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«Une vingtaine» !

http://delugio.zeblog.com/



« Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française » !

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Événements en Côte d'Ivoire. Essais de mise en perspective...

Delugio


Essais de lecture suivie sur : unevingtaine.
hautetfort.com


Une autre histoire de la "crise ivoirienne" et autres considérations sur : unevingtaine.wordpress.com

Voir aussi : delugio.
blogs.nouvelobs.com


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« Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur »


« Le mensonge se lève
très tôt mais la vérité
finit par le rattraper »


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In memoriam Harris Memel-Fotê (1930-2008)

Par Delugio :: lundi 12 mai 2008 à 23:26 :: Articles de presse




Harris Memel-Fotê né en 1930 à Mopoyem (Dabou), en Côte d’Ivoire, est décédé le 11 mai 2008.


Pleinement d'actualité, la contribution d’Harris Memel-Fotê à l’étude de l’esclavage est particulièrement précieuse. Un article sur son travail, par Marie-Josée Hourantier :

Notre Voie —
http://www.notrevoie.com/

jeudi
3 Avril 2008 —
http://news.abidjan.net/article/index.asp?n=288052 :

« La célèbre femme de culture d'origine française, Marie-Josée Hourantier, ouvre à travers ce texte à la fois saisissant et d'actualité, un débat sur l'épineuse question de l'esclavage. Un texte inspiré de la thèse de l'éminent anthropologue Harris Mémel-Foté : l'esclavage dans les sociétés lignagères de la forêt ivoirienne (17°-20° siècle), publié aux Editions du Cerap et Ird Editions. » :

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La "rédemption" de l'esclave

« Dans sa volumineuse thèse, Harris Memel-Foté a rigoureusement analysé l'esclavage dans les sociétés lignagères tant sur le plan économique que politique et sociologique. Il l'a étudié sous le contrôle de neuf sociétés différentes, Abè, Abidji, Abouré, Alladjan, Bété, Dida, Kweni, Neyo et Adjoukrou durant deux siècles. Ainsi nous a-t-il fourni une documentation riche et stimulante tout en alimentant une réflexion sur notre époque encore imprégnée par ce que nous considérons comme une atteinte aux droits de l'homme. Le chapitre sur lequel nous voulons nous pencher plus particulièrement est celui qui traite de la "rédemption" de l'esclave, le passage de son état de sous-homme à son rachat. Comment part-on d'une relation d'inégalité et d'instrumentalisation à un état d'homme social avec un nom, un totem, une famille ? Les esclaves totalement réifiés étaient traités comme les instruments de la reproduction des maîtres, de la société. Ils n'étaient qu'outils de production, exploités absolus, à qui échappait la majeure partie du produit de leur travail. Utilisés aussi comme offrandes en sacrifices, désignés pour une mort rituelle, ils exaltaient la richesse des maîtres et aidaient au rétablissement de l'harmonie sociale perturbée. Déjà l'exigence d'une abolition définitive de l'esclavage avait été invoquée par la France pour légitimer la conquête coloniale. Mais sur le terrain, on rencontrait bien des difficultés quand les mesures brutales d'abolition risquaient de perturber gravement l'économie locale qui utilisait la main-d’œuvre servile. Avec le principe de "rédemption", même s'il fut limité en extension et parfois en durée, on n'en retenait pas moins un effort d'humanisme et une première rupture, si minime soit-elle: Aucune condition sociale n'étant définitivement arrêtée, certains esclaves grâce à certaines circonstances ont donc obtenu un statut social supérieur, une "promotion", une sorte de "rachat". Dans la masse des déchus, ils ont pu accéder au statut "des gens du commun", grâce à leur mérite, à une part de chance, et surtout pour les besoins de la société.

Les valeurs sociales pour une "rédemption"

Ces rédemptions ont reposé sur la plupart des valeurs qui expriment les fonctions essentielles de la vie en société : La première valeur est le savoir, savoir du devin ou du prêtre, savoir du thérapeute, connaissances traditionnelles telles que le seke (connaissance de la force vitale). La deuxième valeur est le courage, vigueur physique et bravoure chez les agriculteurs - chasseurs. Cet idéal avait une fonction économique et sociale, stratégique et politique. La troisième valeur est la beauté qui résume les précédentes et dont l'exemple le plus connu est le bagnon bété, beauté physique et morale de l'homme. Du bel homme, la société exigeait qu'il soit aussi homme de bien, généreux et solidaire, un artiste au sens parfait du terme. Pour qu'il réalise ce modèle, le bagnon recevait une éducation touchant à son alimentation, aux soins du corps, aux coutumes et à l'art.

L'idéal esthétique impliquait une conception globale de l'être humain, une quête d'équilibre et de perfection dans l'individu et la société. La beauté pouvait apporter à l'esclave l'épanouissement qui l'exposait moins au risque d'être exclu ou vendu. Pour la société, la beauté était une force de rayonnement, d'attraction et de renforcement. C'est la synthèse des arts et le spectacle de la beauté pure, loin d'être banalisé s'inscrivait dans le registre de l'exceptionnel, de la fête libératrice. Dans ces moments de contemplation, de communion, le peuple était dans une joie esthético-religieuse de l'affirmation de soi à travers l'identification à ce mythe solaire de l'apollon incarné. La société avait compris qu'il était bon de cohabiter avec le bagnon pour obtenir la grâce d'une joie esthétique perpétuelle.

Enfin la quatrième valeur est le talent, que la société a retenu dans deux domaines stratégiques, l'art et le commerce. Cette valeur met l'accent sur l'excellence technique, effet conjugué d'une prédisposition naturelle et d'une disposition culturelle. Mise au service de l'art, elle manifeste la fonction centrale de ce dernier dans la vie de la communauté. L'art est consubstantiel, est l'unité et l'identité de substance avec tous les actes créateurs, cultuels, ludiques etc. Les échanges d'artistes et d’œuvres d'art entre villages, les échanges de savoir et de produits alimentaires, sont indispensables à la survie de la société, à l'ouverture, symbole de richesse.

Le processus de "rédemption"

Ce processus de rédemption est caractérisé par deux modalités essentielles : la promotion au rang d'"homme du commun" et l'accession au rang de chef, compte tenu que les esclaves rédimés restent minoritaires. Si l'esclave se fait ainsi remarquer par son mérite, une connaissance médicale ou s'il est beau, il prend un nom et reçoit une épouse. Il est donc sauvé de la mort, de l'exclusion et de la servitude. Ses vertus l'ont transformé et lui ont permis l'accession à une nouvelle vie. La promotion au rang de chef est plus rare. Par un acte souverain du maître, l'esclave peut bénéficier de cette dévolution. Quand le lignage était menacé de dissolution physique, on pouvait recourir à la reproduction des esclaves, de même en l'absence de direction ou de représentation officielle. Tout cela sans que ce fut une révolution. Ainsi malgré leur exemplarité, ces rédemptions ont été néanmoins marqués par deux limites : les fondements que nous avons évoqués restent exclusifs et partiaux. Ils ont exclu la valeur économique proprement dite, la richesse, la valeur politique et la sagesse.

Pourquoi la richesse ? Parce que les biens de l'esclave appartenaient au lignage possesseur. Ensuite elle conduisait au pouvoir politique, richesse et pouvoir s'entretenant mutuellement tandis que la domination politique était le rempart des hommes libres. La sagesse, gouvernant l'activité politique, impliquait la connaissance de l'histoire et de la culture du peuple, l'esprit de justice pour rétablir la vérité et le droit quand ils sont violés, l'esprit de concorde pour restaurer la paix, l'autorité morale de l'homme cultivé, juste et pacifique, qui peut être écouté et obéi. En déniant cette qualité aux esclaves, les maîtres consolidaient sur le plan idéologique la hiérarchie sociale et la fonction de moyens de la production dévolue aux esclaves. Les rédemptions portaient ainsi la marque de la précarité, de la réversibilité : certains esclaves promus pouvaient connaître la rétrogradation et la vanité d'une élévation dont seuls les petits-fils devaient jouir avec une relative sérénité.

