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«Une vingtaine» !

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« Le ministère français de la Défense a estimé mardi 30 novembre 2004 à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française » !

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Événements en Côte d'Ivoire. Essais de mise en perspective...

Delugio


Essais de lecture suivie sur : unevingtaine.
hautetfort.com


Une autre histoire de la "crise ivoirienne" et autres considérations sur : unevingtaine.wordpress.com

Voir aussi : delugio.
blogs.nouvelobs.com


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« Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur »


« Le mensonge se lève
très tôt mais la vérité
finit par le rattraper »


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À méditer — lu chez Harris Memel-Fotê :

Par Delugio :: mardi 20 mai 2008 à 17:01 :: Livres




Au temps de la conquête coloniale, le système terminologique privilégiant l’euphémisme — « serviteur », voire « non-libre » pour désigner l’esclave intra-africain —
« est
idéologique : par son caractère arbitraire, par sa signification politique et non théorique, par sa fonction de masque.
À la racine d'une telle opération, se trouvait une double contradiction historique : la première contradiction oppose l'impératif moral de l'émancipation des esclaves, proclamé en France par la Révolution de 1848, à l'impératif économique de la colonisation, l'humanisme à l'impérialisme ; la seconde contradiction oppose l'impérialisme colonial à la lutte des classes qui sévit à l'intérieur des sociétés africaines en résistance. Pour établir et consolider le régime colonial, l'État impérial avait besoin, contre les peuples, d'une alliance avec les chefs de la résistance anticoloniale — comme Lat Dior du Sénégal —, chefs patriotes à coup sûr, mais chefs propriétaires d'esclaves aussi, hostiles dans le principe comme dans le fait à toute politique d'émancipation des esclaves. Or, dans la stratégie de l'alliance, l'artifice de langage pouvait avoir trois effets. D'abord, aux maîtres, il a confirmé le droit de propriété sur les esclaves et apporté un nouveau gage juridico-politique. Outre que ce parti pris constituait le premier complot des nouveaux et des anciens maîtres réunis contre les esclaves, les euphémismes et la négation verbale de l'état d'esclave pouvaient ensuite donner aux esclaves une illusion d'émancipation. Enfin, face à l'opinion internationale, cette diversion politique camouflait un déni de justice […].
Quand, pour finir, on passe aux sociétés post-coloniales contemporaines, on s'avise que cette vision idéaliste de l'esclavage interne aux sociétés sans État trouve aussi une justification dans les idéologies de la spécificité socio-culturelle ou idéologies communautaires que les intellectuels produisent pour rallier toutes les classes aux fronts de lutte anticolonialiste. »

Harris Memel-Fotê, L’esclavage dans les sociétés lignagères de la forêt ivoirienne (XVIIe-XXe siècle), CERAP/IRD, 2007, p. 37.




«Une France digne de son idéal et de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique»

Par Delugio :: lundi 25 juin 2007 à 15:44 :: Livres




Eva Joly, La force qui nous manque, éd. Les Arènes, 2007.

 

Extraits du chapitre « Justice pour l’Afrique ! », p. 137-150 :

 Eva Joly  

« […]

 

Lorsque je voyage en Afrique, je n'entends que ressentiment et plainte vis-à-vis de la France. Où que j'aille je bute sur l'histoire coloniale. Elle est partout dans le paysage africain. Il me faut la relire, ou plutôt la lire et la comprendre, car l'information est impressionniste, voilée, comme escamotée. […]

 

Lorsque j'ai pris en charge l'instruction de l'affaire Elf, j'avais en face de moi les puissants du pétrole français, je n'aimais pas leur arrogance, la façon qu'ils avaient de se servir dans les caisses, mais lorsqu'ils invoquaient les intérêts supérieurs du pays, j'étais prête à les croire. Je sortais de plusieurs années en détachement au ministère des Finances, entourée de hauts fonctionnaires intègres, d'une compétence absolue. J'avais confiance dans les institutions de mon pays d'adoption. Je n'imaginais pas que la finalité des dirigeants des sociétés nationales du pétrole fût autre chose que le bien commun. Je traquais les dérives et non le système lui-même.

