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«Une vingtaine» !

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«Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française»!

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Événements en Côte d'Ivoire. Essais de mise en perspective...

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"Une vingtaine" ! (environ)
"Une vingtaine" !... et quelques
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« Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur »


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À Bernard Debré, de la part d’un de ses anciens étudiants

Par Delugio :: samedi 19 août 2006 à 8:22 :: Articles de presse




L’article suivant est une réaction à la lecture du livre
De la mauvaise conscience en général et de l’Afrique en particulier, que Bernard Debré a cosigné en 2003 (avec J. Vergès — qui depuis, est revenu de sa compréhension alors erronée de la crise ivoirienne).
Cette réaction est suivie d’une lettre ouverte à
l’ancien ministre et célèbre urologue français, par laquelle le Professeur Maurice Yadou Gnagne, actuellement responsable du département d’urologie du CHU d’Abidjan-Treichville, chirurgien des hôpitaux, urologue, Chef de service des Urgences de Chirurgie du CHU de Treichville, a tenu à interpeller personnellement son ami et ancien professeur.
Le Professeur Gnagne est entré en politique de façon active et résolue depuis les événements de novembre 2004, après qu’il ait eu à sa charge nombreux des blessés par balles de l’armée française qui affluaient dans son service tandis que le pouvoir et les médias français niaient les faits. Il est directeur de Stratégie et Communication FPI — DDC Dabou-Sikensi.



LA
DIABOLISATION DU POUVOIR DANS LA GUERRE MEDIATIQUE CONTRE LE REGIME SOCIALISTE EN CÔTE D’IVOIRE
(Professeur GNAGNE Yadou Maurice*)

Au commencement était donc une préparation des esprits et des consciences à cette guerre que livre la France de Chirac à notre Pays. En dehors des moyens médiatiques audio-visuels déployés par le pouvoir politique français actuel, une production littéraire, aussi française, a conduit et soutenu cette préparation à la guerre. Ainsi cette production littéraire de combat a-t-elle procédé à la diabolisation des Institutions de la deuxième République de Côte d’Ivoire et de ceux qui l’incarnent, les faisant passer aux yeux de la communauté internationale pour des hommes et des femmes dangereux qui manipulent des concepts exclusionnistes et ethniques. Je ne reviendrai pas sur les différents aspects de cette diabolisation qui sont connus de tous les Ivoiriens. Une diabolisation que les Ivoiriennes et les Ivoiriens ont subi comme une humiliation et une atteinte portée à leur honneur et à leur dignité. Une diabolisation qui déstructure les fondements de ce en quoi ils croient : l’hospitalité et la fraternité entre les peuples, eux qui ont reçu sur leur sol plus de 26% de non nationaux d’origines africaine et non-africaine, qui y ont trouvé un havre de paix. Havre de paix que ces frères et ces sœurs, venus d’ailleurs, n’ont jamais voulu quitter, même au pire moment de cette crise. Aucun pays, aucune nation au monde, ne peut afficher un tel taux d’immigration qui, jusqu’à ce que des gens estiment l’heure venue pour diluer la nationalité ivoirienne dans le but de pérenniser leurs intérêts, n’a jamais constitué un problème pour les nationaux.

Je voudrais, pour étayer cette hypothèse de la diabolisation, proposer aux ivoiriens des morceaux choisis tirés d’un livre qu’un ami français, et pas n’importe qui, m’a dédicacé, le 28 avril 2003, lors d’un voyage que j’ai effectué à Paris. Que l’on me comprenne bien : mon intention n’est pas de faire la publicité de ce livre. Il s’est imposé à moi comme une nécessité de mettre à la connaissance de mes compatriotes certains aspects qui y sont contenus, pour les amener à comprendre les fondements de la guerre qui est faite à notre Pays, et surtout la longue procédure qui a conduit à cette crise que nous vivons. Ce livre que je conseille donc aux Ivoiriens, a pour titre : «De la mauvaise conscience en général et de l’Afrique en particulier». (1)

Les passages que je propose dans cette contribution révèlent la complexité du combat que nous menons pour notre libération. Car en face, les méthodes utilisées, défient et injurient la raison, seul paramètre qui rend compte de notre humanité.

