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«Une vingtaine» !

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«Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française»!

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Événements en Côte d'Ivoire. Essais de mise en perspective...

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"Une vingtaine" ! (environ)
"Une vingtaine" !... et quelques
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Une autre histoire...


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« Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur »


« Le mensonge se lève
très tôt mais la vérité
finit par le rattraper »


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Le roi nègre et ses thuriféraires

Par Delugio :: dimanche 02 janvier 2011 à 14:27 :: Analyses & commentaires

 

1) Le roi nègre


… « autoproclamé » face à l’ « Élu » de la « communauté internationale ». On reconnaît la formule de plus en plus invariable de l’ « analyse » de la « crise ivoirienne » fournie par…


France 24 - TF1 - France2 - France 3 - L'Expansion - La Croix - La Provence - Le Figaro - Le Monde - Le Parisien - Les Echos - Libération - Midi Libre - Canal+ - France 5 - M6 - Arte - France 4 - I-télé - BFM TV - RFI - Europe 1 - Radio France - CBS - NBC - ABC - Warner Bros - TMC - LCP / Public Sénat - Le Patriote - Jeune Afrique - Onuci-FM - Le Nouveau Réveil - Nord-Sud - Le Front - 24 heures - Douze - Le Démocrate - L'Intelligent d'Abidjan - Le Jour, etc., etc., etc. (Liste très loin d’être exhaustive…)


La formule se substitue désormais à celle qui l’a précédée : « reconnu par un conseil constitutionnel acquis à sa cause », face à l’ « Élu » de la « communauté internationale qui a validé les résultats de la CEI ».




2) Les thuriféraires


Face à cela, une TV, la RTI (régulièrement censurée, depuis « la crise » par Intelsat qu’elle paye pour la diffuser), et quatre journaux : Fraternité Matin, Notre Voie, Le Temps, Le Courrier d'Abidjan ; plus les forums et tweets, et des blogs dont on trouve une liste presque complète en lien dans ce blog, dont la version nouvelobs est censurée !


Ça ce sont les « thuriféraires » faisant une « propagande arrogante »… que personne, parmi ses contempteurs, n’écoute. On se contente d’en savoir ce qu’en disent ceux qui censurent ou étouffent les échos. Ainsi le porte-parole de l’Onu en CI, parlant d’ « appels à la haine de la RTI ». Fait-il allusion à la diffusion de la proposition de Gbagbo d’une commission de vérification de ce qui s’est passé lors des élections ? Proposition « haineuse » il est vrai, puisqu’elle mettrait en cause la « communauté internationale », qui s’y refuse, tout comme son « Élu » !


Fait-il allusion aux nombreuses interviews accordées à la RTI par quantité de juristes ivoiriens et africains, français et occidentaux qui s’accordent pour reconnaître la parfaite légitimité du travail du conseil constitutionnel ? Arrogant en effet, de la part de la RTI, de fournir un tel nombre de juristes quand la « communauté internationale », avec ses puissants médias en avance… un, F. Wodié, le leader d’un parti membre de la coalition Ouattara, pour expliquer ce que les puissants médias répètent en boucle, mais qui ne convainc que ceux qui sont déjà convaincus : en vertu de l’accord de Pretoria, la « communauté internationale » serait habilitée à se substituer au conseil constitutionnel — à défaut d’avoir accompli la seule tâche qui lui était confiée, désarmer les rebelles…


Sachant qu’en dernière instance, c’est… au conseil constitutionnel souverain de démêler tout cela, on comprend que la phase la plus récente de la « communication » internationale se résume à oblitérer purement et simplement ledit conseil constitutionnel — qui a l’arrogance d’exister. Alors on déclinera en boucle que celui qu’il a investi est « autoproclamé » ! Voilà qui est plus simple… et qui permet de bien saisir la réalité du problème — effet collatéral : d’un côté la Côte d’Ivoire souveraine avec les institutions qu’elle s’est donnée, de l’autre une « communauté internationale » qui les nie et s’y substitue, à l’appui de ses médias.


Mais ce ne sont pas eux qui font de la « propagande » « arrogante ». Ce sont les « thuriféraires » du roi nègre, qui « s’accroche à son trône ». Car qu’importe s’il a instauré la démocratie, et permis à son adversaire de se présenter, qu’importe qu’il a accepté une élection imposée (bien qu’illégitime au nord selon les critères onusiens) : c’est un roi nègre, et on sait que pour lui et ses thuriféraires, la culture est forcément un verni. Le verni de culture démocratique a donc laissé place à la vraie nature du roi nègre sitôt connu le « chiffre » de la « communauté internationale » validant son « Élu ». CQFD : ils ne peuvent pas se gouverner eux-mêmes, c’est pas dans leur nature (qui affleure sous leur verni de culture) : on leur imposera donc l’ « Élu », nègre comme les autres, certes, mais l’ « Élu » de la « communauté internationale »…


Et si l’autre, celui dont le verni de culture démocratique se craquèle, n’est pas content, on lui ressortira, à lui et ses thuriféraires qu’on compare à un célèbre ministre de la propagande, quelques morceaux d’anthologie médiatique internationale : après tout ça aussi fait partie de la guerre médiatique — on a su prendre la leçon, entre autre sur la calomnie, attribuée à ce célèbre ministre de la propagande du XXe siècle européen : il reste toujours quelque chose de la calomnie. En trois points :


- Charnier de Yopougon : ça marche toujours, même s’il est de notoriété publique en CI que c'est le camp Ouattara qui a bloqué l'enquête qui commençait à désigner... son parti. Pour mémoire :

"en Côte d’Ivoire, l’opinion sait que Ouattara n’a jamais milité pour l’éclatement de la vérité dans les massacres d’octobre 2000, le charnier de Yopougon, les escadrons de la mort, le coup d’Etat manqué de janvier 2001 et la rébellion armée. Concernant, par exemple, le charnier de Yopougon, une commission indépendante avait été mise en place par le ministère de la Justice [FPI] pour mener les enquêtes. Les travaux étaient fort avancés. Quand le RDR a pris le ministère de la Justice après Marcoussis et que Henriette Dagri Diabaté, SG du RDR et adjointe de Ouattara, a été nommée Garde des Sceaux, elle a automatiquement dissous la commission et interrompu les investigations. Elle n’a jamais mis sur pied une nouvelle commission ni réactivé les enquêtes. L’on saura plus tard par des sources judiciaires que les résultats partiels auxquels étaient parvenus les enquêteurs accablaient le RDR d’où la décision de Mme Diabaté de tout arrêter."


- "Escadrons de la mort" : ça marche aussi. Ils ont eu un effet remarquable en 2003 après Marcoussis (et depuis à l’occasion pour tel journaliste toujours disparu)... contre leur supposé auteur, Gbagbo, qui a gagné devant la justice française ses procès contre des journaux français, en tête desquels Le Monde (vous trouverez les références dans mon ancien blog, "une autre histoire"). La question est : "à qui a profité le crime ?" Mais on évitera au public de se la poser…


- Les « Sukhoï » de Bouaké : l’avocat des familles de soldats tués à Bouaké, Me Balan, clame haut et fort que Gabgbo n’y est pour rien ! Mais qu’importe ! Dès la mort des soldats français et l’atterrissage des avions à Yamoussoukro, les co-pilotes biélorusses ont été appréhendés par les autorités françaises... et exfiltrés vers le Togo ? Arrêtés au Togo par les autorités, ils ont été remis aux autorités françaises qui les ont re-exfiltrés vers... (qui sait où ils sont aujourd’hui ?) ? Ensuite, les soldats tués ont été enterrés avec une hâte telle que leurs effets (jusqu’aux paquets de cigarettes) étaient encore sur eux et qu’on avait interverti deux corps ? On sait cela parce que la juge aux armées Brigitte Raynaud a fini par obtenir, à force de pressions, que, comme le demandaient les familles, les cercueils soient ouverts. Depuis cette juge a été démise. Les autorités françaises refusent toujours toute autopsie des corps (que demande la Côte d’Ivoire) ? Qu’importe ! Ça marche encore…


Ce sont les trois piliers de la calomnie — toujours en usage… et qui permettent d’appuyer la certitude assénée en boucle selon laquelle c’est la « communauté internationale » qui doit désigner « l’Élu »…


Mais là, il y eu un hic : le roi nègre n’est pas d’accord et ses thuriféraires le disent, pardon, le progagent, et sont — arrogance extrême — de plus en plus nombreux en Afrique et ailleurs, au point de gêner même les velléités d’imposer « l’Élu » manu militari.

 

 

 

«M. Védrine fait ses amitiés au Chef de l’Etat ivoirien»

Par Delugio :: dimanche 21 septembre 2008 à 8:14 :: Analyses & commentaires




Petite phrase au cœur d’un bref article du journal ivoirien Notre Voie : « M. Védrine dit avoir profité de sa présence en terre ivoirienne pour faire ses amitiés au Chef de l’Etat ivoirien »

Vae victis : le dicton latin, « malheur aux vaincus » résumerait-il la situation… de J. Chirac ?

Alors que les visites de personnalités françaises de la politique étrangère se multiplient — après celles des cadres du PS qui ont manifestement oublié leur précédent alignement sur l’ancien Président français — telle est la question qui se pose : vae victis ?

Il semble ne subsister de l’ancien contentieux qu’un mauvais souvenir… qui risque de porter plus de conséquences qu’on ne croit, tandis que Védrine est venu expliquer sa vision des relations économiques Europe-Afrique en des termes qui ne manqueront pas d’être entendus comme bien frappés au sceau de la Françafrique…

Cette lecture à présent plus spontanée que jamais — à l’aune du soupçon — pourrait être une part non-négligeable de l'héritage de la crise franco-ivoirienne qui a habité le cœur du second mandat de J. Chirac.


L’article de
Notre Voie — vendredi 19 septembre 2008 — http://news.abidjan.net/article/?n=304657 :

« 
Audience du Chef de l’Etat: Hubert Védrine chez Gbagbo 
»

par
Serge Armand Didi


« 
M. Hubert Védrine, l’ex- ministre français des affaires étrangères, a été reçu en audience, hier, par le président de la République, védrine-gbagbo.jpgLaurent Gbagbo, au palais présidentiel, au Plateau.
M. Védrine dit avoir profité de sa présence en terre ivoirienne pour faire ses amitiés au Chef de l’Etat ivoirien avec qui il a parlé des relations Europe-Afrique dans le cadre de la mondialisation.
Il a toutefois ajouté que les échanges ont également porté sur l’importance des relations de l’Afrique avec ses autres partenaires (Etats-Unis, Inde…) et du progrès de la bonne gouvernance sur le continent noir.
L’homme politique français a plaidé pour le changement des mentalités afin de donner de meilleures chances à un partenariat Europe-Afrique.
M. Hubert Védrine, ex- député (1978), ex- ministre des affaires étrangères (2002), séjourne en Côte d’Ivoire à l’invitation du ministre ivoirien de l’économie et des finances, M. Charles Koffi Diby.
Le ministre Diby l’a invité à prononcer une conférence dans le cadre d’un programme de renforcement des capacités managériales de son personnel. “Le regard de Hubert Védrine sur les relations Afrique – Europe”, a été le thème développé.
Notons qu’en 2007, Hubert Védrine a rédigé un rapport sur la France et la mondialisation. »





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La gauche française, sa défaite aux élections et la crise franco-ivoirienne

Par Delugio :: jeudi 10 janvier 2008 à 11:59 :: Analyses & commentaires




Question : la gauche française a-t-elle un avenir autrement qu’en étant à gauche ?… Et qu’est-ce qu’être de gauche ? That’s the question, me semble-t-il. Si la question n’est pas posée, ou si la réponse tacite n’est que dans une alternative entre un pragmatisme et une bien-pensance qui se moque du concret, la gauche est de toute façon en mauvaise posture !

Pour apporter une contribution (qui vaut ce qu’elle vaut) au débat, je propose comme pivot incontournable de ce qu’est être de gauche — et je vais essayer d’argumenter — les grandes déclarations de droit issues des révolutions modernes, ce que je résumerai par l’article 1 de la Déclaration des Droits de l’Homme (DH) et du citoyen : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ».

Voilà qui peut sembler un peu bateau ! pour ne pas dire tautologique… sans compter que j’entend déjà nombre de ceux qui se veulent de droite clamer leur revendication de cette affirmation. Je précise donc que je ne dis pas qu’être de droite implique ne pas se reconnaître dans cette égalité en droit et en liberté de tous les hommes. Je dis simplement qu’on ne peut pas être de gauche si on lâche ce pivot de l’héritage révolutionnaire.

On sait que la gauche, historiquement, est le camp de ceux qui se posent du côté de l’acquis révolutionnaire constitutionnel (éventuellement contre le pouvoir royal) face à ceux qui, à droite, se rangent du côté du pouvoir royal (éventuellement contre l’acquis constitutionnel). C’est ainsi que par la suite la droite sera considérée comme se positionnant en réaction à l’acquis révolutionnaire. Cela selon le vocabulaire hégéliano-marxiste : la droite est le mouvement réactionnaire, le mouvement global en réaction contre le progrès de l’histoire, selon ladite classification hégéliano-marxiste qui se nomme ainsi elle-même progressiste.

On pourrait discuter ce vocabulaire et ses sous-entendus téléologiques. Il reste de cette classification philosophique qu’effectivement, pour longtemps, le camp qui s’oppose au mouvement révolutionnaire n’offre pas d’autre revendication que sa propre réaction. Il est connu que la droite ne se donne pas d’événement fondateur. Elle se veut retour à un passé que les événements fondateurs de la gauche, c’est-à-dire les étapes franchies dans l’extension de l’acquis donné dans la Déclaration révolutionnaire, ont fait perdre.

Dire cela n’empêche certes pas de discuter la légitimité des motifs des réactions simultanées ou successives qui font la droite comme réaction — depuis la réaction contre le désordre induit par la désacralisation de l’autorité royale, jusqu’à la réaction cléricale, en passant par la réaction contre la Terreur, puis plus tard dans l’histoire contre la terreur communiste et le totalitarisme — où paradoxalement la droite se fait porteuse des idées de liberté qu’elle a historiquement combattues.

C’est dans cet ordre d’idées que Sarkozy, au cœur d’une campagne électorale très à droite, a pu sans problème se référer à des figures de gauche comme Jaurès ou Guy Môquet au lendemain de son élection — ici pour cimenter ses propos très marqués à droite, sur l’identité nationale.

Dans tous les cas, la droite se pose comme réagissant à des travers (effectifs ou pas) induits par l’idée fondatrice de la gauche symbolisée dans l’article 1 de la DH : une constitution face au pouvoir absolu. C’est ainsi que la gauche française s’enracine dans la révolution protestante anglaise de 1649 et dans son extension dans la révolution américaine (ce que les révolutionnaires français revendiquaient) — une loi commune et qui vaut pour tous les hommes face à un pouvoir arbitraire. Les grands acquis ultérieurs reposent sur l’exploration, l’extension du contenu de cet article 1 : depuis l’abolition de l’esclavage (que les constituants de 1789 n’avaient pas pris en compte !) jusqu’au droit de vote des femmes (advenu en 1945 en France !).

