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«Une vingtaine» !

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«Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française»!

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Événements en Côte d'Ivoire. Essais de mise en perspective...

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Voir aussi :
"Une vingtaine" ! (environ)
"Une vingtaine" !... et quelques
"Une bourriche"
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Éléments d'histoire & autres considérations :
Une autre histoire...


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« Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur »


« Le mensonge se lève
très tôt mais la vérité
finit par le rattraper »


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Présidentielle ivoirienne : l’AFP entre en campagne

Par Delugio :: vendredi 28 septembre 2007 à 7:34 :: Analyses & commentaires




Comme il y a dix ans, la presse « internationale » a commencé à battre la campagne pour Ouattara…

Titre d’une dépêche de l’AFP (en une sur Abidjan.net) :

« Gbagbo "ne peut pas gagner" la présidentielle (Ouattara) »

Avec un tel titre, et quand on sait l’impact d’un titre bien pesé, peu importe le développement de l’article, en outre élogieux pour le candidat (http://news.abidjan.net/h/266846.html).

La couleur est annoncée : l’AFP entre en campagne.








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L’appel aux historiens de Adame Ba Konare

Par Delugio :: mercredi 26 septembre 2007 à 12:12 :: Articles de presse




Sur Grioo.com — 25 septembre 2007 — http://www.grioo.com/info11581.html

Professeur Adame Ba Konaré :

« Le discours du président de la République française, Monsieur Nicolas Sarkozy, lors de sa visite à Dakar le 26 juillet 2007 n’a pas manqué de soulever une vive réprobation dans une large partie de l’opinion africaine, par son ton, par ses références à des poncifs vieux de plus d’un siècle que l’Europe tenait sur l’Afrique avant la colonisation, une Afrique alors méconnue et fantasmatique. Les poncifs les plus saillants du discours "sarkozien", directement hégéliens mais révolus depuis et qui heurtent le plus l’historien de l’Afrique, proclament, entre autres, ceci : (...)

"Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance.

Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire. Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne viendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé.

Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. (...) La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes (...)"

Le récent article de Monsieur Jean Marie Bockel, Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires Etrangères et Européennes, chargé de la Coopération et de la Francophonie, paru dans le journal "Le Figaro" du 4 septembre 2007, qui tente de recadrer le discours du Président français, en rajoute au malaise :

"l’Afrique interroge, passionne, interpelle. Enfin ! Premier résultat et non des moindres : le continent africain est de nouveau à l’ordre du jour. Depuis l’intervention du président de la République, l’Afrique est sortie du cénacle des technocrates des "bailleurs de fonds" pour s’inviter à la grande table du débat populaire. En choisissant à dessein de parler librement, Nicolas Sarkozy a libéré la parole. (...) Prenons acte du retour de l’Afrique dans le débat d’idées."

De telles déclarations sont révélatrices d’un fait : après plus de cent ans d’histoire partagée avec la France et près de soixante ans de collaboration après les indépendances, l’Afrique se rend compte brutalement que son principal partenaire a d’elle une vision étonnamment statique, alors même que foisonnent depuis maintenant plusieurs décennies, moult écrits et moult débats sur elle et sur son sol. Face à une telle situation, nous sommes, nous historiens africains, interpellés en premier lieu car ce sont nous, fondamentalement, qui avons la charge de gérer la mémoire de l’Afrique.

Intervenir dans ce débat est un devoir à la fois scientifique et militant pour nous. Si nous nous taisons, ce sera l’histoire qui nous jugera du haut de son tribunal. Si nous nous taisons, ce sera ne pas faire honneur à la mémoire de tous nos devanciers, parmi lesquels Joseph Ki-Zerbo et Cheik Anta Diop, qui se sont lancés corps et âme dans la bataille de la réhabilitation de l’histoire africaine.

S’assumer et assumer notre part de responsabilité face à l’histoire, face aux générations montantes, face à la jeunesse, voilà ce que je vous propose, voilà ce que je nous propose. Réfléchissons, échangeons, partageons sur la base du volontarisme, en adoptant une posture scientifique dépouillée de toute émotion, autour des thèmes suivants que nous retenons dans les débats en cours : "L’Africain et la reproduction du temps mythique." ; "L’Africain et la corruption." ; "Ce que la colonisation a apporté à l’Afrique." ; "L’Africain et la raison." ; "L’Africain et le règne de la nature." ; "L’Africain et les droits de l’homme, la démocratie, la liberté et la justice." ; "L’Africain et l’enfermement sur soi."

Je propose que chacun d’entre nous, dans son domaine de compétence académique, produise un article au plus tard pour fin décembre 2007, en introduisant, si nécessaire, des grilles de lecture comparative avec d’autres sociétés pour un raccordement juste et équitable à l’histoire universelle. Cette liste n’est pas exhaustive. Vous voudrez l’enrichir par de nouvelles propositions. Le recueil, validé par un comité scientifique, fera l’objet d’un ouvrage collectif à paraître courant 2008 et sera versé dans le dossier du partenariat France/Afrique. Une fois le livre paru, les auteurs, pour ceux qui le désirent, se dissoudront avec moi dans un comité, le Comité de Défense de la Mémoire de l’Afrique (CMAD). »





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Le fond et la forme

Par Delugio :: mercredi 19 septembre 2007 à 16:37 :: Analyses & commentaires




1) La crise au Courrier d’Abidjan. Les explications respectives de Théophile Kouamouo
(http://www.notrevoie.com/a_la_une.asp?id=15184 ;
http://kouamouo.afrikblog.com/archives/2007/09/14/6211576.html)  
et de Sylvestre Konin
(http://www.lecourrierdabidjan.info/a_la_une.asp?id=16061)
confirment, si besoin était, ce que peut avoir d’aléatoire le facteur humain, et le rôle qu’il peut prendre dans tout combat.

Des tensions au sein de la rédaction d’un journal « bleu », le Courrier, qui, apparemment, couvent depuis plusieurs mois — ce qu’ignorent naturellement, et c’est très bien ainsi, ceux qui ne sont pas concernés par ces tensions inter-personnelles.

Une crise humaine qui éclate en s’entremêlant dans les interprétations plurielles de l’accord de Ouagadougou et de la situation politique de la refondation…

Et voilà les choses qui se compliquent —… et viennent servir une opposition et sa presse qui tentent (et c’est de bonne guerre !) d’introduire un coin au sein du FPI, et entre L. Gbagbo et M. Koulibaly.

Les explications entre Th. Kouamouo et S. Konin, si elles rendent indubitable le fait que l’article repris par Le Patriote vient bien du Courrier, et n’a pas été simplement repris sur Internet, ne permettent pas de savoir d’où vient la « fuite », et au fond, quelle que soit la gravité réelle d’une faute de cet ordre, peu importe !

Reste en effet qu’on est toujours dans l’humain, trop humain… Des tensions personnelles qui ne doivent pas obérer les vraies questions.

Si l’occasion de l’éclatement a été liée à l’opportunité de publier ou de ne pas publier la vive interpellation de Mahalia Ntebi à l’égard du pouvoir, il apparaît que ce n’est donc vraisemblablement que l’occasion — il aurait pu y en avoir d’autres…

(Ce qui est fait est fait. Le commentaire de Djati, sur le blog de Théo, vaut sans doute d'être entendu :
http://kouamouo.afrikblog.com/archives/2007/09/18/6251260.html#c9443248 .)


2) Cela dit…

… faisant retour sur l’article de Mahalia Ntebi que l’on a tenté d’attribuer à Mamadou Koulibaly.

Quant à la forme, j’ai déjà dit sur ce blog que je l’ai trouvé trop virulent, et susceptible par là d’être mal interprété et mis à mauvais usage par une opposition visant à la restauration de l’ancien régime. Susceptible d’être compris comme donnant un Gbagbo ayant baissé les bras, avec la tentation que cela suppose d’attribuer une telle accusation à un de ses partisans réputé plus ferme,… et qui voudrait prendre sa place.

Cet usage malveillant ayant été clairement écarté par Mamadou Koulibaly, qui avait été mis sur la sellette de ces accusations et autres rumeurs, il convient de considérer, au-delà de la forme, le fond de l’article. Il pose de vraies questions qu’il ne faut pas laisser de côté.

On peut même considérer que ce qui aura déjà été le destin de cet article controversé, a rendu ses questions de fond d’autant plus incontournables. Non pas, contre la « naissance d’une nation » qu’annonçait Mamadou Koulibaly, le « naufrage d’une nation », selon le titre de l’article, mais au moins la mise en garde contre le risque d’échouement d’une nation

Quid en effet de ce que la rébellion doit abandonner après Ouagadougou ? — sous peine d’entendre Ouagadougou comme une sorte de Marcoussis à peine amélioré : c’est la lecture qu’ont faite plusieurs commentateurs français au lendemain de l’accord ! En substance : « à quoi bon tout ce temps pour en arriver à ce que proposait Marcoussis ? »

Lecture évidemment erronée de Ouagadougou, mais il ne faudrait pas donner d’arguments aux tenants de cette lecture. Les questions qu’ont posées les militaires légitimistes sont pertinentes — a fortiori quand on sait, suite à l’interview de Gbagbo de cette semaine, que les grades Soro ne concernent qu’une trentaine de soldats : n’y a-t-il pas là l’occasion de poser un geste fort quant à la légalité dans la République ? — un geste susceptible de faire taire les remous concernant l’apparence de prime à la prise d’armes et à la violence (et quelle violence !) contre le travail et l’effort, pour être en fin de compte élevé à des postes de responsabilité !