Voici donc ces passages ! Que les Ivoiriens qui ont un sens de l’humour très poussé, et qui rient de tout, comme ce philosophe grec, Démocrite, s’en inspirent pour trouver des expressions de dérision qui atténueraient nos maux !

Au chapitre du prologue, intitulé «Le rêve calciné d’Houphouët Boigny», il est écrit ceci :
«Les légendes meurent aussi. Celle de la Côte d’Ivoire, vitrine de l’Afrique, n’aura pas résisté deux ans à Laurent Gbagbo. Déjà ébranlé par la chute des cours du cacao dont il est le premier producteur mondial, cet ancien fleuron de l’Afrique occidentale française a vu, en quelques mois, se déliter l’héritage de son premier président, Félix Houphouët-Boigny (disparu en 1993) : celui d’un Etat unitaire (faisons la mise au point suivante pour information : la Côte d’Ivoire n’a jamais été un état fédéral ou confédéral, et sous le régime des refondateurs du Président Gbagbo, l’économie ivoirienne est passée d’une situation de récession, héritée des gouvernements précédents, de -2,3% de croissance à +3% en deux ans, soit un bond positif en valeur absolue de plus de 5% de croissance) qu’il avait su protéger, trois décennies durant, de la malédiction du racisme – entre Blancs et Noirs, mais aussi et surtout entre ethnies locales et ressortissants des pays voisins, venus concourir, par leur travail, au miracle économique des années soixante et soixante-dix…». (Nous ne pouvons pas en dire autrement des italiens, des portugais, des magrébins, et des africains au sud du Sahara qui ont participé à leur manière, par leur travail et leur sacrifice, y compris le sacrifice de leur vie, au développement et au rayonnement de la France).
«Avec ‘’l’ivoirité’’ pour tout programme écrit-il,, Laurent Gbagbo, élu en 2000 après avoir obtenu l’élimination de son principal concurrent, Alassane Ouattara, pour cause ‘’d’Ivoirité douteuse’’, a transformé son pays en un champ de ruines, immolant le rêve de paix d’Houphouët sur l’autel d’une post-modernité meurtrière…».
«Gbagbo a raté sa présidence,
affirme-t-il. Bien élu ou mal élu, peu importe, mais il a raté. Son pari de l’Ivoirité s’est révélé un échec sanglant. Il a semé l’ethnicisme. Il a récolté le racisme, la guerre civile et l’invasion…».
«Gbagbo a fait ce qu’aucun régime n’a osé faire depuis Vichy : exclure des fonctions d’Etat et pénaliser dans l’exercice de leur citoyenneté des Ivoiriens qui avaient pour seul tort de ne pas appartenir à son ethnie. Là-dessus, la rébellion allait l’emporter et la France est intervenue…».
(Rappelons que la rébellion a été extirpée d’Abidjan dès le 19 septembre 2002 par les Forces Armées Nationales, pendant que le Président Gbagbo était en Italie ; par deux fois elle a été mise hors de combat à Bouaké, et par autant de fois l’Armée Française, prétextant l’évacuation des ressortissants occidentaux et la destruction, à Bouaké, d’un campement du contingent français de la Licorne au cours de l’opération Dignité, l’a réinstallée dans cette ville du centre qui deviendra  sa base).
«Quand les opposants irakiens, s’indigne-t-il, prennent des armes pour combattre leur gouvernement depuis l’étranger, les gouvernements occidentaux les subventionnent et les arment. Mais quand des opposants s’insurgent, en Côte d’Ivoire même, contre un gouvernement qui prône ouvertement la xénophobie, pas un de nos ‘’droits-de-l’hommisme’’ ne cite le plus bel article de la Déclaration des droits de l’homme qui fonde la résistance à l’oppression !...»

L’auteur de ces passages, le Professeur Bernard Debré, poursuivant dans son analyse, annonce ce qui a toujours été la volonté de la classe politique française de droite, faire de la Côte d’Ivoire le Kosovo de l’Afrique, en plus de l’humiliation qu’elle fera subir à son Peuple. 

«Pour la Côte d’Ivoire, dit-il, comme pour le reste de l’Afrique, nous aurons l’occasion de le redire, il n’y a pas d’autre solution que d’absorber dans une démocratie unitaire, et à l’intérieur de frontières qui sont ce qu’elles sont, mais qu’il serait criminel de remettre en cause toutes les populations présentes, quelle que soit leur origine…».

