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«Une France digne de son idéal et de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique»

Par Delugio :: lundi 25 juin 2007 à 15:44 :: Livres




Eva Joly, La force qui nous manque, éd. Les Arènes, 2007.

 

Extraits du chapitre « Justice pour l’Afrique ! », p. 137-150 :

 Eva Joly  

« […]

 

Lorsque je voyage en Afrique, je n'entends que ressentiment et plainte vis-à-vis de la France. Où que j'aille je bute sur l'histoire coloniale. Elle est partout dans le paysage africain. Il me faut la relire, ou plutôt la lire et la comprendre, car l'information est impressionniste, voilée, comme escamotée. […]

 

Lorsque j'ai pris en charge l'instruction de l'affaire Elf, j'avais en face de moi les puissants du pétrole français, je n'aimais pas leur arrogance, la façon qu'ils avaient de se servir dans les caisses, mais lorsqu'ils invoquaient les intérêts supérieurs du pays, j'étais prête à les croire. Je sortais de plusieurs années en détachement au ministère des Finances, entourée de hauts fonctionnaires intègres, d'une compétence absolue. J'avais confiance dans les institutions de mon pays d'adoption. Je n'imaginais pas que la finalité des dirigeants des sociétés nationales du pétrole fût autre chose que le bien commun. Je traquais les dérives et non le système lui-même.

 

Pourtant au fil de mon enquête, j'ai découvert un monde souterrain. Magistrate, limitée par le cadre de ma saisine et des compétences nationales, je devais m’arrêter sur le seuil de certaines portes, qui menaient vers l'étranger. Je découvrais des chemins qu'il aurait été passionnant de remonter, des connexions qui m’ahurissaient. Avec des chiffres, des comptes, nous avions sous nos yeux le déchiffrage d'un vaste réseau de corruption institutionnalisé, dont les fils étaient reliés en direct à l'Elysée.

 

Ce n'était pas mon rôle d'en tirer les conclusions politiques, mais j'en ai gardé l'empreinte. Nous avions dessiné alors un vaste schéma, que j'ai toujours avec moi. il fait huit mètres une fois déplié. Il serpente depuis le bureau d'un directeur des hydrocarbures d'Elf, jusqu'à des comptes obscurs alimentés par le Gabon, aux mains d'Omar Bongo: quarante ans de pouvoir et une difficulté récurrente à distinguer sa tirelire et sa famille d'une part, le budget de l'Etat et le gouvernement d'autre part. J'emporte souvent ce schéma avec moi, au fil des rendez-vous. Je l'étale sur les tables, un peu comme un capitaine au combat sort ses vieilles cartes. Les positions ont sans doute varié, les techniques de camouflage se sont sophistiquées, mais le système est là : les tyrans sont des amis, que la France a placés au pouvoir et dont elle protège la fortune et l'influence par de vastes réseaux de corruption; en échange ils veillent sur les intérêts et les ressources des entreprises françaises venues creuser le sol. Tout ce beau monde a intérêt à ce que rien, jamais, ne stimule ni les institutions ni l'économie des pays.

 

Et si je m'arrête un instant au Gabon, qu'est-ce que j'y vois ? Un pays riche qui exporte plus de treize milliards de dollars de pétrole brut par an et affiche un PIB par habitant largement au-dessus de la moyenne africaine (6397 $)? Ou un pays pauvre où l'espérance de vie est estimée à 55 ans pour les femmes et 53 pour les hommes, ce qui leur laisse un an de moins que les Malgaches nés sur un sol sans pétrole? Le taux de mortalité infantile est au Gabon particulièrement élevé, le taux de vaccination contre la rougeole est de 40 % contre une moyenne de 79 % dans les pays en développement. Voilà où en est le Gabon, chasse gardée de la France, fournisseur des trésors du pétrole et de l'uranium, fief de Total-Elf la première capitalisation boursière française.

 

Si les habitants de Libreville n'ont pas bénéficié de la richesse de leur pays, c'est parce que la France s'est accaparé ses ressources minières, avec la complicité d'un président, enrôlé dès son service militaire par l'armée française et ses services secrets, placé à la tête du pays à 32 ans par Paris. Il était alors le plus jeune chef d'Etat du monde. La France contrôle son armée, ses élections et protège sa fortune. En retour, Omar Bongo fait table ouverte plusieurs fois par an, avenue Foch ou à l'hôtel Crillon, où il reçoit les hommes politiques, les publicitaires et les journalistes français qui comptent.

 

Chacun se presse à ces audiences. Dans les années 1990, un homme politique français de premier plan, alors en fonction, bénéficiait en parallèle d'un contrat de «consultant» signé par Omar Bongo et largement rémunéré. De Roland Dumas, le président gabonais dit qu'il est «son ami intime ». Prévoyant, il apprécie aussi Nicolas Sarkozy, venu «prendre conseil» en tant que candidat à l'élection présidentielle. Lorsque au cours de l'instruction, nous avons perquisitionné au siège de la Fiba, la banque franco-gabonaise, nous avons consulté le listing des clients, qui paraissait tenu à la plume sergent-major. C'était une sorte de Who's Who de la France en Afrique, qui en disait long sur l'envers de la République et des médias.

 

A ceux qui croient encore à l'aide désintéressée de la France en Afrique, il suffit de consulter les chiffres du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement). La corrélation est régulière entre le montant de l'aide française et la richesse en matières premières. En clair, celui qui n'a rien dans son sous-sol ne doit pas attendre grand-chose de Paris... Il n'est pas étonnant de retrouver le Gabon comme l'un des premiers bénéficiaires de l'aide publique française au développement. Le résultat est affligeant en termes de système de santé et d'éducation. L'argent s'est perdu en route. Il est justement fait pour cela.

 

Il ne s'agit pas d'une dérive mais d'une organisation cohérente et raisonnée. Dans chaque audition durant notre instruction, nous entendions parler de pressions physiques, d'espionnage permanent et de barbouzes. Les perquisitions dans la tour Elf à la Défense livraient une moisson de documents révélant la confusion des genres, nous les transmettions au parquet de Nanterre, qui se gardait bien d'ouvrir des enquêtes. Car Elf hier, Total aujourd'hui, est un Etat dans l'Etat, conçu par Pierre Guillaumat un ancien ministre de la Défense, patron des services secrets et responsable du programme nucléaire français afin de servir les intérêts géopolitiques de Paris.

 

[…]

 

[…] La France se sert d'Elf-Total pour affirmer sa puissance. La compagnie intervient dans le golfe de Guinée, au Nigeria, au Congo-Brazzaville, en Angola... Tous ces pays ont connu la guerre civile et la dictature, derrière laquelle la main française s'est fait sentir. Le chaos, lorsqu'il se produit, ne trouble pas le système. Il n'est qu’à voir l'Angola, en guerre pendant des dizaines d'années, mais dont aucune goutte de pétrole, jamais, n'a raté sa destination. Pendant la guerre, les affaires continuaient... Les banques françaises, BNP- Paribas en tête, ont même profité de l'occasion pour élaborer des montages financiers destinés aux pays en guerre, à des taux affolants, tout en sachant qu'elles ne prenaient pas le moindre risque. L'argent, là aussi, n'a pas été perdu pour tout le monde. C'est un miroir dans lequel il ne faut pas trop souvent regarder les élites françaises.

 

 

Depuis que j'ai ouvert le dossier Elf, dans mon bureau de la galerie financière, j'ai voyagé physiquement et intellectuellement bien loin de la Seine et de ses quais gris et bleus... J'ai appris en marchant. A l'arrivée, le tableau est effrayant.

 

[…]

 

La République française […] a mis en place en Afrique un système loin de ses valeurs et de l'image qu'elle aime renvoyer au monde. Comment des institutions solides et démocratiques, des esprits brillants et éclairés, ont-ils pu tisser des réseaux violant systématiquement la loi, la justice et la démocratie? Pourquoi des journalistes réputés, de tout bord, ont-ils toléré ce qu'ils ont vu? Pourquoi des partis politiques et des ONG, par ailleurs prompts à s'enflammer, n'ont-ils rien voulu voir?

 

Je ne condamne pas. J'ai partagé cet aveuglement. J'étais comme eux, avant de glisser l'œil dans le trou de la serrure et de prendre la mesure de ce secret de famille: la France reste un empire et ne se remet pas de sa puissance perdue. L'indépendance politique a été largement une mascarade en Afrique de l'Ouest. L'Occident a fermé les yeux, car la France se prévalait d'être le «gendarme» qui défendait la moitié du continent contre le communisme. Les Français ont laissé faire, car, astucieusement, de Gaulle et ses successeurs ont présenté leur action comme un rempart contre l'hydre américaine. Elf était l'une des pièces maîtresses de cette partie géopolitique. Le double jeu a été facilité par la certitude, ancrée dans les mentalités, que «là-bas, c'est différent». Là-bas, c'est normal la corruption, le népotisme, la guerre, la violence. Là-bas c'est normal la présence de l'armée française, les proconsuls à l'ambassade ou à l'état-major, les camps militaires. Là-bas, c'est normal l'instruction des gardes présidentielles. Là-bas, c'est normal la captation des richesses naturelles. D'ailleurs «tout le monde fait pareil». Jeune ou vieux, de gauche ou de droite, nul Français ne songe à s'offusquer de voir nos soldats mener, presque chaque année, une opération militaire en Afrique, au Tchad, en Côte d'Ivoire, au Rwanda, quand tous se gaussent de cette Amérique venue faire la police en Irak, en maquillant d'un fard démocratique les intérêts géopolitiques et pétroliers de Washington. Il y a pourtant bien des symétries.

 

J'ai vu récemment un documentaire sur la guerre du Biafra, quatre ou cinq demi-heures de témoignage brut des principaux acteurs, sans commentaires. Je suis restée sans voix. A ceux qui sont nés après 1970, le Biafra ne dit rien. Dans cette région du Nigeria, riche en pétrole, une ethnie, chrétienne et animiste armée par la France, réclama l'indépendance. S'ensuivit une guerre meurtrière de trois ans, révolte financée depuis l'Elysée via des sociétés suisses. La télévision française aimait alors montrer les enfants affamés que les militaires français ramenaient par avion pour les soigner, jamais elle ne laissait voir la cargaison de l'aller, remplie d'armes... A l'image maintenant, les anciens collaborateurs de Jacques Foccart, repus dans leurs fauteuils Louis XV, détaillent sans émotion ces montages illégaux. Les officiers, lieutenants d'alors, généraux d'aujourd'hui, racontent ce bon tour le sourire aux lèvres. Fin du documentaire. Pas un mot, pas une ligne dans les livres d'histoire.

 

Des drames comme celui-ci, l'Afrique en contient des dizaines, soigneusement passés sous silence. Les massacres des Bamiléké au Cameroun par la France du général de Gaulle, le génocide des tutsis commis par un régime soutenu par François Mitterrand, les assassinats d'opposants, les manipulations d'élection... Le passif de la France sur le continent africain n'a rien à envier à l'impérialisme américain en Amérique latine ou au Moyen-Orient.

 

Il est à la mode parmi les intellectuels français de se plaindre du mouvement de repentance qui s'est répandu depuis quelques années. Les bienfaits de la colonisation, à inscrire dans les manuels scolaires, ont même fait l'objet d'une proposition de loi, largement soutenue par les députés. […] Mais les peuples sont comme les familles. On ne peut pas faire le tri de la mémoire. Il est des secrets soigneusement cachés dont l'onde portée va bien au-delà d'une ou de deux générations. Les enfants héritent de tout: du malheur comme du bonheur, de la richesse comme des dettes.

 

La République française paie aujourd'hui la facture de son passé. Il suffit de dérouler la liste des appellations officielles des Maghrébins, nés dans un département français avant 1962 ou sur le sol hexagonal depuis les années 1970. Par la loi, ils furent et sont des Français comme les autres. Les gouvernements successifs n'ont pourtant cessé d'inventer des périphrases: «indigène musulman», «sujet africain non naturalisé», «JFOM» (jeune français originaire du Maghreb), «jeune issu de l'immigration », «fils de harkis », «jeune des quartiers », «Arabo-musulman »,« Français d'origine arabe »,« Français musulman»...

