<link rel="alternate" type="application/xml" title="RSS Commentaires" href="http://delugio.zeblog.com/rsscom.php" /> <body>

«Une vingtaine» !

http://delugio.zeblog.com/

«Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française»!

* * * * * * * * * * * * * * * *


Événements en Côte d'Ivoire. Essais de mise en perspective...

 DeLugio


Index



Suite...


Voir aussi :
"Une vingtaine" ! (environ)
"Une vingtaine" !... et quelques
"Une bourriche"
"Bis repetita"

Éléments d'histoire & autres considérations :
Une autre histoire...


* * * * * * * * * * * * * * * *

« Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur »


« Le mensonge se lève
très tôt mais la vérité
finit par le rattraper »


* * * * * * * * * * * * * * * *

Liens

Catégories

Blog

À consulter :

Billets

Pages

<h3>Calendrier</h3> <table class="calendrier"> <caption class="calendrier-mois"><span class="calendrier-prec"><a href="http://delugio.zeblog.com/2017/6">«</a></span>&nbsp;<a href="http://delugio.zeblog.com/2017/7">Juillet&nbsp;2017</a></caption> <tr><th abbr="Lundi">Lun</th><th abbr="Mardi">Mar</th><th abbr="Mercredi">Mer</th><th abbr="Jeudi">Jeu</th><th abbr="Vendredi">Ven</th><th abbr="Samedi">Sam</th><th abbr="Dimanche">Dim</th></tr> <tr><td colspan="5">&nbsp;</td><td>1</td><td>2</td></tr> <tr><td>3</td><td>4</td><td>5</td><td>6</td><td>7</td><td>8</td><td>9</td></tr> <tr><td>10</td><td>11</td><td>12</td><td>13</td><td>14</td><td>15</td><td>16</td></tr> <tr><td>17</td><td>18</td><td>19</td><td>20</td><td>21</td><td>22</td><td>23</td></tr> <tr><td>24</td><td>25</td><td>26</td><td>27</td><td>28</td><td>29</td><td>30</td></tr> <tr><td>31</td><td colspan="6">&nbsp;</td></tr> </table>

Rechercher

Rechercher dans tout 'Une vingtaine'

Fils RSS


Page copy protected against web site content infringement by Copyscape

(Ɔ) - Citer avec le lien
«Une vingtaine» !

Page précédente / Page suivante

<a name='e320292'></a>

In memoriam Harris Memel-Fotê (1930-2008)

Par Delugio :: lundi 12 mai 2008 à 23:26 :: Articles de presse




Harris Memel-Fotê né en 1930 à Mopoyem (Dabou), en Côte d’Ivoire, est décédé le 11 mai 2008.


Pleinement d'actualité, la contribution d’Harris Memel-Fotê à l’étude de l’esclavage est particulièrement précieuse. Un article sur son travail, par Marie-Josée Hourantier :

Notre Voie —
http://www.notrevoie.com/

jeudi
3 Avril 2008 —
http://news.abidjan.net/article/index.asp?n=288052 :

« La célèbre femme de culture d'origine française, Marie-Josée Hourantier, ouvre à travers ce texte à la fois saisissant et d'actualité, un débat sur l'épineuse question de l'esclavage. Un texte inspiré de la thèse de l'éminent anthropologue Harris Mémel-Foté : l'esclavage dans les sociétés lignagères de la forêt ivoirienne (17°-20° siècle), publié aux Editions du Cerap et Ird Editions. » :

0be012eed23803d1f52a13d6cae6a88f.jpg
La "rédemption" de l'esclave

« Dans sa volumineuse thèse, Harris Memel-Foté a rigoureusement analysé l'esclavage dans les sociétés lignagères tant sur le plan économique que politique et sociologique. Il l'a étudié sous le contrôle de neuf sociétés différentes, Abè, Abidji, Abouré, Alladjan, Bété, Dida, Kweni, Neyo et Adjoukrou durant deux siècles. Ainsi nous a-t-il fourni une documentation riche et stimulante tout en alimentant une réflexion sur notre époque encore imprégnée par ce que nous considérons comme une atteinte aux droits de l'homme. Le chapitre sur lequel nous voulons nous pencher plus particulièrement est celui qui traite de la "rédemption" de l'esclave, le passage de son état de sous-homme à son rachat. Comment part-on d'une relation d'inégalité et d'instrumentalisation à un état d'homme social avec un nom, un totem, une famille ? Les esclaves totalement réifiés étaient traités comme les instruments de la reproduction des maîtres, de la société. Ils n'étaient qu'outils de production, exploités absolus, à qui échappait la majeure partie du produit de leur travail. Utilisés aussi comme offrandes en sacrifices, désignés pour une mort rituelle, ils exaltaient la richesse des maîtres et aidaient au rétablissement de l'harmonie sociale perturbée. Déjà l'exigence d'une abolition définitive de l'esclavage avait été invoquée par la France pour légitimer la conquête coloniale. Mais sur le terrain, on rencontrait bien des difficultés quand les mesures brutales d'abolition risquaient de perturber gravement l'économie locale qui utilisait la main-d’œuvre servile. Avec le principe de "rédemption", même s'il fut limité en extension et parfois en durée, on n'en retenait pas moins un effort d'humanisme et une première rupture, si minime soit-elle: Aucune condition sociale n'étant définitivement arrêtée, certains esclaves grâce à certaines circonstances ont donc obtenu un statut social supérieur, une "promotion", une sorte de "rachat". Dans la masse des déchus, ils ont pu accéder au statut "des gens du commun", grâce à leur mérite, à une part de chance, et surtout pour les besoins de la société.

Les valeurs sociales pour une "rédemption"

Ces rédemptions ont reposé sur la plupart des valeurs qui expriment les fonctions essentielles de la vie en société : La première valeur est le savoir, savoir du devin ou du prêtre, savoir du thérapeute, connaissances traditionnelles telles que le seke (connaissance de la force vitale). La deuxième valeur est le courage, vigueur physique et bravoure chez les agriculteurs - chasseurs. Cet idéal avait une fonction économique et sociale, stratégique et politique. La troisième valeur est la beauté qui résume les précédentes et dont l'exemple le plus connu est le bagnon bété, beauté physique et morale de l'homme. Du bel homme, la société exigeait qu'il soit aussi homme de bien, généreux et solidaire, un artiste au sens parfait du terme. Pour qu'il réalise ce modèle, le bagnon recevait une éducation touchant à son alimentation, aux soins du corps, aux coutumes et à l'art.

L'idéal esthétique impliquait une conception globale de l'être humain, une quête d'équilibre et de perfection dans l'individu et la société. La beauté pouvait apporter à l'esclave l'épanouissement qui l'exposait moins au risque d'être exclu ou vendu. Pour la société, la beauté était une force de rayonnement, d'attraction et de renforcement. C'est la synthèse des arts et le spectacle de la beauté pure, loin d'être banalisé s'inscrivait dans le registre de l'exceptionnel, de la fête libératrice. Dans ces moments de contemplation, de communion, le peuple était dans une joie esthético-religieuse de l'affirmation de soi à travers l'identification à ce mythe solaire de l'apollon incarné. La société avait compris qu'il était bon de cohabiter avec le bagnon pour obtenir la grâce d'une joie esthétique perpétuelle.

Enfin la quatrième valeur est le talent, que la société a retenu dans deux domaines stratégiques, l'art et le commerce. Cette valeur met l'accent sur l'excellence technique, effet conjugué d'une prédisposition naturelle et d'une disposition culturelle. Mise au service de l'art, elle manifeste la fonction centrale de ce dernier dans la vie de la communauté. L'art est consubstantiel, est l'unité et l'identité de substance avec tous les actes créateurs, cultuels, ludiques etc. Les échanges d'artistes et d’œuvres d'art entre villages, les échanges de savoir et de produits alimentaires, sont indispensables à la survie de la société, à l'ouverture, symbole de richesse.

Le processus de "rédemption"

Ce processus de rédemption est caractérisé par deux modalités essentielles : la promotion au rang d'"homme du commun" et l'accession au rang de chef, compte tenu que les esclaves rédimés restent minoritaires. Si l'esclave se fait ainsi remarquer par son mérite, une connaissance médicale ou s'il est beau, il prend un nom et reçoit une épouse. Il est donc sauvé de la mort, de l'exclusion et de la servitude. Ses vertus l'ont transformé et lui ont permis l'accession à une nouvelle vie. La promotion au rang de chef est plus rare. Par un acte souverain du maître, l'esclave peut bénéficier de cette dévolution. Quand le lignage était menacé de dissolution physique, on pouvait recourir à la reproduction des esclaves, de même en l'absence de direction ou de représentation officielle. Tout cela sans que ce fut une révolution. Ainsi malgré leur exemplarité, ces rédemptions ont été néanmoins marqués par deux limites : les fondements que nous avons évoqués restent exclusifs et partiaux. Ils ont exclu la valeur économique proprement dite, la richesse, la valeur politique et la sagesse.

Pourquoi la richesse ? Parce que les biens de l'esclave appartenaient au lignage possesseur. Ensuite elle conduisait au pouvoir politique, richesse et pouvoir s'entretenant mutuellement tandis que la domination politique était le rempart des hommes libres. La sagesse, gouvernant l'activité politique, impliquait la connaissance de l'histoire et de la culture du peuple, l'esprit de justice pour rétablir la vérité et le droit quand ils sont violés, l'esprit de concorde pour restaurer la paix, l'autorité morale de l'homme cultivé, juste et pacifique, qui peut être écouté et obéi. En déniant cette qualité aux esclaves, les maîtres consolidaient sur le plan idéologique la hiérarchie sociale et la fonction de moyens de la production dévolue aux esclaves. Les rédemptions portaient ainsi la marque de la précarité, de la réversibilité : certains esclaves promus pouvaient connaître la rétrogradation et la vanité d'une élévation dont seuls les petits-fils devaient jouir avec une relative sérénité.

Certes l'esclavitude a toujours servi les intérêts de la société, d'une société fondée sur la hiérarchie de ses membres, chacun occupant la fonction de sa caste. L'esclave avait sa place dans un système cohérent qui privilégiait l'efficacité, la stabilité selon les lois traditionnelles. Le maître gardait un pouvoir qu'il devait exercer sur l'autre, exhibait ses richesses en hommes et en productions, la tradition perpétuait ses cultes, rites sacrificiels, rites funéraires, rites de boucs émissaires. Et la vie se déroulait à l'ombre tutélaire des Ancêtres. Combien est source d'interrogations, de commentaires, cette immense recherche qui interpelle notre conscience troublée, à l'heure des devoirs de mémoire. Un débat s'impose, une prise de conscience de notre actualité, encore esclave de ce passé, s'annoncerait ! »






<a href="http://delugio.zeblog.com/320292-in-memoriam-harris-memel-fote-1930-2008/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=320292">aucun trackback</a>

Martin Luther King (15 janvier 1929 - 4 avril 1968)

Par Delugio :: vendredi 04 avril 2008 à 18:36 :: Articles de presse




D’après http://www.nobel-paix.ch/bio/king.htm
 mlk
Fils et petit-fils de pasteur Martin Luther King (MLK) est devenu un des plus grands défenseurs des droits de l'homme et de la paix de ce siècle. Élevé dans une société régie par la ségrégation (sud des États-Unis), il va très vite lutter en faveur de l'intégration des noirs dans la société américaine. Son action commence en 1955, lors de l'affaire du boycott des transports publics de Montgomery et se poursuit dans la revendication des «Civil Rights» (droits civiques).

1er décembre 1955
Rosa Parks est à l'origine du mouvement qui a mené les noirs de Montgomery, capitale de l'Alabama, à boycotter les transports publics. C'est parce qu'elle refuse d'accéder à la demande du chauffeur du bus de céder sa place à un blanc que Rosa Parks est arrêtée par la police locale. Cette arrestation fait scandale car les noirs en avaient assez de cette ségrégation dans les transports publics. Assez rapidement M.L. King a l'idée de boycotter les transports publics de la ville afin de les forcer à supprimer la ségrégation. Les noirs représentent environ 75% de la clientèle régulière, la compagnie risque de perdre beaucoup d'argent. Ce boycott est un succès immédiat, mais il va durer longtemps.  Les noirs tiennent bon, refusent de prendre les transports publics, mettent sur pied un système de voiturage, se débrouillent entre eux pour aller au travail quotidiennement. Finalement, le 13 novembre 1956, soit un an plus tard, la Cour Suprême des États-Unis déclare illégale la ségrégation dans les transports publics d'Alabama.

Quelques années plus tard, en été 1961, un mouvement de jeunes décidés à supprimer la ségrégation dans les bus qui font la liaison entre les États va se mettre sur pied. Ce mouvement de protestation prendra le nom de "Freedom Ride" (voyage de la liberté). Après quelques jours de pratique un bus transportant des "freedom riders" arrive en Alabama. Il est reçu par un comité d'accueil composé de membres du Ku Klux Klan (KKK). Les jeunes sont sortis de force du car, sont tabassés et le car est incendié!


Arrêté, injurié, menacé de mort, sa maison dynamitée, Martin Luther King ne cesse de prôner le recours à la non-violence : Rassemblements, marches (comme celle de Washington - plus de 250'000 marcheurs de la paix -), sit-in, manifestations et désobéissance civile. Il se bat également pour l'obtention des «Social Rights» (droits sociaux), car les Noirs se trouvent trop souvent dans la misère.
En 1964, il est le plus jeune lauréat du Prix Nobel de la paix a être récompensé : il n'a que 36 ans. Cette récompense traduit bien l'importance de l'engagement de cet homme charismatique en faveur des droits de l'homme et de la paix.
En 1968, à Memphis (Tennessee), M.L. King est assassiné, alors qu'il vient soutenir une grève des éboueurs de la ville. L'enquête est menée de façon hâtive, son assassin est rapidement arrêté, jugé et condamné à la prison à perpétuité (en 1996, alors qu'il est atteint d'une maladie incurable, il affirme qu'il faisait partie d'une conspiration…!).





<a href="http://delugio.zeblog.com/309216-martin-luther-king-15-janvier-1929-4-avril-1968/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=309216">aucun trackback</a>

«Réchauffement des relations ivoiro-françaises - Les dessous de la visite de Jack Lang à Abidjan»

Par Delugio :: mercredi 02 avril 2008 à 10:42 :: Articles de presse




titre Le Temps (http://news.abidjan.net/article/?n=287667) pour présenter l’article de


San Finna - http://www.sanfinna.com/Index.htm - N°457 du 31 Mars au 06 Avril 2008 :

«
VISITE IVOIRIENNE DE JACK LANG

UN PRECHE POUR LA REPARATION»


par VT :

« Même si Nicolas Sarkozy n’aime pas la repentance, encore que sur la question son appréciation soit à géométrie variable, pour ce que la Côte d’Ivoire et la France ont partagé et partagent encore en commun en termes de liens politique, économique, culturel, de sang, il est sage de revisiter le passé récent de leurs relations pour réparer ce que l’esprit malin et les incompréhensions ont pu causer comme torts. C’est ce que Jack Lang pour sa part s’est engagé à réaliser pour le compte des Socialistes en effectuant une visite en Côte d’Ivoire qui ne manquera pas d’avoir de la résonance en raison du principe même de l’initiative et des mots forts qu’il y a prononcés. Exemples. Quand on lui a demandé ce qu’il pensait des grands travaux entrepris par le président ivoirien, pendant que son pays est en crise, son propos a été d’une telle élévation qu’il est à inscrire dans le marbre de l’histoire : « Prenons l’exemple de ce que nous avons fait au Louvre à Paris. On a fait un investissement énorme, énorme. A l’époque, on a été très attaque. A cette époque, il y avait une crise aussi : elle n’était pas militaire mais financière. Je me souviens de cette belle parole de Mauroy : ‘Protégez les budgets de la culture, de l’éducation et de la recherche. Quand il y a crise, il faut laisser allumées quelques lumières. Yamoussoukro, c’est la lumière du futur »…

« On attend d’un chef d’Etat qu’il prépare le fut, qu’il ne soit pas seulement le gestionnaire du court terme… Il faut donner à un pays ou à une nation des horizons plus lointains pour se projeter vers le futur. Quand une nation a un futur, elle est plus créative, plus productive, plus inventive. Avec le Président Gbagbo, je me sens en harmonie, en connivence, en synchronie, en résonance. J’aime les gens comme lui qui sont à la fois patriotes et qui ont le sens de l’Etat ». On croit rêver quand on pense aux crucifixions quotidiennes dont le président ivoirien était l’objet dans les capitales du monde et via les médias les plus prestigieux, quand on pense qu’il fut un temps de braise où l’on courrait le risque sinon d’être dénoncé au grand Inquisiteur en tout cas d’être couvert de l’anathème d’apatride lorsqu’on osait parler en ces termes de Laurent Gbagbo.

A une autre question sur le soutien franc dont le président n’a pas eu droit de la part des Socialistes français aux temps durs où il en avait le plus besoin, Jack Lang a également choisi par la puissance de ses mots, de réparer les torts causés : « Oui c’est vrai… ce que vous dites, à l’exception de quelques-uns : Emmanuelli, Josselin Premièrement, je pense qu’en France même, il y a eu une énorme manipulation, organisée par certains médias et le gouvernement sans doute. Et quelques autres. Quoique de bonne foi, mais ça n’excuse rien, les socialistes ont été victimes ou complices de cette manipulation. Il y a également une grande part de méconnaissance et d’ignorance. Certains socialistes ont manqué de retenue et de capacité d’autonomie par rapport à la manipulation médiatique. Je suis donc venu ici avec mon ami Jean-Marie Leguen pour rétablir le pont entre les socialistes français, le Président Laurent Gbagbo et la Côte d’Ivoire. C’est le sens de notre mission. On le fera avec conviction et doigté car le Président Gbagbo est un vrai homme de gauche qui a le sens de la solidarité. Il a été confronté à des situations difficiles sur lesquelles nous allons demander une commission d’enquête ».

Si Jack Lang a fait ce déplacement historique en compagnie de Jean-Marie Leguen en Côte d’Ivoire pour renouer les ponts entre Laurent Gbagbo et les Socialistes, il faut l’en féliciter. C’est juste et courageux, c’est réparateur et ça devrait donner l’idée à Nicolas Sarkozy qui, au service de la France, rendrait un fier service à son pays, en acceptant à son tour de rendre justice à la Côte d’Ivoire pour ce qu’elle a subi et qu’elle n’aurait pas dû subir. La repentance, ce n’est pas forcément une humiliation. Manifestation d’humilité, de courage et d’honnêteté par excellence, elle est comme le pardon, au nombre de ces actes qui grandissent le plus l’être humain ! »





<a href="http://delugio.zeblog.com/308563-rechauffement-des-relations-ivoiro-francaises-les-dessous-de-la-visite-de-jack-lang-a-abidjan/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=308563">aucun trackback</a>

Hommage au Pr Harris Memel-Fotê

Par Delugio :: samedi 26 janvier 2008 à 23:41 :: Articles de presse

 

 

 

Lu dans Le Temps — samedi 26 janvier 2008 — http://news.abidjan.net/h/279696.html

« Hommage / Laurent Gbagbo à propos de Harris Memel : "C’est le Mozart africain" »


par
CG :


fb7ed7839370aa2e661a135b55b0fc50.jpg
« Des personnalités politiques, universitaires et culturelles ont rendu hier, à l`Hôtel Ivoire un vibrant hommage au professeur Harris Memel Fotê. Harris Memel Fotê ou la légende vivante. L`indéracinable docte magister a été célébré hier par le Président Laurent Gbagbo, des Professeurs d`université, des écrivains, présidents d`institutions , des journalistes et une forte représentation du Leboutou. " Mon fils est trop faible, il ne peut grimper à un palmier comme le font aisément les autres enfants, raison pour laquelle je l`ai mis à l`école, quand il sera instruit, il deviendra une multitude ". Ainsi prophétisait, le père du professeur Harris Memel Fotê. La prophétie devenue réelle. L`enfant du Mopoyem (Dabou) considéré, hier, par son père comme, un adolescent fébrile, est devenu une icône du savoir, une montagne intellectuelle dont l`exploration attire et continuera d`attirer les nombreux touristes de l`intelligentsia mondiale. Cette icône a reçu tous les honneurs dignes à de son rang de la nation entière, représentée par le premier magistrat du pays, le Président Laurent Gbagbo. "Il y a des diplômés et des intellectuels, Memel H. Fotê n`est pas un diplômé, mais un intellectuel ", a-t-il martelé. En effet, pour le Président de la République, le Professeur M. F mérite l`appellation d`intellectuel parce qu`il n`a jamais milité pour un coup d`Etat, jamais il n`a été aux côtés de ceux qui travaillent dans l`ombre pour accéder à la magistrature suprême, intellectuel parce que pur, jamais il n`a été mêlé à une magouille d`argent, en un mot incorruptible. Partagé entre ceux qu`on frappait à l`époque et ceux qui frappaient, il s`est mis du côté de ceux qu`on frappait, parce que militant de la justice et de la démocratie. " Les pensées de Memel seront connues, et continueront d`alimenter nos programmes universitaires ", car pour le président, Memel est semblable à Mozart qui a achevé dans le silence toutes ses œuvres, avant que celles-ci ne parcourent le monde entier. Mais qui est Memel Fotê ? Cet homme devenu "encyclopédie", naît à Mopoyem (Dabou), en 1930, après un cycle primaire émaillé de succès et un cycle supérieur, couronné par le Doctorat d`Etat ès -Lettres obtenu en 1988. Professeur de philosophie, assistant d`Anthropologie, maître-assistant, maître de conférence, professeur émérite de l`université d`Abidjan, associé au collège de France dans la chaire internationale et depuis 2003 président de l`académie des sciences, des cultures, des arts et des diasporas africaines (ASCAD). Par ailleurs, il a écrit plusieurs ouvrages dont les titres à eux seuls recensés remplissent plus de sept pages. Memel Fotê, un vrai monument, un océan de connaissances dont les eaux alimenteront indéfiniment nos temples de savoir et de connaissance. Rappelons que des universitaires européens et africains ont fait le déplacement pour venir rendre hommage à un Baobab de la trempe de Harris Mémel Fotê. Il s’agit du professeur Pierre Pellegrin et Madame, le professeur Samba Diarra ».




<a href="http://delugio.zeblog.com/290225-hommage-au-pr-harris-memel-fote/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=290225">aucun trackback</a>

Trois ans après...