Il enfoncera le clou en affirmant que :
«La logique profonde d’Houphouët, c’était d’ouvrir la Côte d’Ivoire, de traiter chaque ethnie sur un pied d’égalité, bref, de constituer un Etat africain moderne fondé sur l’abjuration des vieux démons tribaux… Vous avez raison de parler de l’impéritie de ses successeurs car ce n’est pas seulement Gbagbo qui a donné le signal de l’ethnicisme : c’est Konan Bédié, qui avait pourtant la confiance d’Houphouët, et qui, pour éloigner du pouvoir l’opposant Ouattara, trop panafricain à son goût – il avait une carte d’identité voltaïque – a allumé la mèche de la régression tribale…, conclut-il». (1)

Devant la gravité de tels propos, c’est avec beaucoup d’insistance mêlée de respect que je me sens dans l’obligation d’interpeller tous les acteurs politiques nationaux qui ont été, d’une manière ou d’une autre, collaborateurs et/ou proches du Président Houphouët Boigny, pour qu’ils parlent ou écrivent. Chers aînés ! Votre honneur puisse en souffrir, vous êtes moralement et patriotiquement condamnés à le faire à fin que les Ivoiriens et les Ivoiriennes sachent la vérité sur les choix politiques et comprennent la philosophie politique du Président Houphouët. Cette jeunesse patriotique vous en saura infiniment gré et vous sera éternellement reconnaissante. Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire ! De la guerre que nous subissons depuis 2002, nous sortirons vainqueur, car nous ne pouvons pas la perdre ! Alors mettons-nous ensemble à rassembler le puzzle pour l’écriture de notre histoire !

Oui ! Parce que même si Houphouët l’avait voulu et avait, de ce fait, pris des décrets à cet effet, aux dires de certains de ses anciens collaborateurs que j’admire pour leur engagement dans ce combat de l’honneur de ce Pays pour le développement duquel ils ont consacré leur jeunesse, au lieu de se perdre dans le luxe et la facilité des organismes internationaux comme l’ont fait certains ressortissants de la sous-région, il a fini par annuler son projet de dilution de la nationalité ivoirienne par l’institution de la double nationalité au bénéfice des ressortissants ouest-africains, le Peuple souverain de Côte d’Ivoire ne l’ayant pas suivi dans cette voie. D’ailleurs je soupçonne la France et Foccart d’avoir suggéré ce projet au Président Houphouët pour des raisons que nous pouvons comprendre aisément aujourd’hui…

Le Président Houphouët parti, la France veut, à coup de canon, réinstaurer la double nationalité au bénéfice des étrangers qui seront naturellement prêts à lui céder la Côte d’Ivoire au franc symbolique. Les hommes passent, la Nation et le Peuple demeurent. Et c’est cette Nation et ce Peuple qui refusent aujourd’hui, comme ils l’ont fait hier, que la droite française réussisse ce qu’elle n’a pas pu obtenir hier du Peuple de Côte d’Ivoire avec l’aide d’Houphouët. Le Président Houphouët, lui, ne pouvait rien leur refuser, cerné qu’il était de toute part, et dramatiquement affaibli par des rapports de forces qui ne lui étaient pas  favorables. 

Revenant à l’actualité, de tels propos, contenus dans ce livre, inspirent trois choses :

La première chose, c’est une série d’interrogations ! En effet, après plus de trois années de guerre, de telles thèses, fondées sur de faux prétextes pour justifier cette crise, peuvent-elles prospérer ? Il serait intéressant que les auteurs nous donnent leur avis ! Le temps ayant fait son effet, sont-ils encore animés par cette superbe qui leur a fait soutenir de telles explications à la crise que nous traversons ? N’y a-t-il pas quelque part des doutes sur ces affirmations et ces certitudes qui devraient, et c’est notre souhait et notre espoir à nous Ivoiriens, les pousser à revenir sur les faits, qui sont eux têtus, à la lumière de la raison et de l’objectivité, afin de trouver les vraies causes de la crise que nous vivons en Éburnie ? En tous les cas nous espérons que cela soit le cas.

