombé Hofnung !


Et puisque ce grand «spécialiste» sent très bien que cette attaque physique ne porte pas grand tort à sa victime (même s’il semble ne pas sentir que tel propos déshonore son auteur), il nous ressort les vieilles calomnies.


Et comme il sait qu’elles se sont révélées fausses, il les appuie sur ce qu’il donne pour des « sources » — courageux mais pas téméraire ! Choses révélées fausses, il nous les ressort quand même, selon le principe «calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose» :


Et que je t’en remets sur les «escadrons de la mort», selon la trop fameuse rumeur condamnée comme calomnieuse par la justice française —
cf.
http://www.presidence.ci/porteparolat/porte_parole.php?idp=11.

Ne pouvant donner (et pour cause) d’autre source, il nous renvoie aux «services de renseignement français» qu’il semble aimer relayer avec assiduité. Voilà une source qui ne mange pas de pain, surtout quand on la cite au conditionnel en ayant pris soin de mettre soi-même les guillemets aux fameux «escadrons de la mort» qui «auraient» assassiné «plusieurs personnalités d'opposition» (oui, mais lesquelles ?).


Et que je te précise que «Guy-André Kieffer […] avait rendez-vous avec le beau-frère de Simone Gbagbo» quand il a été enlevé. Ce qui pour Hofnung vaut preuve. Et qu’importe si c’est à Paris que l’enquête bloque : cela, Hofnung l’ignore, comme il ignore les enquêtes sur la filière cacao, qui elles, débouchent ailleurs qu’en Côte d’Ivoire
— cf.
http://unevingtaine.hautetfort.com/archive/2006/08/28/
la-presse-francaise-evoquera-t-elle-cela.html
.

«Kieffer et le beau-frère de Simone Gbagbo», voilà une référence qui ne peut que servir son «portrait».


Et que j’attribue à «des proches de la première dame» jusqu’à la pollution du Trafigura ! — selon une rumeur diffusée via un numéro d’alors d’un journal d’opposition, rumeur amplifiée à l’époque par Hofnung avant d’être démentie par ledit journal d’opposition (Le Jour). Mais qu’importe, suivant le principe «calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose», Hofnung rapporte que c’est ce qu’«assurent des opposants locaux» !


Et Hofnung d’épiloguer à partir de là sur cette «Raspoutine en robe traditionnelle africaine».

 Sauron

D’entrée le «portrait» a commencé par une mise en scène cinématographique digne du Seigneur des anneaux, Mme Gabgbo y jouant le rôle de Sauron chef des démons, et sa résidence celle des terres du mal dont tout le monde a peur de s’approcher : Hofnung, lui, n’a pas peur du ridicule.


Bref ! Abrégeons ce florilège de méchanceté hofnunguienne. On pourra lire la suite dans le «portrait» (lien ci-dessus).


Reste la question qui ne peut que tarauder le lecteur : pourquoi tant de haine ? L’idée que Hofnung ait quelque rancœur personnelle contre la Côte d’Ivoire est difficilement évitable.


Hofnung livre lui-même le tournant de ce déchaînement de son amertume : «Fin mars, son époux, Laurent Gbagbo, a nommé au poste de Premier ministre le chef de ceux qui ont voulu le renverser, Guillaume Soro. Et les Jeunes Patriotes, qui promettaient de leur faire la peau, dansent désormais avec les rebelles dans des réunions publiques».


Voilà un vrai problème pour Hofnung, qui sait que Mme Gbagbo joue un rôle essentiel dans le processus de paix par son insistance permanente sur la nécessité du pardon. Quiconque a vu ce qui se passe en Côte d’Ivoire ne peut pas en douter. Et voilà qu’elle publie un livre qui explique beaucoup de choses — on en trouvera une recension remarquable sous la plume de Jean Chatain dans L’Humanité
cf.
http://unevingtaine.hautetfort.com/archive/2007/04/05/.


Et Hofnung de se déchaîner dans un trait d’une ironie amère contre cette façon de Mme Gabgbo de «vouloir pardonner leurs offenses à ceux qui ne savent pas ce qu'ils font».


La paix en Côte d’Ivoire, voilà ce qui tourmente Hofnung. Les commentaires sous son article s’étonnent d’un tel déchaînement à un moment si inopportun —
http://www.liberation.fr/php/pages/pageReactionsList.
php?rubId=46&docId=255211#reac426732
.

Mais ce déchaînement à ce moment pourrait bien n’être pas un hasard. La paix qui s’étend, et de quelle façon, ne peut qu’affoler Hofnung, qui depuis plusieurs années paye de sa personne en couvrant systématiquement les exactions commises contre la Côte d’Ivoire républicaine, que ce soit celles de l’armée française — il n’a pas hésité à se couvrir de ridicule pour se faire le porte-parole des mensonges à répétition de la communication officielle, au moment tout de même, où mourraient les manifestants !

— cf. http://unevingtaine.hautetfort.com/archive/2008/07/22/quand-le-%E2%80%98specialiste-afrique-de-%E2%80%98libe-prend-le-procureur-iv.html (l'article marqué **).


Ou que ce soit en couvrant les massacres de Petit-Duékoué et Guitrozon selon la vieille méthode qui consiste à renvoyer dos-à-dos victimes et bourreaux, quand ce n’est pas à inverser les rôles (maître Vergès, dans un livre ignoré, a témoigné de ce qui s’est réellement passé — cf. son livre : Crimes contre l'humanité, massacres en Côte d'Ivoire, éd. Pharos - J.M. Laffont, 2006).


Pour ne rien dire de son «révisionnisme évolutif» concernant les événements de Bouaké — il tient malgré l’accumulation des révélations en sens contraire, à faire de Gabgbo le responsable de la mort des soldats français —–
cf.
http://delugio.zeblog.com/56463-Evenements-de-bouake-revisionnisme-evolutif/.


Bref, j’en passe des engagements «journalistiques» de Hofnung. Le problème, c’est que la paix est en passe de faire éclater la vérité sur la «crise ivoirienne». D’autant plus que la réconciliation franco-ivoirienne est du coup aussi en marche —
cf.
http://www.lematindabidjan.com/visual_article.php?num_actualite=7251.


Et Hofnung enrage : le fiel de sa plume n’en laisse aucun doute. Et ne laisse pas de doute sur la raison de tant de haine : quelque chose de personnel est en jeu…




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Médias et Françafrique : quand tangue le navire

Par Delugio :: lundi 21 mai 2007 à 16:50 :: Analyses & commentaires




Vincent Hugeux, de L’Express, a décidé de jeter, comme il dit, « un caillou dans le marigot ». Voilà donc qu’il sort un livre, Les sorciers blancs, Enquête sur les faux amis français de l’Afrique, Fayard, 2007 (
http://www.lexpress.fr/info/monde/
dossier/francafrique/dossier.asp?ida=340378
). Un livre qu’il a l’humilité de vouloir — non pas « pavé dans la marre », il faut rester humble, mais, donc « caillou dans le marigot » : c’est déjà pas mal, dit-il (une marre, c’est apparemment plus important qu’un marigot) — http://www.lexpress.fr/info/monde/
dossier/francafrique/dossier.asp?ida=454819
… 
Tandis qu'à l’entendre, on croirait presque qu’il n’y a pas pataugé ! En revanche, les copains, eux…

 

Quoiqu’il en soit, il était temps, explique-t-il. Voilà une bonne nouvelle ! Voilà qui serait même remarquable — après tout on peut s’être somptueusement trompé. On n’en sort que grandi quand on le reconnaît. D’autant plus qu’en la matière, en tout cas concernant les médias, c’est largement à ce point que le bât blesse.

 

Mais à ce point, on est vite déçu… Sans doute Hugeux succombe-t-il à la mode qui veut que l’on en finisse avec la repentance : « qu’importe mes responsabilités, qu’importe le fait que ce que j’ai écrit ait pu avoir des conséquences tragiques, du moment que ça s’est passé, — même pas avant-hier —, mais hier, c’est déjà du passé et je m’en lave les mains… Et si mes erreurs devenaient trop apparentes, je pratiquerai le ‘révisionnisme évolutif’ (http://delugio.zeblog.com/56463-
Evenements-de-bouake-revisionnisme-evolutif/
) ».

 

Qu’est-ce que Hugeux fait d’autre quand il lance son « caillou dans le marigot » ?