Par Delugio :: jeudi 08 novembre 2007 à 15:06 :: Articles de presse




Événements de novembre 2004 : La Commission d’enquête judiciaire veut passer à la vitesse supérieure

Fraternité Matin — mardi 6 novembre 2007 — http://news.abidjan.net/h/270969.html

par Landry Kohon :

"Les procédures judiciaires initiées en Côte d’Ivoire dans l’affaire du bombardement du camp militaire français de Bouaké qui a engendré les évènements du 24 novembre 2004 vont bientôt connaître un coup d’accélérateur. Les membres de la commission d’enquête judiciaire constitués relativement à cette affaire, l’ont fait savoir hier matin aux journalistes de la presse nationale ainsi conviés à une conférence de presse au tribunal militaire. Dans le but de lever les entraves à cette enquête, les conférenciers que sont le commissaire du gouvernement, le capitaine de frégate Ange Kessi Kouamé Bernard, le procureur de la République, près le tribunal de 1ère Instance d’Abidjan, M. Tchimou Féhou Raymond, et le juge du 2ème cabinet d’instruction, Cissé Losséni Dessanifo, entendent se rendre très prochainement en France.
Selon le commissaire du gouvernement, principal orateur, il était nécessaire, à moins de trois semaines du 3ème anniversaire de la tuerie de patriotes par la Licorne en face de l’hôtel Ivoire, de situer la population sur l’état d’avancement des procédures. Celles-ci, fait-il savoir, connaissent depuis leur déclenchement, un blocage avec les autorités françaises qui se refusent à toute collaboration avec la justice ivoirienne. De fait, toutes les commissions rogatoires lancées par les enquêteurs ivoiriens n’auraient jamais eu en France, un début d’exécution. Ce qui inversement n’est pas le cas, lorsque les magistrats français saisissent leurs homologues ivoiriens. Ange Kessi en veut pour preuve l’affaire Mahé Firmin, de nationalité ivoirienne, tué à Man par un soldat français. Lorsque, pour cette affaire, le magistrat français en charge du dossier est arrivé en Côte d’Ivoire dans le cadre d’une commission rogatoire, ce dernier a été autorisé à se rendre à Man avec l’assistance de la justice ivoirienne pour exhumer le corps de la victime. Idem pour l’affaire Guy André Kieffer, journaliste franco-canadien, disparu mystérieusement. Revenant aux évènements de novembre 2004, le procureur militaire Ange Kessi indique que le juge ivoirien, saisi de la plainte des victimes de la Licorne, cherche à situer les responsabilités individuelles parmi les militaires français présents le jour des faits à l’Ivoire et ceux de leurs responsables qui leur ont donné l’ordre de tirer sur les manifestants aux mains nues. Le conférencier précise à ce propos que, les rapports d’autopsie des patriotes tués sont disponibles. Or, s’agissant du bombardement du camp militaire français de Bouaké, le parquet militaire, qui entend obtenir les rapports d’autopsie des neuf militaires français qui auraient été tués par ces bombardements, fait face au refus stratégique de la France. On refuse d’exhumer les corps des Français. “Nous estimons que c’est à nous de faire diligence dans la mesure où ce sont les victimes ivoiriennes qui crient à la justice et attendent de se faire dédommager”, clame-t-il. Dans les échanges avec les journalistes, le procureur Tchimou Raymond s’est dit optimiste quant à l’ouverture des nouvelles autorités françaises qui viennent de déclasser certains dossiers frappés du sceau de “secret défense”. Et le procureur de préciser: “Nous irons voir en France si les dossiers déclassés concernent nos procédures.” Le procureur Tchimou indique par ailleurs qu’au cas où le blocage persistait, il est loisible au magistrat ivoirien de lancer un mandat d’arrêt international. Et si l’exécution de ce mandat pose problème, celui-ci peut donner lieu à une transmission devant la cour de jugement, étant entendu que le mandat d’arrêt vaut l’inculpation."


*



"
On a étouffé un massacre. Et quand je dis “on”, je veux parler des journaux de gauche, comme Libération, qui a repris la version officielle de l’armée française. Le Monde aussi."

Par Paul Moreira et Stéphane Haumant — http://wwwleblogdedgaryapo.blogspot.com/2007/11/6-7-8-9-novembre-2004-nuits-de-cristal.html :

« Le 4 Novembre 2004, sur ordre du président Laurent Gbagbo, l’armée ivoirienne entame l’opération César - qui sera connue par la suite sous le nom d’opération Dignité. L’objectif est, sinon la reprise totale de la zone nord, du moins une mise sous pression militaire pour ramener les rebelles à la table des négociations.

Dès que Stéphane Haumant apprend que les attaques ont commencé, il décide de repartir à Abidjan. Mais cette fois-ci, il ne s’agira plus d’un repérage: il part avec toute son équipe (composée de trois personnes: lui-même, Jérôme Pin et Laurent Cassoulet) pour tourner son sujet sur les conditions de vie des Français de Côte d’Ivoire. Du moins le croit-il.
Dès le 5 novembre, leur avion atterrit à l’aéroport d’Abidjan - qui n’est pas encore fermé ce jour-là. Le 6, c’est le fameux bombardement du camp militaire français de Bouaké dans des conditions encore mystérieuses aujourd’hui. [Les autorités françaises s’étant opposées à toute enquête sur la façon dont ont été tués les neufs soldats français, le «bombardement» reste, à ce jour, présumé.]
La réponse du pouvoir politique français sera déterminante [«réponse», donc, à on ne sait toujours pas quoi !] : sur ordre de Jacques Chirac, l’aviation ivoirienne est détruite par les forces françaises. Quelques heures plus tard, lorsque Charles Blé Goudé va à la RTI pour appeler les Ivoiriens à descendre sur le BIMA pour protester, Stéphane et son équipe sont à l’hôtel. Ils n’en sortiront plus ce soir-là: ils sont au cœur du scoop.


STEPHANE HAUMANT (CANAL +) PARLE:

Le 6, en milieu de journée, l’aéroport est fermé et on se retrouve un peu par hasard à notre hôtel, le Novotel du Plateau. Et on commence à tourner notre film avec les premières informations: Blé Goudé qui appelle les Patriotes à descendre dans la rue, et puis l’enchaînement…
On filmait les Jeunes Patriotes qui affluaient vers les ponts de notre chambre d’hôtel. On avait choisi le Novotel parce que je savais que c’était un bon point d’observation puisque j’étais là cinq ans auparavant et qu’il s’était passé exactement la même chose (en octobre 2000).
Sauf que cette fois, Blé Goudé a appelé les Patriotes à marcher sur le BIMA. Ils affluent donc en début de soirée sur les ponts pour atteindre le BIMA. Et puis vers 22h, ça commence à exploser dans le ciel, donc on ne comprend pas du tout ce qui se passe.
On file sur le toit de l’hôtel et peu à peu, on comprend qu’il y a des rotations d’hélicoptères qu’on devine français qui tirent sur les ponts pour empêcher les manifestants de passer. Puisque c’est un flot de quelques dizaines de milliers de personnes au moins, si ce n’est peut-être de centaines de milliers; c’est difficile à évaluer, mais c’est beaucoup beaucoup de monde.”

Message de Blé Goudé à la télévision

“Evidemment, quand Blé Goudé passe à la télévision, il ne dit pas: “nous avons bombardé Bouaké, nous avons tué neuf Français” [d’autant plus qu’on ne sait toujours pas, 3 ans après, la cause de la mort des neuf soldats !]. Il dit simplement à peu près ceci: “L’armée ivoirienne vient d’être rasée par l’armée française: ça suffit, il est temps de mettre dehors cette armée d’occupation; je vous demande d’aller déloger les militaires du 43ème BIMA.”
Les Jeunes Patriotes sont les premiers dans la rue, mais il y a des dizaines de milliers d’Ivoiriens qui ne sont pas Jeunes Patriotes, mais qui sont juste hallucinés d’apprendre qu’en quelques minutes leur aviation a été rasée par la France. Ils ne comprennent pas du tout pourquoi.
Donc par colère, par nationalisme, ou par patriotisme - je ne sais pas - ils descendent dans la rue et du coup ça fait une énorme masse, bien plus nombreuse sans doute que les quelques milliers de militants encartés comme Jeunes Patriotes.”

Moment médiatique, moment historique

“Je crois savoir qu’on est les seuls sur place. Donc ça, professionnellement, c’est intéressant. Je sais que tous les aéroports sont fermés, mais je ne sais pas s’il n’y a pas quelques journalistes déjà sur place comme nous, ou d’autres qui ont pu prendre les derniers vols ou qui sont arrivés par la route. Donc je me dis qu’on doit être à peu près les seuls, qu’en tout cas il ne doit pas y avoir beaucoup d’équipes.
Je ne sais pas si ce sera un scoop parce que je ne pense pas que les Français soient spécialement intéressés par ce qui se passe en Côte d’Ivoire, mais professionnellement c’est intéressant, surtout si on est les seuls. Et par rapport à l’histoire de la Côte d’Ivoire, je me doute bien qu’on est en train de vivre quelque chose de très important, même si je ne sais pas comment ça va tourner parce qu’il y a neuf morts français et que je sais bien qu’il y a très longtemps que ce n’est pas arrivé et que c’est forcément très grave.
La France ne va pas laisser passer ça, d’autant qu’elle en veut beaucoup à Gbagbo, et donc je me demande si on ne va pas vers un coup d’Etat. Mais si coup d’Etat il y a, peut-être que le Nord va en profiter pour marcher sur le Sud, ce qui peut entraîner une guerre civile. Le contexte fait qu’il peut se passer beaucoup de choses qui peuvent être décisives pour la Côte d’Ivoire.
En tous cas, même si ça ne va pas aussi loin, voir une foule nombreuse marcher sur une armée, même bien équipée, c’est impressionnant. Et c’est compliqué de contrôler des centaines de milliers de gens. Au moins, nous sommes bien placés pour filmer des choses passionnantes.”

La tension monte

“Dès le 6 dans l’après-midi, dès que j’apprends ce qui s’est passé [sic] à Bouaké, j’appelle mon contact français avec qui je dois tourner. Il est dans sa voiture. Il doit être 15 ou 16h. Il me dit au téléphone: “Ecoute, on oublie le tournage. Je ne peux pas venir te voir. Ce qui se passe est très grave. Je rentre tout de suite chez moi. Et puis là, je vois un attroupement en face de moi. Je te laisse.” Et il coupe. Bon, je le connais. C’est un mec plein de sang froid. Je sens à son ton paniqué que ce qui se passe est grave, parce qu’il est plus sensible que moi à ce qui est en train de se passer.
Je le rappelle le soir même. Il est à son domicile. Il me parle assez brièvement. Ils ont tout éteint. Il me dit: “C’est chaud; je ne sais pas ce qui va se passer.” Et pendant qu’il me parle, j’entends des rafales de Kalachnikov en fond. Bon, on ne leur tire pas dessus, mais je sens bien que ça chauffe dans la ville.
Ensuite, quand je vois ces centaines de milliers de gens qui déferlent sur les ponts - même si Blé Goudé a dit: “On met l’armée française dehors” - je comprends tout de suite que ça va chauffer pour les Français. Parce qu’un Blanc, militaire ou non, reste un Blanc. Et la colère, et l’alcool, et la nuit, et la fatigue aidant, ça va forcément dégénérer.
Donc, dès le début, nous savons que ça va être chaud pour les Blancs. Moi, à la seconde où on m’a dit que l’armée française a rasé l’aviation ivoirienne, à cette seconde-là, j’ai compris avec toute mon équipe que c’était parti. Donc on a mis quelques affaires dans un sac, on a sorti les caméras, mis tout dans le coffre, et on s’est dit “Maintenant, on va voir ce qui se passe, on tourne”. Mais on savait que c’était parti pour une escalade inévitable.”

Tournage à haut risque

“Toute la nuit du 6 ça bombarde. Le 7 au matin, j’appelle les Jeunes Patriotes en leur disant: “Je vais voir ce qui se passe en ville”. Ils me disent: “Pas question, tu bouges pas; c’est trop dangereux.” J’appelle mon contact français qui me dit: “J’ai le numéro d’un commissaire de police. Il va venir vous chercher avec des hommes. Mais tout ce qu’ils peuvent faire, c’est t’amener aux militaires français les plus proches parce qu’on ne peut pas circuler.”
Donc, le 7 au matin, un flic ivoirien vient me prendre en voiture. On traverse les rues vides en prenant tous les sens interdits et il nous amène à peu près un kilomètre de là, au pied du pont. Là, on se retrouve avec les militaires français, donc en totale sécurité.
On filme la journée des militaires français, des contrôles de passeport sur les ponts, quelques exfiltrations, etc. On passe donc plus ou moins la journée avec les militaires. Le 8 au soir, on va au BIMA, on filme les réfugiés français qui arrivent au camp.
Dans la nuit, on passe la nuit chez notre contact français. Et le 9 au matin, il nous dit: “Bon, je pense que ça s’est calmé, on peut sortir.” On prend donc son 4X4, sans aucune arme ni escorte. Et je savais que ça chauffait un peu côté Hôtel Ivoire, donc on part vers l’Hôtel Ivoire. Donc, c’est seulement le 9 au matin qu’on a pu sortir sans protection armée.”

La partialité des médias nationaux

“On a deux sources principales d’information officielle. Du côté de la télévision française (i-Télé et LCI), ce qu’on entend, c’est: “Déchaînement de violence contre les Français. Les Ivoiriens ont tué neuf soldats, et maintenant ils s’attaquent à nos Français.” C’est tout. Côté ivoirien (la RTI), c’est: “La France nous attaque. Elle a rasé notre aviation. L’armée française est dans la ville. Ils veulent la fin de Laurent Gbagbo.” Voilà. Il y a donc deux versions totalement différentes. [Avec le recul, on voit sans peine que la partialité est le fait des médias français bien plus que des médias ivoiriens, indexés pourtant alors en France de la façon dont on se souvient…]
Moi j’ai les deux versions, ce qui me permet de reconstituer la réalité. Par ailleurs, je suis en contact permanent, à peu près dix fois par jour, et avec l’armée française (qui me donnent certaines informations), et avec les proches de Blé Goudé (qui m’en donnent d’autres), et avec plusieurs entrepreneurs français sur place (qui m’en donnent encore d’autres). Donc avec tout ça, à chaque moment, je sais à peu près qui a peur, qui attaque, qui se défend, ce qui est vrai, ce qui ressemble un peu à de l’intox ou ce qui est parcellaire. Et en gros, chacun a une petite part de vérité; et il y a énormément de rumeurs qui circulent.”

Rumeurs invérifiées et légendes urbaines

“Par exemple, un Français m’appelle à un moment et me dit qu’il y a dix cadavres de Français sans tête qui ont été retrouvés dans la lagune. Donc je commence par passer des coups de fil peu partout pendant quarante-huit heures. A Licorne, on me dit: “Non, ce n’est pas vrai.” Je me dit: “Ils me mentent. Ils savent des choses.” Je vais sur place. Je trouve un entrepreneur français de pompes funèbres, qui me dit face à la caméra, les yeux dans les yeux: “J’ai vu les dix cadavres; il y a dix cadavres de Blancs sans tête.”
Là je me dit “waow”. Comme je fais des petites interventions sur RMC Info et sur i-Télé, je suis à deux doigts d’annoncer l’info. Mais je me dit que je n’ai pas vu les cadavres, donc je ne dis rien. Je continue de vérifier l’info. Je vais au BIMA. J’exige des explications. Je dis au porte-parole: “Vous n’avez pas le droit de nous cacher ça. Dix Blancs décapités, vous ne vous rendez pas compte, etc.”
Ils me donnent leur parole d’officiers que ce n’est pas vrai. Pourtant j’ai enregistré le mec qui me l’a dit face caméra. Au final, pour ce que j’en sais, ce n’est qu’une rumeur. Mais il y a encore aujourd’hui des Blancs qui me demandent: “Pourquoi vous n’avez jamais parlé des dix corps de Français décapités?”
Après les évènements, j’ai cherché à savoir. Je leur ai dit de me donner les noms de famille. Ce n’est quand même pas si compliqué. Je n’ai jamais eu les noms. Mais sur le moment, dans l’ébullition, j’étais près à le croire.”


PAUL MOREIRA (CANAL +)
ACCUSE

Crimes de guerres

“L’armée française a commis en Côte d’Ivoire ce que la Convention de Genève appelle un crime de guerre. C’est-à-dire qu’elle a tiré sur des manifestations de civils désarmés avec des armes létales.
Il y a eu un déséquilibre monstrueux dans le rapport entre le niveau de danger auquel était soumis les militaires et les moyens employés. Et nous l’avons prouvé par l’image. On a pu filmer les incidents sur les ponts, quand on voit clairement des manifestations de civils qui sont prises pour cibles par des hélicoptères de combat. Puis on a mis en lumière qu’une manifestation quelques jours plus tard devant l’Hôtel Ivoire a été dispersée à l’arme de guerre.”

Mensonge d’Etat

“C’est un mensonge d’Etat parce que dans un premier temps, ce qui est dit dès le lendemain, c’est que jamais l’armée française n’a tiré dans la foule. Les seuls tirs reconnus sont des tirs de sommation.
Cela prendra en gros vingt jours pour que cette version évolue, lentement, par à-coups, jusqu’à ce que la ministre Michelle Alliot-Marie reconnaisse la veille ou l’avant-veille de la diffusion de notre enquête qu’il peut arriver que dans des situations de légitime défense ”élargie” - c’est un concept qu’on a forgé pour l’occasion - l’armée française fasse un usage total de ses armes;
notamment sur les ponts et à l’Hôtel Ivoire. Or entre ces deux déclarations, c’est la nuit et le jour, puisque dans un cas on vous dit: “Non, on n’a jamais fait usage de nos armes - juste des tirs de sommation.” Et dans l’autre, on vous dit: “Oui, dans certains cas, nous avons été obligés de faire usage de nos armes.”
Entre temps, il a été dit qu’il s’agissait d’échanges de feu entre des manifestants armés et des gendarmes ivoiriens venus s’interposer entre les manifestants et l’armée française. Puis, on a dit que c’était l’armée française qui a été obligée de tirer pour sauver la vie de gendarmes ivoiriens.
Puis que c’était les gendarmes ivoiriens qui s’étaient retournés contre l’armée française. Enfin, on a dit que c’était des types qui étaient montés sur des chars détenus par des troupes d’élite et qui avaient armé une mitrailleuse française. J’oubliais aussi la version disant que c’étaient des snipers israéliens travaillant pour le pouvoir ivoirien qui avaient tiré dans la foule pour tuer quelques personnes et surexciter les manifestants.”

Comment “on” étouffe un massacre

“Moi, je rapproche cette histoire de ce qui s’est passé le 17 octobre 1961 à Paris, pendant la guerre d’Algérie. Ce jour-là, le préfet de police Maurice Papon avait donné l’ordre à la police française d’être d’une extrême fermeté avec des manifestations d’algériens, des civils désarmés.
Et il y avait eu au moins une centaine de morts, d’algériens tués, certains jetés à la Seine en plein Paris, parfois tués quasiment dans les halls des grands journaux parisiens. Et personne n’en a parlé. Il a fallu attendre en gros trente ans pour que la vérité soit faite.
Je me suis toujours intéressé aux questions d’immigration et aux aspects violents de l’après-colonialisme français; et je me suis toujours dit qu’on avait étouffé un massacre, mais que c’était une époque particulière: 1961, pas de caméras, pas d’images, la presse était beaucoup plus tenue, etc. Et là où cette histoire ivoirienne m’a surpris, c’est qu’elle a lieu en plein époque de l’image, que les images circulaient, qu’elles étaient criantes d’évidence, et que malgré tout, on a étouffé ce qui s’est passé à Abidjan en novembre 2004.”

Les médias complices d’un crime de guerre

“On a étouffé un massacre. Et quand je dis “on”, je veux parler des journaux de gauche, comme Libération, qui a repris la version officielle de l’armée française. Le Monde aussi. Seuls le Canard Enchaîné, i-Télévision et Canal+, et peut-être Marianne, sont allés au-delà de ce que l’armée française a fourni en termes de communication.
C’est un énorme embarras pour je pense l’ensemble de notre profession, et c’est pour ça que mon livre est un petit peu boycotté par un certain nombre de grands médias, notamment ceux que je viens de vous citer. Parce qu’au fond, en tant que journalistes, on s’est rendu complices d’un crime de guerre. Alors que personne ne nie ce que nous avons montré. Même la ministre, assez honnêtement d’ailleurs, a reconnu finalement les faits.
Malgré cela, pas de réaction: on peut tuer autant de personnes. Imaginez ça boulevard de la Madeleine, sur des viticulteurs. On en parlerait encore. Ce serait un scandale. J’en ai discuté plus tard avec des militaires que je connais, parce qu’il y a des gens formidables dans l’armée française - je tiens à dire -, et qui m’ont dit: “Je ne sais pas comment les tireurs d’élite se sont regardés dans la glace le lendemain, parce qu’ils n’étaient pas obligés de tirer. Parce qu’on ne tire pas sur les manifestants.”
En France, on a eu Mai 68 qui étaient des émeutes d’une violence extraordinaire, c’est pas le dixième de ce qui est arrivé devant l’Hôtel Ivoire.”

Une nouvelle forme de censure

“C’est le déni qui est extraordinaire. Il y avait une cellule au ministère de la défense, que j’appelle une “cellule d’infirmation”, parce qu’ils infirmaient tout ce que nous affirmions. J’ai eu affaire à eux. Tous les arguments étaient bons. Il ne s’agissait pas de nous censurer, évidemment, puisqu’aujourd’hui la censure n’est plus opérante. Il faut convaincre, séduire, détordre. Mais enfin dans ce cas précis, c’est quand même hallucinant, parce que les images existaient. On n’est pas sur quelque chose de tangent. Et donc, ils disaient aux journalistes [et on sait depuis que c’était faux, mais l’intox a été diffusée]: “Non, mais, on ne les voit pas, mais il y a des types armés [parmi les manifestants].” »

(Cf. aussi : http://kouamouo.afrikblog.com/archives/2007/11/07/6804173.html)




<a href="http://delugio.zeblog.com/268566-trois-ans-apres/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=268566">aucun trackback</a>

Immigration — La Côte d’Ivoire, la France

Par Delugio :: lundi 29 octobre 2007 à 9:10 :: Articles de presse




Côte d’Ivoire :

« Carte de séjour : Gbagbo propose sa suppression »

Cf. aussi l'article d'Edgar Yapo : "
Gbagbo met fin à la carte Ouattara"

Fraternité Matin — lundi 29 octobre 2007
http://news.abidjan.net/article/?n=270195  

par
Pascal Soro :

« 
Le Président Laurent Gbagbo a communié, hier, au Complexe sportif de Yopougon, avec la communauté burkinabé vivant en Côte d’Ivoire.