La deuxième chose, c’est un constat ! Le constat que ces propos reflètent la thèse officielle de la classe politique française de droite au pouvoir qui a diabolisé le régime ivoirien et pris fait et cause pour une rébellion. Une classe politique qui s’est laissée apparemment abuser. A moins que ce ne soit elle qui ait monté cette rébellion qui est en mission, en réalité, pour ses intérêts. Dès lors cette France-là est-elle neutre pour s’interposer entre les belligérants ? La réponse, bien sûr, est non !

Et l’évolution de cette crise confirme cette négation. Aujourd’hui, ce n’est plus faire preuve de génie d’affirmer que la France est partie au conflit dans l’imbroglio ivoirien.

Et donc ni moralement, ni intellectuellement, ni politiquement, ni diplomatiquement, elle n’est habilitée à devenir un agent facilitateur pour la recherche de la paix. Trop d’émotions, trop de passions, en définitive trop d’intérêts influent sur sa capacité à appréhender les solutions de sortie de crise avec sagesse !

Enfin la troisième chose, une réponse ! Celle-ci est donnée par une Française résidant en Côte d’Ivoire. Dans un article intitulé «Comment tous les hommes politiques français ont été dupés» (2), article paru dans un quotidien abidjanais. Cette dame fait une analyse tellement pertinente qu’à la lecture de cet article il est aisé de comprendre pourquoi les propos que j’ai transcrits plus haut, ont été le fait de cette duperie médiatique de grande envergure. «Il est aujourd’hui admis et reconnu par la communauté internationale, dit-elle, que la France était au courant des préparatifs du coup d’Etat de septembre 2002, et également plus que probable qu’elle l’a favorisé, sinon matériellement aidé. Pour quelles raisons les Présidents Gbagbo et Chirac n’ont-ils donc jamais pu entretenir de relations normales ? Les historiens pourront peut-être un jour expliquer cette énigme qui résulte probablement d’une multitude de facteurs divers et variés : des inimitiés personnelles aux relations économiques publiques et privées, nous pouvons tout imaginer, mais une des raisons de base doit être l’approche innovante des relations entre les deux Etats que le Président ivoirien a voulu construire : l’État français passait pour lui en quelque sorte du statut de ‘’grand frère protecteur’’ à celui de ‘’simple partenaire’’ mis en concurrence avec tous les autres Etats : cruel changement ! Laurent Gbagbo a sans doute voulu aller trop vite dans cette voie ; il est en fait difficile de changer des habitudes vieilles de plusieurs décennies, surtout quand elles ‘’profitent’’».

«Toujours est-il
, poursuit-elle, que l’existence de cette profonde différence de vue entre les deux chefs d’État est une chose réelle, que tous les observateurs admettent. Mais deux questions subsistent, affirme-t-elle : ces mauvaises relations peuvent-elles, à elles seules, justifier le renversement du Président ivoirien ? Et pourquoi les socialistes français n’ont-ils pas soutenu un homme dont ils devraient a priori partager les idées généreuses et sociales ?».

Elle orientera ensuite son analyse sur l’incompréhension de la réalité ivoirienne par la classe politique française (parlons plutôt d’ignorance ou de méconnaissance de la réalité ivoirienne) qui a fait croire à cette classe politique française, y compris les socialistes français plus proche idéologiquement du régime du Président Laurent Gbagbo, que celui-ci est tellement impopulaire qu’une petite rébellion suffirait à le faire éjecter du pouvoir. Elle trouve cependant des circonstances atténuantes à ces hommes politiques pour «s’être laissé abuser par des opposants ivoiriens qui rasent les murs dans leur propre pays». Et elle s’offusque en définitive de l’attitude des socialistes français qui, malgré le seul Henri Emmanuelli, ami du Président ivoirien, en minorité dans son parti, n’ont rien entrepris pour soutenir leur camarade ivoirien : «Malheureusement, écrit-elle, par le fait du hasard ou de la malchance, le principal soutien de Laurent Gbagbo au sein du Parti Socialiste, son ‘’jumeau français’’ Henri Emmanuelli, est actuellement minoritaire dans ce parti. Le jeu des divisions internes et de la politique politicienne, qui poussent les socialistes à se positionner le plus souvent les uns par rapport aux autres plutôt que sur de vraies idées, a ainsi certainement contribué à isoler Laurent Gbagbo».

