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«Une vingtaine» !

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«Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française»!

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«De quoi les Ivoiriens et les autres Africains francophones ont-ils besoin aujourd’hui ?» (CENSURÉ SUR blogs.nouvelobs.com)

Par Delugio :: vendredi 07 juillet 2006 à 19:25 :: Articles de presse




Lu dans Le Messager (journal camerounais) — N° 2163 du 06-07-2006 — http://www.lemessager.net/details_articles.php?code=33&code_art=12917 :


(Article CENSURÉ SUR blogs.nouvelobs.com)


«Jacques Chirac laissera-t-il le souvenir d’un grand président ? Non, selon Franz-Olivier Giesbert qui n’hésite pas à le décrire comme “quelqu’un qui est enfermé, emmuré” (La Tragédie du président, Flammarion, 2006). Pour sa part, Claude Imbert estime que, “dans une démocratie honorable, un pouvoir rétoqué sur le non à l’Europe, remué par l’émeute des banlieues, humilié par l’enterrement du contrat première embauche, éclaboussé enfin par Clearstream, un tel pouvoir eût plié bagage” (dans Le Point du 25 mai 2006, p. 3). Les journalistes étrangers ne sont pas plus tendres avec l’actuel locataire de l’Elysée.

Ainsi de Gerd Kröncke du Süddeutsche Zeitung. Voici le portrait que le journaliste allemand dresse de lui : “Après les 80 % de voix enregistrées aux élections de 2002, Chirac aurait pu devenir un grand président… Il n’est aujourd’hui qu’une figure pitoyable. Il n’a pas réussi à se positionner au-dessus des partis et des petites intrigues de la vie politique… Il a gâché tant de potentiel. Pendant un court moment, quand nous étions tous réunis sur la Place de la République le soir de son élection, nous avons pensé : il va changer. Il va devenir un autre président. Mais il est resté celui qu’il n’a jamais cessé d’être : un homme prisonnier de ses petites affaires minables. Il essaie d’imiter la grandeur mais les Français ne sont pas dupes. Il n’y a qu’un seul moment au cours de son mandat où Jacques Chirac a été à la hauteur de sa fonction. C’est quand il a été le premier président à reconnaître en 1995 la responsabilité de l’Etat français dans les rafles de juifs pendant l’Occupation. Cette Vè République n’a connu qu’un seul grand président : de Gaulle… Et ce n’est pas un hasard si de Gaulle a été le seul à démissionner quand il s’est rendu compte que son peuple ne le soutenait plus” (dans Le Point du 25 mai 2006, p. 40). Trois réquisitoires qui ne sont pas sans rappeler les critiques acerbes de Denis Jeambar (Accusé Chirac, levez-vous !, Seuil, 2005) et de Laurent Mauduit (Jacques le Petit, Stock, 2005). Mais les journalistes ne sont pas les seuls à parler de la misérable présidence de Chirac. Les hommes politiques se sont mis, eux aussi, dans la danse. C’est le cas de François Hollande qui, reconnaissant que “l’image de la France est gravement altérée et la confiance de la Nation en ses dirigeants ruinée”, se demande “comment l’Etat a pu tomber si bas”. C’était le 2 mai 2006 à l’Assemblée nationale. Bayrou – l’autre François – enfoncera le clou trois semaines plus tard. En effet, bien que de droite comme l’ancien maire de Paris, le président de l’Union pour la démocratie française ne se gênera pas pour dire que Chirac est un “chef africain pour qui faire de la politique se résume à concentrer le pouvoir entre ses mains et celles de ses proches, arranger des coups, tuer politiquement, dans le but unique de contrôler le quartier général” (dans Le Point du 25 mai 2006, p. 40).

Où veux-je en venir ? Pourquoi ce détour par la politique française ? Pour dire deux choses. La première est que, tout se payant ici-bas (le mal comme le bien), la France officielle est en train d’être sanctionnée pour avoir créé le “bordel” en Côte d’Ivoire, pour avoir accusé à tort les Ivoiriens de xénophobie ( je dis “à tort” car les étrangers représentent au moins 26 % de la population ivoirienne alors qu’ils représentent 7, 4 % de la population française selon le recensement de 1999), pour avoir légitimé une horde de pillards et d’assassins, pour avoir diabolisé et malmené un président dont le seul crime est d’avoir voulu revoir les relations économiques, politiques et militaires avec l’ancienne puissance colonisatrice, pour avoir tiré à balles réelles en novembre 2004 sur une jeunesse qui manifestait pacifiquement contre l’occupation par l’armée française des secteurs stratégiques de la capitale économique. En d’autres termes, le discrédit et le désaveu qui frappent aujourd’hui le président français est la vengeance du sang des Ivoiriens injustement massacrés depuis le 19 septembre 2002. Car, tôt ou tard, arrive le “crépuscule des crapules”.