Les craintes que j’avais depuis 1990 (année de l’instauration de la carte de séjour. Ndlr), ces craintes-là se sont avérées justes. A savoir que la carte de séjour ne nous met pas assez d’argent dans les caisses de l’Etat et deuxièmement, elle induit des fraudes sur l’identité ivoirienne. Alors, il faut faire quelque chose. Moi, je propose la suppression pure et simple de la carte de séjour. Je propose et je proposerai très très bientôt la suppression pure et simple de la carte de séjour». Par cette déclaration qu’il a faite hier au Complexe sportif de Yopougon, le Président Laurent Gbagbo a accédé à la seule et unique doléance que lui a présentée la communauté burkinabé vivant en Côte d’ivoire: la suppression de la carte de séjour. On comprend donc que cette annonce du Chef de l’Etat ait été accueillie par un véritable tonnerre d’applaudissements et de cris de joie dans ce stade qui a refusé du monde. De fait, devant plusieurs milliers de Burkinabé, le Président de la République a rappelé que la carte de séjour a été instaurée en Côte d’Ivoire en 1990 par une proposition de loi faite par Alassane Dramane Ouattara, alors premier ministre. Une proposition à laquelle, a-t-il souligné, son parti, le FPI, s’était opposé.
Certes, avec son élection en 2000, a-t-il expliqué, il a réduit les frais de cette pièce de moitié (elle était vendue à 15 000 francs par an et par personne depuis son instauration). Mais il n’en demeure pas moins qu’elle est «toujours nocive et dangereuse», a-t-il fait remarquer. «L’essentiel, ce n’est pas de faire payer les gens, mais c’est de savoir qu’untel est en Côte d’Ivoire, qu’il habite à tel endroit et que s’il est coupable d’un délit, on peut le retrouver. Ce ne sont pas les tracasseries. La carte de séjour induit des tracasseries policières et administratives. Ça ne met pas l’argent dans les caisses de l’Etat. Ça induit qu’on fabrique surtout de fausses pièces d’identité. Il faut mettre fin à ça ; et je vais me battre pour que très bientôt, la carte de séjour soit supprimée, purement et simplement», a répété Laurent Gbagbo, particulièrement ovationné. En tout état de cause, pour lui, «Il n’est pas normal que des Ivoiriens et des Burkinabè se battent à cause de la carte de séjour qui ne leur apporte rien et qui ne nous apporte rien. Ça ne nous apporte rien». Pour autant, le Chef de l’Etat ne promet pas aux étrangers qu’ils vivront en Côte d’Ivoire sans aucune pièce d’identité. Mais il préconise que chacun ait la carte d’identité de son pays d’origine. «Ayez un papier, leur a-t-il recommandé. Que ce papier-là soit ivoirien, ou qu’il soit burkinabé, guinéen, malien, ghanéen, libérien, ayez un papier. On ne va plus vous fatiguer avec les cartes de séjour. Je vais veiller à ce que cela soit supprimé». La suppression de la carte de séjour aux yeux du numéro ivoirien, restaure l’image de la Côte d’Ivoire qui est un pays d’immigration. «Quand on est un pays d’immigration, on prend des mesures équitables et non pas des mesures qui vous créent des problèmes», a-t-il soutenu. […] »


Pendant ce temps, le même jour, en France :


Libération — lundi 29 octobre 2007 —
http://www.liberation.fr/actualite/societe/287977.FR.php

« […] Des dispositions de plus en plus restrictives imposées dans le cadre de la loi sur l’immigration de Brice Hortefeux, parmi lesquelles les tests ADN pour le regroupement familial. L’enjeu : développer une politique d’immigration choisie et non d’immigration subie, selon les termes de Nicolas Sarkozy, politique qui est supposée déboucher sur une meilleure maîtrise des flux migratoires. »


Ivoirité ? Francité ?… Sans commentaire !




<a href="http://delugio.zeblog.com/265902-immigration-la-cote-d-ivoire-la-france/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=265902">aucun trackback</a>

« Enquêtes, résultats, procès »

Par Delugio :: vendredi 19 octobre 2007 à 14:57 :: Articles de presse




Au moment où France 3 annonce une nouvelle arrestation de Tony Oulaï, au moment où le serpent de mer de la déclassification des documents concernant le présumé bombardement de Bouaké refait surface (cf. l'analyse du Courrier d'Abidjan : http://news.abidjan.net/article/?n=269167) …

Éléments de l’interview de L. Gbagbo sur la RTI :


Notre Voie — vendredi 19 octobre 2007 —
http://news.abidjan.net/article/?n=269158 :

« Enquêtes, résultats, procès »

par
Abdoulaye Villard Sanogo :


« 
C’était comme une révélation de taille mercredi soir, sur les antennes de la RTI. Pourtant, elle ne devrait pas l’être. Lorsque, parlant des affaires qui ont secoué la République, Laurent Gbagbo a dit aux confrères, qu’une enquête a chaque fois été diligentée qui s’est soldée par un procès. Les confrères, hébétés, n’ont pu pousser le chef de l’Etat dans ses derniers retranchements pour qu’il leur dise dans le détail, les enquêtes dont il parle et les procès qui s’en sont suivis. Mais comme nous sommes tous dans ce pays et que nous avons encore la mémoire, nous avons fait un tour dans nos archives et nous avons vu que Laurent Gbagbo a dit vrai. “Depuis que je suis président de la République, toutes les enquêtes se sont terminées par des procès”, a-t-il répondu aux confrères avant d’ajouter : “Il y en a un seul pour lequel la communauté internationale nous a demandé de prendre une loi d’amnistie”. Il s’agit, pensons-nous, du procès de ceux qui ont attaqué la Côte d’Ivoire le 19 septembre 2002. Les autres ? Prenons-les pèle- mêle. D’abord le charnier de Yopougon. L’enquête menée par le procureur militaire a abouti à un procès des gendarmes de l’escadron d’Abobo. Ceux-ci ayant nié avoir tué des Ivoiriens et déversé leurs corps près de la prison civile de Yopougon, on a dû avoir eu recours à l’autopsie des corps. C’est celle-ci qui a éclairé l’opinion. Parmi les 57 personnes retrouvées entassées les unes sur les autres, certaines ont été tués à l’arme blanche et d’autres sont mortes par noyade. Un élément important qui a emmené les juges à relaxer les coupables. Ensuite, l’affaire Jean Hélène, du nom du correspondant de RFI tué à bout portant par un policier devant la direction générale de la Police au Plateau. Là aussi, le procureur militaire a mené son enquête et un procès a été ouvert. Le coupable, un certain Séri, a été condamné à une peine très lourde d’emprisonnement. C’est pareil pour les attaques d’Agboville, de Zuénoula et des camps d’Akouédo. Les enquêtes faites se sont soldées par des procès que toute la Côte d’Ivoire et le monde entier ont suivis. Les coupables ont été condamnés comme il se doit même si certains se sont retrouvés dehors plus tard à la faveur de la loi d’amnistie. Quant aux tueries de Guitrozon et Petit Duékoué, les prévenus ont été jugés à Daloa et les coupables condamnés et écroués à la Maison d’arrêt et de correction de Daloa (Macda).
Quand on a toutes ces enquêtes, tous ces procès et toutes ces condamnations, on ne peut raisonnablement pas avancer qu’en Côte d’Ivoire, les enquêtes n’aboutissent pas. Le problème est qu’une classe d’individus qui en veut terriblement à une autre classe tient absolument à ce que celle-ci soit condamnée même si elle n’a pas tort. De sorte que, quand au bout d’un procès, ses vœux ne sont pas satisfaits, elle pense et répand dans la presse qu’ici, les enquêtes n’aboutissent pas. Et pourtant Laurent Gbagbo leur a toujours dit : “Je ne prends aucune décision qui peut nuire à des citoyens tant que je n’ai pas un minimum de conviction personnelle (…) Je pense qu’il est injuste de jeter quelqu’un à la vindicte tant qu’on n’a pas un élément nouveau d’encrage pour justifier notre acte”.
Avec ces quelques cas, ceux qui, un moment, ont mis leur mémoire dans un sac, vont se réveiller. »





<a href="http://delugio.zeblog.com/262729-enquetes-resultats-proces/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=262729">aucun trackback</a>

Gbagbo: 'La guerre a fait de la Côte d'Ivoire une Nation'

Par Delugio :: mardi 02 octobre 2007 à 8:59 :: Articles de presse




Le Courrier d'Abidjan
No: 1125 du Lundi 1 Octobre 2007 —
http://www.lecourrierdabidjan.info/a_la_une.asp?id=16316

par Didier Koré :

« Invité à prendre part à une messe d’action de grâce initiée par l’Association des épouses des militaires de Côte d’Ivoire (AEMCI) hier au Palais de la Culture d’Abidjan, Laurent Gbagbo a livré un message porteur pour la Côte d’Ivoire et digne d’un homme de Dieu. Avec les épouses des Forces armées de Côte d’Ivoire qui ont effectué en grand nombre le déplacement, le président de la République a bien voulu partager certaines réflexions. Pour lui donc, «la notion de peuple est en train de disparaître pour laisser la place à une Nation. Et c’est à la faveur de la crise que nous avons vécue que s’est faite, sous nos yeux, cette mutation». Il en veut pour preuve la forte mobilisation de toutes les couches socioprofessionnelles, des religieux et même des partis politiques lorsque la Côte d’Ivoire a été attaquée. Toujours selon le président de la République, sa participation à la 62ème Assemblée générale de l’ONU lui a fait découvrir beaucoup de choses. «Il y a 5 à 6 mois auparavant que certains chefs d’Etat africains n’auraient jamais parlé comme ils l’ont fait sur la Côte d’Ivoire. Et nous croyons que cela marque une rupture». Aussi a-t-il voulu faire remarquer que cette crise dépasse les frontières de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique toute entière. Ce qui, selon lui, a emmené les uns et les autres à reconsidérer leurs positions. «Le moment est venu pour mettre fin à la pagaille. Le moment est aussi venu pour que la tempête tombe et que le fleuve retrouve son lit», a-t-il ajouté dans un tonnerre d’applaudissements. En fervent croyant, le chef de l’Etat a aussi indiqué qu’il est prêt à faire face à tout ce qui peut lui arriver si c’est la volonté de Dieu. Dans une liesse populaire, le président Gbagbo a invité les uns et les autres à avoir foi en Dieu et en la Côte d’Ivoire. Car, dira-t-il pour conclure, «La Côte d’Ivoire ne peut pas tomber comme cela».
Au nom des épouses des militaires de Côte d’Ivoire, Mme Gbla, la présidente de l’association s’est dit heureuse de marquer un arrêt pour remercier le Seigneur qui n’a pas permis que notre pays sombre dans le chaos. »





<a href="http://delugio.zeblog.com/256317-gbagbo-39-la-guerre-a-fait-de-la-cote-d-39-ivoire-une-nation-39/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=256317">aucun trackback</a>

L’appel aux historiens de Adame Ba Konare

Par Delugio :: mercredi 26 septembre 2007 à 12:12 :: Articles de presse




Sur Grioo.com — 25 septembre 2007 — http://www.grioo.com/info11581.html

Professeur Adame Ba Konaré :

« Le discours du président de la République française, Monsieur Nicolas Sarkozy, lors de sa visite à Dakar le 26 juillet 2007 n’a pas manqué de soulever une vive réprobation dans une large partie de l’opinion africaine, par son ton, par ses références à des poncifs vieux de plus d’un siècle que l’Europe tenait sur l’Afrique avant la colonisation, une Afrique alors méconnue et fantasmatique. Les poncifs les plus saillants du discours "sarkozien", directement hégéliens mais révolus depuis et qui heurtent le plus l’historien de l’Afrique, proclament, entre autres, ceci : (...)

"Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance.

Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire. Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne viendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé.

Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. (...) La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes (...)"

Le récent article de Monsieur Jean Marie Bockel, Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires Etrangères et Européennes, chargé de la Coopération et de la Francophonie, paru dans le journal "Le Figaro" du 4 septembre 2007, qui tente de recadrer le discours du Président français, en rajoute au malaise :

"l’Afrique interroge, passionne, interpelle. Enfin ! Premier résultat et non des moindres : le continent africain est de nouveau à l’ordre du jour. Depuis l’intervention du président de la République, l’Afrique est sortie du cénacle des technocrates des "bailleurs de fonds" pour s’inviter à la grande table du débat populaire. En choisissant à dessein de parler librement, Nicolas Sarkozy a libéré la parole. (...) Prenons acte du retour de l’Afrique dans le débat d’idées."

De telles déclarations sont révélatrices d’un fait : après plus de cent ans d’histoire partagée avec la France et près de soixante ans de collaboration après les indépendances, l’Afrique se rend compte brutalement que son principal partenaire a d’elle une vision étonnamment statique, alors même que foisonnent depuis maintenant plusieurs décennies, moult écrits et moult débats sur elle et sur son sol. Face à une telle situation, nous sommes, nous historiens africains, interpellés en premier lieu car ce sont nous, fondamentalement, qui avons la charge de gérer la mémoire de l’Afrique.

Intervenir dans ce débat est un devoir à la fois scientifique et militant pour nous. Si nous nous taisons, ce sera l’histoire qui nous jugera du haut de son tribunal. Si nous nous taisons, ce sera ne pas faire honneur à la mémoire de tous nos devanciers, parmi lesquels Joseph Ki-Zerbo et Cheik Anta Diop, qui se sont lancés corps et âme dans la bataille de la réhabilitation de l’histoire africaine.

S’assumer et assumer notre part de responsabilité face à l’histoire, face aux générations montantes, face à la jeunesse, voilà ce que je vous propose, voilà ce que je nous propose. Réfléchissons, échangeons, partageons sur la base du volontarisme, en adoptant une posture scientifique dépouillée de toute émotion, autour des thèmes suivants que nous retenons dans les débats en cours : "L’Africain et la reproduction du temps mythique." ; "L’Africain et la corruption." ; "Ce que la colonisation a apporté à l’Afrique." ; "L’Africain et la raison." ; "L’Africain et le règne de la nature." ; "L’Africain et les droits de l’homme, la démocratie, la liberté et la justice." ; "L’Africain et l’enfermement sur soi."

Je propose que chacun d’entre nous, dans son domaine de compétence académique, produise un article au plus tard pour fin décembre 2007, en introduisant, si nécessaire, des grilles de lecture comparative avec d’autres sociétés pour un raccordement juste et équitable à l’histoire universelle. Cette liste n’est pas exhaustive. Vous voudrez l’enrichir par de nouvelles propositions. Le recueil, validé par un comité scientifique, fera l’objet d’un ouvrage collectif à paraître courant 2008 et sera versé dans le dossier du partenariat France/Afrique. Une fois le livre paru, les auteurs, pour ceux qui le désirent, se dissoudront avec moi dans un comité, le Comité de Défense de la Mémoire de l’Afrique (CMAD). »





<a href="http://delugio.zeblog.com/254141-l-appel-aux-historiens-de-adame-ba-konare/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=254141">aucun trackback</a>

"Les vérités de Laurent Gbagbo"

Par Delugio :: mardi 18 septembre 2007 à 9:31 :: Articles de presse




Jeune Afrique — n° 2436 du 16 au 22 septembre 2007 — Interview

in Notre Voie — n° 2787 du Mardi 18 Septembre 2007 —

http://news.abidjan.net/presse/notrevoie.htm

Processus de paix, relations avec la France...: Les vérités de Laurent Gbagbo

Le 19 septembre 2007, la Côte d’Ivoire aura connu cinq années de crise, l’accord de Ouagadougou, signé le 4 mars dernier, semble y avoir mis fin, où en est le processus de paix ?
Nous sommes dans une phase positive. L’accord de Ouagadougou, dont j’ai eu l’idée, a été fondamental. C’est Notre accord, entre belligérants Ivoiriens, celui de personne d’autre. Il est débarrassé des tutelles extérieures et a écarté les partis politiques. De ce fait, il met de côté les faux problèmes posés par les uns et les autres. C’est pour cette raison qu’il marche.

Pourquoi ne pas avoir procédé ainsi plus tôt ?
Nous n’étions pas prêts. Les choses arrivent en leur temps. Nous avons pu nous mettre d’accord parce que chacun était demandeur.

Le 6 août, vous avez évoqué, dans un discours, l’échéance de décembre 2007 pour l’organisation de l’élection présidentielle. Les conditions de la tenue de ce scrutin vous semblent-elles vraiment réunies ?
Oui, je l’ai dit en tant que Président mais aussi en tant qu’Ivoirien. Il faut que cette élection ait lieu le plus tôt possible. La constitution ne nous interdit plus d’organiser un scrutin sur notre territoire puisque ce dernier est désormais réunifié. Malgré les vociférations de certains, c’était jusqu’ici impossible. Aujourd’hui, il n’y a plus aucune raison de ne pas aller vite. D’autant que nous ne partons pas de zéro. Nous disposons ainsi des listes électorales de 2000 pour en établir de nouvelles, après avoir procédé au processus d’identification.

A ce propos, les audiences foraines devaient reprendre début septembre…
Le premier Conseil des ministres que nous avons tenu après les vacances a été consacré à cela justement. Il n’y a aucun problème, les audiences foraines vont reprendre avant la fin de ce mois.

Quelles garanties de transparence pouvez-vous donner à vos adversaires ?
Vous savez, j’ai été dans l’opposition plus longtemps qu’eux. Les cris et les contestations font partie du jeu, surtout en Afrique. Le plus important, c’est que le Président élu soit reconnu, que les perdants finissent par l’accepter, même s’ils mettent un peu de temps…. Moi, je garantis la transparence des élections aux Ivoiriens. Quant à mes adversaires, je rappelle que, contrairement au passé, aucune candidature ne sera écartée. J’ai pris les dispositions depuis l’accord de Pretoria, en 2005, pour que tous ceux qui ont participé aux négociations de Marcoussis, en janvier 2003, puissent se présenter. Et Dieu sait que je n’aime pas Marcoussis ! Tout le reste, les listes électorales, la date des élections, les conditions d’organisation, relève des administrations techniques. Enfin, je tiens à préciser, puisque vous me posez la question sur les garanties, que la Commission électorale indépendante, chargée d’organiser cette élection, comprend plus de membres qui me sont opposés que de personnalités politiquement proche de moi.

Parmi les autres points de l’accord de Ouagadougou figure le processus de désarmement. Au-delà de l’aspect symbolique des cérémonies au cours desquelles des armes ont été brûlées, quelle évaluation peut-on en faire ?
Contrairement à ce que vous dites, c’est loin d’être symbolique. Prendre des armes à des combattants, ce n’est pas l’ordre du symbole, c’est la réalité. Les fusils brûlés ne sont plus en circulation. Il y en a eu 1500 à Bouaké, plus de 1000 dans l’Ouest. Et il y aura encore beaucoup d’autres bûchers. N’occultons pas les faits. Le désarmement a bel et bien commencé. Mais, il est vrai que pour beaucoup, y compris moi-même, nous n’allons pas assez vite.

La question de la réintégration des éléments des Forces nouvelles dans l’armée nationale traîne en longueur. Sans parler de celle de la conservation par les ex-rebelles des grades qu’ils ont acquis au cours de la crise. Vous avez toujours déclaré y être totalement opposé. Depuis que Guillaume Soro, leur chef, est devenu Premier ministre, est-ce toujours le cas ?
Je n’ai pas évolué sur cette question et je ne le ferai pas. Je suis chef des armées. Je dois donc veiller à l’uniformisation de l’évaluation des soldats. Ceux qui veulent intégrer l’armée ou la gendarmerie de Côte d’Ivoire doivent être soumis aux mêmes critères d’évaluation que les autres. Cela dit, tout le monde fait comme si c’était un grand problème. Ce n’est pas le cas même s’il est sensible.

C’en est un pour Guillaume Soro…
Peut-être…Dès lors que nous touchons au statut des individus, cela devient compliqué. Nous avons donc décidé d’avancer sur tout ce qui peut l’être. Le reste, ce qui peut constituer d’éventuels points de blocages, nous verrons plus tard. Nous avons cependant soumis ce problème au facilitateur, le président Blaise Compaoré. Il nous a demandé du temps pour discuter avec les principaux concernés. Nous ferons ensuite le point. Mais il ne faut tout de même préciser que les gens dont nous parlons, ceux qui réclament la conservation de leurs grades, représentent une trentaine de personnes seulement.

Selon vous, qui sera votre principal adversaire lors de la présidentielle ?
Je ne sais pas. Et cela ne m’intéresse pas.

Puisque vous êtes dans une logique d’élection, vous devez bien vous préoccuper de la campagne, de vos adversaires…
Tout le monde en Côte d’Ivoire est dans cette logique ! Mais je suis d’abord le chef de l’Etat en fonction. Mes priorités actuelles ne sont pas celles d’un candidat. Je veux d’abord mettre fin à la crise. Après, nous verrons…

Entretenez-vous des contacts avec Alassane Ouattara?
Quand nous nous rencontrons, nous discutons. Mais cela fait un moment que nous ne nous sommes pas vus, ni avec Bédié d’ailleurs. Depuis la dernière réunion du Cadre permanent de concertation, le 12 juin, (CPC, présidé par Blaise Compaoré et qui réunit Gbagbo, Ouattara, Bédié et Soro, NDLR), pour tout vous dire.

Existe-t-il un deal entre vous et Guillaume Soro ?
Le seul deal entre Soro et moi, c’est d’abord l’accord de Ouagadougou.

Il n’a rien de secret…
Nous nous sommes mis d’accord sur un texte. Ce que l’on ne peut pas faire sans un minimum de confiance entre les parties. C’est cela qui effraie ceux qui parlent d’accord secret entre nous.

Certains disent que vous avez conclu un pacte : à vous le présent, les élections ; à lui le futur, donc les suivantes. Est-ce vrai ?
Mais oui, bien sûr. Il n y a pas besoins de deal pour cela ! Guillaume Soro est plus jeune que mon fils aîné, qui me l’a présenté d’ailleurs. Vu notre différence d’âge, il a forcement l’avenir pour lui.

Un avenir de président ?
Je n’en sais rien, ce sera à lui de décider.

Où en est l’enquête sur l’attentat dont il a été victime le 29 juin à Bouaké ?
Elle suit son cours et il y aura un procès.