 

La France vit encore comme si en Afrique elle était chez elle, et comme si, sur son sol, ses enfants d'ascendance africaine n'étaient pas français. Le développement de la Françafrique, notre tolérance vis-à-vis des réseaux, tout ramène à ce secret colonial, à cet empire qui hante les esprits comme un fantôme. Oui, Total, la première entreprise française, est riche et prospère. Mais la manière dont la firme s'est bâtie fait partie de l'héritage. Qui osera un jour rendre au Nigeria, au Cameroun, au Gabon, au Congo-Brazzaville ce que la France leur doit? Qui contestera les contrats conclus par Areva pour l'uranium du Niger ou ceux des mines d'or de Sadiola au Mali, deux pays parmi les plus pauvres du globe, qui ne touchent qu'une part dérisoire des richesses prélevées dans leur sol? La République a contracté une dette qu'il lui faudra bien honorer. Notre prospérité est nourrie de richesses que nous détournons. A certains de ces sans-papiers qui risquent leur vie pour gagner l'Europe, il pourrait être versé une rente au lieu d'un avis d'expulsion. Je rêve, pour ce pays que j'aime, d'un réveil collectif.

 

Une France digne de son idéal et de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique: ce qu’une génération a fait, une autre peut le défaire. C’est possible.

[…] »

 


(PS : un petit flou apparaît dans la carte des interventions françaises en Afrique (planche xxv) qui ne permet pas de trancher sur le rôle de "l'interposition" française de 2002 en Côte d'Ivoire ; flou qui pourrait laisser imaginer que l'intervention était de celles soutenant les pouvoirs... Le rôle des Bongo et autres Sassou à l'appui de Chirac pour dégommer Gabgbo permet de clarifier ce flou...)

 

 

 

 

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«"La malédiction de Cham qui n'a jamais eu lieu", par Pierre Ndoumaï.»

Par Delugio :: vendredi 15 juin 2007 à 19:00 :: Livres




ndoumaïLivre :
Pierre Ndoumaï, On ne naît pas Noir, on le devient. Les métamorphoses d’une idéologie raciste et esclavagiste, L’Harmattan, 2007.
Pierre Ndoumaï s'attache, entre autres, à montrer l'absence de fondement dans la Bible des théories racistes qui ont prétendu s'en "autoriser" avec pour effet d'ancrer les "noirs" dans la "malédiction". Préjugés qui ont été
reçus aussi par l’islam.
Un travail important a déjà été accompli par nombre d’exégètes chrétiens et juifs sur le Nouveau Testament pour le débarrasser des lectures anti-juives qui en ont été faites.
Pierre Ndoumaï, chrétien lui-même, offre ici un travail du même ordre, sur la Bible en général, pour la débarrasser des lectures anti-«noires» qui, à l’encontre du texte, ont contribué à nourrir et à propager l’idéologie raciste qui a fondé les rapts et les déportations esclavagistes d’Africains — et leurs suites coloniales et post-coloniales.
Les deux combats, tous les combats contre le racisme, doivent être menés de front : « Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous », avertissait Frantz Fanon
.
Ce combat sur plusieurs fronts, pour n’être pas aisé, n’en est pas moins indispensable. L’humanité ne peut se libérer qu’en son entièreté. Il n’y a qu’une seule «race» humaine, quel que soit le taux de mélanine ou les traditions religieuses.
Ce combat, pour être efficace, doit éviter les caricatures, ce que fait le livre de Pierre Ndoumaï. Simple exemple (il y en aurait d’autres) : Ndoumaï précise et montre que saint Augustin comme Thomas d’Aquin n’ont pas fait leurs ces lectures erronées ; cela vaut aussi pour les réformateurs protestants, malgré l’usage indu qui a été fait de leur exégèse (Ndoumaï le montre pour Luther).
Une interrogation, dans un autre domaine : on aurait préféré que Ndoumaï use, pour le Rwanda, d’une autre référence
que Lugan (p. 70-71 note 120) !… quand il dénonce remarquablement son double, Smith (p. 143 sq.). (Il n'aborde quasiment pas la crise franco-ivoirienne - deux lignes, p. 142 et 150 - ; s'il ne parvient "[pas à] nier le rôle positif des troupes françaises en Côte d'Ivoire", il constate qu'"[ils] reviennent encore aujourd'hui pour imposer la paix à leur manière" - p. 142. Et il se demande "avec quels moyens [les rebelles] acquièrent [leurs armes] et de quelle manière ces armes sont acheminées" - p. 150.)
Un livre très utile quoiqu’il en soit, œuvre de déconstruction de préjugés catastrophiques.
Ndoumaï aurait pu aller encore plus loin. Ainsi, il
n’a pas corrigé l’erreur classique sur le Cantique du Cantique — «Je suis noire "mais" belle» là où le texte dit précisément : «je suis noire et belle». Le «mais» ne se trouve ni dans l’hébreu, ni même dans la traduction grecque des Septante. Il apparaît dans la version latine de la Vulgate, au Ve siècle ap. JC.

Ci-dessous, l’article d’Afrikara
«"La malédiction de Cham qui n'a jamais eu lieu", par Pierre Ndoumaï» qui m’a fait découvrir ce livre :


Afrikara
02/06/2007 —
http://www.afrikara.com/index.php?page=contenu
&art=1786&PHPSESSID=4ec5f935402964427254f81796a699a4


«"On ne naît pas Noir, on le devient. Les métamorphoses d’une idéologie raciste et esclavagiste" paru chez l’Harmattan en 2007
,
c’est la prise de parole autorisée d’un Africain décidé à déconstruire avec méthode et rigueur les imaginaires et soubassements du racisme judéo-chrétien qui a mené aux servitudes cumulées, banalisées, normalisées des Nègres dans un monde dominé par l’Occident blanc. Un ouvrage rafraîchissant qui tombe à pic alors qu’une certaine afrocentricité de supermarché, animée par la boulimie du lucre et singulièrement inapte à produire quelque consistance discursive que ce soit, tend à ombrager la qualité des contributions intellectuelles des Africains et Afrodescendants exemplifiée par Cheikh Anta Diop parmi d’autres éminents.

Dans «On ne naît pas Noir, on le devient» Pierre Ndoumaï, qui a enseigné l’histoire de l’église et l’hébreu biblique revient à la genèse des textes talmudiques et chrétiens qui nourrissent une haine viscérale du Noir et la définition de ce dernier comme prototype du péché, du mal, de la laideur. Il nous livre ici une part de sa réflexion que les karanautes pourront approfondir dans son ouvrage.


Les discours afro-pessimistes qui trouvent encore plusieurs adhérents à travers le monde puisent à profusion dans les stéréotypes et les clichés conçus au cours de l’histoire sur les Noirs. La raison fondamentale de cette chosification des Noirs au cours de l’histoire se trouve être l’idée suivant laquelle les Noirs seraient maudits à la suite de leur soi-disant père Cham.

La première mention de cette idée se trouve dans les écrits talmudiques. La négritude y est perçue comme la conséquence de la malédiction et équivaut à la laideur. Cette idée est une interprétation d’un texte de la Bible, à savoir Gen 9, 18-27, où il est pourtant question de la malédiction de Canaan et non pas de Cham. Aussi étrange que cela puisse paraître, cette interprétation fantaisiste de la Bible qui a donné lieu à une idéologie funeste a eu et a encore des conséquences désastreuses dans la vie des Noirs. Celle-ci a été transmise aux chrétiens, car elle est présente dans les écrits de certains Pères de l’Eglise ancienne.

 

L’idée a fait son chemin et a atteint le Moyen-âge où elle a été très bien accueillie. En effet, après des vagues de pestes qui ont dévasté l’Europe, celle-ci était dans un très grand besoin de la main d’œuvre. C'est ainsi que l’idée que les Noirs en tant que "descendants de Cham" seraient maudits et mériteraient d’être réduits à l’esclavage a été donc saluée par l’Europe "supposée être chrétienne". La religion chrétienne et la science ont été appelées à la rescousse pour justifier l’infériorité des Noirs par rapport aux autres races, le but étant de montrer que même naturellement, le Noir est déterminé à l'infériorité et à l'inutilité comparativement aux autres races en général et au Blanc en particulier.

En effet, plusieurs papes ont cautionné la soumission des Noirs à l’esclavage par leurs bulles pontificales. Du côté de la science, l’anthropologie, l’ethnologie, l’égyptologie, la linguistique pour ne citer que ces quelques exemples, ont été manipulées pour parvenir à l’exécrable but de démontrer par une ‘’pseudo-science’’ l’infériorité, voire l’inutilité des Noirs.

A cela, il faut ajouter la symbolique des couleurs qui a favorisé depuis le Moyen âge le cumul des préjugés, stéréotypes et clichés sur les Noirs. La couleur noire était perçue comme le symbole du deuil, de la souffrance, du malheur, de la laideur, bref tout ce qui est négatif et odieux, tandis que la couleur blanche était le symbole de l’innocence, de la beauté, du bonheur, bref tout ce qui est sublime et parfait, donnant ainsi un écho très favorable aux commentaires des écrits talmudiques. Il s’ensuit que lorsqu’on parle de l’homme noir, on ne se réfère pas à la couleur de sa peau, mais plutôt à ce qui se cache derrière la couleur noire. Il s'agit bien entendu des préjugés, stéréotypes et clichés qui remontent à l’esprit et non pas la couleur de sa peau qui, loin d’être en réalité noire est plutôt brune. La condition actuelle des Noirs à travers le monde ne peut ignorer les séquelles non seulement des traitements inhumains dont ils ont payé les frais, mais aussi du regard méprisant et humiliant jeté sur eux, bien que basé sur une idéologie mensongère.

 

L’esclavage n’a pas été l’unique forme d’exploitation des Noirs car le colonialisme et le néocolonialisme qui s’en inspirent sont autant d’outils de chosification et d’exploitation. Il convient de souligner que même l’évangélisation de l’Afrique s’est faite sous l’angle de la théologie de malédiction. Il était question d’aller arracher les pauvres fils de Cham des griffes du diable. Et d’ailleurs à Vatican I (1869-1870), un groupe d’évêques s’est approché du pape avec un postulatum pour solliciter que le saint père lève la malédiction qui pèserait sur les misérables fils de Cham.

C’est aussi le lieu de noter que même si les Noirs ont été maltraités, exploités, méprisés, et chosifiés injustement au cours de leur histoire récente, il reste qu'ils sont en partie responsables de leurs malheurs. Il suffit pour s'en convaincre d'évoquer la dictature, la gabegie, la corruption, les coups d’Etat, le népotisme, le bourrage des urnes, les guerres civiles, le grand banditisme, etc. qui minent l'existence humaine aux pays des Noirs. Les auteurs de ces vices sont les Noirs eux-mêmes, quoique généralement instrumentalisés, installés ou tenus en joue par le néocolonialisme. Ce faisant ils sont devenus des loups pour d’autres Noirs.

 

La réflexion menée dans «On ne naît pas Noir, on le devient» [L’Harmattan, 2007] débouche sur l’appel à une prise de conscience à un double niveau :

-               L’Occident se doit de réaliser que l’idéologie de la malédiction des Noirs est une théorie erronée même si on a voulu à tort impliquer la Bible et la science pour la justifier. Il est par conséquent important de se défaire des préjugés, stéréotypes et clichés qui sont les métamorphoses de cette funeste idéologie pour considérer le Noir à sa juste valeur, rien de moins qu’un être humain comme les autres. Ni un quelconque déterminisme génétique, ni les effets d’une quelconque malédiction n’ont d’effet sur l’existence des Noirs. Le Noir n’est pas déterminé à la naissance comme on a voulu l’insinuer. Il est un être humain libre et capable de se réaliser comme les autres.

-              Les Noirs de leur côté se doivent tout d’abord de comprendre qu’il est de leur responsabilité de montrer aux autres qu’ils ne sont pas moins humains qu’eux, en se comportant de manière responsable. Il faut cesser de donner des munitions aux afro-pessimistes en favorisant une culture vicieuse qui ne fait qu'enfoncer le continent noir dans le sous-développement. Il faut résister à l’idéologie qui prône l’infériorité des Noirs en s’engageant résolument sur la voie du développement intégral et durable et en dénonçant toute pratique qui se situe aux antipodes de ce noble but.  

Les contingences et vicissitudes de l’existence sont allées à l’encontre des intérêts des Noirs, mais ensemble qu’on soit Blanc, Jaune ou Noir, nous pouvons dans le coude-à-coude nous opposer à toute idéologie ou pratique qui s’attaque à la dignité humaine et travailler ensemble en vue de la réalisation du plan du Créateur qui est de voir chaque être humain se réaliser en devenant heureux.»




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Les dessous de la «crise ivoirienne» — Simone Gbagbo fait des révélations

Par Delugio :: mercredi 13 juin 2007 à 18:57 :: Livres




Le Matin d’Abidjan — mercredi 13 juin 2007 —
http://www.lematindabidjan.com/visual_article.php?num_actualite=7529 :

par
Philippe Kouhon, envoyé spécial à Bruxelles :

 

 

« Les dessous de la crise ivoirienne
Depuis la Belgique, Simone Gbagbo fait des révélations
"Pourquoi l'ONU ne m'a pas sanctionnée" 
 

Simone Gbagbo

A l'invitation de la diaspora ivoirienne de Belgique et sous la coordination de la représentation du Cojep-Bénélux, la première dame de Côte d'Ivoire était le mercredi 6 juin à Bruxelles pour la dédicace de son livre "Paroles d'honneur".