Certes l'esclavitude a toujours servi les intérêts de la société, d'une société fondée sur la hiérarchie de ses membres, chacun occupant la fonction de sa caste. L'esclave avait sa place dans un système cohérent qui privilégiait l'efficacité, la stabilité selon les lois traditionnelles. Le maître gardait un pouvoir qu'il devait exercer sur l'autre, exhibait ses richesses en hommes et en productions, la tradition perpétuait ses cultes, rites sacrificiels, rites funéraires, rites de boucs émissaires. Et la vie se déroulait à l'ombre tutélaire des Ancêtres. Combien est source d'interrogations, de commentaires, cette immense recherche qui interpelle notre conscience troublée, à l'heure des devoirs de mémoire. Un débat s'impose, une prise de conscience de notre actualité, encore esclave de ce passé, s'annoncerait ! »






Martin Luther King (15 janvier 1929 - 4 avril 1968)

Par Delugio :: vendredi 04 avril 2008 à 18:36 :: Articles de presse




D’après http://www.nobel-paix.ch/bio/king.htm
 mlk
Fils et petit-fils de pasteur Martin Luther King (MLK) est devenu un des plus grands défenseurs des droits de l'homme et de la paix de ce siècle. Élevé dans une société régie par la ségrégation (sud des États-Unis), il va très vite lutter en faveur de l'intégration des noirs dans la société américaine. Son action commence en 1955, lors de l'affaire du boycott des transports publics de Montgomery et se poursuit dans la revendication des «Civil Rights» (droits civiques).

1er décembre 1955
Rosa Parks est à l'origine du mouvement qui a mené les noirs de Montgomery, capitale de l'Alabama, à boycotter les transports publics. C'est parce qu'elle refuse d'accéder à la demande du chauffeur du bus de céder sa place à un blanc que Rosa Parks est arrêtée par la police locale. Cette arrestation fait scandale car les noirs en avaient assez de cette ségrégation dans les transports publics. Assez rapidement M.L. King a l'idée de boycotter les transports publics de la ville afin de les forcer à supprimer la ségrégation. Les noirs représentent environ 75% de la clientèle régulière, la compagnie risque de perdre beaucoup d'argent. Ce boycott est un succès immédiat, mais il va durer longtemps.  Les noirs tiennent bon, refusent de prendre les transports publics, mettent sur pied un système de voiturage, se débrouillent entre eux pour aller au travail quotidiennement. Finalement, le 13 novembre 1956, soit un an plus tard, la Cour Suprême des États-Unis déclare illégale la ségrégation dans les transports publics d'Alabama.

Quelques années plus tard, en été 1961, un mouvement de jeunes décidés à supprimer la ségrégation dans les bus qui font la liaison entre les États va se mettre sur pied. Ce mouvement de protestation prendra le nom de "Freedom Ride" (voyage de la liberté). Après quelques jours de pratique un bus transportant des "freedom riders" arrive en Alabama. Il est reçu par un comité d'accueil composé de membres du Ku Klux Klan (KKK). Les jeunes sont sortis de force du car, sont tabassés et le car est incendié!


Arrêté, injurié, menacé de mort, sa maison dynamitée, Martin Luther King ne cesse de prôner le recours à la non-violence : Rassemblements, marches (comme celle de Washington - plus de 250'000 marcheurs de la paix -), sit-in, manifestations et désobéissance civile. Il se bat également pour l'obtention des «Social Rights» (droits sociaux), car les Noirs se trouvent trop souvent dans la misère.
En 1964, il est le plus jeune lauréat du Prix Nobel de la paix a être récompensé : il n'a que 36 ans. Cette récompense traduit bien l'importance de l'engagement de cet homme charismatique en faveur des droits de l'homme et de la paix.
En 1968, à Memphis (Tennessee), M.L. King est assassiné, alors qu'il vient soutenir une grève des éboueurs de la ville. L'enquête est menée de façon hâtive, son assassin est rapidement arrêté, jugé et condamné à la prison à perpétuité (en 1996, alors qu'il est atteint d'une maladie incurable, il affirme qu'il faisait partie d'une conspiration…!).





«Réchauffement des relations ivoiro-françaises - Les dessous de la visite de Jack Lang à Abidjan»

Par Delugio :: mercredi 02 avril 2008 à 10:42 :: Articles de presse




titre Le Temps (http://news.abidjan.net/article/?n=287667) pour présenter l’article de


San Finna - http://www.sanfinna.com/Index.htm - N°457 du 31 Mars au 06 Avril 2008 :

«
VISITE IVOIRIENNE DE JACK LANG

UN PRECHE POUR LA REPARATION»


par VT :

« Même si Nicolas Sarkozy n’aime pas la repentance, encore que sur la question son appréciation soit à géométrie variable, pour ce que la Côte d’Ivoire et la France ont partagé et partagent encore en commun en termes de liens politique, économique, culturel, de sang, il est sage de revisiter le passé récent de leurs relations pour réparer ce que l’esprit malin et les incompréhensions ont pu causer comme torts. C’est ce que Jack Lang pour sa part s’est engagé à réaliser pour le compte des Socialistes en effectuant une visite en Côte d’Ivoire qui ne manquera pas d’avoir de la résonance en raison du principe même de l’initiative et des mots forts qu’il y a prononcés. Exemples. Quand on lui a demandé ce qu’il pensait des grands travaux entrepris par le président ivoirien, pendant que son pays est en crise, son propos a été d’une telle élévation qu’il est à inscrire dans le marbre de l’histoire : « Prenons l’exemple de ce que nous avons fait au Louvre à Paris. On a fait un investissement énorme, énorme. A l’époque, on a été très attaque. A cette époque, il y avait une crise aussi : elle n’était pas militaire mais financière. Je me souviens de cette belle parole de Mauroy : ‘Protégez les budgets de la culture, de l’éducation et de la recherche. Quand il y a crise, il faut laisser allumées quelques lumières. Yamoussoukro, c’est la lumière du futur »…

« On attend d’un chef d’Etat qu’il prépare le fut, qu’il ne soit pas seulement le gestionnaire du court terme… Il faut donner à un pays ou à une nation des horizons plus lointains pour se projeter vers le futur. Quand une nation a un futur, elle est plus créative, plus productive, plus inventive. Avec le Président Gbagbo, je me sens en harmonie, en connivence, en synchronie, en résonance. J’aime les gens comme lui qui sont à la fois patriotes et qui ont le sens de l’Etat ». On croit rêver quand on pense aux crucifixions quotidiennes dont le président ivoirien était l’objet dans les capitales du monde et via les médias les plus prestigieux, quand on pense qu’il fut un temps de braise où l’on courrait le risque sinon d’être dénoncé au grand Inquisiteur en tout cas d’être couvert de l’anathème d’apatride lorsqu’on osait parler en ces termes de Laurent Gbagbo.

A une autre question sur le soutien franc dont le président n’a pas eu droit de la part des Socialistes français aux temps durs où il en avait le plus besoin, Jack Lang a également choisi par la puissance de ses mots, de réparer les torts causés : « Oui c’est vrai… ce que vous dites, à l’exception de quelques-uns : Emmanuelli, Josselin Premièrement, je pense qu’en France même, il y a eu une énorme manipulation, organisée par certains médias et le gouvernement sans doute. Et quelques autres. Quoique de bonne foi, mais ça n’excuse rien, les socialistes ont été victimes ou complices de cette manipulation. Il y a également une grande part de méconnaissance et d’ignorance. Certains socialistes ont manqué de retenue et de capacité d’autonomie par rapport à la manipulation médiatique. Je suis donc venu ici avec mon ami Jean-Marie Leguen pour rétablir le pont entre les socialistes français, le Président Laurent Gbagbo et la Côte d’Ivoire. C’est le sens de notre mission. On le fera avec conviction et doigté car le Président Gbagbo est un vrai homme de gauche qui a le sens de la solidarité. Il a été confronté à des situations difficiles sur lesquelles nous allons demander une commission d’enquête ».