Le deuxième point que je voudrais mettre en évidence, c’est l’idiotie et la déraison de certains Ivoiriens, c’est-à-dire de ceux qui ont profité avec la France officielle des richesses de la Côte d’Ivoire entre 1960 et 1999. L’idiotie, ce n’est pas seulement le fait de réclamer la mise sous tutelle onusienne de la Côte d’Ivoire parce que d’autres sont au pouvoir. C’est aussi le fait de chercher un nouveau souffle auprès d’un pouvoir à bout de souffle, le fait de se courber devant un régime couché, de monter dans une barque qui prend eau de toutes parts. L’idiot, c’est enfin celui qui est convaincu que, pour reconquérir le pouvoir, il n’y a rien d’autre à faire que de s’aplatir ou de ramper devant Jacques Chirac. La Côte d’Ivoire qui a organisé les élections d’octobre 2 000 avec les deniers des Ivoiriens sous feu Robert Gueï, connu le budget sécurisé, continue à payer ses fonctionnaires grâce aux bénéfices réalisés par les principales régies financières (Douane, Impôts et Trésor) depuis qu’elle a été lâchement attaquée, pris le train de l’indépendance totale et n’est pas près d’en descendre n’a que faire de la politique de l’agenouillement. Bref, la Côte d’Ivoire digne et résistante n’a pas besoin de mendier de l’argent pour organiser la présidentielle d’octobre 2006 (si cette dernière n’est pas reportée ou empêchée par une ènième tentative de coup d’Etat). A-t-on en effet besoin de tendre la main pour 200 milliards de Fcfa alors que 440 milliards de Fcfa volés dans les agences de la Bceao à Bouaké et à Korhogo dorment dans des comptes à Dubaï et à Beyrouth après avoir été blanchis au Sénégal, selon Amath Dansokho, le secrétaire général du Parti de l’indépendance et du travail (L’hebdomadaire du 11 mars 2006) ? La seule chose dont nous ayons aujourd’hui besoin, à mon avis, c’est d’une nouvelle relation avec la France. A ce propos, même s’il faut rester prudent car on a encore en mémoire l’exemple de Jean-Pierre Cot qui fut viré du ministère de la Coopération dans le premier gouvernement de François Mitterrand pour avoir voulu secouer le cocotier françafricain, Nicolas Sarkozy a vu juste pendant son voyage au Bénin en souhaitant entre la France et l’Afrique “une relation assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé et des obsolescences qui perdurent de part et d’autre de la Méditerranée, sans sentiment de supériorité ni d’infériorité”, en refusant la “posture d’une France donneuse de leçons” (Le Monde du 19 mai 2006). Le ministre de l’Intérieur français ne s’est pas arrêté là. Il a aussi invité ses compatriotes à “renier tout paternalisme, à exclure toute condescendance à l’endroit des Africains, à tourner la page des complaisances, des officines, des secrets, des ambiguïtés”. Pour lui, non seulement la France ne peut pas continuer avec les mêmes réflexes vis-à-vis de l’Afrique mais Français et Africains doivent dialoguer sur un pied d’égalité car “l'immense majorité des Africains n'ont pas connu la période coloniale” (Libération du 19 mai 2006).