"L'ambassadeur de la France à l'Onu proposait de suspendre la Constitution de la Côte d'Ivoire. Il proposait un avant-projet de résolution qui demandait de transférer les pouvoirs du président de la République au Premier ministre Charles Konan Banny. Nous sommes dans un Etat où le régime politique est présidentiel. Le Premier ministre chez nous n'est que le premier des Ministres et le coordonnateur des activités gouvernementales. Et les ambassadeurs membres du conseil de sécurité de l'Onu ont décidé qu'à aucun moment l'Onu ne peut avoir le droit de suspendre la Constitution d'un pays membre. Je me souviens comment les pays membres du Conseil de sécurité de l'Onu ont pu se mobiliser pour sauver quelque chose de fondamentale, en ce qui concerne les petites nations que nous sommes. Il s'agissait de savoir si le monde entier allait autoriser l'Onu à dissoudre la Constitution d'un pays membre. Nous avons prié, nous avons observé et nous avons conclu que l'espoir est permis pour l'humanité toute entière. Je vous assure, messieurs les ambassadeurs que pendant ces trois jours, du 30 octobre au 2 novembre 2006, nous nous posions la question de ce que le conseil de sécurité de l'Onu allait décider ". Voici une des précisions que la Première Dame, qui était à Bruxelles, à l'invitation de la diaspora ivoirienne de Belgique, pour la dédicace de son livre " Paroles d'honneur " a bien voulu faire. Elle instruisait ainsi sur le rôle nocif de la France dans la crise ivoirienne. Poursuivant son propos, elle a aussi expliqué comment l'Elysée s'est minutieusement employé à dresser toute la communauté internationale contre le régime d'Abidjan, pour obtenir la chute de Laurent Gbagbo: " J'ai vécu une expérience extrêmement riche en Côte d'Ivoire. J'ai pu voir comment un pays, un régime peut être diabolisé méthodiquement pour atteindre un objectif précis. J'ai également pu voir comment les médias occidentaux peuvent être utilisés comme instrument de déstabilisation de nos pays en Afrique ; comment les efforts fournis par les régimes au pouvoir en Afrique, pour sortir nos populations du sous-développement, de la misère, peuvent être ruinés en très peu de temps. Ce qui fait qu'en Afrique nous sommes en perpétuel recommencement. De sorte qu'on finit par se convaincre soi-même qu'on est un continent maudit. J'ai vu comment l'occident tout entier peut combattre un régime qui ne plait pas à l'un de ses membres ", a révélé Simone Gbagbo au nombreux public venu de France, d'Allemagne, Londres, Bénélux, dont des groupements associatifs, les leaders des mouvements patriotiques, diplomates, ministres pour écouter la " First Lady " ivoirienne. C'est donc selon elle, pour rétablir la vérité, qu'elle a écrit " Paroles d'Honneur " ce livre de 500 pages. " J'ai écrit ''Paroles d'Honneur'' pour dire aux Ivoiriens mais aussi aux autres Africains et au reste du monde, ma part de vérité sur ce qui se passe en Côte d'Ivoire; sur le rôle que chacun y a joué; sur le rôle que les médias occidentaux ont joué dans mon pays; sur le rôle que le régime de monsieur Chirac a joué en Côte d'Ivoire; sur les responsabilités que ce régime a dans la crise en Côte d'Ivoire; mais également sur le rôle joué par certains pays africains et sur le rôle joué par les Ivoiriens eux-mêmes dans cette crise. On m'a accusée d'être esclavagiste, d'être à la tête des escadrons de la mort, d'avoir pactisé avec Trafigura pour déverser les déchets toxiques en Côte d'Ivoire, mais je n'ai pas compris comment j'ai pu échapper aux sanctions onusiennes. Peut-être à cause de ma foi en Christ ? ", a noté le député d'Abobo. Qui révèle dans la foulée comment ce livre a été conçu : " Ce n'est pas un exercice très facile pour moi de parler de quelque chose que j'ai faite. Je parle plus facilement de la situation politique dans mon pays. Je me sens toute capable d'animer un meeting. Je me sens toute capable de tenir une classe ; je me sens toute capable de rédiger un essai à la suite d'un travail de recherche; mais écrire un ouvrage qui ait des caractéristiques littéraires, je ne me sentais pas du tout capable. Si ce livre a pu être écrit c'est grâce à cette femme là, Liliana Lombardo. C'est elle qui m'y a encouragé. Elle a tellement insisté que j'ai fini par accepter. Je lui ai dit que je n'avais rien à dire et elle m'a dit qu'elle me poserait des questions auxquelles je répondrai. Pendant trois semaines, nous avons travaillé sur au total 130 questions-réponses. Ensemble avec une équipe mise sur pied par elle, nous avons travaillé pendant plusieurs mois et finalement j'ai dit, en enlevant les questions, on pouvait bâtir un ouvrage. Et cela a donné un manuscrit énorme de 800 pages. Après nettoyage, nous avons obtenu 500 pages qui constituent, Parole d'Honneur ". Notons que cette soirée dédicace qui a eu pour cadre la salle de conférence de l'Hôtel Marriott a été un véritable succès, vu la participation de nombreuses personnalités dont SEMme Marie Gosset, ambassadeur de Côte d'Ivoire au Bénélux, le ministre Alphonse Douati, Mamadou Dembélé, président du Cojep-Bénélux, initiateur de la rencontre. Après l'étape de Bruxelles, l'auteur s'est envolé pour la Suisse où la diaspora ivoirienne de ce pays attend son tour de dédicace qui aura lieu aujourd'hui à Genève. Initiée par les différentes représentations du Cojep en Europe, " la caravane de dédicace de l'œuvre de madame Simone Ehivet Gbagbo se poursuivra dans plusieurs autres capitales européennes ", a confié, Legré Thierry, membre de la délégation de la Première dame et de la galaxie patriotique ivoirienne. »




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"Evénements de novembre 2004 - un nouveau livre éclabousse la Chiraquie"

Par Delugio :: lundi 09 avril 2007 à 11:59 :: Livres




À propos du livre de Paul Moreira
Les Nouvelles censures, dans les coulisses de la manipulation de l’information, 288 pages, Editions Robert Laffont.

 moreira

Article dans Le Courrier d'Abidjan No 980 du Mercredi 4 Avril 2007 -
http://www.lecourrierdabidjan.info/
a_la_une.asp?id=13725
:

par Théophile Kouamouo :

"Ce sont des jours et des nuits qui resteront gravés dans la mémoire de nombreux Ivoiriens. Le 6 novembre 2004, l’armée française interrompt l’opération «César» (ou «Dignité») lancée par les Forces de défense et de sécurité (FDS) ivoiriennes pour libérer une partie du territoire national pris en otage depuis plus de deux ans par des mouvements rebelles coalisés soutenus par des pays voisins. Raison invoquée? L’armée ivoirienne aurait bombardé une position française à Bouaké. Très vite, la force Licorne engage une opération d’occupation d’Abidjan, principale métropole du pays, et se heurte à la résistance civile d’un peuple qui refuse d’être recolonisé. Sur les deux ponts d’Abidjan, les hélicoptères français mitraillent des manifestants voulant aller libérer l’aéroport, aux mains des hommes du général Henri Poncet. Les militaires français se positionnent notamment sur le parking de la tour de l’Hôtel Ivoire, à moins d’un kilomètre d’une résidence présidentielle se situant dans la ligne de mire des nervis de l’ancien colonisateur. Ils finissent par ouvrir le feu sur une foule désarmée venue les empêcher d’attenter à la vie du président Laurent Gbagbo. Des dizaines de personnes sont tuées. Des caméras filment les forfaits de l’armée française. Une armée française qui, contre toute évidence, nie les faits, en accord total avec le gouvernement qui lui donne des ordres. Les médias français restent muets et étouffent la vérité, malgré toutes les preuves dont ils disposent. Seule Canal + et I-Télé, qui appartient au même groupe, diffusent les images qui prouvent la réalité des crimes de guerre hexagonaux. Le scandale éclate. Il est très vite étouffé par la complicité du silence entre les médias dominants et le pouvoir incarné par Jacques Chirac.
Plus de deux ans après, Paul Moreira, ancien responsable et présentateur de l’émission 90 minutes de Canal + (qui avait édifié l’opinion française sur ce qui s’était passé sur les ponts et sur l’esplanade de l’Ivoire), a publié, il y a quelques semaines, un livre qui revient, entre autres choses, sur ces «jours de feu». Le titre ? «Les nouvelles censures, dans les coulisses de la manipulation de l’information». Il dénonce l’amnésie organisée par les médias français sur «le crime de guerre» perpétré par les autorités de leur pays. «En Côte d'Ivoire, pendant les émeutes de novembre 2004, l'armée française a tiré à balles réelles sur des manifestants civils. Des caméras vidéos ont tout filmé. Pourtant, cette bavure a été couverte par une immédiate et étonnante amnésie. Une amnésie audiovisuelle...», écrit Paul Moreira. A l’inverse des militaires, des politiques et des journalistes français aux ordres, Paul Moreira affirme clairement que le jeune Jean-Louis Coulibaly Kouassi et les autres ont été tués par les snipers qui se trouvaient au sixième étage de l’Hôtel Ivoire. «... A 15 heures, les manifestants sont à moins de deux mètres des blindés français. Certains jeunes s'amusent, par défi, à aller toucher le canon des chars. Ils sont acclamés. A la suite d'un mouvement de foule plus important que la caméra ne parvient pas à capter, l'ordre de tirer est donné. En une minute, les soldats français brûlent 2000 cartouches. De l'autre côté du dispositif, en surplomb d'un bâtiment, les caméras de télévision ivoirienne filment la scène. Des soldats, bien campés sur leurs jambes, tirent en rafales. Certains au-dessus des têtes, d'autres à tir tendu, le fusil au niveau de la poitrine. Ils tirent sans même la protection de leurs véhicules blindés, qui sont rangés en rempart juste derrière eux... Apparemment les soldats savent qu'ils ne risquent pas de riposte. Quand les tirs cessent, les caméras ivoiriennes continuent d'enregistrer : les victimes, la terreur, la chair entamée par les balles, une main arrachée, les os brisés par le métal. "Qu'est-ce qu'on a fait à la France?", hurle un homme. Une image choque particulièrement : un corps sans tête. La boîte crânienne a explosé et la cervelle s'est répandue autour d'elle. Ca ne peut pas être une balle de fusil d'assaut FAMAS. Le calibre - est trop mince. Un seul type de munitions est capable de faire autant de dégât : la 12,7 millimètres. De celles qui équipent certains fusils de snipers...»
Les médias français étaient-ils sous informés sur ce qui se tramait à Abidjan ? Non, répond Paul Moreira. «En France, le soir même, aux journaux télévisés, c'est le black-out. TF1 ne fera rien. France 2 relate l'incident avec une sorte de bouillie visuelle, bougée, floue, informe et de couleur principalement verte, où l'on entend simplement les coups de feu à distance...Beaucoup plus tard nous découvrirons que toutes les rédactions nationales (françaises, ndlr) avaient eu très vite en leur possession les images explicitées de la télé ivoirienne. Que les journalistes français présents sur place avaient bel et bien enquêté....Dans les directions de l'information du service public, on ne diffuse rien, "par sens des responsabilités". A la notable exception de la chaîne info i-télé, les rédactions font le choix délibéré de ne pas montrer ces images...» Paul Moreira compare l’indifférence des médias français face aux massacres d’Abidjan au scandale des Algériens jetés dans la Seine le 17 octobre 1961. «L'histoire bégaie. Depuis longtemps, je suis fasciné par l'amnésie collective autour d'un massacre commis en octobre 1961 par la police française sous les fenêtres des Parisiens. Ce jour-là, le 17 octobre 1961, deux cent Algériens ont été tués, jetés à la Seine pour la plupart, sans que l'événement soit relaté. Sans qu'il trouve une place dans notre mémoire. Certains de ces Algériens avaient été assassinés sur les Grands Boulevards, quasiment au pied des sièges des grands journaux parisiens. Ceux-ci avaient choisi de ne pas voir. Et voilà que sur les ponts de la Lagune d'Abidjan, ça recommençait. J'étais pourtant convaincu de ne jamais plus assister à un octobre 1961. C'était bien avant la télévision de masse, la vidéo et les caméras légères. L'ORTF était aux ordres, totalement soumise à l'effort de guerre».
Les médias complices de la Chiraquie tentent de minimiser l’impact du livre de Paul Moreira. Il est, ces derniers jours, la victime des «nouvelles censures» qu’il dénonce. «Certains, comme VSD, ont bloqué un papier sur le livre, malgré l’enthousiasme qu’il avait suscité chez l’auteure de l’article. Télérama voulait un grand entretien pour l’hebdomadaire papier, qui n’a finalement été publié que sur le site Internet sans qu’il soit fait mention du livre. Ils avaient pourtant demandé l’exclusivité. Le climat n’est pas à la méfiance. Mon livre provoque plutôt de la gêne. Je n’assiste pas à un tir de barrage contre le bouquin. Personne ne conteste les faits. Ce que je raconte est établi : je source, je donne des références officielles. C’est probablement le chapitre sur la Côte d’Ivoire qui pose problème. Ce qui expliquerait le manque d’enthousiasme des médias qui se sont contentés de la version officielle, comme Libération par exemple», confie Paul Moreira dans une interview.
Le pouvoir français a eu raison de l’émission 90 Minutes, qui dérangeait et faisait l’objet de beaucoup de «pressions». Elle a été supprimée de la grille de Canal + sans grand bruit. Mais le livre de Paul Moreira est là, et il témoignera pour l’Histoire. Nous en reparlerons."