 

Et cela, s’il le sait, il n’a pas la clarté de le dire. Ainsi concernant la crise franco-ivoirienne, il a dit en son temps des choses graves, mais pour ne pas le reconnaître, il les minimise, et attribue aux — autres — « sorciers blancs », les graves accusations qu’il a portées. Façon remarquable de se dédouaner.

 

Deux exemples :

 

— Pour le premier, le terme qu’il emploi — : avoir, en 2003, « commis deux papiers » sur Gbagbo — laisse transparaître une volonté de faire amende honorable, volonté qui ne va pas à son terme (manque de courage ? Il en faut pour reconnaître qu’on s’est planté comme s’est plantée la presse française). Il fait manifestement allusion à la rumeur des « escadrons de la mort de Gbagbo », qu’il a contribué à propager :

 

« pour deux papiers commis dans l’Express début 2003, je suis, depuis maintenant près de quatre ans, en procès avec Laurent Gbagbo, son épouse - la première dame Simone Ehivet Gbagbo - et Anselme Seka Yapo, le responsable de la garde rapprochée de madame » (http://coupercoller.wordpress.com/
2007/05/21/les-sorciers-blancs-et-la-politique-africaine-de-la-france/
).

 

On sait (ou on devrait savoir) que Le Monde et Stephen Smith on été condamnés par la justice française après que dans un premier temps leur ait été accordé le bénéfice du conditionnel (http://www.presidence.ci/porteparolat/porte_parole.php?idp=11).
Apparemment, jusqu’à ce jour, le bénéfice du conditionnel court toujours pour Hugeux. Quand il ne retient des articles qu'il a « commis » qu’ « un message du directeur du protocole de la présidence ivoirienne, me demandant de lui faire parvenir deux exemplaires dédicacés: un à destination de Laurent Gbabgo soi-même, l’autre à destination de Kadet Bertin. Ce qui est quand même très cocasse. » — Quand il n’en retient que cela, qu’une coquetterie de star, ne soupçonnant rien d’autre qu’une flatterie à son égard, on reste songeur…

 

L’idée d’un pied de nez amer ne l’effleure même pas — comme ne l’effleure pas l’idée que les papiers « commis » aient pu avoir des conséquences désastreuses en Côte d’Ivoire : ce genre de fausses rumeurs divulguées par la presse française ont régulièrement servi de prétexte aux massacres et autres vengeances des assaillants de 2002 !

 

Mais non, Hugeux, lui, est blanc comme neige. Le « marigot », il n’y a pas pataugé… Ses papiers « commis » alors ne sauraient le rendre responsable de quoi que ce soit.

 

Et pourtant, il sait très bien le tort que son indifférence à la communication a porté à Gbabgo. Hugeux l’écrit lui-même :

 

« En juin 2002, trois mois avant le début de la crise ivoirienne, Laurent Gbagbo déclare dans une interview à L’Express, à propos des conseillers en communication français qui gèrent l’image des chefs d’Etat africains: “Mais moi, je n’en ai pas besoin. Je ne crois pas que ces boîtes-là améliorent l’image d’un pays »
(
http://coupercoller.wordpress.com/2007/05/17/
la-guerre-de-linformation-nouvelle-ligne-de-fracture-
entre-les-anciens-et-les-modernes/
).

 

Gbagbo a pris la leçon, Hugeux le constate. C’est au point que, comme il l’écrit (ibid.) : « A l’issue de cette crise, Laurent Gbagbo est devenu l’un des présidents les plus entourés en matière de communication politique. De tous bords politiques, des Ivoiriens, des Américains et des Français, ont eu à travailler pour le président de manière ponctuelle ou non. »

 

Mais Hugeux tirera-t-il la conclusion qu’il serait juste de faire amende honorable ? Apparemment, ça ne l’effleure pas. Il en rajoute même finalement dans la calomnie. C’est le deuxièmement exemple : 

 

— Plutôt que de revenir sur ses brulôts d’antan, « commis » à leur encontre, il parle à propos des patriotes de :

 

« logomachie simpliste, manichéenne, et dont pour moi l’archétype le plus éloquent est le discours tenu par un Charles Blé Goudé ou par les Jeunes Patriotes en Côte d’Ivoire. (…) On est en train d’enfermer une partie non négligeable des jeunes élites africaines dans une vision blancophobe, mais primaire. Et ça c’est gravissime. Par leurs outrances, les sorciers blancs justifient un discours qui est lui-même archaïque, mais qui a le mérite mobilisateur de la simplicité et du simplisme. »

 

Sait-il que tout cela est faux ? Sait-il qu’il est grave de diffamer ainsi (à l’instar du reste de la presse française) ce qui n’a été que mobilisation de résistants ?

 

Malgré son discours, Hugeux laisse à penser qu’il sait très bien que c’est là une caricature indigne. Une caricature qu’il fait pourtant encore sienne ; et puisqu’elle est fausse, il l’attribue en une seconde insulte aux — autres — « sorciers blancs » ; ce qui sous-entend de la part de Hugeux, la divulgation de l’idée que les patriotes ne sont pas capables de développer une idéologie — fût-elle simpliste — : ils ont besoin de blancs qui la forgent à leur place !

 

Et d’une pierre deux coups, Hugeux persiste dans son discours caricatural d’alors : patriotes simplistes, tout en attribuant ce simplisme à ceux qu’il dit vouloir dénoncer : ceux du « marigot » — qui étant blancs, restent plus malins !

 

C’est ainsi qu’on s’efforce de quitter le pont médiatique du navire Françafrique en train de tanguer en y laissant les copains, et en passant du coup pour un remarquable dénonciateur courageux…

 

Gageons que la stratégie marchera : c’est ainsi que la Françafrique se survit depuis ses origines : à coups de « pousse-toi de là que je m’y mette », quand pour cela je te dénonce pour mieux continuer ce que je proclame relever plus ou moins du passé. Mais Hugeux le concède : quand les Debbasch et autres pontes médiatiques sont grillés, il y a encore, pour d’autres, beaucoup de bénéfice à retirer du « marigot ».

 

 

 

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Dernières nouvelles du front Hofnung

Par Delugio :: jeudi 17 mai 2007 à 19:20 :: Analyses & commentaires




« Pourquoi les autorités d'Abidjan, qui dénoncent une «manipulation» (sous-entendu de la France), n'ont-elles pas appréhendé les mercenaires biélorusses aux commandes des avions ? » fait mine de demander l’inénarrable Hofnung (dans Libération du jeudi 10 mai 2007, titre de l’article : « 
Abidjan propose de payer pour Bouaké »).

Question faussement naïve à laquelle il donnait lui-même la réponse, il y a quelques mois, comme le lui rappelle un des commentaires qui suit son article, commentaire signé « 
L'Incontinent ». Je cite :
« On ne vous comprend pas très bien... M. Hofnung. Le 3 juillet vous écriviez : "Le 10 février dernier, au moment de quitter ses fonctions pour rejoindre la Délégation interministérielle à la ville, la magistrate s'est adressée en ces termes dans un courrier à la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie : « Aucun renseignement ne m'a été fourni sur les raisons pour lesquelles les mercenaires et leurs complices, identifiés comme auteurs de ce crime, bien qu'arrêtés immédiatement et dans les jours qui ont suivi les faits, avaient été libérés sur instruction ou avec le consentement des autorités françaises sans avoir été déférés devant la justice.» Car, après le raid de Bouaké, la France a eu à sa disposition, à Abidjan puis à Lomé (Togo), les techniciens et les pilotes biélorusses, ukrainiens et russes impliqués dans les raids aériens de l'armée ivoirienne contre les rebelles du nord de la Côte-d'Ivoire. Pour quelle(s) raison(s) la France les a-t-elle laissés filer ?"

Telle est donc la réponse que Hofnung donnait lui-même à sa question, « pourquoi les autorités d'Abidjan n'ont-elles pas appréhendé les mercenaires biélorusses aux commandes des avions ? » : parce qu’elles ne les ont pas eus à disposition, tout simplement. Lorsque les autorités françaises ont détruit les avions, et les boîtes noires avec (en tout cas on n’a pas eu écho de leur devenir), les pilotes biélorusses ont été exfiltrés (par les autorités françaises qui les avaient à disposition) vers le Togo. Puis les autorités togolaises les ont appréhendés à leur tour et les ont remis à nouveau aux autorités françaises, qui les ont exfiltrés à nouveau, vers la Biélorussie cette fois, où on est fondé à penser qu’ils sont toujours et où personne n’a l’idée d’aller les interroger.

