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«Une vingtaine» !

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« Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française » !

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Événements en Côte d'Ivoire. Essais de mise en perspective...

Delugio


Essais de lecture suivie sur : unevingtaine.
hautetfort.com


Une autre histoire de la "crise ivoirienne" et autres considérations sur : unevingtaine.wordpress.com

Voir aussi : delugio.
blogs.nouvelobs.com


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« Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur »


« Le mensonge se lève
très tôt mais la vérité
finit par le rattraper »


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La gauche française, sa défaite aux élections et la crise franco-ivoirienne

Par Delugio :: jeudi 10 janvier 2008 à 11:59 :: Analyses & commentaires




Question : la gauche française a-t-elle un avenir autrement qu’en étant à gauche ?… Et qu’est-ce qu’être de gauche ? That’s the question, me semble-t-il. Si la question n’est pas posée, ou si la réponse tacite n’est que dans une alternative entre un pragmatisme et une bien-pensance qui se moque du concret, la gauche est de toute façon en mauvaise posture !

Pour apporter une contribution (qui vaut ce qu’elle vaut) au débat, je propose comme pivot incontournable de ce qu’est être de gauche — et je vais essayer d’argumenter — les grandes déclarations de droit issues des révolutions modernes, ce que je résumerai par l’article 1 de la Déclaration des Droits de l’Homme (DH) et du citoyen : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ».

Voilà qui peut sembler un peu bateau ! pour ne pas dire tautologique… sans compter que j’entend déjà nombre de ceux qui se veulent de droite clamer leur revendication de cette affirmation. Je précise donc que je ne dis pas qu’être de droite implique ne pas se reconnaître dans cette égalité en droit et en liberté de tous les hommes. Je dis simplement qu’on ne peut pas être de gauche si on lâche ce pivot de l’héritage révolutionnaire.

On sait que la gauche, historiquement, est le camp de ceux qui se posent du côté de l’acquis révolutionnaire constitutionnel (éventuellement contre le pouvoir royal) face à ceux qui, à droite, se rangent du côté du pouvoir royal (éventuellement contre l’acquis constitutionnel). C’est ainsi que par la suite la droite sera considérée comme se positionnant en réaction à l’acquis révolutionnaire. Cela selon le vocabulaire hégéliano-marxiste : la droite est le mouvement réactionnaire, le mouvement global en réaction contre le progrès de l’histoire, selon ladite classification hégéliano-marxiste qui se nomme ainsi elle-même progressiste.

On pourrait discuter ce vocabulaire et ses sous-entendus téléologiques. Il reste de cette classification philosophique qu’effectivement, pour longtemps, le camp qui s’oppose au mouvement révolutionnaire n’offre pas d’autre revendication que sa propre réaction. Il est connu que la droite ne se donne pas d’événement fondateur. Elle se veut retour à un passé que les événements fondateurs de la gauche, c’est-à-dire les étapes franchies dans l’extension de l’acquis donné dans la Déclaration révolutionnaire, ont fait perdre.

Dire cela n’empêche certes pas de discuter la légitimité des motifs des réactions simultanées ou successives qui font la droite comme réaction — depuis la réaction contre le désordre induit par la désacralisation de l’autorité royale, jusqu’à la réaction cléricale, en passant par la réaction contre la Terreur, puis plus tard dans l’histoire contre la terreur communiste et le totalitarisme — où paradoxalement la droite se fait porteuse des idées de liberté qu’elle a historiquement combattues.

C’est dans cet ordre d’idées que Sarkozy, au cœur d’une campagne électorale très à droite, a pu sans problème se référer à des figures de gauche comme Jaurès ou Guy Môquet au lendemain de son élection — ici pour cimenter ses propos très marqués à droite, sur l’identité nationale.

Dans tous les cas, la droite se pose comme réagissant à des travers (effectifs ou pas) induits par l’idée fondatrice de la gauche symbolisée dans l’article 1 de la DH : une constitution face au pouvoir absolu. C’est ainsi que la gauche française s’enracine dans la révolution protestante anglaise de 1649 et dans son extension dans la révolution américaine (ce que les révolutionnaires français revendiquaient) — une loi commune et qui vaut pour tous les hommes face à un pouvoir arbitraire. Les grands acquis ultérieurs reposent sur l’exploration, l’extension du contenu de cet article 1 : depuis l’abolition de l’esclavage (que les constituants de 1789 n’avaient pas pris en compte !) jusqu’au droit de vote des femmes (advenu en 1945 en France !).

Quelques moments du XXe siècle sont significatifs, en France, moments qui ont tous ce même rapport avec une prise au sérieux de cet article 1 par la gauche : l’affaire Dreyfus, le refus de Vichy et de ses lois biologiques, la décolonisation, contre une France qui n’a jamais octroyé les droits des citoyens aux « indigènes » (je reviendrai sur ce point). On reconnaît là trois des quatre références de gauche de Bernard Henry-Lévy. Je ne reconnais pas sa quatrième référence, à savoir mai 68, qui n’est à mon sens qu’en partie de gauche : l’aspect de gauche de mai 68 est essentiellement un prolongement de la lutte contre la colonisation (que l’on retrouve dans l’opposition à la guerre du Viet-Nam). Pour le reste qualifier mai 68 de mouvement de gauche est plus que douteux : s’origine dans le mouvement un consumérisme qui débouche dans le sarkozysme via les années Tapie. Les observateurs ne sont pas rares à avoir remarqué que Sarkozy est un pur produit de 68. Il a eu beau jeu d’en faire un repoussoir pour une autre génération de réactionnaires (les « vieux ») quand la gauche a la manie de se réclamer de ce consumérisme censé être libérateur et qui n’est que la pointe avancée d’une autre réaction, celle des grands groupes qui y appuient leurs quasi-monopoles.


*


Ayant dit cela, il ne faut pas ignorer que les zones-frontières entre la gauche et la droite ne sont pas étanches, loin s’en faut ! Il y a même un fréquent, pour ne pas dire quasi constant, phénomène d’imprégnation réciproque. Pour être très fréquent, le phénomène connaît des périodes, comme la nôtre, où cette imprégnation devient très forte.

Dans ces temps-là, des temps comme le nôtre, cette imprégnation est déterminante lorsqu’il s’agit de gagner ou de perdre des élections. Est déterminant en l’occurrence le sens dans lequel s’effectue cette imprégnation : si la droite imprègne l’opinion et la gauche, la gauche finit par perdre, si les valeurs de gauche dominent dans l’opinion, la droite est emportée.

Il me semble évident que nous sommes en phase d’imprégnation intensive de la gauche par des caractéristiques héritées de la droite. Or la gauche officielle n’oppose aucune, ou quasiment aucune résistance perceptible à ces caractéristiques.

Un cas historique exemplaire d’imprégnation de la gauche par la droite : le jules-ferrysme colonial. « Il est du devoir des races supérieures de porter leurs lumières aux races inférieures » dixit Ferry. Idée de gauche : des valeurs universelles — portées par une imprégnation de la réaction contre ces mêmes valeurs : la hiérarchie des races : résultat : un mélange explosif, une impasse pour l’universalisme des DH et une gauche fourvoyée dans des combats perdus qui déboucheront sur un fait historique : c’est un homme de droite, De Gaulle, qui décolonisera.


*


La droite comme alliance hétéroclite des réactions : si la gauche tient sur un pivot essentiel, ce qui n’exclut pas sa diversité, la droite est essentiellement protéiforme. Elle peut unir la réaction monarchique (à l’origine), la réaction cléricale, et donc catholique (tandis que le catholicisme pourrait être non monarchiste). Il faudra attendre la 2e moitié du XXe siècle pour que le catholicisme dépasse en partie son fonctionnement réactionnaire, son fonctionnement en réaction, et en vienne à ne plus mettre en question les Droits de l’Homme ! Où une gauche conséquente se doit d’être aussi imperturbable face à la réaction islamiste qu’elle le fut face à la réaction catholique.