Les Nouvelles censures, dans les coulisses de la manipulation de l’information, 288 pages, Editions Robert Laffont.

 

 

 

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Deux ouvrages “négrologiques” (I)

Par Delugio :: lundi 11 décembre 2006 à 20:27 :: Livres




Article disparu de blogs.nouvelobs.com (24.02.05) et toujours d'actualité.



Deux livres récents sur l’Afrique ont eu un certain écho. Le premier parce que son auteur a été largement condamné, le second parce que son auteur a été primé.

Le premier livre est celui de Bernard Lugan, God bless Africa. Contre la mort programmée du continent noir, Chatou, Carnot, 2003 ; le second celui de Stephen Smith, Négrologie. Pourquoi l’Afrique meurt, Paris, Calmann-Lévy, 2003.
Les deux ouvrages sont « négrologiques ». Le premier soutient que la solution pour une Afrique « agonisante » passe par des guerres tribales inévitables, le second laisse à penser qu’il n’y a pas de solution. Les deux se fondent sur le même diagnostic, que les critiques africains s’accordent à reconnaître raciste — ou au moins racialiste — pour les deux, et que les critiques français semblent ne condamner que dans le premier cas, puisqu’ils le priment dans le second !
Est-ce parce que le second, Smith, ressemble à une reprise « light » des arguments du premier ? Est-ce qu’une argumentation que les critiques africains jugent raciste cesse de l’être, en France, quand elle est reprise en termes « lights » ? En l’attente d’une réponse à cette question, qui laisse à penser que la vigilance antiraciste s’est pour le moins relâchée en France, voici quelques données :

 

— Un texte de Didier Daeninckx, écrivain, concernant le négationnisme de Lugan ;

— Une dépêche de la PANA (agence de presse panafricaine) sur le colonialisme de Lugan ;

— Le résumé du livre de Lugan par son éditeur ;

— Un résumé personnel de l’essentiel de son argumentation ;

— La présentation du livre de Smith par Francis Laloupo du Nouvel Afrique-Asie ;

— des extraits d’autres analyses de Smith par Bruno Gouteux.

 

 

_____________________________

 

« Quand le négationnisme s’invite à l'université »
par Didier Daeninckx, écrivain ("Le goût de la vérité", Verdier)

Lundi 7 février 2000

L'affaire Bernard Lugan, le professeur fouetteur de Lyon III

Cité d’après www.amnistia.net.

 

« En 1985, Bernard Lugan, professeur d'histoire à Lyon III, préside la soutenance de thèse d'Abdelhamid Bdioui intitulée "L'image de l'Arabe et du musulman dans la presse écrite (1967-1984)" dans laquelle les arguments développés dans "Les Protocoles des Sages de Sion", le faux antisémite produit par la police secrète tsariste, sont approuvés. En 1987, il est nommé membre du Comité National des Universités, un organisme chargé de gérer la carrière des universitaires. Au cours des années suivantes, il n'est pas rare de voir apparaître le nom de Bernard Lugan près de celui de Régis Ladous dans des jurys comme "Léon Daudet et l'antisémitisme" ou "Destin d'Afrique". En 1990, il diffuse un "Manifeste pour les libertés universitaires" en soutien à son collègue Bernard Notin de Lyon III qui vient de publier un violent article négationniste et raciste dans la revue du Cnrs, Économies et Sociétés. Son initiative est saluée par la Revue d'Histoire révisionniste, et quelques mois plus tard, comme le rapporte Le Monde du 18 mai 1990, la commission des spécialistes de l'Université le classe en tête pour passer du grade de "maître de conférences" à celui de "professeur". Peu après, il assure une causerie sur l'Afrique du Sud pour "l'Association pour la défense de la Mémoire du Maréchal Pétain".

En 1991, Bernard Lugan participe à un curieux pèlerinage, le "Rassemblement de la piété française". Il considère en effet que Charles Martel n'a pas "anéanti" les Arabes à Poitiers en 732, comme le rapportent les manuels d'histoire, mais dans un village du Lot, "lieu de la victoire définitive" auquel il aurait légué son nom ! La manifestation, interdite par le maire de Martel, rassemble en octobre une centaine d'illuminés dont une majorité d'intégristes catholiques, des skinheads et les maigres troupes de l'Oeuvre Française, le groupuscule fasciste fondé après mai 68 par l'ancien collaborateur de la revue Europe Action, Pierre Sidos. L'année suivante, Bernard Lugan livre une contribution au recueil "Rencontres avec Saint-Loup" édité en hommage à l'ancien Waffen SS français. Son texte s'intitule "Une tribu blanche d'Afrique australe". Plume facile bien que redondante, Lugan collabore à Identités, la revue théorique du Front National où il prône la création d'un état blanc d'Afrique du Sud, seul susceptible de garantir la "survie de l'identité blanche". On retrouve ses chroniques dans Minute-la France, Présent, National-Hebdo où, sous le titre "Adieu à un vieux camarade", il pleure Poulet-Dachary, adjoint au maire de Toulon, assassiné par un gamin ramassé nuitamment dans un bar de la ville basse.

L'épopée coloniale le hante, et dans Le Crapouillot il laisse libre cours à sa fascination pour les Boers-Afrikaners, inventeurs de l'apartheid:

"confrontés à des populations noires qui menaçaient de les submerger sous leur nombre, les Boers se crurent prédestinés et eurent bientôt la conviction d'appartenir à la race élue par le Seigneur pour apporter la civilisation à cette partie de l'Afrique".

C'est certainement cette conviction d'être détenteur de la civilisation qui pousse, chaque Mardi Gras, Bernard Lugan, auteur de "L'Occident sans complexe", à paraître devant ses étudiants de première année déguisé en colon, coiffé d'un casque et brandissant un fouet. Parmi les chants qu'il entend faire apprendre par cœur, on se souvient, à Lyon, de celui-ci:

"Nos officiers se tapent des japonaises
Alors que nous pauvres marsouins fauchés
Nous nous tapons ce qu'on nomme la terre glaise
Spécialité de nos girons nhaqués".

Saisie de la protestation du Comité Anti-Fasciste et Anti-Raciste (Cafar), la doyenne de la Faculté de lettres et civilisations, Colette Demaizière, qui militait dans le syndicat étudiant très droitier UNI, rend public un communiqué:

"Il est inadmissible que des éléments extérieurs interviennent pour interdire de parole tel ou tel. Il est intolérable que des cours, même détournés exceptionnellement en plaisanterie carnavalesque, tournent au pugilat. Il est anormal que des étudiants qui n'ont pas la compétence pour le faire, s'érigent en juges de la qualité des cours d'enseignants".

Ainsi l'ordre des choses est-il constitué par le mépris, la vulgarité, le racisme le plus éculé, et le trouble par un sursaut de dignité. Nous sommes en France, à Lyon, à l'Université, dans un siècle qui s'achève. Le XXe. »

 

***

 

Un universitaire français défend la colonisation

PANA
PARIS, 30 octobre 2001

« La colonisation a été une brève parenthèse de paix qui a délivré les peuples dominés de leurs oppresseurs, a estimé lundi à Paris un universitaire français, Bernard Lugan.

"Je persiste à penser que le fait ethnique est la grande réalité de l'Afrique", a déclaré cet enseignant d'histoire de l'Université Lyon III, ajoutant que "l'Afrique noire a toujours été un continent récepteur et non concepteur".

M. Lugan, qui défend l'antériorité de la présence des colons hollandais sur les Noirs en Afrique du Sud, a souligné que "partout dans le monde sauf en Afrique noire, l'homme chercha et réussit à agir sur la nature".

Poursuivant son argumentaire raciste, l'universitaire français, auteur de "De la colonisation philanthropique à la colonisation humanitaire" prétend que "l'Afrique précoloniale ignorait l'écriture, l'usage de la roue, de la poulie, ou de la traction animale". (Ce que l’on retrouve chez Smith !)

La publication des thèses de Bernard Lugan a provoqué une véritable levée de boucliers dans le monde universitaire et la communauté immigrée d'origine africaine vivant en France.

"Qu'il s'agisse de l'Afrique du Sud, du Maroc ou de l'Afrique des Grands Lacs, les travaux de Bernard Lugan ne sont pas considérés comme scientifiques par la plus grande partie de la communauté universitaire", précisent 55 africanistes, dans une pétition dénonçant la nomination de l'historien au grade Maître de conférences hors classe à l'Université de Lyon III.

"C'est proprement inadmissible qu'un universitaire à ce niveau de responsabilité défende publiquement des thèses fondées sur le racisme et la xénophobie", déplore le chercheur Sidibé Mahamane qui dénie toute qualité scientifique aux travaux de Bernard Lugan.

La réprobation avait fini par atteindre le Conseil national des Universités (CNU), instance en charge de la gestion des carrières des enseigants-chercheurs, qui avait initialement refusé la nomination au grade de Maître de conférences de l'historien lyonnais, auteur déjà en 1985 d'un autre scandale pour avoir parrainé une thèse prônant l'anti-sémitisme.

Surnommé "le professeur fouettard", Bernard Lugan a surpris le milieu universitaire, la communauté scientifique ainsi que la diaspora africaine en répondant par le mépris aux critiques portées sur ses thèses.

"Je n'ai rien à retirer de ces phrases car, dans l'état actuel des connaissances , elles traduisent la stricte réalité historique (...) et je mets au défi quiconque de me démontrer le contraire", a-t-il répondu à ses détracteurs. »

 

******

 

À propos de : Bernard Lugan, God bless Africa. Contre la mort programmée du continent noir, Chatou, Carnot, 2003.

 

***

 

Résumé (selon l’éditeur) :

« Selon une étude récente de l’ONU, près de quarante millions d’Africains pourraient mourir de faim dans les prochains mois !
Depuis trop longtemps déjà, l’Afrique est terre de tragédies : guerres, pandémies, famines... La situation ne cesse d’empirer, malgré les milliards de dollars et d’euros qui y sont déversés chaque année. Est-ce sans espoir ?
Bernard Lugan montre avec force que cet espoir existe, à la seule condition que les acteurs, africains comme occidentaux, s’en prennent enfin aux vraies causes, en cessant de s’abriter derrière les discours dogmatiques.
Preuves à l’appui, l’historien rétablit les vérités essentielles de la « question africaine » :
– non, l’esclavagisme occidental n’a pas vidé le continent de ses forces vives ;
– non, les puissances coloniales ne se sont pas enrichies de la sueur et du sang des colonies ;
– oui, des frontières héritées de la colonisation sont cause de massacres et il faut oser les redéfinir ;
– oui, les Etats africains, indépendants depuis une quarantaine d’années, sont largement responsables de leur situation ;
– oui, la démocratie à l’occidentale est génératrice de catastrophes car elle ne tient pas compte des réalités ethniques qui déchirent des nations artificielles;
– oui, les hommes politiques africains ont intérêt à culpabiliser leurs partenaires des pays industrialisés pour mieux percevoir les milliards de l’aide internationale ;
God Bless Africa : un réquisitoire au vitriol qui décape les idées reçues, des solutions qui laminent le « politiquement correct ». Un seul objectif : la prise de conscience, noire et blanche, pour sauver le Continent d’une mort programmée.
Il y a urgence ! »

 

***

 

L’essentiel de l’argumentation :

L’auteur développe ici les fondements de la thèse qui est à la base de sa Revue L’Afrique réelle, à savoir qu’au lieu des frontières « artificielles » héritées de la décolonisation, il existe en Afrique des frontières « réelles », ethniques, qu’il faut privilégier quel qu’en soit le prix. L’idée en soi est pour le moins sujette à caution. Et les fondements sur lesquels elle s’appuie sont pour le moins douteux !