Partant de ce postulat : « les autorités d'Abidjan n'ont pas appréhendé les mercenaires biélorusses aux commandes des avions », postulat qu’il dévoile au milieu de son article, Hofnung peut sans difficulté poser le conditionnel de son sous-titre, visant à souligner son titre — c’est ce que le lecteur retiendra : « la Côte-d'Ivoire dédommagerait les familles des militaires français tués lors du bombardement ».

Rien dans l’article qui confirme son conditionnel. Mais qu’importe, on retiendra l’idée que Hofnung veut insinuer — quand la thèse officielle, et la sienne, concernant Bouaké est chaque jour un peu plus battue en brèche : soutenir encore, à bout de bras, cette thèse officielle en peau de chagrin : « la Côte d’Ivoire responsable du bombardement de Bouaké ». La preuve ? Elle « dédommagerait les familles des soldats » (sic).

Qu’importe s’il est obligé de laisser filtrer quelques bribes des éléments de plus en plus nombreux en train d’effondrer sa thèse, comme le fait que « Me Jean Balan, accuse les autorités françaises de cacher la vérité sur ce raid pour d'inavouables raisons ». Hofnung contrebalance aussitôt : « L'attitude d'Abidjan est, elle aussi, lourde d'ambiguïtés ».

Et de nous servir deux « preuves » de la supposée ambiguïté : d’imaginaires déclarations contradictoires sur la présence des pilotes ivoiriens. Ah bon ? — quelles contradictions : les pilotes ivoiriens présents dans les Soukhoï, affirment invariablement qu’ils n’étaient pas dans les avions qui ont bombardé. Ce qui n’est une contradiction que pour qui ne veut pas entendre. Ladite « contradiction » étant tout bonnement une façon de ne pas reconnaître le bombardement dont les accuse — jusqu’à ce jour sans preuve.

Deuxième « preuve » de Hofnung : Hofnung, donc, se contredisant lui-même en posant la fausse question à laquelle il a déjà répondu lui-même précédemment : « Pourquoi les autorités d'Abidjan n'ont-elles pas appréhendé les mercenaires biélorusses aux commandes des avions ? » Parce qu’elles ne les ont pas eus à disposition !

Mais par-dessus tout, il semble avoir échappé à Hofnung que le chef de la rébellion d’alors, au bénéfice d’un accord de paix (appelé « accord de Ouagadougou ») faisant suite à un dialogue direct initié par Gbagbo, est à présent Premier ministre.

Du coup, même si l’accord, au conditionnel, de dédommagement réciproque entre la Côte d’Ivoire la France passait à l’indicatif, rien n’exclurait dorénavant d'y comprendre que les soldats français du camp de Bouaké aient été tués non pas par les forces loyalistes, mais par ceux que la destruction des Sukhoï sauvait opportunément. Bref : à qui a profité le crime ? Cela correspond à un propos qu’avait émis (par inadvertance ?) un certain capitaine Philippe Moreux dans le magazine de la gendarmerie nationale française, Gend’Info n° 278 - juin-juillet 2005. Je cite ce que disait alors le capitaine Moreux : « le 3 novembre, des affrontements opposant rebelles et forces nationales éclatent dans le pays. Des heurts qui gagnent en violence jusqu’à atteindre leur apothéose le 6 novembre lorsque les rebelles s’en prennent à une base française en place dans le cadre de l’opération Licorne. Le bilan est lourd, l’armée française perd neuf soldats, vingt autres sont blessés. »

 

Les rebelles, donc, et pas l’aviation de Gbagbo, sont mis en cause par le capitaine Moreux à propos de la mort des soldats français.

 

Mais voilà que Hofnung, apparemment aigri, comme le lui fait remarquer un autre des commentaires, semble ne plus savoir par où justifier sa haine de la Côte d’Ivoire républicaine. Et le voilà qui, le lendemain de cet article, en rajoute en se lançant dans une interprétation toute personnelle d’un rapport de l’UE sur le cacao.

 

Fastidieux serait le déroulement point par point des hofnungueries et autres perles qu’il enfile… On se contentera de citer ce morceau d’anthologie de la pratique hofnunguienne de la langue de bois — je cite : « pour tenter d'échapper aux taxes de l'Etat, des petits producteurs écoulent clandestinement une partie de leur production dans les pays voisins, au Ghana ou au Burkina Faso ». Qui n’est pas englué dans l’hofnunguisme traduira aisément. On sait en effet de quoi il est question dans ce sympathique « [écoulement clandestin d’] une partie de leur production dans les pays voisins » : il s’agit tout simplement du réseau de pillage françafricain mis en place à l’occasion de la coupure du pays en deux. Hofnung oublie le terminal de ce sympathique « écoulement clandestin » : le port de Lomé — ce qui n’est pas sans rapport avec la mascarade électorale de 2005 (Hoffnung, lui écrivait, dans Libération du 28/04/05 mascarade électorale entre guillemets — sic !).

 

Pour plus de renseignements sur la réalité de ce trafic de cacao, ou sympathique « écoulement clandestin », voir les enquêtes qui n’ont pas été répercutées : ici et ici.

 

Voilà qui mène à se poser des questions, surtout quand Hofnung nous confie lui-même, ce mardi 15 mai, dans un bref article intitulé « Confidentiel », bénéficier des sources les mieux informées sur les tractations entre Quai d’Orsay, DGSE et cellule africaine concernant l’annonce qu’il nous fait, selon laquelle « Bruno Joubert, actuel secrétaire général adjoint du ministère des Affaires étrangères, sera le conseiller Afrique de l'Elysée ».

 

 

 

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Les médias et la crise franco-ivoirienne de 2004

Par Delugio :: mercredi 09 mai 2007 à 18:34 :: Articles de presse





1) — "Couper, copier, coller : les médias et la crise ivoirienne"


30 04 2007 :
http://coupercoller.wordpress.com/2007/04/30/
couper-copier-coller-les-medias-et-la-crise-ivoirienne/



«Tous les lundis à partir d’aujourd’hui, les lecteurs ivoiriens pourront suivre dans Le Courrier d’Abidjan l’état d’avancement du projet “Couper, copier, coller: les médias et le crise ivoirienne”. C’est une sorte de “making of” à la fois du livre et du documentaire sur lequel je travaille actuellement.  Comme l’indique clairement son sous-titre, “Couper, Copier, Coller” porte sur la manière dont les médias, en particulier français, ont couvert la crise ivoirienne. Au-delà de cet aspect journalistique, il s’agit d’analyser le rôle strategique que joue aujourd’hui l’information dans la politique et les relations internationales. J’aborde donc les médias comme le terrain de bataille favori d es stratèges de l’information et de la communication - le lieu où chaque camp s’efforce de faire triompher sa vision du monde et d’influencer l’opinion publique. C’est ainsi que se gagne et se perdent désormais les guerres. 

Il s’agit pour chacun autant de vaincre par les armes que de convaincre par les mots et les images. Conçues par les conseillers en communication, les porte-paroles, les gourous de l’image et les spin doctors, les différentes versions du réelles sont ensuite sélectionnées ou ignorées par les journalistes qui vont alors les couper, les copier ou les coller en fonction de leurs propres choix éditoriaux, commerciaux et/ou politiques.

Le thème principal du film est donc la guerre de l’information, autrement dit la guerre par l’information qui n’est jamais que la lutte pour le contrôle de l’opinion publique - ce qu’on appelle aussi la conquête “des coeurs et des esprits” (hearts and minds). Le choix de cette approche éditoriale me conduit à la conséquence suivante: la crise ivoirienne n’est qu’un exemple, ou si l’on préfère, un laboratoire des nouveaux types de conflit médiatiques qui tendent à se multiplier en ce début de 21eme siecle.

Mon intention au départ n’était cependant pas de faire un film. Comme beaucoup d’Africains vivant hors du continent, j’ai suivi les évènements de Côte d’Ivoire à travers mon principal outil de travail et de divertissement: l’internet. En tant que consultant en stratégie et specialiste des technologies de l’information, j’ai été frappé par le décallage abyssal entre l’image que les médias occidentaux donnaient de mon pays et celle que j’en avais pour y avoir grandi.