Si Jack Lang a fait ce déplacement historique en compagnie de Jean-Marie Leguen en Côte d’Ivoire pour renouer les ponts entre Laurent Gbagbo et les Socialistes, il faut l’en féliciter. C’est juste et courageux, c’est réparateur et ça devrait donner l’idée à Nicolas Sarkozy qui, au service de la France, rendrait un fier service à son pays, en acceptant à son tour de rendre justice à la Côte d’Ivoire pour ce qu’elle a subi et qu’elle n’aurait pas dû subir. La repentance, ce n’est pas forcément une humiliation. Manifestation d’humilité, de courage et d’honnêteté par excellence, elle est comme le pardon, au nombre de ces actes qui grandissent le plus l’être humain ! »





Hommage au Pr Harris Memel-Fotê

Par Delugio :: samedi 26 janvier 2008 à 23:41 :: Articles de presse

 

 

 

Lu dans Le Temps — samedi 26 janvier 2008 — http://news.abidjan.net/h/279696.html

« Hommage / Laurent Gbagbo à propos de Harris Memel : "C’est le Mozart africain" »


par
CG :


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« Des personnalités politiques, universitaires et culturelles ont rendu hier, à l`Hôtel Ivoire un vibrant hommage au professeur Harris Memel Fotê. Harris Memel Fotê ou la légende vivante. L`indéracinable docte magister a été célébré hier par le Président Laurent Gbagbo, des Professeurs d`université, des écrivains, présidents d`institutions , des journalistes et une forte représentation du Leboutou. " Mon fils est trop faible, il ne peut grimper à un palmier comme le font aisément les autres enfants, raison pour laquelle je l`ai mis à l`école, quand il sera instruit, il deviendra une multitude ". Ainsi prophétisait, le père du professeur Harris Memel Fotê. La prophétie devenue réelle. L`enfant du Mopoyem (Dabou) considéré, hier, par son père comme, un adolescent fébrile, est devenu une icône du savoir, une montagne intellectuelle dont l`exploration attire et continuera d`attirer les nombreux touristes de l`intelligentsia mondiale. Cette icône a reçu tous les honneurs dignes à de son rang de la nation entière, représentée par le premier magistrat du pays, le Président Laurent Gbagbo. "Il y a des diplômés et des intellectuels, Memel H. Fotê n`est pas un diplômé, mais un intellectuel ", a-t-il martelé. En effet, pour le Président de la République, le Professeur M. F mérite l`appellation d`intellectuel parce qu`il n`a jamais milité pour un coup d`Etat, jamais il n`a été aux côtés de ceux qui travaillent dans l`ombre pour accéder à la magistrature suprême, intellectuel parce que pur, jamais il n`a été mêlé à une magouille d`argent, en un mot incorruptible. Partagé entre ceux qu`on frappait à l`époque et ceux qui frappaient, il s`est mis du côté de ceux qu`on frappait, parce que militant de la justice et de la démocratie. " Les pensées de Memel seront connues, et continueront d`alimenter nos programmes universitaires ", car pour le président, Memel est semblable à Mozart qui a achevé dans le silence toutes ses œuvres, avant que celles-ci ne parcourent le monde entier. Mais qui est Memel Fotê ? Cet homme devenu "encyclopédie", naît à Mopoyem (Dabou), en 1930, après un cycle primaire émaillé de succès et un cycle supérieur, couronné par le Doctorat d`Etat ès -Lettres obtenu en 1988. Professeur de philosophie, assistant d`Anthropologie, maître-assistant, maître de conférence, professeur émérite de l`université d`Abidjan, associé au collège de France dans la chaire internationale et depuis 2003 président de l`académie des sciences, des cultures, des arts et des diasporas africaines (ASCAD). Par ailleurs, il a écrit plusieurs ouvrages dont les titres à eux seuls recensés remplissent plus de sept pages. Memel Fotê, un vrai monument, un océan de connaissances dont les eaux alimenteront indéfiniment nos temples de savoir et de connaissance. Rappelons que des universitaires européens et africains ont fait le déplacement pour venir rendre hommage à un Baobab de la trempe de Harris Mémel Fotê. Il s’agit du professeur Pierre Pellegrin et Madame, le professeur Samba Diarra ».




Trois ans après...

Par Delugio :: jeudi 08 novembre 2007 à 15:06 :: Articles de presse




Evénements de novembre 2004 : La Commission d’enquête judiciaire veut passer à la vitesse supérieure

Fraternité Matin — mardi 6 novembre 2007 — http://news.abidjan.net/h/270969.html

par Landry Kohon :

"Les procédures judiciaires initiées en Côte d’Ivoire dans l’affaire du bombardement du camp militaire français de Bouaké qui a engendré les évènements du 24 novembre 2004 vont bientôt connaître un coup d’accélérateur. Les membres de la commission d’enquête judiciaire constitués relativement à cette affaire, l’ont fait savoir hier matin aux journalistes de la presse nationale ainsi conviés à une conférence de presse au tribunal militaire. Dans le but de lever les entraves à cette enquête, les conférenciers que sont le commissaire du gouvernement, le capitaine de frégate Ange Kessi Kouamé Bernard, le procureur de la République, près le tribunal de 1ère Instance d’Abidjan, M. Tchimou Féhou Raymond, et le juge du 2ème cabinet d’instruction, Cissé Losséni Dessanifo, entendent se rendre très prochainement en France.
Selon le commissaire du gouvernement, principal orateur, il était nécessaire, à moins de trois semaines du 3ème anniversaire de la tuerie de patriotes par la Licorne en face de l’hôtel Ivoire, de situer la population sur l’état d’avancement des procédures. Celles-ci, fait-il savoir, connaissent depuis leur déclenchement, un blocage avec les autorités françaises qui se refusent à toute collaboration avec la justice ivoirienne. De fait, toutes les commissions rogatoires lancées par les enquêteurs ivoiriens n’auraient jamais eu en France, un début d’exécution. Ce qui inversement n’est pas le cas, lorsque les magistrats français saisissent leurs homologues ivoiriens. Ange Kessi en veut pour preuve l’affaire Mahé Firmin, de nationalité ivoirienne, tué à Man par un soldat français. Lorsque, pour cette affaire, le magistrat français en charge du dossier est arrivé en Côte d’Ivoire dans le cadre d’une commission rogatoire, ce dernier a été autorisé à se rendre à Man avec l’assistance de la justice ivoirienne pour exhumer le corps de la victime. Idem pour l’affaire Guy André Kieffer, journaliste franco-canadien, disparu mystérieusement. Revenant aux évènements de novembre 2004, le procureur militaire Ange Kessi indique que le juge ivoirien, saisi de la plainte des victimes de la Licorne, cherche à situer les responsabilités individuelles parmi les militaires français présents le jour des faits à l’Ivoire et ceux de leurs responsables qui leur ont donné l’ordre de tirer sur les manifestants aux mains nues. Le conférencier précise à ce propos que, les rapports d’autopsie des patriotes tués sont disponibles. Or, s’agissant du bombardement du camp militaire français de Bouaké, le parquet militaire, qui entend obtenir les rapports d’autopsie des neuf militaires français qui auraient été tués par ces bombardements, fait face au refus stratégique de la France. On refuse d’exhumer les corps des Français. “Nous estimons que c’est à nous de faire diligence dans la mesure où ce sont les victimes ivoiriennes qui crient à la justice et attendent de se faire dédommager”, clame-t-il. Dans les échanges avec les journalistes, le procureur Tchimou Raymond s’est dit optimiste quant à l’ouverture des nouvelles autorités françaises qui viennent de déclasser certains dossiers frappés du sceau de “secret défense”. Et le procureur de préciser: “Nous irons voir en France si les dossiers déclassés concernent nos procédures.” Le procureur Tchimou indique par ailleurs qu’au cas où le blocage persistait, il est loisible au magistrat ivoirien de lancer un mandat d’arrêt international. Et si l’exécution de ce mandat pose problème, celui-ci peut donner lieu à une transmission devant la cour de jugement, étant entendu que le mandat d’arrêt vaut l’inculpation."