Certains diront – et ils n’auront pas tort – qu’il y a loin de la coupe aux lèvres, que Sarkozy n’est pas encore président de la République française et que rien ne nous dit que, élu, il passera de la théorie à la pratique, c’est-à-dire qu’il incarnera la rupture dont il n’arrête pas d’affirmer la nécessité et l’urgence. Ils auront pleinement raison s’ils refusent de ne pas verser dans un optimisme béat, s’ils veulent voir avant de croire comme saint Thomas. Oui, je suis d’accord qu’il faut rester lucide. Cela dit, je dois avouer que les propos de Sarkozy m’ont fait chaud au cœur parce qu’ils mettent le doigt sur le mal de l’Afrique francophone. Certes, les responsabilités internes dans la ruine des anciennes colonies françaises sont incontestables. Certes, nous ne pouvons pas ne pas battre notre coulpe mais qui soutient et protège actuellement Sassou Nguesso, Paul Biya, Idriss Deby et Omar Bongo contre les peuples africains affamés, clochardisés et réprimés? Qui a été complaisant avec Bokassa, Houphouët-Boigny, Mobutu, Hissène Habré et Eyadema ? N’est-ce pas d’abord pour les dirigeants occidentaux que ces “pères de la nation” ont travaillé ? En ce sens, on ne peut qu’approuver Kä Mana lorsqu’il écrit : “Le despotisme néocolonial…, son ressort était celui d’un pouvoir à poigne pour garantir les intérêts d’un capitalisme sauvage face au communisme, dans le contexte de la guerre froide. Mobutu était de ce point de vue l’idiot utile. Brutal, impitoyable et sanguinaire, il représentait l’image de la brute idéale qui devait maintenir son peuple dans la soumission absolue et exercer sans partage un pouvoir sans aucune responsabilité par rapport aux attentes des populations. Tant que ce régime lui était nécessaire, la communauté internationale l’a soutenu, aidé, sauvé de toutes les attaques de ses ennemis internes et externes. Seuls les changements géopolitiques dus à l’effondrement du communisme ont mis fin au rôle d’idiot utile et de salaud indispensable que Mobutu assumait dans l’ordre néo-colonial. Un ordre dont notre peuple n’a tiré aucun profit en termes de développement ou de progrès. Au contraire, ce fut, d’année en année, une véritable descente aux enfers pour notre pays” (Kä Mana, “Contre la politique sous tutelle”, Le Potentiel du 8 mai 2006). Enfin, qui a dit en 1989 à Abidjan que “la démocratie est un luxe pour les Africains” ?

Avant d’aller plus loin, je voudrais rappeler la définition de la démocratie. Voici celle de Tzvetan Todorov : “La démocratie signifie que chaque peuple est souverain, qu’il a le droit de définir pour lui-même le Bien, plutôt que de se le voir imposer du dehors. Par conséquent, lorsque les puissances occidentales conduisent leurs guerres coloniales au nom de la démocratie dont elles se veulent l’incarnation, les moyens utilisés annulent le but poursuivi. Comment peut-on promouvoir la dignité humaine des autres si on ne les laisse pas décider de leur propre système? Si on impose la liberté aux autres, on les soumet ; si on leur impose l’égalité, on les juge inférieurs” (T. Todorov dans Le nouveau désordre mondial, Paris, Robert Laffont, 2003, pp. 31-32). Ce qu’on peut retenir de la conception todorovienne de la démocratie, c’est que celle-ci est incompatible avec l’impérialisme : quiconque se veut démocrate devrait renoncer à imposer et à s’imposer aux autres.