 

Pourtant au fil de mon enquête, j'ai découvert un monde souterrain. Magistrate, limitée par le cadre de ma saisine et des compétences nationales, je devais m’arrêter sur le seuil de certaines portes, qui menaient vers l'étranger. Je découvrais des chemins qu'il aurait été passionnant de remonter, des connexions qui m’ahurissaient. Avec des chiffres, des comptes, nous avions sous nos yeux le déchiffrage d'un vaste réseau de corruption institutionnalisé, dont les fils étaient reliés en direct à l'Elysée.

 

Ce n'était pas mon rôle d'en tirer les conclusions politiques, mais j'en ai gardé l'empreinte. Nous avions dessiné alors un vaste schéma, que j'ai toujours avec moi. il fait huit mètres une fois déplié. Il serpente depuis le bureau d'un directeur des hydrocarbures d'Elf, jusqu'à des comptes obscurs alimentés par le Gabon, aux mains d'Omar Bongo: quarante ans de pouvoir et une difficulté récurrente à distinguer sa tirelire et sa famille d'une part, le budget de l'Etat et le gouvernement d'autre part. J'emporte souvent ce schéma avec moi, au fil des rendez-vous. Je l'étale sur les tables, un peu comme un capitaine au combat sort ses vieilles cartes. Les positions ont sans doute varié, les techniques de camouflage se sont sophistiquées, mais le système est là : les tyrans sont des amis, que la France a placés au pouvoir et dont elle protège la fortune et l'influence par de vastes réseaux de corruption; en échange ils veillent sur les intérêts et les ressources des entreprises françaises venues creuser le sol. Tout ce beau monde a intérêt à ce que rien, jamais, ne stimule ni les institutions ni l'économie des pays.

 

Et si je m'arrête un instant au Gabon, qu'est-ce que j'y vois ? Un pays riche qui exporte plus de treize milliards de dollars de pétrole brut par an et affiche un PIB par habitant largement au-dessus de la moyenne africaine (6397 $)? Ou un pays pauvre où l'espérance de vie est estimée à 55 ans pour les femmes et 53 pour les hommes, ce qui leur laisse un an de moins que les Malgaches nés sur un sol sans pétrole? Le taux de mortalité infantile est au Gabon particulièrement élevé, le taux de vaccination contre la rougeole est de 40 % contre une moyenne de 79 % dans les pays en développement. Voilà où en est le Gabon, chasse gardée de la France, fournisseur des trésors du pétrole et de l'uranium, fief de Total-Elf la première capitalisation boursière française.

 

Si les habitants de Libreville n'ont pas bénéficié de la richesse de leur pays, c'est parce que la France s'est accaparé ses ressources minières, avec la complicité d'un président, enrôlé dès son service militaire par l'armée française et ses services secrets, placé à la tête du pays à 32 ans par Paris. Il était alors le plus jeune chef d'Etat du monde. La France contrôle son armée, ses élections et protège sa fortune. En retour, Omar Bongo fait table ouverte plusieurs fois par an, avenue Foch ou à l'hôtel Crillon, où il reçoit les hommes politiques, les publicitaires et les journalistes français qui comptent.

 

Chacun se presse à ces audiences. Dans les années 1990, un homme politique français de premier plan, alors en fonction, bénéficiait en parallèle d'un contrat de «consultant» signé par Omar Bongo et largement rémunéré. De Roland Dumas, le président gabonais dit qu'il est «son ami intime ». Prévoyant, il apprécie aussi Nicolas Sarkozy, venu «prendre conseil» en tant que candidat à l'élection présidentielle. Lorsque au cours de l'instruction, nous avons perquisitionné au siège de la Fiba, la banque franco-gabonaise, nous avons consulté le listing des clients, qui paraissait tenu à la plume sergent-major. C'était une sorte de Who's Who de la France en Afrique, qui en disait long sur l'envers de la République et des médias.