Quelques moments du XXe siècle sont significatifs, en France, moments qui ont tous ce même rapport avec une prise au sérieux de cet article 1 par la gauche : l’affaire Dreyfus, le refus de Vichy et de ses lois biologiques, la décolonisation, contre une France qui n’a jamais octroyé les droits des citoyens aux « indigènes » (je reviendrai sur ce point). On reconnaît là trois des quatre références de gauche de Bernard Henry-Lévy. Je ne reconnais pas sa quatrième référence, à savoir mai 68, qui n’est à mon sens qu’en partie de gauche : l’aspect de gauche de mai 68 est essentiellement un prolongement de la lutte contre la colonisation (que l’on retrouve dans l’opposition à la guerre du Viet-Nam). Pour le reste qualifier mai 68 de mouvement de gauche est plus que douteux : s’origine dans le mouvement un consumérisme qui débouche dans le sarkozysme via les années Tapie. Les observateurs ne sont pas rares à avoir remarqué que Sarkozy est un pur produit de 68. Il a eu beau jeu d’en faire un repoussoir pour une autre génération de réactionnaires (les « vieux ») quand la gauche a la manie de se réclamer de ce consumérisme censé être libérateur et qui n’est que la pointe avancée d’une autre réaction, celle des grands groupes qui y appuient leurs quasi-monopoles.


*


Ayant dit cela, il ne faut pas ignorer que les zones-frontières entre la gauche et la droite ne sont pas étanches, loin s’en faut ! Il y a même un fréquent, pour ne pas dire quasi constant, phénomène d’imprégnation réciproque. Pour être très fréquent, le phénomène connaît des périodes, comme la nôtre, où cette imprégnation devient très forte.

Dans ces temps-là, des temps comme le nôtre, cette imprégnation est déterminante lorsqu’il s’agit de gagner ou de perdre des élections. Est déterminant en l’occurrence le sens dans lequel s’effectue cette imprégnation : si la droite imprègne l’opinion et la gauche, la gauche finit par perdre, si les valeurs de gauche dominent dans l’opinion, la droite est emportée.

Il me semble évident que nous sommes en phase d’imprégnation intensive de la gauche par des caractéristiques héritées de la droite. Or la gauche officielle n’oppose aucune, ou quasiment aucune résistance perceptible à ces caractéristiques.

Un cas historique exemplaire d’imprégnation de la gauche par la droite : le jules-ferrysme colonial. « Il est du devoir des races supérieures de porter leurs lumières aux races inférieures » dixit Ferry. Idée de gauche : des valeurs universelles — portées par une imprégnation de la réaction contre ces mêmes valeurs : la hiérarchie des races : résultat : un mélange explosif, une impasse pour l’universalisme des DH et une gauche fourvoyée dans des combats perdus qui déboucheront sur un fait historique : c’est un homme de droite, De Gaulle, qui décolonisera.


*


La droite comme alliance hétéroclite des réactions : si la gauche tient sur un pivot essentiel, ce qui n’exclut pas sa diversité, la droite est essentiellement protéiforme. Elle peut unir la réaction monarchique (à l’origine), la réaction cléricale, et donc catholique (tandis que le catholicisme pourrait être non monarchiste). Il faudra attendre la 2e moitié du XXe siècle pour que le catholicisme dépasse en partie son fonctionnement réactionnaire, son fonctionnement en réaction, et en vienne à ne plus mettre en question les Droits de l’Homme ! Où une gauche conséquente se doit d’être aussi imperturbable face à la réaction islamiste qu’elle le fut face à la réaction catholique.

La droite peut unir à ces réactions la réaction « biologiste », raciste, en principe inacceptable en catholicisme (comme en tout christianisme en général) : où l’on retrouve nazisme et pétainisme. Cette forme de la réaction a été abattue en théorie en 1945 avec la défaite du nazisme, mais continue à faire des ravages, notamment sous la forme du racisme anti-« noirs » : l’apartheid durera jusqu’à la fin du XXe siècle en Afrique du Sud, mais en outre, le scandale de l’antisémitisme a été mieux perçu depuis 1945 (et pour cause) que les autres formes de racisme (notamment, pour la France, le racisme anti-« noirs » et le racisme anti-Arabes).

C’est ainsi que le racisme fait régulièrement retour sous des formes plus ou moins subtiles. Dernière mouture : le concept d’origine lepeniste de « racisme anti-"blancs" », qui a fini par séduire jusqu’à des personnalités de gauche ! Pourtant le concept est intenable si l’on y regarde de près. Il repose sur une confusion, probablement intentionnelle, entre un rejet communément partagé du dissemblable et une idéologie structurée et développée dans l’histoire, le racisme selon le terme explicitement revendiqué avant 1945, idéologie invariablement européenne (on n’a pas vu l’idéologie raciste placer au sommet de la hiérarchie des « races » quiconque d’autre que le mâle « blanc » !).

Le rejet du dissemblable, qui produit toutes sortes de xénophobies, est commun, peut être basé sur la religion, la couleur de peau, ou que sais-je ; il affecte évidemment indifféremment les
« blancs », les
« noirs », ou d'autres, mais ne peut fonder une inversion de la réalité historique des idéologies racistes !

Mais quand la gauche elle-même cède à ce genre de sophismes, il ne reste plus à la droite
qu’à
s’ouvrir à l’extrême droite (« pour la faire rentrer dans la norme républicaine ») et elle a déjà gagné à ce point. C’est essentiellement ce qui s’est produit et qui fait se demander à juste titre : quelle différence avec l’extrême-droite ? La droite au pouvoir laisse transpirer son « ouverture » à l’extrême-droite, du discours de Dakar au symbole de l’ADN.

Deuxième composante : la réaction cléricale, donc, infiniment moins nocive, ne nous leurrons pas, puisqu’elle porte en elle, jusqu’au cœur de son dogme, l’anti-biologisme, mais qui est prête à entrer parfois dans l’alliance en réaction, contre un ennemi commun, comme Pie XII contre le communisme.

Une troisième composante est le consumérisme / audimat / people / monopoles sur la presse, qui laisse la main aux groupes boursiers sous prétexte de refus des méfaits des économies planifiées.

On a reconnu là trois composantes du sarkozysme.

On aussi là trois lieux d’imprégnation de la gauche via la discours de l’ « antirepentance », qui n’a jamais été questionné de front !

Il faut reconnaître que la gauche porte un lourd passé d’imprégnation qui a été très peu dévoilé et qui correspond à la profondeur des ralliements de la gauche et de personnalités de gauche au pouvoir actuel.

Un signe remarquable est le lâchage de la révolution ivoirienne par la gauche au moment précis où l’armée française venait de tirer, à Abidjan, sur des manifestants désarmés.


*


De quoi est-il question dans la révolution ivoirienne (actuellement dans une phase en temps mort — voire en risque de décomposition) ? Il est question de la reprise exacte du conflit révolutionnaire français. Une constitution (votée à l’appel de tous les partis et à une majorité écrasante avec un taux exceptionnellement fort de participation) contre un décret imposé depuis Marcoussis-Kléber.

Le lieu d’expression du droit et de la constitution est, comme pour la révolution française, la nation. Ce qu’en France on va transformer en xénophobie… À l’heure où en France on fricotait avec de moins en moins de vergogne avec l’extrême-droite, on a justifié cette tentative de coup d’État constitutionnel contre une ancienne colonie en l’accusant de xénophobie ! Où le vocabulaire remplace le contenu, et où le sophisme du concept de « racisme anti-"blancs" » trouve un usage militaire !

Les responsables socialistes français ne s’y sont pas trompés qui, alors, persistent à soutenir leurs camarades ivoiriens, malgré les pressions de la presse française (et malgré les passages en boucles de reportages sur les « escadrons de la mort » — à propos desquels la presse française perdra devant la justice française tous les procès en diffamation que lui a intentés le couple Gbagbo).

Les socialistes français ne se leurrent pourtant pas et soutiennent leurs camarades ivoiriens, tous sauf un… Éric Besson (alors inconnu), qui demande qu’on les lâche. Le PS tient bon, jusqu’en 2004, où le lâchage intervient, par la voix de Hollande, au moment où la Côte d’Ivoire est en train de remporter la victoire qui scelle sa révolution comme étape de la deuxième phase, économique, de la décolonisation. Le choix du PS revient à une sorte d’anti-dreyfusisme : la raison d’État (avec tirs sur la foule) contre la lutte pour la souveraineté de la constitution !

Le PS va jusqu’à produire par la voix de quelques-uns des siens — porte-parole Montebourg — une demande d’excommunication (publiée par le Nouvel Obs) du FPI socialiste de l’Internationale Socialiste, après une « enquête » où ils sont allés trouver en Côte d’Ivoire ce qu’ils cherchaient pour appuyer leur lâchage.

Soyons juste : tous n’ont pas cédé. Mélenchon, Emmanuelli, Labertit (auxquels il faudrait ajouter, parmi d’autres, le Suisse Jean Ziegler) refusent de se laisser emporter par la propagande dont on nous inonde et continuent de soutenir leurs camarades ivoiriens.

Il n’empêche que ces jours-là, le PS a raté un moment historique. Il n’est pas jusqu’aux porte-paroles de la Françafrique Stephen Smith et Antoine Glaser pour reconnaître que « la France a perdu l’Afrique en novembre 2004 à Abidjan ». Et pourtant, le PS aurait pu…

C’est là hélas, un signe tragique d’un ralliement du PS à la logique du troisième pôle mentionné ci-dessus comme composante de la réaction actuellement au pouvoir : le pôle consumériste / médiatique / audimat / people.

Quand le PS est si profondément rallié (peu de résistance au « biologisme », soumission au pouvoir économique monopolistique), comment ne rallierait-il pas carrément le pouvoir, à commencer, symbole éloquent, par Éric Besson ?

Voilà qui laisse à penser que la gauche française ne pourra pas faire l’économie d’une sérieuse réflexion !





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Crise franco-ivoirienne : vers un bilan ?

Par Delugio :: lundi 22 octobre 2007 à 11:24 :: Analyses & commentaires




Une chose est certaine : au cours de la crise franco ivoirine de ces huit dernières années, et plus particulièrement de ces cinq dernières années, un tournant a eu lieu. Des choses ont été dévoilées concernant accords secrets de défense à usage variable, accords sur les ressources stratégiques, réalités de la Françafrique…

Ce sera là vraisemblable une part de l’héritage Gbagbo.

La façon dont se consolide cet acquis peut — à juste titre — sembler frustrante :

— un accord de Ouagadougou qui remet Compaoré en piste ; qui entérine la rébellion — qui du coup traîne un peu plus les pieds pour désarmer : le bénéfice financier, pour les petits chefs, du règne de la kalachnikov n’est pas douteux. Et le ras-le-bol que cela entraîne ne l’est pas non plus (cf. aujourd’hui l’escarmouche de Bouna).

— La persistance de la corruption que la refondation devait éradiquer — mais que l’économie de guerre a, forcément, remise en selle.

— Le retour des grands groupes de la Françafrique — et pas d’eux seuls à l’heure d’une mondialisation que la refondation n’a fait que vouloir prendre en compte.

C’était là sans doute le prix de la consolidation de l’acquis incontestable : le passage à une indépendance économique nécessitait en premier lieu — ce qui a eu lieu — la mise à jour des réalités cachées de la Françafrique, accompagnée de la mise en question des réalités bien visibles — comme le Fcfa.

La mise en œuvre des conséquences de ce tournant prendra sans doute encore du temps. Les élections montreront si l’occasion est donnée de poursuivre la refondation avec passage aux réformes sociales restées en rade pour cause de putsch transformé en rébellion ; ou si un retour des caciques de l’ancien régime hypothèque symboliquement les acquis de ces cinq ans de crise.

Quelque chose a eu lieu de toute façon, de l’ordre, au minimum, de la rupture symbolique d’avec l’ancien ordre des choses. Les relations de la Côte d’Ivoire, et de l’Afrique, avec la France et le reste du monde ont connu de toute façon un tournant-symbole, pour une nouvelle étape. Reste à continuer d’agir pour que cela ait été pour le mieux de chacun…





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Présidentielle ivoirienne : l’AFP entre en campagne

Par Delugio :: vendredi 28 septembre 2007 à 7:34 :: Analyses & commentaires




Comme il y a dix ans, la presse « internationale » a commencé à battre la campagne pour Ouattara…

Titre d’une dépêche de l’AFP (en une sur Abidjan.net) :

« Gbagbo "ne peut pas gagner" la présidentielle (Ouattara) »

Avec un tel titre, et quand on sait l’impact d’un titre bien pesé, peu importe le développement de l’article, en outre élogieux pour le candidat (http://news.abidjan.net/h/266846.html).

La couleur est annoncée : l’AFP entre en campagne.








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Le fond et la forme

Par Delugio :: mercredi 19 septembre 2007 à 16:37 :: Analyses & commentaires




1) La crise au Courrier d’Abidjan. Les explications respectives de Théophile Kouamouo
(http://www.notrevoie.com/a_la_une.asp?id=15184 ;
http://kouamouo.afrikblog.com/archives/2007/09/14/6211576.html)  
et de Sylvestre Konin
(http://www.lecourrierdabidjan.info/a_la_une.asp?id=16061)
confirment, si besoin était, ce que peut avoir d’aléatoire le facteur humain, et le rôle qu’il peut prendre dans tout combat.

Des tensions au sein de la rédaction d’un journal « bleu », le Courrier, qui, apparemment, couvent depuis plusieurs mois — ce qu’ignorent naturellement, et c’est très bien ainsi, ceux qui ne sont pas concernés par ces tensions inter-personnelles.

Une crise humaine qui éclate en s’entremêlant dans les interprétations plurielles de l’accord de Ouagadougou et de la situation politique de la refondation…

Et voilà les choses qui se compliquent —… et viennent servir une opposition et sa presse qui tentent (et c’est de bonne guerre !) d’introduire un coin au sein du FPI, et entre L. Gbagbo et M. Koulibaly.

Les explications entre Th. Kouamouo et S. Konin, si elles rendent indubitable le fait que l’article repris par Le Patriote vient bien du Courrier, et n’a pas été simplement repris sur Internet, ne permettent pas de savoir d’où vient la « fuite », et au fond, quelle que soit la gravité réelle d’une faute de cet ordre, peu importe !

Reste en effet qu’on est toujours dans l’humain, trop humain… Des tensions personnelles qui ne doivent pas obérer les vraies questions.

Si l’occasion de l’éclatement a été liée à l’opportunité de publier ou de ne pas publier la vive interpellation de Mahalia Ntebi à l’égard du pouvoir, il apparaît que ce n’est donc vraisemblablement que l’occasion — il aurait pu y en avoir d’autres…

(Ce qui est fait est fait. Le commentaire de Djati, sur le blog de Théo, vaut sans doute d'être entendu :
http://kouamouo.afrikblog.com/archives/2007/09/18/6251260.html#c9443248 .)


2) Cela dit…

… faisant retour sur l’article de Mahalia Ntebi que l’on a tenté d’attribuer à Mamadou Koulibaly.

Quant à la forme, j’ai déjà dit sur ce blog que je l’ai trouvé trop virulent, et susceptible par là d’être mal interprété et mis à mauvais usage par une opposition visant à la restauration de l’ancien régime. Susceptible d’être compris comme donnant un Gbagbo ayant baissé les bras, avec la tentation que cela suppose d’attribuer une telle accusation à un de ses partisans réputé plus ferme,… et qui voudrait prendre sa place.

