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«Une vingtaine» !

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«Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française»!

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«Ivoirité» et «francité»

Par Delugio :: mardi 15 août 2006 à 12:58 :: Analyses & commentaires




Les Français, sûrs de leur propre dépassement de toute considération «ethnique» dans ce qu’est la… «francité», ont été rebutés en croyant comprendre que les tribunaux ivoiriens refusaient un candidat à la Présidence de la République, Alassane Ouattara, au regard de ce qu’il serait «musulman», et que donc que son «ivoirité» serait en question. Présenté de cette façon, il y a de quoi être rebuté, en effet ! Hélas, c’est bien comme cela que les choses ont été présentées, provoquant un grand scandale du public français ; scandale légitime ; d’autant plus qu’il est vrai qu’en France, les candidats «musulmans» à la Présidence de la République se pressent sur les bulletins de vote…

Mais allez dire à présent que les Ivoiriens ne comprennent pas une once des développements français sur l’ «ivoirité». Ajoutez à cela qu’ils ont même mis en question le qualificatif de «musulman» concernant Alassane Ouattara, et tout est en place pour le cocktail explosif franco-ivoirien que l’on continue à secouer ! Les Français sont tellement persuadés des éléments ci-dessus, qu’ils n’ont de recours que de décréter que les Ivoiriens sont, au minimum, de mauvaise foi.

Ce qui produit un sentiment de trouble chez les Ivoiriens qui ont l’habitude de croire que les Français sont rationnels ; que, se réclamant de Descartes, ils ont le sens des distinctions et de la clarté. Mais voilà que les Français se montrent incapables de faire la distinction entre religion et patronyme, ou en d’autres termes entre l’indication «ethnique» que peut éventuellement déceler le patronyme, la religion supposée y correspondre et la pratique ou l’appartenance à cette religion, puis entre la supposée indication «ethnique» patronymique et la citoyenneté par la nationalité ; de même qu’ils se montrent incapables de faire la distinction entre la nationalité et l’éligibilité, puis entre l’éligibilité à la Présidence de la République et à une autre fonction ; tout comme ils se montrent incapables de comprendre qu’on peut avoir été (ou être) Premier ministre sans remplir pour autant les conditions constitutionnelles d’éligibilité — à ce point on peut soupçonner une légère mauvaise foi française concernant l’Afrique, puisque les Français se montrent capables de faire ce genre de distinctions concernant les États-Unis (personne en France n’a remis en question l’inéligibilité de Madeleine Allbright ou Henry Kissinger, fondée sur des raisons pourtant similaires à celles qui valent en Côte d’Ivoire).

Reste que les Ivoiriens s’étonnent de la lourdeur conceptuelle de ceux qui sont pourtant réputés, et souvent se prétendent, enfants de Descartes !

À cela s’ajoute le trouble concernant le concept, pourtant réputé français lui aussi, de «laïcité». Voilà qu’il semble impossible de faire comprendre à un Français, qui clame haut et fort sa revendication de la «laïcité», que le fait que Ouattara s’appelle Alassane ne garantit nullement qu’il soit musulman, chose qui ne regarde que lui. Ainsi lorsque les Ivoiriens se sont efforcés, concernant l’accusation française contre le constat constitutionnel de son inéligibilité (en 1999), d’essayer d’expliquer qu’il était douteux qu’il soit musulman, les Français n’ont pu qu’y voir une preuve supplémentaire d’ostracisme, là où il y avait simple affirmation (sans doute maladroite) de la laïcité de la Côte d’Ivoire : bref, façon de dire que la question de la religion de Ouattara ne trouble personne, au point qu’on croit même pouvoir dire qu’il n’est pas plus musulman que ça !

Et en France, on s’indigne ! Quel ostracisme, on le refuse pour cela ! Et qu’importe s’il a été Premier ministre (mais à l’époque en France, qui le sait — «au fait, c’est où la Côte d’Ivoire ?»), Premier ministre «musulman» ! Au contraire, raison de plus de s’indigner («c’est bien la preuve qu’il est éligible !» clament les médias français. «Ah bon ?» ironise quiconque n’a pas perdu tout sens critique). Mais nul de se demander si cela-même serait possible en France. Préfet peut-être, mais Premier ministre ! Il est vrai qu’on s’empresserait tout d’abord de bien faire remarquer qu’il est «musulman» ; même si le «musulman» en question, s’escrimant à nier ce statut-là, clame éventuellement son athéisme, peu importe : s’il s’appelle Mohammed ou Aïssa, il est donc musulman !