Quid d’un holà à un phénomène classique en temps de guerre, et sur tous les continents ? — : l’occasion de l’enrichissement de quelques corrompus, qui finissent par sembler tenir de haut du pavé…

Quid dès lors de la réputation — et ce n’est pas rien — de la refondation ? Quid de l’exemple qui vient du sommet — sachant a contrario que le poisson pourrit par la tête ?

Qu’est-ce qui frappe, pour prendre cet exemple trivial, le simple visiteur d’un pays du Sud ? Le racket apparemment institutionnel et la variabilité des prix selon le client ! Je ne reviens pas sur la défense que se donnent ceux qui pratiquent cela.

Je constate simplement que le visiteur qui ne creuse pas la question y voit un phénomène endémique africain (entre autres) ; celui qui s’interroge conclut à terme que la tête du poisson qui pourrit en premier est à chercher vers les grands groupes occidentaux via la mafiafrique.

Mais alors, le visiteur risque aussi de se dire que dans cette Côte d’Ivoire en pleine révolution, au cœur des convulsions du tournant républicain voué à faire exemple sur le Continent et au-delà… ce n’est pourtant pas très différent… Quid alors de la rupture clamée avec la Françafrique ? — se demande alors le visiteur…

Quid de la dignité de l’Afrique digne quand ce qui ressemble à la classique et habituelle demande d’aides, du sommet, à la mendicité, à la base, semble immuable ?

Il n’est qu’à lire Libération de ce matin
(http://www.liberation.fr/actualite/monde/279412.FR.php),
affirmant que Gbagbo, qui « reste malvenu à Paris », selon le titre, « ne ménage pas ses efforts pour amadouer son homologue français » — c’est ce qu’assure Hofnung, qui signe l’article. Qu’est-ce d’autre que tenter de prêter à Gbgabo une attitude de… mendicité, précisément.

Ou La Croix,
(http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2315057&rubId=1094),
qui nous donne un portrait au vitriol d’une Côte d’Ivoire plus corrompue que jamais, portrait inspiré de « Venance Konan, l’un des rares intellectuels ivoiriens osant critiquer ouvertement le pouvoir » (sic). D’où l’utilité indubitable des critiques venant du camp patriotique, d’où l’utilité aussi de rappeler — oh combien — elles existent…

Les questions de fond posées par l’article en cause dans la crise au Courrier (et par d’autres) ne doivent donc pas être négligées — portées par la liberté de critique — : la dignité requiert l’indépendance économique. L’indépendance économique requiert certaines ruptures, ruptures d’avec un cercle vicieux pervers, qui se renforce comme relation perverse semblant arranger celui qui domine par son « aide » et celui qui dépend par l’impression ne n’avoir jamais à se prendre en charge — deux situations aussi désagréables qu’apparemment …confortables !… et dont souffre au quotidien la masse pauvre de tout un continent.

Alors certes, il ne faut pas aller plus vite que la musique, mais il faut entendre ceux qui craignent que le rythme de la musique ne devienne trop tôt celui d’une berceuse…


3) Une petite anecdote. Parlant récemment avec une amie ivoirienne du « discours de Dakar » et du refus de la repentance, elle me répond que cela vaut aussi pour l’Afrique. En substance : « le fait que des frères aient été vendus aux négriers est en totale transgression avec les lois les plus sacrées de l’Afrique. Et de cela, il faudra se repentir solennellement. Jusque là, cette manie des corrompus de nous vendre à l’Europe perdurera… »

Et mon amie d’illustrer cela par l’histoire biblique de Joseph vendu par ses frères. « Conséquence de leur geste : tant qu’ils ne se sont pas repentis, ils ont été eux-mêmes livrés au pays auquel ils l’avaient vendu. Leurs difficultés économiques les contraignaient à se tourner vers l’Égypte, comme aujourd’hui l’Afrique vers l’Europe. »


4) À propos de Joseph — sans rapport avec ce qui précède, réflexion personnelle : Joseph, tel qu’il nous est présenté par le récit biblique, était un personnage imbuvable. Imbu de lui-même, se prenant pour le centre du monde et le disant : son père, sa mère, ses frères se prosternant devant lui dans ses rêves racontés tout haut ! Sans doute vraiment insupportable pour ses frères ! N’empêche : il leur avait été donné comme cela… Il leur appartenait de faire avec — ce qui ne veut pas dire qu’il ne fallait pas l’exhorter, vigoureusement même, à plus d’humilité…





"Les vérités de Laurent Gbagbo"

Par Delugio :: mardi 18 septembre 2007 à 9:31 :: Articles de presse




Jeune Afrique — n° 2436 du 16 au 22 septembre 2007 — Interview

in Notre Voie — n° 2787 du Mardi 18 Septembre 2007 —

http://news.abidjan.net/presse/notrevoie.htm

Processus de paix, relations avec la France...: Les vérités de Laurent Gbagbo

Le 19 septembre 2007, la Côte d’Ivoire aura connu cinq années de crise, l’accord de Ouagadougou, signé le 4 mars dernier, semble y avoir mis fin, où en est le processus de paix ?
Nous sommes dans une phase positive. L’accord de Ouagadougou, dont j’ai eu l’idée, a été fondamental. C’est Notre accord, entre belligérants Ivoiriens, celui de personne d’autre. Il est débarrassé des tutelles extérieures et a écarté les partis politiques. De ce fait, il met de côté les faux problèmes posés par les uns et les autres. C’est pour cette raison qu’il marche.

Pourquoi ne pas avoir procédé ainsi plus tôt ?
Nous n’étions pas prêts. Les choses arrivent en leur temps. Nous avons pu nous mettre d’accord parce que chacun était demandeur.

Le 6 août, vous avez évoqué, dans un discours, l’échéance de décembre 2007 pour l’organisation de l’élection présidentielle. Les conditions de la tenue de ce scrutin vous semblent-elles vraiment réunies ?
Oui, je l’ai dit en tant que Président mais aussi en tant qu’Ivoirien. Il faut que cette élection ait lieu le plus tôt possible. La constitution ne nous interdit plus d’organiser un scrutin sur notre territoire puisque ce dernier est désormais réunifié. Malgré les vociférations de certains, c’était jusqu’ici impossible. Aujourd’hui, il n’y a plus aucune raison de ne pas aller vite. D’autant que nous ne partons pas de zéro. Nous disposons ainsi des listes électorales de 2000 pour en établir de nouvelles, après avoir procédé au processus d’identification.

A ce propos, les audiences foraines devaient reprendre début septembre…
Le premier Conseil des ministres que nous avons tenu après les vacances a été consacré à cela justement. Il n’y a aucun problème, les audiences foraines vont reprendre avant la fin de ce mois.

Quelles garanties de transparence pouvez-vous donner à vos adversaires ?
Vous savez, j’ai été dans l’opposition plus longtemps qu’eux. Les cris et les contestations font partie du jeu, surtout en Afrique. Le plus important, c’est que le Président élu soit reconnu, que les perdants finissent par l’accepter, même s’ils mettent un peu de temps…. Moi, je garantis la transparence des élections aux Ivoiriens. Quant à mes adversaires, je rappelle que, contrairement au passé, aucune candidature ne sera écartée. J’ai pris les dispositions depuis l’accord de Pretoria, en 2005, pour que tous ceux qui ont participé aux négociations de Marcoussis, en janvier 2003, puissent se présenter. Et Dieu sait que je n’aime pas Marcoussis ! Tout le reste, les listes électorales, la date des élections, les conditions d’organisation, relève des administrations techniques. Enfin, je tiens à préciser, puisque vous me posez la question sur les garanties, que la Commission électorale indépendante, chargée d’organiser cette élection, comprend plus de membres qui me sont opposés que de personnalités politiquement proche de moi.

Parmi les autres points de l’accord de Ouagadougou figure le processus de désarmement. Au-delà de l’aspect symbolique des cérémonies au cours desquelles des armes ont été brûlées, quelle évaluation peut-on en faire ?
Contrairement à ce que vous dites, c’est loin d’être symbolique. Prendre des armes à des combattants, ce n’est pas l’ordre du symbole, c’est la réalité. Les fusils brûlés ne sont plus en circulation. Il y en a eu 1500 à Bouaké, plus de 1000 dans l’Ouest. Et il y aura encore beaucoup d’autres bûchers. N’occultons pas les faits. Le désarmement a bel et bien commencé. Mais, il est vrai que pour beaucoup, y compris moi-même, nous n’allons pas assez vite.