Si dans le fond nous sommes tous d’accord sur la dernière partie de cette analyse, comme nous le sommes pour le reste d’ailleurs, la formidable unanimité de la classe politique française de droite comme de gauche, devrait nous inviter tous à réfléchir pour trouver d’autres raisons qui nous semblent plus fiables, et qui expliqueraient cette unanimité. Ainsi saurions-nous, qu’en effet, toutes les idéologies meurent sur l’autel des intérêts nationaux, sauf pour ceux, surtout de chez nous, que la bêtise et l’ignorance empêchent de prendre en compte, dans la marche de ce monde de la globalisation, cette réalité dialectique.

Il est donc clair que les raisons, qui ont poussé les assaillants à attaquer notre Pays la nuit du 18 au 19 septembre 2002, sont à chercher ailleurs que dans ces propos qui montrent bien le parti pris de ses auteurs qui ignorent la réalité ivoirienne.

Il semble même que depuis la publication de cet ouvrage en 2003 beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Maître Vergès, éminent avocat connu de tous, co-auteur de ce livre, tiers-mondiste convaincu, et défenseur des «causes  perdues», a compris, depuis lors, que la vérité sur la guerre que l’on fait à la Côte d’Ivoire est ailleurs. Et son livre sur cette guerre, dont la publication vient d’être effective, prouve bien ce que nous disons. Ce livre intitulé «Crime contre l’humanité - Massacre en Côte d’Ivoire», mérite d’être lu par tous les Ivoiriens. 

Quant à mon maître et ami, le Professeur Bernard Debré, co-auteur de «De la mauvaise conscience en général et de l’Afrique en particulier», sa propre histoire m’incline à dire qu’il s’est laissé abuser. Grand passionné de l’Afrique, le Professeur Debré, ancien ministre de la coopération dans le gouvernement Balladur, est l’un des rares français qui peut se prévaloir d’amitié extrêmement féconde en Afrique francophone. Professeur émérite d’urologie, il a formé beaucoup de praticiens africains qui sont devenus pour la plus part ses amis. Et je me flatte de compter parmi ce réseau de condisciples et d’amis. Cependant pour autant qu’un homme peut changer, et cela en fonction des objectifs qui guident son action, voici ce qu’il écrivit le 25 novembre 1999 dans le quotidien français «le Figaro», à propos de la candidature d’Alassane Ouattara, le texte est ici repris entièrement avec les interlignes telles qu’elles figurent dans cet article du Figaro :

«Ingérence en Côte d’Ivoire, dit-il,
«Exemple flagrant d’ingérence dans les affaires d’un pays africain. Au nom de quoi les occidentaux s’autorisent-ils à exiger des autorités ivoiriennes une candidature à l’élection présidentielle non conforme à la constitution ? Comme si nous étions encore à l’ère coloniale, nous versons de plus en plus dans l’ingérence. L’exemple de la Côte d’Ivoire est caractéristique. Ce Pays est l’un des plus démocratiques d’Afrique, les élections se succèdent : législatives, municipales, présidentielles. La vie économique y est intense. Abidjan est l’une des plus belles villes de ce continent. La paix et la stabilité y règnent comme dans beaucoup de villes occidentales. En un mot, la Côte d’Ivoire est un Etat de droit, avec ses forces et ses faiblesses. Voici qu’une bataille d’intellectuels surgit, telle une tempête dans un verre d’eau. Pour être candidat à l’élection présidentielle, il faut être d’origine et de nationalité ivoirienne. La belle affaire ! Est-ce normale ? Comme d’ailleurs aux Etats Unis, comme en France, comme la logique démocratique le veut dans tous les Pays, il faut avoir la nationalité du Pays où l’on veut être candidat. Un homme d’une grande valeur, ancien Premier ministre, voudrait s’y présenter, mais il semble ne pas être ivoirien. La loi  n’autorise donc pas sa candidature. Alors le monde occidental s’offusque et crie à la dictature. Quelle curieuse bataille ».

