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«Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française»!

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«Ivoirité» et citoyenneté ivoirienne

Par Delugio :: mercredi 16 août 2006 à 19:00 :: Analyses & commentaires




Le 6 novembre 2004 a dévoilé le véritable vis-à-vis aux prises dans la crise qu’il faut bien dès lors appeler franco-ivoirienne. L’invisibilité, jusqu’alors, de l’engagement des pouvoirs français successifs dans la crise, a faussé toutes les analyses antécédentes au 6 novembre. Tous ou presque croyaient jusqu’alors qu’il s’agissait d’un conflit strictement interne à la Côte d’Ivoire. On sait à présent que c’est un conflit issu de la colonisation, et qui met aux prises, à un niveau panafricain, le camp qui sous divers visages — celui de l’apartheid pour l’ancien monde anglo-saxon, celui de la Françafrique pour un autre pôle (les deux ayant été alliés au temps de l’apartheid) —, s’oppose au camp de la liberté et de la relation d’égal à égal entre les peuples. C’est toute la question du développement des pays du Sud qui est en jeu. Toutes les analyses anthropologiques, principalement françaises, se voulant à usage interne ivoirien, sur l’ethnisme, l’ «ivoirité» et autres «miracle» ou «mirage ivoirien», ont fait long feu (même si certains de leurs auteurs tentent encore de les maintenir à bout de bras) face au dévoilement irréfutable du 6 novembre. Connaissant les protagonistes, on peut dès lors remonter à un tournant essentiel du problème.


1) De l’Indépendance à Bédié

Au «bon vieux temps» dont une publicité récente (1) évoque la nostalgie, celle où le cacao fleurait bon l’accent soumis (qu’on n’ose plus imiter, tout de même) du grand Nègre jovial (2) ; en ce bon vieux temps, le bon «or noir» des cabosses jaunes coulait à flot du port de San Pedro, à l’Ouest de la Côte d’Ivoire. À cette époque, la question de la citoyenneté des Nègres se posait encore moins que celle les «musulmans», alias «non-Européens», des départements français d’Algérie. Les citoyens étaient blancs, les sujets l’étaient moins, ou étaient carrément noirs.

Puis vint un temps où cela ne pouvait plus durer. Un temps qu’on hésite à qualifier : «ça finit quand l’Indépendance ?» demandent des Africains devant des Européens, qui croient parfois entendre une demande confuse de re-colonisation, là où cingle l’humour qui constate : «indépendance» ! On ne nous la fait pas ! (Mais les Européens sont assez lents à comprendre l’humour, les provocations et le ton africains — jusqu’à en devenir prompts à dénoncer toute ironie comme «haineuse».)

Bref, quand se profila à l’horizon le temps de ladite Indépendance, les temps changèrent. De zéro citoyen, l’Afrique noire passa à une poignée de citoyens français : pour la Côte d’Ivoire, essentiellement un : Félix Houphouët-Boigny, député et ministre de la République française. Lui n’est pas en cause en cela : il a été un homme remarquable, luttant pour la libération de son pays au point d’avoir été condamné à mort par le pouvoir colonial français, et aux travaux forcés. Mais le poids de la France redeviendra, malgré sa lutte, significatif, puisque Houphouët sera le cœur de ce système que lui-même appellera la Françafrique (3) (on peut dire qu’il a été plus rapide à comprendre qu’un Sékou Touré qui, pour maintenir la résistance de sa Guinée, est finalement entré dans un cercle vicieux face au mur auquel il s’est heurté – bénéfice côté Houphouët : une apparence provisoire de développement). Les autres citoyens de Côte d’Ivoire – pas citoyens français ceux-là – n’oublions pas, c’est l’Indépendance ! — les autres citoyens auront le choix de voter… pour lui. Parti unique contre l’Union soviétique (qui a un peu bon dos) !

Puis vint un temps où cela non plus ne pouvait plus durer. Le mur de Berlin tombé, le discours de La Baule prend acte de ce que désormais la France montrée du doigt de droite et de gauche doit voir les choses autrement. À ma droite le FMI et les États-Unis entendant épousseter l’apparence du clientélisme Nord-Sud ; à ma gauche les peuples d’Afrique entendant acquérir leur citoyenneté.

À ma droite, on l’a vu, refleurira «Y’a bon Banania», mais politiquement correct cette fois, c’est-à-dire désormais sans l’accent bon Nègre.