La question de la réintégration des éléments des Forces nouvelles dans l’armée nationale traîne en longueur. Sans parler de celle de la conservation par les ex-rebelles des grades qu’ils ont acquis au cours de la crise. Vous avez toujours déclaré y être totalement opposé. Depuis que Guillaume Soro, leur chef, est devenu Premier ministre, est-ce toujours le cas ?
Je n’ai pas évolué sur cette question et je ne le ferai pas. Je suis chef des armées. Je dois donc veiller à l’uniformisation de l’évaluation des soldats. Ceux qui veulent intégrer l’armée ou la gendarmerie de Côte d’Ivoire doivent être soumis aux mêmes critères d’évaluation que les autres. Cela dit, tout le monde fait comme si c’était un grand problème. Ce n’est pas le cas même s’il est sensible.

C’en est un pour Guillaume Soro…
Peut-être…Dès lors que nous touchons au statut des individus, cela devient compliqué. Nous avons donc décidé d’avancer sur tout ce qui peut l’être. Le reste, ce qui peut constituer d’éventuels points de blocages, nous verrons plus tard. Nous avons cependant soumis ce problème au facilitateur, le président Blaise Compaoré. Il nous a demandé du temps pour discuter avec les principaux concernés. Nous ferons ensuite le point. Mais il ne faut tout de même préciser que les gens dont nous parlons, ceux qui réclament la conservation de leurs grades, représentent une trentaine de personnes seulement.

Selon vous, qui sera votre principal adversaire lors de la présidentielle ?
Je ne sais pas. Et cela ne m’intéresse pas.

Puisque vous êtes dans une logique d’élection, vous devez bien vous préoccuper de la campagne, de vos adversaires…
Tout le monde en Côte d’Ivoire est dans cette logique ! Mais je suis d’abord le chef de l’Etat en fonction. Mes priorités actuelles ne sont pas celles d’un candidat. Je veux d’abord mettre fin à la crise. Après, nous verrons…

Entretenez-vous des contacts avec Alassane Ouattara?
Quand nous nous rencontrons, nous discutons. Mais cela fait un moment que nous ne nous sommes pas vus, ni avec Bédié d’ailleurs. Depuis la dernière réunion du Cadre permanent de concertation, le 12 juin, (CPC, présidé par Blaise Compaoré et qui réunit Gbagbo, Ouattara, Bédié et Soro, NDLR), pour tout vous dire.

Existe-t-il un deal entre vous et Guillaume Soro ?
Le seul deal entre Soro et moi, c’est d’abord l’accord de Ouagadougou.

Il n’a rien de secret…
Nous nous sommes mis d’accord sur un texte. Ce que l’on ne peut pas faire sans un minimum de confiance entre les parties. C’est cela qui effraie ceux qui parlent d’accord secret entre nous.

Certains disent que vous avez conclu un pacte : à vous le présent, les élections ; à lui le futur, donc les suivantes. Est-ce vrai ?
Mais oui, bien sûr. Il n y a pas besoins de deal pour cela ! Guillaume Soro est plus jeune que mon fils aîné, qui me l’a présenté d’ailleurs. Vu notre différence d’âge, il a forcement l’avenir pour lui.

Un avenir de président ?
Je n’en sais rien, ce sera à lui de décider.

Où en est l’enquête sur l’attentat dont il a été victime le 29 juin à Bouaké ?
Elle suit son cours et il y aura un procès.

Avez-vous des présomptions sur l’identité des commanditaires ?
Ne me faites pas entrer dans le champ judiciaire. Vous savez, les juges sont très jaloux de leurs prérogatives.

Le Facilitateur de l’accord de Ouagadougou, la Président Blaise Compaoré, a été tour à tour l’un de vos principaux soutiens puis votre pire ennemi. Vous l’avez même accusé d’être l’instigateur de la tentative de coup d’Etat de septembre 2002. Où en sont vos rapports aujourd’hui ?
Certains hommes divorcent de leur épouse puis se remarient avec elle (rires). Sérieusement, Blaise et moi étions très amis. Il m’a beaucoup aidé, y compris financièrement, lorsque j’étais dans l’opposition, entre 1989 et 1999. Dans la durée, il est celui qui m’a le plus soutenu. Le président Bongo Odimba m’a beaucoup aidé également. Plus substantiellement, nous dirons, mais sur une période très courte…
Ce qui s’est passé en septembre 2002, évidemment, nous a brouillés. Mais, aujourd’hui, nos relations se sont normalisées. Nos deux pays ne sont pas simplement des voisins. C’était le même pays à l’époque de la colonisation. Entre 1932 et 1947, Ouaga était la deuxième ville de Côte d’Ivoire. Nous avons vocation à nous entendre et à être des locomotives en Afrique de l’Ouest. Comme la France et l’Allemagne en Europe. Et que je sache, il y a eu plus que des broutilles entre eux…

Avez-vous des nouvelles de votre ancien Premier ministre Charles Konan Banny ?
Je préfère m’entretenir avec lui avant de vous parler. Je dois cependant avouer que lorsque j’ai signé son décret de nomination, je craignais déjà que cela ne se passe de la manière que vous connaissez.

Au cours des cinq années de crise, vous avez eu affaire à de nombreux interlocuteurs, africains ou non. Lequel vous a le plus déçu ?
Jacques Chirac.

D’où vient cette inimitié entre vous ?
Mais, je n’en sais rien ! Je n’avais rien contre lui au départ. C’est lui qui m’en voulait.

Comment avez-vous vécu son départ ? Comme une page qui se tourne ?
La page des relations entre la France et l’Afrique s’est déjà tournée avec ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire mais aussi, par exemple, avec la rupture des relations entre le Rwanda et la France, ce qui ne s’était jamais vu. Une autre ère s’ouvre aujourd’hui. Et nous autres Africains devons nous asseoir autour d’une table pour la préparer et réfléchir à de nouvelles relations.

Il y a aujourd’hui un nouveau locataire à l’Elysée. Le Président Nicolas Sarkozy prône lui aussi cette rupture…
Si Sarkozy nous fait espérer, ce n’est pas par rapport à sa politique déclarée mais parce qu’il est le seul président de la Ve République à être né après la Seconde Guerre mondiale. C’est important car cela signifie qu’il n’a pas les mêmes références que ses prédécesseurs.

Etes-vous en contact avec lui ?
Oui. J’ai discuté avec Claude Guéant (secrétaire général de l’Elysée, NDLR) puis directement avec le Président Sarkozy, une fois, au téléphone. Cela s’est bien passé.

Qu’avez-vous pensé de sa première tournée africaine et plus particulièrement de son discours de Dakar, le 26 juillet ? Beaucoup d’Africains ont été choqués par ses propos…
Je n’aime pas commenter les faits et gestes ou les discours des autres chefs d’Etat. Il faut laisser le Président Sarkozy s’installer et appliquer sa politique. Jugeons-le sur ses actes plutôt que sur ses paroles.

Quand la Force française Licorne doit-elle partir ?
Cela fait partie des dossiers que je laisse en attente. Cela ne me tracasse pas puisque je sais qu’elle partira.

Etes-vous pour ou contre le maintien de la base militaire française de Port-Bouët ?
Je préfère ne pas en parler pour le moment. J’ai mes idées mais j’ai d’autres chats à fouetter. Nous devons tout remettre à plat avec la France, tout rediscuter. Nous nous retrouverons autour d’une table le moment venu.

Votre parti, le Front populaire ivoirien (FPI), est membre de l’Internationale socialiste. Comment jugez-vous l’évolution du PS français ?
J’ai reproché aux socialistes français leurs déclarations péremptoires sur mon parti, ma personne ou sur la crise qui secoue mon pays. je ne commettrai pas la même erreur qu’eux.

Parmi vos pairs africains, beaucoup ont tenté des médiations en Côte d’Ivoire. Lequel vous a le plus marqué ?
C’est incontestablement Thabo Mbeki. Il est très méthodique et cultivé, ne se prononce jamais avant d’avoir étudié tous ses dossiers. Il prend le temps qu’il faut. C’est le seul, je dis bien le seul, à avoir séjourné plusieurs jours à Abidjan puis à Bouaké. Enfin, il a été le premier à dire qu’il fallait que je m’entende directement avec Blaise Compaoré.

Et les autres ?
Je ne me prononcerai sur aucun d’entre aux.

Pas même Omar Bongo Ondimba, avec lequel vous avez eu des mots ?
Non.