Immigration — La Côte d’Ivoire, la France

Par Delugio :: lundi 29 octobre 2007 à 9:10 :: Articles de presse




Côte d’Ivoire :

« Carte de séjour : Gbagbo propose sa suppression »

Cf. aussi l'article d'Edgar Yapo : "
Gbagbo met fin à la carte Ouattara"

Fraternité Matin — lundi 29 octobre 2007
http://news.abidjan.net/article/?n=270195  

par
Pascal Soro :

« 
Le Président Laurent Gbagbo a communié, hier, au Complexe sportif de Yopougon, avec la communauté burkinabé vivant en Côte d’Ivoire.

Les craintes que j’avais depuis 1990 (année de l’instauration de la carte de séjour. Ndlr), ces craintes-là se sont avérées justes. A savoir que la carte de séjour ne nous met pas assez d’argent dans les caisses de l’Etat et deuxièmement, elle induit des fraudes sur l’identité ivoirienne. Alors, il faut faire quelque chose. Moi, je propose la suppression pure et simple de la carte de séjour. Je propose et je proposerai très très bientôt la suppression pure et simple de la carte de séjour». Par cette déclaration qu’il a faite hier au Complexe sportif de Yopougon, le Président Laurent Gbagbo a accédé à la seule et unique doléance que lui a présentée la communauté burkinabé vivant en Côte d’ivoire: la suppression de la carte de séjour. On comprend donc que cette annonce du Chef de l’Etat ait été accueillie par un véritable tonnerre d’applaudissements et de cris de joie dans ce stade qui a refusé du monde. De fait, devant plusieurs milliers de Burkinabé, le Président de la République a rappelé que la carte de séjour a été instaurée en Côte d’Ivoire en 1990 par une proposition de loi faite par Alassane Dramane Ouattara, alors premier ministre. Une proposition à laquelle, a-t-il souligné, son parti, le FPI, s’était opposé.
Certes, avec son élection en 2000, a-t-il expliqué, il a réduit les frais de cette pièce de moitié (elle était vendue à 15 000 francs par an et par personne depuis son instauration). Mais il n’en demeure pas moins qu’elle est «toujours nocive et dangereuse», a-t-il fait remarquer. «L’essentiel, ce n’est pas de faire payer les gens, mais c’est de savoir qu’untel est en Côte d’Ivoire, qu’il habite à tel endroit et que s’il est coupable d’un délit, on peut le retrouver. Ce ne sont pas les tracasseries. La carte de séjour induit des tracasseries policières et administratives. Ça ne met pas l’argent dans les caisses de l’Etat. Ça induit qu’on fabrique surtout de fausses pièces d’identité. Il faut mettre fin à ça ; et je vais me battre pour que très bientôt, la carte de séjour soit supprimée, purement et simplement», a répété Laurent Gbagbo, particulièrement ovationné. En tout état de cause, pour lui, «Il n’est pas normal que des Ivoiriens et des Burkinabè se battent à cause de la carte de séjour qui ne leur apporte rien et qui ne nous apporte rien. Ça ne nous apporte rien». Pour autant, le Chef de l’Etat ne promet pas aux étrangers qu’ils vivront en Côte d’Ivoire sans aucune pièce d’identité. Mais il préconise que chacun ait la carte d’identité de son pays d’origine. «Ayez un papier, leur a-t-il recommandé. Que ce papier-là soit ivoirien, ou qu’il soit burkinabé, guinéen, malien, ghanéen, libérien, ayez un papier. On ne va plus vous fatiguer avec les cartes de séjour. Je vais veiller à ce que cela soit supprimé». La suppression de la carte de séjour aux yeux du numéro ivoirien, restaure l’image de la Côte d’Ivoire qui est un pays d’immigration. «Quand on est un pays d’immigration, on prend des mesures équitables et non pas des mesures qui vous créent des problèmes», a-t-il soutenu. […] »


Pendant ce temps, le même jour, en France :


Libération — lundi 29 octobre 2007 —
http://www.liberation.fr/actualite/societe/287977.FR.php

« […] Des dispositions de plus en plus restrictives imposées dans le cadre de la loi sur l’immigration de Brice Hortefeux, parmi lesquelles les tests ADN pour le regroupement familial. L’enjeu : développer une politique d’immigration choisie et non d’immigration subie, selon les termes de Nicolas Sarkozy, politique qui est supposée déboucher sur une meilleure maîtrise des flux migratoires. »


Ivoirité ? Francité ?… Sans commentaire !




« Enquêtes, résultats, procès »

Par Delugio :: vendredi 19 octobre 2007 à 14:57 :: Articles de presse




Au moment où France 3 annonce une nouvelle arrestation de Tony Oulaï, au moment où le serpent de mer de la déclassification des documents concernant le présumé bombardement de Bouaké refait surface (cf. l'analyse du Courrier d'Abidjan : http://news.abidjan.net/article/?n=269167) …

Éléments de l’interview de L. Gbagbo sur la RTI :


Notre Voie — vendredi 19 octobre 2007 —
http://news.abidjan.net/article/?n=269158 :

« Enquêtes, résultats, procès »

par
Abdoulaye Villard Sanogo :


« 
C’était comme une révélation de taille mercredi soir, sur les antennes de la RTI. Pourtant, elle ne devrait pas l’être. Lorsque, parlant des affaires qui ont secoué la République, Laurent Gbagbo a dit aux confrères, qu’une enquête a chaque fois été diligentée qui s’est soldée par un procès. Les confrères, hébétés, n’ont pu pousser le chef de l’Etat dans ses derniers retranchements pour qu’il leur dise dans le détail, les enquêtes dont il parle et les procès qui s’en sont suivis. Mais comme nous sommes tous dans ce pays et que nous avons encore la mémoire, nous avons fait un tour dans nos archives et nous avons vu que Laurent Gbagbo a dit vrai. “Depuis que je suis président de la République, toutes les enquêtes se sont terminées par des procès”, a-t-il répondu aux confrères avant d’ajouter : “Il y en a un seul pour lequel la communauté internationale nous a demandé de prendre une loi d’amnistie”. Il s’agit, pensons-nous, du procès de ceux qui ont attaqué la Côte d’Ivoire le 19 septembre 2002. Les autres ? Prenons-les pèle- mêle. D’abord le charnier de Yopougon. L’enquête menée par le procureur militaire a abouti à un procès des gendarmes de l’escadron d’Abobo. Ceux-ci ayant nié avoir tué des Ivoiriens et déversé leurs corps près de la prison civile de Yopougon, on a dû avoir eu recours à l’autopsie des corps. C’est celle-ci qui a éclairé l’opinion. Parmi les 57 personnes retrouvées entassées les unes sur les autres, certaines ont été tués à l’arme blanche et d’autres sont mortes par noyade. Un élément important qui a emmené les juges à relaxer les coupables. Ensuite, l’affaire Jean Hélène, du nom du correspondant de RFI tué à bout portant par un policier devant la direction générale de la Police au Plateau. Là aussi, le procureur militaire a mené son enquête et un procès a été ouvert. Le coupable, un certain Séri, a été condamné à une peine très lourde d’emprisonnement. C’est pareil pour les attaques d’Agboville, de Zuénoula et des camps d’Akouédo. Les enquêtes faites se sont soldées par des procès que toute la Côte d’Ivoire et le monde entier ont suivis. Les coupables ont été condamnés comme il se doit même si certains se sont retrouvés dehors plus tard à la faveur de la loi d’amnistie. Quant aux tueries de Guitrozon et Petit Duékoué, les prévenus ont été jugés à Daloa et les coupables condamnés et écroués à la Maison d’arrêt et de correction de Daloa (Macda).
Quand on a toutes ces enquêtes, tous ces procès et toutes ces condamnations, on ne peut raisonnablement pas avancer qu’en Côte d’Ivoire, les enquêtes n’aboutissent pas. Le problème est qu’une classe d’individus qui en veut terriblement à une autre classe tient absolument à ce que celle-ci soit condamnée même si elle n’a pas tort. De sorte que, quand au bout d’un procès, ses vœux ne sont pas satisfaits, elle pense et répand dans la presse qu’ici, les enquêtes n’aboutissent pas. Et pourtant Laurent Gbagbo leur a toujours dit : “Je ne prends aucune décision qui peut nuire à des citoyens tant que je n’ai pas un minimum de conviction personnelle (…) Je pense qu’il est injuste de jeter quelqu’un à la vindicte tant qu’on n’a pas un élément nouveau d’encrage pour justifier notre acte”.
Avec ces quelques cas, ceux qui, un moment, ont mis leur mémoire dans un sac, vont se réveiller. »