Avez-vous des présomptions sur l’identité des commanditaires ?
Ne me faites pas entrer dans le champ judiciaire. Vous savez, les juges sont très jaloux de leurs prérogatives.

Le Facilitateur de l’accord de Ouagadougou, la Président Blaise Compaoré, a été tour à tour l’un de vos principaux soutiens puis votre pire ennemi. Vous l’avez même accusé d’être l’instigateur de la tentative de coup d’Etat de septembre 2002. Où en sont vos rapports aujourd’hui ?
Certains hommes divorcent de leur épouse puis se remarient avec elle (rires). Sérieusement, Blaise et moi étions très amis. Il m’a beaucoup aidé, y compris financièrement, lorsque j’étais dans l’opposition, entre 1989 et 1999. Dans la durée, il est celui qui m’a le plus soutenu. Le président Bongo Odimba m’a beaucoup aidé également. Plus substantiellement, nous dirons, mais sur une période très courte…
Ce qui s’est passé en septembre 2002, évidemment, nous a brouillés. Mais, aujourd’hui, nos relations se sont normalisées. Nos deux pays ne sont pas simplement des voisins. C’était le même pays à l’époque de la colonisation. Entre 1932 et 1947, Ouaga était la deuxième ville de Côte d’Ivoire. Nous avons vocation à nous entendre et à être des locomotives en Afrique de l’Ouest. Comme la France et l’Allemagne en Europe. Et que je sache, il y a eu plus que des broutilles entre eux…

Avez-vous des nouvelles de votre ancien Premier ministre Charles Konan Banny ?
Je préfère m’entretenir avec lui avant de vous parler. Je dois cependant avouer que lorsque j’ai signé son décret de nomination, je craignais déjà que cela ne se passe de la manière que vous connaissez.

Au cours des cinq années de crise, vous avez eu affaire à de nombreux interlocuteurs, africains ou non. Lequel vous a le plus déçu ?
Jacques Chirac.

D’où vient cette inimitié entre vous ?
Mais, je n’en sais rien ! Je n’avais rien contre lui au départ. C’est lui qui m’en voulait.

Comment avez-vous vécu son départ ? Comme une page qui se tourne ?
La page des relations entre la France et l’Afrique s’est déjà tournée avec ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire mais aussi, par exemple, avec la rupture des relations entre le Rwanda et la France, ce qui ne s’était jamais vu. Une autre ère s’ouvre aujourd’hui. Et nous autres Africains devons nous asseoir autour d’une table pour la préparer et réfléchir à de nouvelles relations.

Il y a aujourd’hui un nouveau locataire à l’Elysée. Le Président Nicolas Sarkozy prône lui aussi cette rupture…
Si Sarkozy nous fait espérer, ce n’est pas par rapport à sa politique déclarée mais parce qu’il est le seul président de la Ve République à être né après la Seconde Guerre mondiale. C’est important car cela signifie qu’il n’a pas les mêmes références que ses prédécesseurs.

Etes-vous en contact avec lui ?
Oui. J’ai discuté avec Claude Guéant (secrétaire général de l’Elysée, NDLR) puis directement avec le Président Sarkozy, une fois, au téléphone. Cela s’est bien passé.

Qu’avez-vous pensé de sa première tournée africaine et plus particulièrement de son discours de Dakar, le 26 juillet ? Beaucoup d’Africains ont été choqués par ses propos…
Je n’aime pas commenter les faits et gestes ou les discours des autres chefs d’Etat. Il faut laisser le Président Sarkozy s’installer et appliquer sa politique. Jugeons-le sur ses actes plutôt que sur ses paroles.

Quand la Force française Licorne doit-elle partir ?
Cela fait partie des dossiers que je laisse en attente. Cela ne me tracasse pas puisque je sais qu’elle partira.

Etes-vous pour ou contre le maintien de la base militaire française de Port-Bouët ?
Je préfère ne pas en parler pour le moment. J’ai mes idées mais j’ai d’autres chats à fouetter. Nous devons tout remettre à plat avec la France, tout rediscuter. Nous nous retrouverons autour d’une table le moment venu.

Votre parti, le Front populaire ivoirien (FPI), est membre de l’Internationale socialiste. Comment jugez-vous l’évolution du PS français ?
J’ai reproché aux socialistes français leurs déclarations péremptoires sur mon parti, ma personne ou sur la crise qui secoue mon pays. je ne commettrai pas la même erreur qu’eux.

Parmi vos pairs africains, beaucoup ont tenté des médiations en Côte d’Ivoire. Lequel vous a le plus marqué ?
C’est incontestablement Thabo Mbeki. Il est très méthodique et cultivé, ne se prononce jamais avant d’avoir étudié tous ses dossiers. Il prend le temps qu’il faut. C’est le seul, je dis bien le seul, à avoir séjourné plusieurs jours à Abidjan puis à Bouaké. Enfin, il a été le premier à dire qu’il fallait que je m’entende directement avec Blaise Compaoré.

Et les autres ?
Je ne me prononcerai sur aucun d’entre aux.

Pas même Omar Bongo Ondimba, avec lequel vous avez eu des mots ?
Non.

Vous entretenez de bonnes relations avec des chefs d’Etat africains qui échappent à l’orbite française. Citons, entre autres, Dos Santos, Kagamé, Conté ou Kadhafi. Est-ce un hasard ?
Cela n’a rien à voir. Conté m’a assuré de son amitié, je la lui rends. De plus, la Guinée est un pays voisin et le seul frontalier en qui je pouvais avoir confiance.
Je partage avec Kagamé certaines idées, c’est un fait. Il m’a invité après une réunion du Conseil de paix et sécurité de l’Union africaine pour mieux comprendre le dossier ivoirien. Il avait l’impression qu’on «nous tournait en bourrique». Il faut dire qu’il a été excédé par l’attitude de l’ambassadeur de France à Kigali, qui, à la veille d’une réunion importante à Addis-Abeba, a appelé le ministre rwandais des Affaires étrangères pour lui dicter la ligne à adopter… Comme moi, il pense que le temps où l’on pouvait dire aux Africains « faites ceci, faites cela » est révolu.
Quant à Dos Santos, il m’a beaucoup aidé. Nos soldats n’avaient pas d’armes, il nous en a fourni.

Et Mouammar Kadhafi ?
Il fait également partie de ceux qui ont cherché à mieux comprendre notre crise. Lors d’une réunion de la Cen-Sad (Communauté des Etats sahélo-sahariens, NDLR) à Bamako, il m’a considérablement soutenu. Depuis, nous entretenons de bons rapports.

Vous intéressez-vous au cas Robert Mugabe ?
Depuis que j’ai pu constater le comportement de certaines personnes lors de la crise ivoirienne et depuis que la presse française m’a accusé de tous les maux, y compris d’avoir créé des escadrons de la mort, je suis très circonspect lorsque la presse occidentale attaque un de mes pairs.
Je constate cependant que Robert Mugabe est très populaire en Afrique. Et qu’il ne faudrait pas que l’Occident reproduise avec les Négro-Africains les mêmes erreurs qu’il a commises avec les musulmans. Nous n’avons pas besoin d’un monde où règnent les divisions et les antagonismes. Pour le reste, je ne connais pas suffisamment Mugabe ou son pays pour juger.

La justice française s’intéresse de très près aux chefs d’Etat africains. Après Ismail Omar Guelleh, Paul Kagamé ou Eduardo Dos Santos, c’est au tour d’Omar Bongo Ondimba et de Denis Sassou Nguesso, accusés d’avoir détourné de l’argent dans leurs pays respectifs pour acheter des biens en France. Qu’en pensez-vous ?
Cela me rappelle, encore une fois, ce qui se passe avec moi. On vient de sortir un prétendu témoin dans l’affaire Kieffer (du nom du journaliste franco-canadien disparu le 16 avril 2004 à Abidjan, NDLR)…

Avez-vous des biens à l’étranger ?
Aucun, et je n’en aurai jamais tant que je serai chef d’Etat. Ce n’est pas mon monde, je ne suis pas de cette école.

Un certain nombre d’affaires ont émaillé ces cinq années de crise, dont trois visent, plus ou moins directement, la présidence. Parmi celles-ci, la disparition du journaliste Guy-André Kieffer. Sa famille a été reçue par Nicolas Sarkozy le 23 août dernier. Certains témoignages accusent votre entourage et notamment le beau-frère de votre épouse, Michel Légré. Qu’en est-il ?
J’ai vu Guy-André Kieffer deux fois dans ma vie, à sa demande. La première fois, c’était après le coup d’Etat de 1999. La seconde, c’était après la mort, le 21 octobre 2003, du journaliste de RFI Jean Hélène. Je l’avais reçu pour répondre à ses questions. J’ai appris sa disparition comme tout le monde. Nous avons mené une enquête pour essayer de le retrouver, sans succès. La justice ivoirienne poursuit son travail, ainsi que la justice française. Maintenant, on me dit que le beau-frère de mon épouse, Michel Légré serait responsable de sa disparition. D’abord, il faut le prouver. Ensuite, même si c’était le cas, mes belles sœurs sont libres d’épouser qui elles veulent, cela ne m’implique en rien. Je ne suis pas responsable des actes de Michel Légré. Ce qui me choque dans cette affaire, c’est que Michel Légré n’a plus d’identité propre. C’est grotesque. Rachida Dati par exemple, n’est pas responsable des actes de son frère (Jamal Dati, frère de la ministre de la justice, accusé de trafic de stupéfiants, ndlr) que je sache !

Berté Seydou, le témoin en question se présente comme le chauffeur du commando dirigé par un certain Jean Tony- Oulai, qui aurait enlevé Kieffer. Il affirme que le journaliste aurait été conduit à la présidence où il aurait passé deux jours, avant d’être exécuté. Que répondez-vous à cette accusation ?
Arrêtons ce cinéma de mauvais gout ! Jean Tony Oulai, je l’ai vu deux fois dans ma vie, dont l’une à la demande de sa sœur. Il avait été arrêté aux Etats Unis après les attentats du 11 Septembre. La seconde fois, il se trouvait dans l’entourage de Mathias Doué, l’ex- chef d’état major. Ni lui ni Légré n’ont jamais travaillé à la présidence de la République ! Et brusquement, ils enlèvent un journaliste, en se disant que la meilleure manière de le faire disparaitre ce serait de l’emmener à la présidence ? S’ils devaient le tuer pourquoi l’emmener ici ? Soyons sérieux ! La famille de monsieur Kieffer connait un drame. Aidons-la ! Mettons tout en œuvre pour le retrouver, mais cessons ce cinéma. Quant aux journaux qui relaient ces accusations graves, je me réserve le droit, une fois de plus, de les attaquer en justice. On ne peut pas écrire n’importe quoi.

Le bombardement du camp militaire français de Bouaké, le 6 Novembre 2004, a coûté la vie à neuf soldats français et à un citoyen américain. Que s’est-il passé ce jour là et qui a donné l’ordre de l’attaquer ?
Voila une autre affaire qui me laisse un gout amer. L’armée française a tout fait pour cacher la vérité. Revenons sur les faits précis. Quelques jours avant ce 6 Novembre, j’avais averti l’ambassadeur de notre intention d’attaquer les infrastructures militaires de la rébellion à Bouaké. Il est venu me voir avec le général Poncet, qui commandait l’opération Licorne. Tous deux m’ont fait part de leurs réserves. Je leur ai répondu que je ne leur demandais pas leur autorisation mais que je les informais. Ensuite, Chirac m’a appelé pour m’en dissuader. Le 4 Novembre j’ai lancé les opérations aériennes. Le lendemain, l’Onuci (l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire, Ndlr) a rendu public un rapport faisant état de la justesse de nos frappes qui n’ont touché que des objectifs militaires. C’est à partir de là, je pense, que tout a basculé. Le 6 novembre au matin, nos fantassins étaient sur le point d’entrer dans les villes que nous avions ciblées. C’est alors que le chef d’état-major Mathias Doué m’a informé du fait que le camp français de Bouaké avait été bombardé et que des militaires avaient trouvé la mort. Je lui ai demandé un rapport écrit. J’ai ensuite immédiatement suspendu de leurs fonctions le chef d’état-major et le commandant des forces aériennes et ordonné une enquête. Le jour même sans attendre, les Français détruisaient au sol nos avions. C’est alors que la partie de poker menteur a commencé. Le général Poncet a d’abord refusé que notre procureur se rende sur les lieux pour mener son enquête. Ensuite, j’apprends que les funérailles des soldats sont organisées à peine deux ou trois jours après les évènements à Paris, aux Invalides. Nous n’avons même pas vu les corps devant lesquels nous souhaitions nous incliner. Enfin, les Français arrêtent les pilotes biélorusses, qu’ils estiment coupables. Pendant quatre jours, ils ne sont même pas interrogés puisque nous n’avons vu aucun procès verbal. Ou alors on veut nous cacher des choses… Puis ils sont exfiltrés. Les autorités togolaises les ont retrouvés à Lomé en train d’attendre un avion et les ont arrêtés dix jours durant. Les Français n’en ont jamais voulu ! Tout ceci est louche : on veut nous faire passer pour ceux qui ont tué les militaires français mais on ne peut pas que la vérité éclate.

Ce sont tout de même des pilotes de l’armée ivoirienne. Vous avez bien vos propres informations ?
A partir du moment où je n’ai pas donné l’ordre d’attaquer, et puisque l’on nous empêche de mener notre enquête, comment voulez-vous que je le sache ? Qu’on me démontre que ce sont bien nos bombardements qui ont tué ces soldats. Si tel était le cas, qu’il s’agisse d’un acte délibéré ou bien d’une erreur, je suis prêt à assumer.

Dernière affaire, celle des escadrons de la mort. Encore une fois, on parle de l’entourage de la présidence et plus particulièrement de celui de votre épouse, Simone Ehivet Gbagbo. Qu’en pensez-vous ?
D’abord, j’ai intenté des procès contre les journaux français qui m’ont accusé et je les ai tous gagnés. Ensuite, ce terme d’escadron de la mort a été lancé par Alassane Ouattara. Une nouvelle fois, sans preuve. Ce n’est pas parce que mes adversaires m’accusent que je suis coupable.

Il y a tout de même bien eu des personnalités assassinées…
Entendons-nous bien : je ne nie pas parce qu’il y ait eu des victimes à Abidjan. Mais, cela signifie-t-il pour autant que c’est moi qui les ai fait tuer ? Il ne s’agissait pas de personnalités politiques de premier plan. Ils ne gênaient personne, en tout cas pas moi. Quel intérêt aurais-je eu à les faire exécuter ?

Votre épouse a une réputation de ‘’Dame de fer’’, pour ne pas dire plus. La considérez-vous ainsi ?
Franchement, je laisse cela à ceux qui l’écrivent. Cela ne nous regarde pas et cela ne nous touche pas.

Avez-vous lu son livre, Parole d’honneur ?
Un peu. Disons que je le connais.

Vous l’a-t-elle soumis avant de le publier ?
Elle me l’a fait lire comme à beaucoup d’autres amis ou membres de la famille. Mais, ce n’était pas pour le soumettre à ma censure.

Vous étiez catholique et vous vous êtes converti au protestantisme (Laurent Gbagbo est évangélique, NDLR) en 1998. Pour quelle raison ?
Cela ne regarde que moi. C’est une question d’ordre privé et je n’ai pas pour habitude de m’étendre là-dessus.

Etes-vous pratiquant ?
Oui. Et je prie souvent, avant les repas ainsi qu’au moment du coucher. Je suis très croyant tout en restant favorable à la laïcité de l’Etat.

Reconnaissez-vous que c’est original pour un homme de gauche, ex-marxiste tendance Mao…
C’est vrai, mais j’en connais d’autres. Y compris certains qui se sont convertis à l’islam.

A vos yeux, la progression de l’islam en Afrique constitue-t-elle une menace ?
Pas du tout. Je ne crains pas les religions, seulement les extrémismes.

Quel regard portez-vous sur les débats autour de la colonisation française ?
C’est avant tout un débat franco-français...

Ce n’est pas l’avis d’Abdelaziz Bouteflika, qui réclame la repentance de la France…
L’histoire de la Côte d’Ivoire n’est pas celle de l’Algérie. Nous n’avons connu ni la même colonisation ni la même lutte pour l’indépendance. J’admire beaucoup le président Bouteflika. Ses exigences font partie de la continuité de la lutte pour l’indépendance de son pays, à laquelle il a grandement participé. Pour revenir à votre question initiale, il faut reconnaître que la colonisation a été une défaite pour les Africains. Aujourd’hui, nous devons remonter la pente. Mais, nous ne devons pas attendre de ceux qui, hier, nous ont vendus comme esclaves ou colonisés qu’ils nous réhabilitent ou nous rendent notre dignité. C’est le point de vue de l’historien que je suis et c’est mon combat en tant qu’homme politique.

Le dernier sommet de l’Union africaine (UA), début juillet à Accra, a constitué un échec de plus pour l’intégration africaine. Croyez-vous aux Etats-Unis d’Afrique ?
Je pense, comme Thabo Mbeki, qu’il nous faut d’abord travailler au renforcement des unions régionales sur le continent : UEMOA, Cedeao, Sadc, Uma, etc. Nous passons notre temps à créer des institutions sans leur donner les moyens de leurs ambitions et ne cessons de réclamer aux pays occidentaux qu’ils financent nos projets. Il faut, une fois de plus, que nous nous prenions en main. Nous ne sommes même pas capables de mettre en place des opérations de maintien de la paix sur le continent. Certains Etats ne paient pas leurs cotisations alors qu’ils ont l’argent. Nous quémandons l’aide des autres. Pourtant, l’Afrique a des moyens, du pétrole, des matières premières, des minerais. Alors, avant les Etats-Unis d’Afrique, commençons par le commencement.

Vous comprenez le ras-le-bol exprimé par le président de la commission de l’UA, Alpha Oumar Konaré ?
Je ne souhaite pas personnellement ce débat. Et j’aimerais bien que l’on sache ce que l’on faire de l’UA avant de dire « vite, vite, il faut avancer, il faut passer aux Etats-Unis d’Afrique !» Que veut-on faire réellement ? Où veut-on aller ? A quoi doit servir cette institution ? Une fois ce préalable rempli, nous verrons. L’Europe ne s’est pas construire en 5 ans ni en 10 ans. Il ne faut pas s’impatienter. Doucement nous sommes pressés…

Certains de vos détracteurs critiquent vos projets de transfert de la capitale à Yamoussoukro. Selon eux la Côte d’Ivoire n’en a pas les moyens. Que leur répondez-vous ?
Avant tout, je ne crois pas qu’il ait la famine en Côte d’Ivoire. Nous sommes un pays en guerre qui n’a jamais attendu une quelconque aide humanitaire. Nous sommes toujours débout, les grands agrégats de notre économie sont bons, nos fonctionnaires sont payés. Grâce à notre gestion, et malgré les vicissitudes, nous avons des moyens. Pas illimités, certes, mais ils existent. Ensuite, cette décision répond au besoin de quitter Abidjan, saturé, qui est passé de 200 000 habitants dans les années 1960 à près de 6 millions aujourd’hui. Et je rappelle que c’est Houphouët et non moi qui a fait ce constat.

A l’époque vous étiez contre…
Soyons précis : j’étais contre le fait de choisi son village comme nouvelle capitale, pas pour le principe même de changer la ville. S’il avait décidé de le faire à Bouaké, je n’aurais rien dit. Aujourd’hui, nous construisons l’avenir.

Selon vous, la Côte d’Ivoire est-elle définitivement sortie de la crise ?
Nous venons de loin. Nous avons évité le pire. Une vraie guerre civile comme au Liberia ou en Sierra Leone dans les années 1990. Nous sommes sur le point de nous en sortir, mais ce sont les élections qui le confirmeront.

L’exclusion des gens du Nord, l’ivoirité, l’éthnicisme et les clivages religieux sont souvent présentés comme les racines du mal ivoirien. Partagez-vous cette analyse ?
Tout ce qui s’est passé depuis la mort de Houphouët (en décembre 1993, Ndlr) n’est que le résultat d’une guerre entre ses héritiers. Tous les facteurs que vous citez ne sont que des conséquences et non les causes de cette guerre. Bédié et Ouattara se battent pour le pouvoir depuis 1993. Ce qui a mené au coup d’Etat de 1999. Mais, aujourd’hui, nous avons montré que ce n’est pas parce que l’on tente un coup d’Etat que l’on renverse un régime. C’est pourquoi je devais tenir, résister ne pas m’enfuir. Il fallait faire la démonstration aux Ivoiriens que prendre les armes ne donne pas le pouvoir.

Si vous deviez connaître une qualité à vos principaux adversaires, Allassane Outtara, Henri Konan Bédié, quelle serait-elle ?
(Il Réfléchit longuement) J’aurais préféré éviter cette question. Mais je vais tout de même vous répondre. Alassane est brillant et travailleur plus que Bédié qui, lui par contre, est rusé et sait s’entourer. Il faut dire qu’il a été à la bonne école...

Avez-vous changé au contact du pouvoir ?
J’ai évolué mais, je conserve les mêmes idées.

Et jugez-vous différemment Houphouët ?
Je comprends plus facilement certains de ses choix et de ses actes. Ce n’est pas autant que je vais faire comme lui.

Quel est votre principal regret ?
C’est de n’avoir pu mettre en œuvre mon projet d’assurance maladie universelle. Tout était prêt y compris les bâtiments qui devaient accueillir son siège. Mais, la guerre est arrivée.

Avez-vous des hobbies ?
Comme tout le monde…je citerais la lecture et la musique. J’adore également regarder des matchs de football et surtout de tennis féminin (rires).

Quel personnage historique vous a marqué ?
Moïse

Avez-vous un modèle dans la vie ?
J’admire tous ceux qui ont tracé une route, sans repère, sans recette, sans précédents pour les aider. Ainsi de George Washington, de Lénine, de Gandhi ou des pères de la nation en général.