Vous entretenez de bonnes relations avec des chefs d’Etat africains qui échappent à l’orbite française. Citons, entre autres, Dos Santos, Kagamé, Conté ou Kadhafi. Est-ce un hasard ?
Cela n’a rien à voir. Conté m’a assuré de son amitié, je la lui rends. De plus, la Guinée est un pays voisin et le seul frontalier en qui je pouvais avoir confiance.
Je partage avec Kagamé certaines idées, c’est un fait. Il m’a invité après une réunion du Conseil de paix et sécurité de l’Union africaine pour mieux comprendre le dossier ivoirien. Il avait l’impression qu’on «nous tournait en bourrique». Il faut dire qu’il a été excédé par l’attitude de l’ambassadeur de France à Kigali, qui, à la veille d’une réunion importante à Addis-Abeba, a appelé le ministre rwandais des Affaires étrangères pour lui dicter la ligne à adopter… Comme moi, il pense que le temps où l’on pouvait dire aux Africains « faites ceci, faites cela » est révolu.
Quant à Dos Santos, il m’a beaucoup aidé. Nos soldats n’avaient pas d’armes, il nous en a fourni.

Et Mouammar Kadhafi ?
Il fait également partie de ceux qui ont cherché à mieux comprendre notre crise. Lors d’une réunion de la Cen-Sad (Communauté des Etats sahélo-sahariens, NDLR) à Bamako, il m’a considérablement soutenu. Depuis, nous entretenons de bons rapports.

Vous intéressez-vous au cas Robert Mugabe ?
Depuis que j’ai pu constater le comportement de certaines personnes lors de la crise ivoirienne et depuis que la presse française m’a accusé de tous les maux, y compris d’avoir créé des escadrons de la mort, je suis très circonspect lorsque la presse occidentale attaque un de mes pairs.
Je constate cependant que Robert Mugabe est très populaire en Afrique. Et qu’il ne faudrait pas que l’Occident reproduise avec les Négro-Africains les mêmes erreurs qu’il a commises avec les musulmans. Nous n’avons pas besoin d’un monde où règnent les divisions et les antagonismes. Pour le reste, je ne connais pas suffisamment Mugabe ou son pays pour juger.

La justice française s’intéresse de très près aux chefs d’Etat africains. Après Ismail Omar Guelleh, Paul Kagamé ou Eduardo Dos Santos, c’est au tour d’Omar Bongo Ondimba et de Denis Sassou Nguesso, accusés d’avoir détourné de l’argent dans leurs pays respectifs pour acheter des biens en France. Qu’en pensez-vous ?
Cela me rappelle, encore une fois, ce qui se passe avec moi. On vient de sortir un prétendu témoin dans l’affaire Kieffer (du nom du journaliste franco-canadien disparu le 16 avril 2004 à Abidjan, NDLR)…

Avez-vous des biens à l’étranger ?
Aucun, et je n’en aurai jamais tant que je serai chef d’Etat. Ce n’est pas mon monde, je ne suis pas de cette école.

Un certain nombre d’affaires ont émaillé ces cinq années de crise, dont trois visent, plus ou moins directement, la présidence. Parmi celles-ci, la disparition du journaliste Guy-André Kieffer. Sa famille a été reçue par Nicolas Sarkozy le 23 août dernier. Certains témoignages accusent votre entourage et notamment le beau-frère de votre épouse, Michel Légré. Qu’en est-il ?
J’ai vu Guy-André Kieffer deux fois dans ma vie, à sa demande. La première fois, c’était après le coup d’Etat de 1999. La seconde, c’était après la mort, le 21 octobre 2003, du journaliste de RFI Jean Hélène. Je l’avais reçu pour répondre à ses questions. J’ai appris sa disparition comme tout le monde. Nous avons mené une enquête pour essayer de le retrouver, sans succès. La justice ivoirienne poursuit son travail, ainsi que la justice française. Maintenant, on me dit que le beau-frère de mon épouse, Michel Légré serait responsable de sa disparition. D’abord, il faut le prouver. Ensuite, même si c’était le cas, mes belles sœurs sont libres d’épouser qui elles veulent, cela ne m’implique en rien. Je ne suis pas responsable des actes de Michel Légré. Ce qui me choque dans cette affaire, c’est que Michel Légré n’a plus d’identité propre. C’est grotesque. Rachida Dati par exemple, n’est pas responsable des actes de son frère (Jamal Dati, frère de la ministre de la justice, accusé de trafic de stupéfiants, ndlr) que je sache !

Berté Seydou, le témoin en question se présente comme le chauffeur du commando dirigé par un certain Jean Tony- Oulai, qui aurait enlevé Kieffer. Il affirme que le journaliste aurait été conduit à la présidence où il aurait passé deux jours, avant d’être exécuté. Que répondez-vous à cette accusation ?
Arrêtons ce cinéma de mauvais gout ! Jean Tony Oulai, je l’ai vu deux fois dans ma vie, dont l’une à la demande de sa sœur. Il avait été arrêté aux Etats Unis après les attentats du 11 Septembre. La seconde fois, il se trouvait dans l’entourage de Mathias Doué, l’ex- chef d’état major. Ni lui ni Légré n’ont jamais travaillé à la présidence de la République ! Et brusquement, ils enlèvent un journaliste, en se disant que la meilleure manière de le faire disparaitre ce serait de l’emmener à la présidence ? S’ils devaient le tuer pourquoi l’emmener ici ? Soyons sérieux ! La famille de monsieur Kieffer connait un drame. Aidons-la ! Mettons tout en œuvre pour le retrouver, mais cessons ce cinéma. Quant aux journaux qui relaient ces accusations graves, je me réserve le droit, une fois de plus, de les attaquer en justice. On ne peut pas écrire n’importe quoi.

Le bombardement du camp militaire français de Bouaké, le 6 Novembre 2004, a coûté la vie à neuf soldats français et à un citoyen américain. Que s’est-il passé ce jour là et qui a donné l’ordre de l’attaquer ?
Voila une autre affaire qui me laisse un gout amer. L’armée française a tout fait pour cacher la vérité. Revenons sur les faits précis. Quelques jours avant ce 6 Novembre, j’avais averti l’ambassadeur de notre intention d’attaquer les infrastructures militaires de la rébellion à Bouaké. Il est venu me voir avec le général Poncet, qui commandait l’opération Licorne. Tous deux m’ont fait part de leurs réserves. Je leur ai répondu que je ne leur demandais pas leur autorisation mais que je les informais. Ensuite, Chirac m’a appelé pour m’en dissuader. Le 4 Novembre j’ai lancé les opérations aériennes. Le lendemain, l’Onuci (l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire, Ndlr) a rendu public un rapport faisant état de la justesse de nos frappes qui n’ont touché que des objectifs militaires. C’est à partir de là, je pense, que tout a basculé. Le 6 novembre au matin, nos fantassins étaient sur le point d’entrer dans les villes que nous avions ciblées. C’est alors que le chef d’état-major Mathias Doué m’a informé du fait que le camp français de Bouaké avait été bombardé et que des militaires avaient trouvé la mort. Je lui ai demandé un rapport écrit. J’ai ensuite immédiatement suspendu de leurs fonctions le chef d’état-major et le commandant des forces aériennes et ordonné une enquête. Le jour même sans attendre, les Français détruisaient au sol nos avions. C’est alors que la partie de poker menteur a commencé. Le général Poncet a d’abord refusé que notre procureur se rende sur les lieux pour mener son enquête. Ensuite, j’apprends que les funérailles des soldats sont organisées à peine deux ou trois jours après les évènements à Paris, aux Invalides. Nous n’avons même pas vu les corps devant lesquels nous souhaitions nous incliner. Enfin, les Français arrêtent les pilotes biélorusses, qu’ils estiment coupables. Pendant quatre jours, ils ne sont même pas interrogés puisque nous n’avons vu aucun procès verbal. Ou alors on veut nous cacher des choses… Puis ils sont exfiltrés. Les autorités togolaises les ont retrouvés à Lomé en train d’attendre un avion et les ont arrêtés dix jours durant. Les Français n’en ont jamais voulu ! Tout ceci est louche : on veut nous faire passer pour ceux qui ont tué les militaires français mais on ne peut pas que la vérité éclate.

Ce sont tout de même des pilotes de l’armée ivoirienne. Vous avez bien vos propres informations ?
A partir du moment où je n’ai pas donné l’ordre d’attaquer, et puisque l’on nous empêche de mener notre enquête, comment voulez-vous que je le sache ? Qu’on me démontre que ce sont bien nos bombardements qui ont tué ces soldats. Si tel était le cas, qu’il s’agisse d’un acte délibéré ou bien d’une erreur, je suis prêt à assumer.

Dernière affaire, celle des escadrons de la mort. Encore une fois, on parle de l’entourage de la présidence et plus particulièrement de celui de votre épouse, Simone Ehivet Gbagbo. Qu’en pensez-vous ?
D’abord, j’ai intenté des procès contre les journaux français qui m’ont accusé et je les ai tous gagnés. Ensuite, ce terme d’escadron de la mort a été lancé par Alassane Ouattara. Une nouvelle fois, sans preuve. Ce n’est pas parce que mes adversaires m’accusent que je suis coupable.

Il y a tout de même bien eu des personnalités assassinées…
Entendons-nous bien : je ne nie pas parce qu’il y ait eu des victimes à Abidjan. Mais, cela signifie-t-il pour autant que c’est moi qui les ai fait tuer ? Il ne s’agissait pas de personnalités politiques de premier plan. Ils ne gênaient personne, en tout cas pas moi. Quel intérêt aurais-je eu à les faire exécuter ?