La droite peut unir à ces réactions la réaction « biologiste », raciste, en principe inacceptable en catholicisme (comme en tout christianisme en général) : où l’on retrouve nazisme et pétainisme. Cette forme de la réaction a été abattue en théorie en 1945 avec la défaite du nazisme, mais continue à faire des ravages, notamment sous la forme du racisme anti-« noirs » : l’apartheid durera jusqu’à la fin du XXe siècle en Afrique du Sud, mais en outre, le scandale de l’antisémitisme a été mieux perçu depuis 1945 (et pour cause) que les autres formes de racisme (notamment, pour la France, le racisme anti-« noirs » et le racisme anti-Arabes).

C’est ainsi que le racisme fait régulièrement retour sous des formes plus ou moins subtiles. Dernière mouture : le concept d’origine lepeniste de « racisme anti-"blancs" », qui a fini par séduire jusqu’à des personnalités de gauche ! Pourtant le concept est intenable si l’on y regarde de près. Il repose sur une confusion, probablement intentionnelle, entre un rejet communément partagé du dissemblable et une idéologie structurée et développée dans l’histoire, le racisme selon le terme explicitement revendiqué avant 1945, idéologie invariablement européenne (on n’a pas vu l’idéologie raciste placer au sommet de la hiérarchie des « races » quiconque d’autre que le mâle « blanc » !).

Le rejet du dissemblable, qui produit toutes sortes de xénophobies, est commun, peut être basé sur la religion, la couleur de peau, ou que sais-je ; il affecte évidemment indifféremment les
« blancs », les
« noirs », ou d'autres, mais ne peut fonder une inversion de la réalité historique des idéologies racistes !

Mais quand la gauche elle-même cède à ce genre de sophismes, il ne reste plus à la droite
qu’à
s’ouvrir à l’extrême droite (« pour la faire rentrer dans la norme républicaine ») et elle a déjà gagné à ce point. C’est essentiellement ce qui s’est produit et qui fait se demander à juste titre : quelle différence avec l’extrême-droite ? La droite au pouvoir laisse transpirer son « ouverture » à l’extrême-droite, du discours de Dakar au symbole de l’ADN.

Deuxième composante : la réaction cléricale, donc, infiniment moins nocive, ne nous leurrons pas, puisqu’elle porte en elle, jusqu’au cœur de son dogme, l’anti-biologisme, mais qui est prête à entrer parfois dans l’alliance en réaction, contre un ennemi commun, comme Pie XII contre le communisme.

Une troisième composante est le consumérisme / audimat / people / monopoles sur la presse, qui laisse la main aux groupes boursiers sous prétexte de refus des méfaits des économies planifiées.

On a reconnu là trois composantes du sarkozysme.

On aussi là trois lieux d’imprégnation de la gauche via la discours de l’ « antirepentance », qui n’a jamais été questionné de front !

Il faut reconnaître que la gauche porte un lourd passé d’imprégnation qui a été très peu dévoilé et qui correspond à la profondeur des ralliements de la gauche et de personnalités de gauche au pouvoir actuel.

Un signe remarquable est le lâchage de la révolution ivoirienne par la gauche au moment précis où l’armée française venait de tirer, à Abidjan, sur des manifestants désarmés.


*


De quoi est-il question dans la révolution ivoirienne (actuellement dans une phase en temps mort — voire en risque de décomposition) ? Il est question de la reprise exacte du conflit révolutionnaire français. Une constitution (votée à l’appel de tous les partis et à une majorité écrasante avec un taux exceptionnellement fort de participation) contre un décret imposé depuis Marcoussis-Kléber.

Le lieu d’expression du droit et de la constitution est, comme pour la révolution française, la nation. Ce qu’en France on va transformer en xénophobie… À l’heure où en France on fricotait avec de moins en moins de vergogne avec l’extrême-droite, on a justifié cette tentative de coup d’État constitutionnel contre une ancienne colonie en l’accusant de xénophobie ! Où le vocabulaire remplace le contenu, et où le sophisme du concept de « racisme anti-"blancs" » trouve un usage militaire !

Les responsables socialistes français ne s’y sont pas trompés qui, alors, persistent à soutenir leurs camarades ivoiriens, malgré les pressions de la presse française (et malgré les passages en boucles de reportages sur les « escadrons de la mort » — à propos desquels la presse française perdra devant la justice française tous les procès en diffamation que lui a intentés le couple Gbagbo).

Les socialistes français ne se leurrent pourtant pas et soutiennent leurs camarades ivoiriens, tous sauf un… Éric Besson (alors inconnu), qui demande qu’on les lâche. Le PS tient bon, jusqu’en 2004, où le lâchage intervient, par la voix de Hollande, au moment où la Côte d’Ivoire est en train de remporter la victoire qui scelle sa révolution comme étape de la deuxième phase, économique, de la décolonisation. Le choix du PS revient à une sorte d’anti-dreyfusisme : la raison d’État (avec tirs sur la foule) contre la lutte pour la souveraineté de la constitution !

Le PS va jusqu’à produire par la voix de quelques-uns des siens — porte-parole Montebourg — une demande d’excommunication (publiée par le Nouvel Obs) du FPI socialiste de l’Internationale Socialiste, après une « enquête » où ils sont allés trouver en Côte d’Ivoire ce qu’ils cherchaient pour appuyer leur lâchage.

Soyons juste : tous n’ont pas cédé. Mélenchon, Emmanuelli, Labertit (auxquels il faudrait ajouter, parmi d’autres, le Suisse Jean Ziegler) refusent de se laisser emporter par la propagande dont on nous inonde et continuent de soutenir leurs camarades ivoiriens.

Il n’empêche que ces jours-là, le PS a raté un moment historique. Il n’est pas jusqu’aux porte-paroles de la Françafrique Stephen Smith et Antoine Glaser pour reconnaître que « la France a perdu l’Afrique en novembre 2004 à Abidjan ». Et pourtant, le PS aurait pu…

C’est là hélas, un signe tragique d’un ralliement du PS à la logique du troisième pôle mentionné ci-dessus comme composante de la réaction actuellement au pouvoir : le pôle consumériste / médiatique / audimat / people.

Quand le PS est si profondément rallié (peu de résistance au « biologisme », soumission au pouvoir économique monopolistique), comment ne rallierait-il pas carrément le pouvoir, à commencer, symbole éloquent, par Éric Besson ?

Voilà qui laisse à penser que la gauche française ne pourra pas faire l’économie d’une sérieuse réflexion !





Crise franco-ivoirienne : vers un bilan ?

Par Delugio :: lundi 22 octobre 2007 à 11:24 :: Analyses & commentaires




Une chose est certaine : au cours de la crise franco ivoirine de ces huit dernières années, et plus particulièrement de ces cinq dernières années, un tournant a eu lieu. Des choses ont été dévoilées concernant accords secrets de défense à usage variable, accords sur les ressources stratégiques, réalités de la Françafrique…

Ce sera là vraisemblable une part de l’héritage Gbagbo.

La façon dont se consolide cet acquis peut — à juste titre — sembler frustrante :

— un accord de Ouagadougou qui remet Compaoré en piste ; qui entérine la rébellion — qui du coup traîne un peu plus les pieds pour désarmer : le bénéfice financier, pour les petits chefs, du règne de la kalachnikov n’est pas douteux. Et le ras-le-bol que cela entraîne ne l’est pas non plus (cf. aujourd’hui l’escarmouche de Bouna).