Cet usage malveillant ayant été clairement écarté par Mamadou Koulibaly, qui avait été mis sur la sellette de ces accusations et autres rumeurs, il convient de considérer, au-delà de la forme, le fond de l’article. Il pose de vraies questions qu’il ne faut pas laisser de côté.

On peut même considérer que ce qui aura déjà été le destin de cet article controversé, a rendu ses questions de fond d’autant plus incontournables. Non pas, contre la « naissance d’une nation » qu’annonçait Mamadou Koulibaly, le « naufrage d’une nation », selon le titre de l’article, mais au moins la mise en garde contre le risque d’échouement d’une nation

Quid en effet de ce que la rébellion doit abandonner après Ouagadougou ? — sous peine d’entendre Ouagadougou comme une sorte de Marcoussis à peine amélioré : c’est la lecture qu’ont faite plusieurs commentateurs français au lendemain de l’accord ! En substance : « à quoi bon tout ce temps pour en arriver à ce que proposait Marcoussis ? »

Lecture évidemment erronée de Ouagadougou, mais il ne faudrait pas donner d’arguments aux tenants de cette lecture. Les questions qu’ont posées les militaires légitimistes sont pertinentes — a fortiori quand on sait, suite à l’interview de Gbagbo de cette semaine, que les grades Soro ne concernent qu’une trentaine de soldats : n’y a-t-il pas là l’occasion de poser un geste fort quant à la légalité dans la République ? — un geste susceptible de faire taire les remous concernant l’apparence de prime à la prise d’armes et à la violence (et quelle violence !) contre le travail et l’effort, pour être en fin de compte élevé à des postes de responsabilité !

Quid d’un holà à un phénomène classique en temps de guerre, et sur tous les continents ? — : l’occasion de l’enrichissement de quelques corrompus, qui finissent par sembler tenir de haut du pavé…

Quid dès lors de la réputation — et ce n’est pas rien — de la refondation ? Quid de l’exemple qui vient du sommet — sachant a contrario que le poisson pourrit par la tête ?

Qu’est-ce qui frappe, pour prendre cet exemple trivial, le simple visiteur d’un pays du Sud ? Le racket apparemment institutionnel et la variabilité des prix selon le client ! Je ne reviens pas sur la défense que se donnent ceux qui pratiquent cela.

Je constate simplement que le visiteur qui ne creuse pas la question y voit un phénomène endémique africain (entre autres) ; celui qui s’interroge conclut à terme que la tête du poisson qui pourrit en premier est à chercher vers les grands groupes occidentaux via la mafiafrique.

Mais alors, le visiteur risque aussi de se dire que dans cette Côte d’Ivoire en pleine révolution, au cœur des convulsions du tournant républicain voué à faire exemple sur le Continent et au-delà… ce n’est pourtant pas très différent… Quid alors de la rupture clamée avec la Françafrique ? — se demande alors le visiteur…

Quid de la dignité de l’Afrique digne quand ce qui ressemble à la classique et habituelle demande d’aides, du sommet, à la mendicité, à la base, semble immuable ?

Il n’est qu’à lire Libération de ce matin
(http://www.liberation.fr/actualite/monde/279412.FR.php),
affirmant que Gbagbo, qui « reste malvenu à Paris », selon le titre, « ne ménage pas ses efforts pour amadouer son homologue français » — c’est ce qu’assure Hofnung, qui signe l’article. Qu’est-ce d’autre que tenter de prêter à Gbgabo une attitude de… mendicité, précisément.

Ou La Croix,
(http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2315057&rubId=1094),
qui nous donne un portrait au vitriol d’une Côte d’Ivoire plus corrompue que jamais, portrait inspiré de « Venance Konan, l’un des rares intellectuels ivoiriens osant critiquer ouvertement le pouvoir » (sic). D’où l’utilité indubitable des critiques venant du camp patriotique, d’où l’utilité aussi de rappeler — oh combien — elles existent…

Les questions de fond posées par l’article en cause dans la crise au Courrier (et par d’autres) ne doivent donc pas être négligées — portées par la liberté de critique — : la dignité requiert l’indépendance économique. L’indépendance économique requiert certaines ruptures, ruptures d’avec un cercle vicieux pervers, qui se renforce comme relation perverse semblant arranger celui qui domine par son « aide » et celui qui dépend par l’impression ne n’avoir jamais à se prendre en charge — deux situations aussi désagréables qu’apparemment …confortables !… et dont souffre au quotidien la masse pauvre de tout un continent.

Alors certes, il ne faut pas aller plus vite que la musique, mais il faut entendre ceux qui craignent que le rythme de la musique ne devienne trop tôt celui d’une berceuse…


3) Une petite anecdote. Parlant récemment avec une amie ivoirienne du « discours de Dakar » et du refus de la repentance, elle me répond que cela vaut aussi pour l’Afrique. En substance : « le fait que des frères aient été vendus aux négriers est en totale transgression avec les lois les plus sacrées de l’Afrique. Et de cela, il faudra se repentir solennellement. Jusque là, cette manie des corrompus de nous vendre à l’Europe perdurera… »

Et mon amie d’illustrer cela par l’histoire biblique de Joseph vendu par ses frères. « Conséquence de leur geste : tant qu’ils ne se sont pas repentis, ils ont été eux-mêmes livrés au pays auquel ils l’avaient vendu. Leurs difficultés économiques les contraignaient à se tourner vers l’Égypte, comme aujourd’hui l’Afrique vers l’Europe. »


4) À propos de Joseph — sans rapport avec ce qui précède, réflexion personnelle : Joseph, tel qu’il nous est présenté par le récit biblique, était un personnage imbuvable. Imbu de lui-même, se prenant pour le centre du monde et le disant : son père, sa mère, ses frères se prosternant devant lui dans ses rêves racontés tout haut ! Sans doute vraiment insupportable pour ses frères ! N’empêche : il leur avait été donné comme cela… Il leur appartenait de faire avec — ce qui ne veut pas dire qu’il ne fallait pas l’exhorter, vigoureusement même, à plus d’humilité…





La crise au ‘Courrier d’Abidjan’ et les attaques contre Mamadou Koulibaly

Par Delugio :: dimanche 16 septembre 2007 à 12:17 :: Analyses & commentaires




… À la lecture de la presse ivoirienne.

Voilà quelques semaines que Mamadou Koulibaly est la cible d’attaques incessantes de la presse d’opposition. On tente ouvertement de l’opposer à Gbagbo et au FPI. Son démenti télévisé semblait avoir mis fin à toutes les rumeurs. Et voilà que les attaques rebondissent à l’occasion de tensions au Courrier d’Abidjan.

Nul besoin d’être grand clerc pour savoir pourquoi Mamadou Koulibaly est attaqué : ses campagnes récentes ont amené au FPI une part importante de la base du RDR et déjà une partie du PDCI.

Nul besoin non plus d’être grand clerc pour saisir ce qu’on veut utiliser pour le déstabiliser : on sait que l’opposition RHDP ne s’est pas réjouie outre mesure de l’accord de Ouagadougou, qui l’a concrètement écartée de l’initiative du processus de paix.

En outre, on sait bien aussi, au moins depuis Marcoussis, que Mamadou Koulibaly représente la ligne de la fermeté. L’accord de Ouagadougou, même s’il y a adhéré, n’est donc pas fait pour l’enthousiasmer non plus, pour de tout autres raisons. Là, le réalisme politique de Gbagbo se révèle dans toute son efficacité, mais aussi dans tout son… réalisme, avec ce que cela a de positif et ce que cela peut comporter… d’arrière-goût d’ambiguïté : un tel accord suppose des compromis, naturellement. En positif cet accord apporte — quantité non négligeable pour les populations — la paix militaire. D’où la joie de plusieurs dans le camp patriotique, et les expressions de joie, qui n’ont rien de méprisable en regard des souffrances du peuple, nonobstant l’amertume due aux compromis inévitables. Mamadou Koulibaly étant l’homme du non-compromis, depuis Marcoussis, est nécessairement perçu comme étant parmi ceux que l’accord n’a pas enthousiasmé !

Voilà donc tout trouvé un angle d’attaque contre celui qu’il faut abattre et séparer de Gbagbo, sachant de plus que ce tandem fermeté-réalisme est une des clefs de l’efficacité et de la réussite du combat patriotique, du combat de la deuxième indépendance : Mamadou Koulibaly l’a très bien expliqué récemment : l’indépendance politique remontant au temps d’Houphouët s’est assise — déjà le réalisme — sur des compromis qui ont débouché ensuite sur un net recul de l’indépendance économique (notamment avec les « privatisations » au temps de la primature Ouattara).

Les volontés de déstabilisation du tandem Gbagbo-Koulibaly viennent d’être mises en échec par les démentis clairs et fermes de Mamadou Koulibaly et par la reprise de ses efficaces campagnes d’explication de la politique du pouvoir (à Aboisso)…

Voilà alors qu’on invente une nouvelle rumeur, mettant en place un nouvel angle d’attaque : une « lettre secrète au vitriol » que Mamadou Koulibaly aurait produite.

Cette « lettre », un article qui n’est évidemment pas de Mamadou Koulibaly, n’est secrète pour personne qui surfe sur Internet : il s’agit d’un article de Mahalia Nteby qui circule sur la toile depuis plusieurs semaines. Mahalia Nteby tient un blog depuis plusieurs mois. Personne n’a jamais imaginé jusque là qu’elle pourrait être Mamadou Koulibaly !

Mahalia Nteby, qui publie aussi régulièrement ses articles dans Le Courrier d’Abidjan, n’a pas caché en son temps sa déception face à l’accord de Ouagadougou. Elle a été alors en quelque sorte porte-voix, sur le net, de ceux qui souhaitaient dire leur amertume — amertume qu’il faut pourtant bien dépasser à un moment ou à un autre, même si on a là « une paix déroutante », comme je l’ai alors qualifiée sur ce blog et sur Ivoire Forum. Déroutante certes, mais qui témoigne par là-même de la finesse politique de Gbagbo — la politique étant l’art de composer avec le réel.

Pour revenir à l’actualité immédiate, le récent article de Mahalia Nteby,
« Naufrage d’une nation », qui est devenu pomme de discorde, est une interpellation très dure à l’égard du Président de la République. Une mise en garde d’une sévérité extrême — à mon sens excessive — contre le risque d’assoupissement de la refondation, contre le risque de la voir engloutie à son tour dans la corruption de l’ancien régime.

Interpellation trop vigoureuse à mon sens, d’une vigueur de ton qui peut donner l’impression que pour Mahalia Nteby tout est perdu, que Gabgbo aurait déjà baissé les bras.

Jamais toutefois l’article ne cautionne l’opposition. L’article au contraire vise à une rigueur redoublée contre l’opposition.

Cela sur un ton trop dur, donc, à mon sens, ce pourquoi, n’ayant moi-même à aucun moment jugé utile de le reproduire sur mon blog, je comprends tout à fait que Théophile Kouamouo, dans le cadre de sa responsabilité de rédacteur en chef, n’ait pas jugé opportun de le publier dans Le Courrier d’Abidjan. Cela malgré ce qu’aurait souhaité Sylvestre Konin, qui pour sa part, a déjà adressé lui aussi de vives interpellations au Président Gbagbo (notamment dans son article « Et pourtant ils ont gagné la guerre », appel très vif à ne pas frustrer les soldats quand les rebelles semblent tirer les marrons du feu — article sévère, mais bien moins que celui de Mahalia Nteby). Autant d’interpellations qui témoignent néanmoins d’une bonne santé de la liberté de la presse en Côte d’Ivoire.

Cela dit, des interpellations trop vives me paraissent advenir bien prématurément, dans un pays où la paix est encore fragile. En un mot inopportunes, en tout cas pour l’heure, surtout quand elles sont si vigoureuses. Ce que Théophile Kouamouo a très bien senti en refusant cette publication. Dans un pays qui ne sort pas d’une guerre, comme la France, on ne trouverait pas, même dans la presse d’opposition, d’interpellation aussi sèche contre Nicolas Sarkozy !

Les choses en seraient restées là (tensions, voire crise au Courrier), si jouant sur le fait que le nom de Mahalia Nteby est un pseudo, la presse d’opposition ne s’était pas saisie de l’article, qui circule sur le net, pour en extraire, hors contexte, les passages les plus durs, en les attribuant à Mamadou Koulibaly, qui n’en est évidemment pas l’auteur !
(Note du 18.09 : Une précision à ce point, publiée dans l'article de Sylvestre Konin du Courrier de ce jour : la version donnée par Le Patriote venait du Courrier, le 'chapeau' intitulé "le blues de la résistance" étant de Sylvestre Konin. Le rôle de la presse d'opposition à ce point est donc second : l'article ayant été, sous cette forme, dit-il, communiqué au Patriote et non simplement repris depuis Internet.)

Dès lors pour le grand public qui ne suit pas le blog de Mahalia Nteby ni Agoravox où elle a publié son article, se posaient deux questions : Mamadou Koulibaly serait-il Mahalia Nteby comme on nous l’assène, et si il ne l’est pas, qui est derrière ce nom ?

Mamadou Koulibaly a évidemment démenti une rumeur aussi insensée ! Tandis que paraît une interview téléphonique de l’auteur de l’article, interview utilisée de façon malveillante : alors qu’elle ne veut tout simplement pas dévoiler son pseudo — ce qui est naturel, d'autant plus qu'on lui demande si elle a signé l'article... intitulé
« le blues de la résistance », selon ce nouveau titre sous lequel il a été présenté —, l'interviewer suggère dans un syllogisme parfaitement inconsistant, que l’auteur… serait bien Mamadou Koulibaly !

Si l’on comprend que le grand public, celui qui ne va pas forcément sur Internet, risque de prêter l’oreille à cette rumeur qui enfle, quoique risible pour quiconque est un peu informé, on comprend aussi qu’il pouvait être perçu comme raisonnable, pour stopper la rumeur contre Mamadou Koulibaly, de « dévoiler » le pseudo, comme cela est attribué à Théophile Kouamouo. D’autant plus que ce pseudo semble n’avoir pas été tout à fait secret, étant un anagramme. Dévoilement qui va devenir à son tour l’occasion d’envenimer un peu plus la situation !…

Entre temps, il n’est pas jusqu’à Mamadou Koulibaly lui-même, qui agacé, semble s’être interrogé autour de cela, et même sur le rôle de Théophile Kouamouo, tandis que la presse d’opposition mettait en cause son ex-associé.

Rappelons quoiqu'il en soit que l'article de Mahalia Nteby,
« Naufrage d’une nation » circulait sur Internet et qu'il était depuis plusieurs semaines connu du monde entier ! (Note du 18.09 : cf. cependant note supra renvoyant à l'article de Sylvestre Konin.)

Bref on a mis de l’huile sur le feu d’une dispute qui, objectivement — au-delà des tensions personnelles somme toute normales au sein d’une rédaction —, tournait uniquement autour de l’opportunité de publier ou de ne pas publier l’article de Mahalia Nteby — ; une dispute attisée dans le but explicite de déstabiliser Mamadou Koulibaly et de le mettre en opposition à Gabgbo ! (
Note du 18.09 : à moins, en regard de l'article de Sylvestre Konin, que la dissension autour de l'article ne soit le moment d'éclatement d'une crise qui couvait - ce qui nuancerait fortement le rôle jusque là apparent de la presse d'opposition - cf. ci-dessous -, usant alors simplement de l'opportunité offerte. Où serait soulignée la fragilité du facteur humain jusqu'au coeur des combats les plus sérieux...)