 

A ceux qui croient encore à l'aide désintéressée de la France en Afrique, il suffit de consulter les chiffres du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement). La corrélation est régulière entre le montant de l'aide française et la richesse en matières premières. En clair, celui qui n'a rien dans son sous-sol ne doit pas attendre grand-chose de Paris... Il n'est pas étonnant de retrouver le Gabon comme l'un des premiers bénéficiaires de l'aide publique française au développement. Le résultat est affligeant en termes de système de santé et d'éducation. L'argent s'est perdu en route. Il est justement fait pour cela.

 

Il ne s'agit pas d'une dérive mais d'une organisation cohérente et raisonnée. Dans chaque audition durant notre instruction, nous entendions parler de pressions physiques, d'espionnage permanent et de barbouzes. Les perquisitions dans la tour Elf à la Défense livraient une moisson de documents révélant la confusion des genres, nous les transmettions au parquet de Nanterre, qui se gardait bien d'ouvrir des enquêtes. Car Elf hier, Total aujourd'hui, est un Etat dans l'Etat, conçu par Pierre Guillaumat un ancien ministre de la Défense, patron des services secrets et responsable du programme nucléaire français afin de servir les intérêts géopolitiques de Paris.

 

[…]

 

[…] La France se sert d'Elf-Total pour affirmer sa puissance. La compagnie intervient dans le golfe de Guinée, au Nigeria, au Congo-Brazzaville, en Angola... Tous ces pays ont connu la guerre civile et la dictature, derrière laquelle la main française s'est fait sentir. Le chaos, lorsqu'il se produit, ne trouble pas le système. Il n'est qu’à voir l'Angola, en guerre pendant des dizaines d'années, mais dont aucune goutte de pétrole, jamais, n'a raté sa destination. Pendant la guerre, les affaires continuaient... Les banques françaises, BNP- Paribas en tête, ont même profité de l'occasion pour élaborer des montages financiers destinés aux pays en guerre, à des taux affolants, tout en sachant qu'elles ne prenaient pas le moindre risque. L'argent, là aussi, n'a pas été perdu pour tout le monde. C'est un miroir dans lequel il ne faut pas trop souvent regarder les élites françaises.

 

 

Depuis que j'ai ouvert le dossier Elf, dans mon bureau de la galerie financière, j'ai voyagé physiquement et intellectuellement bien loin de la Seine et de ses quais gris et bleus... J'ai appris en marchant. A l'arrivée, le tableau est effrayant.

 

[…]

 

La République française […] a mis en place en Afrique un système loin de ses valeurs et de l'image qu'elle aime renvoyer au monde. Comment des institutions solides et démocratiques, des esprits brillants et éclairés, ont-ils pu tisser des réseaux violant systématiquement la loi, la justice et la démocratie? Pourquoi des journalistes réputés, de tout bord, ont-ils toléré ce qu'ils ont vu? Pourquoi des partis politiques et des ONG, par ailleurs prompts à s'enflammer, n'ont-ils rien voulu voir?

 