— La persistance de la corruption que la refondation devait éradiquer — mais que l’économie de guerre a, forcément, remise en selle.

— Le retour des grands groupes de la Françafrique — et pas d’eux seuls à l’heure d’une mondialisation que la refondation n’a fait que vouloir prendre en compte.

C’était là sans doute le prix de la consolidation de l’acquis incontestable : le passage à une indépendance économique nécessitait en premier lieu — ce qui a eu lieu — la mise à jour des réalités cachées de la Françafrique, accompagnée de la mise en question des réalités bien visibles — comme le Fcfa.

La mise en œuvre des conséquences de ce tournant prendra sans doute encore du temps. Les élections montreront si l’occasion est donnée de poursuivre la refondation avec passage aux réformes sociales restées en rade pour cause de putsch transformé en rébellion ; ou si un retour des caciques de l’ancien régime hypothèque symboliquement les acquis de ces cinq ans de crise.

Quelque chose a eu lieu de toute façon, de l’ordre, au minimum, de la rupture symbolique d’avec l’ancien ordre des choses. Les relations de la Côte d’Ivoire, et de l’Afrique, avec la France et le reste du monde ont connu de toute façon un tournant-symbole, pour une nouvelle étape. Reste à continuer d’agir pour que cela ait été pour le mieux de chacun…





Présidentielle ivoirienne : l’AFP entre en campagne

Par Delugio :: vendredi 28 septembre 2007 à 7:34 :: Analyses & commentaires




Comme il y a dix ans, la presse « internationale » a commencé à battre la campagne pour Ouattara…

Titre d’une dépêche de l’AFP (en une sur Abidjan.net) :

« Gbagbo "ne peut pas gagner" la présidentielle (Ouattara) »

Avec un tel titre, et quand on sait l’impact d’un titre bien pesé, peu importe le développement de l’article, en outre élogieux pour le candidat (http://news.abidjan.net/h/266846.html).

La couleur est annoncée : l’AFP entre en campagne.








Le fond et la forme

Par Delugio :: mercredi 19 septembre 2007 à 16:37 :: Analyses & commentaires




1) La crise au Courrier d’Abidjan. Les explications respectives de Théophile Kouamouo
(http://www.notrevoie.com/a_la_une.asp?id=15184 ;
http://kouamouo.afrikblog.com/archives/2007/09/14/6211576.html)  
et de Sylvestre Konin
(http://www.lecourrierdabidjan.info/a_la_une.asp?id=16061)
confirment, si besoin était, ce que peut avoir d’aléatoire le facteur humain, et le rôle qu’il peut prendre dans tout combat.

Des tensions au sein de la rédaction d’un journal « bleu », le Courrier, qui, apparemment, couvent depuis plusieurs mois — ce qu’ignorent naturellement, et c’est très bien ainsi, ceux qui ne sont pas concernés par ces tensions inter-personnelles.

Une crise humaine qui éclate en s’entremêlant dans les interprétations plurielles de l’accord de Ouagadougou et de la situation politique de la refondation…

Et voilà les choses qui se compliquent —… et viennent servir une opposition et sa presse qui tentent (et c’est de bonne guerre !) d’introduire un coin au sein du FPI, et entre L. Gbagbo et M. Koulibaly.

Les explications entre Th. Kouamouo et S. Konin, si elles rendent indubitable le fait que l’article repris par Le Patriote vient bien du Courrier, et n’a pas été simplement repris sur Internet, ne permettent pas de savoir d’où vient la « fuite », et au fond, quelle que soit la gravité réelle d’une faute de cet ordre, peu importe !

Reste en effet qu’on est toujours dans l’humain, trop humain… Des tensions personnelles qui ne doivent pas obérer les vraies questions.

Si l’occasion de l’éclatement a été liée à l’opportunité de publier ou de ne pas publier la vive interpellation de Mahalia Ntebi à l’égard du pouvoir, il apparaît que ce n’est donc vraisemblablement que l’occasion — il aurait pu y en avoir d’autres…

(Ce qui est fait est fait. Le commentaire de Djati, sur le blog de Théo, vaut sans doute d'être entendu :
http://kouamouo.afrikblog.com/archives/2007/09/18/6251260.html#c9443248 .)


2) Cela dit…

… faisant retour sur l’article de Mahalia Ntebi que l’on a tenté d’attribuer à Mamadou Koulibaly.

Quant à la forme, j’ai déjà dit sur ce blog que je l’ai trouvé trop virulent, et susceptible par là d’être mal interprété et mis à mauvais usage par une opposition visant à la restauration de l’ancien régime. Susceptible d’être compris comme donnant un Gbagbo ayant baissé les bras, avec la tentation que cela suppose d’attribuer une telle accusation à un de ses partisans réputé plus ferme,… et qui voudrait prendre sa place.

Cet usage malveillant ayant été clairement écarté par Mamadou Koulibaly, qui avait été mis sur la sellette de ces accusations et autres rumeurs, il convient de considérer, au-delà de la forme, le fond de l’article. Il pose de vraies questions qu’il ne faut pas laisser de côté.

On peut même considérer que ce qui aura déjà été le destin de cet article controversé, a rendu ses questions de fond d’autant plus incontournables. Non pas, contre la « naissance d’une nation » qu’annonçait Mamadou Koulibaly, le « naufrage d’une nation », selon le titre de l’article, mais au moins la mise en garde contre le risque d’échouement d’une nation

Quid en effet de ce que la rébellion doit abandonner après Ouagadougou ? — sous peine d’entendre Ouagadougou comme une sorte de Marcoussis à peine amélioré : c’est la lecture qu’ont faite plusieurs commentateurs français au lendemain de l’accord ! En substance : « à quoi bon tout ce temps pour en arriver à ce que proposait Marcoussis ? »

Lecture évidemment erronée de Ouagadougou, mais il ne faudrait pas donner d’arguments aux tenants de cette lecture. Les questions qu’ont posées les militaires légitimistes sont pertinentes — a fortiori quand on sait, suite à l’interview de Gbagbo de cette semaine, que les grades Soro ne concernent qu’une trentaine de soldats : n’y a-t-il pas là l’occasion de poser un geste fort quant à la légalité dans la République ? — un geste susceptible de faire taire les remous concernant l’apparence de prime à la prise d’armes et à la violence (et quelle violence !) contre le travail et l’effort, pour être en fin de compte élevé à des postes de responsabilité !

Quid d’un holà à un phénomène classique en temps de guerre, et sur tous les continents ? — : l’occasion de l’enrichissement de quelques corrompus, qui finissent par sembler tenir de haut du pavé…

Quid dès lors de la réputation — et ce n’est pas rien — de la refondation ? Quid de l’exemple qui vient du sommet — sachant a contrario que le poisson pourrit par la tête ?

Qu’est-ce qui frappe, pour prendre cet exemple trivial, le simple visiteur d’un pays du Sud ? Le racket apparemment institutionnel et la variabilité des prix selon le client ! Je ne reviens pas sur la défense que se donnent ceux qui pratiquent cela.

Je constate simplement que le visiteur qui ne creuse pas la question y voit un phénomène endémique africain (entre autres) ; celui qui s’interroge conclut à terme que la tête du poisson qui pourrit en premier est à chercher vers les grands groupes occidentaux via la mafiafrique.