Gbagbo: 'La guerre a fait de la Côte d'Ivoire une Nation'

Par Delugio :: mardi 02 octobre 2007 à 8:59 :: Articles de presse




Le Courrier d'Abidjan
No: 1125 du Lundi 1 Octobre 2007 —
http://www.lecourrierdabidjan.info/a_la_une.asp?id=16316

par Didier Koré :

« Invité à prendre part à une messe d’action de grâce initiée par l’Association des épouses des militaires de Côte d’Ivoire (AEMCI) hier au Palais de la Culture d’Abidjan, Laurent Gbagbo a livré un message porteur pour la Côte d’Ivoire et digne d’un homme de Dieu. Avec les épouses des Forces armées de Côte d’Ivoire qui ont effectué en grand nombre le déplacement, le président de la République a bien voulu partager certaines réflexions. Pour lui donc, «la notion de peuple est en train de disparaître pour laisser la place à une Nation. Et c’est à la faveur de la crise que nous avons vécue que s’est faite, sous nos yeux, cette mutation». Il en veut pour preuve la forte mobilisation de toutes les couches socioprofessionnelles, des religieux et même des partis politiques lorsque la Côte d’Ivoire a été attaquée. Toujours selon le président de la République, sa participation à la 62ème Assemblée générale de l’ONU lui a fait découvrir beaucoup de choses. «Il y a 5 à 6 mois auparavant que certains chefs d’Etat africains n’auraient jamais parlé comme ils l’ont fait sur la Côte d’Ivoire. Et nous croyons que cela marque une rupture». Aussi a-t-il voulu faire remarquer que cette crise dépasse les frontières de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique toute entière. Ce qui, selon lui, a emmené les uns et les autres à reconsidérer leurs positions. «Le moment est venu pour mettre fin à la pagaille. Le moment est aussi venu pour que la tempête tombe et que le fleuve retrouve son lit», a-t-il ajouté dans un tonnerre d’applaudissements. En fervent croyant, le chef de l’Etat a aussi indiqué qu’il est prêt à faire face à tout ce qui peut lui arriver si c’est la volonté de Dieu. Dans une liesse populaire, le président Gbagbo a invité les uns et les autres à avoir foi en Dieu et en la Côte d’Ivoire. Car, dira-t-il pour conclure, «La Côte d’Ivoire ne peut pas tomber comme cela».
Au nom des épouses des militaires de Côte d’Ivoire, Mme Gbla, la présidente de l’association s’est dit heureuse de marquer un arrêt pour remercier le Seigneur qui n’a pas permis que notre pays sombre dans le chaos. »





L’appel aux historiens de Adame Ba Konare

Par Delugio :: mercredi 26 septembre 2007 à 12:12 :: Articles de presse




Sur Grioo.com — 25 septembre 2007 — http://www.grioo.com/info11581.html

Professeur Adame Ba Konaré :

« Le discours du président de la République française, Monsieur Nicolas Sarkozy, lors de sa visite à Dakar le 26 juillet 2007 n’a pas manqué de soulever une vive réprobation dans une large partie de l’opinion africaine, par son ton, par ses références à des poncifs vieux de plus d’un siècle que l’Europe tenait sur l’Afrique avant la colonisation, une Afrique alors méconnue et fantasmatique. Les poncifs les plus saillants du discours "sarkozien", directement hégéliens mais révolus depuis et qui heurtent le plus l’historien de l’Afrique, proclament, entre autres, ceci : (...)

"Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance.

Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire. Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne viendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé.

Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. (...) La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes (...)"

Le récent article de Monsieur Jean Marie Bockel, Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires Etrangères et Européennes, chargé de la Coopération et de la Francophonie, paru dans le journal "Le Figaro" du 4 septembre 2007, qui tente de recadrer le discours du Président français, en rajoute au malaise :

"l’Afrique interroge, passionne, interpelle. Enfin ! Premier résultat et non des moindres : le continent africain est de nouveau à l’ordre du jour. Depuis l’intervention du président de la République, l’Afrique est sortie du cénacle des technocrates des "bailleurs de fonds" pour s’inviter à la grande table du débat populaire. En choisissant à dessein de parler librement, Nicolas Sarkozy a libéré la parole. (...) Prenons acte du retour de l’Afrique dans le débat d’idées."

De telles déclarations sont révélatrices d’un fait : après plus de cent ans d’histoire partagée avec la France et près de soixante ans de collaboration après les indépendances, l’Afrique se rend compte brutalement que son principal partenaire a d’elle une vision étonnamment statique, alors même que foisonnent depuis maintenant plusieurs décennies, moult écrits et moult débats sur elle et sur son sol. Face à une telle situation, nous sommes, nous historiens africains, interpellés en premier lieu car ce sont nous, fondamentalement, qui avons la charge de gérer la mémoire de l’Afrique.

Intervenir dans ce débat est un devoir à la fois scientifique et militant pour nous. Si nous nous taisons, ce sera l’histoire qui nous jugera du haut de son tribunal. Si nous nous taisons, ce sera ne pas faire honneur à la mémoire de tous nos devanciers, parmi lesquels Joseph Ki-Zerbo et Cheik Anta Diop, qui se sont lancés corps et âme dans la bataille de la réhabilitation de l’histoire africaine.

S’assumer et assumer notre part de responsabilité face à l’histoire, face aux générations montantes, face à la jeunesse, voilà ce que je vous propose, voilà ce que je nous propose. Réfléchissons, échangeons, partageons sur la base du volontarisme, en adoptant une posture scientifique dépouillée de toute émotion, autour des thèmes suivants que nous retenons dans les débats en cours : "L’Africain et la reproduction du temps mythique." ; "L’Africain et la corruption." ; "Ce que la colonisation a apporté à l’Afrique." ; "L’Africain et la raison." ; "L’Africain et le règne de la nature." ; "L’Africain et les droits de l’homme, la démocratie, la liberté et la justice." ; "L’Africain et l’enfermement sur soi."