La méthode consiste invariablement à s’appuyer sur un aspect des choses généralement admis par tous, mais monté en épingle : le fait que l’esclavage n’est pas le fait que des seuls Occidentaux, le fait que la colonisation avait aussi des "aspects positifs" (genre routes - cf. infra ; aspects devenus fameux suite à une tentative de législation à ce sujet), le fait que les frontières actuelles sont d’origine coloniale, etc. ; et à caricaturer les acquis de la recherche historique pour les disqualifier.

Les arguments se résument à une disculpation de l’Occident pour l’esclavage, la colonisation, et les théories qui en sont sorties, sauf la mise en place des frontières « artificielles ». Pour le reste l’Afrique n’a qu’à s’en prendre à elle-même, sans négliger au passage de remercier l’Europe pour les « bénéfices » coloniaux. Pour cela :

 

1) Il faut minimiser la réalité de la traite esclavagiste et de ses conséquences. (Ce que l’on retrouve chez Smith de façon plus ou moins « light ».)

Tout d’abord au niveau des chiffres. S’adossant sur le fait qu’ils ont pu être parfois exagérés, l’auteur les minimise outrancièrement, faisant une interprétation a minima des données administratives. Un peu comme si pour évaluer le nombre de viols ou d’agressions racistes au XXe siècle, on s’en tenait aux chiffres déclarés dans les commissariats.

Reste qu’on ne peut évidemment pas connaître la réalité exacte de l’importance quantitative de la traite esclavagiste, les chiffres n’étant que la base a minima. S’appuyant donc sur cela en misant sur le choix arbitraire d’une lecture très minimaliste, l’auteur conclut que la traite n’a pas eu de conséquences économiques sur le développement de l’Afrique. Il n’hésite pas à employer la comparaison de la peste noire en Europe, soutenant contre plusieurs historiens et sociologues, qu’elle n’a pas eu d’impact, voire même qu’elle a eu un impact positif sur le développement économique de l’Europe. D’autres, avec plus d’argumentation, soutiennent au contraire qu’elle a retardé le développement de plusieurs siècles (peste : XIVe siècle, début de essor industriel : fin XVIIIe). De fait le développement capitaliste européen a stagné après avoir émergé fin XIIIe siècle-début XIVe.

L’auteur accentue en faveur de sa thèse le fait avéré que la traite a aussi été pratiquée par les Arabes, et des Royaumes africains. Sur ce second fait, il s’autorise à minimiser l’importance de la « demande » occidentale. Mais s’il n’y avait pas eu de « demande », y aurait-il eu une « offre » ?

Enfin, le plus grave, l’auteur ignore totalement l’impact psychologique inquentifiable, qu’est le racisme issu de la traite, faisant des Noirs des « esclaves par nature », idée qu’il semble bien rejoindre. De là est née la théorie de la hiérarchie des races, qui a eu la faveur de tous, jusqu’aux philosophes des Lumières et aux humanistes de l’époque coloniale (cf. l'analyse de cela par Louis Sala-Molins, Le Code noir ou le calvaire de Canaan, éd. PUF).

 

2) La colonisation était globalement un progrès. (Ce que l’on retrouve chez Smith de façon plus ou moins « light ».)

Pour dire cela il s’appuie sur le fait avéré qu’elle a été promue par des humanistes philanthropes dans le cadre d’un combat anti-esclavagiste — notamment contre la traite musulmane qui se poursuivait. Il rejoint l’affirmation selon laquelle la raison principale de la fin de l’esclavage est le combat philanthropique dans la ligne de Wilberforce, plutôt qu’une cause économique ; voulant que l’esclavage n’aurait plus été rentable.

Il soutient à partir de là de façon quelque peu contradictoire, que malgré la rentabilité persistante qu’il signale concernant l’esclavage, qui devait bien valoir aussi dans les nouvelles colonies, les nations colonisatrices ont cédé par pure bonté à la pression des philanthropes et ont colonisé l’Afrique contre leur propre intérêt !

Bien que cette thèse aille contre les faits vérifiables aujourd’hui encore, notamment dans les rapports France-Afrique, il la soutient ; de même qu’il maintient pour les colonies sa révision (concernant déjà l’esclavage) postulant l’ignorance de l’impact psychologique d’une telle soumission à un projet « civilisateur », extérieur, fût-il humaniste, quand il repose sur la conviction de la supériorité raciale du colonisateur (cf. Alain Ruscio, Le Credo de l’homme blanc, éd. Complexe — que Lugan cite, mais en tirant son sens à son propre avantage).

L’auteur souligne les réalisations effectivement positives (infrastructures routières, scolaires, médicales, etc.), reconnues par les plus radicaux des anti-colonialistes, mais pour dire que la colonisation ne fut que cela, et qu’elle fut donc un poids, qu’elle coûta à l’Europe mais ne lui rapporta pas !

On se demande alors pour quelle raison les entreprises françaises continuent jusqu’à aujourd’hui à gérer l’essentiel de l’économie de pays entiers. Par exemple, en Côte d’Ivoire, Total pour le pétrole, Bouygues pour l’eau et l’électricité, Bolloré pour les transports, Orange pour les communications, la Société Générale et le Crédit Lyonnais pour la Banque, etc.

 

3) La décolonisation a été néfaste. (Ce que l’on retrouve chez Smith de façon plus ou moins « light ».)

Si la colonisation est une si bonne chose, quasiment sans inconvénients, la décolonisation est forcément néfaste !

Elle était inévitable, puisque la colonisation ne faisait que peser sur l’économie des nations qui avaient eu la bonté d’avoir des colonies ! Les nations occidentales finissent donc par se débarrasser de leur poids, pour leur plus grand bénéfice à elles, mais pour le plus grand malheur de celles qui bénéficiaient jusque là de leur bonté !

Seul inconvénient pour les ex-colonisés : les découpages laissés par les colonisateurs… À partir de là, l’auteur peut laisser libre cours au développement de sa thèse centrale : pour un redécoupage tribal et non-démocratique de l’Afrique !

C’est passer rapidement sur le fait que si la décolonisation a eu lieu, au sens où les États occidentaux ont effectivement cessé la promotion d’infrastructures modernes (ce que les États locaux ont donc pris en charge), ils n’ont pas cessé pour autant de gérer les ressources de leurs ex-colonies (cf. supra le cas de la Côte d’Ivoire, mais on pourrait multiplier les exemples à commencer par la célèbre affaire Elf au Congo-Brazzaville).

En fait la décolonisation a consisté à abandonner l’entretien et le développement des infrastructures diverses, tout en maintenant la gestion des biens et ressources, via la mise en place de dirigeants aux ordres moyennant corruption (chose connue et difficilement contestable).

Le seul inconvénient hérité de la colonisation et maintenu dans la décolonisation est selon lui le découpage des frontières : il faut donc le refaire, sur le mode « ethnique » ! À ce compte, pourquoi ne pas redécouper la France, en rendant l’Alsace à l’Allemagne, en donnant l’indépendance à la Corse, au Pays Basque, en rendant Nice à la Savoie indépendante, etc. !

Que de sang versé en perspective, en France y compris, éventuellement, car pourquoi la boucherie de 14-18 ne recommencerait-elle dans l’autre sens pour rendre l’Alsace à son appartenance ethnique naturelle ? Le redécoupage de l’Afrique pourrait donner des idées !

 

4) Caricature des travaux des chercheurs qui ne vont pas dans son sens.

Le plus typique est la caricature de Cheikh Anta Diop. Il s’appuie sur des détails de son œuvre devenus contestables au regard des travaux développés depuis les années soixante pour nier — et sur quel ton ! — ce qui demeure incontestable : par exemple que les Égyptiens des anciennes dynasties étaient noirs. Ce qui aujourd’hui n’est plus — sauf pour Lugan — ni un problème, ni un sujet de trouble. Plus personne n’affirme aujourd’hui, en constatant que les personnages des fresques égyptiennes sont noirs, qu’ils sont « rouge cuivré » ! La couleur « rouge cuivré » est évidemment celle des noirs, et cela ne gêne personne, comme les traits « négroïdes » des statues de haute époque sont un fait, dont Lugan déplore qu’il soit reconnu par l’UNESCO (comment pourrait-elle faire autrement ?).

Élément de caricature qui lui permet de nier l’essentiel : Lugan affirme que dans la ligne de Diop, on soutiendrait que les Grecs étaient noirs ! Ce qui est évidemment insoutenable et n’a jamais été soutenu par personne de sérieux. Cela dit, les philosophes grecs affirment s’être inspirés de l’Égypte. S’ils en ont donc reçu des idées, il n’y a pas lieu d’en conclure qu’ils en auraient reçu aussi la couleur de peau ! Partant de là il ridiculise les acquis concernant l’Égypte. Ce qui entraîne qu’il nie aussi, en affirmant qu’il n’en voit pas les causes, le métissage progressif vers la couleur actuelle des Égyptiens. Mais tous savent que depuis le XVIIIe siècle av. JC, d’importantes pénétrations « blanches » ont eu lieu en Égypte : les Hyksos asiates (XVIIIe), les Grecs (IIIe), les Romains, les Arabes.

 

5) Reprise des poncifs abandonnés par la recherche.

Ex. caractéristique (et tragique) : le Rwanda (voir à ce sujet Smith dans Libération en 1994, qui soutenait le soutien français aux Hutus). Rappelons que la colonisation belge avait soutenu une théorie raciale pour expliquer la distinction (non-ethnique mais sociale) entre Hutus et Tutsis, cela pour placer ces derniers au somment de leur hiérarchie d’administration. Les Tutsis étaient présentés comme supérieurs en ces termes : ils seraient en fait des Blancs (mais de peau noire - sic - !), voués donc à dominer. Ils seraient descendus de la vallée du Nil. Les Hutus seraient des Noirs locaux qui auraient été (naturellement) dominés. Tout cela est (au-delà de l’absurde) parfaitement invérifiable, mais Lugan en reprend l’essentiel, en termes à peine modernisés.

Il faut savoir que cette théorie, encore enseignée au Rwanda dans les années 1990 (je l’ai entendue professée par des jeunes Rwandais !), est à l’origine du génocide. Lors de la décolonisation, la hiérarchie entre les « deux races » a simplement été inversée, sur le modèle (explicite) de la Révolution française qui inversait la hiérarchie entre le peuple (gaulois) et la noblesse (prétendue germanique) ; ce qui au Rwanda, devant l’impasse, a débouché sur le drame que l’on sait. La distinction ethnique (ou raciale) a bel et bien été inventée sur la base de ce qui était distinctions sociales qui ont servi l’administration coloniale (cf. Dominique Franche, Rwanda, généalogie d’un génocide, éd. Mille et une nuits).

 

6) De tout cela Lugan débouche sur sa thèse centrale : en Afrique, la clé de tout est l’ethnie. Avec cet autre vieux poncif : les peuples non-Européens ne sont pas mûrs pour la démocratie. (Ce que l’on retrouve chez Smith de façon plus ou moins « light » et sans la « solution » de Lugan, liée à la nécessité d’un redécoupage.)

Lugan relit ainsi tous les événements africains, enfonçant à l’occasion des portes ouvertes sur le mode des caricatures ethnicistes qui inondent nos médias. Ainsi de sa lecture des événements ivoiriens. Ce faisant il ignore souverainement les faits, montrant que sur le sujet, au-delà de sa clé de lecture ethnique, sa seule source d’information est le discours médiatique grand public. Il ignore par exemple que certains chefs de file des « chrétiens sudistes » sont des « musulmans du Nord » ; ignorance commode pour lui comme pour nos journaux : cela évite de considérer le fond du conflit, qui n’est pas ethnique, mais bien politico-économique (la Côte d’Ivoire est dans la collimateur parce qu’elle a commencé à relever le défis de la prise au sérieux des lois du commerce international ; ce qui dérange certains intérêts).

Sa proposition ressemble comme deux frères à celle de l’Afrique du Sud de l’apartheid : l’idéologie du développement séparé, cela sur la base de l’ethnisme et de la dévalorisation des Noirs ; lesquels, contre les faits, n’auraient pas de dynanisme créateur et seraient essentiellement « récepteurs » ! De telles affirmations gratuites ne valent que sur la base du postulat permanent de Lugan qu’il étaye au prix de contrevérités historiques et d’ « omissions » comme le fait qu’à l’époque des déportations esclavagistes l’Afrique était d’un niveau économique équivalent à l’Europe et que c’est depuis qu’elle n’a cessé de décliner.