C’est là sans doute le cœur du problème franco-ivoiren : en France, on semble ne pas parvenir à ne pas confondre origine patronymique et appartenance religieuse, en tout cas pour les «minorités religieuses». Si en Côte d’Ivoire la laïcité n’empêche personne de proclamer sa foi s’il en a, et de n’avoir pas de pratique religieuse s’il le souhaite, et quelle que soit sa religion, en France, la laïcité tend à se réduire au devoir, pour un catholique — et a fortiori pour un «minoritaire» — de taire sa foi, et au droit, pour un «catholique» d’origine, de proclamer son athéisme — cet aspect-là est tacitement refusé aux non-catholiques. Non pas qu’ils n’aient pas le droit d’être incroyants comme les autres, mais qu’ils soient croyants ou incroyants, ils garderont qu’ils le veuillent ou non l’étiquette de leur religion «minoritaire».

C’est ainsi qu’un agnostique ou un athée «catholique» en France laïque est un agnostique ou un athée, tandis qu’un agnostique ou un athée «juif», «musulman» ou «protestant» est «juif», «musulman» ou «protestant» (demandez à Lionel Jospin) !

C’est ainsi que la France laïque clame sur tous les toits sa «tolérance» pour avoir nommé un préfet «musulman». Bref, pour l’avoir fait accéder à la plénitude de la «francité»… qui a toujours été sienne ! Qu’a-t-il de musulman ? Son patronyme ! Comme si un patronyme avait une religion ! Quant à sa religion à lui, nul ne la connaît que lui — et grâce à Dieu, nul n’a à la connaître ! Tout comme celle de Ouattara, n’en déplaise aux Français. Tout comme celle de Mamadou Koulibaly, qui au sens français, est autant «musulman», et «du Nord», que Ouattara, mais cela, les médias français l’ignorent — pour ne par dire : le cachent — parce que le fait que le «dur du régime Gbagbo» n’entre pas dans la catégorie «ethnique» censée être la catégorie «ivoiriste» renverse tout l’échafaudage anti-ivoirien sur lequel s’est installée l’intelligentsia française.

«Musulman du Nord» : on a bien forgé une catégorie ethnique, et qu’importe si elle ne cadre pas avec la réalité politique ivoirienne, c’est une grille commode qui permet au public français de comprendre ! Et fausse comme est cette grille, on le saisit, de ne rien comprendre ! — et de garder bonne conscience, d’être du bon côté dans la crise qui l’oppose volens nolens à la Côte d’Ivoire, tout en croyant être neutre dans une crise interne !

Catégorie ethnique comme on les fait fonctionner en France, mais qui est inexistante en Côte d’Ivoire. Nul ne note en France qu’un préfet est catholique (ça c’est reconnu comme non-ethnique, mais religieux, et ne devant donc pas être précisé), nul ne note non plus qu’il est Occitan, Breton ou Alsacien, en cela la « francité » n’est pas mise en doute — mais en revanche, puisqu’il n’y en a qu’un, il semble invraisemblable de ne pas faire la Une des journaux pendant plusieurs jours sur la nomination d’un préfet « musulman », pour une catégorisation qui est bel et bien reçue comme «ethnique», puisque sa foi religieuse s’il en a, ne regarde, à juste titre, personne. C’est ce type d’embrouillamini français ethno-religieux qui est projeté sur le reste du monde et en premier lieu sur les ex-colonies françaises. Il n’est pas indifférent de remarquer qu’aux temps officiellement coloniaux, «musulman» était une catégorie de type ethnique, puisqu’on le sait, en Algérie par exemple, on opposait «musulman» à Européen ! Voilà probablement la source de l’incapacité française à comprendre des distinctions élémentaires pour les Ivoiriens.

Une incapacité à comprendre qui est nourrie par tout ce que le fait de ne pas comprendre (d’être un «mal-comprenant» !) peut avoir de flatteur : dans un pays qui s’enorgueillit de sa tolérance pour avoir un unique préfet «musulman», il serait troublant de remarquer qu’en Côte d’Ivoire, le nombre des responsables politiques, administratifs et autres portant ce qu’en France on considèrerait comme un patronyme « musulman » correspond à la proportion de ces patronymes dans le reste de la population (sans «quotas», évidemment), et cela dans tous les partis, et sans que quiconque ne se croie obligé de le remarquer.