Votre épouse a une réputation de ‘’Dame de fer’’, pour ne pas dire plus. La considérez-vous ainsi ?
Franchement, je laisse cela à ceux qui l’écrivent. Cela ne nous regarde pas et cela ne nous touche pas.

Avez-vous lu son livre, Parole d’honneur ?
Un peu. Disons que je le connais.

Vous l’a-t-elle soumis avant de le publier ?
Elle me l’a fait lire comme à beaucoup d’autres amis ou membres de la famille. Mais, ce n’était pas pour le soumettre à ma censure.

Vous étiez catholique et vous vous êtes converti au protestantisme (Laurent Gbagbo est évangélique, NDLR) en 1998. Pour quelle raison ?
Cela ne regarde que moi. C’est une question d’ordre privé et je n’ai pas pour habitude de m’étendre là-dessus.

Etes-vous pratiquant ?
Oui. Et je prie souvent, avant les repas ainsi qu’au moment du coucher. Je suis très croyant tout en restant favorable à la laïcité de l’Etat.

Reconnaissez-vous que c’est original pour un homme de gauche, ex-marxiste tendance Mao…
C’est vrai, mais j’en connais d’autres. Y compris certains qui se sont convertis à l’islam.

A vos yeux, la progression de l’islam en Afrique constitue-t-elle une menace ?
Pas du tout. Je ne crains pas les religions, seulement les extrémismes.

Quel regard portez-vous sur les débats autour de la colonisation française ?
C’est avant tout un débat franco-français...

Ce n’est pas l’avis d’Abdelaziz Bouteflika, qui réclame la repentance de la France…
L’histoire de la Côte d’Ivoire n’est pas celle de l’Algérie. Nous n’avons connu ni la même colonisation ni la même lutte pour l’indépendance. J’admire beaucoup le président Bouteflika. Ses exigences font partie de la continuité de la lutte pour l’indépendance de son pays, à laquelle il a grandement participé. Pour revenir à votre question initiale, il faut reconnaître que la colonisation a été une défaite pour les Africains. Aujourd’hui, nous devons remonter la pente. Mais, nous ne devons pas attendre de ceux qui, hier, nous ont vendus comme esclaves ou colonisés qu’ils nous réhabilitent ou nous rendent notre dignité. C’est le point de vue de l’historien que je suis et c’est mon combat en tant qu’homme politique.

Le dernier sommet de l’Union africaine (UA), début juillet à Accra, a constitué un échec de plus pour l’intégration africaine. Croyez-vous aux Etats-Unis d’Afrique ?
Je pense, comme Thabo Mbeki, qu’il nous faut d’abord travailler au renforcement des unions régionales sur le continent : UEMOA, Cedeao, Sadc, Uma, etc. Nous passons notre temps à créer des institutions sans leur donner les moyens de leurs ambitions et ne cessons de réclamer aux pays occidentaux qu’ils financent nos projets. Il faut, une fois de plus, que nous nous prenions en main. Nous ne sommes même pas capables de mettre en place des opérations de maintien de la paix sur le continent. Certains Etats ne paient pas leurs cotisations alors qu’ils ont l’argent. Nous quémandons l’aide des autres. Pourtant, l’Afrique a des moyens, du pétrole, des matières premières, des minerais. Alors, avant les Etats-Unis d’Afrique, commençons par le commencement.

Vous comprenez le ras-le-bol exprimé par le président de la commission de l’UA, Alpha Oumar Konaré ?
Je ne souhaite pas personnellement ce débat. Et j’aimerais bien que l’on sache ce que l’on faire de l’UA avant de dire « vite, vite, il faut avancer, il faut passer aux Etats-Unis d’Afrique !» Que veut-on faire réellement ? Où veut-on aller ? A quoi doit servir cette institution ? Une fois ce préalable rempli, nous verrons. L’Europe ne s’est pas construire en 5 ans ni en 10 ans. Il ne faut pas s’impatienter. Doucement nous sommes pressés…

Certains de vos détracteurs critiquent vos projets de transfert de la capitale à Yamoussoukro. Selon eux la Côte d’Ivoire n’en a pas les moyens. Que leur répondez-vous ?
Avant tout, je ne crois pas qu’il ait la famine en Côte d’Ivoire. Nous sommes un pays en guerre qui n’a jamais attendu une quelconque aide humanitaire. Nous sommes toujours débout, les grands agrégats de notre économie sont bons, nos fonctionnaires sont payés. Grâce à notre gestion, et malgré les vicissitudes, nous avons des moyens. Pas illimités, certes, mais ils existent. Ensuite, cette décision répond au besoin de quitter Abidjan, saturé, qui est passé de 200 000 habitants dans les années 1960 à près de 6 millions aujourd’hui. Et je rappelle que c’est Houphouët et non moi qui a fait ce constat.

A l’époque vous étiez contre…
Soyons précis : j’étais contre le fait de choisi son village comme nouvelle capitale, pas pour le principe même de changer la ville. S’il avait décidé de le faire à Bouaké, je n’aurais rien dit. Aujourd’hui, nous construisons l’avenir.

Selon vous, la Côte d’Ivoire est-elle définitivement sortie de la crise ?
Nous venons de loin. Nous avons évité le pire. Une vraie guerre civile comme au Liberia ou en Sierra Leone dans les années 1990. Nous sommes sur le point de nous en sortir, mais ce sont les élections qui le confirmeront.

L’exclusion des gens du Nord, l’ivoirité, l’éthnicisme et les clivages religieux sont souvent présentés comme les racines du mal ivoirien. Partagez-vous cette analyse ?
Tout ce qui s’est passé depuis la mort de Houphouët (en décembre 1993, Ndlr) n’est que le résultat d’une guerre entre ses héritiers. Tous les facteurs que vous citez ne sont que des conséquences et non les causes de cette guerre. Bédié et Ouattara se battent pour le pouvoir depuis 1993. Ce qui a mené au coup d’Etat de 1999. Mais, aujourd’hui, nous avons montré que ce n’est pas parce que l’on tente un coup d’Etat que l’on renverse un régime. C’est pourquoi je devais tenir, résister ne pas m’enfuir. Il fallait faire la démonstration aux Ivoiriens que prendre les armes ne donne pas le pouvoir.

Si vous deviez connaître une qualité à vos principaux adversaires, Allassane Outtara, Henri Konan Bédié, quelle serait-elle ?
(Il Réfléchit longuement) J’aurais préféré éviter cette question. Mais je vais tout de même vous répondre. Alassane est brillant et travailleur plus que Bédié qui, lui par contre, est rusé et sait s’entourer. Il faut dire qu’il a été à la bonne école...

Avez-vous changé au contact du pouvoir ?
J’ai évolué mais, je conserve les mêmes idées.

Et jugez-vous différemment Houphouët ?
Je comprends plus facilement certains de ses choix et de ses actes. Ce n’est pas autant que je vais faire comme lui.

Quel est votre principal regret ?
C’est de n’avoir pu mettre en œuvre mon projet d’assurance maladie universelle. Tout était prêt y compris les bâtiments qui devaient accueillir son siège. Mais, la guerre est arrivée.

Avez-vous des hobbies ?
Comme tout le monde…je citerais la lecture et la musique. J’adore également regarder des matchs de football et surtout de tennis féminin (rires).

Quel personnage historique vous a marqué ?
Moïse

Avez-vous un modèle dans la vie ?
J’admire tous ceux qui ont tracé une route, sans repère, sans recette, sans précédents pour les aider. Ainsi de George Washington, de Lénine, de Gandhi ou des pères de la nation en général.

Que feriez-vous si vous n’étiez pas réélu ?
J’écrirais mes mémoires. Mais, mon travail actuel me plait…

Source Jeune Afrique
N° 2436 du 16 au 22 septembre 2007





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La crise au ‘Courrier d’Abidjan’ et les attaques contre Mamadou Koulibaly

Par Delugio :: dimanche 16 septembre 2007 à 12:17 :: Analyses & commentaires




… À la lecture de la presse ivoirienne.

Voilà quelques semaines que Mamadou Koulibaly est la cible d’attaques incessantes de la presse d’opposition. On tente ouvertement de l’opposer à Gbagbo et au FPI. Son démenti télévisé semblait avoir mis fin à toutes les rumeurs. Et voilà que les attaques rebondissent à l’occasion de tensions au Courrier d’Abidjan.

Nul besoin d’être grand clerc pour savoir pourquoi Mamadou Koulibaly est attaqué : ses campagnes récentes ont amené au FPI une part importante de la base du RDR et déjà une partie du PDCI.

Nul besoin non plus d’être grand clerc pour saisir ce qu’on veut utiliser pour le déstabiliser : on sait que l’opposition RHDP ne s’est pas réjouie outre mesure de l’accord de Ouagadougou, qui l’a concrètement écartée de l’initiative du processus de paix.