Je propose que chacun d’entre nous, dans son domaine de compétence académique, produise un article au plus tard pour fin décembre 2007, en introduisant, si nécessaire, des grilles de lecture comparative avec d’autres sociétés pour un raccordement juste et équitable à l’histoire universelle. Cette liste n’est pas exhaustive. Vous voudrez l’enrichir par de nouvelles propositions. Le recueil, validé par un comité scientifique, fera l’objet d’un ouvrage collectif à paraître courant 2008 et sera versé dans le dossier du partenariat France/Afrique. Une fois le livre paru, les auteurs, pour ceux qui le désirent, se dissoudront avec moi dans un comité, le Comité de Défense de la Mémoire de l’Afrique (CMAD). »





"Les vérités de Laurent Gbagbo"

Par Delugio :: mardi 18 septembre 2007 à 9:31 :: Articles de presse




Jeune Afrique — n° 2436 du 16 au 22 septembre 2007 — Interview

in Notre Voie — n° 2787 du Mardi 18 Septembre 2007 —

http://news.abidjan.net/presse/notrevoie.htm

Processus de paix, relations avec la France...: Les vérités de Laurent Gbagbo

Le 19 septembre 2007, la Côte d’Ivoire aura connu cinq années de crise, l’accord de Ouagadougou, signé le 4 mars dernier, semble y avoir mis fin, où en est le processus de paix ?
Nous sommes dans une phase positive. L’accord de Ouagadougou, dont j’ai eu l’idée, a été fondamental. C’est Notre accord, entre belligérants Ivoiriens, celui de personne d’autre. Il est débarrassé des tutelles extérieures et a écarté les partis politiques. De ce fait, il met de côté les faux problèmes posés par les uns et les autres. C’est pour cette raison qu’il marche.

Pourquoi ne pas avoir procédé ainsi plus tôt ?
Nous n’étions pas prêts. Les choses arrivent en leur temps. Nous avons pu nous mettre d’accord parce que chacun était demandeur.

Le 6 août, vous avez évoqué, dans un discours, l’échéance de décembre 2007 pour l’organisation de l’élection présidentielle. Les conditions de la tenue de ce scrutin vous semblent-elles vraiment réunies ?
Oui, je l’ai dit en tant que Président mais aussi en tant qu’Ivoirien. Il faut que cette élection ait lieu le plus tôt possible. La constitution ne nous interdit plus d’organiser un scrutin sur notre territoire puisque ce dernier est désormais réunifié. Malgré les vociférations de certains, c’était jusqu’ici impossible. Aujourd’hui, il n’y a plus aucune raison de ne pas aller vite. D’autant que nous ne partons pas de zéro. Nous disposons ainsi des listes électorales de 2000 pour en établir de nouvelles, après avoir procédé au processus d’identification.

A ce propos, les audiences foraines devaient reprendre début septembre…
Le premier Conseil des ministres que nous avons tenu après les vacances a été consacré à cela justement. Il n’y a aucun problème, les audiences foraines vont reprendre avant la fin de ce mois.

Quelles garanties de transparence pouvez-vous donner à vos adversaires ?
Vous savez, j’ai été dans l’opposition plus longtemps qu’eux. Les cris et les contestations font partie du jeu, surtout en Afrique. Le plus important, c’est que le Président élu soit reconnu, que les perdants finissent par l’accepter, même s’ils mettent un peu de temps…. Moi, je garantis la transparence des élections aux Ivoiriens. Quant à mes adversaires, je rappelle que, contrairement au passé, aucune candidature ne sera écartée. J’ai pris les dispositions depuis l’accord de Pretoria, en 2005, pour que tous ceux qui ont participé aux négociations de Marcoussis, en janvier 2003, puissent se présenter. Et Dieu sait que je n’aime pas Marcoussis ! Tout le reste, les listes électorales, la date des élections, les conditions d’organisation, relève des administrations techniques. Enfin, je tiens à préciser, puisque vous me posez la question sur les garanties, que la Commission électorale indépendante, chargée d’organiser cette élection, comprend plus de membres qui me sont opposés que de personnalités politiquement proche de moi.

Parmi les autres points de l’accord de Ouagadougou figure le processus de désarmement. Au-delà de l’aspect symbolique des cérémonies au cours desquelles des armes ont été brûlées, quelle évaluation peut-on en faire ?
Contrairement à ce que vous dites, c’est loin d’être symbolique. Prendre des armes à des combattants, ce n’est pas l’ordre du symbole, c’est la réalité. Les fusils brûlés ne sont plus en circulation. Il y en a eu 1500 à Bouaké, plus de 1000 dans l’Ouest. Et il y aura encore beaucoup d’autres bûchers. N’occultons pas les faits. Le désarmement a bel et bien commencé. Mais, il est vrai que pour beaucoup, y compris moi-même, nous n’allons pas assez vite.

La question de la réintégration des éléments des Forces nouvelles dans l’armée nationale traîne en longueur. Sans parler de celle de la conservation par les ex-rebelles des grades qu’ils ont acquis au cours de la crise. Vous avez toujours déclaré y être totalement opposé. Depuis que Guillaume Soro, leur chef, est devenu Premier ministre, est-ce toujours le cas ?
Je n’ai pas évolué sur cette question et je ne le ferai pas. Je suis chef des armées. Je dois donc veiller à l’uniformisation de l’évaluation des soldats. Ceux qui veulent intégrer l’armée ou la gendarmerie de Côte d’Ivoire doivent être soumis aux mêmes critères d’évaluation que les autres. Cela dit, tout le monde fait comme si c’était un grand problème. Ce n’est pas le cas même s’il est sensible.

C’en est un pour Guillaume Soro…
Peut-être…Dès lors que nous touchons au statut des individus, cela devient compliqué. Nous avons donc décidé d’avancer sur tout ce qui peut l’être. Le reste, ce qui peut constituer d’éventuels points de blocages, nous verrons plus tard. Nous avons cependant soumis ce problème au facilitateur, le président Blaise Compaoré. Il nous a demandé du temps pour discuter avec les principaux concernés. Nous ferons ensuite le point. Mais il ne faut tout de même préciser que les gens dont nous parlons, ceux qui réclament la conservation de leurs grades, représentent une trentaine de personnes seulement.

Selon vous, qui sera votre principal adversaire lors de la présidentielle ?
Je ne sais pas. Et cela ne m’intéresse pas.

Puisque vous êtes dans une logique d’élection, vous devez bien vous préoccuper de la campagne, de vos adversaires…
Tout le monde en Côte d’Ivoire est dans cette logique ! Mais je suis d’abord le chef de l’Etat en fonction. Mes priorités actuelles ne sont pas celles d’un candidat. Je veux d’abord mettre fin à la crise. Après, nous verrons…

Entretenez-vous des contacts avec Alassane Ouattara?
Quand nous nous rencontrons, nous discutons. Mais cela fait un moment que nous ne nous sommes pas vus, ni avec Bédié d’ailleurs. Depuis la dernière réunion du Cadre permanent de concertation, le 12 juin, (CPC, présidé par Blaise Compaoré et qui réunit Gbagbo, Ouattara, Bédié et Soro, NDLR), pour tout vous dire.

Existe-t-il un deal entre vous et Guillaume Soro ?
Le seul deal entre Soro et moi, c’est d’abord l’accord de Ouagadougou.

Il n’a rien de secret…
Nous nous sommes mis d’accord sur un texte. Ce que l’on ne peut pas faire sans un minimum de confiance entre les parties. C’est cela qui effraie ceux qui parlent d’accord secret entre nous.

Certains disent que vous avez conclu un pacte : à vous le présent, les élections ; à lui le futur, donc les suivantes. Est-ce vrai ?
Mais oui, bien sûr. Il n y a pas besoins de deal pour cela ! Guillaume Soro est plus jeune que mon fils aîné, qui me l’a présenté d’ailleurs. Vu notre différence d’âge, il a forcement l’avenir pour lui.

Un avenir de président ?
Je n’en sais rien, ce sera à lui de décider.

Où en est l’enquête sur l’attentat dont il a été victime le 29 juin à Bouaké ?
Elle suit son cours et il y aura un procès.

Avez-vous des présomptions sur l’identité des commanditaires ?
Ne me faites pas entrer dans le champ judiciaire. Vous savez, les juges sont très jaloux de leurs prérogatives.