En comparant la couverture des médias internationaux et le contenu des medias nationaux, je me suis rendu compte que je ne rêvais pas: nous étions en présence de récits totalement différents et souvent contradictoires. Tout se passait comme si les discours en question portaient sur des réalités sans communes mesures les unes avec les autres. Par acte de salubrité personnelle, j’ai pris l’habitude en me levant tous les matins de passer au moins une heure à lire, annoter et classer les informations sur la crise ivoirienne avant de vaquer a mes occupations professionnelles. C’était ma façon à moi de couper, copier et coller les faits plus remarquables de cette guerre médiatique.

Cette petite manie personnelle a grandi avec le temps, au point de prendre une place de plus en plus considerable dans mon emploi du temps. J’ai alors commencé à écrire des textes qui se sont accumulés au cours des annees de crise. J’ai cependant decidé de ne rien publier tant que la paix ne serait pas revenue. Notamment parce que je voulais me donner le temps de mener un travail de terrain plus approfondi. Mais à partir de septembre 2006, convaincu que le conflit tirait à sa fin, j’ai entrepris de rencontrer les personnes qui ont été au coeur de cette bataille de l’opinion. Et au lieu d’utiliser un magnétophone, je me suis rendu aux interviews avec ma petite caméra DV.

L’idée du film s’est imposée au fur et à mesure que s’accumulaient sur mon ordinateur les révélations de mes interlocuteurs. Le temps semblait venu de couper, copier et coller l’ensemble de ces images dans un récit global: je devais organiser et monter les séquences de manière à raconter une histoire plus accessible que mes notes.

Pour ce premier billet, j’ai décidé de publier des extraits d’une interview qui m’a accordée à la fin du premier trimestre 2007 Stéphane Haumant. Il m’a reçu dans les bureaux de Canal Plus, à Boulogne, et a accepté de me raconter les conditions dans lesquelles il a été amené à realisé le scoop qui a changé la face de la crise ivoirienne: les bombardements d’Ivoiriens désarmé par l’armée française sur l’un des ponts d’Abidjan puis devant l’Hôtel Ivoire. A l’epoque, Stéphane était reporter pour l’émission “90 Minutes”. Depuis ce scoop, et grâce à sa probité professionnelle, il a été promu au poste de rédacteur en chef de l’emission “Lundi Investigation”, qui a remplacé “90 Minutes”.

Pour cette fois, on s’en tiendra aux impressions de Stéphane à la suite du voyage de repérage qu’il a effectué pendant une dizaine de jours avant les évènements. Lundi prochain, vous saurez comment un reporter venu comme beaucoup d’autres filmés les conditions de vie des Français de Côte d’Ivoire s’est retrouvé à filmer une partie des images qui allaient remettre en cause pour longtemps le rôle de la France dans le conflit ivoirien. Le récit de Stéphane sera mis en résonnace avec celui de son supérieur à cette époque: ce dernier, Paul Moreira, vient de publier qui tombe à pic au moment où la paix revient en Côte d’Ivoire: Les Nouvelles Censures, dans les coulisses de la manipulation de l’information.

Avec Stéphane d’un côté et Paul de l’autre, nous évoquerons la manière dont l’Etat francais, notamment à travers son armée et ses ses spin doctors, a tenté de contrôler l’information en amont à Abidjan puis en aval à Paris. Ce qu’on vous propose donc, c’est ce que Moreira appelle “l’anatomie d’un mensonge d’Etat”. Pour comprendre pourquoi c’est Canal Plus qui fut à l’origine de ce scoop, il faut se souvenir que contrairement à TV5, RFI, l’AFP ou France Televisions, Canal Plus est indépendante du pouvoir politique francais. Ceci explique sans doute cela. Attendez-vous donc à lire des révélations explosives lundi prochain. En attendant, lisez attendivement ce qui suit pour vous faire une idée des coulisses de l’information avant les évènements de Novembre 2004.

Calixte Tayoro —
http://www.lecourrierdabidjan.info/a_la_une.asp?id=14176


STEPHANE HAUMANT PARLE

Le temps des illusions

Les Blancs avaient peur et ne parlaient que de la peur, de l’inquiétude que leur inspirait Blé Goude et Gbagbo. Du côté des Jeunes Patriotes, il y avait une grande rancoeur vis-à-vis des Francais, mais surtout de l’armée francaise, vue comme troupe d’occupation. Mais du côté de l’armée française, ils avaient l’air assez peu conscients de la situation. C’est-à-dire qu’ils se voyaient comme les sauveurs de la Cote d’Ivoire et se sentaient très appréciés, alors que la presse à longueur de colonnes se dechaînait contre eux, en les traitant de violeurs, de tueurs, de complôteurs. Mais l’armée française prenait ça presqu’à la rigolade, en disant “la presse ici est une presse de caniveau; les Ivoiriens ont besoin de nous. Ils s’en remettent à nous et on aura jamais aucun souci parce que le pays tient grâce à nous.” Eux se voyaient vraiment comme quasiment le ciment du pays. Donc ils n’ont pas du tout appréhendé ce qui s’est passé quand la population s’est retournée contre eux. Ils ne l’ont pas du tout vu venir.


Le temps de la désillusion

Je ne pense pas qu’ils aient mesuré la capacité de mobilisation des Jeunes Patriotes. Ca c’est sûr. Je pense que l’armée francaise, avant les journées de Novembre 2004, avait l’impression d’avoir affaire à quelque centaines, peut-être quelques milliers, d’excités tres politisés. Ils me disaient que de toute façon, les Jeunes Patriotes n’avaient pas de militants et qu’ils étaient payés uniquement par le pouvoir. Pas une seconde ils n’imaginaient donc une mobilisation massive, qui a évidemment été favorisée par l’enchaînement des évènements (destruction de l’aviation ivoirienne, etc) qui a fait émerger un sentiment national très fort et que Gbagbo a su capitaliser pour mettre les gens dans la rue. Mais ça, l’armée française ne l’avait pas du tout vu venir. Pour eux, 98 pour cent de la population attendait son secours et jamais ne se retournerait contre les soldats français.


Procédures et conditions de travail des journalistes français en Côte d’Ivoire

En dehors des situations de crise, la procédure classique c’est que quand un journaliste français arrive, il va se présenter assez vite a l’armée française, parce que c’est quand même eux qui connaissent le mieux le terrain. Ils sont donc assez facilement nos interlocuteurs. L’armée française commence par nous “debriefer”: savoir pourquoi on est là, qui on va voir, qui on veut voir, les retours qu’on a, qui on a rencontré, etc. Ils sont trois, quatre, cinq ou six officiers à nous poser des questions. Ils prennent des notes. Ils voient un peu pourquoi on est là, et nous proposent toujours leurs services. Ils nous disent: “Si vous voulez faire un tour en hélico, n’hesitez pas: ça fait de belles images. Si vous voulez aller un petit peu au Nord, n’hesitez pas: on vous amènera en véhicule blindé.” Comme ils ont un discours un petit peu inquiétant et alarmiste, en général on prefère s’en remettre à eux, parce qu’on se dit “bon au moins on sera dans un véhicule blindé, et si ça tourne mal, on est avec des hommes armés.” C’est donc à la fois une grande force et une grande faiblesse. Parce que ça coupe complètement des réalites du pays. Parce que, évidemment, quand on arrive au milieu de quarante légionnaires ou soldats armés, le rapport avec la population est tout de suite faussé. C’est donc une façon très imparfaite de connaître le terrain, et c’est quand même cette façon que neuf-dixième des journalistes emploient quand ils arrivent en Côte d’Ivoire, souvent par peur, parce que qu’ils ont juste peur qu’il leur arrive quelque chose.