«Curieuse bataille»
« Aux Etats Unis, si Henry Kissinger avait voulu être candidat, la Cour Suprême s’y serait opposée, bien qu’il ait été ministre des Affaires étrangères, bien qu’il ait été prix Nobel de la paix. Aurait-il fallu signer des pétitions, organiser des manifestations dans les rues ? Aurait-on imaginé l’ONU ou le FMI adresser des notes incendiaires au président sortant, l’enjoignant d’accepter sa candidature ? »

«L’Afrique abandonnée»
«Pourquoi existe-il deux poids deux mesures ? D’un côté les pays riches et dits développés, qui sont régis par une cour constitutionnelle irréprochable et de l’autre, des pays pauvres, qui devraient obéir aux occidentaux et balayer d’un revers de la main les décisions de leurs organes juridictionnels suprêmes ? Arrêtons cette diplomatie pyromane bon marché. Les Occidentaux n’ont pas à choisir le candidat à l’élection présidentielle ivoirienne, fut-il vice-président du FMI».
«L’Afrique traverse une période extrêmement difficile. Abandonnée, ce continent est de plus en plus oublié par les riches démocraties. Est-il normal que le sida y fasse tant de morts, alors que nous, nous pouvons  nous payer les traitements les plus sophistiqués et les plus chers ? Qui s’est levé pour dénoncer ce scandale ? Est-il normal que les étudiants africains  ne puissent plus venir en France terminer leurs études dans nos facultés, alors que la démocratie ne peut se répandre que dans le sillage du savoir ? Est-il normal que nous laissions mourir de faim des millions d’Africains ? Tandis que nous brûlons devant les préfectures françaises des tonnes et des tonnes de fruits et de légumes ?»
«Est-il normal que l’égoïsme des pays riches tue les Africains par millions et que nous nous satisfassions d’incantations dérisoires sur le droit à la candidature d’un des protégés du FMI ?»
« Quelqu’un osera-t-il proposer bientôt  de décréter l’embargo économique contre la Côte d’Ivoire, pays phare du développement en Afrique ?»
«Ces réactions sont plus proches de l’hégémonie néo-colonisatrice que de la morale internationale.
Laissons le peuple ivoirien respecter sa constitution et aidons-le à se développer économiquement, aidons-le à parcourir le chemin de la démocratie et enfin commençons à réfléchir sur nos comportements égoïstes».
«Partageons un peu plus nos richesses et évitons les attitudes ostentatoires de l’homme blanc qui détient la vérité»
.

Je me pose donc la question fondamentale de savoir qu’est-ce qui a pu se passer pour que, de 1999 à 2003, mon ami et maître le professeur
Bernard Debré, grand amoureux de l’Afrique et de la Côte d’Ivoire en particulier, très attaché à ce continent où il compte beaucoup d’amis, subisse une telle variation dans son discours ?

Quant à moi, frustré et troublé comme je le suis devant ces propos, je poursuis ma réflexion en reprenant Spinoza, quand il partageait le sentiment de frustration qu’inspirait à Oldenburg la situation politique internationale. L’un est Hollandais, l’autre est Anglais, donc ressortissants de deux pays qui étaient en conflits armés au 17ième siècle, leur époque. Spinoza aussi trouvait là une occasion de s’intéresser à la nature humaine, ses réflexions sur les guerriers «rassasiés de sang humain» s’harmonisant parfaitement à ses propres croyances philosophiques. «Si, dit-il, ce personnage fameux qui riait de tout (Démocrite, le philosophe grec du Ve siècle) vivait dans notre siècle, il mourrait de rire assurément. Pour moi ces troubles ne m’incitent ni au rire ni aux pleurs ; plutôt développent-ils en moi le désir de philosopher (d’être plus sage, je veux dire) et de mieux observer la nature humaine. Je ne crois pas qu’il me convienne de tourner la nature en dérision, encore  bien moins de me lamenter à son sujet, quand je considère que les hommes, comme les autres êtres, ne sont qu’une partie de la nature et que j’ignore comment chacune de ces parties s’accorde avec le tout, comment elle se rattache aux autres. Et c’est ce défaut seul de connaissance qui est cause que certaines choses, existant dans la nature et dont je n’ai qu’une perception incomplète et mutilée, parce qu’elles s’accordent mal avec les désirs d’une âme philosophique (d’une âme sage), m’ont paru jadis vaines, sans ordre, absurdes. Maintenant je laisse chacun vivre selon sa complexion (selon sa constitution physique, ou ses caractéristiques physiques) et je consens que ceux qui le veulent, meurent pour ce qu’ils croient être leur bien, pourvu qu’il me soit permis à moi de vivre pour la vérité». (3)