 

Contre Lugan, la solution à la misère endémique est évidemment liée à la reconnaissance du dommage subi (le parlement français a commencé à aller heureusement dans ce sens par le vote de la loi Taubira reconnaissant la traite esclavagiste comme crime contre l’humanité). Tout le monde sait que la reconnaissance du tort subi, ne serait-ce qu’à l’échelle individuelle (pour un vol, un viol, etc.) est la base incontournable vers la guérison.

Suite :
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Deux ouvrages “négrologiques” (II)

Par Delugio :: lundi 11 décembre 2006 à 20:14 :: Livres



À propos de : Stephen Smith,
Négrologie. Pourquoi l’Afrique meurt, Calmann-Lévy, 2004.

 

***

 

Ivoire forum Issue numéro: 23  du  Avril 2004

Courriers. L’Afrique menacée par les "négrologues"

« Observatoire de l'Afrique centrale (http://www.obsac.com/)
n°7 — 9-16 mars 2004

« Négrologie. Pourquoi l'Afrique meurt de Stephen Smith : une critique de Francis Laloupo, dans Le Nouvel Afrique-Asie de février 2004

Inutile de vous présenter "Mystère Smith" du journal « Le Monde » (anciennement de « Libération »). C'est le Monsieur afrique des Français, enfin de certains Français et d'une certaine françafrique, y compris de sa fraction services secrets où le personnage a ses entrées... Mais c'est moins du livre de "Mystère Smith" que de la critique qu’en fait Francis Laloupo dont il est question ici. »

 

 

Le Nouvel Afrique-Asie N° 173 - FÉVRIER 2004

(http://www.afrique-asie.com/archives/2004/173fev/173afriq.htm)
AFRIQUE

 

CHRONIQUE

L’Afrique menacée par les “négrologues”
PAR FRANCIS LALOUPO

 

« EN AFRIQUE, NEGROLOGIE (1), LIVRE DE NOTRE CONFRERE STEPHEN SMITH PUBLIE CHEZ CALMANN-LEVY, A SUSCITE, A TOUT LE MOINS, UN SENTIMENT D’INDIGNATION CHEZ NOMBRE DE LECTEURS. PARCE QU’UNE PART DU DISCOURS DEVELOPPE DANS L’OUVRAGE S’INSCRIT DANS UN CLIMAT ACTUEL QUI FAVORISE UNE BANALISATION DU PROPOS RACISTE ET LA RESURGENCE DE THESES REVISIONNISTES ET NEGATIONNISTES DONT L’AFRIQUE DEVIENT UNE CIBLE PRIVILEGIEE. ALERTE ET AVIS DE VIGILANCE.

 

Négrologie. Pourquoi l’Afrique meurt, de Stephen Smith, aurait pu être rangé dans la masse indistincte d’ouvrages publiés de nos jours et dont l’intérêt littéraire demeure souvent improbable. Pour l’éditeur, l’opération devait, dès l’origine, tenir ses promesses commerciales. La recette tenait à quelques ingrédients : un journaliste “spécialiste de l’Afrique” du grand quotidien français Le Monde, appelé à plancher sur les misères du continent – qui font recette de nos jours –, avec, de préférence, une “accroche novatrice”, quelque chose d’inédit qui frappe le sens commun, et garantisse le “succès médiatique”. L’auteur allait trouver, dans cette dernière exigence, l’occasion de coucher sur le papier quelques humeurs personnelles révélant une inspiration aux ressorts obscurs. En guise de réponses à des situations aussi diverses que complexes auxquelles se trouve confronté le continent africain, Stephen Smith s’est donc lancé dans une entreprise manifestement impossible pour lui-même. En effet, on peut lire dès les premières lignes d’introduction de l’ouvrage : “C’est seulement au cours de cette rédaction que j’ai découvert que le journalisme, même spécialisé, ne prépare guère à répondre aux questions essentielles.” Une marque de lucidité qui aurait dû dissuader l’éditeur de se lancer dans cette aventure.

 

Ainsi, l’ouvrage se présente comme une étrange navigation entre un essai géopolitique impossible, une chronique journalistique incongrue et un traité historique douteux. Le tout relié par une compilation de faits et de chiffres, destinée à servir de support à une démarche analytique désespérément inexistante. Mais au-delà de la forme, on découvrira que certaines affirmations – ou des interrogations de style – développées par l’auteur pour étayer son propos constituent en réalité la somme de ses réponses, celles qu’il a décidées, avec le “courage” dont il se réclame, de verser au compte de l’intelligence universelle. Dans l’exposé des motifs du livre et dans sa conclusion, on retient que le livre de Stephen Smith devrait faire date, car, refusant d’être “gentil” (sic), il a voulu ici se départir de toute complaisance et entreprendre une démarche critique à l’endroit des Africains, en soulignant leur part de responsabilité dans les drames qui déchirent leur continent.

 

Aurait-il échappé à Stephen Smith que l’Afrique et sa diaspora hébergent depuis plusieurs années un courant littéraire et une presse parmi les moins complaisants à l’égard des dirigeants et, plus généralement, des conditions d’existence de leurs compatriotes ? En même temps que les Africains – citoyens, journalistes, écrivains – se sont montrés singulièrement critiques à leur égard, les dirigeants africains sont devenus, par un processus d’imprégnation, ouverts à la critique la plus virulente. Ainsi, l’observation des paradoxes – et l’Afrique actuelle en abonde – nous permet de constater que c’est sur ce continent que l’on trouve aujourd’hui l’une des plus vives expressions de la critique citoyenne et intellectuelle, de même qu’une remarquable inclinaison des responsables politiques à la reconnaître et l’intégrer à leur gestion de l’espace public et des opinions.

 

L’auteur de Négrologie devrait le savoir, car, non seulement le “courage” dont il se prévaut peut s’exercer davantage en Afrique qu’ailleurs, mais il trouve dans ce continent, qui selon lui “se meurt”, de quoi renforcer sa notoriété. Non, les Africains ne découvriront pas la critique grâce à ce livre qui, de ce point de vue, ne révèle rien de bien nouveau, car des milliers d’écrits rapportent quotidiennement, en Afrique et dans le monde, des faits qui appartiennent désormais aux lieux communs de l’actualité africaine. Ce qu’il faut dire, c’est qu’alors que la critique exprimée par les Africains – avec une absence de complaisance rare – participe, nécessairement, de la reconstruction d’un destin collectif, il est à craindre que cette perméabilité de l’Afrique à la critique ne serve, par ailleurs, de fonds de commerce facile à tous ceux pour qui l’espace africain actuel ne constitue qu’une terre d’aventures, dispensatrice de jouissances diverses, tour à tour soumise aux pulsions passionnelles les plus fantasmatiques, puis aux plus ignobles marques de mépris.

 

Toujours dans l’exposé des motifs, l’auteur de Négrologie oppose à l’afro-optimisme de ceux qui ne chercheraient qu’à “positiver” les nouvelles venant d’Afrique, sa propre clairvoyance, son implacable réquisitoire. Mais la clairvoyance dont il se réclame a ceci de particulier qu’elle emprunte invariablement au registre du Jugement dernier. Partout, dans le livre, une obsession quasi névrotique de la mort, celle du continent africain. L’Afrique est, sans la moindre précaution intellectuelle, décrite comme un “Ubuland, sans frontières, terre de massacres et de famines, mouroir de tous les espoirs”. A défaut d’apporter un éclairage nouveau sur l’histoire immédiate ou ancienne du continent, Négrologie innove essentiellement par la violence et l’excès. Pas de doute, “l’Afrique agonise, quoi qu’en disent, une fois l’an, au creux de l’actualité, les optimistes forcenés des dossiers spéciaux sur ‘l’Afrique qui bouge. […]’ Et si l’auteur concède que le cadavre “bouge encore», c’est pour rétorquer aux optimistes qu’“à long terme, nous serons tous morts…

 

Pour Stephen Smith, l’histoire de l’Afrique, celle-là même qui la condamne à ce destin tragique, se base sur une période de… dix ans. La vie et la mort d’un continent seraient donc appréciées à l’aune des faits s’étendant sur cette période durant laquelle l’auteur a pu, grâce à son métier de journaliste, observer tous les drames annonciateurs de l’Apocalypse, qu’il énumère, souligne et rappelle encore : le génocide rwandais avec le bilan de huit cent mille morts, trois millions de victimes de la guerre en République démocratique du Congo, trois cent mille morts au Burundi…

 

LE PROPOS NE SACRIFIE A AUCUNE NUANCE. RIEN QUI VIENNE RAPPELER QUE TOUTE L’AFRIQUE N’EST PAS A FEU ET A SANG, ET QUE LA VIE ORDINAIRE EXISTE AUSSI, EN D’INNOMBRABLES LIEUX, SUR CE CONTINENT, ET QUE DES MILLIONS DE PERSONNES S’ATTELLENT CHAQUE JOUR A LA FAIRE TRIOMPHER.

 

Mais ce que veut dire et démontrer Stephen Smith, c’est que les tragédies qui ont cours en Afrique relèvent d’une spécificité africaine. Résumé de la “pensée” et l’“explication” de l’auteur de Négrologie : les violences dans cette Afrique qualifiée de “paradis de la cruauté” et où les Africains “se bouffent entre eux” (sic) procéderaient d’une forme de déterminisme. L’Afrique – celle du Sud du Sahara, précise-t-on, avec une obsession raciale manifeste tout au long du livre – détiendrait donc, dans l’histoire de l’humanité, le funeste monopole de la violence avec une prédisposition “naturelle” à l’exercer...

 

Stephen Smith ignore-t-il volontairement l’infinie variété de violences commises par l’Occident – pour ne citer que cet exemple – contre les siens et les autres ? Devrait-on rappeler les horreurs si récentes de la Deuxième Guerre mondiale, la morbide comptabilité des horreurs et des victimes, sans compter les traumatismes et les rancœurs qui en sont issues et perdurent ? Quelle différence entre les “horreurs” des guerres en Afrique et celles du Kosovo ou de la Tchétchénie ? Si l’on se référait, ainsi que le fait Stephen Smith, aux violences commises par les hommes pour juger de l’imminence de la mort d’un pays ou d’un continent, l’Europe aurait plusieurs fois disparu de la surface du globe. Dans la compétition de l’horreur, nul ne sort gagnant…

 

Que veut donc démontrer Stephen Smith ? Devrait-on rappeler ici que l’Afrique est une terre d’humains, et que les Africains ne sont ni pires ni meilleurs que les autres ? A moins que l’auteur de Négrologie ne soit, comme d’autres avant lui, victime d’un syndrome bien connu : une forme de racisme tendant à angéliser les Africains, à “aimer l’Afrique” à tout prix, comme un paradis perdu et, donc, disposé à toutes les désillusions. Décidément aux prises avec ses obsessions, l’auteur de Négrologie indique, au nombre des dangers qui menacent l’Afrique, la résurgence de “fléaux ataviques” (sic), parmi lesquels… la tuberculose ! Opposant une “modernité”, dont l’Occident détient le modèle, à l’obscurantisme des traditions africaines, il fustige tout au long du livre l’émergence d’une revendication identitaire – “le mythe de l’homme noir” – qu’il estime être le seul argument que les Africains opposent à leur échec… Et l’on se demande dans quel songe tourmenté Stephen Smith a vu se répandre dans le monde cette nouvelle revendication qu’il qualifie de “repli identitaire” et qu’il juge néfaste et régressif en l’assimilant à “un racisme à l’envers” (cherchez l’endroit !).