En outre, on sait bien aussi, au moins depuis Marcoussis, que Mamadou Koulibaly représente la ligne de la fermeté. L’accord de Ouagadougou, même s’il y a adhéré, n’est donc pas fait pour l’enthousiasmer non plus, pour de tout autres raisons. Là, le réalisme politique de Gbagbo se révèle dans toute son efficacité, mais aussi dans tout son… réalisme, avec ce que cela a de positif et ce que cela peut comporter… d’arrière-goût d’ambiguïté : un tel accord suppose des compromis, naturellement. En positif cet accord apporte — quantité non négligeable pour les populations — la paix militaire. D’où la joie de plusieurs dans le camp patriotique, et les expressions de joie, qui n’ont rien de méprisable en regard des souffrances du peuple, nonobstant l’amertume due aux compromis inévitables. Mamadou Koulibaly étant l’homme du non-compromis, depuis Marcoussis, est nécessairement perçu comme étant parmi ceux que l’accord n’a pas enthousiasmé !

Voilà donc tout trouvé un angle d’attaque contre celui qu’il faut abattre et séparer de Gbagbo, sachant de plus que ce tandem fermeté-réalisme est une des clefs de l’efficacité et de la réussite du combat patriotique, du combat de la deuxième indépendance : Mamadou Koulibaly l’a très bien expliqué récemment : l’indépendance politique remontant au temps d’Houphouët s’est assise — déjà le réalisme — sur des compromis qui ont débouché ensuite sur un net recul de l’indépendance économique (notamment avec les « privatisations » au temps de la primature Ouattara).

Les volontés de déstabilisation du tandem Gbagbo-Koulibaly viennent d’être mises en échec par les démentis clairs et fermes de Mamadou Koulibaly et par la reprise de ses efficaces campagnes d’explication de la politique du pouvoir (à Aboisso)…

Voilà alors qu’on invente une nouvelle rumeur, mettant en place un nouvel angle d’attaque : une « lettre secrète au vitriol » que Mamadou Koulibaly aurait produite.

Cette « lettre », un article qui n’est évidemment pas de Mamadou Koulibaly, n’est secrète pour personne qui surfe sur Internet : il s’agit d’un article de Mahalia Nteby qui circule sur la toile depuis plusieurs semaines. Mahalia Nteby tient un blog depuis plusieurs mois. Personne n’a jamais imaginé jusque là qu’elle pourrait être Mamadou Koulibaly !

Mahalia Nteby, qui publie aussi régulièrement ses articles dans Le Courrier d’Abidjan, n’a pas caché en son temps sa déception face à l’accord de Ouagadougou. Elle a été alors en quelque sorte porte-voix, sur le net, de ceux qui souhaitaient dire leur amertume — amertume qu’il faut pourtant bien dépasser à un moment ou à un autre, même si on a là « une paix déroutante », comme je l’ai alors qualifiée sur ce blog et sur Ivoire Forum. Déroutante certes, mais qui témoigne par là-même de la finesse politique de Gbagbo — la politique étant l’art de composer avec le réel.

Pour revenir à l’actualité immédiate, le récent article de Mahalia Nteby,
« Naufrage d’une nation », qui est devenu pomme de discorde, est une interpellation très dure à l’égard du Président de la République. Une mise en garde d’une sévérité extrême — à mon sens excessive — contre le risque d’assoupissement de la refondation, contre le risque de la voir engloutie à son tour dans la corruption de l’ancien régime.

Interpellation trop vigoureuse à mon sens, d’une vigueur de ton qui peut donner l’impression que pour Mahalia Nteby tout est perdu, que Gabgbo aurait déjà baissé les bras.

Jamais toutefois l’article ne cautionne l’opposition. L’article au contraire vise à une rigueur redoublée contre l’opposition.

Cela sur un ton trop dur, donc, à mon sens, ce pourquoi, n’ayant moi-même à aucun moment jugé utile de le reproduire sur mon blog, je comprends tout à fait que Théophile Kouamouo, dans le cadre de sa responsabilité de rédacteur en chef, n’ait pas jugé opportun de le publier dans Le Courrier d’Abidjan. Cela malgré ce qu’aurait souhaité Sylvestre Konin, qui pour sa part, a déjà adressé lui aussi de vives interpellations au Président Gbagbo (notamment dans son article « Et pourtant ils ont gagné la guerre », appel très vif à ne pas frustrer les soldats quand les rebelles semblent tirer les marrons du feu — article sévère, mais bien moins que celui de Mahalia Nteby). Autant d’interpellations qui témoignent néanmoins d’une bonne santé de la liberté de la presse en Côte d’Ivoire.

Cela dit, des interpellations trop vives me paraissent advenir bien prématurément, dans un pays où la paix est encore fragile. En un mot inopportunes, en tout cas pour l’heure, surtout quand elles sont si vigoureuses. Ce que Théophile Kouamouo a très bien senti en refusant cette publication. Dans un pays qui ne sort pas d’une guerre, comme la France, on ne trouverait pas, même dans la presse d’opposition, d’interpellation aussi sèche contre Nicolas Sarkozy !

Les choses en seraient restées là (tensions, voire crise au Courrier), si jouant sur le fait que le nom de Mahalia Nteby est un pseudo, la presse d’opposition ne s’était pas saisie de l’article, qui circule sur le net, pour en extraire, hors contexte, les passages les plus durs, en les attribuant à Mamadou Koulibaly, qui n’en est évidemment pas l’auteur !
(Note du 18.09 : Une précision à ce point, publiée dans l'article de Sylvestre Konin du Courrier de ce jour : la version donnée par Le Patriote venait du Courrier, le 'chapeau' intitulé "le blues de la résistance" étant de Sylvestre Konin. Le rôle de la presse d'opposition à ce point est donc second : l'article ayant été, sous cette forme, dit-il, communiqué au Patriote et non simplement repris depuis Internet.)

Dès lors pour le grand public qui ne suit pas le blog de Mahalia Nteby ni Agoravox où elle a publié son article, se posaient deux questions : Mamadou Koulibaly serait-il Mahalia Nteby comme on nous l’assène, et si il ne l’est pas, qui est derrière ce nom ?

Mamadou Koulibaly a évidemment démenti une rumeur aussi insensée ! Tandis que paraît une interview téléphonique de l’auteur de l’article, interview utilisée de façon malveillante : alors qu’elle ne veut tout simplement pas dévoiler son pseudo — ce qui est naturel, d'autant plus qu'on lui demande si elle a signé l'article... intitulé
« le blues de la résistance », selon ce nouveau titre sous lequel il a été présenté —, l'interviewer suggère dans un syllogisme parfaitement inconsistant, que l’auteur… serait bien Mamadou Koulibaly !

Si l’on comprend que le grand public, celui qui ne va pas forcément sur Internet, risque de prêter l’oreille à cette rumeur qui enfle, quoique risible pour quiconque est un peu informé, on comprend aussi qu’il pouvait être perçu comme raisonnable, pour stopper la rumeur contre Mamadou Koulibaly, de « dévoiler » le pseudo, comme cela est attribué à Théophile Kouamouo. D’autant plus que ce pseudo semble n’avoir pas été tout à fait secret, étant un anagramme. Dévoilement qui va devenir à son tour l’occasion d’envenimer un peu plus la situation !…

Entre temps, il n’est pas jusqu’à Mamadou Koulibaly lui-même, qui agacé, semble s’être interrogé autour de cela, et même sur le rôle de Théophile Kouamouo, tandis que la presse d’opposition mettait en cause son ex-associé.

Rappelons quoiqu'il en soit que l'article de Mahalia Nteby,
« Naufrage d’une nation » circulait sur Internet et qu'il était depuis plusieurs semaines connu du monde entier ! (Note du 18.09 : cf. cependant note supra renvoyant à l'article de Sylvestre Konin.)

Bref on a mis de l’huile sur le feu d’une dispute qui, objectivement — au-delà des tensions personnelles somme toute normales au sein d’une rédaction —, tournait uniquement autour de l’opportunité de publier ou de ne pas publier l’article de Mahalia Nteby — ; une dispute attisée dans le but explicite de déstabiliser Mamadou Koulibaly et de le mettre en opposition à Gabgbo ! (
Note du 18.09 : à moins, en regard de l'article de Sylvestre Konin, que la dissension autour de l'article ne soit le moment d'éclatement d'une crise qui couvait - ce qui nuancerait fortement le rôle jusque là apparent de la presse d'opposition - cf. ci-dessous -, usant alors simplement de l'opportunité offerte. Où serait soulignée la fragilité du facteur humain jusqu'au coeur des combats les plus sérieux...)

Et au passage, à partir d’une querelle interne, comme il y en a au quotidien dans les rédactions tout comme dans n’importe quelle entreprise, on a introduit un germe de division au sein de la presse patriotique. À preuve : Théophile Kouamouo refusant les attaques contre Mamadou Koulibaly auxquelles le poussent les rumeurs, est devenu à son tour cible des attaques de la même presse d’opposition ! (Note du 18.09 : à moins que... cf. ce que dit Sylvestre Konin...)