Le Facilitateur de l’accord de Ouagadougou, la Président Blaise Compaoré, a été tour à tour l’un de vos principaux soutiens puis votre pire ennemi. Vous l’avez même accusé d’être l’instigateur de la tentative de coup d’Etat de septembre 2002. Où en sont vos rapports aujourd’hui ?
Certains hommes divorcent de leur épouse puis se remarient avec elle (rires). Sérieusement, Blaise et moi étions très amis. Il m’a beaucoup aidé, y compris financièrement, lorsque j’étais dans l’opposition, entre 1989 et 1999. Dans la durée, il est celui qui m’a le plus soutenu. Le président Bongo Odimba m’a beaucoup aidé également. Plus substantiellement, nous dirons, mais sur une période très courte…
Ce qui s’est passé en septembre 2002, évidemment, nous a brouillés. Mais, aujourd’hui, nos relations se sont normalisées. Nos deux pays ne sont pas simplement des voisins. C’était le même pays à l’époque de la colonisation. Entre 1932 et 1947, Ouaga était la deuxième ville de Côte d’Ivoire. Nous avons vocation à nous entendre et à être des locomotives en Afrique de l’Ouest. Comme la France et l’Allemagne en Europe. Et que je sache, il y a eu plus que des broutilles entre eux…

Avez-vous des nouvelles de votre ancien Premier ministre Charles Konan Banny ?
Je préfère m’entretenir avec lui avant de vous parler. Je dois cependant avouer que lorsque j’ai signé son décret de nomination, je craignais déjà que cela ne se passe de la manière que vous connaissez.

Au cours des cinq années de crise, vous avez eu affaire à de nombreux interlocuteurs, africains ou non. Lequel vous a le plus déçu ?
Jacques Chirac.

D’où vient cette inimitié entre vous ?
Mais, je n’en sais rien ! Je n’avais rien contre lui au départ. C’est lui qui m’en voulait.

Comment avez-vous vécu son départ ? Comme une page qui se tourne ?
La page des relations entre la France et l’Afrique s’est déjà tournée avec ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire mais aussi, par exemple, avec la rupture des relations entre le Rwanda et la France, ce qui ne s’était jamais vu. Une autre ère s’ouvre aujourd’hui. Et nous autres Africains devons nous asseoir autour d’une table pour la préparer et réfléchir à de nouvelles relations.

Il y a aujourd’hui un nouveau locataire à l’Elysée. Le Président Nicolas Sarkozy prône lui aussi cette rupture…
Si Sarkozy nous fait espérer, ce n’est pas par rapport à sa politique déclarée mais parce qu’il est le seul président de la Ve République à être né après la Seconde Guerre mondiale. C’est important car cela signifie qu’il n’a pas les mêmes références que ses prédécesseurs.

Etes-vous en contact avec lui ?
Oui. J’ai discuté avec Claude Guéant (secrétaire général de l’Elysée, NDLR) puis directement avec le Président Sarkozy, une fois, au téléphone. Cela s’est bien passé.

Qu’avez-vous pensé de sa première tournée africaine et plus particulièrement de son discours de Dakar, le 26 juillet ? Beaucoup d’Africains ont été choqués par ses propos…
Je n’aime pas commenter les faits et gestes ou les discours des autres chefs d’Etat. Il faut laisser le Président Sarkozy s’installer et appliquer sa politique. Jugeons-le sur ses actes plutôt que sur ses paroles.

Quand la Force française Licorne doit-elle partir ?
Cela fait partie des dossiers que je laisse en attente. Cela ne me tracasse pas puisque je sais qu’elle partira.

Etes-vous pour ou contre le maintien de la base militaire française de Port-Bouët ?
Je préfère ne pas en parler pour le moment. J’ai mes idées mais j’ai d’autres chats à fouetter. Nous devons tout remettre à plat avec la France, tout rediscuter. Nous nous retrouverons autour d’une table le moment venu.

Votre parti, le Front populaire ivoirien (FPI), est membre de l’Internationale socialiste. Comment jugez-vous l’évolution du PS français ?
J’ai reproché aux socialistes français leurs déclarations péremptoires sur mon parti, ma personne ou sur la crise qui secoue mon pays. je ne commettrai pas la même erreur qu’eux.

Parmi vos pairs africains, beaucoup ont tenté des médiations en Côte d’Ivoire. Lequel vous a le plus marqué ?
C’est incontestablement Thabo Mbeki. Il est très méthodique et cultivé, ne se prononce jamais avant d’avoir étudié tous ses dossiers. Il prend le temps qu’il faut. C’est le seul, je dis bien le seul, à avoir séjourné plusieurs jours à Abidjan puis à Bouaké. Enfin, il a été le premier à dire qu’il fallait que je m’entende directement avec Blaise Compaoré.

Et les autres ?
Je ne me prononcerai sur aucun d’entre aux.

Pas même Omar Bongo Ondimba, avec lequel vous avez eu des mots ?
Non.

Vous entretenez de bonnes relations avec des chefs d’Etat africains qui échappent à l’orbite française. Citons, entre autres, Dos Santos, Kagamé, Conté ou Kadhafi. Est-ce un hasard ?
Cela n’a rien à voir. Conté m’a assuré de son amitié, je la lui rends. De plus, la Guinée est un pays voisin et le seul frontalier en qui je pouvais avoir confiance.
Je partage avec Kagamé certaines idées, c’est un fait. Il m’a invité après une réunion du Conseil de paix et sécurité de l’Union africaine pour mieux comprendre le dossier ivoirien. Il avait l’impression qu’on «nous tournait en bourrique». Il faut dire qu’il a été excédé par l’attitude de l’ambassadeur de France à Kigali, qui, à la veille d’une réunion importante à Addis-Abeba, a appelé le ministre rwandais des Affaires étrangères pour lui dicter la ligne à adopter… Comme moi, il pense que le temps où l’on pouvait dire aux Africains « faites ceci, faites cela » est révolu.
Quant à Dos Santos, il m’a beaucoup aidé. Nos soldats n’avaient pas d’armes, il nous en a fourni.

Et Mouammar Kadhafi ?
Il fait également partie de ceux qui ont cherché à mieux comprendre notre crise. Lors d’une réunion de la Cen-Sad (Communauté des Etats sahélo-sahariens, NDLR) à Bamako, il m’a considérablement soutenu. Depuis, nous entretenons de bons rapports.

Vous intéressez-vous au cas Robert Mugabe ?
Depuis que j’ai pu constater le comportement de certaines personnes lors de la crise ivoirienne et depuis que la presse française m’a accusé de tous les maux, y compris d’avoir créé des escadrons de la mort, je suis très circonspect lorsque la presse occidentale attaque un de mes pairs.
Je constate cependant que Robert Mugabe est très populaire en Afrique. Et qu’il ne faudrait pas que l’Occident reproduise avec les Négro-Africains les mêmes erreurs qu’il a commises avec les musulmans. Nous n’avons pas besoin d’un monde où règnent les divisions et les antagonismes. Pour le reste, je ne connais pas suffisamment Mugabe ou son pays pour juger.

La justice française s’intéresse de très près aux chefs d’Etat africains. Après Ismail Omar Guelleh, Paul Kagamé ou Eduardo Dos Santos, c’est au tour d’Omar Bongo Ondimba et de Denis Sassou Nguesso, accusés d’avoir détourné de l’argent dans leurs pays respectifs pour acheter des biens en France. Qu’en pensez-vous ?
Cela me rappelle, encore une fois, ce qui se passe avec moi. On vient de sortir un prétendu témoin dans l’affaire Kieffer (du nom du journaliste franco-canadien disparu le 16 avril 2004 à Abidjan, NDLR)…

Avez-vous des biens à l’étranger ?
Aucun, et je n’en aurai jamais tant que je serai chef d’Etat. Ce n’est pas mon monde, je ne suis pas de cette école.