Et au passage, à partir d’une querelle interne, comme il y en a au quotidien dans les rédactions tout comme dans n’importe quelle entreprise, on a introduit un germe de division au sein de la presse patriotique. À preuve : Théophile Kouamouo refusant les attaques contre Mamadou Koulibaly auxquelles le poussent les rumeurs, est devenu à son tour cible des attaques de la même presse d’opposition ! (Note du 18.09 : à moins que... cf. ce que dit Sylvestre Konin...)

Chapeau !... : en tout cela, la manœuvre était habile !
(Note du 18.09 : à moins que comme l'écrit Sylvestre Konin, il n'y ait eu qu'à cueillir cela...)

Il serait temps de le reconnaître et de mettre de côté les questions de personnes — bien humaines — et les blessures personnelles subies par les uns et les autres, et de poursuivre ensemble
(note du 18.09 : mais sera-ce désormais possible comme avant ?) ce qui a été entrepris pour le bien non seulement de la Côte d’Ivoire, mais de l’Afrique — et même au-delà, y compris la part informée de la France qui refuse de voir son pays dans les eaux troubles de la Françafrique — ; il s’agit de poursuivre dans la voie de ce qui s’est ouvert, au-delà des courants d’interprétation divers autour de l’accord de Ouagadougou et de ce qu’il faut en penser, tout en sachant qu’il faut de toute façon s’y tenir désormais jusqu’à nouvelle étape.




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À un commentateur du blog Saoti (dénommé « Mise au point »)…

Par Delugio :: dimanche 12 août 2007 à 18:45 :: Analyses & commentaires




Suite aux articles d’Achille Mbembe —
http://saoti.over-blog.com/article-11748222-6.html#anchorComment
(cf. aussi ce blog hier :
http://delugio.zeblog.com/2007/08/11)…

L’aplomb qu’il manifeste dans ses certitudes n’en laisse aucun doute : « Mise au point » a lu avec assiduité tous les auteurs que cite Achille Mbembe et en a conçu des réfutations qu’il lui eût été opportun de nous livrer. À défaut d’un développement explicite de son argumentaire contre ces auteurs, « Mise au point » nous laisse sur notre faim. En ce qui me concerne, jusqu’à plus ample informé de sa part, je ne puis que m’en tenir à l’apport de Mbembe. Il y fournit une ouverture culturelle indispensable, quand on ne fait qu’entendre ressasser des poncifs hémiplégiques ; quand on semble se contenter de réaménager une assise idéologique remontant au XIXe siècle européen.

Cette culture-là, Mbembe la possède manifestement au moins aussi bien que l’auteur qui est derrière le discours de Dakar ; il la possède jusqu’à la discerner chez ceux qu’elle a influencés parmi les intellectuels africains, comme Senghor. Mais en outre Mbembe maîtrise cet autre pan de la culture qui semble faire défaut à nombre d’intellectuels européens, celle dont « Mise au point » ne nous a pas donné sa réfutation.

Mais l’a-t-il vraiment assimilée, quand il se contente de nous dire que Sarkozy n’est pas (certes !) à l’origine de ce qu’à fait Foccart ? Il ne suffit pas de n’être pas l’initiateur d’un système pour être son opposé. Comme il ne suffit pas à « Mise au point » de nous jurer que Bongo n’est pas au rang de Mugabe pour exempter le Gabon du statut de dictature et faire sans transitions des dictateurs les seuls interlocuteurs avec qui traiter. Il ne suffit pas de mentionner Habré — qui doit tout au système que Verschave a appelé Françafrique, qui lui évite d’être jugé — pour décréter que l’Afrique est hors la marche du monde ! Il ne suffit pas de nommer Mugabe pour que soit passée à la trappe de l’histoire le fait que 80% des terres de son pays appartiennent aux descendants de ceux qui les avaient décrétées vierges — lesquels ont échappé à une réforme agraire qui n’a effectivement que trop tardé ; ce qui mieux que les déclarations indignées, explique les difficultés actuelles du Zimbabwe. Il ne suffit pas non plus de reprendre les approximations du juge Bruguière pour faire que le génocide rwandais n'ait pas été perpétré contre les « Tutsis » et assimilés. Il ne suffit pas de ne pas réfuter les nombreux chercheurs que cite Mbembe pour que le poncif-prétexte, hérité d’avant 1885, d’une Afrique qui n’apporterait rien à l’histoire devienne vrai !

C’est cela que « Mise au point » appelle le refus de la langue de bois ? Ça laisse songeur…
L’envergure culturelle de Mbembe reste, me semble-t-il, d’une autre trempe et d’une autre pertinence. Jusqu’à plus ample informé, donc, les précisions qu’il apporte au débat de l’humanité commune, demandent encore réfutation.

À l’inverse, l’affirmation que « les anglicans » — affirmation bien imprécise, quand les « anglicans » en question étaient essentiellement dissidents contre l’anglicanisme comme les quakers et les méthodistes — et les philanthropes français seraient « l
es vrais initiateurs de l'abolition de l'esclavage », garde la charge de la preuve ; au-delà des affirmations péremptoires.

L’Angleterre a bien emboîté, difficilement et tardivement, le pas de ses dissidents, mais au regard des révoltes de plus en plus fréquentes qui avaient fini par imposer (en 1794 seulement) l’abolition à la France révolutionnaire. Il avait fallu rien moins la pression des révoltes antillaises pour que l’effet de la
philanthropie française débouche sur la prise de conscience que les Droits de l’Homme n’étaient pas que ceux des « blancs ».
C’est, par la suite, en regard de la raclée prise en Haïti par son ennemi Bonaparte que l’Angleterre s’est résolue à l’abolition de la traite et a rejoint ses dissidents qui, contre l’anglicanisme officiel, soutenaient les « nègres ».

La même chose vaut pour la décolonisation : il suffirait à « Mise au point » de relire Frantz Fanon, par exemple (tiens, il ne l’a pas réfuté non plus, celui-là !).

Et on pourrait en rajouter sur « l’embargo », par exemple, que personne ne propose contre les entreprises françaises… Mamadou Koulibaly, publié quelques jours avant sur le même blog Saoti, expliquait au contraire qu’il s’agit d’en venir au libre commerce !

Bref, « Mise au point », encore un effort si vous voulez atteindre, dans ce débat, à la dimension d’Achille Mbembe.

Et quiconque est attaché à un avenir humain commun ne demande pas mieux : encore un effort intellectuel et culturel.





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À Mahalia Ntebi, sur la réponse de l’économiste Mamadou Koulibaly au discours de Nicolas Sarkozy

Par Delugio :: lundi 06 août 2007 à 9:00 :: Analyses & commentaires



Chère Mahalia,

Vous me faites l’honneur de me demander, à moi qui ne suis pas économiste,
mon avis sur la réponse d’un docteur en économie, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne Mamadou Koulibaly, au discours de Nicolas Sarkozy à Dakar.

Ma réponse sera donc à la mesure de mes humbles réflexions en ce domaine : simplement quelques questions qui me viennent et quelques éléments que je relève…

La critique de Mamadou Koulibaly s’inscrit dans la ligne économique dont on sait qu’elle est la sienne — le libéralisme.

Le terme, en France, est presque… un gros-mot, synonyme de « capitalisme sauvage ». À partir de là on attribue généralement en France précisément au libéralisme les difficultés économiques de l’Afrique, et on y inclut les méfaits du néo-colonialisme. Remède envisagé, dans cette perspective : remettre de l’État-Providence, ou prolonger et développer le système de l’État-Providence à la française.

Le décalage est donc complet. Le remède proposé s’identifie largement avec le mal, aux yeux de Mamadou Koulibaly : démobilisateur, entraînant le cercle toujours plus vicieux de la dépendance.

La critique de Mamadou Koulibaly, fort dérangeante, est aussi, du coup, fort pertinente.

Sa critique est d’autant plus pertinente qu’elle est portée à une époque où le pouvoir français, celui de Sarkozy dont Mamadou Koulibaly répond au discours de Dakar, se réclame d’un certain… libéralisme précisément, « libéralisme social » certes, mais libéralisme.

Il me semble que dans l’absolu une (bonne) dose d’État-Providence ne nuit pas (l’assurance maladie universelle ou l’école obligatoire gratuite que voulait mettre en place Gbagbo — avant que la tentative de coup d’État de 2002 ne casse son programme — en relèvent ; et je ne doute pas que Mamadou Koulibaly n’est pas contre).

Cela dit, sa critique met le doigt sur les points où le bât blesse. Je relève quelques-uns de ces points.

Le « libéralisme » tel que le pratiquent les pays dominants est un leurre : qu’est-ce que cette économie du libre marché (selon cet aspect du libéralisme) où les pays riches subventionnent leurs produits, surtaxent les autres, organisent le dumping, etc. ? C’est un libéralisme faux-nez, un libéralisme tricheur. Le même Mamadou Koulibaly a montré précédemment que la prise au sérieux du libéralisme du libre-échange mondial par la Côte d’Ivoire FPI est une des causes de la guerre qui lui a été infligée.

Où apparaît un deuxième point où le bât blesse — et Mamadou Koulibaly y insiste — : ce libéralisme là triche jusqu’en ce qu’il ne vaut pas pour les pays du Sud : les ex-colonies (de la France entre autres) n’y ont pas droit, puisque le débouché des produits est tout indiqué (sous peine de coups d’État) !

Un signe incontestable de cela, et de l’absence de tout desserrement de l’étreinte (chose que Mamadou
Koulibaly n’évoque pas ici, mais qu’il a traitée précédemment) : le maintien du Fcfa.

Puis, point où en théorie l’État-Providence est merveilleux : Mamadou Koulibaly rappelle les avantages sociaux procurés par l’État-Providence en France… et leur contrepartie, l’effet démobilisateur. À ce point la critique est classique : c’est un argument récurrent de la droite en France. Mais à ce point aussi, ce en quoi Mamadou Koulibaly ouvre une perspective innovante c’est que sa critique rappelle indirectement que ces droits, ne valant totalement, à terme, que pour les citoyens, se heurtent au dualisme impérial de la République des Droits de l’homme : citoyens / non-citoyens ; antan : citoyens / sujets — en rapport à présent avec la crise politique autour de l’immigration (soupçonnée de rechercher indûment ces avantages).

En d’autres termes, un État-Providence ne vaut que si ses avantages sont au bénéfice de tous. Sans quoi son socialisme est un socialisme nécessairement… national, portant les inconvénients que dénonce Mamadou Koulibaly.

L’essentiel qui ressort de sa critique, à mes yeux, est de savoir si la certitude de tout Français normalement constitué correspond bien à la réalité : à savoir cette certitude que ce serait le néo-libéralisme qui enfermerait l’Afrique dans la misère.

Tout d’abord le libéralisme a-t-il été jamais appliqué quand les pays riches (France en tête pour l’Afrique) le font tricher ? (Mais ici, dans un autre sens — une question à Mamadou Koulibaly —, le libéralisme est-il autre chose qu’une utopie : quel pays qui tient les règles du jeu va accepter de ne pas tricher ?)

Ensuite cette certitude à la française n’est-elle pas l’alibi d’une bonne conscience néo-coloniale qui s’évite ainsi de creuser le problème du dualisme qu’induit l’État-Providence (jusqu’à son extension mondiale — autre utopie) : ceux qui y ont droit / et les autres. Avec en outre cet effet pervers : l’organisation de l’État-Providence des pays riches se fonde souvent sur la captation des richesses potentielles des autres…

Ici, Mamadou Koulibaly met incontestablement Nicolas Sarkozy en porte-à-faux, en évoquant les inconséquences de son discours — qui reste inscrit dans le paternalisme d’une providence néo-coloniale dont un libéralisme conséquent ne peut pas vouloir.

Mamadou Koulibaly mérite incontestablement d’être entendu en France — et en Europe en général… à l’heure de l’ « Eurafrique » !



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Côte d’Ivoire - France. Les choses bougent mais il ne faut pas s’emballer

Par Delugio :: vendredi 03 août 2007 à 11:42 :: Analyses & commentaires




Événements du jeudi 2 août :

1) Selon l’AFP, Sarkozy a téléphoné à Gbagbo pour le féliciter. Voilà qui est considérable, en fait de mouvement de plaques tectoniques. Apparemment fini le black-out insensé chiraquien et post-chiraquien. Cela seul est déjà remarquable : Sarkozy fait un pas, et quel pas, après la glaciation ! Cela dit, il n’est pas opportun de s’emballer. La dépêche se termine sur le rappel que le ton pontifiant n’est nullement abandonné. Rien de surprenant de la part du professeur en africanité du discours de Dakar. (La dépêche ci-dessous*.) L’homme de l’anti-repentance devra, conformément à sa propre théorie, donner des signes bien plus concrets, et notamment de ce qu’il ne s’agit pas simplement (son discours de Dakar n’était pas encourageant) de reconduire des relations néo-coloniales et paternalistes.

2)
Une interview de Gbagbo à Yamoussoukro au lendemain de «la flamme de Bouaké» est accordée pour Le Figaro (reproduit dans la presse ivoirienne par L'intelligent d'Abidjan, par Notre Voie, par Le Courrier d'Abidjan) et Le Parisien (reproduit dans la presse ivoirienne par Fraternité Matin) — interview, ou plutôt, précise Le Parisien, «conversation à bâtons rompus».

Remarquable, la façon dont est rapportée la rencontre, et ce qu’en dégagent les deux journaux parisiens. Il y apparaît nettement qu’à l’ère sarkozienne, Chirac et Villepin pourraient faire les frais de leur politique ivoirienne. Le Figaro ne nous avait pas habitués à un ton aussi critique à leur égard ! On y lit tout de même, certes sous couvert de citation : «Chirac et Villepin n'ont eu qu'une seule politique : se débarrasser de Gbagbo, explique le président de la Côte d'Ivoire. Mais aujourd'hui, ils sont partis et je suis toujours là !»

Cela dit, Adrien Jaulmes, qui écrit l’article, ne se départ pas vraiment de ses convictions et des raccourcis par lesquels il les appuie : il tient à ce que Gbagbo, alors que l’armée ivoirienne avait repoussé les rebelles jusqu’à Bouaké, ait été sauvé «in extremis» par l’armée française, qui avait alors bloqué leur poursuite à Bouaké
(cf. aussi à ce sujet l’article de Notre Voie). De même qu’il présente la crise diplomatique qui s’en est suivi comme façon de «le contraindre à partager le pouvoir avec ses adversaires» — à la trappe le gouvernement d’union qu’il avait mis en place et que la rébellion avait attaqué. De toute façon, Jaulmes en est convaincu, mais cette fois il se nuance un peu lui-même, il a été «élu dans des circonstances troublées».

Et Jaulmes d’insister sur son affirmation que le salut de Gbagbo est dû à Licorne, et de laisser penser que donc il est de mauvaise foi quand il voit l’action chiraquienne «comme autant de manifestations d'un insupportable néocolonialisme français» — action chiraquienne, ou pour être précis chiraco-villepinienne : et on ne mentionne pas Alliot-Marie, qui ne l’oublions pas, est dans le gouvernement Sarkozy. Une nouvelle ligne probable se confirme : Chirac et Villepin porteraient le chapeau du fiasco français en Côte d’Ivoire.

