<link rel="alternate" type="application/xml" title="RSS Commentaires" href="http://delugio.zeblog.com/rsscom.php" /> <body>

«Une vingtaine» !

http://delugio.zeblog.com/

«Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française»!

* * * * * * * * * * * * * * * *


Événements en Côte d'Ivoire. Essais de mise en perspective...

 DeLugio


Index



Suite...


Voir aussi :
"Une vingtaine" ! (environ)
"Une vingtaine" !... et quelques
"Une bourriche"
"Bis repetita"

Éléments d'histoire & autres considérations :
Une autre histoire...


* * * * * * * * * * * * * * * *

« Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur »


« Le mensonge se lève
très tôt mais la vérité
finit par le rattraper »


* * * * * * * * * * * * * * * *

Liens

Catégories

Blog

À consulter :

Billets

Pages

<h3>Calendrier</h3> <table class="calendrier"> <caption class="calendrier-mois"><span class="calendrier-prec"><a href="http://delugio.zeblog.com/2017/10">«</a></span>&nbsp;<a href="http://delugio.zeblog.com/2017/11">Novembre&nbsp;2017</a></caption> <tr><th abbr="Lundi">Lun</th><th abbr="Mardi">Mar</th><th abbr="Mercredi">Mer</th><th abbr="Jeudi">Jeu</th><th abbr="Vendredi">Ven</th><th abbr="Samedi">Sam</th><th abbr="Dimanche">Dim</th></tr> <tr><td colspan="2">&nbsp;</td><td>1</td><td>2</td><td>3</td><td>4</td><td>5</td></tr> <tr><td>6</td><td>7</td><td>8</td><td>9</td><td>10</td><td>11</td><td>12</td></tr> <tr><td>13</td><td>14</td><td>15</td><td>16</td><td>17</td><td>18</td><td>19</td></tr> <tr><td>20</td><td>21</td><td>22</td><td>23</td><td>24</td><td>25</td><td>26</td></tr> <tr><td>27</td><td>28</td><td>29</td><td>30</td><td colspan="3">&nbsp;</td></tr> </table>

Rechercher

Rechercher dans tout 'Une vingtaine'

Fils RSS


Page copy protected against web site content infringement by Copyscape

(Ɔ) - Citer avec le lien
«Une vingtaine» !

Page précédente / Page suivante

<a name='e216885'></a>

«Une France digne de son idéal et de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique»

Par Delugio :: lundi 25 juin 2007 à 15:44 :: Livres




Eva Joly, La force qui nous manque, éd. Les Arènes, 2007.

 

Extraits du chapitre « Justice pour l’Afrique ! », p. 137-150 :

 Eva Joly  

« […]

 

Lorsque je voyage en Afrique, je n'entends que ressentiment et plainte vis-à-vis de la France. Où que j'aille je bute sur l'histoire coloniale. Elle est partout dans le paysage africain. Il me faut la relire, ou plutôt la lire et la comprendre, car l'information est impressionniste, voilée, comme escamotée. […]

 

Lorsque j'ai pris en charge l'instruction de l'affaire Elf, j'avais en face de moi les puissants du pétrole français, je n'aimais pas leur arrogance, la façon qu'ils avaient de se servir dans les caisses, mais lorsqu'ils invoquaient les intérêts supérieurs du pays, j'étais prête à les croire. Je sortais de plusieurs années en détachement au ministère des Finances, entourée de hauts fonctionnaires intègres, d'une compétence absolue. J'avais confiance dans les institutions de mon pays d'adoption. Je n'imaginais pas que la finalité des dirigeants des sociétés nationales du pétrole fût autre chose que le bien commun. Je traquais les dérives et non le système lui-même.

 

Pourtant au fil de mon enquête, j'ai découvert un monde souterrain. Magistrate, limitée par le cadre de ma saisine et des compétences nationales, je devais m’arrêter sur le seuil de certaines portes, qui menaient vers l'étranger. Je découvrais des chemins qu'il aurait été passionnant de remonter, des connexions qui m’ahurissaient. Avec des chiffres, des comptes, nous avions sous nos yeux le déchiffrage d'un vaste réseau de corruption institutionnalisé, dont les fils étaient reliés en direct à l'Elysée.