À ma gauche, depuis le temps du Parti unique, s’est constituée une opposition — au Parti unique, et (ce qui est la même chose) à la France (toujours appelée, soit dit en passant, «métropole»). Cette opposition, pour instaurer la République comme démocratie doit nécessairement poser comme préalable un concept de citoyenneté.

Ce qui suppose la création d’un concept de nation, comme dépassement des appartenances ethniques, et comme levier de renversement du système pyramidal où le chef d’État est le seul citoyen — au sens plein (français en l’occurrence) — les autres ayant une fonction d’assesseurs électoraux. Et au cas où ils ne seraient pas suffisamment complaisants, au cas où ils prendraient au sérieux la réelle citoyenneté en train de se forger sous leur réflexion, on fera fonctionner le clientélisme au plan électoral comme il fonctionne au plan du commerce en général. La masse d’immigrés venus travailler à la seule ressource que la pyramide Nord-Sud concède à la terre «indépendante» — Y’a bon Banania — servira ponctuellement de supplétif électoral — mais que jamais on ne les fasse passer au creuset de la citoyenneté par l’octroi sérieux de la nationalité ! Alors des années 60 jusqu’au temps de la primature de Ouattara incluse, ils oscilleront entre appels, expulsions, cartes d’identité temporaires, le temps d’un vote, cartes de séjours plus ou moins provisoires. Ce que Gbagbo dénoncera dès lors, alors qu’il ira d’exil en prison, sous Ouattara, comme exploitation de «bétail électoral».

Bénéfice françafricain certain : ce système pyramidal rend quasiment impossible le développement d’un concept ivoirien de citoyenneté, d’une vraie ivoirité (au sens non chiraco-bédiéiste ! – cf. ci-dessous). Et consolide la pyramide économique sur la base d’une pyramide d’appartenance nationale : la francité au sommet, le chef citoyen français unique, et les autres, à ranger au gré des ethnologues dans on ne sait quelle hiérarchie tribale ! (Cf. l’analyse de Mamadou Koulibaly sur les déplacements de sens du concept d’ «ivoirité» dans son article «Rébellion ou colonisation du territoire ivoirien».)

Les choses étaient en l’État à l’époque où vint un temps où cela ne pouvait plus durer.

Il faut multipartitionner cela ! Alors que faire ? — se demande la Françafrique. Peu importe, mais surtout éviter qu’émerge un vrai concept citoyen.


2) Le temps de Bédié

La constitution ivoirienne d’alors stipulait qu’à la mort du «Vieux» — Houphouët —, le Président de l’Assemblée nationale lui succèdera. Ce qui advient, malgré quelques remous : Henri Konan Bédié devient donc le second Président de la République ivoirienne. Les meubles sont saufs. Tout va pouvoir continuer comme avant, sous réserve qu’il n’ait d’autre concurrent qu’un tenant d’une politique similaire. Pas de problème, celui-là existe : l’ancien Premier ministre d’Houphouët. Un seul petit problème, on n’est pas très sûr qu’il soit ivoirien : aux temps qui le verront finalement accéder à la primature, le journal Jeune Afrique s’extasiait de voir ce jeune prodige «voltaïque (4)» être nommé au Département Afrique du FMI.

Bédié s’empare de la difficulté. Une loi a en effet été votée selon laquelle le candidat à la présidence de la République doit être ivoirien de naissance (comme aux États-Unis — moins drastiques que d’autres pays, comme en Tunisie, où il faut être Tunisien depuis quatre générations, par ex., etc.). Loi de circonstance s’indigne-t-on (comme si c’était une originalité ivoirienne qui venait d’être conçue) ! Quoiqu’il en soit, Ouattara lui-même s’est plié, et, dans un premier temps, ne s’est pas présenté, en attendant une meilleure loi. La plaie n’en enfle pas moins.

En 1999, s’annoncent les prochaines élections de juin 2000. Avec l’appui et le soutien explicite du FMI (par une lettre ouverte de son directeur Michel Camdessus à la Côte d’Ivoire, datée du 15 septembre 2000, en faveur de Ouattara qui a été fonctionnaire du FMI après avoir été fonctionnaire de la BECEAO au titre du Burkina Faso), Ouattara annonce sa candidature, provoquant une série de démissions dans son parti, le RDR, cette scission «moderniste» au sein de l’ancien parti unique, le PDCI. (Les démissionnaires – Jacqueline Oblé, co-fondatrice du Parti ; Matthieu Tagbo, réprésentant le RDR à Paris, etc. – mettent en garde contre les risques de cette candidature qu’ils jugent non-constitutionnelle, et préfèrent que l’on attende une modification de la loi (5).)