Chapeau !... : en tout cela, la manœuvre était habile !
(Note du 18.09 : à moins que comme l'écrit Sylvestre Konin, il n'y ait eu qu'à cueillir cela...)

Il serait temps de le reconnaître et de mettre de côté les questions de personnes — bien humaines — et les blessures personnelles subies par les uns et les autres, et de poursuivre ensemble
(note du 18.09 : mais sera-ce désormais possible comme avant ?) ce qui a été entrepris pour le bien non seulement de la Côte d’Ivoire, mais de l’Afrique — et même au-delà, y compris la part informée de la France qui refuse de voir son pays dans les eaux troubles de la Françafrique — ; il s’agit de poursuivre dans la voie de ce qui s’est ouvert, au-delà des courants d’interprétation divers autour de l’accord de Ouagadougou et de ce qu’il faut en penser, tout en sachant qu’il faut de toute façon s’y tenir désormais jusqu’à nouvelle étape.




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Houphouëtisme et FPI - ruptures et continuités

Par Delugio :: mardi 11 septembre 2007 à 9:56 :: Articles de presse




Extraits du discours du Président Koulibaly à Aboisso: “Les héritiers d’Houphouët n’ont pas compris son message”

Notre Voie — No.: 2780 du Lundi 10 Septembre 2007 —
http://news.abidjan.net/presse/notrevoie.htm


Propos recueillis par D.O., Envoyé spécial à Aboisso :

Aujourd’hui, tous ceux qui ont pris la parole ont dit : “Nous, on est PDCI, nous sommes nés PDCI, nos parents sont nés PDCI, nos arrières parents sont nés PDCI. Mais aujourd’hui, après avoir compris, nous avons décidé de rejoindre la République, de rejoindre le FPI, de rejoindre le combat du président Gbagbo”. C’est une très grande journée pour Aboisso. Dans l’esprit de beaucoup de gens, Aboisso, c’est PDCI, un point, un trait. Un vieux m’a dit : “Ici à Aboisso, on naît PDCI et on meurt PDCI”. Mais le soleil a changé. Vous qui êtes venus, je vous encourage, allez retransmettre le message à tous ceux qui n’ont pas fait le déplacement. Quand on dit : “Hier, j’étais PDCI. Aujourd’hui, j’ai compris, je deviens FPI”, ce n’est pas une injure. Il y en a qui disent qu’ils sont houphouetistes, qu’ils sont néo-houphouétistes, mais ils font comme si le travail fait par Houphouët et celui que fait actuellement Gbagbo sont totalement différents. Ils font comme si ce sont deux présidents de deux pays différents. Houphouët a gouverné ce pays, il est mort, Gbagbo est venu, il gouverne un autre pays. Alors que c’est le même, c’est la même Côte d’Ivoire… Houphouët était le premier président de la Côte d’Ivoire. Il a fait ce qu’il pouvait. Il a été député en France, il a été ministre en France au moins quatre fois. Il a été ministre d’Etat en France. Il a siégé dans le gouvernement français à côté de De Gaule. Il a été maire d’Abidjan. Il a été Premier ministre de Côte d’Ivoire avant d’être président de la République. C’est lui qui, à l’Assemblée nationale française, a fait un discours pour dire aux Français. “Moi, je suis de Côte d’Ivoire, ce que vous faites en Côte d’Ivoire dans cette période coloniale est inacceptable et inhumain. Le travail forcé, c’est de l’esclavage. Je ne peux pas accepter cela. La force que vous imposez à mon peuple est insupportable, je ne peux pas accepter cela”. Houphouët l’a dit, les Français l’ont combattu et puis ils ont fini par comprendre que ça ne pouvait plus continuer.
Ils lui ont donné l’indépendance. Ils ont arrêté le travail forcé. L’indépendance qu’ils ont donnée à Houphouët, ils lui ont dit : “On va te donner le pays, tu vas le gérer, mais il faut savoir que la gestion que tu vas faire, c’est pour nous Français que tu vas le faire. Ce n’est pas le peuple de Côte d’Ivoire qui te nomme président, mais c’est moi De Gaule qui décide que tu vas gouverner la Côte d’Ivoire. Le travail que tu vas faire, c’est ce que moi je vais te dire de faire. L’argent que tu as dans ton pays, c’est pour moi d’abord. Ce que je veux, je te rends ça après. S’il y a de l’or, du diamant, du pétrole, s’il y a des matières premières. C’est pour nous les Français d’abord. Pour ça, nous allons envoyer des militaires à Abidjan. Ils vont s’asseoir, 43e BIMA, à Port-Bouët, pour surveiller ce que tu fais et tu dois le faire bien. Si tu dérailles, on va te rappeler à l’ordre. Si tu es droit, si tu travailles pour nous, on va te garder longtemps”. Ce que je suis en train de dire, c’est un papier qu’Houphouët a signé. Mais le jour où il signait, il n’avait pas le choix. Le travail forcé, nos parents portaient les cailloux, ils tiraient le bois et il y avait d’autres parents qui chicotaient ceux qui portaient les bagages. Vous rendez-vous compte ? Moi je porte le bagage et puis Aman Kadjo, est derrière moi, il me tape, et le Blanc nous regarde. Un frère frappe un autre frère et lui il est content. Il fait comme le comédien. Il va voir Aman Kadjo, il dit : “Mamadou, c’est un faux type. C’est un esclave, toi tu es un noble. Toi tu es un roi, il faut le commander”. Et puis, il vient me voir, il dit : “Aman Kadjo, c’est un faux chef, il faut que tu comptes sur moi et puis on va voir comment s’arranger”. Aman Kajo et moi, on fait des palabres tous les jours et lui il prend l’or, le diamant, le pétrole. Il prend tout, il s’en va chez lui, il construit son pays et puis nous, on est dans la pauvreté ici. Houphouët a obtenu, pour les Ivoiriens, cette indépendance. Mais on ne lui a pas tout donné. Quand il vivait, vous qui étiez du PDCI, vous le savez, il disait : “Un jour, une nouvelle génération d’Ivoiriens naîtra qui va reprendre ce combat jusqu’à là où moi je n’ai pas pu arriver. Je me suis contenté de l’indépendance, mais je sais très bien que l’indépendance qu’on m’a donnée n’est pas une bonne indépendance. Il faut que je forme des gens, que je construise des écoles, que les gens aillent à l’école, ainsi, un jour, ils pourront parler d’égal à égal avec vous les Français. Je ne serai peut-être plus vivant, mais je suis convaincu que la formation de la jeunesse, c’est déjà une première solution pour obtenir plus tard, l’indépendance économique. Moi j’obtiens pour vous l’indépendance politique. J’ai signé les accords, les accords coloniaux, mais je sais que ce n’est pas tout”.
Voilà ce que Houphouët nous a dit. Ceux qui ne connaissent pas et qui crient partout qu’ils sont Houphouétistes ne retiennent pas ça d’Houphouët. Ce qu’ils retiennent, c’est le parti unique. Houphouët est président, il n’y a pas d’autres candidats. Houphouët est président, il nomme des gens partout. Houphouët est président, il construit son village. Houphouët est président, il laisse les gens s’amuser. Ça, ce n’est pas le bon côté qu’Houphouët voulait qu’on retienne de lui. Etre houphouétiste, ce n’est pas dire : “Au temps d’Houphouët, on faisait ceci, aujourd’hui, on ne peut plus faire ça”. Non ! Les vrais houphouétistes doivent comprendre quel était le discours profond d’Houphouët. La mission qu’il leur a confiée, c’est d’arracher, dès que cela sera possible, l’indépendance économique de la Côte d’Ivoire. Ce n’est pas de se coucher sur l’héritage que lui Houphouët a laissé. Il a travaillé, il a laissé son héritage. Il vous dit : “Travaillez, prenez de la peine, c’est le fonds qui manque le moins”, ça veut dire qu’il y a l’argent dans le pays. Ce n’est pas l’argent qui manque. C’est le travail et l’intelligence qu’il nous faut. “Moi j’ai pu signer le papier. On ne nous chicotte plus. On nous paie même souvent. On ne prend plus le café, le cacao et le bois pour partir. On nous donne un peu d’argent. C’est ce que j’ai pu faire. C’est l’indépendance politique”. Mais ce n’est pas tout. Les houphouétistes s’arrêtent, ils disent : “Houphouët a tout fait, donc nous on est bien. On va s’asseoir, les Français n’ont qu’à faire”. Gbagbo Laurent dit non, ce n’est pas ce qu’on doit retenir d’Houphouët. Gbagbo dit : “Houphouët a obtenu l’indépendance politique, moi il me faut arracher l’indépendance économique”. Gbagbo vient donc avec l’indépendance économique, il vient avec la liberté. Les houphouétistes peuvent-ils nous dire ce qu’ils apportent par rapport à l’héritage d’Houphouët ? Ce n’est pas suffisant de dire . “Je suis houphouétiste…”. C’est de dire : “Ce que Houphouët a fait-là nous, on ajoute ceci ou cela”.
Alors, moi je suis d’accord avec vous. Vous quittez le PDCI, c’est bien. A partir de maintenant, allez partout dire que quitter le PDCI, ce n’est pas trahir Houphouët.
Houphouët a fait une part. Gbagbo est venu. Ce qu’il ajoute à ce qu’a fait Houphouët, c’est ce qui est bon pour nous. Nous allons le suivre pour obtenir la liberté économique. Nous tous en Côte d’Ivoire, nous sommes quelque part les héritiers d’Houphouët. Il y a ceux qui disent : “Il a construit une maison, il a une plantation, il a un compte en banque, nous on va s’asseoir, on va bouffer ça”. Et il y a nous, nous disons qu’il a construit une maison, il a fait une plantation mais tout ça, c’était pour les Français, nous allons leur dire que c’est pour nous, qu’ils laissent, nous allons gérer nous-mêmes. Si nous nous trompons, ou si nous réussissons, ce n’est pas un problème.
Mais ils n’ont pas besoin de nous obliger. Si Houphouët vivait encore, il allait encourager Gbagbo à prendre le papier qu’il a signé en 1959 et le déchirer. Parce que le jour où il le signait, il n’avait pas le choix. Nous, aujourd’hui, nous avons le choix. C’est pour cela que votre décision est bien (…) Ce que vous avez fait est bien. Massaraba, allez dire à aux gens de quitter le PDCI. Un parti politique qui ne vit que sur l’héritage statique de son fondateur est un parti qui va à la perte. Un parti politique qui n’attend que de partager le gâteau que le Père fondateur a laissé est un parti qui éclate. Depuis que Houphouët est mort, Fologo a pris une partie, il est parti. Danièle Boni Claverie, Djibo Aya Martine, tous s’en vont. Pourquoi ? Parce que ceux qui sont au PDCI ont dit : “Houphouët a tout fait, le travail est fini, on va dormir et manger”. Houphouët travaillait. On peut dire qu’il n’a pas obtenu la liberté pour les Ivoiriens. Mais il a quand même obtenu l’indépendance. On ne va pas se contenter de cette indépendance et dormir. Nous avons besoin de liberté. Nous avons besoin de liberté économique. Notre terre doit être à nous. S’il y a du fer, c’est pour nous, s’il y a du pétrole, c’est pour nous, l’eau, c’est pour nous, l’aéroport, le port, la SIR, c’est pour nous et on en fait ce qu’on veut. On n’a pas besoin d’avoir un fusil sous la tempe pour céder à qui que ce soit parce qu’il est fort. Ça c’était avant. Et je pense que si Houphouët était vivant, il aurait eu très honte de ses héritiers. Eux, ils n’ont pas compris son message. Gbagbo et les refondateurs ont compris son message. Voilà ce que je voulais vous dire à vous du PDCI qui êtes venu au FPI. Il ne faut pas perdre confiance. Nous les refondateurs, nous apportons un plus à l’héritage d’Houphouët. Eux, ils prennent l’héritage d’Houphouët pour gaspiller. Qui est mieux que qui ? Je leur laisse la réponse à cette question (…)