Le temps du repérage: peur sur la planète BIMA

Au cours du repérage, je me suis rendu compte qu’il y avait d’un côte les Jeunes Patriotes violemment anti-armée française (considéree comme armée d’occupation), très politisés et, de mon point de vue, bien construits intellectuellement et politiquement; donc, ils ne me semblaient pas être juste des va-nus-pieds alcooliques comme on avait un petit peu tendance à les présenter. J’avais en face de moi des étudiants, des médecins, des gens qui étaient bien construits et qui politiquement avaient un vrai discours argumenté. Et quand j’allais voir l’armée française, on me présentait ces Jeunes Patriotes comme des pauvres analphabètes excités et totalement manipulés par Gbagbo. Donc déjà, je trouvais qu’ils avaient à mon avis une image un peu deformée de ce qu’étaient en tout cas les têtes pensantes des Jeunes Patriotes. Et par ailleurs, l’armée française se voyait comme le sauveur du pays, or je voyais bien dans la population que ce néetait pas toujours le cas. Il y avait des gens qui n’étaient pas des Jeunes Patriotes, mais qui étaient tout de même choqués que ce soit l’armée francaise, quarante ans après l’Indépendance du pays, qui contrôle les ponts, décrète le couvre-feu, qui convoque le président quand il y avait un problème, etc. Il y avait donc toute une part de la population qui n’était ni excitée, ni extrémiste, et qui ne vivait pas trop bien cette “armée d’occupation” et qui ne comprenait pas pourquoi aujourd’hui, alors que la décolonisation a eu lieu, l’armée francaise continuait encore à faire la pluie et le beau temps en Côte d’Ivoire. Il y avait donc un gros décalage entre la façon dont l’armée française se percevait, se croyait être perçue et la façon dont elle était perçue dans certaines parties de la population. Et la dernière chose qui me frappait, c’était l’enfermement de l’armée francaise au sein du BIMA. Ils en sortaient très peu. Ils vivaient en vase clos. Ils ont leur boulangerie, leur piscine, leur  bibliothèque, leur salles de sport. Ils sortent très très peu, le minimum. Et parfois pendant des semaines entières, ils n’ont pas le droit de sortir quand la situation est trop tendue. Il y a un sentiment de peur latente généralisée qu’on ressent assez vite. En plus ce sont des rotations très courtes de jeunes gens qui viennent là pour quatre mois, avec les autres déjà présents qui leur expliquent qu’un Français s’est fait bûter il y a quelques jours; on ne sait pas si c’est un crime crapuleux ou si c’est parce que c’est un Blanc. Donc, il y a une espèce de conditionnement, d’intoxication générale ou tout le monde a peur.


Exemples

Je me souviens d’une anecdote: bien après la crise de novembre 2004, un mois après, je suis retourné en Cote d’Ivoire et j’ai donné rendez-vous au porte-parole de Licorne, pour faire un peu le point sur ce qui s’etait passé. Je lui donne rendez-vous dans une petite brasserie, un petit maquis dans lequel on allait manger quasiment tous les midis même pendant la crise, et sa première réaction ça a été “Mais on ne peut pas se donner rendez-vous là, c’est un repère de Jeunes Patriotes.” Bon, c’est sans doute vrai qu’il y avait des Jeunes Patriotes, mais il n’y avait aucun risque. Il ne nous est jamais rien arrivé. On y a mange plusieurs jours d’affilés, et en tant que Blancs nous n’avons jamais été l’objet d’aucune insulte, ni aggression, ni méfiance. Mais du point de vue l’armée, aller oser manger dans ce petit restaurant de centre-ville, c’était quasiment une provocation. Donc, il y a un sentiment de peur et de méconnaissance du terrain qui m’a frappé. Un autre petit exemple plutot rigolo. Lors de la crise, on a fait un tour en vehicule blindé, dans la ville, avec l’armée. Et en fait on s’est perdu. Et le problème, c’est que le conducteur pour se repérer dans la ville n’avait qu’une carte Avis qu’il avait recupéré a l’aéroport, donc il y avait très peu de rues sur cette carte. Et les rues là-bas n’ont aucun nom. Donc au bout d’un moment, c’était panique complète, parce qu’on était tout seuls, à deux heures du matin dans les rues d’Abidjan, dans un blindé de l’armée française; et dès que quelqu’un passait dans une rue, c’était le doigt sur la gâchette, parce qu’ils avaient peur que ce soit quelqu’un qui essaye d’attaquer le vehicule blindé, ce qui évidemment n’est pas arrivé. On a fini par demander de l’aide à un Africain qui, avec son velo, est parti devant le blindé et nous a ramené au BIMA, qui était en fait à deux ou trois kilomètres.

Propos recueillis par Calixte Tayoro
Plus d’infos et d’analyses sur le blog du film:
http://coupercoller.wordpress.com

Stéphane Haumant conclut son propos et cette première partie de l’interview en répétant les mots qui résument le mieux ses impressions à quelques jours des événements: méconnaissance du terrain par l’armée française, peur generalisée, enfermement, conditionnement des esprits. Ce sentiment de “citadelle assiegee”, qui est très fort, en tout cas sur Abidjan, touchait aussi l’opposition légale. En effet, en dehors des Jeunes Patriotes et de l’armée française, le reporter de Canal Plus a egalement été en contact avec des représentants des rebelles et de l’opposition - notamment des personnes du RDR comme Mme Henriette Diabate chez qui il a dîné à deux reprises. Mais au cours de la “guerre des 6 jours”, aucun de ces contacts de l’opposition ne sera disponible: tous se sont caches, vivant dans la peur d’on ne sait quelles represailles des Jeunes Patriotes. En fin de compte, il ne leur est rien arrivé. La semaine prochaine, nous vous ferons revivre à travers les yeux de Stéphane Haumant et de Paul Moreira les évènements de Novembre 2004 vus sous l’angle de la guerre de l’information.»




2) — "Paul Moreira et Stéphane Haumant parlent de Novembre 2004"

7 05 2007
http://coupercoller.wordpress.com/2007/05/07/
paul-moreira-et-stephane-haumant-parlent-de-novembre-2004/



«Ce second volet du “making of” de mon documentaire sur la couverture médiatique de la crise ivoirienne est consacré aux témoignages de deux journalistes de Canal+, la chaîne dont les images ont transformé le regard de bien des gens sur la crise ivoirienne. La semaine prochaine, je vous propose un petit retour en arrière, aux origines médiatiques de la crise.

Le 4 Novembre 2004, sur ordre du président Laurent Gbagbo, l’armée ivoirienne entame l’opération César - qui sera connue par la suite sous le nom d’opération Dignité. L’objectif est, sinon la reprise totale de la zone nord, du moins une mise sous pression militaire pour ramener les rebelles à la table des négociations.
Dès que Stéphane Haumant apprend que les attaques ont commencé, il décide de repartir à Abidjan. Mais cette fois-ci, il ne s’agira plus d’un repérage: il part avec toute son équipe (composée de trois personnes: lui-même, Jérôme Pin et Laurent Cassoulet) pour tourner son sujet sur les conditions de vie des Français de Côte d’Ivoire. Du moins le croit-il. Dès le 5 novembre, leur avion attérit à l’aéroport d’Abidjan - qui n’est pas encore fermé ce jour-là.
Le 6, c’est le fameux bombardement du camp militaire français de Bouaké dans des conditions encore mystérieuses aujourd’hui. La réponse du pouvoir politique français sera déterminante: sur ordre de Jacques Chirac, l’aviation ivoirienne est détruite par les forces françaises. Quelques heures plus tard, lorsque Charles Blé Goudé va à la RTI pour appeler les Ivoiriens à descendre sur le BIMA pour protester, Stéphane et son équipe sont à l’hotel. Ils n’en sortiront plus ce soir-là: ils sont au coeur du scoop.


STEPHANE HAUMANT (CANAL +) PARLE : suite et fin


UNE FOULE EN MARCHE

Le 6, en milieu de journée, l’aéroport est fermé et on se retrouve un peu par hasard à notre hotel, le Novotel du Plateau. Et on commence à tourner notre film avec les premières informations: Blé Goudé qui appelle les Patriotes à descendre dans la rue, et puis l’enchainement… On filmait les Jeunes Patriotes qui affluaient vers les ponts de notre chambre d’hotel. On avait choisi le Novotel parce que je savais que c’était un bon point d’observation puisque j’étais là cinq ans auparavant et qu’il s’était passé exactement la même chose (en octobre 2000). Sauf que cette fois, Blé Goudé a appelé les Patriotes à marcher sur le BIMA. Ils affluent donc en début de soirée sur les ponts pour atteindre le BIMA. Et puis vers 22h, ça commence à exploser dans le ciel, donc on ne comprend pas du tout ce qui se passe. On file sur le toit de l’hotel et peu à peu, on comprend qu’il y a des rotations d’hélicoptères qu’on dévine français qui tirent sur les ponts pour empêcher les manifestants de passer. Puisque c’est un flot de quelques dizaines de milliers de personnes au moins, si ce n’est peut-être de centaines de milliers; c’est difficile à évaluer, mais c’est beaucoup beaucoup de monde.