Un certain nombre d’affaires ont émaillé ces cinq années de crise, dont trois visent, plus ou moins directement, la présidence. Parmi celles-ci, la disparition du journaliste Guy-André Kieffer. Sa famille a été reçue par Nicolas Sarkozy le 23 août dernier. Certains témoignages accusent votre entourage et notamment le beau-frère de votre épouse, Michel Légré. Qu’en est-il ?
J’ai vu Guy-André Kieffer deux fois dans ma vie, à sa demande. La première fois, c’était après le coup d’Etat de 1999. La seconde, c’était après la mort, le 21 octobre 2003, du journaliste de RFI Jean Hélène. Je l’avais reçu pour répondre à ses questions. J’ai appris sa disparition comme tout le monde. Nous avons mené une enquête pour essayer de le retrouver, sans succès. La justice ivoirienne poursuit son travail, ainsi que la justice française. Maintenant, on me dit que le beau-frère de mon épouse, Michel Légré serait responsable de sa disparition. D’abord, il faut le prouver. Ensuite, même si c’était le cas, mes belles sœurs sont libres d’épouser qui elles veulent, cela ne m’implique en rien. Je ne suis pas responsable des actes de Michel Légré. Ce qui me choque dans cette affaire, c’est que Michel Légré n’a plus d’identité propre. C’est grotesque. Rachida Dati par exemple, n’est pas responsable des actes de son frère (Jamal Dati, frère de la ministre de la justice, accusé de trafic de stupéfiants, ndlr) que je sache !

Berté Seydou, le témoin en question se présente comme le chauffeur du commando dirigé par un certain Jean Tony- Oulai, qui aurait enlevé Kieffer. Il affirme que le journaliste aurait été conduit à la présidence où il aurait passé deux jours, avant d’être exécuté. Que répondez-vous à cette accusation ?
Arrêtons ce cinéma de mauvais gout ! Jean Tony Oulai, je l’ai vu deux fois dans ma vie, dont l’une à la demande de sa sœur. Il avait été arrêté aux Etats Unis après les attentats du 11 Septembre. La seconde fois, il se trouvait dans l’entourage de Mathias Doué, l’ex- chef d’état major. Ni lui ni Légré n’ont jamais travaillé à la présidence de la République ! Et brusquement, ils enlèvent un journaliste, en se disant que la meilleure manière de le faire disparaitre ce serait de l’emmener à la présidence ? S’ils devaient le tuer pourquoi l’emmener ici ? Soyons sérieux ! La famille de monsieur Kieffer connait un drame. Aidons-la ! Mettons tout en œuvre pour le retrouver, mais cessons ce cinéma. Quant aux journaux qui relaient ces accusations graves, je me réserve le droit, une fois de plus, de les attaquer en justice. On ne peut pas écrire n’importe quoi.

Le bombardement du camp militaire français de Bouaké, le 6 Novembre 2004, a coûté la vie à neuf soldats français et à un citoyen américain. Que s’est-il passé ce jour là et qui a donné l’ordre de l’attaquer ?
Voila une autre affaire qui me laisse un gout amer. L’armée française a tout fait pour cacher la vérité. Revenons sur les faits précis. Quelques jours avant ce 6 Novembre, j’avais averti l’ambassadeur de notre intention d’attaquer les infrastructures militaires de la rébellion à Bouaké. Il est venu me voir avec le général Poncet, qui commandait l’opération Licorne. Tous deux m’ont fait part de leurs réserves. Je leur ai répondu que je ne leur demandais pas leur autorisation mais que je les informais. Ensuite, Chirac m’a appelé pour m’en dissuader. Le 4 Novembre j’ai lancé les opérations aériennes. Le lendemain, l’Onuci (l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire, Ndlr) a rendu public un rapport faisant état de la justesse de nos frappes qui n’ont touché que des objectifs militaires. C’est à partir de là, je pense, que tout a basculé. Le 6 novembre au matin, nos fantassins étaient sur le point d’entrer dans les villes que nous avions ciblées. C’est alors que le chef d’état-major Mathias Doué m’a informé du fait que le camp français de Bouaké avait été bombardé et que des militaires avaient trouvé la mort. Je lui ai demandé un rapport écrit. J’ai ensuite immédiatement suspendu de leurs fonctions le chef d’état-major et le commandant des forces aériennes et ordonné une enquête. Le jour même sans attendre, les Français détruisaient au sol nos avions. C’est alors que la partie de poker menteur a commencé. Le général Poncet a d’abord refusé que notre procureur se rende sur les lieux pour mener son enquête. Ensuite, j’apprends que les funérailles des soldats sont organisées à peine deux ou trois jours après les évènements à Paris, aux Invalides. Nous n’avons même pas vu les corps devant lesquels nous souhaitions nous incliner. Enfin, les Français arrêtent les pilotes biélorusses, qu’ils estiment coupables. Pendant quatre jours, ils ne sont même pas interrogés puisque nous n’avons vu aucun procès verbal. Ou alors on veut nous cacher des choses… Puis ils sont exfiltrés. Les autorités togolaises les ont retrouvés à Lomé en train d’attendre un avion et les ont arrêtés dix jours durant. Les Français n’en ont jamais voulu ! Tout ceci est louche : on veut nous faire passer pour ceux qui ont tué les militaires français mais on ne peut pas que la vérité éclate.

Ce sont tout de même des pilotes de l’armée ivoirienne. Vous avez bien vos propres informations ?
A partir du moment où je n’ai pas donné l’ordre d’attaquer, et puisque l’on nous empêche de mener notre enquête, comment voulez-vous que je le sache ? Qu’on me démontre que ce sont bien nos bombardements qui ont tué ces soldats. Si tel était le cas, qu’il s’agisse d’un acte délibéré ou bien d’une erreur, je suis prêt à assumer.

Dernière affaire, celle des escadrons de la mort. Encore une fois, on parle de l’entourage de la présidence et plus particulièrement de celui de votre épouse, Simone Ehivet Gbagbo. Qu’en pensez-vous ?
D’abord, j’ai intenté des procès contre les journaux français qui m’ont accusé et je les ai tous gagnés. Ensuite, ce terme d’escadron de la mort a été lancé par Alassane Ouattara. Une nouvelle fois, sans preuve. Ce n’est pas parce que mes adversaires m’accusent que je suis coupable.

Il y a tout de même bien eu des personnalités assassinées…
Entendons-nous bien : je ne nie pas parce qu’il y ait eu des victimes à Abidjan. Mais, cela signifie-t-il pour autant que c’est moi qui les ai fait tuer ? Il ne s’agissait pas de personnalités politiques de premier plan. Ils ne gênaient personne, en tout cas pas moi. Quel intérêt aurais-je eu à les faire exécuter ?

Votre épouse a une réputation de ‘’Dame de fer’’, pour ne pas dire plus. La considérez-vous ainsi ?
Franchement, je laisse cela à ceux qui l’écrivent. Cela ne nous regarde pas et cela ne nous touche pas.

Avez-vous lu son livre, Parole d’honneur ?
Un peu. Disons que je le connais.

Vous l’a-t-elle soumis avant de le publier ?
Elle me l’a fait lire comme à beaucoup d’autres amis ou membres de la famille. Mais, ce n’était pas pour le soumettre à ma censure.

Vous étiez catholique et vous vous êtes converti au protestantisme (Laurent Gbagbo est évangélique, NDLR) en 1998. Pour quelle raison ?
Cela ne regarde que moi. C’est une question d’ordre privé et je n’ai pas pour habitude de m’étendre là-dessus.

Etes-vous pratiquant ?
Oui. Et je prie souvent, avant les repas ainsi qu’au moment du coucher. Je suis très croyant tout en restant favorable à la laïcité de l’Etat.

Reconnaissez-vous que c’est original pour un homme de gauche, ex-marxiste tendance Mao…
C’est vrai, mais j’en connais d’autres. Y compris certains qui se sont convertis à l’islam.

A vos yeux, la progression de l’islam en Afrique constitue-t-elle une menace ?
Pas du tou