Que feriez-vous si vous n’étiez pas réélu ?
J’écrirais mes mémoires. Mais, mon travail actuel me plait…

Source Jeune Afrique
N° 2436 du 16 au 22 septembre 2007





<a href="http://delugio.zeblog.com/250599-les-verites-de-laurent-gbagbo/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=250599">aucun trackback</a>

Houphouëtisme et FPI - ruptures et continuités

Par Delugio :: mardi 11 septembre 2007 à 9:56 :: Articles de presse




Extraits du discours du Président Koulibaly à Aboisso: “Les héritiers d’Houphouët n’ont pas compris son message”

Notre Voie — No.: 2780 du Lundi 10 Septembre 2007 —
http://news.abidjan.net/presse/notrevoie.htm


Propos recueillis par D.O., Envoyé spécial à Aboisso :

Aujourd’hui, tous ceux qui ont pris la parole ont dit : “Nous, on est PDCI, nous sommes nés PDCI, nos parents sont nés PDCI, nos arrières parents sont nés PDCI. Mais aujourd’hui, après avoir compris, nous avons décidé de rejoindre la République, de rejoindre le FPI, de rejoindre le combat du président Gbagbo”. C’est une très grande journée pour Aboisso. Dans l’esprit de beaucoup de gens, Aboisso, c’est PDCI, un point, un trait. Un vieux m’a dit : “Ici à Aboisso, on naît PDCI et on meurt PDCI”. Mais le soleil a changé. Vous qui êtes venus, je vous encourage, allez retransmettre le message à tous ceux qui n’ont pas fait le déplacement. Quand on dit : “Hier, j’étais PDCI. Aujourd’hui, j’ai compris, je deviens FPI”, ce n’est pas une injure. Il y en a qui disent qu’ils sont houphouetistes, qu’ils sont néo-houphouétistes, mais ils font comme si le travail fait par Houphouët et celui que fait actuellement Gbagbo sont totalement différents. Ils font comme si ce sont deux présidents de deux pays différents. Houphouët a gouverné ce pays, il est mort, Gbagbo est venu, il gouverne un autre pays. Alors que c’est le même, c’est la même Côte d’Ivoire… Houphouët était le premier président de la Côte d’Ivoire. Il a fait ce qu’il pouvait. Il a été député en France, il a été ministre en France au moins quatre fois. Il a été ministre d’Etat en France. Il a siégé dans le gouvernement français à côté de De Gaule. Il a été maire d’Abidjan. Il a été Premier ministre de Côte d’Ivoire avant d’être président de la République. C’est lui qui, à l’Assemblée nationale française, a fait un discours pour dire aux Français. “Moi, je suis de Côte d’Ivoire, ce que vous faites en Côte d’Ivoire dans cette période coloniale est inacceptable et inhumain. Le travail forcé, c’est de l’esclavage. Je ne peux pas accepter cela. La force que vous imposez à mon peuple est insupportable, je ne peux pas accepter cela”. Houphouët l’a dit, les Français l’ont combattu et puis ils ont fini par comprendre que ça ne pouvait plus continuer.
Ils lui ont donné l’indépendance. Ils ont arrêté le travail forcé. L’indépendance qu’ils ont donnée à Houphouët, ils lui ont dit : “On va te donner le pays, tu vas le gérer, mais il faut savoir que la gestion que tu vas faire, c’est pour nous Français que tu vas le faire. Ce n’est pas le peuple de Côte d’Ivoire qui te nomme président, mais c’est moi De Gaule qui décide que tu vas gouverner la Côte d’Ivoire. Le travail que tu vas faire, c’est ce que moi je vais te dire de faire. L’argent que tu as dans ton pays, c’est pour moi d’abord. Ce que je veux, je te rends ça après. S’il y a de l’or, du diamant, du pétrole, s’il y a des matières premières. C’est pour nous les Français d’abord. Pour ça, nous allons envoyer des militaires à Abidjan. Ils vont s’asseoir, 43e BIMA, à Port-Bouët, pour surveiller ce que tu fais et tu dois le faire bien. Si tu dérailles, on va te rappeler à l’ordre. Si tu es droit, si tu travailles pour nous, on va te garder longtemps”. Ce que je suis en train de dire, c’est un papier qu’Houphouët a signé. Mais le jour où il signait, il n’avait pas le choix. Le travail forcé, nos parents portaient les cailloux, ils tiraient le bois et il y avait d’autres parents qui chicotaient ceux qui portaient les bagages. Vous rendez-vous compte ? Moi je porte le bagage et puis Aman Kadjo, est derrière moi, il me tape, et le Blanc nous regarde. Un frère frappe un autre frère et lui il est content. Il fait comme le comédien. Il va voir Aman Kadjo, il dit : “Mamadou, c’est un faux type. C’est un esclave, toi tu es un noble. Toi tu es un roi, il faut le commander”. Et puis, il vient me voir, il dit : “Aman Kadjo, c’est un faux chef, il faut que tu comptes sur moi et puis on va voir comment s’arranger”. Aman Kajo et moi, on fait des palabres tous les jours et lui il prend l’or, le diamant, le pétrole. Il prend tout, il s’en va chez lui, il construit son pays et puis nous, on est dans la pauvreté ici. Houphouët a obtenu, pour les Ivoiriens, cette indépendance. Mais on ne lui a pas tout donné. Quand il vivait, vous qui étiez du PDCI, vous le savez, il disait : “Un jour, une nouvelle génération d’Ivoiriens naîtra qui va reprendre ce combat jusqu’à là où moi je n’ai pas pu arriver. Je me suis contenté de l’indépendance, mais je sais très bien que l’indépendance qu’on m’a donnée n’est pas une bonne indépendance. Il faut que je forme des gens, que je construise des écoles, que les gens aillent à l’école, ainsi, un jour, ils pourront parler d’égal à égal avec vous les Français. Je ne serai peut-être plus vivant, mais je suis convaincu que la formation de la jeunesse, c’est déjà une première solution pour obtenir plus tard, l’indépendance économique. Moi j’obtiens pour vous l’indépendance politique. J’ai signé les accords, les accords coloniaux, mais je sais que ce n’est pas tout”.
Voilà ce que Houphouët nous a dit. Ceux qui ne connaissent pas et qui crient partout qu’ils sont Houphouétistes ne retiennent pas ça d’Houphouët. Ce qu’ils retiennent, c’est le parti unique. Houphouët est président, il n’y a pas d’autres candidats. Houphouët est président, il nomme des gens partout. Houphouët est président, il construit son village. Houphouët est président, il laisse les gens s’amuser. Ça, ce n’est pas le bon côté qu’Houphouët voulait qu’on retienne de lui. Etre houphouétiste, ce n’est pas dire : “Au temps d’Houphouët, on faisait ceci, aujourd’hui, on ne peut plus faire ça”. Non ! Les vrais houphouétistes doivent comprendre quel était le discours profond d’Houphouët. La mission qu’il leur a confiée, c’est d’arracher, dès que cela sera possible, l’indépendance économique de la Côte d’Ivoire. Ce n’est pas de se coucher sur l’héritage que lui Houphouët a laissé. Il a travaillé, il a laissé son héritage. Il vous dit : “Travaillez, prenez de la peine, c’est le fonds qui manque le moins”, ça veut dire qu’il y a l’argent dans le pays. Ce n’est pas l’argent qui manque. C’est le travail et l’intelligence qu’il nous faut. “Moi j’ai pu signer le papier. On ne nous chicotte plus. On nous paie même souvent. On ne prend plus le café, le cacao et le bois pour partir. On nous donne un peu d’argent. C’est ce que j’ai pu faire. C’est l’indépendance politique”. Mais ce n’est pas tout. Les houphouétistes s’arrêtent, ils disent : “Houphouët a tout fait, donc nous on est bien. On va s’asseoir, les Français n’ont qu’à faire”. Gbagbo Laurent dit non, ce n’est pas ce qu’on doit retenir d’Houphouët. Gbagbo dit : “Houphouët a obtenu l’indépendance politique, moi il me faut arracher l’indépendance économique”. Gbagbo vient donc avec l’indépendance économique, il vient avec la liberté. Les houphouétistes peuvent-ils nous dire ce qu’ils apportent par rapport à l’héritage d’Houphouët ? Ce n’est pas suffisant de dire . “Je suis houphouétiste…”. C’est de dire : “Ce que Houphouët a fait-là nous, on ajoute ceci ou cela”.
Alors, moi je suis d’accord avec vous. Vous quittez le PDCI, c’est bien. A partir de maintenant, allez partout dire que quitter le PDCI, ce n’est pas trahir Houphouët.
Houphouët a fait une part. Gbagbo est venu. Ce qu’il ajoute à ce qu’a fait Houphouët, c’est ce qui est bon pour nous. Nous allons le suivre pour obtenir la liberté économique. Nous tous en Côte d’Ivoire, nous sommes quelque part les héritiers d’Houphouët. Il y a ceux qui disent : “Il a construit une maison, il a une plantation, il a un compte en banque, nous on va s’asseoir, on va bouffer ça”. Et il y a nous, nous disons qu’il a construit une maison, il a fait une plantation mais tout ça, c’était pour les Français, nous allons leur dire que c’est pour nous, qu’ils laissent, nous allons gérer nous-mêmes. Si nous nous trompons, ou si nous réussissons, ce n’est pas un problème.
Mais ils n’ont pas besoin de nous obliger. Si Houphouët vivait encore, il allait encourager Gbagbo à prendre le papier qu’il a signé en 1959 et le déchirer. Parce que le jour où il le signait, il n’avait pas le choix. Nous, aujourd’hui, nous avons le choix. C’est pour cela que votre décision est bien (…) Ce que vous avez fait est bien. Massaraba, allez dire à aux gens de quitter le PDCI. Un parti politique qui ne vit que sur l’héritage statique de son fondateur est un parti qui va à la perte. Un parti politique qui n’attend que de partager le gâteau que le Père fondateur a laissé est un parti qui éclate. Depuis que Houphouët est mort, Fologo a pris une partie, il est parti. Danièle Boni Claverie, Djibo Aya Martine, tous s’en vont. Pourquoi ? Parce que ceux qui sont au PDCI ont dit : “Houphouët a tout fait, le travail est fini, on va dormir et manger”. Houphouët travaillait. On peut dire qu’il n’a pas obtenu la liberté pour les Ivoiriens. Mais il a quand même obtenu l’indépendance. On ne va pas se contenter de cette indépendance et dormir. Nous avons besoin de liberté. Nous avons besoin de liberté économique. Notre terre doit être à nous. S’il y a du fer, c’est pour nous, s’il y a du pétrole, c’est pour nous, l’eau, c’est pour nous, l’aéroport, le port, la SIR, c’est pour nous et on en fait ce qu’on veut. On n’a pas besoin d’avoir un fusil sous la tempe pour céder à qui que ce soit parce qu’il est fort. Ça c’était avant. Et je pense que si Houphouët était vivant, il aurait eu très honte de ses héritiers. Eux, ils n’ont pas compris son message. Gbagbo et les refondateurs ont compris son message. Voilà ce que je voulais vous dire à vous du PDCI qui êtes venu au FPI. Il ne faut pas perdre confiance. Nous les refondateurs, nous apportons un plus à l’héritage d’Houphouët. Eux, ils prennent l’héritage d’Houphouët pour gaspiller. Qui est mieux que qui ? Je leur laisse la réponse à cette question (…)




<a href="http://delugio.zeblog.com/247448-houphouetisme-et-fpi-ruptures-et-continuites/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=247448">aucun trackback</a>

Lu dans Notre Voie : «Affaire Guy-André Kieffer : Tout sur Berté Seydou, le prétendu témoin»

Par Delugio :: mardi 04 septembre 2007 à 13:11 :: Articles de presse




Notre Voie
— mardi 4 septembre 2007 — http://news.abidjan.net/h/263743.html

par
Didier Depry :


« Qui est Berté Seydou, cet homme dont le témoignage à visage découvert dans l’affaire de la disparition du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer a été diffusé le jeudi 23 août 2007 par la chaîne de télévision publique française, France 3, dans son édition de 19/20h ? Berté Seydou est un Ivoirien, militant du RDR, parti dirigé par Alassane Dramane Ouattara. Il est originaire de Zélesso, village situé à environ 8 km de la ville de Tengréla, à l’extrême Nord de la Côte d’Ivoire. Berté Seydou est le frère cadet de Berté Onagna, actuel directeur de la Formation au ministère de l’Agriculture et 1er vice-président du Conseil général de Tengréla (RDR) présidé par Koné Tiémoko. Berté Onagna est un cadre du RDR, très proche d’Amadou Gon Coulibaly, ministre de l’Agriculture, secrétaire général adjoint du RDR et proche parmi les proches d’Alassane Dramane Ouattara. Selon des sources crédibles, en 2005, soit un an après la disparition de Guy-André Kieffer, Berté Seydou s’envole pour la France sur conseil de son aîné Berté Onagna qui aurait activement contribué à la concrétisation de ce voyage au motif que son frère est menacé par “les escadrons de la mort”. Installé en France, Berté Seydou se trouve confronté aux vicissitudes de la vie d’immigré sans-papiers. Il en est si conscient qu’il décide de mettre tous les atouts de son côté pour ne pas courir le risque d’être rapatrié. Le RDR, son parti, lui offre une occasion en or : témoigner contre le capitaine Jean Tony Oulaï, l’une des personnes ayant rencontré à Abidjan, le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer avant sa mystérieuse disparition. Berté Seydou ne boude pas son plaisir d’autant qu’il connaît assez bien Jean Tony Oulaï. Il sait également que les autorités françaises sont prêtes à tout, notamment régulariser sa situation, s’il les aide dans le combat contre le régime de Laurent Gbagbo et la diabolisation de la Côte d’Ivoire.
Berté et Tony, des amis de lycée. Avant de partir pour la France, Berté Seydou a été le chauffeur d’un taxi appartenant à Jean Tony Oulaï qu’il connaît d’ailleurs de longue date. Tony Oulaï et Berté Seydou ont tous deux été élèves du lycée moderne de Tengréla. Leurs chemins se sont séparés lorsque Tony Oulaï avait porté main à l’un de ses professeurs et s’était retrouvé radié de l’établissement. Le père de Tony, feu le colonel Oulaï, l’avait réinscrit au lycée de Tiassalé. Libéré des geôles américaines après le drame du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis grâce à l’action du chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, le capitaine Tony Oulaï regagne la Côte d’Ivoire et est intégré dans l’armée. C’est pendant qu’il était au sein de l’armée ivoirienne, qu’il rencontre Guy-André Kieffer. Dès la disparition du journaliste, la France établit vite le rapport entre l’affaire Kieffer, Tony Oulaï et le pouvoir ivoirien sur des bases qui relèvent plus de la diffamation que de faits vérifiés. Selon ses proches qui retracent sa vie, Berté Seydou est mis à contribution par le RDR dans le seul but de produire un faux témoignage contre le régime du président Laurent Gbagbo et le capitaine Jean Tony Oulaï mais aussi pour se sortir d’affaire. Le moment choisi n’est pas innocent. Il s’agit du jeudi 23 août 2007. Quelques jours avant le meeting d’Alassane Ouattara au palais des Congrès de Montreuil (Paris) et le discours devant les ambassadeurs français de Nicolas Sarkozy sur l’orientation nouvelle de la politique internationale de la France. L’objectif était d’embarrasser de nouveau le régime ivoirien et donner du crédit à la sortie de Ouattara vis-à-vis de l’opinion internationale. Le témoignage de Berté Seydou paraît si invraisemblable qu’il ne surprend pas seulement à Abidjan. Osange Silou Kieffer, la veuve de Guy-André Kieffer, lâche le morceau dans une interview accordée au quotidien Nord-Sud, proche des Forces nouvelles et du RDR. “Moi, la seule chose qui me gène dans ce reportage, c’est que ce monsieur témoigne à visage découvert. Quand il avait pris contact avec moi, il avait dit qu’il ne voulait pas qu’on sache qui il était. Qu’il témoigne maintenant à visage découvert, je me suis dit soit, il est inconscient, soit il est un témoin téléguidé”, soutient-elle. Témoin téléguidé, mise en scène… Les propos de Berté Seydou, tout comme l’affaire Guy-André Kieffer, doivent être inscrits dans le même champ sémantique que “les escadrons de la mort” et le charnier de Yopougon. Ce ne sont que des affabulations, pour reprendre les termes de Raymond Tchimou, le procureur de la République près le tribunal d’Abidjan-Plateau. Sur l’affaire des “escadrons de la mort”, le couple présidentiel ivoirien a gagné ses procès en diffamation face à certains journaux français. Quant au charnier de Yopougon, le RDR n’a jamais voulu l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur cette affaire alors que le parti de Ouattara occupe depuis 2003, le portefeuille du ministère de la Justice. La disparition de Guy-André Kieffer n’a pas encore livré ses secrets. Berté Seydou et ses commanditaires savent où se trouve le journaliste franco-canadien et/ou ce qui lui est advenu. La plainte déposée le 24 août dernier par le capitaine Tony Oulaï contre Berté Seydou, le juge français Patrick Ramaël et Bernard Kieffer, le frère de Guy-André Kieffer, pourrait être un vrai prétexte pour qu’une enquête impartiale soit ouverte sur le cas Kieffer. »





<a href="http://delugio.zeblog.com/244661-lu-dans-notre-voie-affaire-guy-andre-kieffer-tout-sur-berte-seydou-le-pretendu-temoin/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=244661">aucun trackback</a>

Interview de Mamadou Koulibaly, président de l'Assemblée nationale ivoirienne

Par Delugio :: vendredi 31 août 2007 à 21:18 :: Articles de presse




Mamadou Koulibaly, président de l'Assemblée nationale ivoirienne, vice-président du FPI
,
s'est exprimé à la RTI (Radio-Télévision ivoirienne).

 

 

http://news.abidjan.net/videos/video_wm.asp?n=5594&cat=pol

medium_koul_rti.jpg

http://news.abidjan.net/videos/video_wm.asp?n=5594&cat=pol



 

<a href="http://delugio.zeblog.com/243163-interview-de-mamadou-koulibaly-president-de-l-39-assemblee-nationale-ivoirienne/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=243163">aucun trackback</a>

«Affaire Guy André Kieffer - simple normalisation judiciaire ou nouvelle offensive contre la Côte d’Ivoire?»

Par Delugio :: mercredi 29 août 2007 à 8:27 :: Articles de presse




San Finna
— Hebdomadaire burkinabè — N°428 du 27 Août au 02 Septembre 2007 —
http://www.sanfinna.com/CoalitionIrak.htm

par
V.T :

«
Alors que l’affaire « André Kieffer », à la faveur du témoignage de Berté Seydou, occupe la plupart des médias, deux fenêtres de lecture se dégagent par rapport à l’évènement. Il y a celle qui laisse entrevoir une simple volonté de Nicolas Sarkozy de rétablir la justice dans ses droits et celle qui met en relief une détermination à replonger la Côte d’Ivoire dans la crise.

Si dans un premier réflexe, on s’attache au contexte général de la réhabilitation des institutions républicaines et donc à la redynamisation de la justice prônée par Sarkozy, on ne devrait pas en principe s’étonner outre mesure que le dossier Kieffer revienne au-devant de la scène. Après l’élection du nouveau président français, ne sent-on pas en effet comme une révolution dans la maison de Thémis en France ? Ces chefs d’Etat africains, qui sont l’objet d’enquêtes pour fortunes mal acquises, ce dossier du « Beach » qu’on croyait à jamais scellé et qui est déverrouillé, cet ancien premier Ministre mis en examen et cet ancien président auditionné en tant que témoin assisté, si cela n’est pas significatif d’un tsunami judiciaire, qu’est-ce que c’est alors ?

Reconnaissons à tout le moins qu’il y a là une lame de fond qui pourrait, dans son déroulement, envelopper bien d’autres affaires comme l’affaire Borrel ou l’affaire des ingérences imputées à la France en Afrique. On pourrait ici ne pas être chiche en bons points pour Nicolas Sarkozy, et même à l’étranger, qui se plaindrait de cet accès de justice, d’égalité, de fraternité, qui amène les autorités françaises à s’investir, au-delà de la cause des infirmières libyennes et des ayants droit de Hariri, dans celles de Aun San Suu Kyi, d’Ingrid Betancourt et peut-être demain dans le dossier des ayants droit de Norbert Zongo ? Il y a là tout un chantier qui pourrait valoir une place au Panthéon à Nicolas Sarkozy.

Mais d’un autre côté, si l’on s’en tient aux réactions timides de la France par rapport à l’Accord de Ouagadougou, à ses lenteurs à montrer les changements dans sa politique africaine et surtout ivoirienne, on peut se poser des questions sur cette soudaine impulsion de l’affaire Kieffer, cette embardée qui intervient curieusement au moment même ou le patron du RDR, ami supposé de Nicolas Sarkozy, lance son grand meeting de rentrée à Montreuil.

Les questions inquièteront encore plus si on les met en perspective avec certains faits consécutifs à la signature de l’Accord de Ouagadougou : l’attentat de Bouaké qui a fait des morts et des blessés et qui s’est produit au nez et à la barbe des forces impartiales, la grogne récente dans l’armée dont on dit qu’elle aurait été alimentée par des mains extérieures.. Pas étonnant que l’on tende insidieusement à se retrouver à l’époque des grandes suspicions entre la France et la Côte d’Ivoire et à tirer à conclusion, en voyant que dans le même temps que la famille Kieffer était reçue à l’Elysée, les médias faisaient leurs choux gras en reportage et autres commentaires de la déposition de Berté Seydou.

Si l’on voulait en effet donner des preuves à ceux qui n’en ont jamais douté que Sarkozy pourrait à sa façon, perpétuer la politique de Jacques Chirac, on ne s’y serait pas pris autrement. Et en cette période où l’on est à quelques petites encablures de la sortie de crise, cette espèce de projectile politico-médiatique peut apparaître comme tous ces autres actes de plasticage qui ont parsemé les efforts de réconciliation nationale, à chaque fois qu’une perspective heureuse s’annonçait.

Mais encore une fois, la maladresse a dominé. Dans un pays où la présomption d’innocence a valeur constitutionnelle, voir une chaîne de télévision prendre publiquement partie pour l’accusation en parlant de « coups tordus du régime Gbagbo » est tout à fait scandaleux. Scandaleux mais aussi inconséquent car on ne peut pas imaginer qu'un régime qu’on fait passer pour expert en coups tordus de tout genre puisse après un acte aussi grave que l’élimination d’un journaliste franco-canadien, ne pas procéder à un nettoyage en règle et laisser un témoin comme Berté Seydou vaquer normalement à ses occupations jusqu’à ce jour sans chercher à le corrompre ou à le faire disparaître. Ce n’est plus de l’amateurisme, c’est de la pure irresponsabilité !