Projeter un tel brouillard sur les autres, permet de ne pas regarder le sien, de traiter les autres de racistes, de porter Le Pen au second tour de la présidentielle, de ne pas l’élire tout en gardant des pans entiers de son programme concernant les étrangers (cela contre 5 % d’immigrés, là où la Côte d’Ivoire en compte entre 25 % et 35 %), de ne pas ratifier la Convention de l’ONU sur le droit des migrants et d’aller, au nom de l’universaliste «francité», faire la guerre à la Côte d’Ivoire en prétextant on ne sait quelle «ivoirité».


«Ivoirité» : le «concept»

«Ivoirité» nous dit-on, puisqu’on tient à maintenir ce prétexte commode de l’ingérence française en Côte d’Ivoire. Au nom de l’ «ivoirité», le gouvernement légal ivoirien maintiendrait à l’écart l’opposition, et notamment le RDR de Ouattara. Contre cela, on prétend imposer au président élu un gouvernement d’union nationale. Mais ce que l’on ne nous dit pas, et que donc la plupart des Français ne savent pas, c’est que la rébellion a tenté de renverser un gouvernement d’union nationale, incluant le RDR, mais mis en place, celui-là, par Gbagbo. Ouattara et sa nationalité ? — «douteuse» en 2000 selon les tribunaux ivoiriens, non pas comme on le répète en France, pour n’avoir qu’un seul parent ivoirien (on peut être indubitablement ivoirien en n’ayant qu’un seul parent ivoirien !), mais parce que l’état civil du candidat semblait alors, selon les tribunaux, difficile à définir de façon claire. Depuis, le problème ne se pose plus puisque la nationalité ivoirienne lui a été accordée au cours du forum de réconciliation convoqué à la demande de Gbagbo (mais une certaine mauvaise foi tient à confondre nationalité et éligibilité). «Ivoirité» ? Qu’est-ce à dire alors, si l’on sait en outre que tout étranger peut demander et obtenir la nationalité ivoirienne comme dans n’importe quel pays (et de toute façon beaucoup plus facilement qu’en France, où aucun étranger candidat à la nationalité n’ignore l’imbroglio de tracasseries auxquelles on le soumet !). Si l’on ajoute à cela le fait que l’opposition anti-Gbagbo rassemble aujourd’hui (dans le «G7») à la fois celui qui est réputé avoir remanié le concept d’ «ivoirité», Bédié, celui contre qui il est réputé l’avoir employé, Ouattara, et ceux qui, en faveur de celui-ci, ont pris les armes pour voir réviser la constitution qu’il avait lui-même appelé à voter quelques mois avant ! — on est fondé à se poser quelques questions !

Et qu’importe si, au temps où les comparses d’aujourd’hui, «ivoiristes» et «anti-ivoiristes», se querellaient joyeusement, la France n’y trouvait rien à redire (tout au plus y retrouvait-elle quelque chose d’équivalent aux questions sociétales des querelles droite-gauche parisiennes) : mais qui daignait remarquer que Bédié et Ouattara avaient la même politique économique ? — : celle du transfert aux groupes français des ressources ivoirennes. Alors qu’importe le flacon «ivoiriste» ou «anti-ivoiriste» pourvu que Paris ait l’ivresse ! — pourrait-on dire. À partir de là, il est aisé de reprocher au FPI d’être confronté à une situation difficile à gérer — un peu trop aisé quand on sait la façon dont la France gère ses problèmes communautaires !

Mais au fait, qu’est-ce donc que cette fameuse «ivoirité» ? Un concept ethnique, nous assure-t-on. Et le profane, dorénavant bien renseigné, de se lancer alors, en ethnologue, à la recherche de la fameuse ethnie : la tribu «Ivoire» probablement. À force de compulser les manuels d’ethnologie, d’interroger les expatriés et les touristes ou de faire le touriste lui-même, il finira bien par la débusquer, la fameuse tribu ! Mais voilà, pas de tribu «Ivoire» en cette région, pas même sur la «Côte» (ne nous a-ton pas dit que la tribu en question est une tribu «chrétienne et animiste» du Sud), ce qui aurait pu expliquer le nom du pays, Côte d’Ivoire. Mais rien. Aucune des «tribus» du pays qui réponde au nom d’ «Ivoire» !