La question de fond que je voudrais examiner à présent est la suivante : Pourquoi les dirigeants français redoutent-ils la démocratie en Afrique ? Parce qu’elle remettrait en question la politique qu’ils ont conduite jusqu’ici, une politique que Lionel Jospin qualifiait en 1997 d’ “interventionniste, de paternaliste et d’affairiste”. Interventionniste et paternaliste car ils n’ont jamais cru les Africains capables de régler leurs conflits. On a entendu ainsi à Dakar Jacques Chirac railler et critiquer la médiation de Thabo Mbeki, la seule qui ait pourtant été menée de façon respectueuse, objective et impartiale alors que les accords de Marcoussis légitimaient et avantageaient outrageusement la rébellion. Chirac disait notamment que le président sud-africain ne maîtrisait pas la psychologie des Africains de l’Ouest, ce qui, de mon point de vue, est prétentieux et ridicule. Affairiste car, d’après Eric Fottorino, Christophe Guillemin et Erik Orsenna, “il n’est pas de campagne nationale française que l’Afrique n’ait pas soutenu financièrement en distribuant des oboles à tous, sans vrai favoritisme, pour être sûre d’avoir, quoi qu’il arrive, un parent à l’Elysée ou à Matignon” (Besoin d’Afrique, Fayard, 1992, p. 168). La démocratie fait peur parce que l’Elysée, Matignon et le Quai d’Orsay veulent continuer à faire et à défaire les présidents en Afrique, parce que les hommes politiques français refusent de voir l’Afrique “renouer avec le projet initial de libération économique, politique et culturelle qui a largement été contrarié par la politique africaine de la France, dont l’instrumentalisation de la Côte d’Ivoire et de son premier leader, Félix Houphouët-Boigny, a été l’une des composantes” (ces mots ne sont pas d’un partisan de Laurent Gbagbo mais d’Aminata Traoré, ancienne ministre malienne du Tourisme, dans sa Lettre au président des Français à propos de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique en général, Fayard, 2005, p. 144). Pour ma part, je pense que vouloir la démocratie chez soi et la refuser ailleurs, ce n’est pas seulement se montrer raciste mais ruser avec ses principes. Or une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde (Aimé Césaire dans Discours sur le colonialisme, Présence africaine, 1995). L’Afrique francophone a beaucoup changé en quatre décennies. La jeunesse africaine, qui représente 60 % de la population, y est décomplexée, politisée, informée et désire emprunter le train de la démocratie, choisir et renvoyer elle-même ses dirigeants, écrire elle-même son histoire, être dirigée par des chefs d’Etat libres et dignes comme Thomas Sankara dont le combat pour une véritable indépendance incommodait Paris car, selon l’universitaire française Anne-Cécile Robert, “ce n’est sans doute pas un hasard si le président François Mitterrand, qui n’a jamais remis en cause la “Françafrique” (ensemble de réseaux mafieux dont l’objectif est de garder les anciennes colonies sous la tutelle française selon feu François-Xavier Verschave dans La Françafrique. Le plus long scandale de la République, Stock, 1998), ne manifesta de colère qu’envers un seul chef d’Etat africain : Thomas Sankara. Par contraste, l’image du Maréchal Mobutu, dictateur criminel s’il en fut, assis près du dirigeant français sur le parvis des droits de l’homme à Paris, lors du bicentenaire de la Révolution de 1789, représente le symbole, à la fois pathétique et tragique, de la trahison du discours de Cancun de 1982” (A.-C. Robert, L’Afrique au secours de l’Occident, Editions de l’Atelier, 2005, p. 133). En un mot, ce qu’il faut aujourd’hui aux Ivoiriens et aux autres Africains francophones, c’est moins d’argent et plus de respect, plus de liberté et plus de justice. Ce qu’ils attendent des responsables français, c’est qu’ils ne diabolisent pas les présidents africains qui ont repris le combat de Thomas Sankara. J’ai dit “diaboliser” car, de l’aveu de Jean-Claude Guillebaud, “la modernité occidentale tend à diaboliser ce qui la conteste, à négliger ce qui la questionne, à combattre ce qui lui résiste” (J.-C. Guillebaud, “L’Occident ? Un monde clos sur lui-même”, Le Monde du 6 février 2006). Dans ce registre, je voudrais revisiter une réflexion de Mgr Hippolyte Simon sur les relations entre l’Eglise et la France dans son livre Vers une France païenne ? (Cana, 1999). L’archevêque de Clermont-Ferrand y écrit ceci : “La France avait, comme toute fille, vocation à s’émanciper un jour de sa mère (l’Eglise) et le fait que cette émancipation se soit souvent mal passée ne signifie pas qu’elle n’aurait pas dû avoir lieu”. Si on veut appliquer cela aux relations entre la France et ses ex-colonies, on dira que les Africains ne peuvent pas dépendre éternellement de la France et que, même si elle s’est quelquefois mal exprimée en Côte d’Ivoire avec les dérapages dont les patriotes ont pu se rendre coupables, leur volonté de substituer le partenariat au tutorat ne devrait nullement choquer ou susciter une levée de boucliers en France. Le désir d’une véritable indépendance qui se fait sentir ici et là en Afrique francophone ne devrait surtout pas pousser des individus et des multinationales en Europe à armer et à financer des rébellions pour massacrer des populations civiles et renverser des présidents démocratiquement élus.

Pour terminer, je me réjouis que Charles Taylor – une autre crapule - ait été arrêté pour répondre de ses nombreux crimes de guerre et contre l’humanité devant le Tribunal spécial de Sierra Leone. C’est un bon signe pour le retour de la paix en Côte d’Ivoire et dans les autres pays de l’Afrique occidentale. Mais Taylor n’est pas le seul à avoir déstabilisé et ensanglanté la sous-région. La justice et la logique voudraient que la communauté dite internationale s’intéresse aussi à Blaise Compaoré, l’homme avec qui Taylor s’est enrichi en pillant les richesses de Sierra Leone, du Liberia, de la Guinée et de la Côte d’Ivoire et à qui plusieurs organisations de défense des droits de l’homme attribuent au moins 116 assassinats politiques.»



Jean-Claude DJEREKE
auteur de changer de politique vis-à-vis du sud.
Une critique de l’impérialisme occidental, Paris, l’Harmattan (2004)



 

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