Bédié (candidat de Chirac) s’empare du concept de citoyenneté ivoirienne, qui deviendra dès lors célèbre comme nouvelle qualification de l’ «ivoirité», concept dont il sait qu’il pourrait être parfaitement légitime, mais dont il use pour rappeler que son adversaire, houphouëtiste comme lui, n’est pas présidentiable.

Querelle de famille apparemment : à quelques nuances près, Bédié et Ouattara ont la même politique, celle de Paris / ou FMI version Paris. Paris où l’on ne peut donc que se réjouir de voir la bataille électorale prendre une allure de vraie bataille électorale, tout en assurant l’avenir du système pyramidal. Similaire en quelque sorte à la querelle des anciens et des modernes au sein du RPR d’alors entre les chiraquiens et les balladuriens (ces derniers proches de Ouattara déjà au temps où il privatisait au profit des grands groupes français : rien de changé, mais tout ça avait une bonne allure «moderne»). Côté anciens, on soutient Bédié : Bernard Debré explique (6) qu’il n’y a pas lieu de faire un tel tollé en faveur de la candidature de Ouattara : Madeleine Allbright non plus, écrit-il, ne pourrait pas se présenter à la présidence américaine, et pour la même raison que Ouattara, sans que nul ne s’en offusque. Car à Paris on s’offusque. Et qu’importe si à la même époque Daniel Cohn-Bendit se voit refuser la candidature à la Mairie de Paris pour cause de nationalité franco-allemande. Ouattara a touché le point sensible : il a expliqué à Paris qu’on lui refuse la candidature à la Présidence de la République parce qu’il est musulman ! Jusqu’alors une telle idée n’avait pas été entendue en Côte d’Ivoire : un «musulman» (Ouattara lui-même) avait même été Premier ministre — chose inimaginable en France ! À Abidjan, on va jusqu’à s’étonner (parfois maladroitement) d’entendre dire que Ouattara est «musulman» ! — ce qui n’est pas un concept ethnique ! Mais à Paris, cela fait mouche. La Côte d’Ivoire sera désormais le faire valoir et l’exutoire des difficultés françaises à l’égard des musulmans. Mais Ouattara a emporté, outre l’appui de la droite «moderne», celui des tenants, de gauche, de ce que l’on nommera plus tard l’ «idéologie de l’Autre (7)», vague reprise qui s’ignore de l’idéologie du devoir humaniste de «civiliser les peuples moins évolués» qui caractérisait antan l’aile gauche de la colonisation (de Victor Hugo à Jules Ferry).

Bref, on a tout pour être content : on a apparemment un vrai combat électoral, mais qui ne changera rien à la relation françafricaine et franco-ivoirienne quel que soit l’élu. On ne s’en émeut pas moins, tandis que le conflit entre Bédié et Ouattara laisse dans l’ombre le vrai problème, porté par un candidat qui n’est même pas considéré comme un opposant sérieux, Gbagbo, qui est pourtant le seul à avoir affronté Houphouët ! Pour la presse française, «le seul opposant» à Bédié est Ouattara (CQFD) !

Cela au gré des exigences «anti-racistes» d’une idéologie de l’Autre qui fait de la Côte d’Ivoire le bouc émissaire d’une France qui s’hystérise autour de l’affaire de voile, qui s’apprête à porter Le Pen au second tour de la présidentielle et qui ne perçoit pas sans embarras «l’odeur des immigrés» (Chirac).


3) Le coup d’État du «Père Noël»

L’infection s’exporte au point que la Côte d’Ivoire est vite prête pour son premier coup d’État réussi : pour la Noël 1999, le général Guéi, «Père Noël en treillis» rapatrie Ouattara exilé sous Bédié — Ouattara qui s’extasie de cette «révolution des œillets à l’ivoirienne» qui va naturellement le porter au pouvoir, à la grande joie des «autristes» parisiens, et pour l’embarras des «anciens» de la droite française. Mais qu’importe, on l’a dit, les deux politiques économiques sont une et la même. On attendra simplement, quitte à l’y aider, que le général Guéi passe le pouvoir à Ouattara et on attendra les prochaines élections, où à n’en pas douter, se renouvellera la même problématique : la Françafrique a tout l’avenir devant elle.

Alors, on parle de nouvelle politique africaine de la France (Jospin étant Premier ministre), qui désormais se gardera de se mêler des affaires africaines… Dans ce cas de figure, inutile en effet.