Mais alors, le visiteur risque aussi de se dire que dans cette Côte d’Ivoire en pleine révolution, au cœur des convulsions du tournant républicain voué à faire exemple sur le Continent et au-delà… ce n’est pourtant pas très différent… Quid alors de la rupture clamée avec la Françafrique ? — se demande alors le visiteur…

Quid de la dignité de l’Afrique digne quand ce qui ressemble à la classique et habituelle demande d’aides, du sommet, à la mendicité, à la base, semble immuable ?

Il n’est qu’à lire Libération de ce matin
(http://www.liberation.fr/actualite/monde/279412.FR.php),
affirmant que Gbagbo, qui « reste malvenu à Paris », selon le titre, « ne ménage pas ses efforts pour amadouer son homologue français » — c’est ce qu’assure Hofnung, qui signe l’article. Qu’est-ce d’autre que tenter de prêter à Gbgabo une attitude de… mendicité, précisément.

Ou La Croix,
(http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2315057&rubId=1094),
qui nous donne un portrait au vitriol d’une Côte d’Ivoire plus corrompue que jamais, portrait inspiré de « Venance Konan, l’un des rares intellectuels ivoiriens osant critiquer ouvertement le pouvoir » (sic). D’où l’utilité indubitable des critiques venant du camp patriotique, d’où l’utilité aussi de rappeler — oh combien — elles existent…

Les questions de fond posées par l’article en cause dans la crise au Courrier (et par d’autres) ne doivent donc pas être négligées — portées par la liberté de critique — : la dignité requiert l’indépendance économique. L’indépendance économique requiert certaines ruptures, ruptures d’avec un cercle vicieux pervers, qui se renforce comme relation perverse semblant arranger celui qui domine par son « aide » et celui qui dépend par l’impression ne n’avoir jamais à se prendre en charge — deux situations aussi désagréables qu’apparemment …confortables !… et dont souffre au quotidien la masse pauvre de tout un continent.

Alors certes, il ne faut pas aller plus vite que la musique, mais il faut entendre ceux qui craignent que le rythme de la musique ne devienne trop tôt celui d’une berceuse…


3) Une petite anecdote. Parlant récemment avec une amie ivoirienne du « discours de Dakar » et du refus de la repentance, elle me répond que cela vaut aussi pour l’Afrique. En substance : « le fait que des frères aient été vendus aux négriers est en totale transgression avec les lois les plus sacrées de l’Afrique. Et de cela, il faudra se repentir solennellement. Jusque là, cette manie des corrompus de nous vendre à l’Europe perdurera… »

Et mon amie d’illustrer cela par l’histoire biblique de Joseph vendu par ses frères. « Conséquence de leur geste : tant qu’ils ne se sont pas repentis, ils ont été eux-mêmes livrés au pays auquel ils l’avaient vendu. Leurs difficultés économiques les contraignaient à se tourner vers l’Égypte, comme aujourd’hui l’Afrique vers l’Europe. »


4) À propos de Joseph — sans rapport avec ce qui précède, réflexion personnelle : Joseph, tel qu’il nous est présenté par le récit biblique, était un personnage imbuvable. Imbu de lui-même, se prenant pour le centre du monde et le disant : son père, sa mère, ses frères se prosternant devant lui dans ses rêves racontés tout haut ! Sans doute vraiment insupportable pour ses frères ! N’empêche : il leur avait été donné comme cela… Il leur appartenait de faire avec — ce qui ne veut pas dire qu’il ne fallait pas l’exhorter, vigoureusement même, à plus d’humilité…





La crise au ‘Courrier d’Abidjan’ et les attaques contre Mamadou Koulibaly

Par Delugio :: dimanche 16 septembre 2007 à 12:17 :: Analyses & commentaires




… À la lecture de la presse ivoirienne.

Voilà quelques semaines que Mamadou Koulibaly est la cible d’attaques incessantes de la presse d’opposition. On tente ouvertement de l’opposer à Gbagbo et au FPI. Son démenti télévisé semblait avoir mis fin à toutes les rumeurs. Et voilà que les attaques rebondissent à l’occasion de tensions au Courrier d’Abidjan.

Nul besoin d’être grand clerc pour savoir pourquoi Mamadou Koulibaly est attaqué : ses campagnes récentes ont amené au FPI une part importante de la base du RDR et déjà une partie du PDCI.

Nul besoin non plus d’être grand clerc pour saisir ce qu’on veut utiliser pour le déstabiliser : on sait que l’opposition RHDP ne s’est pas réjouie outre mesure de l’accord de Ouagadougou, qui l’a concrètement écartée de l’initiative du processus de paix.

En outre, on sait bien aussi, au moins depuis Marcoussis, que Mamadou Koulibaly représente la ligne de la fermeté. L’accord de Ouagadougou, même s’il y a adhéré, n’est donc pas fait pour l’enthousiasmer non plus, pour de tout autres raisons. Là, le réalisme politique de Gbagbo se révèle dans toute son efficacité, mais aussi dans tout son… réalisme, avec ce que cela a de positif et ce que cela peut comporter… d’arrière-goût d’ambiguïté : un tel accord suppose des compromis, naturellement. En positif cet accord apporte — quantité non négligeable pour les populations — la paix militaire. D’où la joie de plusieurs dans le camp patriotique, et les expressions de joie, qui n’ont rien de méprisable en regard des souffrances du peuple, nonobstant l’amertume due aux compromis inévitables. Mamadou Koulibaly étant l’homme du non-compromis, depuis Marcoussis, est nécessairement perçu comme étant parmi ceux que l’accord n’a pas enthousiasmé !

Voilà donc tout trouvé un angle d’attaque contre celui qu’il faut abattre et séparer de Gbagbo, sachant de plus que ce tandem fermeté-réalisme est une des clefs de l’efficacité et de la réussite du combat patriotique, du combat de la deuxième indépendance : Mamadou Koulibaly l’a très bien expliqué récemment : l’indépendance politique remontant au temps d’Houphouët s’est assise — déjà le réalisme — sur des compromis qui ont débouché ensuite sur un net recul de l’indépendance économique (notamment avec les « privatisations » au temps de la primature Ouattara).

Les volontés de déstabilisation du tandem Gbagbo-Koulibaly viennent d’être mises en échec par les démentis clairs et fermes de Mamadou Koulibaly et par la reprise de ses efficaces campagnes d’explication de la politique du pouvoir (à Aboisso)…

Voilà alors qu’on invente une nouvelle rumeur, mettant en place un nouvel angle d’attaque : une « lettre secrète au vitriol » que Mamadou Koulibaly aurait produite.

Cette « lettre », un article qui n’est évidemment pas de Mamadou Koulibaly, n’est secrète pour personne qui surfe sur Internet : il s’agit d’un article de Mahalia Nteby qui circule sur la toile depuis plusieurs semaines. Mahalia Nteby tient un blog depuis plusieurs mois. Personne n’a jamais imaginé jusque là qu’elle pourrait être Mamadou Koulibaly !

Mahalia Nteby, qui publie aussi régulièrement ses articles dans Le Courrier d’Abidjan, n’a pas caché en son temps sa déception face à l’accord de Ouagadougou. Elle a été alors en quelque sorte porte-voix, sur le net, de ceux qui souhaitaient dire leur amertume — amertume qu’il faut pourtant bien dépasser à un moment ou à un autre, même si on a là « une paix déroutante », comme je l’ai alors qualifiée sur ce blog et sur Ivoire Forum. Déroutante certes, mais qui témoigne par là-même de la finesse politique de Gbagbo — la politique étant l’art de composer avec le réel.

Pour revenir à l’actualité immédiate, le récent article de Mahalia Nteby,
« Naufrage d’une nation », qui est devenu pomme de discorde, est une interpellation très dure à l’égard du Président de la République. Une mise en garde d’une sévérité extrême — à mon sens excessive — contre le risque d’assoupissement de la refondation, contre le risque de la voir engloutie à son tour dans la corruption de l’ancien régime.