Je ne condamne pas. J'ai partagé cet aveuglement. J'étais comme eux, avant de glisser l'œil dans le trou de la serrure et de prendre la mesure de ce secret de famille: la France reste un empire et ne se remet pas de sa puissance perdue. L'indépendance politique a été largement une mascarade en Afrique de l'Ouest. L'Occident a fermé les yeux, car la France se prévalait d'être le «gendarme» qui défendait la moitié du continent contre le communisme. Les Français ont laissé faire, car, astucieusement, de Gaulle et ses successeurs ont présenté leur action comme un rempart contre l'hydre américaine. Elf était l'une des pièces maîtresses de cette partie géopolitique. Le double jeu a été facilité par la certitude, ancrée dans les mentalités, que «là-bas, c'est différent». Là-bas, c'est normal la corruption, le népotisme, la guerre, la violence. Là-bas c'est normal la présence de l'armée française, les proconsuls à l'ambassade ou à l'état-major, les camps militaires. Là-bas, c'est normal l'instruction des gardes présidentielles. Là-bas, c'est normal la captation des richesses naturelles. D'ailleurs «tout le monde fait pareil». Jeune ou vieux, de gauche ou de droite, nul Français ne songe à s'offusquer de voir nos soldats mener, presque chaque année, une opération militaire en Afrique, au Tchad, en Côte d'Ivoire, au Rwanda, quand tous se gaussent de cette Amérique venue faire la police en Irak, en maquillant d'un fard démocratique les intérêts géopolitiques et pétroliers de Washington. Il y a pourtant bien des symétries.

 

J'ai vu récemment un documentaire sur la guerre du Biafra, quatre ou cinq demi-heures de témoignage brut des principaux acteurs, sans commentaires. Je suis restée sans voix. A ceux qui sont nés après 1970, le Biafra ne dit rien. Dans cette région du Nigeria, riche en pétrole, une ethnie, chrétienne et animiste armée par la France, réclama l'indépendance. S'ensuivit une guerre meurtrière de trois ans, révolte financée depuis l'Elysée via des sociétés suisses. La télévision française aimait alors montrer les enfants affamés que les militaires français ramenaient par avion pour les soigner, jamais elle ne laissait voir la cargaison de l'aller, remplie d'armes... A l'image maintenant, les anciens collaborateurs de Jacques Foccart, repus dans leurs fauteuils Louis XV, détaillent sans émotion ces montages illégaux. Les officiers, lieutenants d'alors, généraux d'aujourd'hui, racontent ce bon tour le sourire aux lèvres. Fin du documentaire. Pas un mot, pas une ligne dans les livres d'histoire.

 

Des drames comme celui-ci, l'Afrique en contient des dizaines, soigneusement passés sous silence. Les massacres des Bamiléké au Cameroun par la France du général de Gaulle, le génocide des tutsis commis par un régime soutenu par François Mitterrand, les assassinats d'opposants, les manipulations d'élection... Le passif de la France sur le continent africain n'a rien à envier à l'impérialisme américain en Amérique latine ou au Moyen-Orient.

 

Il est à la mode parmi les intellectuels français de se plaindre du mouvement de repentance qui s'est répandu depuis quelques années. Les bienfaits de la colonisation, à inscrire dans les manuels scolaires, ont même fait l'objet d'une proposition de loi, largement soutenue par les députés. […] Mais les peuples sont comme les familles. On ne peut pas faire le tri de la mémoire. Il est des secrets soigneusement cachés dont l'onde portée va bien au-delà d'une ou de deux générations. Les enfants héritent de tout: du malheur comme du bonheur, de la richesse comme des dettes.

 

La République française paie aujourd'hui la facture de son passé. Il suffit de dérouler la liste des appellations officielles des Maghrébins, nés dans un département français avant 1962 ou sur le sol hexagonal depuis les années 1970. Par la loi, ils furent et sont des Français comme les autres. Les gouvernements successifs n'ont pourtant cessé d'inventer des périphrases: «indigène musulman», «sujet africain non naturalisé», «JFOM» (jeune français originaire du Maghreb), «jeune issu de l'immigration », «fils de harkis », «jeune des quartiers », «Arabo-musulman »,« Français d'origine arabe »,« Français musulman»...