Bref, au milieu du patch-work habituel d’inexactitudes historiques et théoriques quelque chose de neuf se dégage. Jaulmes nous re-suggère bien la thématique de l’ivoirité, mais avec bien plus de modération qu’on ne le fit avant ; et pour en dégager enfin (relativement) Gabgbo : elle «sera selon lui réglée avec le temps».

Last but not least, on nous concède enfin que le présumé bombardement de Bouaké a pu être autre chose que ce qu’on nous a asséné avec tant d’insistance. Ici Philippe Duval, du Parisien, nuance nettement Jaulmes, qui par son extrait laisse à penser que Gbagbo reconnaît c'est par un bombardement de Sukhoï (quoiqu’opéré à son insu) que les soldats français ont été tués. Duval est convaincu lui aussi, malgré l’absence d’enquête et d'autopsie, que leur mort est bien due à un bombardement de Sukhoï, mais il n’en attribue pas l’affirmation à Gbagbo : on comprend clairement sous sa plume que cet aspect du propos de Gbagbo relève de sa part de la rhétorique.

Il est vrai que Philipe Duval nous a habitués à se spécifier dans la presse française par des efforts journalistiques sérieux quant à la Côte d’Ivoire. Cela ressort à nouveau de son compte rendu.

On semble pouvoir penser désormais, qu’à terme (dans l’après Alliot-Marie ?), la France autorise une enquête sur ce qui s’est passé à Bouaké — Chirac et Villepin étant désormais dans la ligne de mire…


* AFP :
« 
Sarkozy a félicité Laurent Gbagbo d`être allé en zone rebelle
jeudi 2 août 2007

PARIS - Nicolas Sarkozy s`est entretenu jeudi au téléphone avec Laurent Gbagbo, président de Côte d`Ivoire, qui a effectué lundi à Bouaké (centre) sa première visite dans le nord du pays contrôlé par ses anciens ennemis de la rébellion depuis 2002, a indiqué l`Elysée.

Le président "souhaitait lui exprimer sa satisfaction après la cérémonie de la Flamme de la Paix qui s`est tenue à Bouaké le 30 juillet en présence du Premier Ministre, Guillaume Soro, de Blaise Compaore, président du Burkina Faso et facilitateur de l`Accord politique de Ouagadougou, et d`autres chefs d`Etat africains", a indiqué dans un communiqué le porte-parole de la présidence, David Martinon.

"Nicolas Sarkozy a appelé Laurent Gbagbo à rechercher de nouveaux progrès conduisant à des élections libres et transparentes et à la mise en œuvre complète de l`accord politique de Ouagadougou", a-t-il ajouté. »





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De quelques «compte rendus» en France de la cérémonie de la paix à Bouaké…

Par Delugio :: mardi 31 juillet 2007 à 8:52 :: Analyses & commentaires




La cérémonie de la réconciliation à Bouaké ne fait pas que des heureux si l’on en juge par le ton de certains journaux et médias français – outre la place «raisonnablement discrète» qu’y occupe l’événement, après le ramdam médiatique auquel on nous avait habitués concernant la Côte d’Ivoire.

Et pourtant «la flamme de Bouaké est porteuse d’espérances. Pour la Côte d’Ivoire, pour l’Afrique de l’Ouest, pour le continent africain. Des signes très clairs poussent à l’optimisme», comme l’écrit Théophile Kouamouomais semblent susciter en France perplexité et amertume en guise d’échos médiatiques…

On laissera de côté l’inénarrable Hofnung, qui dans Libération se contente (avant l’événement) de ressasser sa
rancœur, voulant avec insistance que la réconciliation soit «très fragile et difficile» (selon le titre de Libé), Hofnung appuyant ce sien espoir d’une série de conditionnels, selon son habitude, dont le bouquet final consiste à pointer du doigt Gbagbo concernant l’attentat contre Soro. Bref, rien de nouveau de ce côté : Hofnung s’est fait le porte-voix habituel de Bédié-Ouattara, répercutant pour l’occasion leur bouderie.

Si Libé ne manque pas de tenter nous vendre en passant que l’accord de Ouagadougou est une sorte de Marcoussis bis (sous-entendu : quelle mauvaise tête ces Ivoiriens ! Que n’ont-il pas accepté la proposition chiraquienne !), le pompon de la mauvaise foi et du révisionnisme est cependant obtenu cette fois par Le Figaro. Je cite le
compte rendu de l’envoyé spécial Adrien Jaulmes sur la cérémonie de Bouaké :

«Le triomphe était surtout celui de Laurent Gbagbo. Mal élu en 2000, après qu'une nouvelle constitution eut opportunément écarté son principal rival, Alassane Ouattara en lui contestant sa nationalité ivoirienne, l'ancien opposant historique d'Houphouët-Boigny a fait preuve d'une étonnante capacité de résistance, parvenant envers et contre tout à se maintenir au pouvoir.

Lors du coup d'État militaire de septembre 2002, il fut sauvé in extremis par l'armée française, qui bloqua l'avance des rebelles vers Abidjan. Mais Gbagbo, s'estimant trahi par le refus français de reconquérir pour lui le nord du pays, se brouilla alors avec Paris. Ses partisans organisèrent à plusieurs reprises des émeutes antifrançaises, alors que la France essayait, dans plusieurs conférences internationales et au Conseil de sécurité de l'ONU, de contraindre Gbagbo au départ, ou du moins de céder une partie de son pouvoir. Mais, malgré la fin de son mandat en 2005, la guerre ayant empêché de nouvelles élections, Gbagbo est toujours là.»


En deux paragraphes, où l’on nous ressert la sauce «boulanger», on nous laisse à croire que Gbagbo n’a pas vraiment été élu démocratiquement ; qu’il a «écarté» Ouattara «son principal rival» ; que l’armée française a «bloqué» à Bouaké «l'avance des rebelles vers Abidjan» (et que Gbagbo devrait donc lui être reconnaissant : «la France n’allait tout de même pas faire tout le boulot à sa place !») ; et on nous présente les manœuvres onusiennes de Paris comme œuvre de salubrité publique.

Il est fastidieux de corriger encore et encore les falsifications historiques, par omission ou par «correction» des faits : non Gbagbo n’a pas été mal élu, mais bel et bien légitimement élu, malgré des conditions déplorables ; non il n’a rien à voir dans les conditions de nationalité prévues par la constitution, proposée par Guéi et votée à 86% à l’appel y compris du parti de Ouattara ; non Ouattara n’était pas «son principal rival» (comment Le Figaro pourrait-il d’ailleurs le savoir ?  il n’a jamais été élu. Et Guéi n’était-il pas un vrai rival ?) ; non en 2002 la France n’a pas «bloqué l'avance des rebelles vers Abidjan». Ils y sont allés et ont tué jusqu’au ministre de l’intérieur avant que l’armée ivoirienne ne les repousse à Bouaké où l’armée française a opéré son «blocage».

En revanche, oui, malgré toutes ces manœuvres, «le triomphe était surtout celui de Laurent Gbagbo» hier à Bouaké, et ça, ça reste manifestement en travers de la gorge de plusieurs !



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À propos de Tintin au Sénégal et au Gabon…

Par Delugio :: samedi 28 juillet 2007 à 8:04 :: Analyses & commentaires



 tintin 
… pas l’énergie d’en dire grand-chose, tant c’est déprimant, et tant c’était, hélas, prévisible. Il avait annoncé le soir de son élection, qu’il avait l’intention d’ « en finir avec la repentance » : rien de surprenant, donc, à ce qu’il y engage les autres, en nous rejouant pour sa part la mission civilisatrice qui invitait déjà les Africains à se repentir de ce qu’ils sont.

Cela sans négliger, à défaut de « repentance » concernant notre passé, d’exhiber des excuses !…
« La colonisation a certes été une "grande faute", mais elle avait aussi de bonnes intentions », dit-il en substance aux Africains – auxquels il assène, quant à eux, leur responsabilité dans leur propre malheur. L'absence dans son discours, de toute mention des effets actuels du soutien aux dictateurs et aux déstabilisateurs des démocraties sera-t-elle, demain, excusée au titre des bonnes intentions ?

Catastrophique notre Tintin au Sénégal en train d’entériner verbalement ce que Chirac avait fait sans oser l’entourer de mots explicites. Tout au plus s’était-il targué, suscitant l’ironie de Thabo Mbeki, de comprendre l’âme des Ouest-Africains.

Sarkozy, lui, franchit le pas de cette « compréhension » – qu’il étend à tout le continent, à « l’homme africain » en général, qui n’est « pas tourné vers l’avenir », selon lui ! Il n’est pas jusqu’à ses valeurs artistiques qui ont certes fondé l'art contemporain occidental, mais cela pour avoir ressuscité un passé européen englouti, passé où reste cantonnée l'Afrique... Exhortée en conséquence à le corriger en accomplissant une synthèse entre les valeurs progressistes de l'Europe et l'imaginaire d'enfance de la mythologie africaine.

Tintin au Sénégal a donc, encore mieux que Chirac, tout compris de l’âme de « l’'homme africain ». Tant il est vrai que Tintin au Sénégal et au Gabon est tourné vers l’avenir, lui, avec son « refus de la repentance », qui le conduit rien moins qu’à reconduire le passé.

Car si l’on ne s’abuse, la « repentance » bien comprise n’est rien d’autre que se détourner de mauvaises attitudes, pour se tourner vers un avenir qui en est ainsi débarrassé. Seule alternative, l’excuse – « la colonisation avait de bonnes intentions », garantit Tintin – ce qui garantit du même coup la reproduction sine die des mêmes attitudes mues par la même
« bonne volonté ». L’exemple concret de ce que ça donne s’est traduit en un discours civilisateur, resté naturellement en travers de la gorge des destinataires, au Sénégal et ailleurs, et dont les Français sont déjà intellectuellement contraints de se repentir collectivement : car Sarkozy nous représente.

Mais la plupart d’entre eux savent-ils cela, quand Sarkozy ne nous a fait rien d’autre que du Stephen Smith… dont le livre a été primé en France (Prix des lecteurs France-télévision) ! À quoi s’est ajoutée une dose de Pétré-Grenouilleau, dont le livre a été primé aussi (Prix du Sénat)…

Cheikh Anta Diop, sous le patronage duquel est placée l’université où cela s’est dit, a dû s’en retourner dans sa tombe.

Et Tintin n’est manifestement pas conscient du problème : il va enfoncer le clou chez papa Bongo – alias « le rigolo » –, comme s’il était pris d’un besoin urgent… de prouver par dessus le marché que ce qu’il a dit à Dakar ne tient en aucun cas la route : ayant dit, en substance, chez le Françafricain Wade, que la Françafrique c'est du passé,
comme « la colonisation n'est pas responsable des dictateurs », le voilà chez Bongo ! « L’homme africain » n’a qu’à s’en prendre à lui-même pour la corruption et le sous-développement… et le voilà chez Bongo !

(Voir aussi, entre autres :
http://kouamouo.afrikblog.com/archives/2007/07/27/5738854.html
et les liens dans l’article.)


Tintin-Sarko me déprime…




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Deux dépêches de l’AFP sur la résolution 1765 de l’Onu sur la Côte d’Ivoire

Par Delugio :: samedi 21 juillet 2007 à 10:37 :: Analyses & commentaires



L’AFP a fourni deux dépêches sur le résolution 1765 qui reconnaît l’accord de Ouagadougou et qui met fin au mandat du « du Haut représentant pour les élections ». (On est loin du temps où les dépêches déferlaient à un rythme éfréné.
Cf. http://unevingtaine.wordpress.com/2007/07/21/.)

Deux dépêches où l’AFP se fait tout simplement porte-parole de l’opposition bédiéi-ouattariste, évidemment critique vis-à-vis d’un accord qui l’a mise sur la touche !

Une première dépêche consiste à renvoyer dos-à-dos pouvoir et ex-rébellion sous prétexte de relayer les ONG heureuses de voir la situation s’améliorer, suite à la paix, concernant les Droits de l’Homme
(http://news.abidjan.net/article/index.asp?n=257610).

La deuxième dépêche fait plus fort. Elle relaye dès son titre les récriminations bédiéi-ouattariste.
Je cite le titre :
«La R-1765, "mauvais signal" pour les futures élections»
(http://news.abidjan.net/h/257819.html).
Nonobstant les guillemets — de rigueur tout de même —, on peut dire que l’AFP a fait fort !




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Après l’attentat contre Soro et la Résolution 1765 appuyant l'accord de Ouagadougou — Quel degré de pression ?

Par Delugio :: mardi 17 juillet 2007 à 11:08 :: Analyses & commentaires




Ces dernières semaines, les médias français se sont tus, on l’a vu — ou plutôt, précisément, on n’a rien vu. Il y aurait pourtant eu matière à susciter les remous habituels, après l’attentat contre Soro, et les réactions dans la presse ivoirienne, qui, dans le silence médiatique français, ont fini pourtant par faire réagir l’Onuci :

 

Déclaration de l’ONUCI
(
Fraternité Matin
samedi 14 juillet 2007 — http://news.abidjan.net/h/257145.html :)
Hamadoum Touré, Porte-parole :
« L’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) déplore, depuis quelque temps, la prolifération dans les publications ivoiriennes d’articles à caractère incendiaire qui desservent le processus de paix et constituent un recul par rapport à l’environnement positif que l’on avait noté dans les médias au lendemain de la signature de l’Accord de Ouagadougou, le 4 mars 2007. Dans cette phase cruciale du processus de sortie de crise, l’ONUCI, tout en soulignant l’importance de la liberté de la presse, engage les journalistes et les patrons de presse à faire montre de plus de responsabilité et de professionnalisme dans la couverture des événements. Elle rappelle que l’Accord Politique de Ouagadougou appelle «la presse nationale et internationale à accompagner de manière constructive la consolidation de la paix et l’esprit de tolérance» et rien ne devrait faire dévier de cette attitude. Par ailleurs, l’ONUCI condamne énergiquement les attaques de plus en plus fréquentes contre des organes de presse à Abidjan. Ces pratiques intolérables sont une violation de la liberté de la presse et du droit à l’information des populations.
L’ONUCI lance un appel pressant aux autorités ivoiriennes compétentes pour qu’elles prennent des mesures urgentes en vue d’arrêter ce cycle d’attaques, d’identifier les coupables pour les traduire en justice conformément à la loi en vigueur. »

Apparemment les choses seraient apaisées
(
http://kouamouo.afrikblog.com/archives/2007/07/16/5635417.html ;
http://coupercoller.wordpress.com/2007/07/16/revolution-1765/).
Théophile Kouamouo note l’apaisement ivoiro-onusien en ces termes : « 
La diplomatie ivoirienne affiche une franche satisfaction après le vote de la résolution 1765 du Conseil de sécurité de l’ONU. Le texte de "la 1765" est volontiers décrit, d’ores et déjà, comme la manifestation de la "normalisation des relations avec les Nations unies". »
Apaisement ivoiro-onusien, voire même franco-ivoirien ? — :
« 
La guerre de tranchées diplomatique entre Paris et Abidjan semble être terminée. » conclut Théophile Kouamouo, qui ajoute : « Il reste à espérer que la «guerre secrète», dont certains signes montrent qu’elle continue, s’arrêtera elle aussi. »

Les « signes » en question posent la question du degré de pression maintenu.