MESSAGE DE BLE GOUDE A LA TELEVISION

Evidemment, quand Blé Goudé passe à la télévision, il ne dit pas: “nous avons bombardé Bouaké, nous avons tué neuf Français”. Il dit simplement à peu près ceci: “l’armée ivoirienne vient d’être rasée par l’armée française: ça suffit, il est temps de mettre dehors cette armée d’occupation; je vous demande d’aller déloger les militaires du 43ème BIMA.” Les Jeunes Patriotes sont les premiers dans la rue, mais il y a des dizaines de milliers d’Ivoiriens qui ne sont pas Jeunes Patriotes, mais qui sont juste hallucinés d’apprendre qu’en quelques minutes leur aviation a été rasée par la France. Ils ne comprennent pas du tout pourquoi. Donc par colère, par nationalisme, ou par patriotisme - je ne sais pas - ils descendent dans la rue et du coup ça fait une énorme masse, bien plus nombreuse sans doute que les quelques milliers de militants encartés comme Jeunes Patriotes.


MOMENT MEDIATIQUE, MOMENT HISTORIQUE

Je crois savoir qu’on est les seuls sur place. Donc ça, professionnellement, c’est intéressant. Je sais que tous les aéroports sont fermés, mais je ne sais pas s’il n’y a pas quelques journalistes déjà sur place comme nous, ou d’autres qui ont pu prendre les derniers vols ou qui sont arrivés par la route. Donc je me dis qu’on doit être à peu près les seuls, qu’en tout cas il ne doit pas y avoir beaucoup d’équipes. Je ne sais pas si ce sera un scoop parce que je ne pense pas que les Français soient spécialement intéressés par ce qui se passe en Côte d’Ivoire, mais professionellement c’est intéressant, surtout si on est les seuls. Et par rapport à l’histoire de la Côte d’Ivoire, je me doute bien qu’on est en train de vivre quelque chose de très important, même si je ne sais pas comment ça va tourner parce qu’il y a neuf morts français et que je sais bien qu’il y a très longtemps que ce n’est pas arrivé et que c’est forcément très grave. La France ne va pas laisser passer ça, d’autant qu’elle en veut beaucoup à Gbagbo, et donc je me demande si on ne va pas vers un coup d’Etat. Mais si coup d’Etat il y a, peut-être que le Nord va en profiter pour marcher sur le Sud, ce qui peut entraîner une guerre civile. Le contexte fait qu’il peut se passer beaucoup de choses qui peuvent être decisives pour la Côte d’Ivoire. En tous cas, même si ça ne va pas aussi loin, voir une foule nombreuse marcher sur une armée, même bien équipée, c’est impressionnant. Et c’est compliqué de contrôler des centaines de milliers de gens. Au moins, nous sommes bien placés pour filmer des choses passionnantes.


LA TENSION MONTE

Dès le 6 dans l’après-midi, dès que j’apprends ce qui s’est passé à Bouaké, j’appelle mon contact français avec qui je dois tourner. Il est dans sa voiture. Il doit être 15 ou 16h. Il me dit au téléphone: “Ecoute, on oublie le tournage. Je ne peux pas venir te voir. Ce qui se passe est très grave. Je rentre tout de suite chez moi. Et puis là, je vois un attroupement en face de moi. Je te laisse.” Et il coupe. Bon, je le connais. C’est un mec plein de sang froid. Je sens à son ton paniqué que ce qui se passe est grave, parce qu’il est plus sensible que moi à ce qui est en train de se passer. Je le rappelle le soir même. Il est à son domicile. Il me parle assez brièvement. Ils ont tout éteint. Il me dit: “C’est chaud; je ne sais pas ce qui va se passer.” Et pendant qu’il me parle, j’entends des rafales de Kalashnikov en fond. Bon, on ne leur tire pas dessus, mais je sens bien que ça chauffe dans la ville. Ensuite, quand je vois ces centaines de milliers de gens qui deferlent sur les ponts - même si Blé Goudé a dit “On met l’armée française dehors” - je comprends tout de suite que ça va chauffer pour les Français. Parce qu’un Blanc, militaire ou non, reste un Blanc. Et la colère, et l’alcool, et la nuit, et la fatigue aidant, ça va forcément dégénérer. Donc, dès le début, nous savons que ça va être chaud pour les Blancs. Moi, à la seconde où on m’a dit que l’armée française a rasé l’aviation ivoirienne, à cette seconde-là, j’ai compris avec toute mon équipe que c’était parti. Donc on a mis quelques affaires dans un sac, on a sorti les caméras, mis tout dans le coffre, et on s’est dit “Maintentant, on va voir ce qui se passe, on tourne”. Mais on savait que c’était parti pour une escalade inévitable.


TOURNAGE A HAUT RISQUE

Toute la nuit du 6 ça bombarde. Le 7 au matin, j’appelle les Jeunes Patriotes en leur disant: “Je vais voir ce qui se passe en ville”. Ils me disent: “Pas question, tu bouges pas; c’est trop dangereux.” J’appelle mon contact français qui me dit: “J’ai le numéro d’un commissaire de police. Il va venir vous chercher avec des hommes. Mais tout ce qu’ils peuvent faire, c’est t’amener aux militaires français les plus proches parce qu’on ne peut pas circuler.” Donc, le 7 au matin, un flic ivoirien vient me prendre en voiture. On traverse les rues vides en prenant tous les sens interdits et il nous amène à peu près un kilomètre de là, au pied du pont. Là, on se retrouve avec les militaires français, donc en totale sécurité. On filme la journée des militaires français, des contrôles de passeport sur les ponts, quelques exflitrations, etc. On passe donc plus ou moins la journée avec les militaires. Le 8 au soir, on va au BIMA, on filme les refugiés français qui arrivent au camp. Dans la nuit, on passe la nuit chez notre contact français. Et le 9 au matin, il nous dit: “Bon, je pense que ca s’est calmé, on peut sortir.” On prend donc son 4X4, sans aucune arme ni escorte. Et je savais que ça chauffait un peu côté Hotel Ivoire, donc on part vers l’Hotel Ivoire. Donc, c’est seulement le 9 au matin qu’on a pu sortir sans protection armée.


PARTIALITE DES MEDIAS NATIONAUX

On a deux sources principales d’information officielle. Du côté de la télévision française (i-Télé et LCI), ce qu’on entend, c’est: “Déchainement de violence contre les Français. Les Ivoiriens ont tué neuf soldats, et maintenant ils s’attaquent à nos Français.” C’est tout. Côté ivoirien (la RTI), c’est: “La France nous attaque. Elle a rasé notre aviation. L’armée française est dans la ville. Ils veulent la fin de Laurent Gbagbo.” Voilà. Il y a donc deux versions totalement différentes. Moi j’ai les deux versions, ce qui me permet de reconstituer la réalité. Par ailleurs, je suis en contact permanent, à peu près dix fois par jour, et avec l’armée française (qui me donnent certaines informations), et avec les proches de Blé Goudé (qui m’en donnent d’autres), et avec plusieurs entrepreneurs français sur place (qui m’en donnent encore d’autres). Donc avec tout ça, à chaque moment, je sais à peu près qui a peur, qui attaque, qui se défend, ce qui est vrai, ce qui ressemble un peu à de l’intox ou ce qui est parcellaire. Et en gros, chacun a une petite part de vérité; et il y a énormément de rumeurs qui circulent.