 

La France vit encore comme si en Afrique elle était chez elle, et comme si, sur son sol, ses enfants d'ascendance africaine n'étaient pas français. Le développement de la Françafrique, notre tolérance vis-à-vis des réseaux, tout ramène à ce secret colonial, à cet empire qui hante les esprits comme un fantôme. Oui, Total, la première entreprise française, est riche et prospère. Mais la manière dont la firme s'est bâtie fait partie de l'héritage. Qui osera un jour rendre au Nigeria, au Cameroun, au Gabon, au Congo-Brazzaville ce que la France leur doit? Qui contestera les contrats conclus par Areva pour l'uranium du Niger ou ceux des mines d'or de Sadiola au Mali, deux pays parmi les plus pauvres du globe, qui ne touchent qu'une part dérisoire des richesses prélevées dans leur sol? La République a contracté une dette qu'il lui faudra bien honorer. Notre prospérité est nourrie de richesses que nous détournons. A certains de ces sans-papiers qui risquent leur vie pour gagner l'Europe, il pourrait être versé une rente au lieu d'un avis d'expulsion. Je rêve, pour ce pays que j'aime, d'un réveil collectif.

 

Une France digne de son idéal et de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique: ce qu’une génération a fait, une autre peut le défaire. C’est possible.

[…] »

 


(PS : un petit flou apparaît dans la carte des interventions françaises en Afrique (planche xxv) qui ne permet pas de trancher sur le rôle de "l'interposition" française de 2002 en Côte d'Ivoire ; flou qui pourrait laisser imaginer que l'intervention était de celles soutenant les pouvoirs... Le rôle des Bongo et autres Sassou à l'appui de Chirac pour dégommer Gabgbo permet de clarifier ce flou...)

 

 

 

 

«"La malédiction de Cham qui n'a jamais eu lieu", par Pierre Ndoumaï.»

Par Delugio :: vendredi 15 juin 2007 à 19:00 :: Livres




ndoumaïLivre :
Pierre Ndoumaï, On ne naît pas Noir, on le devient. Les métamorphoses d’une idéologie raciste et esclavagiste, L’Harmattan, 2007.
Pierre Ndoumaï s'attache, entre autres, à montrer l'absence de fondement dans la Bible des théories racistes qui ont prétendu s'en "autoriser" avec pour effet d'ancrer les "noirs" dans la "malédiction". Préjugés qui ont été reçus aussi par l’islam.
Un travail important a déjà été accompli par nombre d’exégètes chrétiens et juifs sur le Nouveau Testament pour le débarrasser des lectures anti-juives qui en ont été faites.
Pierre Ndoumaï, chrétien lui-même, offre ici un travail du même ordre, sur la Bible en général, pour la débarrasser des lectures anti-«noires» qui, à l’encontre du texte, ont contribué à nourrir et à propager l’idéologie raciste qui a fondé les rapts et les déportations esclavagistes d’Africains — et leurs suites coloniales et post-coloniales.
Les deux combats, tous les combats contre le racisme, doivent être menés de front : « Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous », avertissait Frantz Fanon
.
Ce combat sur plusieurs fronts, pour n’être pas aisé, n’en est pas moins indispensable. L’humanité ne peut se libérer qu’en son entièreté. Il n’y a qu’une seule «race» humaine, quel que soit le taux de mélanine ou les traditions religieuses.
Ce combat, pour être efficace, doit éviter les caricatures, ce que fait le livre de Pierre Ndoumaï. Simple exemple (il y en aurait d’autres) : Ndoumaï précise et montre que saint Augustin comme Thomas d’Aquin n’ont pas fait leurs ces lectures erronées ; cela vaut aussi pour les réformateurs protestants, malgré l’usage indu qui a été fait de leur exégèse (Ndoumaï le montre pour Luther).
Une interrogation, dans un autre domaine : on aurait préféré que Ndoumaï use, pour le Rwanda, d’une autre référence
que Lugan (p. 70-71 note 120) !… quand il dénonce remarquablement son double, Smith (p. 143 sq.). (Il n'aborde quasiment pas la crise franco-ivoirienne - deux lignes, p. 142 et 150 - ; s'il ne parvient "[pas à] nier le rôle positif des troupes françaises en Côte d'Ivoire", il constate qu'"[ils] reviennent encore aujourd'hui pour imposer la paix à leur manière" - p. 142. Et il se demande "avec quels moyens [les rebelles] acquièrent [leurs armes] et de quelle manière ces armes sont acheminées" - p. 150.)
Un livre très utile quoiqu’il en soit, œuvre de déconstruction de préjugés catastrophiques.
Ndoumaï aurait pu aller encore plus loin. Ainsi, il
n’a pas corrigé l’erreur classique sur le Cantique du Cantique — «Je suis noire "mais" belle» là où le texte dit précisément : «je suis noire et belle». Le «mais» ne se trouve ni dans l’hébreu, ni même dans la traduction grecque des Septante. Il apparaît dans la version latine de la Vulgate, au Ve siècle ap. JC.