Interpellation trop vigoureuse à mon sens, d’une vigueur de ton qui peut donner l’impression que pour Mahalia Nteby tout est perdu, que Gabgbo aurait déjà baissé les bras.

Jamais toutefois l’article ne cautionne l’opposition. L’article au contraire vise à une rigueur redoublée contre l’opposition.

Cela sur un ton trop dur, donc, à mon sens, ce pourquoi, n’ayant moi-même à aucun moment jugé utile de le reproduire sur mon blog, je comprends tout à fait que Théophile Kouamouo, dans le cadre de sa responsabilité de rédacteur en chef, n’ait pas jugé opportun de le publier dans Le Courrier d’Abidjan. Cela malgré ce qu’aurait souhaité Sylvestre Konin, qui pour sa part, a déjà adressé lui aussi de vives interpellations au Président Gbagbo (notamment dans son article « Et pourtant ils ont gagné la guerre », appel très vif à ne pas frustrer les soldats quand les rebelles semblent tirer les marrons du feu — article sévère, mais bien moins que celui de Mahalia Nteby). Autant d’interpellations qui témoignent néanmoins d’une bonne santé de la liberté de la presse en Côte d’Ivoire.

Cela dit, des interpellations trop vives me paraissent advenir bien prématurément, dans un pays où la paix est encore fragile. En un mot inopportunes, en tout cas pour l’heure, surtout quand elles sont si vigoureuses. Ce que Théophile Kouamouo a très bien senti en refusant cette publication. Dans un pays qui ne sort pas d’une guerre, comme la France, on ne trouverait pas, même dans la presse d’opposition, d’interpellation aussi sèche contre Nicolas Sarkozy !

Les choses en seraient restées là (tensions, voire crise au Courrier), si jouant sur le fait que le nom de Mahalia Nteby est un pseudo, la presse d’opposition ne s’était pas saisie de l’article, qui circule sur le net, pour en extraire, hors contexte, les passages les plus durs, en les attribuant à Mamadou Koulibaly, qui n’en est évidemment pas l’auteur !
(Note du 18.09 : Une précision à ce point, publiée dans l'article de Sylvestre Konin du Courrier de ce jour : la version donnée par Le Patriote venait du Courrier, le 'chapeau' intitulé "le blues de la résistance" étant de Sylvestre Konin. Le rôle de la presse d'opposition à ce point est donc second : l'article ayant été, sous cette forme, dit-il, communiqué au Patriote et non simplement repris depuis Internet.)

Dès lors pour le grand public qui ne suit pas le blog de Mahalia Nteby ni Agoravox où elle a publié son article, se posaient deux questions : Mamadou Koulibaly serait-il Mahalia Nteby comme on nous l’assène, et si il ne l’est pas, qui est derrière ce nom ?

Mamadou Koulibaly a évidemment démenti une rumeur aussi insensée ! Tandis que paraît une interview téléphonique de l’auteur de l’article, interview utilisée de façon malveillante : alors qu’elle ne veut tout simplement pas dévoiler son pseudo — ce qui est naturel, d'autant plus qu'on lui demande si elle a signé l'article... intitulé
« le blues de la résistance », selon ce nouveau titre sous lequel il a été présenté —, l'interviewer suggère dans un syllogisme parfaitement inconsistant, que l’auteur… serait bien Mamadou Koulibaly !

Si l’on comprend que le grand public, celui qui ne va pas forcément sur Internet, risque de prêter l’oreille à cette rumeur qui enfle, quoique risible pour quiconque est un peu informé, on comprend aussi qu’il pouvait être perçu comme raisonnable, pour stopper la rumeur contre Mamadou Koulibaly, de « dévoiler » le pseudo, comme cela est attribué à Théophile Kouamouo. D’autant plus que ce pseudo semble n’avoir pas été tout à fait secret, étant un anagramme. Dévoilement qui va devenir à son tour l’occasion d’envenimer un peu plus la situation !…

Entre temps, il n’est pas jusqu’à Mamadou Koulibaly lui-même, qui agacé, semble s’être interrogé autour de cela, et même sur le rôle de Théophile Kouamouo, tandis que la presse d’opposition mettait en cause son ex-associé.

Rappelons quoiqu'il en soit que l'article de Mahalia Nteby,
« Naufrage d’une nation » circulait sur Internet et qu'il était depuis plusieurs semaines connu du monde entier ! (Note du 18.09 : cf. cependant note supra renvoyant à l'article de Sylvestre Konin.)

Bref on a mis de l’huile sur le feu d’une dispute qui, objectivement — au-delà des tensions personnelles somme toute normales au sein d’une rédaction —, tournait uniquement autour de l’opportunité de publier ou de ne pas publier l’article de Mahalia Nteby — ; une dispute attisée dans le but explicite de déstabiliser Mamadou Koulibaly et de le mettre en opposition à Gabgbo ! (
Note du 18.09 : à moins, en regard de l'article de Sylvestre Konin, que la dissension autour de l'article ne soit le moment d'éclatement d'une crise qui couvait - ce qui nuancerait fortement le rôle jusque là apparent de la presse d'opposition - cf. ci-dessous -, usant alors simplement de l'opportunité offerte. Où serait soulignée la fragilité du facteur humain jusqu'au coeur des combats les plus sérieux...)

Et au passage, à partir d’une querelle interne, comme il y en a au quotidien dans les rédactions tout comme dans n’importe quelle entreprise, on a introduit un germe de division au sein de la presse patriotique. À preuve : Théophile Kouamouo refusant les attaques contre Mamadou Koulibaly auxquelles le poussent les rumeurs, est devenu à son tour cible des attaques de la même presse d’opposition ! (Note du 18.09 : à moins que... cf. ce que dit Sylvestre Konin...)

Chapeau !... : en tout cela, la manœuvre était habile !
(Note du 18.09 : à moins que comme l'écrit Sylvestre Konin, il n'y ait eu qu'à cueillir cela...)

Il serait temps de le reconnaître et de mettre de côté les questions de personnes — bien humaines — et les blessures personnelles subies par les uns et les autres, et de poursuivre ensemble
(note du 18.09 : mais sera-ce désormais possible comme avant ?) ce qui a été entrepris pour le bien non seulement de la Côte d’Ivoire, mais de l’Afrique — et même au-delà, y compris la part informée de la France qui refuse de voir son pays dans les eaux troubles de la Françafrique — ; il s’agit de poursuivre dans la voie de ce qui s’est ouvert, au-delà des courants d’interprétation divers autour de l’accord de Ouagadougou et de ce qu’il faut en penser, tout en sachant qu’il faut de toute façon s’y tenir désormais jusqu’à nouvelle étape.




À un commentateur du blog Saoti (dénommé « Mise au point »)…

Par Delugio :: dimanche 12 août 2007 à 18:45 :: Analyses & commentaires




Suite aux articles d’Achille Mbembe —
http://saoti.over-blog.com/article-11748222-6.html#anchorComment
(cf. aussi ce blog hier :
http://delugio.zeblog.com/2007/08/11)…

L’aplomb qu’il manifeste dans ses certitudes n’en laisse aucun doute : « Mise au point » a lu avec assiduité tous les auteurs que cite Achille Mbembe et en a conçu des réfutations qu’il lui eût été opportun de nous livrer. À défaut d’un développement explicite de son argumentaire contre ces auteurs, « Mise au point » nous laisse sur notre faim. En ce qui me concerne, jusqu’à plus ample informé de sa part, je ne puis que m’en tenir à l’apport de Mbembe. Il y fournit une ouverture culturelle indispensable, quand on ne fait qu’entendre ressasser des poncifs hémiplégiques ; quand on semble se contenter de réaménager une assise idéologique remontant au XIXe siècle européen.