 

Ce n'était pas mon rôle d'en tirer les conclusions politiques, mais j'en ai gardé l'empreinte. Nous avions dessiné alors un vaste schéma, que j'ai toujours avec moi. il fait huit mètres une fois déplié. Il serpente depuis le bureau d'un directeur des hydrocarbures d'Elf, jusqu'à des comptes obscurs alimentés par le Gabon, aux mains d'Omar Bongo: quarante ans de pouvoir et une difficulté récurrente à distinguer sa tirelire et sa famille d'une part, le budget de l'Etat et le gouvernement d'autre part. J'emporte souvent ce schéma avec moi, au fil des rendez-vous. Je l'étale sur les tables, un peu comme un capitaine au combat sort ses vieilles cartes. Les positions ont sans doute varié, les techniques de camouflage se sont sophistiquées, mais le système est là : les tyrans sont des amis, que la France a placés au pouvoir et dont elle protège la fortune et l'influence par de vastes réseaux de corruption; en échange ils veillent sur les intérêts et les ressources des entreprises françaises venues creuser le sol. Tout ce beau monde a intérêt à ce que rien, jamais, ne stimule ni les institutions ni l'économie des pays.

 

Et si je m'arrête un instant au Gabon, qu'est-ce que j'y vois ? Un pays riche qui exporte plus de treize milliards de dollars de pétrole brut par an et affiche un PIB par habitant largement au-dessus de la moyenne africaine (6397 $)? Ou un pays pauvre où l'espérance de vie est estimée à 55 ans pour les femmes et 53 pour les hommes, ce qui leur laisse un an de moins que les Malgaches nés sur un sol sans pétrole? Le taux de mortalité infantile est au Gabon particulièrement élevé, le taux de vaccination contre la rougeole est de 40 % contre une moyenne de 79 % dans les pays en développement. Voilà où en est le Gabon, chasse gardée de la France, fournisseur des trésors du pétrole et de l'uranium, fief de Total-Elf la première capitalisation boursière française.

 

Si les habitants de Libreville n'ont pas bénéficié de la richesse de leur pays, c'est parce que la France s'est accaparé ses ressources minières, avec la complicité d'un président, enrôlé dès son service militaire par l'armée française et ses services secrets, placé à la tête du pays à 32 ans par Paris. Il était alors le plus jeune chef d'Etat du monde. La France contrôle son armée, ses élections et protège sa fortune. En retour, Omar Bongo fait table ouverte plusieurs fois par an, avenue Foch ou à l'hôtel Crillon, où il reçoit les hommes politiques, les publicitaires et les journalistes français qui comptent.

 

Chacun se presse à ces audiences. Dans les années 1990, un homme politique français de premier plan, alors en fonction, bénéficiait en parallèle d'un contrat de «consultant» signé par Omar Bongo et largement rémunéré. De Roland Dumas, le président gabonais dit qu'il est «son ami intime ». Prévoyant, il apprécie aussi Nicolas Sarkozy, venu «prendre conseil» en tant que candidat à l'élection présidentielle. Lorsque au cours de l'instruction, nous avons perquisitionné au siège de la Fiba, la banque franco-gabonaise, nous avons consulté le listing des clients, qui paraissait tenu à la plume sergent-major. C'était une sorte de Who's Who de la France en Afrique, qui en disait long sur l'envers de la République et des médias.

 

A ceux qui croient encore à l'aide désintéressée de la France en Afrique, il suffit de consulter les chiffres du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement). La corrélation est régulière entre le montant de l'aide française et la richesse en matières premières. En clair, celui qui n'a rien dans son sous-sol ne doit pas attendre grand-chose de Paris... Il n'est pas étonnant de retrouver le Gabon comme l'un des premiers bénéficiaires de l'aide publique française au développement. Le résultat est affligeant en termes de système de santé et d'éducation. L'argent s'est perdu en route. Il est justement fait pour cela.

 

Il ne s'agit pas d'une dérive mais d'une organisation cohérente et raisonnée. Dans chaque audition durant notre instruction, nous entendions parler de pressions physiques, d'espionnage permanent et de barbouzes. Les perquisitions dans la tour Elf à la Défense livraient une moisson de documents révélant la confusion des genres, nous les transmettions au parquet de Nanterre, qui se gardait bien d'ouvrir des enquêtes. Car Elf hier, Total aujourd'hui, est un Etat dans l'Etat, conçu par Pierre Guillaumat un ancien ministre de la Défense, patron des services secrets et responsable du programme nucléaire français afin de servir les intérêts géopolitiques de Paris.