Mais de la personnalité du témoin et de la valeur à accorder à ses propos, on en saura certainement plus les jours qui viennent. Pour sa part, le Procureur de la République à Abidjan les a balayés du revers de la main comme n’étant pas « constitutifs d’éléments nouveaux » et pire, comme étant des « affabulations ». Et beaucoup dénoncent déjà ses variations dans son témoignage qui pourraient être symptomatiques d’une instrumentalisation. Dans ces temps durs, on est prêt à tout !

Ce qui serait souhaitable eu égard aux efforts accomplis par les uns et les autres jusqu’à présent dans ce dossier ivoirien, c’est qu’enfin, viennent de Nicolas Sarkozy (qui n’est pas jusqu’à preuve du contraire un velléitaire, un homme qui lambine), des signaux forts pour provoquer le dégel tant attendu entre la France et la Côte d’Ivoire et convaincre de sa volonté à être un acteur dynamique et impartial de la paix. C’est ça qui nous fera sortir de cette situation de malaise propice à toutes ces détestables et dangereuses surenchères.»





<a href="http://delugio.zeblog.com/242016-affaire-guy-andre-kieffer-simple-normalisation-judiciaire-ou-nouvelle-offensive-contre-la-cote-d-ivoire/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=242016">aucun trackback</a>

Et pourtant, ils ont gagné la guerre!

Par Delugio :: lundi 27 août 2007 à 7:56 :: Articles de presse




Le Courrier d'Abidjan
No: 1093 du Vendredi 24 Août 2007
http://www.lecourrierdabidjan.info/a_la_une.asp?id=15602


(Voir aussi sur Ivoire Forum : http://www.ivoireforum.com/a_la_une.asp?id=1079)  

par Sylvestre KONIN :

« S’il est incontestable que le «Dialogue direct» initié par le Président Laurent Gbagbo a surpris et dérouté une bonne partie de la nébuleuse qui nous fait la guerre depuis le 19 septembre 2002, il est malheureusement tout aussi indéniable qu’il a dérouté nombre de résistants tenus au silence sous peine d’être taxés d’anti-paix par leurs propres camarades. Grisé par les effets de sa potion «magique» sur l’opposition politique interne et sur la communauté internationale qui semblait perdre la main, le chef de l’Etat ivoirien en a multiplié les doses administrées au processus de paix, sans se soucier des effets indésirables. Jusqu’à ce que ces derniers temps, l’un des organes les plus vitaux de notre Nation, notre Armée, en soit malade et attire de façon brutale et «inattendue» l’attention sur elle. Nous savons le sujet sensible. Mais nous le savons tout aussi grave pour qu’aucune analyse sérieuse ne soit de trop pour aider nos décideurs à mieux cerner l’ampleur de la situation et prendre les bonnes décisions en connaissance de cause.

C’est Théophile Kouamouo qui, dans son édito paru dans Le Courrier d’Abidjan du lundi dernier (20/08/2007), décrit le mieux le sentiment d’injustice qui habite nos soldats : «Les militaires qui ont maintenu intacte leur loyauté envers l’Etat s’étranglent de rage lorsqu’ils voient le luxe insolent dans lequel baignent leurs anciens camarades qui ont trahi, ont été absous et jouent les vedettes. Ils se voient comme les “dindons de la guerre”». Pour justifier cet état de fait, le chef de l’Etat ivoirien a reçu les militaires et leur a tenu un discours de vérité : «On n’a pas gagné la guerre !».

C’est sur cette assertion que bon nombre de nos concitoyens ressortent dans les discussions autour de la grogne de notre Armée, que j’aimerais m’arrêter un tout petit peu. Lancée au visage de notre Armée, cette évidence sonne comme un reproche fait à cette dernière de n’avoir pas pu mener à bien sa mission. Or cela n’est pas tout à fait vrai. Au contraire, on peut même se permettre d’affirmer que notre Armée a gagné la guerre ! Nos militaires ont gagné la seule guerre qu’ils avaient à faire, c’est-à-dire celle contre les rebelles. C’est parce qu’ils ont gagné la guerre malgré les moyens rudimentaires qu’ils avaient en leur possession le 19 septembre 2002, que nos institutions sont restées debout jusqu’à aujourd’hui. Il est juste et bon de rappeler que nos soldats ont vaincu les agresseurs qu’ils ont pourchassés jusqu’à Bouaké, avant que les forces françaises ne les arrêtent en prétextant l’évacuation de leurs ressortissants pour en réalité réarmer les assaillants et les installer en rébellion. Il est aussi juste et bon de rappeler que même après que la rébellion ait été solidement installée à Bouaké, nos militaires ont réussi à les y mettre en déroute plus d’une fois. Il est enfin juste et bon de rappeler que c’est parce que les rebelles avaient été battus par nos militaires loyalistes en novembre 2004 que la France s’est précipitée pour se substituer à eux. La seule guerre qu’«on» n’a pas gagné, c’est la guerre contre la France ! Mais cette guerre n’était pas celle de nos militaires. Quand en novembre 2004, l’Armée française s’est substituée aux rebelles pour tenter de finaliser son coup d’Etat, ce ne sont pas nos militaires qui lui ont fait échec, mais la révolution populaire ! La guerre contre la France est une guerre de révolution. C’est une révolution populaire qui aurait pu nous donner la victoire définitive sur la France. La résistance patriotique ivoirienne était prête pour cette révolution, mais aucun de ses leaders n’en a voulu. Il aurait simplement suffi, au moment où la France était au plus bas (octobre-novembre 2006), que le chef de l’Etat, chef suprême de la résistance, ordonne le départ des troupes françaises de notre territoire et/ou la rupture des relations diplomatiques avec Paris pour qu’un tsunami populaire les balaie.

En lieu et place de cela, nous avons décidé de faire le dialogue direct, c’est-à-dire négocier, voire acheter la paix (exactement comme nos grands-parents il y a près d’un demi siècle avec l’indépendance). Le prix ? Konaté Sidiki ministre ; Soro Guillaume Premier ministre avec un budget de plus de 14 milliards ; Wattao et ses acolytes, les grades ; Compaoré, son blason redoré au point même que certaines de nos promotions de corps habillés portent son nom ; la France, 2 milliards pour la réhabilitation de ses écoles, et certainement plein d’autres choses encore qu’on continuera à découvrir…

Le comble, c’est que maintenant, quand nous faisons des sacrifices, nous ne réclamons pas le désarmement (qui est quelque chose de concret, palpable et vérifiable), mais plutôt la «paix», une nouvelle trouvaille vague qui ne recouvre aucune réalité. Nous avons eu «La flamme de la paix» qui, c’est vrai, avait quelques aspects émouvants. Mais et après ? Le désarmement a-t-il eu lieu ? On nous a parlé de 2000 armes brûlées ; cela aurait été plus crédible si quelques jours ou quelques semaines avant, nous avions vu les Forces nouvelles arracher quelques armes à quelques uns de leurs soldats et que cela avait été médiatisé. Mais non ! Comme dans un tour de magie, du jour au lendemain, 2000 armes étaient collectées on ne sait trop comment pour le bûcher (la presse ayant même fait état d’armes appartenant aux FDS, c’est-à-dire payées avec nos impôts, également mises au bûcher, un vrai anti-symbole comme il y en a eu beaucoup à cette cérémonie). Et naturellement, on a informé les Ivoiriens qu’ils pouvaient maintenant circuler librement. Sauf que le mercredi 1er Août, le quotidien Notre Voie relatait les mésaventures de quelques infortunés qui avaient pris cela à la lettre et se sont vus refoulés aux «frontières» des zones rebelles parce que n’ayant pas de laissez-passer signé par un com’zone !
Nous faisons donc maintenant des sacrifices pour rien. Nous n’osons même plus demander en échange le désarmement. Quiconque évoque ce mot craint de se voir taxé d’ennemi de la «paix». Le chef de l’Etat avait annoncé il y a peu qu’il optait pour des élections en décembre de cette année. Si on compte à rebours, cela signifie désarmement immédiat, là et maintenant ! Sauf qu’il n’a pas voulu le présenter ainsi, «paix» oblige.

C’est parce que le chef de l’Etat a montré une incroyable et inattendue disposition à céder à tous les caprices des rebelles au nom de cette paix virtuelle que nos militaires ont accordé du crédit aux ragots des oiseaux de mauvais augure à propos d’argent à verser aux rebelles. Cette foire aux récompenses posait manifestement un problème de justice et d’équité. Il y a quand même une différence entre pardon et récompense ! On peut nous demander de pardonner à ceux qui ont trahi, pillé et massacré. Mais on ne peut pas nous demander d’accepter qu’on les récompense ! En principe, ce sont nos militaires qui sont restés loyaux qu’on devrait tous récompenser et honorer, sans oublier les vaillants résistants qui ont fait échec de leurs corps aux assauts de nos agresseurs. On ne l’a pas fait, ou en tout cas pas assez (par exemple pour les gendarmes massacrés à Bouaké et les martyrs de novembre 2004). S’ils ne le sont pas faute de moyens ou autres raisons, il n’est pas normal que ceux qui ont moins (ou pas) de mérite le soient à leur place. On ne cultive pas la vertu en récompensant le vice ! Les gens vertueux sont ceux qui réussissent à dominer et à dompter leurs vices, et cela est beaucoup plus facile dans un environnement où on sait punir les vices et récompenser les vertus. Un environnement dans lequel on ne suppose pas fatalement que la vertu est une chose acquise pour de bon et à laquelle on ne doit aucune attention. Là est la responsabilité du leadership. Sans leadership, aucune chance d’avoir un bon «followership» !

Il est donc urgent de rectifier le tir si on ne veut pas voir notre société sombrer dans un désordre physique et moral sans précédent. Nous proposons pour cela deux solutions au sommet de la pyramide de notre Etat.

Premièrement, nous conseillons au chef de l’Etat de mettre un terme sec, ferme et définitif aux six glorieuses (j’entends par là les 6 mois de tolérance, de gloire et d’encensement à l’excès) dont ont bénéficié les rebelles de mars à août 2007. Nous avons suffisamment donné pour être en droit, au jour d’aujourd’hui, d’exiger avec beaucoup plus de fermeté les contreparties qui vont avec. Il n’est pas bon de continuer à faire croire aux rebelles que tout ce qui leur a été jusqu’ici accordé est sans contrepartie. Et il ne faut pas non plus que nous croyons nous-mêmes que demander une contrepartie aux rebelles pourrait remettre en cause le processus de paix. Si tel était le cas, alors il faudra se rendre à l’évidence que cette paix n’en était pas une. Eux aussi ont quelque chose à perdre et il est temps de leur demander d’en payer le prix. Le Président Gbagbo doit d’abord commencer par son Premier ministre. S’ils sont en équipe, alors ce dernier n’a pas le droit de le regarder se démerder tout seul avec le problème des grades qui risque d’être la goutte d’eau qui fera déborder un vase déjà trop plein. Si Soro donne un sens à son poste de Premier ministre soumis au président de notre république, alors il peut et doit rappeler ses éléments et leur retirer leurs fameux grades. Il faut également que le Président obtienne de son Premier ministre un programme de désarmement clair, précis et daté (assorti d’un fétichisme des dates !).

Mais si le Président estime ne pas pouvoir ou vouloir exiger des contreparties à la rébellion, et pense devoir continuer à choyer nos nouveaux “amis”, alors (c’est notre deuxième et dernier conseil) qu’il en fasse de même pour nos militaires loyalistes. Ils ne l’auront pas volé; ils l’auront bien mérité. »





<a href="http://delugio.zeblog.com/241247-et-pourtant-ils-ont-gagne-la-guerre/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=241247">aucun trackback</a>

Le discours inacceptable de Nicolas Sarkozy, par Boubacar Boris Diop

Par Delugio :: vendredi 24 août 2007 à 0:11 :: Articles de presse




« Il est peut-être écrit quelque part qu´entre Paris et ses anciennes colonies d´Afrique noire rien ne doit se passer selon les normes admises par le reste du monde. La brève visite de Nicolas Sarkozy au Sénégal aurait pu passer inaperçue : elle lui a au contraire servi de prétexte à un discours inacceptable, que jamais il n´aurait osé tenir hors du pré-carré, devant le plus insignifiant de ses pairs. En Tunisie et en Algérie, il a bien compris qu´il ne lui serait pas permis de se comporter comme en pays conquis.

Par Boubacar Boris Diop, Intellectuel, Ecrivain et Journaliste sénégalais


Il n´a d´ailleurs pas eu droit au Maghreb à l´accueil populaire, folklorique à souhait et dégradant, qui lui a été réservé à Dakar. Dans cette atmosphère rappelant le temps des commandants de cercle, il a prononcé une sorte de discours sur l´état de l´Union… française, sans même qu´on puisse lui reprocher de s´être trompé d´époque. Car il ne faut pas s´y laisser prendre : bien qu'il ait prétendu s´adresser à l´Afrique entière, Sarkozy n´est pas naïf au point de s´imaginer que la voix de son pays porte aussi loin que Johannesburg, Mombasa ou Maputo. Si les intellectuels de cette partie du continent ont, pour une fois, prêté attention aux propos d´un président français, c´est parce qu´on leur en avait préalablement résumé le contenu. Depuis quelques jours, ils le découvrent par eux-mêmes avec stupéfaction en même temps que les réalités de la Françafrique.
 
On comprend leur colère : même dans les pays francophones où on croyait avoir touché le fond depuis longtemps, tout le monde est d´avis que cette fois-ci la mesure est comble.

Etre un chef d´Etat relativement jeune et inexpérimenté ne donne à personne le droit d´être aussi puéril. Lorsqu´on dirige un pays important, on ne peut pousser trop loin le jeu du “moi-je-ne-suis-pas-comme-les-autres”. Ce manque d´humilité d´un homme que l´on dirait encore choqué d´avoir si aisément atteint son but l´a amené à aligner, devant un auditoire particulièrement averti, les plus désolants clichés de l´ethnologie coloniale du dix-neuvième siècle. La science politique s´intéressera peut-être un jour à ce cas de figure unique : un président étranger faisant, du haut de son mètre soixante quatre, le procès de tous les habitants d´un continent, sommés d´oser enfin s´éloigner de la nature, pour entrer dans l´histoire humaine et s´inventer un destin. Remises au goût du jour par des auteurs français surtout soucieux de flatter la négrophobie ambiante, ces thèses servent à conforter une lecture révisionniste de la colonisation, du génocide des Tutsi du Rwanda et de la Traite négrière. La phrase “Ce sont des Africains qui ont vendu aux négriers d´autres Africains” est d´une colossale ineptie, elle est tout simplement indigne d´un président de la République. C´est une insulte à la mémoire des victimes et une infâme relativisation de la violence fondamentale du commerce triangulaire. Jamais, dans toute l´histoire de l´humanité, une nation n´en a opprimé une autre sans avoir bénéficié de la complicité, voire du zèle des élites du pays conquis. Aux dires de Robert Paxton – dont le travail sur Vichy est une référence absolue – Adolf Hitler n´était pas spécialement intéressé par l´occupation totale de la France : il lui suffisait de la neutraliser et d´en faire une simple base arrière. Ce sont les autorités étatiques françaises de l´époque qui l´auraient vivement pressé de se montrer un peu plus ambitieux, que diable. Et qui donc, sinon l´écrivain Charles Maurras, a salué comme une “divine surprise” l´entrée des chars allemands dans Paris le 14 juin 1940 ? Le constat vaut pour d´autres parties du globe. Sans les coupables hésitations de Moctezuma – un homme de faible caractère à la tête du puissant empire aztèque – et le concours des caciques de nombreuses tribus indiennes, Hernàn Cortès et sa poignée de conquistadors n´auraient pas réussi à soumettre à leur loi la quasi-totalité de l´actuelle Amérique latine.

Le président francais a dépassé les limites du tolérable et – bien au-delà des fameux “pays du champ “ – beaucoup de descendants d´esclaves vont se demander comment on en est arrivé à une situation oú un responsable européen peut se permettre de tenir publiquement, sur le lieu même du crime, de tels propos sur la Traite négrière. La référence à Césaire n´y changera rien. Comparaison n´est certes pas raison mais Sarkozy n´a pas de chance : au moment même où il évoquait avec une émotion feinte “ le bruit d´un qu´on jette à la mer”, un Nègre – ou un Arabe - était enchaîné et roué de coups à l´aéroport de Roissy.

A Dakar, le président de la République française a refusé d´appeler l´université par son nom, parce qu´il lui en coûtait sans doute de prononcer celui de Cheikh Anta Diop. Cette attitude ne le grandit pas, pour dire le moins. Elle met à nu les limites d´un homme pourtant visiblement décidé à montrer ce jour-là qu´il était capable de parler d´autre chose – et sur un autre ton – que de “racaille” et de “karcher”. Son désir de proximité avec un public qu´il devait savoir hostile l´a peut-être un peu perdu. Le rôle de composition qu´il s´est inventé (“Je suis jeune et je te parle à toi, jeune d´Afrique“) témoignait de toute façon – soit dit au passage – d´un réel manque de délicatesse à l´égard de son vénérable hôte.
On n´aura pas la cruauté de faire remarquer à Sarkozy que le tutoiement nous rappelle, à nous autres, de bien mauvais souvenirs. Cela importe en définitive moins que son recours répété a un “je” plein de présomption. Il en faut pour s´imaginer que ni la vie, ni leurs parents ou leurs professeurs n´ont jamais rien appris aux jeunes Africains, qu´il y a toujours eu un abîme entre la Vérité et eux et que, lui Nicolas Sarkozy, allait une fois pour toutes le combler ce 26 juillet 2007. Mais l´étudiant le moins averti de l´assistance avait déjà maintes fois décortiqué "Discours sur le colonialisme" et entendu Césaire y réfuter l´un après l´autre, avec clarté et précision, les arguments servis par Sarkozy. Ce dernier ne le sait peut-être pas mais son discours de Dakar est bien plus vieux que lui-même. On peut se croire résolument tourné vers l´avenir alors qu´on a seulement les yeux rivés sur le rétroviseur de sa propre histoire.

Nicolas Sarkozy a en outre cru devoir inviter son auditoire à distinguer entre les “bons” et les “mauvais” colonisateurs. Admettrait-il qu´un Allemand applique la même grille de lecture à l´histoire de son pays ? La France n´a été occupée par l´Allemagne que pendant cinq ans – et dans des conditions infiniment moins cruelles que la colonisation – mais on attend le jour où, au lieu de réfléchir sur un système de domination étrangère, violent et illégitime par sa nature même, quelqu´un aura l´audace de faire le tri entre les nazis de bonne volonté et les autres.

Dressant la liste des fléaux du continent, Sarkozy fait une discrète mention, “des génocides” dont la colonisation n´aurait en rien été “responsable”. Il faut s´y arrêter, comme chaque fois que l´on voit le mot “génocide” utilisé au pluriel par un représentant de l´Etat français. Le nouveau président est arrivé au pouvoir dans un contexte de très forte tension entre Paris et Kigali. L´implication de la France dans le génocide des Tutsi du Rwanda est si avérée que l´on sent parfois chez certaines autorités de l´Hexagone comme une tentation de passer aux aveux. C´est en réalité la seule option rationnelle dans ce difficile dossier. Malheureusement Paris court le risque, en créant un tel précédent, de voir s´ouvrir la boîte de Pandorre des sanglantes dérives de la Françafrique. Pour se tirer d´affaire, on essaie d´accréditer l´idée que le Rwanda n´était, tout bien considéré, qu´un génocide africain de plus et qu´on aurait tort d´en faire une grosse histoire. Avant Sarkozy, François Mitterrand et Dominique de Villepin – pour ne citer que ces deux-là – avaient essayé de se débarrasser, d´un haussement d´épaules désabusé, du million de morts rwandais. Or, cette étrange théorie des solutions finales quasi routinières en Afrique ne résiste pas à l´examen. Il se trouve en effet que le génocide, perçu comme le crime absolu par la communauté des nations, a été défini de manière particulièrement stricte par la Convention de Genève de 1948. Et au sens où l´entend celle-ci, le seul génocide sur le continent, au vingtième siècle, est celui des Tutsi du Rwanda en 1994. Les deux autres – la Shoah et le génocide arménien – ont eu lieu en Europe et le quatrième au Cambodge. Sarkozy ne pouvait ignorer cela. C´est donc à dessein qu´il a tenté de semer la confusion sur ce sujet douloureux, qui mérite mieux qu´un dérisoire traitement politicien.

Plus soucieux, curieusement, d´évoquer notre passé le plus lointain que le présent, l´orateur s´est gardé de la moindre allusion à la Françafrique, “le plus long scandale de la République”, selon le mot du regretté Francois-Xavier Verschave. Sarkozy était pourtant très attendu sur le sujet, car il aurait eu bien des choses à dire sur la politique africaine de la France depuis le début des années soixante. Il sait bien qu´après des independances de façade Paris a continué, entre coups d'Etat, soutien à des régimes dictatoriaux et contrôle total des leviers économiques et du personnel dirigeant, à faire la loi dans ses anciennes colonies. Il en est ainsi depuis le temps du général de Gaulle et ses successeurs, de gauche ou de droite, s'en sont toujours tenus à une ligne de conduite en fin de compte si profitable : langue de bois lénifiante sous les ors des palais et, dans l'ombre, le langage de la force avec son lot de coups tordus de divers réseaux et services, d'interventions militaires et d'assassinats ciblés de personnalités politiques.