RUMEURS INVERIFIEES ET LEGENDES URBAINES

Par exemple, un Français m’appelle à un moment et me dit qu’il y a dix cadavres de Français sans tête qui ont été retrouvés dans la lagune. Donc je commence par passer des coups de fil peu partout pendant quarante-huit heures. A Licorne, on me dit: “Non, ce n’est pas vrai.” Je me dit: “Ils me mentent. Ils savent des choses.” Je vais sur place. Je trouve un entrepreneur français de pompes funèbres, qui me dit face à la caméra, les yeux dans les yeux: “J’ai vu les dix cadavres; il y a dix cadavres de Blancs sans tête.” Là je me dit “waow”. Comme je fais des petites interventions sur RMC Info et sur i-Télé, je suis à deux doigts d’annonçer l’info. Mais je me dit que je n’ai pas vu les cadavres, donc je ne dis rien. Je continue de vérifier l’info. Je vais au BIMA. J’exige des explications. Je dis au porte-parole: “Vous n’avez pas le droit de nous cacher ça. Dix Blancs décapités, vous ne vous rendez pas compte, etc.” Ils me donnent leur parole d’officiers que ce n’est pas vrai. Pourtant j’ai enregistré le mec qui me l’a dit face caméra. Au final, pour ce que j’en sais, ce n’est qu’une rumeur. Mais il y a encore aujourd’hui des Blancs qui me demandent: “Pourquoi vous n’avez jamais parlé des dix corps de Français décapités?” Après les évènements, j’ai cherché à savoir. Je leur ai dit de me donner les noms de famille. Ce n’est quand même pas si compliqué. Je n’ai jamais eu les noms. Mais sur le moment, dans l’ébullition, j’étais près à le croire.
Vous pourrez voir la suite de cette interview dans le film “Couper, Copier, Coller: les médias et la crise ivoirienne”. Dans un “making of” comme celui-ci, on ne peut pas tout mettre afin que vous puissiez découvrir des choses inédites dans la version finale du film. Voyons maintenant l’aventure du film après la “guerre des six jours”. En effet, une autre guerre commence alors: la bataille pour diffuser ces images en France où leur impact va se revéler capital. C’est Paul Moreira qui sera maintenant notre guide. Il était le rédacteur en chef de  l’émission 90 Minutes et à ce titre responsable de la mise à l’antenne de l’enquête sur les évènements de novembre 2004. Vous pouvez également vous reporter à son livre sorti au début de l’année: Les Nouvelles Censures, dans les coulisses de la manipulation de l’information, dont le second chapître est consacré aux pressions politico-médiatiques dont ils ont fait l’objet en Novembre 2004.


PAUL MOREIRA (CANAL +) ACCUSE


CRIMES DE GUERRES

L’armée française a commis en Côte d’Ivoire ce que la Convention de Genève appelle un crime de guerre. C’est-à-dire qu’elle a tiré sur des manifestations de civils désarmés avec des armes léthales. Il y a eu un déséquilibre monstrueux dans le rapport entre le niveau de danger auquel était soumis les militaires et les moyens employés. Et nous l’avons prouvé par l’image. On a pu filmer les incidents sur les ponts, quand on voit clairement des manifestations de civils qui sont prises pour cibles par des hélicoptères de combat. Puis on a mis en lumière qu’une manifestation quelques jours plus tard devant l’Hotel Ivoire a été dispersée à l’arme de guerre.


MENSONGE D’ETAT

C’est un mensonge d’Etat parce que dans un premier temps, ce qui est dit dès le lendemain, c’est que jamais l’armée française n’a tiré dans la foule. Les seuls tirs reconnus sont des tirs de sommation. Cela prendra en gros vingt jours pour que cette version évolue, lentement, par à-coups, jusqu’à ce que la ministre Michelle Alliot-Marie reconnaisse la veille ou l’avant-veille de la diffusion de notre enquête qu’il peut arriver que dans des situations de légitime défense ”élargie” - c’est un concept qu’on a forgé pour l’occasion - l’armée française fasse un usage total de ses armes; notamment sur les ponts et à l’Hotel Ivoire. Or entre ces deux déclarations, c’est la nuit et le jour, puisque dans un cas on vous dit: “Non, on n’a jamais fait usage de nos armes - juste des tirs de sommation.” Et dans l’autre, on vous dit: “Oui, dans certains cas, nous avons été obligés de faire usage de nos armes.” Entre temps, il a été dit qu’il s’agissait d’échanges de feu entre des manifestants armés et des gendarmes ivoiriens venus s’interposer entre les manifestants et l’armée française. Puis, on a dit que c’était l’armée française qui a été obligée de tirer pour sauver la vie de gendarmes ivoiriens. Puis que c’était les gendarmes ivoiriens qui s’étaient retournés contre l’armée française. Enfin, on a dit que c’était des types qui étaient montés sur des chars détenus par des troupes d’élite et qui avaient armé une mitrailleuse française. J’oubliais aussi la version disant que c’étaient des snipers israéliens travaillant pour le pouvoir ivoirien qui avaient tiré dans la foule pour tuer quelques personnes et surexciter les manifestants.


COMMENT “ON” ETOUFFE UN MASSACRE

Moi, je rapproche cette histoire de ce qui s’est passé le 17 octobre 1961 à Paris, pendant la guerre d’Algérie. Ce jour-là, le prefet de police Maurice Papon avait donné l’ordre à la police française d’être d’une extrême fermeté avec des manifestations d’algériens, des civils désarmés. Et il y avait eu au moins une centaine de morts, d’algériens tués, certains jetés à la Seine en plein Paris, parfois tués quasiment dans les halls des grands journaux parisiens. Et personne n’en a parlé. Il a fallu attendre en gros trente ans pour que la vérité soit faite. Je me suis toujours intéressé aux questions d’immigration et aux aspects violents de l’après-colonialisme français; et je me suis toujours dit qu’on avait étouffé un massacre, mais que c’était une époque particulière: 1961, pas de caméras, pas d’images, la presse était beaucoup plus tenue, etc. Et là où cette histoire ivoirienne m’a surpris, c’est qu’elle a lieu en plein époque de l’image, que les images circulaient, qu’elles étaient criantes d’évidence, et que malgré tout, on a étouffé ce qui s’est passé à Abidjan en novembre 2004.


LES MEDIAS COMPLICES D’UN CRIME DE GUERRE

On a étouffé un massacre. Et quand je dis “on”, je veux parler des journaux de gauche, comme Libération, qui a repris la version officielle de l’armée française. Le Monde aussi. Seuls le Canard Enchaîné, i-Télévision et Canal+, et peut-être Marianne, sont allés au-delà de ce que l’armée française a fourni en termes de communication. C’est un énorme embarras pour je pense l’ensemble de notre profession, et c’est pour ça que mon livre est un petit peu boycotté par un certain nombre de grands médias, notamment ceux que je viens de vous citer. Parce qu’au fond, en tant que journalistes, on s’est rendu complices d’un crime de guerre. Alors que personne ne nie ce que nous avons montré. Même la ministre, assez honnêtement d’ailleurs, a reconnu finalement les faits. Malgré cela, pas de réaction: on peut tuer autant de personnes. Imaginez ça boulevard de la Madeleine, sur des viticulteurs. On en parlerait encore. Ce serait un scandale. J’en ai discuté plus tard avec des militaires que je connais, parce qu’il y a des gens formidables dans l’armée française - je tiens à dire -, et qui m’ont dit: “Je ne sais pas comment les tireurs d’élite se sont regardés dans la glace le lendemain, parce qu’ils n’étaient pas obligés de tirer. Parce qu’on ne tire pas sur les manifestants.” En France, on a eu Mai 68 qui étaient des émeures d’une violence extraordinaire, c’est pas le dizième de ce qui est arrivé devant l’Hotel Ivoire.


NOUVELLE FORME DE CENSURE

C’est le deni qui est extraordinaire. Il y avait une cellule au ministère de la defense, que j’appelle une “cellule d’infirmation”, parce qu’ils infirmaient tout ce que nous affirmions. J’ai eu affaire à eux. Tous les arguments étaient bons. Il ne s’agissait pas de nous censurer, évidemment, puisqu’aujourd’hui la censure n’est plus opérante. Il faut convaincre, séduire, détordre. Mais enfin dans ce cas précis, c’est quand même hallucinant, parce que les images existaient. On n’est pas sur quelque chose de tengeant. Et donc, ils disaient aux journalistes: “Non, mais, on ne les voit pas, mais il y a des types armés [parmi les manifestants].”



Vous pourrez en apprendre plus sur les nouvelles techniques de manipulation de l’information dans le livre de Paul Moreira, Les Nouvelles Censures (2007). Mais pour comprendre comment les choses se sont vraiment passées dans cette guerre de l’information qu’est la crise ivoirienne, il vous faudra attendre quelques mois pour voir le film “Couper, Copier, Coller”. Ou lire tous les lundis mon billet hebdomadaire dans le Courrier d’Abidjan et sur le blog du film: http://coupercoller.wordpress.com





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«Changement à L'Élysée – Pourquoi Sarkozy ne fait pas peur à Gbagbo»

Par Delugio :: mardi 08 mai 2007 à 22:44 :: Articles de presse




Le Matin d'Abidjan — mardi 8 mai 2007 —
http://www.lematindabidjan.com/visual_article.php?num_actualite=7103


par Guillaume N'Guettia :

«
Euphorie débordante. L'élection de Sarkozy place le RHDP sur un nuage. Les partisans de Bédié et surtout ADO n'en finissent pas de jubiler. Une illusion collective fait croire que le nouveau locataire de l'Elysée va poursuivre et gagner la guerre engagée et perdue par Chirac contre Gbagbo. Et pourtant, que de signaux forts qui devraient pourtant ramener les pontes locaux de la Françafrique sur terre. Décryptage.