Ci-dessous, l’article d’Afrikara
«"La malédiction de Cham qui n'a jamais eu lieu", par Pierre Ndoumaï» qui m’a fait découvrir ce livre :


Afrikara
02/06/2007 —
http://www.afrikara.com/index.php?page=contenu
&art=1786&PHPSESSID=4ec5f935402964427254f81796a699a4


«"On ne naît pas Noir, on le devient. Les métamorphoses d’une idéologie raciste et esclavagiste" paru chez l’Harmattan en 2007
,
c’est la prise de parole autorisée d’un Africain décidé à déconstruire avec méthode et rigueur les imaginaires et soubassements du racisme judéo-chrétien qui a mené aux servitudes cumulées, banalisées, normalisées des Nègres dans un monde dominé par l’Occident blanc. Un ouvrage rafraîchissant qui tombe à pic alors qu’une certaine afrocentricité de supermarché, animée par la boulimie du lucre et singulièrement inapte à produire quelque consistance discursive que ce soit, tend à ombrager la qualité des contributions intellectuelles des Africains et Afrodescendants exemplifiée par Cheikh Anta Diop parmi d’autres éminents.

Dans «On ne naît pas Noir, on le devient» Pierre Ndoumaï, qui a enseigné l’histoire de l’église et l’hébreu biblique revient à la genèse des textes talmudiques et chrétiens qui nourrissent une haine viscérale du Noir et la définition de ce dernier comme prototype du péché, du mal, de la laideur. Il nous livre ici une part de sa réflexion que les karanautes pourront approfondir dans son ouvrage.


Les discours afro-pessimistes qui trouvent encore plusieurs adhérents à travers le monde puisent à profusion dans les stéréotypes et les clichés conçus au cours de l’histoire sur les Noirs. La raison fondamentale de cette chosification des Noirs au cours de l’histoire se trouve être l’idée suivant laquelle les Noirs seraient maudits à la suite de leur soi-disant père Cham.

La première mention de cette idée se trouve dans les écrits talmudiques. La négritude y est perçue comme la conséquence de la malédiction et équivaut à la laideur. Cette idée est une interprétation d’un texte de la Bible, à savoir Gen 9, 18-27, où il est pourtant question de la malédiction de Canaan et non pas de Cham. Aussi étrange que cela puisse paraître, cette interprétation fantaisiste de la Bible qui a donné lieu à une idéologie funeste a eu et a encore des conséquences désastreuses dans la vie des Noirs. Celle-ci a été transmise aux chrétiens, car elle est présente dans les écrits de certains Pères de l’Eglise ancienne.

 

L’idée a fait son chemin et a atteint le Moyen-âge où elle a été très bien accueillie. En effet, après des vagues de pestes qui ont dévasté l’Europe, celle-ci était dans un très grand besoin de la main d’œuvre. C'est ainsi que l’idée que les Noirs en tant que "descendants de Cham" seraient maudits et mériteraient d’être réduits à l’esclavage a été donc saluée par l’Europe "supposée être chrétienne". La religion chrétienne et la science ont été appelées à la rescousse pour justifier l’infériorité des Noirs par rapport aux autres races, le but étant de montrer que même naturellement, le Noir est déterminé à l'infériorité et à l'inutilité comparativement aux autres races en général et au Blanc en particulier.