 

On atteint des sommets, lorsque l’auteur écrit : “Si l’on remplaçait la population – à peu près équivalente – du Nigéria pétrolier par celle du Japon pauvre, ou celle de la République démocratique du Congo par celle de la France, il n’y aurait plus guère de souci à se faire pour l’avenir du ‘géant de l’Afrique noire’, ni de l’ex-Zaïre. De même, si six millions d’Israéliens pouvaient, par un échange standard démographique, prendre la place des Tchadiens à peine plus nombreux, le Tibesti fleurirait et une Mésopotamie africaine naîtrait sur les terres fertiles entre le Logone et le Chari. Qu’est-ce à dire ? Que les Africains sont des incapables pauvres d’esprit, des êtres inférieurs ? Sûrement pas. Seulement, leur civilisation matérielle, leur organisation sociale et leur culture politique constituent des freins au développement…Stephen Smith se “lâche”. Expression délibérée d’un racisme ordinaire, “réhabilité”, rendu au domaine du politiquement correct ? A défaut d’une analyse sérieuse – replacée dans une rigoureuse historicité – des situations actuelles en Afrique, l’auteur de Négrologie a choisi d’user des poncifs les plus primaires pour dire “sa” vérité. Et, à le lire, les difficultés et drames auxquels l’Afrique fait face aujourd’hui s’expliquent par la nature, les Noirs étant ontologiquement prédisposés à l’échec, comme d’ailleurs, à la violence. Les négrologues sortent du bois…

 

Si la critique la plus utile aujourd’hui consiste à ne pas exonérer les Africains de leurs responsabilités, il est par ailleurs suspect de voir comment le propos de Négrologie évacue ou minore toutes les causes extérieures – pourtant majeures et déterminantes – du mal africain. Insidieusement, puis grossièrement, l’interprétation personnelle de l’histoire se transforme en une série de contre-vérités pour aboutir au pur révisionnisme, voire au plus scandaleux négationnisme. Le colonialisme ? Stephen Smith reprend à son compte, notamment, une citation d’Anatole France datant de 1906 et rendant hommage aux administrateurs coloniaux “qui, sous un climat perfide, se sont gardés de la mélancolie, de la fureur, des perversions mentales, des terreurs et des hallucinations homicides, ont su rester justes et modérés”. Selon Smith, “cet hommage a le mérite de mettre en relief la folie propre à un continent…” A coups de manipulations de citations d’auteurs détournés de leur contexte, il extirpe d’un livre du Centrafricain Jean-Paul Ngoupandé cette phrase: “Cette école coloniale ne valait-elle pas mille fois mieux que l’analphabétisme et l’ignorance dans lesquels nous étions plongés depuis des siècles dans certaines parties reculées du continent ?

 

Conclusion de l’auteur de Négrologie : “La soumission de si vastes étendues outre-mer n’a été possible qu’en raison de l’important écart de civilisation entre colonisateurs et colonisés. Ceux-ci ne sont pas en retard parce qu’ils sont passés sous le joug colonial, mais l’inverse : ils ont été conquis aisément parce qu’ils étaient sous-développés…

 

On pourrait donc en dire autant de tous les peuples dans le monde qui, à travers l’histoire, furent vaincus par des expéditions coloniales dévastatrices… La colonisation, cette violence systémique fondée sur la négation absolue de la liberté et de la détermination d’autrui, et qui constitue une des formes lourdes de la violence humaine – à l’instar de la guerre – se trouve, sous la plume de Stephen Smith, enfin justifiée et réhabilitée dans son droit et sa raison. Par ailleurs, Stephen Smith fait étrangement l’impasse sur le mensonge des indépendances et la structuration du système néo-colonial en Afrique francophone, avec ses implications dans le quotidien africain… Simplisme coupable, ignorance haineuse, ou vulgaire ignominie ? Voire. Révisionnisme, certainement.

 

Négationnisme aussi, lorsque l’auteur revisite les lieux de la traite négrière. Classique de la pensée négationniste, Stephen Smith met en doute les chiffres d’esclaves noirs victimes de cette entreprise : “La ponction démographique que les traites négrières ont représentée pour l’Afrique est disputée…” La traite négrière se résume, sous sa plume, au fait que “ce sont les Africains qui ont vendu d’autres Africains”. La maison des esclaves située sur l’Ile de Gorée, au Sénégal, est qualifiée d’“imposture” et de “falsification au profit d’une rente de situation”…

 

Autrement dit, la colonisation, la traite négrière ne sont, au regard de la situation actuelle de l’Afrique, qu’un “détail” de l’histoire, terme employé en France par Jean-Marie Le Pen, le leader du Front national (extrême droite), pour qualifier les chambres à gaz où furent exterminés des millions de Juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Au terme de la lecture de ce livre, on pourrait conclure au drame de l’inculture, à l’imposture intellectuelle, à l’ineptie ou à une régression de la pensée. Mais, l’obsession raciale et raciste – que ne renierait pas, par endroits, le comte de Gobineau, auteur, en 1853, d’un Essai sur l’inégalité des races humaines – qui traverse tout le livre, et à laquelle s’ajoute une révision tendancieuse de l’histoire, semble relever d’une entreprise orientée. Et il n’échappera à personne que nombre de propos inscrits dans cet ouvrage édité en France tombent, normalement, sous le coup de la loi. On peut alors légitimement se demander si la communauté noire est aujourd’hui la seule à l’encontre de laquelle on peut exprimer les pires provocations et abjections en étant assuré de l’impunité ? Autre interrogation : à quelle “pensée”, montante ou rampante, ce livre est-il destiné ?

 

Car il est vrai que l’on sent se développer ici et là un courant négationniste, dont le but est d’absoudre les nations puissantes de certaines de leurs responsabilités dans l’histoire passée et, partant, au regard de l’état actuel du monde. L’Afrique, continent vaincu, en phase de pénible reconstruction, pauvre et démunie quant à sa capacité de “riposte médiatique”, serait alors une cible idéale pour une opération universelle de révision et de “blanchiment” de l’histoire. La conférence sur la traite négrière à Durban en 2000 illustrait bien ce refus des puissances occidentales de “reconnaître” cette massive agression perpétrée contre un continent et qui non seulement relevait du crime contre l’humanité, mais fut conçue et mise en œuvre sur des fondements idéologiques. Justifiée par le postulat de la “race (noire) inférieure”, la traite négrière fut conçue comme l’un des vecteurs participant de l’épanouissement du capitalisme…

 

Le livre Négrologie aurait pu être inutile. Il est dangereux, notamment dans une France où on assiste en certains lieux, à une réécriture insidieuse de l’histoire. En guise d’exemple, le manuel d’histoire actuellement à l’usage des élèves de classe de Première, dans les lycées français. Un manuel édité en 2003, dirigé par Guillaume Bourel et Marielle Chevalier. En page 60, en introduction au chapitre consacré à la colonisation, ce titre : “Pourquoi coloniser ?” Jules Ferry, père de l’école française et présenté comme l’un des maîtres à penser de la colonisation, est mis à contribution avec un texte intitulé “Jules Ferry justifie la colonisation”. Morceaux choisis : “Ce qui manque de plus en plus à notre grande industrie, ce sont les débouchés. […] Or ce programme est intimement lié à la politique coloniale. […] Il y a un point que je dois aborder, c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question. Les races supérieures ont le devoir de civiliser les races inférieures. Je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur…” Page suivante, un texte daté de 1877, livré ici sans le moindre commentaire ou renvoi à un contexte déterminé, et ayant pour titre “une certaine vision des ‘races’ humaines”. Extrait : “C’est en vain que certains philanthropes ont essayé de prouver que l’espèce nègre est aussi intelligente que l’espèce blanche. Quelques rares exemples ne suffisent point pour prouver l’existence chez eux de grandes facultés intellectuelles. Un fait incontestable qui domine tous les autres, c’est qu’ils ont le cerveau plus rétréci, plus léger et moins volumineux que celui de l’espèce blanche, et comme, dans toute série animale, l’intelligence est en raison directe des dimensions du cerveau, du nombre et de la profondeur des circonvolutions, ce fait suffit pour prouver la supériorité de l’espèce blanche sur l’espèce noire…” Le reste à l’avenant, pour “éclairer” les élèves de France. Il y a vingt-cinq ans, ces écrits étaient archivés dans un excellent Dictionnaire de la bêtise. Aujourd’hui, en 2003, ils servent en France de support à une lecture “orientée” de l’histoire et du monde. Banalisation insidieuse des pans tragiques et des horreurs de l’histoire, promotion des tentations révisionnistes et des provocations irresponsables. Prenons garde aux conséquences toujours imprévisibles de ces aventures de l’esprit.

 

(1) Contrairement à ce qu’affirme Stephen Smith, le terme Négrologie, ne provient pas de son invention personnelle. S’il l’assimile volontiers à une provocation “personnelle”, le mot “négrologue” fut employé il y a plusieurs années par l’écrivain Stanislas Spero Adotevi dans son livre Négritude et Négrologues, dans lequel le terme est mis au service d’un travail d’une toute autre envergure. »


FRANCIS LALOUPO
le nouvel afrique-asie

 

 

***

 

Autres analyses critiques :

«  Les recherches portant sur les groupes inégalitaires montrent comment les sujets provenant des groupes dominants sont portés à imputer la responsabilité de l'inégalité aux individus provenant des groupes dominés, arguant de lacunes et défauts attachés à leurs personnes, plutôt qu'en incriminant le système social (et historique) porteur de ces inégalités. Une stratégie de naturalisation permet de déculpabiliser le dominant, tout en assurant la pérennité de son statut privilégié.  »
Geneviève Vinsonneau,
Inégalités sociales et procédés identitaires, A. Colin, 1999.

 

Négrologie, livre « racialiste ». Explications : Alors que le raciste prétend que les différences observables entre groupes humains sont le fait de leurs races (ce qui a été largement infirmé par la biologie), le racialiste pense que "c'est notre culture ou notre civilisation qui s'est affirmée comme supérieure, et non plus «la race». Mais en profondeur, la conviction reste intacte que, pour avoir façonné cette culture jugée supérieure, il fallait que Nous soyons une race supérieure, une sorte d'humains plus doués pour la rationalité, la science, la connaissance, la création." (D. Blondin) Racistes et racialistes n'essaieront pas de s'interroger sur les causes de l'inégalité aujourd'hui flagrante entre les pays occidentaux et les pays africains, chacun se contentant d'en attribuer la responsabilité à la « nature » des africains (naturalisation du social).

 

Le livre de Stephen Smith nous montre, encore une fois, que seul le vocabulaire pour exprimer cette prétendue infériorité naturelle de « l'Autre », du « nègre » a changé.

 

Dire des Africains que leur flegme atavique et leur culture les prédisposent à la pauvreté et à la dictature, c'est nier les luttes et les combats d'hier et d'aujourd'hui entrepris par la plupart d'entre eux pour conjurer l'Histoire (esclavagisme, colonialisme) et combattre les régimes tyranniques que nous soutenons militairement (Accords de "coopération militaire" notamment). C'est un révisionnisme que semble valider certaines lectures orientées de l'Histoire…

 

Certains hommes politiques français, journalistes ou « intellectuels » besogneux osent encore dire que "les droits de l'homme ne sont pas applicables en Afrique ", que "l'Afrique n'est pas prête pour la démocratie". Ces derniers accueillent cependant à bras ouverts ces dictateurs qui enferment et tortures... Faut-il rappeler qu'aucun dictateur n'est fréquentable, qu'aucun d'entre eux ne devrait se prévaloir du titre "d'ami de la France".

 

Dire des Africains qu'ils ne sont pas prêts pour la démocratie, c'est tuer une seconde fois tous ceux qui sont morts pour elle, c'est désavouer le combat de tous les journalistes et opposants enfermés, en exil, torturés, mais c'est aussi exprimer clairement et définitivement son mépris pour les Africains. Ce que fait brillamment Stephen Smith…

Bruno Gouteux (http://bruno.gouteux.free.fr/textes/negrologues.htm) »


 

 *

Négrophobie, de Boubacar Boris Diop, Odile Tobner, François-Xavier Verschave, éd. Les Arènes, 2005, 200 pages, Prix : 19,80 €

Présentation sur le site de l’éditeur — Les Arènes

http://www.arenes.fr/livres/fiche-livre.php?numero_livre=116 :


«Négrophobie
Boubacar Boris Diop, Odile Tobner, François-Xavier Verschave

Réponse aux "Négrologues", journalistes françafricains et autres falsificateurs de l’information.

Dès lors qu’il s’agit d’un pays d’Afrique «noire», la République a pris l’habitude de s’octroyer tous les droits. Et d’abord celui de mentir. L’information est devenue une arme. De RFI au Monde, son traitement est surveillé, filtré, parfois même organisé.

L’un de ces «ingénieurs de l’âme» s’appelle Stephen Smith, maître des faux scoops qui arrangent Paris. Responsable de la rubrique Afrique au Monde après avoir tenu celle de Libération, il est aussi l’auteur d’un best-seller inquiétant, Négrologie, qui ressuscite les pires clichés coloniaux.

Trois auteurs de référence ont mêlé leurs plumes pour décortiquer le discours pervers de Négrologie, qui joue avec le feu du racisme pour mieux masquer la face honteuse de la République. Ils mettent à nu, preuves à l’appui, dix ans de désinformation, à Libération et au Monde.