Gbagbo, lui ne s’y est pas trompé, qui parle de «coup d’État RDR», et qui du coup, parvient à exiger un rééquilibrage de la donne dans le nouveau gouvernement (CNSP – Comité National de Salut Public : tous ont noté, sans le dire, la référence à la Révolution française), puisqu’il se veut d’union nationale !

Rééquilibrage du gouvernement qui vaudra au CNSP des tentatives de renversements, dont celles du «cheval blanc» et de «la Mercédès noire», tentatives de renversements échouées, qui déboucheront sur l’exil de leurs auteurs au Burkina Faso, où ils auront tout le loisir d’être armés (financés par qui ?) en vue de ce qui prendra forme à partir du 19 septembre 2002.

Entre temps, il s’agit à présent pour le CNSP de mettre en place une nouvelle Constitution, base de la IIème République, en vue de l’organisation de nouvelles élections. Et naturellement, le problème de la citoyenneté se posera à nouveau — comment pourrait-il ne pas se poser pour la mise en place d’une démocratie ? Comme se posera à nouveau le problème des conditions d’accès à la Présidence de la République — entre autres en matière de nationalité…

Et tandis qu’on ne pourra faire qu’entériner les anciennes conditions (même Ouattara et le RDR appelleront à voter le «et» — candidat né de père et de mère ivoiriens) les «autristes» français hausseront le ton et en Côte d’Ivoire les tentatives de renversement de Guéi se multiplieront.


4) De l’élection de 2000 au 19 septembre 2002

Guéi, houphouëtiste comme ses comparses Ouattara et Bédié, entendra dès lors se faire investir comme tel, et notamment par le PDCI. Et lorsque la Commission électorale élimine Ouattara, sur la base de la Constitution, et Bédié, pour corruption, on a tellement oublié le candidat de l’opposition, Gbagbo, qu’on ne remarque même pas, dans la presse française, qu’on a un cas de figure typique d’une élection à l’européenne (houphouëtisme contre FPI socialiste). Et on est convaincu que «Guéi a éliminé tout ses adversaires». Tout juste si quelques-uns remarquent le 4ème homme, Gabgbo, en soutenant qu’ «il fait campagne sur le thème de l’ivoirité», sans noter, naturellement, qu’il ne revendique jamais le concept. Mais l’idée citoyenne, qui n’a jamais convenu aux Nègres, qui ne savent faire que de l’ethnisme, doit bien relever du tribalisme !

Et tous de s’étonner de l’élection de Gbagbo, cependant tant dénigré dans la presse internationale qu’il se retrouve immédiatement en proie à une insurrection, occasionnant un bain de sang, «conditions calamiteuses», regrette-t-il (conditions auxquelles il ne peut rien : ça a eu lieu avant même son investiture), qui lui valent une reconnaissance du bout des lèvres seulement, de la légalité, pourtant indubitable, de son élection.

Tout est en place pour se gâter. Puisqu’il n’est en outre ni le candidat de la Françafrique, ni le candidat des «autristes». Contre la Françafrique, au plan économique, il a le culot de lancer des appels d’offre ! Contre les «autristes», il a le tort de n’être pas Ouattara. Et il aura beau mettre en place un forum de réconciliation nationale, poser les conditions qui vaudront à Ouattara l’octroi de la nationalité ivoirienne, organiser des élections libres, qui verront, aux municipales, RDR, PDCI et FPI se partager chacun un tiers des voix (avec une légère avance pour les candidats du RDR, naturellement interprétée en France comme un triomphe), rien n’y fera. Il n’est ni «l’Autre», ni le Françafricain souhaité. Contre la Françafrique et contre l’ «autrisme» à la fois, l’abus trouve sans doute son point culminant en ce qu’il met en place — ce qu’ignore le grand public en France — CMU et école gratuite et obligatoire (mais ça forme des citoyens ! En Afrique, c’est l’ «ivoirité», ça !).

Pire que tout, le gouvernement de réconciliation nationale qu’il met en place obtient de réels succès, notamment économiques, que viendront stopper (8) la tentative de coup d’État du 19 septembre 2002, fait d’une rébellion qui, à l’appui (reconnu depuis) du pouvoir bien vu à Paris du Burkinabé Compaoré et du Libérien Taylor (fameux pour ses équipes de coupeurs de bras), descendra jusqu’à Abidjan, où elle assassinera Émile Boga Doudou, en poste au ministère de l’Intérieur, ministère que la France confiera à cette même rébellion par la suite (un peu comme si l’on confiait le ministère de l’Intérieur français à Yvan Colonna, qui est accusé d’avoir tué un préfet — que dire si c’était d’avoir tué le ministre de l’Intérieur ?) !