Cette culture-là, Mbembe la possède manifestement au moins aussi bien que l’auteur qui est derrière le discours de Dakar ; il la possède jusqu’à la discerner chez ceux qu’elle a influencés parmi les intellectuels africains, comme Senghor. Mais en outre Mbembe maîtrise cet autre pan de la culture qui semble faire défaut à nombre d’intellectuels européens, celle dont « Mise au point » ne nous a pas donné sa réfutation.

Mais l’a-t-il vraiment assimilée, quand il se contente de nous dire que Sarkozy n’est pas (certes !) à l’origine de ce qu’à fait Foccart ? Il ne suffit pas de n’être pas l’initiateur d’un système pour être son opposé. Comme il ne suffit pas à « Mise au point » de nous jurer que Bongo n’est pas au rang de Mugabe pour exempter le Gabon du statut de dictature et faire sans transitions des dictateurs les seuls interlocuteurs avec qui traiter. Il ne suffit pas de mentionner Habré — qui doit tout au système que Verschave a appelé Françafrique, qui lui évite d’être jugé — pour décréter que l’Afrique est hors la marche du monde ! Il ne suffit pas de nommer Mugabe pour que soit passée à la trappe de l’histoire le fait que 80% des terres de son pays appartiennent aux descendants de ceux qui les avaient décrétées vierges — lesquels ont échappé à une réforme agraire qui n’a effectivement que trop tardé ; ce qui mieux que les déclarations indignées, explique les difficultés actuelles du Zimbabwe. Il ne suffit pas non plus de reprendre les approximations du juge Bruguière pour faire que le génocide rwandais n'ait pas été perpétré contre les « Tutsis » et assimilés. Il ne suffit pas de ne pas réfuter les nombreux chercheurs que cite Mbembe pour que le poncif-prétexte, hérité d’avant 1885, d’une Afrique qui n’apporterait rien à l’histoire devienne vrai !

C’est cela que « Mise au point » appelle le refus de la langue de bois ? Ça laisse songeur…
L’envergure culturelle de Mbembe reste, me semble-t-il, d’une autre trempe et d’une autre pertinence. Jusqu’à plus ample informé, donc, les précisions qu’il apporte au débat de l’humanité commune, demandent encore réfutation.

À l’inverse, l’affirmation que « les anglicans » — affirmation bien imprécise, quand les « anglicans » en question étaient essentiellement dissidents contre l’anglicanisme comme les quakers et les méthodistes — et les philanthropes français seraient « l
es vrais initiateurs de l'abolition de l'esclavage », garde la charge de la preuve ; au-delà des affirmations péremptoires.

L’Angleterre a bien emboîté, difficilement et tardivement, le pas de ses dissidents, mais au regard des révoltes de plus en plus fréquentes qui avaient fini par imposer (en 1794 seulement) l’abolition à la France révolutionnaire. Il avait fallu rien moins la pression des révoltes antillaises pour que l’effet de la
philanthropie française débouche sur la prise de conscience que les Droits de l’Homme n’étaient pas que ceux des « blancs ».
C’est, par la suite, en regard de la raclée prise en Haïti par son ennemi Bonaparte que l’Angleterre s’est résolue à l’abolition de la traite et a rejoint ses dissidents qui, contre l’anglicanisme officiel, soutenaient les « nègres ».

La même chose vaut pour la décolonisation : il suffirait à « Mise au point » de relire Frantz Fanon, par exemple (tiens, il ne l’a pas réfuté non plus, celui-là !).

Et on pourrait en rajouter sur « l’embargo », par exemple, que personne ne propose contre les entreprises françaises… Mamadou Koulibaly, publié quelques jours avant sur le même blog Saoti, expliquait au contraire qu’il s’agit d’en venir au libre commerce !

Bref, « Mise au point », encore un effort si vous voulez atteindre, dans ce débat, à la dimension d’Achille Mbembe.

Et quiconque est attaché à un avenir humain commun ne demande pas mieux : encore un effort intellectuel et culturel.





À Mahalia Ntebi, sur la réponse de l’économiste Mamadou Koulibaly au discours de Nicolas Sarkozy

Par Delugio :: lundi 06 août 2007 à 9:00 :: Analyses & commentaires



Chère Mahalia,

Vous me faites l’honneur de me demander, à moi qui ne suis pas économiste,
mon avis sur la réponse d’un docteur en économie, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne Mamadou Koulibaly, au discours de Nicolas Sarkozy à Dakar.

Ma réponse sera donc à la mesure de mes humbles réflexions en ce domaine : simplement quelques questions qui me viennent et quelques éléments que je relève…

La critique de Mamadou Koulibaly s’inscrit dans la ligne économique dont on sait qu’elle est la sienne — le libéralisme.

Le terme, en France, est presque… un gros-mot, synonyme de « capitalisme sauvage ». À partir de là on attribue généralement en France précisément au libéralisme les difficultés économiques de l’Afrique, et on y inclut les méfaits du néo-colonialisme. Remède envisagé, dans cette perspective : remettre de l’État-Providence, ou prolonger et développer le système de l’État-Providence à la française.

Le décalage est donc complet. Le remède proposé s’identifie largement avec le mal, aux yeux de Mamadou Koulibaly : démobilisateur, entraînant le cercle toujours plus vicieux de la dépendance.

La critique de Mamadou Koulibaly, fort dérangeante, est aussi, du coup, fort pertinente.

Sa critique est d’autant plus pertinente qu’elle est portée à une époque où le pouvoir français, celui de Sarkozy dont Mamadou Koulibaly répond au discours de Dakar, se réclame d’un certain… libéralisme précisément, « libéralisme social » certes, mais libéralisme.

Il me semble que dans l’absolu une (bonne) dose d’État-Providence ne nuit pas (l’assurance maladie universelle ou l’école obligatoire gratuite que voulait mettre en place Gbagbo — avant que la tentative de coup d’État de 2002 ne casse son programme — en relèvent ; et je ne doute pas que Mamadou Koulibaly n’est pas contre).

Cela dit, sa critique met le doigt sur les points où le bât blesse. Je relève quelques-uns de ces points.

Le « libéralisme » tel que le pratiquent les pays dominants est un leurre : qu’est-ce que cette économie du libre marché (selon cet aspect du libéralisme) où les pays riches subventionnent leurs produits, surtaxent les autres, organisent le dumping, etc. ? C’est un libéralisme faux-nez, un libéralisme tricheur. Le même Mamadou Koulibaly a montré précédemment que la prise au sérieux du libéralisme du libre-échange mondial par la Côte d’Ivoire FPI est une des causes de la guerre qui lui a été infligée.

Où apparaît un deuxième point où le bât blesse — et Mamadou Koulibaly y insiste — : ce libéralisme là triche jusqu’en ce qu’il ne vaut pas pour les pays du Sud : les ex-colonies (de la France entre autres) n’y ont pas droit, puisque le débouché des produits est tout indiqué (sous peine de coups d’État) !

Un signe incontestable de cela, et de l’absence de tout desserrement de l’étreinte (chose que Mamadou
Koulibaly n’évoque pas ici, mais qu’il a traitée précédemment) : le maintien du Fcfa.