*


Ouvrage indispensable pour comprendre et l’Afrique et la dérive raciste banalisée des faiseurs d’opinion français. Ci-dessous les deux premières pages :

«Avertissement de l’éditeur

Imaginons un instant qu’un journaliste décide d’écrire un essai délicatement intitulé Bougnoulogie qui comporte - entre autres - ces lignes: « Le monde arabe est un paradis naturel de la cruauté . Des Arabes se massacrent en masse, voire - qu’on nous pardonne! - se "bouffent" entre eux . Ils sont habités par un refus d’entrer dans la modernité autrement qu’en passagers clandestins ou en consommateurs vivant aux crochets du reste du monde. Si 6 millions d’Allemands pouvaient, par un échange standard démographique, prendre la place des Marocains, le désert fleurirait. »

Peut-on concevoir qu’il se trouve en France un éditeur réputé pour décider de publier un tel ouvrage, qui reléguerait aussitôt les pamphlets antimusulmans d’Oriana Fallaci au rang de bluettes? Que cet essai soit salué par la critique? Que des hommes politiques de premier plan tressent des couronnes à son auteur? Qu’il obtienne un prix littéraire décerné par un média de service public? Peut-on imaginer que se propagent sans réactions de telles énormités où le mépris le dispute aux descriptions apocalyptiques, ravalant «les Arabes» au niveau d’une sous-humanité?

C’est pourtant ce qui est arrivé en France.

L’auteur du livre, Stephen Smith, est alors rédacteur en chef au Monde, après avoir passé dix ans à Libération. L’éditeur est l’une des plus vieilles et prestigieuses maisons d’édition françaises, Calmann-Lévy, à l’histoire douloureuse (elle a été «aryanisée» pendant la guerre). Le président du jury du prix Essai France Télévisions, Bernard Pivot, est une figure respectée et populaire entre toutes, qui n’a jamais commis d’impair en quarante ans de critique littéraire.

Il n’est, bien sûr, pas question des «Arabes», dans le livre de Stephen Smith, mais d’une autre boîte à fantasmes: les «Africains» (1). Et là, tout change. En France, dès qu’il s’agit d’Afrique «noire», ce qui paraît inimaginable devient aussitôt acceptable. Pourquoi? C’est tout l’enjeu de ce livre.

Pourquoi des dizaines de milliers de lecteurs français (avec un jury littéraire prestigieux en guise de cerise sur le gâteau) acceptent-ils sans broncher d’avaler un discours racialiste, des simplifications ridicules (600 millions d’hommes traités comme un seul) et l’agitation du spectre du «Noir», où l’indigène prend bien évidemment les traits d’une brute sanguinaire et anthropophage, tandis que la femme fait une apparition sous les traits d’une dactylo paresseuse? Pourquoi tout ce que notre pays compte de vigies antiracistes et d’associations des droits de l’Homme sont-elles restées muettes face à des pages qui auraient pu paraître telles quelles dans La Revue coloniale en 1883 et être saluées par le Congo de Léopold II (2) ? Quelle nostalgie d’empire nous habite donc dès lors qu’il s’agit de l’Afrique?

À ces questions, les initiés de la Françafrique sont tentés d’en ajouter une autre: à quoi sert ce livre?

Car l’auteur de Négrologie, Stephen Smith, n’est pas n’importe quel journaliste. Depuis le génocide des Tutsi au Rwanda, le rédacteur en chef des pages Afrique du Monde n’a eu de cesse de jeter un rideau de fumée sur la culpabilité française dans ce (etc. La suite dans Négrophobie p. 3 sq.)»

«1. Les citations exactes de Négrologie sont donc: «L’Afrique est un paradis naturel de la cruauté . Des Africains se massacrent en masse, voire - qu’on nous pardonne! - se "bouffent" entre eux . (Ils sont habités par un refus) refus d’entrer dans la modernité autrement qu’en passager(s) clandestin(s) ou en consommateur(s) vivant aux crochets du reste du monde. Si 6 millions d’Israéliens pouvaient, par un échange standard démographique, prendre la place des Tchadiens, à peine plus nombreux, le Tibesti fleurirait. »
2. En 2005, la secrétaire du prix Essai France Télévisions a admis avoir fait pression sur le jury pour qu’il évite de couronner l’ouvrage de Serge Bilé Noirs dans les camps nazis (Le Serpent à Plumes), après avoir été alertée par des historiens des lacunes de l’ouvrage. L’absence de réactions à propos de Négrologie apparaît d’autant plus cruelle.»


Date de publication : juin 2005
200 pages
Prix : 19,80 €
Disponible»




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«Crise ivoirienne. Ma part de vérité»: le livre du leader des jeunes patriotes est paru

Par Delugio :: mardi 08 août 2006 à 10:54 :: Livres




 

blé Goudé

Le livre de Blé Goudé, leader des jeunes patriotes ivoiriens dénigré par le gotha françafricain, paraît enfin : Charles Blé Goudé, Crise ivoirienne. Ma part de vérité, Frat-mat éditions.

On sait qui est Charles Blé Goudé, président du Cojep (Congrès panafricain des jeunes patriotes), à la tête de la défense des institutions ivoiriennes.

Son livre est préfacé par Aminata Traoré, écrivaine, ex-ministre de la culture du Mali, et par Mamadou Koulibaly, ex-ministre ivoirien de l’économie, président de l’Assemblée nationale ivoirienne.

Les propagateurs et autres auteurs d’âneries et imbécillités diverses à l’encontre des patriotes ivoiriens vont déchanter. J’en cite un — exemplaire par sa concision, par sa façon de ramasser en quelques mots toute la malveillance étalée au fil de nos médias — citation trouvée sur son blog
«Ici Palabre», 25/01/2005. L’auteur s’autorise, pour étaler un bref tissu de stupidités haineuses (citées plus bas), de ce qu’il a rencontré Ahmadou Kourouma !

Et tout imbu de ses certitudes anti-patriotes, ramassis des plus indécents lieux communs de la propagande françafricaine, le blogueur, prenant en otage l’écrivain décédé, qui doit se retourner dans sa tombe, l’oppose par avance (ce qu’il ne pouvait pas prévoir), de façon insultante, à Aminata Traoré, l’ex-ministre de la culture malienne, qui préface le livre de Blé Goudé.

S’agissant pour le leader patriote du soutien d’Aminata Traoré, incontournable au point que même Libération a dû lui emprunter récemment un de ses textes (concernant le musée du Quai Branly), elle dont nul ne peut douter de la culture, et malienne de surcroît (censée selon la propagande de la presse française, être victime de la «xénophobie» de Blé Goudé !), nos incultes divulgateurs de bourdes par lesquelles ils présentent les patriotes comme étant eux, incultes, ont de quoi pâlir !

Ainsi, quand notre blogueur, bien imbibé de propagande malveillante (à l’appui de cette sempiternelle photo «xénophobe et après ?» dont il n’a pas compris qu’il ne s'agit pas d'une revendication, mais d'une façon de lui renvoyer à sa figure à lui, lent à comprendre, ses certitudes imbéciles) ; quand notre blogueur affirme que les patriotes ne savent pas lire ! Aminata
Traoré
n’est pas d’accord avec lui !…

Il vaut la peine de citer ledit blogueur lâchant du haut des certitudes de ses poncifs en forme de vulgate françafricaine, son bref tissu de contrevérités et de stupidités :


http:// jeanmichelneher.blog.lemonde.fr/jeanmichelneher/2005/01/ahmadou_k_ne_sa.html:

« Dommage vraiment que les jeunes fascistes de Blé Goudé, petite minorité de mercenaires à la solde d'une cause pourrie et servant à merveille les intérêts du nouveau despote, ceux qui incinèrent la Côte d'Ivoire sans l'avoir tué (sic) et trahissent les rêves de prospérité de tout un peuple, ceux qui pillent, violent et font n'importe quoi pourvu que çà (re-sic) rapporte, ... dommage vraiment que ces gens-là ne sachent pas lire ! »

Sans commentaire !



Le Matin d'Abidjan
présente le livre de Blé Goudé :

«Regard sur la crise ivoirienne - Le livre-vérités de Blé Goudé est là !»

Par Yves De Sery, 08.08.2006 — http://news.abidjan.net/article/?n=205838 (extraits) :


«Le Président de l'Alliance inaugure une nouvelle phase de son combat avec la publication d'un livre sur la crise politico-militaire que vit la Côte d'Ivoire depuis quatre ans. En exclusivité, " Le Matin d'Abidjan " vous présente brièvement la production du leader de la galaxie patriotique.

Annoncé depuis quelques semaines, le livre écrit par Charles Blé Goudé sur la crise ivoirienne, sorti chez " Frat-mat éditions ", est disponible depuis hier. Préfacé doublement par Mme Aminata Traoré, essayiste malienne et le Pr. Mamadou Koulibaly, l'œuvre, d'un volume de 194 pages, se veut le regard du président de l'Alliance sur la crise que vit la Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre 2002. Elle est, selon les mots du président du Parlement ivoirien, "une réponse à un ensemble de questions : Pourquoi les militants de la Fesci ont-ils eu des destins si contrastés ? Qu'est ce qui explique que lui, Blé Goudé soit devenu un défenseur de la République et de ses institutions, alors que Soro Guillaume n'est rien d'autre qu'une marionnette aux mains de Dominique De Villepin et de la Françafrique ? Comment expliquer que Blé Goudé soit devenu un combattant aux mains nues alors que Soro Guillaume n'est rien d'autre que le tueur en chef des bandes de rebelles ivoiriens ? Comment expliquer que Soro Guillaume ait si bonne presse en France alors que Blé Goudé est présenté comme un dangereux individu anti-européen ? Mais bien plus, "Ma part de vérité" retrace tout le combat politique de celui que ses camarades des "parlements" et "agoras" nomment fièrement le "ministre de la rue". Le tout illustré par des photos inédites pour la plupart. De la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (Fesci) à l'Alliance de la jeunesse pour le sursaut national, en passant par le Cojep, Charles Blé Goudé explique sa quête permanente de la Liberté et de la Démocratie. Il promène le lecteur, dans un style simple et captivant, des places poussiéreuses de Niagbragahio (Guibéroua, centre ouest de la Côte d'Ivoire), aux salons douillets des personnalités politiques ivoiriennes avec lesquelles il échange très souvent sur "l'avenir du pays" en passant bien entendu par la rue, ce lieu d’expression de la démocratie, où il se sent le mieux. Les séjours multiples en prison de l'homme sous le régime Bédié achèvent de montrer sa dimension de combattant aguerri aux souffrances et aux privations, qui forgent toujours les grands leaders. D'ailleurs, la photo qui illustre le livre est celle où il est enchaîné sur un lit d'hôpital. Tout un programme !

{…} "Nous n'avons pas l'intention de nous laisser faire. Cette guerre peut durer 6,8,10, ans, nous tiendrons bon. Nous n'avons pas le choix car il s'agit de notre souveraineté, de notre dignité, de notre survie. Nos ennemis veulent se mêler de tout, choisir à notre place ceux qui doivent diriger le pays. Quand, dans un combat, on arrive à ce stade, on n'a plus le choix. On peut se reposer un ou deux mois parce qu'on est essoufflé, mais on trouve toujours la force de reprendre le combat. Lorsque la France voit des jeunes gens couper des barbelés avec leurs dents, creuser dans le mur avec leurs mains, elle doit revoir sa position" (P158). Puis Charles de résumer son engagement contre le pouvoir français en ces termes : "Une bonne partie de l'opinion (l'opinion française en particulier et européenne en général) pense que je suis anti-français (…) mais je suis au regret de leur dire que je ne suis ni anti-français, ni anti-américain, ni anti-sénégalais, ni anti-gabonais (…) Je m'insurge en réalité contre tout pays qui pense pouvoir disposer d'un autre. J'estime en effet, tout simplement, une telle volonté de domination, inadmissible. Je trouve par conséquent inadmissible qu'à l'Onu, la France puisse avoir l'initiative exclusive des résolutions au sujet de la Côte d'Ivoire" (PP 141-142).

{…} "Ma part de vérité" se veut également une foi en l'avenir de l'Afrique : "Il est temps que ce continent vaste et riche retrouve la place qui est la sienne dans le concert des nations. Certains de nos dirigeants s'y attèlent déjà" (PP 153-154). Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'avec cette œuvre, Blé Goudé prend à contre-pied ceux qui ont toujours douté de ses capacités intellectuelles, le réduisant à un "désœuvré belliqueux". Aussi, il porte la lutte à une autre dimension en se donnant la possibilité d'atteindre un public plus large, dans le monde entier et surtout en France où l'opinion ne sait pas toujours ce que fait son armée en Côte d'Ivoire. {…}»

L’article de Y. De Séry en entier dans Le Matin d'Abidjan : http://news.abidjan.net/article/?n=205838.




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