Un peu d’histoire alors ? (Que les Ivoiriens m’excusent pour les considérations «ethnographiques» suivantes, qu’ils ne prennent même pas la peine d’opposer aux classifications françaises, mais qui peuvent aider les Français à enfin s’interroger sur le fameux découpage «ethnique» qui fonde leur compréhension de l’ «ivoirité» !) Trois présidents successifs sont censés avoir été «ivoiristes» : Bédié, mais il est Baoulé (du Centre), Guéi, mais il était Yacouba (de l’Ouest), Gbagbo, mais il est Bété (de l’Ouest aussi, mais un peu plus au Sud), sa femme (une «dure»), mais elle est Abouré (de l’Est), le «dur» du Régime, Mamadou Koulibaly (mais il est Sénoufo, «musulman du Nord»).

Qu’ont de commun ces trois présidents (et pour Gbagbo les «durs» qui l’entourent) réputés «ivoiristes» ? Apparemment, rien sur le plan ethnique ! Mais qu’ont-ils donc de commun ? Une seule chose : ils ont à un moment ou à un autre été opposés à Alassane Ouattara. D’où la définition provisoire suivante que l’on pourrait proposer (en l’absence de toute autre) : «l’ "ivoirité" est un concept français qui désigne le fait, pour un Ivoirien, de n’être pas Alassane Ouattara» !

Aux origines : Pour instaurer la République comme démocratie, on doit nécessairement poser comme préalable un concept de citoyenneté. Ce qui suppose la création d’un concept de nation, comme dépassement des appartenances ethniques. Mais depuis les années 60, contre la mise en place d’une réelle citoyenneté en train de se forger, on fera fonctionner le clientélisme au plan électoral comme il fonctionne au plan du commerce en général. La masse d’immigrés (entre 25 % et 35 %) venus travailler à la monoculture cacaoyère que la pyramide Nord-Sud concède à la terre «indépendante» servira ponctuellement de supplétif électoral — mais que jamais on ne les fasse passer au creuset de la citoyenneté par l’octroi sérieux de la nationalité ! Alors des années 60 jusqu’au temps de la primature de Ouattara incluse (il contribuera pour une bonne part au développement du futur concept en mettant en place les cartes de séjour), les étrangers oscilleront entre appels, expulsions, cartes d’identité temporaires, le temps d’un vote, cartes de séjours plus ou moins provisoires. Ce que Gbagbo dénoncera dès lors, alors qu’il ira d’exil en prison, sous Ouattara, comme exploitation de «bétail électoral».

Avantage françafricain certain de ce système : il rend quasiment impossible le développement d’un concept ivoirien de citoyenneté, d’une vraie ivoirité (au sens non chiraco-bédiéiste ! – cf. ci-dessous). Et consolide la pyramide économique françafricaine sur la base d’une pyramide d’appartenance nationale : la francité (seule légitime !) au sommet, Houphouët-Boigny citoyen français unique, et les autres, à ranger au gré des ethnologues dans on ne sait quelle hiérarchie tribale !

Plus tard Bédié s’emparera de la question. Une loi a en effet été votée selon laquelle le candidat à la présidence de la République doit être ivoirien de naissance (de même qu’aux États-Unis — moins drastiques pourtant que bien d’autres pays). Loi de circonstance objecte-t-on ! Quoiqu’il en soit, Ouattara lui-même s’est plié, et, dans un premier temps, ne s’est pas présenté, en attendant une modification de la loi.

En 1999, s’annoncent les prochaines élections de juin 2000. Avec l’appui et le soutien explicite du FMI (lettre ouverte de son directeur Camdessus à la Côte d’Ivoire, datée du 15 septembre 2000, en faveur de Ouattara qui a été fonctionnaire du FMI après avoir été fonctionnaire de la BECEAO au titre du Burkina Faso), Ouattara annonce sa candidature, provoquant une série de démissions dans son parti, le RDR, cette scission «moderniste» au sein de l’ancien parti unique, le PDCI. (Les démissionnaires – Jacqueline Oblé, co-fondatrice du Parti ; Matthieu Tagbo, réprésentant du RDR à Paris, etc. – mettent en garde contre les risques de cette candidature qu’ils jugent non-constitutionnelle, et préfèrent que l’on promeuve d’abord une modification de la loi – ainsi Jacqueline Oblé, dans Le Patriote, journal du RDR, le 28. 07 .1999)