On n'attendait certes pas de Nicolas Sarkozy qu'il regrette publiquement l´implication de son pays – qui ne fait plus l'ombre d'un doute – dans le génocide des Tutsi du Rwanda ; il n'allait pas non plus, dans un brusque accès de sincérité, se laisser aller à des états d'âme sur le rôle d'Elf et de certains grands groupes financiers – auxquels on le dit très lié – dans le pillage des ressources du continent. Personne, même dans ses rêves les plus fous, n'a jamais espéré le moindre aveu de cette nature : dans le monde tel qu'il va, les choses ne se passent pas ainsi. Qui ne s´est malgré tout surpris à guetter, ces dernières semaines, l´indice d´un début de changement ? La relation françafricaine a atteint, au sommet, un tel degré de putréfaction qu´elle se sait condamnée à terme. Du Rwanda à la Côte d´Ivoire – en passant par les péripéties de la succession d´Eyadéma – les avertissements n´ont pas manqué depuis bientôt quinze ans. Il eût été habile pour Sarkozy de se donner une aura de réformateur hardi en faisant de nécessité vertu. Mais même ce petit pas en avant, dicté par une prise en compte lucide des réalités du monde et des mutations de l´Afrique dite francophone, a paru d´une audace inouïe aux parrains de la Françafrique. Le candidat Sarkozy avait cru pouvoir déclarer que “la France n'a pas besoin de l'Afrique” mais il n´a pas dû être difficile de démontrer au président l´imprudence de tels propos. Son mutisme remarqué sur la Francafrique montre clairement qu´il n´a pas l´intention d´opérer une rupture qui mettrait dans l´embarras Idriss Deby, Sassou Nguesso et surtout son vieux complice Omar Bongo. Sans parler des amis qu´il ne va pas tarder à se faire : présidents en poste et jeunes dauphins encore imberbes se bousculent, paraît-il, au portillon…

Ceux-là l´ont entendu écarter toute idée de repentance le soir même de son élection et ils n´oseront jamais le fâcher par l´évocation de ce sujet, délicat entre tous. De toutes les anciennes puissances européennes, la France est la seule à avoir ce rapport quasi obsessionnel à son passé colonial. Le parlement y vote, avec une incroyable candeur, des lois négationnistes et sa classe politique semble faire de la question de la repentance une affaire d´Etat d´une importance exceptionnelle. On a envie d´inviter toutes ces personnes à plus de sérénité. Regretter les crimes de ses ancêtres est un acte que seule sa conscience peut dicter à un être humain. C´est, par ce fait même, un acte qui perd toute valeur s´il résulte d´une injonction extérieure. Il ne pourra certes jamais ressusciter les morts ou même guérir complètement les blessures de jadis mais il peut grandir celui qui est capable de s´élever à une telle hauteur et aider, parmi les nouvelles générations, à la réconciliation des coeurs et des esprits. Mais si on n´a pas la force de se repentir, on doit au moins avoir la décence de se taire. Lorsque Nicolas Sarkozy lance : “Jeunes d'Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance”, il commet une grave inversion des rôles. C´est le privilège de la victime et non du bourreau de décider s´il faut évoquer ou non des crimes si abominables. La réaffirmation constante par le second de son refus du repentir est une véritable maladie de l´âme. Une société dont les dirigeants et tant de citoyens n´ont avec leur passé que ce rapport de dénégation, compulsif et grimaçant, révèle à son insu le malaise qui le tenaille et mérite, en vérité, plus de compassion que de haine.

A entendre Nicolas Sarkozy en prendre ainsi à son aise avec la Traite négrière, on peut perdre de vue qu´elle a fait, sur plusieurs siècles, au moins deux cents millions de victimes. Ce dernier chiffre est donné par Senghor - dans l´important ouvrage qui lui est consacré par l´universitaire américaine Janet G.Vaillant. Peu porté à l´exagération en la matière, l´ancien président sénégalais explique très sobrement dans une lettre à sa biographe en quoi le “trafic de bois d´ébène” continue à peser à la fois sur le présent et sur le destin de l´Afrique.

Le poète de Joal a été cité à plusieurs reprises par Nicolas Sarkozy en des termes élogieux. Le plus ironique c´est que, quoi que l´on puisse penser de Senghor, il n´est pas certain qu´il aurait laissé un invité du Sénégal dire de telles énormités ce 26 juillet sans lui porter la réplique d´une façon ou d´une autre. Etre un habile politicien ne l´empêchait pas d´avoir, lui, de la fierté et le sens de l´Histoire.

Au-delà des rapports de suzerain à vassal que Sarkozy peut entretenir avec ses obligés de la Françafrique, ce qui est arrivé à Dakar interpelle aussi une certaine intelligentsia africaine francophone. Les désillusions nées des Indépendances – partis uniques, Guides-Infaillibles-de-la-nation. épidémie de coups d´Etat militaires et corruption – ont amené certains auteurs à soumettre l´Afrique à une critique sans complaisance. A partir de la fin des années 80 de nombreux textes ont été publiés par nos sociologues, historiens ou philosophes, avec l´intention louable de diagnostiquer le mal africain et de susciter les conditions psychologiques d´un sursaut. De façon moins élaborée mais souvent mus par la même volonté de favoriser un électrochoc, les romanciers faisaient de leur côté, avec la démesure et les effets de dilatation que seule autorise la fiction, le procès des systèmes politiques post-coloniaux. Les uns et les autres avaient malheureusement tendance à confondre Etat africain et société africaine. Celle-ci était soupconnée de couver, par le simple fait qu´elle restait elle-même, les germes de sa propre destruction, plusieurs fois annoncée à l´époque – puis aussitôt reportée sine die. C´était là l´exemple achevé d´une vision purement essentialiste de la réalité africaine, tournant autour d´elle-même, comme le serpent qui se mord la queue, avec une lassante monotonie. Négligeant les rapports de force politiques réels et l´impact décisif de l´Etat francais sur les luttes de pouvoir dans chaque pays de son ex-Empire d´Afrique subsaharienne, la réflexion se polarisait, avec une singulière obstination, sur les effets visibles du désastre au détriment de ses causes profondes, moins spectaculaires il est vrai. Cette littérature, en principe destinée aux Africains, a été en fait beaucoup plus lue par les Occidentaux. Ceux-ci en ont fait leurs délices et elle leur a procuré un exquis sentiment d´innocence. Ces auteurs balisaient à leur insu la voie à une négrophobie que l´on voit chaque jour un peu plus paisible et décomplexée mais qui sait être vulgaire et injurieuse à l´occasion. En quelques années, l´afro-pessimisme a été pour ainsi dire racialisé et vidé de l´énergie libératrice dont elle était potentiellement porteuse. En France et dans le reste de l´Occident, des essayistes africanisants s´en sont largement servis pour donner une seconde vie aux préjugés les plus incongrus sur le continent. Et très souvent ils se sont abrités derrière ces ouvrages pour convaincre de la pureté de leurs intentions un public assez peu averti. Il était en effet difficile de les accuser de racisme puisqu´ils ne faisaient que reprendre les analyses de leurs homologues de Dakar, Yaoundé ou Abidjan.

Les propos de Nicolas Sarkozy viennent en droite ligne de cet univers vaguement africanisant, si prompt à fustiger la concurrence mémorielle et une soi-disant tendance des Nègres à se présenter comme d´éternelles victimes des autres. Son meeting d´Agen le 25 juin 2006 est particulièrement révélateur de cette intime filiation. Sarkozy y avait été très dur contre : « ceux qui ont délibérément choisi de vivre du travail des autres, ceux qui pensent que tout leur est dû sans qu'eux-mêmes doivent rien à personne, ceux qui veulent tout tout de suite sans rien faire, ceux qui, au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie, préfèrent chercher dans les replis de l'histoire une dette imaginaire que la France aurait contractée à leur égard et qu'à leurs yeux elle n'aurait pas réglée, ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires, pour exiger une compensation que personne ne leur doit, plutôt que de chercher à s'intégrer par l'effort et par le travail, ceux qui n'aiment pas la France, ceux qui exigent tout d'elle sans rien vouloir lui donner, je leur dis qu'ils ne sont pas obligés de rester sur le territoire national.» Quatre jours plus tôt, il était l´invité de Franz-Olivier Giesbert à l´émission “Culture et dépendances”. Il y disait textuellement ceci : « J'ai reçu le père malien et le frère [d'un des deux jeunes électrocutés dans un transformateur EDF, origine des émeutes de novembre 2005]. Le père, qui est depuis trente ans en France, ne parlait pas français. Le fils, qui est né en France et va au Mali seulement pour les vacances, était en boubou.»

Que ce leader politique ait pu en vouloir à des émigrés maliens en train de faire le deuil de leur enfant d´être “en boubou” ou de ne pas parler français, donne la mesure de son mépris pour les Africains et pour leur culture. On aurait cependant tort d´oublier que cette façon de penser est aujourd´hui assez répandue en France. La sortie dakaroise de Sarkozy a retenu l´attention parce qu´il est un chef d´Etat mais il n´a rien dit que l´on n´ait lu ou entendu, au cours de la décennie écoulée, de la part de nombre d´intellectuels européens mais aussi, il faut bien le dire, de la part des penseurs africains eux-mêmes. Pour l´afro-pessimisme, qui a d´ailleurs toujours été un courant philosophique diffus et quasi insaisissable, l´heure devrait être à une révision déchirante. D´une partie de l´Afrique à une autre, voire d´un pays à un autre, des processus historiques singuliers et complexes sont à l´oeuvre. Il n´est pas raisonnable de s´en interdire l´examen minutieux, loin des a priori réducteurs. Autrement dit, le choix n´est pas seulement entre une glorification béate du continent africain et sa diabolisation à outrance. Ce sont là deux façons identiques de s´enfermer dans un tête-à-tête pernicieux avec un monde occidental trop souvent pris à témoin – au nom de quoi ? – de nos “temps glorieux” ou de notre “malédiction”. Instruire le procès des sociétés africaines est légitime mais il est essentiel de savoir très précisément à qui l´on parle. Et si l´on ne trouve pas un moyen sûr de s´adresser en priorité aux Africains, les choses resteront encore longtemps en l´état, au grand dam de nos populations.

On aimerait bien connaître le bilan que le président francais lui-même a fait, en son âme et conscience, de sa visite à Dakar. Se peut-il qu´il n´ait pas compris à quel point nous nous sommes sentis insultés ? D´un point de vue rigoureusement politique, son discours est une faute. Il ne tardera pas à s´en rendre compte : les Africains et les Nègres de la diaspora ne le lui pardonneront jamais. La bonne vieille langue de bois aurait mieux servi les intérêts de son pays. Elle lui aurait en outre évité ces effets oratoires si empruntés qu´ils en étaient parfois un peu pathétiques. A l´arrivée on a presque envie de remercier Nicolas Sarkozy d´être venu nous apporter, bien malgré lui, la bonne nouvelle : en Françafrique, depuis le 16 mai 2007, le Roi est nul. »





<a href="http://delugio.zeblog.com/240242-le-discours-inacceptable-de-nicolas-sarkozy-par-boubacar-boris-diop/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=240242">aucun trackback</a>

L’intellectuel camerounais Achille Mbembe répond à Nicolas Sarkozy

Par Delugio :: samedi 11 août 2007 à 7:07 :: Articles de presse




Extraits de deux articles parus dans Le Messager (journal camerounais) :

«Demander que la France reconnaisse […] que le gouvernement colonial fut un “gouvernement dur, violent, arbitraire et grossier” [Tocqueveille], ou encore lui demander de cesser de soutenir des dictatures corrompues en Afrique, ce n’est ni la dénigrer, ni la haïr. C’est lui demander d’assumer ses responsabilités et de pratiquer ce qu’elle dit être sa vocation universelle.
[…] Si donc la France veut jouer un rôle positif dans l’avènement de ce monde commun, il faut qu’elle renonce à ses préjugés. Il faut que ses nouvelles élites opèrent le travail intellectuel nécessaire à cet effet. […] Tant que cet aggiornamento n’est pas réalisé, ses clients et affidés locaux continueront de l’utiliser pour de tristes fins. Mais personne, ici, ne la prendra vraiment au sérieux et, encore moins, l’écoutera.»

L’article en entier :
http://www.lemessager.net/details_articles.php?code=142&code_art=19943



«Si la France persiste dans son autisme, c’est-à-dire son refus de comprendre le monde et d’avoir du génie dans son rapport avec l’Afrique, alors nous ne l’écouterons point. Pour l’heure, le projet néo-conservateur français pour l’Afrique tel qu’énoncé par Nicolas Sarkozy à Dakar n’est pas une invitation à bâtir une société humaine, un langage commun, encore moins un monde commun. Parce qu’il se contente de reproduire les sottises qui divisent, ce projet n’est pas une invitation à faire ensemble l’expérience de la liberté.»

L’article en entier :
http://www.lemessager.net/details_articles.php?code=110&code_art=20103





<a href="http://delugio.zeblog.com/235907-l-intellectuel-camerounais-achille-mbembe-repond-a-nicolas-sarkozy/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=235907">aucun trackback</a>

Attentat manqué de Bouaké - Ange Kessi entre en scène: "La Licorne et l`ONUCI seront entendues"

Par Delugio :: mercredi 04 juillet 2007 à 9:01 :: Articles de presse




Fraternité Matin
— mercredi 4 juillet 2007 — http://news.abidjan.net/h/255560.html

Propos recueillis par P. N. Zobo :

« M. le Commissaire du gouvernement, le fait de ramener précipitamment l’avion à Abidjan ne constitue-t-il pas un obstacle à la recherche de la vérité durant l’enquête que vous engagez à présent?

Non ! Les possibilités de reconstitution des faits sont si développées actuellement que nous pensons qu’il fallait d’abord sauver ceux qui pouvaient l’être ; ce qui a été fait. Malheureusement, ceux qui sont morts ont été placés là où il faut, ceux qui pouvaient être sauvés l’ont également été heureusement. Il fallait donc sauver l’appareil pour qu’il arrive à Abidjan et vous savez comment il est arrivé. Avec tous les trains d’atterrissage dehors. L’avion a donc volé à trois mille mètres car il ne pouvait pas faire davantage, sinon les trains d’atterrissage risquaient de se détacher. Il a volé avec les trains parce qu’on ne savait pas s’ils étaient touchés. Il fallait donc les sortir parce que si on les rentre et que une fois ici ils refusent de sortir, ça aurait posé problème. Le pilote a donc préféré les faire sortir. Dès lors, il ne pouvait pas monter à plus de trois mille mètres. Il a donc volé doucement et tout seul. Car cet avion ne pouvait pas prendre plus de trois personnes. Avec une seule personne, il pouvait joindre Yamoussoukro en 10 minutes et Abidjan peut-être en 10 autres minutes. C’est ainsi qu’il est arrivé en toute sécurité.

Qu’en est-il des indices?

Concernant les indices, je pense que ça ne pose aucun problème. Nous avons tout ce qu’il nous faut. Les impacts de balles sont sur l’avion ; nous avons recueilli des fragments de balles et de munitions, parce que la plupart étaient encore dans l’avion ; la position des personnes décédées ou touchées par rapport aux personnes qui ont tiré peut aisément se voir. Quand on entre dans l’avion, on peut aisément voir la position du tireur. Parce que le tir est parti en biais, il a pris le deuxième compartiment pour aller faire des dégâts au fonds. Ainsi, à partir de l’avion, on peut déterminer et estimer la position du tireur. La seule chose que nous ne savons pas, c’est la distance à laquelle il se trouvait. Mais si nous pouvons identifier l’arme, les munitions utilisées, on peut savoir à peu près la distance. Parce que pour tirer et atteindre des gens de façon aussi effroyable, parce qu’on nous a expliqué comment des dents sont sorties pour atteindre une partie aussi dure de l’avion, c’est que les gens n’étaient pas très loin de l’avion. Le Premier ministre a dit de n’accuser personne. Mais nous pensons que cette fois-ci, il faut entendre tout le monde. Y compris les gens de l’ONUCI et de la force Licorne. Nous allons tout faire. Et s’ils ont l’immunité, nous allons demander qu’elle soit levée pour savoir pourquoi la deuxième autorité ivoirienne arrive à Bouaké avec le Fokker 100 présidentiel et que, ne serait-ce que le temps qu’il arrive, ils ne prennent aucune disposition pour sécuriser l’aéroport. Ils ne peuvent pas nous faire croire qu’ils ne sont pas là pour sécuriser. C’est quand même inadmissible. Je crois que c’est aux enfants qu’il faut faire croire ce genre de choses mais pas aux Ivoiriens.

Connaissez-vous le type d’arme utilisée par le tireur?

Je ne sais pas. L’enquête vient de commencer. Nous avons commis le GDR pour le faire parce que c’est une enquête très sérieuse qui va certainement avoir des ramifications internationales. Tout ce que nous pouvons dire pour le moment, c’est que nous avons commencé l’enquête. Pour Abidjan, c’est terminé puisqu’il s’agissait d’aller faire l’examen de l’avion ainsi que les positions des différents indices. Nous allons partir à Bouaké pour aller terminer l’enquête ; mais je ne vous dirai pas quand. Nous souhaitons que, cette fois-ci, ceux qui doivent nous aider le fassent et qu’on ne fasse pas d’obstacle aux enquêtes. C’est ainsi que très souvent on n’a pas les résultats. Les gens nous font beaucoup d’obstacles. Vous vous souvenez, il n’y a pas deux jours, vous avez appris que la commission française a décidé de ne pas donner au juge d’instruction la déclassification d’un certain nombre de dossiers. C’est déjà un obstacle à la manifestation de la vérité. Nous souhaitons donc que dans cette affaire, on nous donne tous les moyens, surtout ceux que nous allons entendre, et qu’on ne se cache pas derrière des immunités pour ne pas répondre. Qu’on ne bloque pas les enquêtes parce que c’est ce qui a été fait depuis longtemps et qui donne l’impression aux gens qu’on ne voit pas les résultats de l’enquête. Même chez les Français, l’enquête sur Bouaké a été stabilisée. On refuse même de leur donner le secret défense, ce n’est pas à nous qu’on le donnera.

Vous menez une enquête alors que le Premier ministre demande une enquête internationale…

Cela fait deux choses. Il y a l’enquête nationale qui va situer les responsabilités pénales alors qu’une enquête internationale a un caractère administratif. N’oubliez pas cette affaire de "charnier de Yopougon". Il y a eu une enquête internationale qui a donné ses résultats à la justice pour organiser un procès. C’est juste que le Premier ministre demande une enquête internationale. Mais elle n’a pas pour but de situer les responsabilités pénales. L’enquête internationale a certainement pour but de mettre en cause les personnalités ou des personnes étrangères, mais elle n’engage pas une procédure pénale qui va aboutir à la mise en cause des responsabilités pénales dans le pays. L’enquête nationale aboutit toujours à la situation des responsabilités et jugement des gens. L’enquête internationale ne va pas jeter les gens en prison, c’est l’enquête nationale qui va permettre de saisir les gens, les juger, suivre une procédure contre eux et puis certainement situer les responsabilités pénales et les condamner, éventuellement.

Les Forces nouvelles ont affirmé avoir saisi des armes qui ont été utilisées pour attaquer l’avion. Pensez-vous que vous aurez accès assez facilement à ces armes une fois à Bouaké?

Attendez d’abord que nous soyons à Bouaké et nous verrons. Nous vous inviterons certainement quand nous allons nous y rendre. Pour l’instant, je n’y suis pas donc je ne peux rien dire.

Qui devait sécuriser, selon vous, l’aéroport de Bouaké quand arrive le Premier ministre ?

Si vous posez cette question à un enfant, il va vous répondre. Ce sont la Licorne et l’ONUCI qui devaient le sécuriser. Il ne faut donc pas qu’on nous raconte des histoires. Qu’elles partent si elles ne sont pas là pour sécuriser l’aéroport. Pourquoi sont-elles là alors ? »





<a href="http://delugio.zeblog.com/220934-attentat-manque-de-bouake-ange-kessi-entre-en-scene-la-licorne-et-l-onuci-seront-entendues/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=220934">aucun trackback</a>

La «crise ivoirienne» et les relations franco-africaines

Par Delugio :: samedi 09 juin 2007 à 20:02 :: Articles de presse




… selon Albert Bourgui, professeur en relations internationales à l’Université de Reims (sur le blog de Calixte Tayoro).

En guise d’ « introduction au compte rendu d’une conversation que [lui] a accordée Albert Bourgi il y a deux semaines, et [qu’il publiera] lundi prochain, sur [son] blog et dans les colonnes du Courrier d’Abidjan », Calixte Tayoro retranscrit ces propos d’Albert Bourgi tels que « recueillis et retranscrits par Moustapha BARRY, le correspondant permanent de Walf Fadjri à Paris: il y est question des changements que la crise ivoirienne entraîne dans les rapports entre la France et l’Afrique, notamment quant au devenir des bases militaires léguées par la période coloniale » 

Calixte Tayoro donne un post scriptum : « J’ai oublié de dire que l’article de Walf Fadjri porte sur la “période de recomposition politique” qui s’ouvre actuellement au Sénégal. C’est difficile deviner à la lecture des passages que j’ai sélectionné! » Voilà une interview censée concerner le Sénégal et qui tourne autour de la Côte d’Ivoire, comme Kouchner à Bamako est censé la « contourner » — selon Libération qui en fait son titre (cf. article ci-dessous *) ! : apparemment en fait de contournement, on semble n’y parler que de ça !