Puis, point où en théorie l’État-Providence est merveilleux : Mamadou Koulibaly rappelle les avantages sociaux procurés par l’État-Providence en France… et leur contrepartie, l’effet démobilisateur. À ce point la critique est classique : c’est un argument récurrent de la droite en France. Mais à ce point aussi, ce en quoi Mamadou Koulibaly ouvre une perspective innovante c’est que sa critique rappelle indirectement que ces droits, ne valant totalement, à terme, que pour les citoyens, se heurtent au dualisme impérial de la République des Droits de l’homme : citoyens / non-citoyens ; antan : citoyens / sujets — en rapport à présent avec la crise politique autour de l’immigration (soupçonnée de rechercher indûment ces avantages).

En d’autres termes, un État-Providence ne vaut que si ses avantages sont au bénéfice de tous. Sans quoi son socialisme est un socialisme nécessairement… national, portant les inconvénients que dénonce Mamadou Koulibaly.

L’essentiel qui ressort de sa critique, à mes yeux, est de savoir si la certitude de tout Français normalement constitué correspond bien à la réalité : à savoir cette certitude que ce serait le néo-libéralisme qui enfermerait l’Afrique dans la misère.

Tout d’abord le libéralisme a-t-il été jamais appliqué quand les pays riches (France en tête pour l’Afrique) le font tricher ? (Mais ici, dans un autre sens — une question à Mamadou Koulibaly —, le libéralisme est-il autre chose qu’une utopie : quel pays qui tient les règles du jeu va accepter de ne pas tricher ?)

Ensuite cette certitude à la française n’est-elle pas l’alibi d’une bonne conscience néo-coloniale qui s’évite ainsi de creuser le problème du dualisme qu’induit l’État-Providence (jusqu’à son extension mondiale — autre utopie) : ceux qui y ont droit / et les autres. Avec en outre cet effet pervers : l’organisation de l’État-Providence des pays riches se fonde souvent sur la captation des richesses potentielles des autres…

Ici, Mamadou Koulibaly met incontestablement Nicolas Sarkozy en porte-à-faux, en évoquant les inconséquences de son discours — qui reste inscrit dans le paternalisme d’une providence néo-coloniale dont un libéralisme conséquent ne peut pas vouloir.

Mamadou Koulibaly mérite incontestablement d’être entendu en France — et en Europe en général… à l’heure de l’ « Eurafrique » !



Côte d’Ivoire - France. Les choses bougent mais il ne faut pas s’emballer

Par Delugio :: vendredi 03 août 2007 à 11:42 :: Analyses & commentaires




Événements du jeudi 2 août :

1) Selon l’AFP, Sarkozy a téléphoné à Gbagbo pour le féliciter. Voilà qui est considérable, en fait de mouvement de plaques tectoniques. Apparemment fini le black-out insensé chiraquien et post-chiraquien. Cela seul est déjà remarquable : Sarkozy fait un pas, et quel pas, après la glaciation ! Cela dit, il n’est pas opportun de s’emballer. La dépêche se termine sur le rappel que le ton pontifiant n’est nullement abandonné. Rien de surprenant de la part du professeur en africanité du discours de Dakar. (La dépêche ci-dessous*.) L’homme de l’anti-repentance devra, conformément à sa propre théorie, donner des signes bien plus concrets, et notamment de ce qu’il ne s’agit pas simplement (son discours de Dakar n’était pas encourageant) de reconduire des relations néo-coloniales et paternalistes.

2)
Une interview de Gbagbo à Yamoussoukro au lendemain de «la flamme de Bouaké» est accordée pour Le Figaro (reproduit dans la presse ivoirienne par L'intelligent d'Abidjan, par Notre Voie, par Le Courrier d'Abidjan) et Le Parisien (reproduit dans la presse ivoirienne par Fraternité Matin) — interview, ou plutôt, précise Le Parisien, «conversation à bâtons rompus».

Remarquable, la façon dont est rapportée la rencontre, et ce qu’en dégagent les deux journaux parisiens. Il y apparaît nettement qu’à l’ère sarkozienne, Chirac et Villepin pourraient faire les frais de leur politique ivoirienne. Le Figaro ne nous avait pas habitués à un ton aussi critique à leur égard ! On y lit tout de même, certes sous couvert de citation : «Chirac et Villepin n'ont eu qu'une seule politique : se débarrasser de Gbagbo, explique le président de la Côte d'Ivoire. Mais aujourd'hui, ils sont partis et je suis toujours là !»

Cela dit, Adrien Jaulmes, qui écrit l’article, ne se départ pas vraiment de ses convictions et des raccourcis par lesquels il les appuie : il tient à ce que Gbagbo, alors que l’armée ivoirienne avait repoussé les rebelles jusqu’à Bouaké, ait été sauvé «in extremis» par l’armée française, qui avait alors bloqué leur poursuite à Bouaké
(cf. aussi à ce sujet l’article de Notre Voie). De même qu’il présente la crise diplomatique qui s’en est suivi comme façon de «le contraindre à partager le pouvoir avec ses adversaires» — à la trappe le gouvernement d’union qu’il avait mis en place et que la rébellion avait attaqué. De toute façon, Jaulmes en est convaincu, mais cette fois il se nuance un peu lui-même, il a été «élu dans des circonstances troublées».

Et Jaulmes d’insister sur son affirmation que le salut de Gbagbo est dû à Licorne, et de laisser penser que donc il est de mauvaise foi quand il voit l’action chiraquienne «comme autant de manifestations d'un insupportable néocolonialisme français» — action chiraquienne, ou pour être précis chiraco-villepinienne : et on ne mentionne pas Alliot-Marie, qui ne l’oublions pas, est dans le gouvernement Sarkozy. Une nouvelle ligne probable se confirme : Chirac et Villepin porteraient le chapeau du fiasco français en Côte d’Ivoire.

Bref, au milieu du patch-work habituel d’inexactitudes historiques et théoriques quelque chose de neuf se dégage. Jaulmes nous re-suggère bien la thématique de l’ivoirité, mais avec bien plus de modération qu’on ne le fit avant ; et pour en dégager enfin (relativement) Gabgbo : elle «sera selon lui réglée avec le temps».

Last but not least, on nous concède enfin que le présumé bombardement de Bouaké a pu être autre chose que ce qu’on nous a asséné avec tant d’insistance. Ici Philippe Duval, du Parisien, nuance nettement Jaulmes, qui par son extrait laisse à penser que Gbagbo reconnaît c'est par un bombardement de Sukhoï (quoiqu’opéré à son insu) que les soldats français ont été tués. Duval est convaincu lui aussi, malgré l’absence d’enquête et d'autopsie, que leur mort est bien due à un bombardement de Sukhoï, mais il n’en attribue pas l’affirmation à Gbagbo : on comprend clairement sous sa plume que cet aspect du propos de Gbagbo relève de sa part de la rhétorique.

Il est vrai que Philipe Duval nous a habitués à se spécifier dans la presse française par des efforts journalistiques sérieux quant à la Côte d’Ivoire. Cela ressort à nouveau de son compte rendu.

On semble pouvoir penser désormais, qu’à terme (dans l’après Alliot-Marie ?), la France autorise une enquête sur ce qui s’est passé à Bouaké — Chirac et Villepin étant désormais dans la ligne de mire…


* AFP :
« 
Sarkozy a félicité Laurent Gbagbo d`être allé en zone rebelle
jeudi 2 août 2007

PARIS - Nicolas Sarkozy s`est entretenu jeudi au téléphone avec Laurent Gbagbo, président de Côte d`Ivoire, qui a effectué lundi à Bouaké (centre) sa première visite dans le nord du pays contrôlé par ses anciens ennemis de la rébellion depuis 2002, a indiqué l`Elysée.