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Lu dans Notre Voie : «Affaire Guy-André Kieffer : Tout sur Berté Seydou, le prétendu témoin»

Par Delugio :: mardi 04 septembre 2007 à 13:11 :: Articles de presse




Notre Voie
— mardi 4 septembre 2007 — http://news.abidjan.net/h/263743.html

par
Didier Depry :


« Qui est Berté Seydou, cet homme dont le témoignage à visage découvert dans l’affaire de la disparition du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer a été diffusé le jeudi 23 août 2007 par la chaîne de télévision publique française, France 3, dans son édition de 19/20h ? Berté Seydou est un Ivoirien, militant du RDR, parti dirigé par Alassane Dramane Ouattara. Il est originaire de Zélesso, village situé à environ 8 km de la ville de Tengréla, à l’extrême Nord de la Côte d’Ivoire. Berté Seydou est le frère cadet de Berté Onagna, actuel directeur de la Formation au ministère de l’Agriculture et 1er vice-président du Conseil général de Tengréla (RDR) présidé par Koné Tiémoko. Berté Onagna est un cadre du RDR, très proche d’Amadou Gon Coulibaly, ministre de l’Agriculture, secrétaire général adjoint du RDR et proche parmi les proches d’Alassane Dramane Ouattara. Selon des sources crédibles, en 2005, soit un an après la disparition de Guy-André Kieffer, Berté Seydou s’envole pour la France sur conseil de son aîné Berté Onagna qui aurait activement contribué à la concrétisation de ce voyage au motif que son frère est menacé par “les escadrons de la mort”. Installé en France, Berté Seydou se trouve confronté aux vicissitudes de la vie d’immigré sans-papiers. Il en est si conscient qu’il décide de mettre tous les atouts de son côté pour ne pas courir le risque d’être rapatrié. Le RDR, son parti, lui offre une occasion en or : témoigner contre le capitaine Jean Tony Oulaï, l’une des personnes ayant rencontré à Abidjan, le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer avant sa mystérieuse disparition. Berté Seydou ne boude pas son plaisir d’autant qu’il connaît assez bien Jean Tony Oulaï. Il sait également que les autorités françaises sont prêtes à tout, notamment régulariser sa situation, s’il les aide dans le combat contre le régime de Laurent Gbagbo et la diabolisation de la Côte d’Ivoire.
Berté et Tony, des amis de lycée. Avant de partir pour la France, Berté Seydou a été le chauffeur d’un taxi appartenant à Jean Tony Oulaï qu’il connaît d’ailleurs de longue date. Tony Oulaï et Berté Seydou ont tous deux été élèves du lycée moderne de Tengréla. Leurs chemins se sont séparés lorsque Tony Oulaï avait porté main à l’un de ses professeurs et s’était retrouvé radié de l’établissement. Le père de Tony, feu le colonel Oulaï, l’avait réinscrit au lycée de Tiassalé. Libéré des geôles américaines après le drame du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis grâce à l’action du chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, le capitaine Tony Oulaï regagne la Côte d’Ivoire et est intégré dans l’armée. C’est pendant qu’il était au sein de l’armée ivoirienne, qu’il rencontre Guy-André Kieffer. Dès la disparition du journaliste, la France établit vite le rapport entre l’affaire Kieffer, Tony Oulaï et le pouvoir ivoirien sur des bases qui relèvent plus de la diffamation que de faits vérifiés. Selon ses proches qui retracent sa vie, Berté Seydou est mis à contribution par le RDR dans le seul but de produire un faux témoignage contre le régime du président Laurent Gbagbo et le capitaine Jean Tony Oulaï mais aussi pour se sortir d’affaire. Le moment choisi n’est pas innocent. Il s’agit du jeudi 23 août 2007. Quelques jours avant le meeting d’Alassane Ouattara au palais des Congrès de Montreuil (Paris) et le discours devant les ambassadeurs français de Nicolas Sarkozy sur l’orientation nouvelle de la politique internationale de la France. L’objectif était d’embarrasser de nouveau le régime ivoirien et donner du crédit à la sortie de Ouattara vis-à-vis de l’opinion internationale. Le témoignage de Berté Seydou paraît si invraisemblable qu’il ne surprend pas seulement à Abidjan. Osange Silou Kieffer, la veuve de Guy-André Kieffer, lâche le morceau dans une interview accordée au quotidien Nord-Sud, proche des Forces nouvelles et du RDR. “Moi, la seule chose qui me gène dans ce reportage, c’est que ce monsieur témoigne à visage découvert. Quand il avait pris contact avec moi, il avait dit qu’il ne voulait pas qu’on sache qui il était. Qu’il témoigne maintenant à visage découvert, je me suis dit soit, il est inconscient, soit il est un témoin téléguidé”, soutient-elle. Témoin téléguidé, mise en scène… Les propos de Berté Seydou, tout comme l’affaire Guy-André Kieffer, doivent être inscrits dans le même champ sémantique que “les escadrons de la mort” et le charnier de Yopougon. Ce ne sont que des affabulations, pour reprendre les termes de Raymond Tchimou, le procureur de la République près le tribunal d’Abidjan-Plateau. Sur l’affaire des “escadrons de la mort”, le couple présidentiel ivoirien a gagné ses procès en diffamation face à certains journaux français. Quant au charnier de Yopougon, le RDR n’a jamais voulu l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur cette affaire alors que le parti de Ouattara occupe depuis 2003, le portefeuille du ministère de la Justice. La disparition de Guy-André Kieffer n’a pas encore livré ses secrets. Berté Seydou et ses commanditaires savent où se trouve le journaliste franco-canadien et/ou ce qui lui est advenu. La plainte déposée le 24 août dernier par le capitaine Tony Oulaï contre Berté Seydou, le juge français Patrick Ramaël et Bernard Kieffer, le frère de Guy-André Kieffer, pourrait être un vrai prétexte pour qu’une enquête impartiale soit ouverte sur le cas Kieffer. »





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