Propos d’Albert Bourgi :

La crise ivoirienne a incontestablement modifié l’esprit des relations entre la France et l’Afrique. Il y a un avant et un après Côte d’Ivoire. Ce qui s’est passé dans ce pays aura, sans doute, une incidence aussi bien du côté africain que français. Du côté africain, les opinions africaines se sont révélées être de plus en plus en rupture avec les positions défendues par leurs propres dirigeants. Du côté français, ce qui s’est passé au cours de ces cinq dernières années doit interpeller les dirigeants pour savoir ce qui s’est véritablement passé en Côte d’Ivoire. Il est évident que l’évolution actuelle de la situation en Côte d’Ivoire a montré que la présence militaire française n’a pas été à la hauteur de la qualité des rapports entre la France et l’Afrique. Il y a eu des égarements plutôt pervers, qui conduisent à dire que la France n’a plus la place et le rôle qu’elle pouvait escompter et qu’il lui faut, de toute urgence, s’adapter aux nouvelles réalités du continent et à la volonté des populations africaines de s’affranchir définitivement de la tutelle de l’ancienne puissance coloniale. (…) Il appartient aux pouvoirs africains de se donner les moyens d’avoir, eux aussi, des relations normales, institutionnelles, d’Etat à Etat, y compris avec l’ancienne puissance coloniale. Sans doute que Chirac n’a pas fait de cadeau à la Côte d’Ivoire et, jusqu’à la fin de son mandat, il a tenté sans résultat et contre la volonté de la majorité des Ivoiriens d’imposer sa vision politique et d’écarter Laurent Gbagbo. (…) En matière de présence des bases militaires françaises en Afrique, le ministre de la Défense n’a pas son mot à dire. Cela relève, cette fois-ci, directement du président de la République. Il me semble avoir entendu Nicolas Sarkozy dire que concernant le maintien des bases militaires, il n’a pas d’idée préconçue. L’évolution normale des choses devrait tendre vers la suppression de ces bases françaises. Le maintien de ces bases est le résidu des anciens rapports coloniaux. Cela n’a plus de sens politique. Ce n’est même pas militairement utile. Tout le monde sait que si la France veut intervenir dans tel ou tel pays pour protéger ou évacuer ses ressortissants, elle en a les moyens avec une force d’intervention rapide qui peut se déployer à tout moment et en quelques heures, à partir du territoire français. A mon sens, le maintien des bases françaises a une connotation exclusivement politique. Elle est le signe de la rémanence des rapports entre la France et l’Afrique. C’est le signe le plus significatif de cette espèce d’obsession néocoloniale à vouloir se donner les moyens, en l’espèce, de pouvoir peser, si besoin en est, sur le cours des événements. (…) La présence de ces bases peut entraîner des sentiments d’hostilité à l’égard de la France. Cette présence militaire a une trop grande visibilité politique dans certains pays africains. Celle-ci peut être nocive pour l’image de la France et préjudiciable à la préservation des intérêts des entreprises françaises en Afrique. La suppression des bases militaires ne changera donc rien. La présence des bases françaises n’est certainement pas une des conditions de la préservation de l’influence française en Afrique. Au contraire, la présence de ces bases est de plus en plus ressentie par l’opinion publique africaine comme une atteinte à la souveraineté des pays du continent. L’accroissement des intérêts économiques américains et chinois en Afrique observé au cours des dernières années n’a strictement rien à voir avec une quelconque présence militaire. (…) Le jour où la France décidera de partir à la demande des Etats africains, les choses seront certes simplifiées, mais on peut également imaginer que la France en prenne l’initiative dans le cadre d’une politique mieux adaptée à la nouvelle donne en Afrique. (…) Bon gré mal gré, la présence des bases françaises est toujours associée à des interventions militaires qui ne sont rien d’autre que des opérations de maintien de l’ordre ! Qu’est-ce qui empêcherait les dirigeants français qui seraient, eux aussi, enclins à repenser leurs rapports avec l’Afrique, de se poser la question de savoir s’il ne serait pas opportun politiquement de retirer cette présence permanente ? (…) C’est vrai que l’armée française, à elle seule, constitue un groupe de pression très important. Une partie de l’armée ne veut pas envisager de retrait le plus souvent au nom d’intérêts matériels purement et simplement corporatistes. Il est bon de faire un séjour de quatre mois et de vivre de manière plus agréable que d’être dans les casernes en France, qui plus est, avec des avantages matériels et financiers à la clé, une plus grande garantie d’avancement. Mais ces intérêts catégoriels ne doivent pas avoir leur place dans la définition d’une politique prenant en compte l’intérêt national. C’est vrai qu’il y a aussi des dirigeants africains qui pensent être à l’abri de quoi que ce soit en ayant une présence militaire française sur place. Mais les évènements de Côte d’Ivoire ont montré qu’il peut y avoir une présence militaire permanente sans pour autant que le soutien au régime en place ne soit garanti, bien au contraire. D’autant plus que les dirigeants français disent que les accords de défense ne peuvent pas recevoir d’application automatique.

 

*


 

* «Processus de paix en Côte d’Ivoire: La France se signale à nouveau»


(Delugio - 09/06/2007)

… titre Notre Voie (cf. infra).

Cela tandis que Hofnung reprend son service (qu’il n’a certes jamais lâché !) : « La tournée africaine de Bernard Kouchner contourne la Côte d'Ivoire » titre Libération (http://www.liberation.fr/actualite/monde/260157.FR.php) — pour qu’Hofnung nous explique, à l’appui d’ « un conseiller de Nicolas Sarkozy » la raison du non-passage de Kouchner à Abidjan : « "Dans le contexte actuel, alors que le processus de sortie de crise patine en Côte d’Ivoire, cela aurait été une erreur de se rendre à Abidjan, affirme un conseiller de Nicolas Sarkozy. Et Gbagbo n’aurait pas manqué de récupérer cette visite politiquement." " Le président n’était pas enthousiaste", confirme-t-on dans la délégation du ministre à Bamako. »

«Pas enthousiaste» (sic !). C’est le moinhttp://unevingtaine.hautetfort.com/archive/2008/06/11/a-dje-sur-le-genocide-voile.htmls qu’on puisse dire !… C’est au point qu’on en vient à la méthode coué et qu’on dit tout haut ce qu’on souhaite tout bas ! « Le processus de sortie de crise patine » se rassure-t-on à Paris. Tant il est vrai qu’il n’avait pas « patiné » pendant cinq ans, quand Paris n’en avait pas encore été écarté ! À moins que Hofnung et son « conseiller de Nicolas Sarkozy » n’aient évoqué comme dans un lapsus « le processus de sortie de crise » franco-ivoirienne ? — lequel « patine » effectivement, semble-t-il !

Est-ce la raison pour laquelle on prend désormais des pincettes pour parler du souhait d’élections
« libres et contrôlées selon les critères internationaux » 
? — tandis qu’Hofnung jure ses grands dieux que Brigitte Girardin n’est qu’une sorte de hochet qu’on concède à la Côte d’Ivoire avec laquelle on ne tient pas à prendre langue trop vite.

En tout cela, exit Bamako, exit le Darfour (censé être la préoccupation essentielle) : le titre de Libé concerne… la Côte d’Ivoire ! (Même préoccupation, dans un tout autre domaine, pour la presse sénégalaise interviewant un universitaire français… Décidément la « crise ivoirienne » fait des vagues !)

Mais que l’on sache Bamako est-elle en Côte d’Ivoire ? Pour que l’événement central semble y être, pour Hofnung lui-même, la rencontre Kouchner-Soro devenu désormais « ex-rebelle » (oubliées les « FN » de Marcoussis…) comme « contournement » (selon de titre de Libé) de la Côte d’Ivoire !

En Côte d’Ivoire, on fait une autre lecture de ce type de fausses coquetteries parisiennes :



Notre Voie No.: 2704 du Vendredi 8 Juin 2007 —
http://news.abidjan.net/presse/notrevoie.htm

par Didier Depry :

« La France n’a toujours pas digéré d’avoir été ignorée dans les négociations qui ont abouti à la signature de l’accord de paix de Ouagadougou, le dimanche 4 mars 2007, entre le président Laurent Gbagbo et Guillaume Soro Kigbafori, secrétaire général des Forces Nouvelles. Elle veut reprendre “les choses ” en main en Côte d’Ivoire d’où le sommet aux contours flous que Sarkozy envisage d’organiser à Bamako, en marge de l’investiture d’Amadou Toumani Touré, ce vendredi.

Bernard Kouchner, “le french doctor”, nommé récemment ministre des Affaires étrangères par le nouveau chef de l’Etat français, Nicolas Paul Stéphane Sarkozy de Nagy-Bocsa, a entamé, depuis hier, son premier voyage en Afrique en tant que chef de la diplomatie française. Il se rendra au Soudan, dimanche et lundi prochains. Mais, auparavant, écrit l’agence Associed Press ( AP), Bernard Kouchner sera aujourd’hui ,vendredi 8 juin 2007, au Mali, puis à Abéché, dans l’Est du Tchad, où se trouvent des réfugiés du Darfour. A Bamako, la capitale malienne, Bernard Kouchner prendra part à l’investiture d’Amadou Toumani Touré (ATT), élu pour un second mandat. En marge de cette cérémonie, la France prévoit d’organiser, dit-on, un mini-sommet sur la crise ivoirienne. Evidemment, les chefs d’Etat de la sous-région et d’ailleurs en Afrique qui seront présents à l’investiture d’ATT seront conviés à cette rencontre informelle. Le président ivoirien, Laurent Gbagbo, qui n’a pas fait le déplacement de Bamako, ne sera donc pas à ce mini-sommet, s’il se tient comme annoncé. Un sommet qui aurait obtenu, au dire d’une source diplomatique occidentale, l’accord du président ghanéen, John Kufuor, président en exercice de l’Union Africaine (UA). Un OK que Sarkozy a obtenu auprès de John Kufuor lors de la récente visite du président ghanéen à l’Elysée (France).
Quelle importance aurait -elle cette réunion en l’absence du chef de l’Etat ivoirien, même s’il advient que le Premier ministre, Guillaume Soro Kigbafori, y prend part ?
Ce mini-sommet envisagé par la France sur la crise ivoirienne vise officiellement à donner un coup de fouet au processus de paix enclenché par l’accord de Ouagadougou à travers une implication plus accrue de la communauté internationale et de la sous-région ouest-africaine.
En réalité, il s’agit pour la France, poursuit la source diplomatique, d’avoir des informations “vraies” sur le processus de paix, d’autant qu’elle soupçonne Gbagbo et Soro d’avoir scellé “un deal” à Ouagadougou sous l’égide du médiateur burkinabé, Blaise Compaoré. Un accord secret qui aboutirait, selon l’analyse française, à une réélection sans fioritures du chef de l’Etat ivoirien. Ce que ne souhaiteraient ni Chirac ni Sarkozy, encore moins la Françafrique, dont l’un des dinosaures, le “père” Omar Bongo Ondimba, fut le second chef d’Etat africain reçu par Sarkozy, quelques jours après son élection.
Toujours au dire de la source, c’est Omar Bongo Ondimba qui a demandé à Nicolas Sarkozy, au cours de sa visite à l’Elysée, que la France prenne “les choses en main en Côte d’Ivoire”. En d’autres termes, qu’elle fasse prévaloir ses desiderata dans la conduite du processus de paix.
Vu que cette tâche pourrait s’avérer ardue dans l’état actuel de la mise en application de l’accord de Ouagadougou, la France envisagerait ce mini-sommet annoncé à Bamako pour s’introduire dans le jeu.

Rééditer le schéma d’avant Linas-Marcoussis et Kléber

Cette initiative de Nicolas Sarkozy rappelle étrangement celle qu’avait conduite son prédécesseur Jacques Chirac. Et dont l’artisan sur le terrain était le chef de l’Etat sénégalais, Abdoulaye Wade, alors président en exercice de la CEDEAO. L’initiative avait constitué à saboter les négociations de Lomé (Togo) entre le pouvoir ivoirien et la rébellion armée pour préparer le terrain à la table ronde de Linas-Marcoussis et au sommet international de Kléber tenus en janvier 2003 à Paris. Deux rendez-vous mis en œuvre par la France et dont l’objectif était de perpétrer un coup d’Etat constitutionnel contre le président élu de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo. Nul n’ignore le grand échec que fut l’accord de Linas-Marcoussis. Qui n’a jamais été appliqué à cause de ses contours obscurs. La crise ivoirienne, qui aurait pu prendre fin en décembre 2002 avec les négociations de Lomé (c’était une sorte de dialogue directe), s’est enlisée durant cinq ans à cause des coups bas de la France. En 2007, le chef de l’Etat ivoirien initie le dialogue direct entre son régime et la rébellion. Il place ces négociations sous l’égide de la CEDEAO, de l’UA et de l’ONU. La France se bat en vain comme un beau diable, à travers son ministre de la Coopération, Brigitte Girardin, pour s’inviter dans les pourparlers. Malgré ses dénégations, elle ne prendra pas le contrôle desdites négociations. Et depuis, la France, profondément vexée, n’apprécie pas le fait que Laurent Gbagbo soutienne qu’une “solution venue d’ailleurs ne peut pas mettre fin à la crise”. “Le dialogue direct est perçu par la France comme un échec de sa diplomatie dans la crise ivoirienne”, confie la source diplomatique occidentale.
Quatre mois après la signature de l’accord de Ouagadougou, le pouvoir français a certes changé de tête, mais l’obsession demeure la même vis-à-vis du pouvoir ivoirien. A savoir poursuivre la croisade contre le président Laurent Gbagbo. Nicolas Sarkozy, alors en campagne présidentielle, avait clairement indiqué ses intentions à propos de Laurent Gbagbo lors d’une interview sur un plateau de télévision. “Ce n’est pas normal qu’un chef d’Etat trouve des blocages pour se maintenir indéfiniment au pouvoir …”, avait-il dit. Feignant d’ignorer que la Côte d’Ivoire est en crise et que le chef de l’Etat agit conformément à la Constitution. Les ennemis de l’accord de Ouagadougou ne sont pas seulement au plan interne. Le président Laurent Gbagbo et le Premier ministre Guillaume Soro en sont si conscients que, dans le commentaire accompagnant le décret qui marque le redéploiement des agents du corps préfectoral et les magistrats dans les ex-zones assiégées pour superviser l’opération de délivrance des jugements supplétifs, ils ont souligné, à l’endroit des uns et des autres, que l’accord de paix de Ouagadougou est appliqué et qu’il faut le soutenir. »



 

<a href="http://delugio.zeblog.com/208973-la-crise-ivoirienne-et-les-relations-franco-africaines/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=208973">aucun trackback</a>

Réunion du G8. Déclaration du Front Populaire Ivoirien (FPI – parti socialiste)

Par Delugio :: jeudi 07 juin 2007 à 10:56 :: Articles de presse




«Réunion du G8 du 6 au 8 juin 2007 à Heiligendamm, en Allemagne: voici la déclaration du Front populaire ivoirien (FPI)»

Notre VoieNo.: 2703 du Jeudi 7 Juin 2007 —
http://news.abidjan.net/presse/notrevoie.htm :

«1. Le contexte
Comme chaque année depuis ses débuts en 1975 (G6), le Sommet annuel des pays les plus riches du monde (appelés communément le G8) se tient cette année du 6 au 8 juin 2007 à Heiligendamm, en Allemagne.
Depuis la chute du communisme et le triomphe du capitalisme libéral, cette réunion, qui symbolise la mondialisation néolibérale a pris une allure particulière. De fait, celle-ci consacre, chaque année, la célébration ostentatoire du capitalisme libéral triomphant. Certes, des centres d'intérêt éminents y sont régulièrement débattus et des résolutions sont prises. De plus, de 5 pays au départ, le groupe s'est élargi à 8 pays, avec l'incorporation de la Russie depuis 1998 (2002) et même avec l'invitation plus que symbolique de quelques-uns des pays africains initiateurs du NEPAD.
Cette évolution montre, à l'évidence, l'intérêt croissant que suscite ce groupe qui représente 13,5% de la population mondiale, mais produit les deux tiers (65,7 %) des richesses du monde.
Mais, en réalité, malgré les réflexions sur les thèmes récurrents de la pauvreté, la dette, les maladies, les aides, les OGM, les subventions agricoles, les médicaments génériques, etc., aucune solution concrète n'a jamais pu être réellement apportée jusqu'ici aux graves dysfonctionnements de l'économie mondiale. C'est que la mondialisation, comme réalité nouvelle pour organiser et penser le nouveau monde d'après-guerre froide et construire le futur "village planétaire", s'avère particulièrement inopérante pour apporter les solutions attendues. Elle apparaît même néfaste à bien des égards, compte tenu des graves distorsions qu'elle engendre à l'échelle planétaire (délocalisations et les crises multiples de la dette, les désordres monétaires et financiers et les controverses commerciales à répétition). Outre cela, les problèmes liés aux changements climatiques, à la destruction systématique de la biodiversité et des ressources du patrimoine planétaire commun ont fait apparaître la vanité des solutions (?) actuelles, compte tenu des graves conséquences qui en viennent même à menacer l'existence du Vivant sur la terre.

Les faits
Au cours de la dernière décennie, les pays du Sud, par étapes successives, ont intégré, souvent à marche forcée, la mondialisation. Celle-ci s'est imposée, soit par le biais des plans d'ajustements structurels, soit par les divers mécanismes conditionnels imposés par des institutions de Bretton Woods. Mais, au lieu d'une croissance et un développement partagés prévus pour les pays pauvres, notamment africains, l'on n'a pu que déplorer le cycle infernal de l'endettement, un protectionnisme pervers de la part des pays riches et à une détérioration continue des termes de l'échange.
Envisagé avant tout comme l'extension du modèle d'économie de marché censé apporter la croissance à la totalité de la planète, le processus de mondialisation a ainsi pris un tour vicieux pour les économies émergentes et enfermé des populations entières dans une spirale dangereuse et sans fin: crises financières, fardeau grandissant de la dette et paupérisation des populations.
Aujourd'hui, le "tiers-monde", notamment africain, offre une vision plutôt catastrophiste : composé de pays de très faibles revenus (PNB inférieur à 900 dollars par an), ils sont d'autant plus vulnérables qu'ils dépendent pour l'essentiel de monocultures d'exportation de matières premières, et d'une quasi absence d'aide publique au développement. Il est vrai qu'à côté de cela, existe un ensemble de pays dits à "revenus intermédiaires" regroupant des pays proches de l'étape de "décollage économique".
Mais, ces pays (souvent à haut potentiel minier, pétrolier ou gazier) demeurent d'autant plus fragiles qu'ils restent à la merci de dysfonctionnements politiques graves et même de crises armées souvent suscitées de l'extérieur ; ils sont aussi en proie aux guerres "civiles" plus ou moins larvées qui les empêchent d'entrer dans le club des pays dits "émergents". Aujourd'hui, la part du continent africain dans le commerce mondial est de plus en plus faible ; les exportations de marchandises ont même reculé ces dernières années, passant de 6,3% à 2,5%.
Ainsi, malgré les dénonciations récurrentes des dérives d'un ordre international prédateur et de pratiques fondamentalement injustes, les pays pauvres ne sont pas entendus, notamment sur des questions comme l'autonomie des peuples, la protection de l'environnement, les droits humains fondamentaux, les exigences démocratiques dans la gestion et les orientations globales du monde. En conséquence, depuis peu, la révolte est systématique et de plus en plus massive. On conteste l'organisation interne, le statut et des politiques des institutions multilatérales mondiales telles que l'OMC, le FMI, l'OCDE, le G8 et la Banque mondiale. Le souci des peuples du 1/3 monde se porte désormais sur une recherche d'alternatives globales et crédibles à l'ordre international inique existant dans les domaines de la finance, de l'économie et du commerce.

Notre analyse
Au regard des manifestations de plus en plus violentes contre les réunions du G8 et de l'entêtement de ses membres à perpétuer les mêmes pratiques monopolistiques et antidémocratiques de gestion des affaires du monde, il faut se demander quel monde on veut construire et pour qui. Sur la composition même de ce Groupe, on a l'impression que le G8 est un cartel de quelques pays occidentaux ou membres de l'OCDE arbitrairement "cooptés". Sinon comment comprendre que la Chine (2617 Mds $ de PIB), l'Inde (887 Mds$) et le Brésil (957 Mds$) n'y figurent pas, bien qu'ils restent largement comparables à certains comme le Royaume-Uni (2 370), la France (2 229), l'Italie (1 837) le Canada (1 256) ou la Russie (951).
Face à ce tableau peu reluisant, il n'est pas exagéré de dire que l'ordre international de l'après-guerre est totalement à bout de souffle. Il ne se maintient qu'à coup de ruses (les promesses) qui ne sont finalement que de spécieux expédients. Les organismes officiels (FMI, Banque mondiale, etc., ayant perdu toute crédibilité, des structures "satellites" telles que le “G8” ont pris le relais, celles-ci n'ayant aucune contrainte statutaire et n'étant liées par aucune clause contractuelle avec le reste du monde. C'est dans ce cadre que des pays du Sud (d'Amérique latine, rejoints aujourd'hui par des africains proposent de plus en plus ouvertement la création d'autres institutions financières alternatives), Fonds monétaire et Banque du Sud. Outre cela, le groupe dit des quinze (ou G15) créé en 1989 (coalition de dix-huit pays membres ou observateurs du Mouvement des Non Alignés (NAM), qui visait à faire concurrence aux autres organisations telles que l'OMC et surtout le G8, est une autre manifestation de défiance à l'égard de ce club de riches.
Enfin, sur le sol africain, après les désillusions des plans d'ajustements structurels et les mécanismes d'allègements incertains de la dette, les alter mondialistes se signalent désormais : ils sont attendus cette année à Sikasso, au Mali, pour manifester contre la réunion du G8. Ils sont originaires du Mali, de la Côte d'Ivoire, du Bénin, de la Guinée, du Niger, du Sénégal et de l'Europe.

La position du parti
Au regard de ces énormes dysfonctionnements à l'échelle planétaire, il est temps que les pays du tiers-monde et principalement ceux d'Afrique au Sud du Sahara prennent la mesure des difficultés et des risques de suivre des schémas de développement élaborés par d'autres. Il faut prendre son destin en main, à l'exemple des pays comme ceux d'Asie du Sud-Est dans la décennie 1980 et de la Chine et de l'Inde aujourd'hui.
“Un autre monde est possible” ou encore, “D'autres mondes sont possibles”. Ils sont aujourd'hui, les slogans alter mondialistes qui se préparent à une alternative au monde actuel. Cela est sans doute encourageant ; mais, pour le Front populaire ivoirien (FPI), il ne faut pas se contenter de prendre part à la dénonciation publique des pratiques internationales orchestrées dans le cadre de la mondialisation ; il faut réinventer son propre idéal, à travers le programme de refondation qu'il faut enrichir et parachever.
En effet, pour le Front populaire ivoirien (FPI), quelles que soient les thérapies ou solutions actuellement en cours (Initiative d'allégement de la dette (PPTE), NEPAD ou autres), la Côte d'Ivoire doit faire au plus vite l'inventaire de ses propres ressources tant humaines que matérielles et technologiques pour conquérir sa place dans le concert des nations.

En effet, instruit par plusieurs années de résistance et de luttes multiformes, le Front populaire ivoirien (FPI) est convaincu que, face aux effets du protectionnisme, aux subventions agricoles et, par conséquent, la perte de parts de marché, en un mot aux réalités d'une vie internationale féroce, la Côte d'Ivoire, notre pays doit se préparer à affronter les réalités du nouveau monde qui se dessine sous nos yeux.

Pour le Front
populaire ivoirien
Le Secrétaire national chargé de la
Mondialisation et de
l'Intégration régionale
Koné Katinan Justin »




<a href="http://delugio.zeblog.com/207787-reunion-du-g8-declaration-du-front-populaire-ivoirien-fpi-parti-socialiste/">aucun commentaire</a> :: <a href="http://delugio.zeblog.com/trackback.php?e_id=207787">aucun trackback</a>
Page précédente / Page suivante

</div> </td> </tr> <tr> <td colspan="2" id="pied">Copyright © <a href="http://delugio.zeblog.com/"> «Une vingtaine» !</a> - Blog créé avec <a target="_blank" href="http://www.zeblog.com">ZeBlog</a> </td> </tr> </table> </div> <script type="text/javascript"> var gaJsHost = (("https:" == document.location.protocol) ? "https://ssl." : "http://www."); document.write(unescape("%3Cscript src='" + gaJsHost + "google-analytics.com/ga.js' type='text/javascript'%3E%3C/script%3E")); </script> <script type="text/javascript"> try { var pageTracker = _gat._getTracker("UA-12959590-2"); pageTracker._trackPageview(); } catch(err) {}</script> </BODY> </HTML>