Le président "souhaitait lui exprimer sa satisfaction après la cérémonie de la Flamme de la Paix qui s`est tenue à Bouaké le 30 juillet en présence du Premier Ministre, Guillaume Soro, de Blaise Compaore, président du Burkina Faso et facilitateur de l`Accord politique de Ouagadougou, et d`autres chefs d`Etat africains", a indiqué dans un communiqué le porte-parole de la présidence, David Martinon.

"Nicolas Sarkozy a appelé Laurent Gbagbo à rechercher de nouveaux progrès conduisant à des élections libres et transparentes et à la mise en œuvre complète de l`accord politique de Ouagadougou", a-t-il ajouté. »





De quelques «compte rendus» en France de la cérémonie de la paix à Bouaké…

Par Delugio :: mardi 31 juillet 2007 à 8:52 :: Analyses & commentaires




La cérémonie de la réconciliation à Bouaké ne fait pas que des heureux si l’on en juge par le ton de certains journaux et médias français – outre la place «raisonnablement discrète» qu’y occupe l’événement, après le ramdam médiatique auquel on nous avait habitués concernant la Côte d’Ivoire.

Et pourtant «la flamme de Bouaké est porteuse d’espérances. Pour la Côte d’Ivoire, pour l’Afrique de l’Ouest, pour le continent africain. Des signes très clairs poussent à l’optimisme», comme l’écrit Théophile Kouamouomais semblent susciter en France perplexité et amertume en guise d’échos médiatiques…

On laissera de côté l’inénarrable Hofnung, qui dans Libération se contente (avant l’événement) de ressasser sa
rancœur, voulant avec insistance que la réconciliation soit «très fragile et difficile» (selon le titre de Libé), Hofnung appuyant ce sien espoir d’une série de conditionnels, selon son habitude, dont le bouquet final consiste à pointer du doigt Gbagbo concernant l’attentat contre Soro. Bref, rien de nouveau de ce côté : Hofnung s’est fait le porte-voix habituel de Bédié-Ouattara, répercutant pour l’occasion leur bouderie.

Si Libé ne manque pas de tenter nous vendre en passant que l’accord de Ouagadougou est une sorte de Marcoussis bis (sous-entendu : quelle mauvaise tête ces Ivoiriens ! Que n’ont-il pas accepté la proposition chiraquienne !), le pompon de la mauvaise foi et du révisionnisme est cependant obtenu cette fois par Le Figaro. Je cite le
compte rendu de l’envoyé spécial Adrien Jaulmes sur la cérémonie de Bouaké :

«Le triomphe était surtout celui de Laurent Gbagbo. Mal élu en 2000, après qu'une nouvelle constitution eut opportunément écarté son principal rival, Alassane Ouattara en lui contestant sa nationalité ivoirienne, l'ancien opposant historique d'Houphouët-Boigny a fait preuve d'une étonnante capacité de résistance, parvenant envers et contre tout à se maintenir au pouvoir.

Lors du coup d'État militaire de septembre 2002, il fut sauvé in extremis par l'armée française, qui bloqua l'avance des rebelles vers Abidjan. Mais Gbagbo, s'estimant trahi par le refus français de reconquérir pour lui le nord du pays, se brouilla alors avec Paris. Ses partisans organisèrent à plusieurs reprises des émeutes antifrançaises, alors que la France essayait, dans plusieurs conférences internationales et au Conseil de sécurité de l'ONU, de contraindre Gbagbo au départ, ou du moins de céder une partie de son pouvoir. Mais, malgré la fin de son mandat en 2005, la guerre ayant empêché de nouvelles élections, Gbagbo est toujours là.»


En deux paragraphes, où l’on nous ressert la sauce «boulanger», on nous laisse à croire que Gbagbo n’a pas vraiment été élu démocratiquement ; qu’il a «écarté» Ouattara «son principal rival» ; que l’armée française a «bloqué» à Bouaké «l'avance des rebelles vers Abidjan» (et que Gbagbo devrait donc lui être reconnaissant : «la France n’allait tout de même pas faire tout le boulot à sa place !») ; et on nous présente les manœuvres onusiennes de Paris comme œuvre de salubrité publique.

Il est fastidieux de corriger encore et encore les falsifications historiques, par omission ou par «correction» des faits : non Gbagbo n’a pas été mal élu, mais bel et bien légitimement élu, malgré des conditions déplorables ; non il n’a rien à voir dans les conditions de nationalité prévues par la constitution, proposée par Guéi et votée à 86% à l’appel y compris du parti de Ouattara ; non Ouattara n’était pas «son principal rival» (comment Le Figaro pourrait-il d’ailleurs le savoir ?  il n’a jamais été élu. Et Guéi n’était-il pas un vrai rival ?) ; non en 2002 la France n’a pas «bloqué l'avance des rebelles vers Abidjan». Ils y sont allés et ont tué jusqu’au ministre de l’intérieur avant que l’armée ivoirienne ne les repousse à Bouaké où l’armée française a opéré son «blocage».

En revanche, oui, malgré toutes ces manœuvres, «le triomphe était surtout celui de Laurent Gbagbo» hier à Bouaké, et ça, ça reste manifestement en travers de la gorge de plusieurs !



À propos de Tintin au Sénégal et au Gabon…

Par Delugio :: samedi 28 juillet 2007 à 8:04 :: Analyses & commentaires



 tintin 
… pas l’énergie d’en dire grand-chose, tant c’est déprimant, et tant c’était, hélas, prévisible. Il avait annoncé le soir de son élection, qu’il avait l’intention d’ « en finir avec la repentance » : rien de surprenant, donc, à ce qu’il y engage les autres, en nous rejouant pour sa part la mission civilisatrice qui invitait déjà les Africains à se repentir de ce qu’ils sont.

Cela sans négliger, à défaut de « repentance » concernant notre passé, d’exhiber des excuses !…
« La colonisation a certes été une "grande faute", mais elle avait aussi de bonnes intentions », dit-il en substance aux Africains – auxquels il assène, quant à eux, leur responsabilité dans leur propre malheur. L'absence dans son discours, de toute mention des effets actuels du soutien aux dictateurs et aux déstabilisateurs des démocraties sera-t-elle, demain, excusée au titre des bonnes intentions ?

Catastrophique notre Tintin au Sénégal en train d’entériner verbalement ce que Chirac avait fait sans oser l’entourer de mots explicites. Tout au plus s’était-il targué, suscitant l’ironie de Thabo Mbeki, de comprendre l’âme des Ouest-Africains.

Sarkozy, lui, franchit le pas de cette « compréhension » – qu’il étend à tout le continent, à « l’homme africain » en général, qui n’est « pas tourné vers l’avenir », selon lui ! Il n’est pas jusqu’à ses valeurs artistiques qui ont certes fondé l'art contemporain occidental, mais cela pour avoir ressuscité un passé européen englouti, passé où reste cantonnée l'Afrique... Exhortée en conséquence à le corriger en accomplissant une synthèse entre les valeurs progressistes de l'Europe et l'imaginaire d'enfance de la mythologie africaine.

Tintin au Sénégal a donc, encore mieux que Chirac, tout compris de l’âme de « l’'homme africain ». Tant il est vrai que Tintin au Sénégal et au Gabon est tourné vers l’avenir, lui, avec son « refus de la repentance », qui le conduit rien moins qu’à reconduire le passé.

Car si l’on ne s’abuse, la « repentance » bien comprise n’est rien d’autre que se détourner de mauvaises attitudes, pour se tourner vers un avenir qui en est ainsi débarrassé. Seule alternative, l’excuse – « la colonisation avait de bonnes intentions », garantit Tintin – ce qui garantit du même coup la reproduction si