 

[…]

 

[…] La France se sert d'Elf-Total pour affirmer sa puissance. La compagnie intervient dans le golfe de Guinée, au Nigeria, au Congo-Brazzaville, en Angola... Tous ces pays ont connu la guerre civile et la dictature, derrière laquelle la main française s'est fait sentir. Le chaos, lorsqu'il se produit, ne trouble pas le système. Il n'est qu’à voir l'Angola, en guerre pendant des dizaines d'années, mais dont aucune goutte de pétrole, jamais, n'a raté sa destination. Pendant la guerre, les affaires continuaient... Les banques françaises, BNP- Paribas en tête, ont même profité de l'occasion pour élaborer des montages financiers destinés aux pays en guerre, à des taux affolants, tout en sachant qu'elles ne prenaient pas le moindre risque. L'argent, là aussi, n'a pas été perdu pour tout le monde. C'est un miroir dans lequel il ne faut pas trop souvent regarder les élites françaises.

 

 

Depuis que j'ai ouvert le dossier Elf, dans mon bureau de la galerie financière, j'ai voyagé physiquement et intellectuellement bien loin de la Seine et de ses quais gris et bleus... J'ai appris en marchant. A l'arrivée, le tableau est effrayant.

 

[…]

 

La République française […] a mis en place en Afrique un système loin de ses valeurs et de l'image qu'elle aime renvoyer au monde. Comment des institutions solides et démocratiques, des esprits brillants et éclairés, ont-ils pu tisser des réseaux violant systématiquement la loi, la justice et la démocratie? Pourquoi des journalistes réputés, de tout bord, ont-ils toléré ce qu'ils ont vu? Pourquoi des partis politiques et des ONG, par ailleurs prompts à s'enflammer, n'ont-ils rien voulu voir?

 

Je ne condamne pas. J'ai partagé cet aveuglement. J'étais comme eux, avant de glisser l'œil dans le trou de la serrure et de prendre la mesure de ce secret de famille: la France reste un empire et ne se remet pas de sa puissance perdue. L'indépendance politique a été largement une mascarade en Afrique de l'Ouest. L'Occident a fermé les yeux, car la France se prévalait d'être le «gendarme» qui défendait la moitié du continent contre le communisme. Les Français ont laissé faire, car, astucieusement, de Gaulle et ses successeurs ont présenté leur action comme un rempart contre l'hydre américaine. Elf était l'une des pièces maîtresses de cette partie géopolitique. Le double jeu a été facilité par la certitude, ancrée dans les mentalités, que «là-bas, c'est différent». Là-bas, c'est normal la corruption, le népotisme, la guerre, la violence. Là-bas c'est normal la présence de l'armée française, les proconsuls à l'ambassade ou à l'état-major, les camps militaires. Là-bas, c'est normal l'instruction des gardes présidentielles. Là-bas, c'est normal la captation des richesses naturelles. D'ailleurs «tout le monde fait pareil». Jeune ou vieux, de gauche ou de droite, nul Français ne songe à s'offusquer de voir nos soldats mener, presque chaque année, une opération militaire en Afrique, au Tchad, en Côte d'Ivoire, au Rwanda, quand tous se gaussent de cette Amérique venue faire la police en Irak, en maquillant d'un fard démocratique les intérêts géopolitiques et pétroliers de Washington. Il y a pourtant bien des symétries.

 

J'ai vu récemment un documentaire sur la guerre du Biafra, quatre ou cinq demi-heures de témoignage brut des principaux acteurs, sans commentaires. Je suis restée sans voix. A ceux qui sont nés après 1970, le Biafra ne dit rien. Dans cette région du Nigeria, riche en pétrole, une ethnie, chrétienne et animiste armée par la France, réclama l'indépendance. S'ensuivit une guerre meurtrière de trois ans, révolte financée depuis l'Elysée via des sociétés suisses. La télévision française aimait alors montrer les enfants affamés que les militaires français ramenaient par avion pour les soigner, jamais elle ne laissait voir la cargaison de l'aller, remplie d'armes... A l'image maintenant, les anciens collaborateurs de Jacques Foccart, repus dans leurs fauteuils Louis XV, détaillent sans émotion ces montages illégaux. Les officiers, lieutenants d'alors, généraux d'aujourd'hui, racontent ce bon tour le sourire aux lèvres. Fin du documentaire. Pas un mot, pas une ligne dans les livres d'histoire.

 

Des drames comme celui-ci, l'Afrique en contient des dizaines, soigneusement passés sous silence. Les massacres des Bamiléké au Cameroun par la France du général de Gaulle, le génocide des tutsis commis par un régime soutenu par François Mitterrand, les assassinats d'opposants, les manipulations d'élection... Le passif de la France sur le continent africain n'a rien à envier à l'impérialisme américain en Amérique latine ou au Moyen-Orient.