Bédié (candidat de Chirac) s’empare du concept de citoyenneté ivoirienne, qui deviendra donc célèbre sous ce qualificatif d’ «ivoirité», concept dont il sait qu’il pourrait être parfaitement légitime, mais dont il use pour rappeler que son adversaire, houphouëtiste comme lui, n’est pas présidentiable. Querelle de famille apparemment : à des nuances près, ils ont la même politique, celle de Paris / ou FMI version Paris. Où l’on ne peut donc que se réjouir de voir la bataille électorale prendre une allure de vraie bataille électorale, tout en assurant l’avenir du système françafricain. Similaire en quelque sorte à la querelle des anciens et des modernes au sein du RPR d’alors entre les chiraquiens et les balladuriens (ces derniers proches de Ouattara déjà au temps où il privatisait au profit des grands groupes français : rien de changé, mais tout ça avait une bonne allure «moderne»). Côté anciens, on soutient Bédié : Bernard Debré explique (dans Le Figaro du 25. 11. 1999 — de façon irréfutable d’ailleurs) qu’il n’y a pas lieu de faire un tel tollé en faveur de la candidature de Ouattara : Madeleine Allbright non plus ne pourrait pas se présenter à la présidence américaine, et pour la même raison que Ouattara, sans que nul ne s’en offusque. Car à Paris certains s’offusquent. Et qu’importe si à la même époque Daniel Cohn-Bendit se voit refuser la candidature à la Mairie de Paris (qui n’est tout de même pas la présidence de la République !) pour cause de nationalité franco-allemande. Ouattara a trouvé la corde sensible : il a expliqué devant les beaux milieux parisiens qu’on lui refuse de se présenter parce qu’il est musulman ! Jusqu’alors ce genre d’idée n’avait pas été conçu en Côte d’Ivoire : un «musulman» (Ouattara lui-même) avait même été Premier ministre — chose inimaginable en France ! À Abidjan, on va jusqu’à s’étonner (parfois maladroitement) de découvrir que Ouattara est «musulman» ! — ce qui n’est pas un concept ethnique ! Mais à Paris, cela fait mouche. La Côte d’Ivoire sera désormais le faire valoir et l’exutoire de la frilosité française à l’égard des musulmans. À ce point, Ouattara a emporté, avec l’appui de la droite «moderne», celui des tenants, de gauche, de l’opposition à ce qu’ils croient être du racisme ! Ce qui présente l’avantage, pour une France qui s’apprête à porter Le Pen au second tour de la présidentielle, de fournir un bouc émissaire commode : les racistes sont les autres…

Dorénavant, quiconque ne sera pas Ouattara ou ouattariste sera « ivoiriste ». Même s’il ne reconnaît pas le concept. Même si dans un premier temps, il a semblé rouler pour Ouattara (Guéi au moment de son coup d’État — qualifié par Ouattara de «révolution des œillets»).

Et qu’importe si Gbagbo ignore tout de ce concept (cf. forum nouvelobs.com, 20.11.04) ; qu’importe si le «dur du Régime Gbagbo», Mamadou Koulibaly est au moins autant « musulman du Nord » que Ouattara ; qu’importe si Blé Goudé dit ne pas comprendre ce concept (cf. forum nouvelobs.com, 01.12.04) : ce concept, français, reste, en France, la clé de lecture de la crise franco-ivoirienne. Quiconque n’est pas Ouattara ou ouattariste est «ivoiriste», quiconque s’allie à Ouattara cesse ipso facto d’être «ivoiriste». Ainsi Bédié, censé être pourtant, nous a-t-on dit, l’ «inventeur» de l’ «ivoirité». Le «G7», ce regroupement des rebelles et de partis se réclamant de l’houphouëtisme, l’a sorti de l’ornière, puisqu’il s’y est allié à Ouattara.

Ce qui permet d’affiner la définition proposée de l’ «ivoirite» : «l’ "ivoirité" est un concept français qui désigne le fait, pour un Ivoirien, de n’être pas Alassane Ouattara, ni un des ses partisans ou alliés.»

Voilà donc un concept français, qui n’a pour sens aux yeux des Ivoiriens que de leur dénier le droit de développer une notion de citoyenneté indépendante de la «métropole», qui est seule habilitée à décréter ce qui convient, sous peine d’envoyer son armée sans laquelle «ils seraient incapables de vivre ensemble». Et on s’étonne que les Ivoiriens voient dans l’ingérence française, économique, conceptuelle, puis militaire, une intervention coloniale !





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