Alors que, étrangement, l’on voyait peu d’accusations contre Gbagbo dans la presse françafricaine au lendemain de l’attentat contre Soro, malgré certaines tentations ici ou là, depuis la presse bédiéi-ouattariste jusqu’à Jeune Afrique, le schéma de cette forme habituelle de pression pourrait toutefois être en train de s’insinuer :

« 
Comment la France manœuvre contre Gbagbo
 »

Le Courrier d'Abidjan — mardi 17 juillet 2007 —
http://www.lecourrierdabidjan.info/a_la_une.asp?id=15007

par Cyrille Djedjed :

« A la suite de l’attentat contre le Premier ministre Guillaume Soro à Bouaké, les autorités ivoiriennes ont demandé à l’Onu de mettre sur pied une commission d’enquête internationale sous peu.
Mais, entre temps, un soi-disant rapport d’enquête préliminaire sur cette attaque meurtrière, pour l’instant tenu secret par des hommes de l’ombre circule déjà dans un cercle très restreint du monde diplomatique. Ledit document aurait été rédigé en quatre exemplaires. Selon nos sources, l’un a été acheminé au président Blaise Compaoré, facilitateur dans la crise ivoirienne et parrain de l'Accord de Ouaga. Un autre a été déposé au Quai d'Orsay (ministère français des Affaires étrangères), un autre encore à l'Elysée et le dernier à l'Onu. Le Premier ministre Guillaume Soro qui «connaît des auteurs de l'attentat terroriste perpétré contre lui à Bouaké, a bien entendu été le premier à en disposer».
A en croire nos informateurs, le rapport d’enquête suscité et voulu par la France pointe déjà du doigt le régime du président Laurent Gbagbo et en particulier un élément de la sécurité du Palais présidentiel d’Abidjan. Et cela, «sur bases d’indices et de pièces à conviction tenus encore secrets» en attendant la commission d’enquête internationale que le chef du gouvernement ivoirien a appelé de tous ses vœux.
Mais comment le président Laurent Gbagbo, demandeur de paix et qui s’est le plus investi peut-il remettre en cause son action ? L’assassinat de Guillaume Soro, la révocation de l’Accord de Ouagadougou, équivaudrait son propre suicide. Un haut responsable de la rébellion ivoirienne a récemment jugé l'ONU "responsable" de l'attentat contre le Premier ministre Guillaume Soro à l'aéroport de Bouaké car elle est chargée selon lui de sécuriser les lieux, ce que l'ONU dément.
«Je les accuse. L'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci) est responsable de l'attentat», le commandant Issiaka Ouattara, dit Wattao, chef d'état-major adjoint de la rébellion des Forces nouvelles. «L'Onuci a bel et bien demandé la gestion et la sécurisation de l'aéroport. Elle a deux bases au sein de l'aéroport. "Depuis la tentative d'assassinat du Premier ministre, les rapports sont mauvais", a-t-il ajouté à propos de ses relations avec les Casques bleus de l'Onuci et soldats de la force français Licorne présents à Bouaké."Je laisse l'Onuci avec sa conscience», a poursuivi le commandant Wattao, avant d'annoncer qu'il "prendra le contrôle" de l'aéroport a-t-il ajouté. »




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Sondage en Côte d’Ivoire sur la cote de popularité de la France et attitude des médias face à l’attentat contre Soro

Par Delugio :: jeudi 12 juillet 2007 à 10:25 :: Analyses & commentaires




Une question rhétorique de Vincent Hugeux, dans L’Express, en dit long : — qui l’eût cru ? : « la crise déclenchée en septembre 2002 par l’offensive avortée de la rébellion nordiste a profondément affecté le regard que les Ivoiriens portent sur la France, notamment -qui l’eût cru ?- chez les partisans de Laurent Gbagbo. » Voir l’article :
http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=12666 de L’Express et celui de Théophile Kouamouo :
http://kouamouo.afrikblog.com/archives/2007/07/12/5591802.html.

Qui l’eût cru ? Apparemment, donc, pour L’Express, il n’y a là rien d’étonnant ! Et pourquoi donc est-ce que ce n'est-ce pas étonnant ? s’interroge le lecteur français qui croyait devoir croire ses médias… La France n’a-t-elle par tout fait pour Gabgbo, comme on nous l’a asséné avec insistance ?

Quel sous-entendu, alors, derrière cette question rhétorique ? « Décidément les Ivoiriens "proches-de-Gbagbo" sont bien ingrats » ?! Ou alors carrément, au contraire de ce que l’on nous a expliqué sur tous les tons : « la France ne l’ayant effectivement pas ménagé, il n’y a pas à s’étonner » — c’est vraisemblablement de cette façon que le lirait un Ivoirien.

Si c’est là ce que sous-entend Hugeux, nous voilà en présence d’un aveu ! Dans le même Express, n° du 18 mai 2006, Vincent Hugeux himself (& alii), soutenait que Paris s’efforçait de « ménager le "boulanger d’Abidjan" ».
Cf.
http://www.lexpress.fr/info/monde/dossier/
cotedivoire/dossier.asp?ida=438305
; http://delugio.zeblog.com/2006/07/05

Voilà peut-être aussi, quoiqu’il en soit, une sorte de prise de conscience : après des années de vains efforts pour déboulonner «le boulanger», il serait temps de se faire plus discrets…

Ce qui expliquerait l’étrange comportement — au regard de leurs habitudes — des médias français suite à l’attentat récent contre Guillaume Soro. D’un côté, point de leur insistance habituelle pour accuser Gabgbo
(quoique la tentation ne soit pas inexistante : cf. http://unevingtaine.hautetfort.com/archive/2007/07/12/index.html), avec en revanche une volonté de désigner les divisions au sein de la (ex-)rébellion — volonté attribuée à la presse ivoirienne (où on la trouve moins facilement) ! D’autre part, un silence total sur l’insistance ivoirienne (pro-Gbagbo et FN) à mettre en cause Licorne et l’Onuci. Mise en cause dans la presse ivoirienne qui aurait en un autre temps pu servir au minimum — à défaut de mieux — la dénonciation de « médias ivoiriens irresponsables ».

Rien de cela : on se contente de faire silence, de ne pas retransmettre une mise en cause qui va de la presse aux politiques en passant par Alpha Blondy. Une mise en cause qui va de l’interrogation sur l’inefficacité de la sécurisation « impartiale » de l’aéroport jusqu’à l’évocation des attentats du passé attribués à la Françafrique.

On peut en faire une liste (non-exhaustive) : Matthieu Bouabré s’interroge (sur Ivoire Forum —
http://www.ivoireforum.com/a_la_une.asp?id=1071) sur la logique qui pousse Soro à demander une enquête de la
« communauté internationale » qu'il pointe par ailleursl'intellenquête dont L’Intelligent d’Abidjan (07.07.07), qui titre sur « La position ambiguë de la France », note qu’elle ne la souhaite pas trop —
http://www.lintelligentdabidjan.org/
Actualites/?p=3172
.
Firmin K. Tché Bi Tché, dans Le Temps (http://news.abidjan.net/h/256004.html), estime que Soro est mû par la crainte de la Françafrique : il en sait trop.

On serait entre Soro et la Françafrique, dans une histoire de « Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette »…

Qui l’eût cru ? — comme dit Vincent Hugeux dans L’Express.






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Les médias français, une semaine après l’attentat contre le PM ivoirien,…

Par Delugio :: vendredi 06 juillet 2007 à 9:31 :: Analyses & commentaires




… n’ont toujours pas remarqué que nombre de responsables ivoiriens, une large partie de la presse, et jusqu’à une star du reggae tournent les regards vers les « forces impartiales » quant à la responsabilité de l’attentat !

Ci-dessous,
- une revue de presse de l’AFP (dans une dépêche datée du 30 juin) : manifestement, l’AFP a fait une lecture distraite de la presse ivoirienne (déjà au lendemain de l’attentat plusieurs journaux s’interrogeaient sur le rôle de Licorne et de l’Onuci) ;
- un article du Temps relevant la mise en cause du traitement de l’affaire par RFI ;
- une dépêche AFP d’hier, qui n’a toujours pas noté la mise en cause (de plus en plus insistante) des « forces impartiales » !

AFP : « La presse ivoirienne s’interroge sur les assaillants de Soro, jugé miraculé 
ABIDJAN - AFP - samedi 30 juin 2007. Les journaux ivoiriens s`interrogeaient samedi sur l`identité des auteurs de l`attentat contre le Premier ministre Guillaume Soro, qui a, pour beaucoup, "échappé à la mort de justesse", sans exclure aucune hypothèse mais en soulignant les tensions internes dans le nord rebelle.
L`ensemble des quotidiens a titré sur l`attaque à l`arme lourde perpétrée vendredi matin contre l`avion de M. Soro, chef de la rébellion des Forces nouvelles (FN) à Bouaké (centre), pourtant le fief des rebelles.
L`Inter (indépendant) souligne d`abord que "le pire a été évité". "Soro frôle la mort", abonde Nord-Sud, proche des FN et du Premier ministre.
Tous s`interrogent sur l`identité des assaillants et, surtout, des commanditaires de l`attaque. La plupart des journaux n`écartent aucune hypothèse, mais estiment que l`attentat n`est pas une surprise au vu des tensions créées par le renversement d`alliance né de l`accord de paix de Ouagadougou, qui a vu MM. Soro et Gbagbo, ennemis d`hier, se rapprocher.
"Qui en veut à Soro? Les hypothèses sont nombreuses", note l`Inter, même si, "a priori, on pense immédiatement à des mécontentements au sein des FN".
Le quotidien gouvernemental Fraternité-Matin souligne ainsi "le malaise" au sein des FN "qui grippe la machine" du processus de paix dans le nord, divisée entre partisans et opposants du rapprochement avec M. Gbagbo.
"Le calme était de surface. Un semblant d`assurance régnait au sein" de la rébellion, estime 24 heures, proche de l`opposition.
La plupart des quotidiens suggèrent que les assaillants sont sans doute des combattants locaux manipulés. Mais par qui? Certains accusent des chefs rebelles historiques hostiles à Soro, notamment Ibrahim Coulibaly, dit "IB", aujourd`hui en exil, d`autres divers partis politiques.
Les assaillants de Bouaké "viennent de rappeler de la façon la plus brutale qui soit" à MM. Soro et Gbagbo que leur processus de paix reste fragile, en particulier dans le nord, conclut l`Intelligent (indépendant), qui feint de s`étonner: "Mais pouvait-il en être autrement dans une ville où les armes circulent comme des poissons dans un océan ?" »


Le Temps
mardi 3 juillet 2007 — http://news.abidjan.net/article/?n=255306

« 
Traitement de l’attentat manqué contre Soro - RFI-Forces nouvelles : la fin d`une idylle »

(Cf. aussi l’analyse de Couper-coller —
http://coupercoller.wordpress.com/2007/07/04/media-evolution/)

Firmin K. Tché Bi Tché :

« Entre les Forces nouvelles et RFI, ce n’est plus le grand amour. Le porte-parole des FN, Siriki Konaté s’en est récemment pris avec véhémence à la Radio “mondiale” qu’il accuse de manipuler l’information. La lune de miel entre les Forces nouvelles et Radio France internationale, née au lendemain des événements de septembre 2002 avait commencé, petit à petit, à prendre du plomb dans l'aile après la signature de l'Accord politique de Ouaga. Nous reviendrons sur les raisons plus tard. Toutefois, depuis vendredi, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle a pris fin dans le traitement de l'information sur l'attentat manqué contre le Premier ministre Soro. Celui qui sonne le glas n'est autre que le porte-parole des FN, Sidiki Konaté, par ailleurs ministre du Tourisme et de l'Artisanat. " Ce qui nous a fait rire, affirme-t-il, c'est déjà l'interprétation tendancieuse de RFI ". Qui l'eût cru ! Le temps où les journalistes de cette radio tendaient, à tous les coins de rue de Bouaké, leur micro aux rebelles aujourd'hui ex-rebelles, pour affubler le camp présidentiel d'anathèmes semble être relégué aux calendes grecques. Les raisons de la colère des FN, c'est la rétention des informations qui accablent la Licorne. " Nous avons eu les journalistes (ndlr, de cette radio) ce matin (ndlr, samedi), explique Sidiki Konaté, et nous leur avons dit : vous êtes bien et vous parlez. Mais vous n'avez pas dit qu'au moment où on nous attaquait, les soldats français étaient sur la piste. Mais en même temps, je leur ai demandé : Pourquoi d'un attentat, vous parlez d'un mécontentement, comme si vous justifiez que ce qui est arrivé devait arriver ". Le ministre découvre, sur le tard, la face hideuse de RFI. Le contraire aurait été surprenant. Parce que RFI est le porte-voix de la France officielle. Et elle ne peut, en aucun cas, mettre sur la place publique, les défaillances dans le dispositif sécuritaire de la Licorne. Cette méthode étant de tradition dans " la radio mondiale ", la réaction du ministre pourrait susciter chez les observateurs avisés, un sourire. Parce qu'il est admis qu'un pays n'a pas d'amis, mais des intérêts à défendre. Et depuis la signature de l'Accord de Ouaga qui a vu Guillaume Soro s'affranchir de toutes les tutelles, y compris celle de la France, le ton de cette radio avait déjà changé à son égard. Il est traité de chef rebelle là où par le passé on l'appelait Secrétaire général des Forces nouvelles. En clair RFI, dont les journalistes sont pistés comme du lait sur le feu, par le Quai d'Orsay, est dans une logique impérialiste. Que Sidiki Konaté le réalise aujourd'hui, est en soi une bonne chose. Quand on dîne avec le diable, comme on le dit dans nos hameaux, il faut avoir une longue fourchette. Les Ivoiriens, de tout bord, doivent aujourd'hui, ensemble, avoir une fourchette contre les ennemis de la Nation. »


AFP : « 
Attentat contre le Premier ministre ivoirien: la justice ivoirienne se saisit de l'affaire 
ABIDJAN (AFP) - jeudi 05 juillet 2007 - 19h09 - La justice ivoirienne a annoncé jeudi qu'elle engagerait "des poursuites pénales contre les auteurs et complices", toujours inconnus, de l'attentat à l'arme lourde qui a visé l'avion du Premier ministre Guillaume Soro vendredi dernier à Bouaké (centre).
La justice ivoirienne a décidé "d'engager des poursuites pénales contres les auteurs et complices de cet attentat", a déclaré le procureur de la Cour d'appel de Bouaké, Fodio Kadio Abo, lors d'une conférence de presse à Abidjan.
"Nous venons d'ouvrir une information judiciaire confiée au juge d'instruction de Toumodi (sud, zone loyaliste)", chargé de "rechercher les auteurs de ce crime afin qu'ils soient jugés", a ajouté M. Abo.
L'avion gouvernemental qui transportait M. Soro a été attaqué à l'arme lourde vendredi matin à l'aéroport de Bouaké, fief de la rébellion des Forces nouvelles (FN, qui contrôlent le nord du pays), alors qu'il s'y rendait pour lancer la réinstallation des juges et magistrats en zone rebelle.
Le Premier ministre a été épargné mais l'attaque a fait au moins quatre morts dans sa délégation.
Aucune information n'a été donnée sur les auteurs ou les commanditaires de cette attaque depuis vendredi, laissant toutes les hypothèses ouvertes.
Mardi, M. Soro a cependant affirmé connaître les auteurs de cet attentat, sans les citer, écartant la piste d'un complot de chefs militaires de la rébellion des FN, dont il est le leader.
Il a également réclamé lundi "une enquête internationale" sur cet attentat, en jugeant cette affaire "très grave" pour la sécurité du pays.
Guillaume Soro a été nommé Premier ministre à la suite de l'accord de paix qu'il a signé le 4 mars avec le président Laurent Gbagbo, et destiné notamment à réunifier le pays par des élections d'ici 2008.
La Côte d'Ivoire est coupée en deux depuis septembre 2002 après la tentative de coup d'Etat des FN contre le président Laurent Gbagbo, dont l'autorité politique et administrative se limite désormais au sud du pays. »




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Attentat manqué contre le Premier ministre ivoirien

Par Delugio :: samedi 30 juin 2007 à 10:07 :: Analyses & commentaires




Quelques questions qui se posent :

— Est-il si facile de tirer une roquette sur un avion officiel arrivant sur un aéroport sécurisé par l’Onuci et en présence de Licorne ? Cf. Notre Voie :
http://news.abidjan.net/h/254995.html ;
http://news.abidjan.net/h/254996.html ;
http://unevingtaine.hautetfort.com/archive/2007/06/29/attentat-manque-contre-le-premier-ministre-ivoirien-guillaum.html .