L’armée loyaliste, les FANCI, repoussera les rebelles jusqu’à Bouaké, où l’armée française bloquera tout le monde pour que l’on nous explique qu’elle a empêché la rébellion d’aller jusqu’à Abidjan d’où les FANCI venaient de les repousser ! Qu’importe, ça reste la thèse médiatique officielle jusqu’à aujourd’hui ! — et que Gbagbo soit donc reconnaissant à la Françafrique, sous peine de sanctions à l’ONU ! Telle est la réponse fournie à quiconque oserait faire remarquer que la France a des accords de défense avec la Côte d’Ivoire au cas où elle serait agressée, en échange de la dimension anecdotique de son armée à elle. Caducs ces accords, annonce la Ministre française de la défense au lendemain du 19 septembre 2002, sans que les principaux intéressés en aient été avertis jusque là !


5) Depuis Marcoussis

Paris exigera à Marcoussis du gouvernement légal qu’il admette la partition du pays, l’élévation des rebelles (sous le nom de «Forces Nouvelles») au Ministère de l’Intérieur dont ils ont assassiné leur prédécesseur et au Ministère de la Défense du pays qu’ils viennent d’agresser. À accepter sans discuter, sous peine, on le comprend, de voir les rebelles seuls au pouvoir — à moins sans doute que l’on en passe directement au protectorat pour protéger les Nègres d’eux-mêmes ?! — : les «autristes» agitent depuis beau temps le chiffon rouge rwandais. (Normal un Nègre est un Nègre et Rwanda – Côte d’Ivoire — ou accessoirement Soudan — tout ça c’est du pareil au même !)

Marcoussis est si invraisemblable que le Président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Mamadou Koulibaly, ne peut qu’en claquer la porte. Mamadou Koulibaly, «un dur» de ce Régime «ethniste», assurent les médias français, qui oublient en passant que selon leur classification, qu’ignore la Côte d’Ivoire, il est autant «musulman du Nord» que Ouattara. Mais qu’importe, lui est FPI, ce Parti qui a le culot de vouloir fonder la citoyenneté ivoirienne, qui — puisqu’elle ne saurait qu’être nationale, comme toute citoyenneté — est donc ici «ivoiriste» au sens entendu !

Colère du peuple face au coup d’État constitutionnel de Marcoussis, peuple dont on tente de minimiser l’ampleur des manifestations, non sans coller des «escadrons de la morts (9)», tuant au moment opportun, dans les jambes de Gbagbo !

Et les «autristes» de ne pas comprendre, puisqu’il n’y a pas de citoyenneté nègre, que leurs brûlots, comme le film belge «Poudrière identitaire», font chou blanc en Côte d’Ivoire, où il suffit de les sortir de «sous le manteau» où ils prétendent circuler et les passer aux heures de grande écoute à la télévision ivoirienne pour en évacuer le venin.

Après Marcoussis, Gbagbo, à qui l’on impose un «gouvernement de réconciliation» — comme s’il ne l’avait pas mis en place, mais de façon légale, avant — s’efforcera de faire passer, dans le cadre de la légalité et de la Constitution, avec vote au parlement, ce qu’on prétend lui imposer.

Les rebelles, eux, en l’absence de pression de la France, refuseront de désarmer comme ils sont censés le faire. Et — l’ONUCI se montrant tout aussi impuissante — lorsque le pouvoir légal ivoirien s’avisera de faire désarmer lui-même des rebelles qui se sont entretués et qui ne représentent plus qu’eux-mêmes, il sera accusé d’avoir attaqué délibérément l’armée française, qui, le 6 novembre 2004 décidera précipitamment de détruire les faibles moyens aériens ivoiriens, militaires (constitués parce que les accords de défense avec la France sont «caducs») et civils, de bombarder les palais présidentiels de Yamoussoukro et Abidjan, de prendre l’aéroport d’Abidjan au prix de tirs au canon de 20 mm depuis les hélicoptères de combat sur une foule tentant à mains nues de manifester contre ce coup de force — cela non sans faire mine ensuite de s’étonner de sa réaction et de ses menaces contre les intérêts français. Et de faire descendre les chars de la ligne de front pour cerner la résidence présidentielle au lieu de protéger les ressortissants français, tandis que 4000 évadés de la MACA (gérée par le RDR selon la volonté de Marcoussis), dont l’auteur du casse qui a alimenté les rebelles avant que les États de la BECEAO n’assèchent leurs devises. Encerclement de la résidence présidentielle, puis de l’Hôtel Ivoire, au prix de nouveaux tirs sur la foule. Combien de morts ? Après une série interminable de tergiversations, contorsions et mensonges (relayés complaisamment par la presse française) on en concédera désormais «une vingtaine» sans même esquisser quelque regret ou compassion ! En fait soixante-trois morts et quelques milliers de blessés.