Loin de moi la prétention de me prendre pour un Spinoza ou un Oldenburg ! Cependant, permets-moi de t’exprimer, Bernard, ces mêmes sentiments de frustration et de trouble dont parlaient Spinoza et Oldenburg. La situation que vit mon Pays m’inspire les mêmes sentiments de frustration et de trouble nés des explications que tu en donnes dans ce livre que tu m’as dédicacé ce 28 avril 2003 à Paris. Les mots simples que tu as inscrits en page de dédicace, par leur charge affective, expriment plus que mille phrases ton attachement sincère à cette terre d’Afrique, et particulièrement à cette terre de Côte d’Ivoire que tu connais, et où tu comptes beaucoup d’amis. «Pour Maurice Gnagne, mon ami, mon élève, pour que vive notre Côte d’Ivoire», tel est l’expression, tel est le contenu de cette dédicace.

Mais pour que vive la Côte d’Ivoire, nous devons tous ensemble chercher à emprunter le chemin de la vérité qui nous libèrera tous.

La vérité de cette crise, comme vient de le découvrir ton co-auteur, Maître Vergès, à travers son livre que j’ai cité plus haut, est ailleurs et non dans les explications que tu en donnes dans ton «De la mauvaise conscience en général et de l’Afrique en particulier»

Plus que tout autre en France, ton amour pour l’Afrique et les relations extrêmement fécondes que tu as tissées dans le milieu médical réputé altruiste et ayant le sens de l’humanitaire, t’imposent une attitude plus active, dans le bon sens du terme, pour la recherche des solutions à cette crise que traverse mon Pays la Côte d’Ivoire et, au-delà de mon Pays, pour la recherche de solution globale aux conflits qui défigurent l’Afrique francophone.

Pour sauver ce qui peut l’être des relations franco-ivoiriennes, tu peux beaucoup : par exemple faire comprendre aux politiques français que la Côte d’Ivoire a changé. Ce Peuple n’a rien de commun avec celui des années 1960 et 1970, ainsi que celui des années 1980 et 1990. C’est une nouvelle génération d’hommes et de femmes libres, amoureux de leur Peuple, et donc Patriotes, qui méritent d’être connus et appréciés tels qu’ils désirent être et devenir pour l’honneur et la dignité de leur Peuple, pour que vive enfin la Côte d’Ivoire. 

L’évidence aujourd’hui c’est que ce Peuple et ses différentes composantes qui ont fait de l’humour un facteur d’équilibre social et une thérapie psychanalytique efficace contre l’adversité, trouveront les moyens et les mots qui leur permettront de se pardonner mutuellement les maux et les torts qu’ils se sont causés. Ceci est plus que possible puisque nous n’avons aucune autre alternative, condamnés que nous sommes à vivre ensemble. Mais ceci n’est possible qu’à condition que la Licorne, qui n’est jamais venue en Côte d’Ivoire pour sauver le régime de Gbagbo, quitte la ligne de démarcation, je veux dire «cette fameuse ligne dite de confiance»  qu’elle a tracée d’Est en Ouest, et derrière laquelle se produisent des atrocités humainement insoutenables. Alors seulement la guerre ne sera plus qu’un mauvais souvenir en Côte d’Ivoire. Les «guerriers buveurs de sang» de Chirac, pour reprendre les termes de Spinoza, sont fatigués et ont depuis longtemps «tourné la crosse du fusil en l’air», signe qu’ils ne veulent plus faire la guerre, qu’ils ne veulent plus faire la guerre à leur mère Patrie. Alors ! Que la France nous libère donc !

Professeur GNAGNE Yadou Maurice

*Agrégé de Médecine
Directeur Stratégie et Communication FPI
DDC Dabou-Sikensi


___________________
1- Debré B., Vergès J., De la mauvaise conscience en général et de l’Afrique en particulier, éd. J.C. Lattès, 2003,  pp. 11, 12, 25, 26, 30, 31, 32.
2- Notre voie n° 2369 du vendredi 21 avril 2006, p. 10.
3- Steven Nadler, Spinoza, biographie, éd.
Bayard 2003, pp.262-356.




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