— À qui profite le crime ? Cf. Le temps : http://news.abidjan.net/article/?n=255048 ;
et couper, copier coller : http://coupercoller.wordpress.com/2007/06/29/.


Bidochon



— Comment les médias françafricains gèrent l’affaire ? Cf. Sur le Blog de Théo : 
http://kouamouo.afrikblog.com/archives/2007/06/30/5468986.html
: « quelle pirouette les
«spin doctors» du RHDP et des réseaux françafricains les plus «têtus» utiliseront pour attribuer ce qui s’est passé hier à Bouaké aux «extrémistes proches de Gbagbo» ? »

« Il n’y a pas si longtemps, le logiciel vendu par la France officielle à la communauté internationale (Etats, organisations et analystes), fonctionnait de manière binaire. Il y avait le gentil G7 et le méchant Gbagbo. Quand des violences survenaient – souvent préparées par des instances internationales jouant sur les nerfs du camp patriotique –, on se réjouissait que cela se passe à Abidjan et on stigmatisait sans retenue les seuls ennemis de la paix qu’il était convenu de pointer : les
«extrémistes du Sud chrétien». »

« Aujourd’hui, il faut bien changer de logiciel. Difficile d’attribuer les manœuvres de conspiration contre l’accord de Ouagadougou au président ivoirien. Ce ne sont pas les siens qui rouspètent, hurlent, tentent de fédérer les mécontentements pour provoquer un retour en arrière. »

Théophile Kouamouo a eu le nez creux (son texte est posté ce 30 juin à 00h35). Dans Libération de ce matin, Hoffnung s’échine déjà à renvoyer dos-à-dos « les deux camps » (http://www.liberation.fr/actualite/monde/264404.FR.php) :
« dans le camp gouvernemental, comme dans celui des rebelles, certains […] réprouvent en silence [l’accord de Ouagadougou] » explique-t-il, après s’être empressé de nous préciser qui a le beau rôle : « Les victimes ont été prises en charge par le personnel médical de la force française Licorne ».

Et Hoffnung conclut son article en pronostiquant tout haut une mise en cause de la visite de Gbagbo à Bouaké : « Vendredi, le président Gbagbo a indiqué qu’il maintenait sa visite à Bouaké, prévue le 5 juillet. Mais l’attentat contre Soro pourrait bien inaugurer une série de règlements de comptes sanglants au sein de l’ex-rébellion. »

Ce qui donnerait un retour à la case départ — d’avant Ouagadougou, dont probablement nombre de Français viennent de découvrir qu’il s’y était passé quelque chose : contrairement à l’accord passé quasiment inaperçu en France, l'attentat d'hier est répercuté à chaque journal télévisé. Au point que de l’annonce répétée « attentat manqué contre le Premier ministre ivoirien », on pourrait se demander si certains ne vont pas retenir surtout la seconde partie : Soro Premier ministre !




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Maïmonide et les «noirs»

Par Delugio :: lundi 18 juin 2007 à 8:23 :: Analyses & commentaires




On cite parfois indûment Maïmonide pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas
(cf. http://www.afrostyly.com/afro/divers/malediction_cham.htm
 ;
http://www.shenoc.com/la%20mal%C3%A9diction%20de%20cham.htm ; etc.).

Je reproduis la citation que l’on en fait : la « 
nature [des "noirs"] est semblable à celle des animaux muets, et selon mon opinion, ils n'atteignent pas au rang d'être humains ; parmi les choses existantes, ils sont inférieurs à l'homme mais supérieurs au singe car ils possèdent dans une plus grande mesure que le singe l'image et la ressemblance de l'homme » (Le Guide des égarés, livre III, chapitre 51).

La citation est (à strictement parler, approximativement) exacte, mais tronquée ! Dans le même propos,
Maïmonide
vise aussi nommément les Turcs, donc des « blancs » — ce qui ne vaut pas excuse !… Mais cela rend illégitime l’accusation de racisme anti-«noirs». Il suffit de lire le texte en entier pour voir que le préjugé de Maïmonide n’est pas raciste, mais… rationaliste et religieux !

Il parle uniquement des Turcs de « l’extrême nord » et des « nègres » de « l’extrême sud », qui pense-t-il, n’ont pas été atteints par les acquis de la raison (aristotélicienne) et de la croyance religieuse. Maïmonide s’autorise de ce préjugé (de nature rationaliste et monothéiste) pour dénuer la pleine humanité
aux tenants de ce qu’il croit être l’absence de religion, de spéculation et de traditions.

Le propos de Maïmonide concerne — je le cite plus complètement — « tous les hommes qui n'ont aucune croyance religieuse, ni spéculative, ni traditionnelle, comme les derniers des Turcs à l'extrême nord, les nègres à l'extrême sud et ceux qui leur ressemblent dans nos climats. Ceux-là sont à considérer comme des animaux irraisonnables; je ne les place point au rang des hommes, car ils occupent parmi les êtres un rang inférieur à celui de l'homme et supérieur à celui du singe, puisqu'ils ont la figure et les linéaments de l’homme et un discernement au-dessus de celui du singe » (Guide des égarés, livre III, chapitre 51, traduction S. Munk, éd. Verdier, coll. « Les dix paroles », p. 615-616).

Le propos est indéfendable, mais ne peut cependant en aucun cas être considéré comme parlant de la couleur de la peau.

Dans un ordre différent, on pourrait d’une autre façon remarquer aussi que les développements insupportables du Talmud sur les « noirs », développements souvent cités, ont été dans une certaine mesure réfutés par des talmudistes eux-mêmes. Ainsi — évidemment au courant des délires, ouvrant à la pire négrophobie, présents dans les midrashim —, un rabbi Eliezer précisait que Sem, et pas seulement Cham, était « noir » — et beau tandis que Cham était laid ! (Pirké de rabbi Eliezer.) Bref, le présentateur télé dit le
« black » de TF1, Harry Roselmack, descendrait de Sem, si l'on en croit ces dames ; tandis que l'artiste noir américain Sammy Davis Junior, de confession juive, qui se disait lui-même laid, descendrait de Cham...

(Voir, sur l'origine des développements talmudistes, une thèse intéressante dans un article publié dans la revue Éthiopiques.)

Si l’on ajoute à cela que l’exégèse du texte de la Genèse, non seulement pourrait confirmer ce que dit rabbi Eliezer quant à la
« noirceur » de Sem — via la géographie : un des lieux d’implantation des « sémites » étant la Somalie (Gn 10, 28 : Ofir et Saba, fils de Sem par Eber = Hébreux – Saba est aussi fils de Cham par Koush, Gn 10, 6) — ; mais qu’elle pourrait infirmer aussi l’exclusive « noirceur » de Cham — des pans entiers de l’actuelle Mésopotamie (évidemment « blanche ») étant « chamitiques » (comme Akkad et Assour – Gn 10, 10-11) ; on découvre à quel point est indu l’usage — par le midrash Bereshit Rabbah notamment — de ce texte de la Genèse à des fins potentiellement catastrophiques quant à la négrophobie… (Voir sur l’exégèse, le livre de Pierre Ndoumaï, On ne naît pas Noir, on le devient. Les métamorphoses d’une idéologie raciste et esclavagiste, L’Harmattan, 2007 — cf. http://delugio.zeblog.com/2007/06/15.)




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"Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous."

Par Delugio :: samedi 02 juin 2007 à 10:05 :: Analyses & commentaires




«Dans
Peaux noires et masques blancs, qu’il écrivit après avoir lu Réflexions sur la question juive de Sartre, Frantz Fanon relate une conversation entretenue, dans un train, avec un ivrogne tenant des propos radicalement antisémites. Il en déduit qu’il faut associer antisémitisme et négrophobie (nous pourrions aujourd’hui tout aussi bien y ajouter l’islamophobie) :
"
De prime abord, il peut sembler étonnant que l’attitude de l’antisémite s’apparente à celui du négrophobe. C’est mon professeur de français, d’origine antillaise, qui me le rappelait un jour : ‘Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous.’ Et je pensais qu’il avait raison universellement, entendez pas là que j’étais responsable, dans mon corps et dans mon âme, du sort réservé à mon frère. Depuis lors j’ai compris qu’il voulait tout simplement dire : un antisémite est forcément négrophobe."
Et il précisait : "
Chacun de mes actes engage l’homme. Chacune de mes réticences, de mes lâchetés manifeste l’homme."»
(Cité dans http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=7692)


L’invité de l’émission « Les matins de France Culture » du 31 mai dernier était le nouveau président du Crif (Conseil Représentatif des institutions juives de France), Richard Prasquier.
(http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture/
MATINS/MATINS20070531.ram
)

Le propos est intéressant, et ne fait pas de vagues, jusqu’au moment où il apparaît que les interviewers entendent le pousser sur le terrain glissant de ce que le texte de présentation sur le site de France Culture appelle « la guerre des mémoires ».

Pour cela ils partent du discours de Sarkozy, au moment où il parle d’ « en finir avec la repentance ». Manifestement Richard Prasquier n’a pas envie de les suivre ! Alors on insiste.

Et décidément, il refuse d’aller là où on semble tenir à le pousser. Bonne tenue, bonne tenue aussi des interviewers. Jusqu’au moment où on en vient à Pétré-Grenouilleau. Richard Prasquier se prend à regretter qu’on ait pu « délégitimer certains livres d’histoire comme cela a été le cas notamment pour un historien qui avait écrit sur le colonialisme » Erreur : le voilà corrigé par ses interlocuteurs : il s’agissait de l’esclavage. Effectivement il se corrige à son tour… « sur la traite des noirs » — voilà qui fonde à se demander s’il l’a lu, surtout quand on entend ce qu’il en dit : il aurait été « délégitimé sous le prétexte qu’il n’entre pas dans une vision pré-établie de ce qu’étaient les phénomènes ». Et voilà Pétré-Grenouilleau victime : on « délégitime un historien » qui — le pauvre — ne fait que son travail...

Et l’interviewer « de gauche », Olivier Duhamel, d’avouer son accord total sur ce point avec l’interviewer « de droite » Alain-Gérard Slama : ils en ont déjà parlé, disent-ils : ils sont d’accord avec l’interviewé, il est insupportable d’avoir tenté de « délégitimer » ce pauvre historien.

Richard Prasquier n’a quasiment rien dit, mais le voilà qui a, hélas, glissé. La « guerre des mémoires » a été attisée. A-t-il lu le pavé indigeste de Pétré-Grenouilleau ? Est-il obligatoire, peut-on certes se demander, de s’infliger une telle lecture ? D’ailleurs les interviewers eux-mêmes, qui se font ses vertueux défenseurs l’ont-ils lu ? Reste que si c’était le cas, les uns comme les autres sauraient ce qu’autrement, ils font sans s’en rendre compte.

Primé par le Sénat à l’occasion des tentatives parlementaires de faire passer une loi — qui parfois s’avoue elle-même anti-Taubira ! — sur « les bienfaits de la colonisation », Pétré-Grenouilleau s’est vu dresser un statut de victime de l’obscurantisme par un aréopage médiatique vertueux — qui ne l’a vraisemblablement pas lu.

Sans quoi, s’il l’avait lu, il y aurait découvert que sur les navires déportant les Africains, « la mortalité des esclaves était globalement moins importante que celle touchant les équipages des négriers » (éd. Folio, p. 171-172) — cela pour donner un échantillon du travail de l’historien. L’aréopage vertueux aurait découvert que l’on ne nous sert dans ce livre, à longueur de pages, rien d’autre qu’une apologie de cet acabit de l’Europe négrière. Le tout noyé sous un flot de statistiques bien choisies enrobées d’un vocabulaire donnant une impression d’objectivité, mais parsemé ça et là de pointes dévalorisantes à l’égard des Africains (la méthode est aussi celle du « négrologue » Stephen Smith — primé lui aussi). Et comme ce flot confus prend soin de se dédouaner en donnant quelques épithètes allant apparemment en sens inverse (Pétré-Grenouilleau emploie par exemple une ou deux fois l’expression « infâme trafic »), les étonnements de ceux qui ont lu le livre passeront pour de la mauvaise foi d’extrémistes injustes envers un historien qui ne fait que son travail. N’emploie-t-il pas un vocabulaire extrêmement prudent : il lui « paraît », il lui « semble », il s’étonne lui-même de ce qu’il « constate »… Je cite : « paradoxalement, ni le taux d’entassement, ni la durée de l’expédition, ni la nationalité, ne paraissent avoir joué un rôle déterminant [dans le taux de mortalité] » (p. 168-169) — on aura noté « l’objectivité » : « paradoxalement », « ne paraissent »… Plus loin : « Les enfants de moins de quinze ans semblent avoir été plus fragiles que les hommes, et les femmes moins que ces derniers » (p. 169). Toujours la même « objectivité » : « ils semblent ». La méthode consiste en une accumulation de détails insensibles de ce genre pour insensibiliser les lecteurs (dont la plupart des louangeurs de « l’historien objectif » ne sont probablement pas). Et on finit par être obligé d’avaler à longueur de pages un vocabulaire « objectif » reprenant à dessein celui des négriers (« objectivité historienne ») et abandonnant d’emblée les guillemets pour nous parler de « modes de production », d’ « approvisionnement », de « production directe » ou « ‘accompagnée’ », etc. (le « produit » étant hommes, femmes et enfants)…

Et nous voilà presque avec une société quasi-idyllique, nous présentant des relations bon-enfants entre une « Afrique noire qui impose ses règles » et une Europe qui s’y plie avec une certaine mauvaise conscience, qui finalement l’honore et lui permettra d’imposer l’abolition de ce qu’elle a fait presque malgré elle — les défenseurs de Pétré-Grenouilleau en tireront eux-mêmes les conclusions : les Africains devraient être reconnaissants à l’égard de l’Europe négrière !