Et la France, comme juge et partie, de faire condamner la Côte d’Ivoire à l’ONU, à l’appui, contre leurs peuples qui soutiennent la Côte d’Ivoire républicaine, de quelques vieux dinosaures bien connus de la Françafrique.

Contre leurs peuples ! — : l’Histoire fera la relecture de ces événements, qui ont fait de Gbagbo le porte-parole incontournable de la citoyenneté des Africains contre tous les «Y’a bon Banania» grimés du masque de l’idéologie de l’Autre.


___________________________
(1) Et accessoirement tel article de tel journal à la réputation inentamable (Le Monde du 11.11.04, Éric Fottorino, article «Ivoirité»).
(2) «Ils sont naturellement joyeux» assurera encore Jacques Chirac le 15 nov. 2004 (Le Monde, éd. du 16.11.04).
(3) Système analysé par F.-X. Verschave, La Françafrique, Paris, Stock, 1999.
(4) Jeune Afrique (aujourd’hui L’intelligent) n° d’août 1984 - qui à l’époque est assuré de sa «nationalité voltaïque», dira quelques années plus tard s’être alors trompé ! Comprenne qui pourra…
(5) Ainsi Jacqueline Oblé, dans Le Patriote journal du RDR, 28. 07 .1999.
(6) Dans Le Figaro du
25. 11. 1999.
(7)
Cf. Alain Finkielkraut, Au nom de l’Autre, Paris, Gallimard, 2003 : «l’idéologie de l’Autre» consiste à repérer des… «persécutés potentiels» – «l’Autre» – pour stigmatiser ceux qui incarneront en contrepartie la mauvaise conscience d’une Europe qui ne peut pas se pardonner d’avoir persécuté «l’Autre» jusqu’à l’exterminer. Ouattara est devenu «l’Autre» qui vaut la stigmatisation de tous ses adversaires. (Depuis — mais n’est une autre histoire — Finkielkraut a lui même succombé à ses propres mises en garde en se prenant lui-même pour l’Autre !). Même des dénonciateurs de la Françafrique (cf. Billets d’Afrique, de Verschave, par ex. n° 112, mars 2003) s’y sont, dans un premier temps, trompés ! — par la suite Verschave a dénoncé clairement l’attitude de la France en CI (cf. Le Courrier d’Abidjan 23.12.2004).
(8) Cela non sans d’autres bénéfices économiques dans l’ombre ! Cf. Mamadou Koulibaly, dans libres.org : «Au début septembre 2002, le marché international du cacao avait anticipé une production en Côte d’Ivoire qui dépassait le million et demi de tonnes, tandis que les acheteurs à Londres avaient tablé sur 700 à 800 mille tonnes. La production doublant, le prix à terme avait commencé à baisser (moins de 600 £ la tonne). Curieusement, il s’est trouvé quelques clients sur le marché pour acheter alors que tout le monde savait que le cours était à la baisse et que les pertes seraient extraordinaires. Parmi ces clients, il y avait de gros assureurs ayant perdu beaucoup d’argent dans les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis ; de gros acheteurs qui avaient fait de mauvaises opérations sur le Pétrole au Venezuela. Une fois qu’ils ont eu fait le plein, une rébellion s’est déclarée. Cible : la zone de production du cacao. En une semaine, le cours du Cacao est passé de 600 £ la tonne à plus de 1 500 £ la tonne. Ces gens ont liquidé rapidement tout leur stock et ont disparu du marché avec plusieurs milliards de Livres en poche. Enquête menée, il leur a suffi d’acheter quelques armes pour les rebelles et de les piloter sur la zone de production du cacao.»
(9) Cf. Le Monde du 8 février 2003. Le Monde a depuis été condamné pour diffamation par la justice française, perdant son procès intenté par le couple Gbagbo.




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