En effet, plusieurs papes ont cautionné la soumission des Noirs à l’esclavage par leurs bulles pontificales. Du côté de la science, l’anthropologie, l’ethnologie, l’égyptologie, la linguistique pour ne citer que ces quelques exemples, ont été manipulées pour parvenir à l’exécrable but de démontrer par une ‘’pseudo-science’’ l’infériorité, voire l’inutilité des Noirs.

A cela, il faut ajouter la symbolique des couleurs qui a favorisé depuis le Moyen âge le cumul des préjugés, stéréotypes et clichés sur les Noirs. La couleur noire était perçue comme le symbole du deuil, de la souffrance, du malheur, de la laideur, bref tout ce qui est négatif et odieux, tandis que la couleur blanche était le symbole de l’innocence, de la beauté, du bonheur, bref tout ce qui est sublime et parfait, donnant ainsi un écho très favorable aux commentaires des écrits talmudiques. Il s’ensuit que lorsqu’on parle de l’homme noir, on ne se réfère pas à la couleur de sa peau, mais plutôt à ce qui se cache derrière la couleur noire. Il s'agit bien entendu des préjugés, stéréotypes et clichés qui remontent à l’esprit et non pas la couleur de sa peau qui, loin d’être en réalité noire est plutôt brune. La condition actuelle des Noirs à travers le monde ne peut ignorer les séquelles non seulement des traitements inhumains dont ils ont payé les frais, mais aussi du regard méprisant et humiliant jeté sur eux, bien que basé sur une idéologie mensongère.

 

L’esclavage n’a pas été l’unique forme d’exploitation des Noirs car le colonialisme et le néocolonialisme qui s’en inspirent sont autant d’outils de chosification et d’exploitation. Il convient de souligner que même l’évangélisation de l’Afrique s’est faite sous l’angle de la théologie de malédiction. Il était question d’aller arracher les pauvres fils de Cham des griffes du diable. Et d’ailleurs à Vatican I (1869-1870), un groupe d’évêques s’est approché du pape avec un postulatum pour solliciter que le saint père lève la malédiction qui pèserait sur les misérables fils de Cham.

C’est aussi le lieu de noter que même si les Noirs ont été maltraités, exploités, méprisés, et chosifiés injustement au cours de leur histoire récente, il reste qu'ils sont en partie responsables de leurs malheurs. Il suffit pour s'en convaincre d'évoquer la dictature, la gabegie, la corruption, les coups d’Etat, le népotisme, le bourrage des urnes, les guerres civiles, le grand banditisme, etc. qui minent l'existence humaine aux pays des Noirs. Les auteurs de ces vices sont les Noirs eux-mêmes, quoique généralement instrumentalisés, installés ou tenus en joue par le néocolonialisme. Ce faisant ils sont devenus des loups pour d’autres Noirs.

 

La réflexion menée dans «On ne naît pas Noir, on le devient» [L’Harmattan, 2007] débouche sur l’appel à une prise de conscience à un double niveau :

-               L’Occident se doit de réaliser que l’idéologie de la malédiction des Noirs est une théorie erronée même si on a voulu à tort impliquer la Bible et la science pour la justifier. Il est par conséquent important de se défaire des préjugés, stéréotypes et clichés qui sont les métamorphoses de cette funeste idéologie pour considérer le Noir à sa juste valeur, rien de moins qu’un être humain comme les autres. Ni un quelconque déterminisme génétique, ni les effets d’une quelconque malédiction n’ont d’effet sur l’existence des Noirs. Le Noir n’est pas déterminé à la naissance comme on a voulu l’insinuer. Il est un être humain libre et capable de se réaliser comme les autres.