D’autant plus que le portrait est nettement moins élogieux quand on passe à la traite « orientale » — à savoir arabe. À l’appui d’une citation, Pétré-Grenouilleau nous fait remarquer que pour le coup, les chances de survie au cours du voyage de déportation « étaient minces ». Et comme l’affirmation fait tout de même problème, puisqu’un des arguments répétés à longueur d’émissions radios de l’apologie de l’Europe négrière est que « les pertes » d’esclaves au cours du transport n’étaient pas rentables (et donc que les négriers européens en prenaient soin), et puisque Pétré-Grenouilleau se rend bien compte que l’argument doit valoir aussi pour les Arabes, il fournit une « explication » : « il était néanmoins préférable de maintenir [‘le butin’] dans le meilleur état possible afin qu’il soit converti en espèces sonnantes et trébuchantes au terme du voyage. Les taux de mortalité en moyenne plus importants de la traite orientale [à l’appui d’une citation d’Austen, qui a par la suite contesté l’usage pétré-grenouillesque de son travail] s’expliquent peut-être, outre la difficile traversée du désert, par un plus faible coût d’acquisition des captifs, du fait, notamment des grandes razzias opérées par les États ‘tampons’ » (p. 143). CQFD, à coups de « peut-être », d’affirmations voulant que le désert soit plus difficile à traverser que l’océan, tandis que l’océan tue autant les négriers que les captifs, mais pas le désert, etc.

Pétré-Grenouilleau nous sert cet embrouillamini « scientifique » qui débouche sur son apologie de l’Europe négrière en regard des autres traites négrières. C’est cela qu’il appelle, selon son sous-titre, « Essai d’histoire globale » ; la « globalité » signifiant un méli-mélo de tout ce qui est « noir » dans le temps et dans l’espace — à l’exclusion (sauf mention au passage) des traites et de l’esclavage des autres populations du globe. Il est vrai qu’il s’agit d’un « Essai d’histoire globale » des « traites négrières » et pas des « traites d’humains ». Bref, voilà une couleur de peau qui fait à elle seule globalité (en l’occurrence du trafic esclavagiste). Une couleur de peau faisant « globalité » : en d’autres temps, on eût qualifié cela de racisme…

Quand à l’objet transparent (pour peu qu’on l’ait lu) du pavé indigeste : l’apologie de l’Europe négrière au déficit des victimes, on l’appuie sur une autre globalité étayée de chiffres, celle « des » traites : la « traite interne », qui si un tel vocabulaire avait un sens, serait de toute façon inchiffrable, et la « traite orientale », aux chiffres revus systématiquement à la hausse (et contestés par l’auteur cité), tandis que les chiffres de la « traite occidentale » sont systématiquement (et avec « explications ») revus à la baisse. En conclusion des chiffres : la « traite orientale » a vu la déportation de près du double d’Africains que la « traite occidentale » !

Le simple touriste (qui n’est pas « historien ») et qui constate que des régions entières d’Amérique, des îles entières d’outre-Atlantique, sont jusqu’à aujourd’hui peuplées de « noirs », et qui constate parallèlement la rareté des « noirs » au Proche-Orient arabe, en Iran, en Turquie… bref, dans le monde arabo-musulman, en conclura que les déportés dans le monde arabe (censément deux fois plus nombreux) étaient sans doute bien moins féconds que les déportés outre-Atlantique (censément deux fois moins nombreux).

Cela dit « à gauche » (Olivier Duhamel), comme « à droite » (Alain-Gérard Slama), et avec Richard Prasquier, on s’accorde pour voler au secours de l’historien persécuté.

Et l’auditeur de cette radio de service public de se demander s’il est juste que ses impôts servent à attiser de la sorte la « guerre des mémoires »… sachant en outre qu’on est bien dans le cadre, nolens volens, d’une mise en cause indirecte de la Loi Taubira, qui parle pour les déportations esclavagistes transatlantiques de crime contre l'humanité
— puisque le livre de Pétré-Grenouilleau ne fait que poser tout du long la relativisation du phénomène.

Voilà, quelques années après la loi Taubira, une tentative de loi sur « les bienfaits de la colonisation » qui s’est efforcée d’expliquer aux historiens ce qu’ils devaient trouver et enseigner. Loi naturellement discréditée — délégitimée. Et voilà emportées dans la tourmente les autres lois « mémorielles », à commencer par la loi Taubira, et à finir par la loi Gayssot, lois qui pourtant, elles, ne dictent en aucune façon ce que les historiens doivent trouver : la loi Gayssot ne fait que rappeler le jugement du tribunal de Nuremberg et l’illégitimité de le contester, la loi Taubira ne fait que rappeler que le concept de crime contre l’humanité, concept juridique depuis Nuremberg, a été forgé précisément dans les combats anti-esclavagistes du XIXe siècle, et dire que cela a sa place en histoire. Rien qui interfère avec le travail historien, rien d’autre que ce qui concerne le droit partagé (ce qui est bien le rôle d’une Assemblée législative). (Quant à la troisième loi mise en cause, sur le génocide arménien, son problème ne rentre pas dans le cadre de ces débats-là : son seul problème est que la France s’est prise pour la Turquie !)

Pour en rester à la question pétré-grenouillesque en regard de la « guerre des mémoires », dans le cadre de la loi sur « les bienfaits de la colonisation » comme anti-loi Taubira, l’historien nous l’a expliquée lui-même, condamnant le travail de l’Assemblée nationale et son vote unanime, parce que, dit-il, parler des déportations esclavagistes comme crime contre l’humanité encouragerait la concurrence des mémoires ! Étrange de la part d’un historien, a fortiori de la part d’un historien de l’esclavage ; il devrait savoir que l’expression-même de crime contre l’humanité en est issue. Où, si l’on veut ne pas remettre en cause sa compétence historienne, il faut se demander s’il n’y a pas là propos tenus à dessein !

Chose d’autant plus grave que cette histoire est, jusqu’à la loi Taubira et aux débats qui l’ont entourée, et depuis les commémorations de la seconde abolition de l’esclavage de 1998, largement occultée. Ce qui rend non seulement vaines, mais scandaleuses les sommations à s’intégrer adressées aux Français antillais ou originaires des (ex-)colonies. Le problème est en effet dès lors posé à l’envers : ce qu’il s’agit d’intégrer, ce sont ces pans entiers de notre histoire commune, officiellement occultés !

Ici, apparaît à quel point la « guerre des mémoires », en permanence attisée et instrumentalisée, est une ruine pour ceux qui sont mis en concurrence : comme les coups de griffe sur la loi Taubira atteignent forcément la loi Gayssot, l’occultation de la mémoire du passé esclavagiste et de ses conséquences, débouche nécessairement sur le négationnisme de la Shoah, qui est l’importation en Europe de l’objectivation de populations devenues des «  produits » : le même vocabulaire objectivant concernait les « produits » des camps nazis.

François Meyronnis (L’axe du Néant, Gallimard, 2003, p. 20-21) dévoile ainsi la chose concernant la Shoah : « dans le 2e livre de Samuel, la Bible insinue déjà le lien du chiffrage avec la destruction. Parce qu’il veut dénombrer ses sujets, le roi David attire sur son peuple trois jours de peste. Certains rabbins mettent en rapport le mot déver, peste, et le mot dabar, parole. Le ravage est déjà là : dans le simple fait de compter un corps de parole comme une tête de bétail. […]
Les SS n’employaient jamais le mot : « tuer ». Ne parlaient même pas de « supprimer », ou de « liquider ».
Ils disaient plutôt : « activités de transfert ».
[…]
Ainsi l’anéantissement a-t-il eu lieu d’abord dans le langage. »
Meyronnis parle ici de la Shoah. On voit à quel point ce qu’il dit concerne aussi directement l’esclavage et les déportations esclavagistes. « Tête de bétail » ; « activités de transfert » chez les SS ou « mode de production », « butin », dans le livre de Pétré-Grenouilleau. L’abolition de l’humanité a lieu d’abord dans le langage.

Où — sans compter le fait que nombre de juifs sont noirs —, le propos donné par Frantz Fanon :
« quand vous entendez dire du mal des juifs, noirs dressez l’oreille, on parle de vous », peut être parfaitement inversé : « quand vous entendez dire du mal des noirs, juifs dressez l’oreille, on parle de vous ».




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Hofnung : pourquoi tant de haine ?

Par Delugio :: mercredi 23 mai 2007 à 19:55 :: Analyses & commentaires




La façon dont Hofnung ne parvient plus à se tenir atteint un degré qui interroge.


Un moment culminant est atteint dans son «portrait» (sic) de Simone Gbagbo, intitulé «La dame d’ivoire» dans Libération du 22 mai 2007 —
http://www.liberation.fr/transversales/portraits/255211.FR.php
http://news.abidjan.net/h/250264.html.


Hofnung se lâche, laisse déborder son fiel, au point de ne plus hésiter à donner dans la grossièreté, allant jusqu’à attaquer sa victime au physique ! Pour Hofnung, chose très grave à ses yeux, chose digne du TPI, Mme Gabgbo aurait un «menton proéminent». Quoiqu’il en soit de l’appréciation — on la laisse à Hofnung — voilà une façon qui témoigne d’une belle galanterie ! Concède-t-il même à sa victime l’humanité ? Imagine-t-on pareil grossier dérapage s’il dressait le portrait d’une des homologues européennes de Mme Gabgbo ? La réponse évidente laisse percevoir le degré de bassesse où est tombé Hofnung !


Et puisque ce grand «spécialiste» sent très bien que cette attaque physique ne porte pas grand tort à sa victime (même s’il semble ne pas sentir que tel propos déshonore son auteur), il nous ressort les vieilles calomnies.


Et comme il sait qu’elles se sont révélées fausses, il les appuie sur ce qu’il donne pour des « sources » — courageux mais pas téméraire ! Choses révélées fausses, il nous les ressort quand même, selon le principe «calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose» :


Et que je t’en remets sur les «escadrons de la mort», selon la trop fameuse rumeur condamnée comme calomnieuse par la justice française —
cf.
http://www.presidence.ci/porteparolat/porte_parole.php?idp=11.

Ne pouvant donner (et pour cause) d’autre source, il nous renvoie aux «services de renseignement français» qu’il semble aimer relayer avec assiduité. Voilà une source qui ne mange pas de pain, surtout quand on la cite au conditionnel en ayant pris soin de mettre soi-même les guillemets aux fameux «escadrons de la mort» qui «auraient» assassiné «plusieurs personnalités d'opposition» (oui, mais lesquelles ?).


Et que je te précise que «Guy-André Kieffer […] avait rendez-vous avec le beau-frère de Simone Gbagbo» quand il a été enlevé. Ce qui pour Hofnung vaut preuve. Et qu’importe si c’est à Paris que l’enquête bloque : cela, Hofnung l’ignore, comme il ignore les enquêtes sur la filière cacao, qui elles, débouchent ailleurs qu’en Côte d’Ivoire
— cf.
http://unevingtaine.hautetfort.com/archive/2006/08/28/
la-presse-francaise-evoquera-t-elle-cela.html
.

«Kieffer et le beau-frère de Simone Gbagbo», voilà une référence qui ne peut que servir son «portrait».


Et que j’attribue à «des proches de la première dame» jusqu’à la pollution du Trafigura ! — selon une rumeur diffusée via un numéro d’alors d’un journal d’opposition, rumeur amplifiée à l’époque par Hofnung avant d’être démentie par ledit journal d’opposition (Le Jour). Mais qu’importe, suivant le principe «calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose», Hofnung rapporte que c’est ce qu’«assurent des opposants locaux» !


Et Hofnung d’épiloguer à partir de là sur cette «Raspoutine en robe traditionnelle africaine».

 Sauron

D’entrée le «portrait» a commencé par une mise en scène cinématographique digne du Seigneur des anneaux, Mme Gabgbo y jouant le rôle de Sauron chef des démons, et sa résidence celle des terres du mal dont tout le monde a peur de s’approcher : Hofnung, lui, n’a pas peur du ridicule.


Bref ! Abrégeons ce florilège de méchanceté hofnunguienne. On pourra lire la suite dans le «portrait» (lien ci-dessus).


Reste la question qui ne peut que tarauder le lecteur : pourquoi tant de haine ? L’idée que Hofnung ait quelque rancœur personnelle contre la Côte d’Ivoire est difficilement évitable.


Hofnung livre lui-même le tournant de ce déchaînement de son amertume : «Fin mars, son époux, Laurent Gbagbo, a nommé au poste de Premier ministre le chef de ceux qui ont voulu le renverser, Guillaume Soro. Et les Jeunes Patriotes, qui promettaient de leur faire la peau, dansent désormais avec les rebelles dans des réunions publiques».


Voilà un vrai problème pour Hofnung, qui sait que Mme Gbagbo joue un rôle essentiel dans le processus de paix par son insistance permanente sur la nécessité du pardon. Quiconque a vu ce qui se passe en Côte d’Ivoire ne peut pas en douter. Et voilà qu’elle publie un livre qui explique beaucoup de choses — on en trouvera une recension remarquable sous la plume de Jean Chatain dans L’Humanité
cf.
http://unevingtaine.hautetfort.com/archive/2007/04/05/.


Et Hofnung de se déchaîner dans un trait d’une ironie amère contre cette façon de Mme Gabgbo de «vouloir pardonner leurs offenses à ceux qui ne savent pas ce qu'ils font».


La paix en Côte d’Ivoire, voilà ce qui tourmente Hofnung. Les commentaires sous son article s’étonnent d’un tel déchaînement à un moment si inopportun —
http://www.liberation.fr/php/pages/pageReactionsList.
php?rubId=46&docId=255211#reac426732
.

Mais ce déchaînement à ce moment pourrait bien n’être pas un hasard. La paix qui s’étend, et de quelle façon, ne peut qu’affoler Hofnung, qui depuis plusieurs années paye de sa personne en couvrant systématiquement les exactions commises contre la Côte d’Ivoire républicaine, que ce soit celles de l’armée française — il n’a pas hésité à se couvrir de ridicule pour se faire le porte-parole des mensonges à répétition de la communication officielle, au moment tout de même, où mourraient les manifestants !

— cf. http://unevingtaine.hautetfort.com/archive/2008/07/22/quand-le-%E2%80%98specialiste-afrique-de-%E2%80%98libe-prend-le-procureur-iv.html (l'article marqué **).


Ou que ce soit en couvrant les massacres de Petit-Duékoué et Guitrozon selon la vieille méthode qui consiste à renvoyer dos-à-dos victimes et bourreaux, quand ce n’est pas à inverser les rôles (maître Vergès, dans un livre ignoré, a témoigné de ce qui s’est réellement passé — cf. son livre : Crimes contre l'humanité, massacres en Côte d'Ivoire, éd. Pharos - J.M. Laffont, 2006).


Pour ne rien dire de son «révisionnisme évolutif» concernant les événements de Bouaké — il tient malgré l’accumulation des révélations en sens contraire, à faire de Gabgbo le responsable de la mort des soldats français —–
cf.
http://delugio.zeblog.com/56463-Evenements-de-bouake-revisionnisme-evolutif/.


Bref, j’en passe des engagements «journalistiques» de Hofnung. Le problème, c’est que la paix est en passe de faire éclater la vérité sur la «crise ivoirienne». D’autant plus que la réconciliation franco-ivoirienne est du coup aussi en marche —
cf.
http://www.lematindabidjan.com/visual_article.php?num_actualite=7251.


Et Hofnung enrage : le fiel de sa plume n’en laisse aucun doute. Et ne laisse pas de doute sur la raison de tant de haine : quelque chose de personnel est en jeu…




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