 

Il est à la mode parmi les intellectuels français de se plaindre du mouvement de repentance qui s'est répandu depuis quelques années. Les bienfaits de la colonisation, à inscrire dans les manuels scolaires, ont même fait l'objet d'une proposition de loi, largement soutenue par les députés. […] Mais les peuples sont comme les familles. On ne peut pas faire le tri de la mémoire. Il est des secrets soigneusement cachés dont l'onde portée va bien au-delà d'une ou de deux générations. Les enfants héritent de tout: du malheur comme du bonheur, de la richesse comme des dettes.

 

La République française paie aujourd'hui la facture de son passé. Il suffit de dérouler la liste des appellations officielles des Maghrébins, nés dans un département français avant 1962 ou sur le sol hexagonal depuis les années 1970. Par la loi, ils furent et sont des Français comme les autres. Les gouvernements successifs n'ont pourtant cessé d'inventer des périphrases: «indigène musulman», «sujet africain non naturalisé», «JFOM» (jeune français originaire du Maghreb), «jeune issu de l'immigration », «fils de harkis », «jeune des quartiers », «Arabo-musulman »,« Français d'origine arabe »,« Français musulman»...

 

La France vit encore comme si en Afrique elle était chez elle, et comme si, sur son sol, ses enfants d'ascendance africaine n'étaient pas français. Le développement de la Françafrique, notre tolérance vis-à-vis des réseaux, tout ramène à ce secret colonial, à cet empire qui hante les esprits comme un fantôme. Oui, Total, la première entreprise française, est riche et prospère. Mais la manière dont la firme s'est bâtie fait partie de l'héritage. Qui osera un jour rendre au Nigeria, au Cameroun, au Gabon, au Congo-Brazzaville ce que la France leur doit? Qui contestera les contrats conclus par Areva pour l'uranium du Niger ou ceux des mines d'or de Sadiola au Mali, deux pays parmi les plus pauvres du globe, qui ne touchent qu'une part dérisoire des richesses prélevées dans leur sol? La République a contracté une dette qu'il lui faudra bien honorer. Notre prospérité est nourrie de richesses que nous détournons. A certains de ces sans-papiers qui risquent leur vie pour gagner l'Europe, il pourrait être versé une rente au lieu d'un avis d'expulsion. Je rêve, pour ce pays que j'aime, d'un réveil collectif.

 

Une France digne de son idéal et de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique: ce qu’une génération a fait, une autre peut le défaire. C’est possible.

[…] »

 


(PS : un petit flou apparaît dans la carte des interventions françaises en Afrique (planche xxv) qui ne permet pas de trancher sur le rôle de "l'interposition" française de 2002 en Côte d'Ivoire ; flou qui pourrait laisser imaginer que l'intervention était de celles soutenant les pouvoirs... Le rôle des Bongo et autres Sassou à l'appui de Chirac pour dégommer Gabgbo permet de clarifier ce flou...)

 

 

 

 

<h2 style="margin-top:10px;">Trackbacks</h2> <div id="trackbacks"> Pour faire un trackback sur ce billet : http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=216885</div> <h2>Commentaires</h2> <div id="commentaires"> Aucun commentaire pour le moment. </div> <h2>Ajouter un commentaire</h2> <div id="commentaires"> <form action="http://delugio.zeblog.com/blog/post_comment.php" method="POST" name="info"> Nom ou pseudo :<br /> <input type="text" name="nickname" value=""><br /><br /> Email (facultatif) :<br /> <input type="text" name="mail" value=""><br /><br /> Site Web (facultatif) :<br /> <input type="text" name="site" value="http://"><br /><br /> Commentaire :<br /> <textarea rows="7" cols="35" name="contents"></textarea><br /><br /> <script type="text/javascript" src="http://www.google.com/recaptcha/api/challenge?k=6LcHe78SAAAAACvNmn8r7o_IvU9s8JslHKL-6Sc9"></script> <noscript> <iframe src="http://www.google.com/recaptcha/api/noscript?k=6LcHe78SAAAAACvNmn8r7o_IvU9s8JslHKL-6Sc9" height="300" width="500" frameborder="0"></iframe><br/> <textarea name="recaptcha_challenge_field" rows="3" cols="40"></textarea> <input type="hidden" name="recaptcha_response_field" value="manual_challenge"/> </noscript> <input type='submit' class='button' value='Envoyer'>&nbsp; <input type='hidden' name='task' value='dopost'> <input type='hidden' name='u' value='delugio'> <input type='hidden' name='e_id' value='216885'> <input type='hidden' name='titre' value='«Une France digne de son idéal et de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique»'> <input type='hidden' name='IP' value='54.225.36.143'> <input type='hidden' name='temps_secs' value='D/(:(.:/G' /> </form> </div>
Copyright © «Une vingtaine» ! - Blog créé avec ZeBlog