Le verdict est tombé. Nicolas Sarkozy succède à Jacques Chirac. Deux dignitaires de la droite française que beaucoup de choses lient. Ils sortent d'un système qui, en Afrique, privilégient les rapports personnels aux relations d'Etat à Etat. Mais au moment où le patron de l'UMP qui entend se démarquer de Chirac pose ses valises à l'Elysée, beaucoup d'eau a coulé sous le pont. La crise ivoirienne entretenue diplomatiquement par Paris a fait ses effets. Chirac est parti sur une symphonie inachevée, et bien des personnalités du marigot politique ivoirien voient en cette élection la poursuite de l'activisme de l'Elysée depuis septembre 2002. L'opposition n'en finit pas de jubiler, elle qui voit un nouveau jour se lever, après les déconvenues du président français sortant. L'illusion amplifiée à l'excès hier devrait être de courte durée. Car plusieurs signes sont perceptibles, qui prennent le contre-pied de l'euphorie du RHDP, et singulièrement du RDR. Premièrement, au moment où le président de l'UMP arrive au pouvoir, les réseaux Foccart sur lesquels s'appuie Chirac dans sa croisade contre Gbagbo, sont à la peine. La cellule africaine de l'Elysée dirigée par Michel de Bonnecorse a perdu de sa superbe. La crise ivoirienne lui vaut les plus sévères critiques. C'est d'ailleurs ce qui justifie la prochaine refonte ( ?) de cette structure, véritable charpente de la Françafrique. " Il y aura beaucoup d'innovations, de nouvelles impulsions, beaucoup de pragmatisme. Mais il y aura, je m'imagine, autour du président des conseillers qui seront chargés de relations avec les pays africains ", avait prévenu Michel Barnier, ancien chef de la diplomatie française et conseiller du candidat Sarkozy. Ainsi, les anciennes méthodes ont vécu. Encore que le nouvel élu a bien du pain sur la planche, au plan local. Contrairement à ce qu'estiment Ouattara, Bédié et leurs partisans, Sarkozy hérite d'un bilan qui n'est pas des plus reluisants. Il en est comptable et doit s'échiner à traduire en actes ses belles promesses. L'Afrique ne peut être une priorité immédiate, et certaines évolutions de la crise ivoirienne constituent déjà un frein à toutes velléités de reprise d'hostilité entre Paris et Abidjan. Un fait marquant : l'activisme du MEDEF pour regagner la Côte d'Ivoire. Michel Roussin, un proche de Sarkozy multiplie les déplacements au Palais d'Abidjan pour baliser la voie du retour des hommes d'affaires français partis en novembre 2004. Et pour bien d'observateurs, le cheval gagnant de l'UMP doit tenir compte de cette nouvelle donne. L'on susurre qu'entre deux plaidoyers pour le " come back " de ses mandants, Roussin se pose en interlocuteur de Sarkozy auprès de son désormais homologue ivoirien. Qui plus est, depuis les tueries de la force Licorne en novembre 2004, la classe politique française se montre plutôt regardante sur la crise ivoirienne. La présence de l'armée française en Afrique est plus que jamais contestée. En somme, et au grand dam du RHDP, Sarkozy n'a d'autre choix que d'entretenir des rapports conciliants avec le chef d'Etat de Côte d'Ivoire. Des voix autorisées en France, exigent d'ailleurs que la politique française sur le continent noir soit désormais inscrite dans la diplomatie mondiale de l'Elysée. De deux, le concepteur de ''l'immigration choisie'' a déjà maille à partir avec certaines populations africaines. S'il revendique l'amitié d'ATT par exemple, les émigrés maliens n'assimilent pas moins Sarko à un bourreau. D'autres pays guettent ses premiers pas en Afrique subsaharienne. Autant de faits dont l'adversaire de Segolène Royal peut difficilement se départir pour reprendre de sitôt le flambeau de la lutte anti Gbagbo. Ceci dit, personne n'est dupe. Laurent Gbagbo sait que les systèmes ont la peau dure. Les belles intentions affichées par l'équipe de l'UMP pourraient s'avérer, en grande partie, être des propos de campagne. Sarkozy, fait-on volontiers remarquer, est trop impliqué dans les réseaux françafricains qu'il fustige à l'occasion, pour faire bien. Et surtout marquer sa rupture avec son prédécesseur. Mais il ne cache pas ses accointances avec des locataires de Palais africains englués dans des casseroles. Bongo et Sassou entre autres font partie de son cercle. Il en va de même pour Alassane Ouattara dont il fut le témoin de mariage. De quoi expliquer amplement les nuages sur lesquels voguent en ce moment le RDR et le RHDP. " C'est une victoire méritée ", salue ADO au lendemain du succès de Sarkozy." Le porte-parole du RDR va plus loin. " Nous nous réjouissons de la victoire de M. Sarkozy, que M Ouattara connaît bien et avec lequel il entretient des relations amicales anciennes ", précise Aly Coulibaly, le porte-voix des Républicains ivoiriens. Le PDCI qui se soustrait quelque peu de l'enthousiasme débordant de son allié, se veut plutôt mesuré. " Nous saluons la belle victoire de la démocratie donnée par les Français. (…) Je ne pense pas que cela va fondamentalement changer les relations entre nos deux pays, même s'il y aura nécessairement une remise à jour pour les améliorer ", déclare Djédjé Mady. Cette euphorie collective donne du grain à moudre à ceux qui déplorent la propension des houphouëtistes à ne compter que sur l'extérieur pour parvenir au pouvoir. Pour les adversaires de Bédié et ADO, la grande joie exprimée dimanche soir les disqualifie et fait d'eux à jamais, les bras séculiers du système mafieux de la droite française. L'absence d'un programme de gouvernement à proposer aux électeurs, conclut une certaine opinion, conduit le RHDP dans les bras de parrains occidentaux. Mais tous à leur jubilation, les houphouëtistes occultent une certaine réalité. Des sources rappellent ainsi volontiers que, tout comme Chirac, Sarkozy est au fait des sondages commandités par Paris et qui donnent invariablement Gbagbo gagnant à la prochaine présidentielle. Il ne peut donc raisonnablement pas guerroyer contre celui avec qui il doit compter, dans les relations franco ivoiriennes, durant son quinquennat. Ce d'autant que, c'est connu, ''les Etats n'ont pas d'amis, mais des intérêts''. Mais par-dessus tout, la sérénité qui prévaut dans le camp de Gbagbo, tient du changement de contexte au plan international. Il est bien loin, septembre 2002. Au moment où Chirac et ses réseaux s'adonnaient à la manipulation pour adouber l'ONU, au détriment de Gbagbo. Linas Marcoussis, Kléber et des résolutions du conseil de sécurité sont de fraîche mémoire. Le retournement de situation intervenu lors du vote de la 1721 a fait dire à plus d'un que Chirac a perdu sa guerre contre le président ivoirien. La Russie, les Etats-Unis, la Chine et d'autres membres de l'instance onusienne ne s'en sont pas laissés conter, lorsque l'Elysée a tenté de mettre la Côte d'Ivoire sous tutelle, en supprimant sa Constitution. A ces pays, s'ajoute depuis quelques temps l'Afrique du Sud de Thabo Mbeki qui siège au conseil de sécurité. En clair, l'organisation internationale n'est plus l'apanage de Paris. Et le départ à la retraite de Kofi Annan n'arrange pas les affaires de Sarkozy. La France est affaiblie diplomatiquement et au sein de l'Union européenne, elle a des efforts à fournir. Sarkozy va donc s'atteler à recoller les morceaux à Bruxelles. En attendant, le processus de sortie de crise fait son chemin. Là-dessus, ici comme à Paris, l'on s'accorde à reconnaître que le dialogue direct initié par Gbagbo consacre l'échec de Chirac en Côte d'Ivoire. Le chef de l'Etat ivoirien a désormais toutes les cartes en main. L'accord de Ouaga confine dorénavant Paris dans un rôle de spectateur du règlement de la crise. Cela d'autant que ces arrangements politiques sont salués et endossés par l'ONU. Aussi, des observateurs se demandent-ils, par quel tour de passe- passe Sarkozy peut revenir en première ligne en brouillant le jeu politique à Abidjan et se mettre à dos la communauté international ? Une interrogation qui devrait ramener ADO et le RHDP sur terre.»




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