-              Les Noirs de leur côté se doivent tout d’abord de comprendre qu’il est de leur responsabilité de montrer aux autres qu’ils ne sont pas moins humains qu’eux, en se comportant de manière responsable. Il faut cesser de donner des munitions aux afro-pessimistes en favorisant une culture vicieuse qui ne fait qu'enfoncer le continent noir dans le sous-développement. Il faut résister à l’idéologie qui prône l’infériorité des Noirs en s’engageant résolument sur la voie du développement intégral et durable et en dénonçant toute pratique qui se situe aux antipodes de ce noble but.  

Les contingences et vicissitudes de l’existence sont allées à l’encontre des intérêts des Noirs, mais ensemble qu’on soit Blanc, Jaune ou Noir, nous pouvons dans le coude-à-coude nous opposer à toute idéologie ou pratique qui s’attaque à la dignité humaine et travailler ensemble en vue de la réalisation du plan du Créateur qui est de voir chaque être humain se réaliser en devenant heureux.»




Les dessous de la «crise ivoirienne» — Simone Gbagbo fait des révélations

Par Delugio :: mercredi 13 juin 2007 à 18:57 :: Livres




Le Matin d’Abidjan — mercredi 13 juin 2007 —
http://www.lematindabidjan.com/visual_article.php?num_actualite=7529 :

par
Philippe Kouhon, envoyé spécial à Bruxelles :

 

 

« Les dessous de la crise ivoirienne
Depuis la Belgique, Simone Gbagbo fait des révélations
"Pourquoi l'ONU ne m'a pas sanctionnée" 
 

Simone Gbagbo

A l'invitation de la diaspora ivoirienne de Belgique et sous la coordination de la représentation du Cojep-Bénélux, la première dame de Côte d'Ivoire était le mercredi 6 juin à Bruxelles pour la dédicace de son livre "Paroles d'honneur".

"L'ambassadeur de la France à l'Onu proposait de suspendre la Constitution de la Côte d'Ivoire. Il proposait un avant-projet de résolution qui demandait de transférer les pouvoirs du président de la République au Premier ministre Charles Konan Banny. Nous sommes dans un Etat où le régime politique est présidentiel. Le Premier ministre chez nous n'est que le premier des Ministres et le coordonnateur des activités gouvernementales. Et les ambassadeurs membres du conseil de sécurité de l'Onu ont décidé qu'à aucun moment l'Onu ne peut avoir le droit de suspendre la Constitution d'un pays membre. Je me souviens comment les pays membres du Conseil de sécurité de l'Onu ont pu se mobiliser pour sauver quelque chose de fondamentale, en ce qui concerne les petites nations que nous sommes. Il s'agissait de savoir si le monde entier allait autoriser l'Onu à dissoudre la Constitution d'un pays membre. Nous avons prié, nous avons observé et nous avons conclu que l'espoir est permis pour l'humanité toute entière. Je vous assure, messieurs les ambassadeurs que pendant ces trois jours, du 30 octobre au 2 novembre 2006, nous nous posions la question de ce que le conseil de sécurité de l'Onu allait décider ". Voici une des précisions que la Première Dame, qui était à Bruxelles, à l'invitation de la diaspora ivoirienne de Belgique, pour la dédicace de son livre " Paroles d'honneur " a bien voulu faire. Elle instruisait ainsi sur le rôle nocif de la France dans la crise ivoirienne. Poursuivant son propos, elle a aussi expliqué comment l'Elysée s'est minutieusement employé à dresser toute la communauté internationale contre le régime d'Abidjan, pour obtenir la chute de Laurent Gbagbo: " J'ai vécu une expérience extrêmement riche en Côte d'Ivoire. J'ai pu voir comment un pays, un régime peut être diabolisé méthodiquement pour atteindre un objectif précis. J'ai également pu voir comment les médias occidentaux peuvent être utilisés comme instrument de déstabilisation de nos pays en Afrique ; comment les efforts fournis par les régimes au pouvoir en Afrique, pour sortir nos populations du sous-développement, de la misère, peuvent être ruinés en très peu de temps. Ce qui fait qu'en Afrique nous sommes en perpétuel recommencement. De sorte qu'on finit par se convaincre soi-même qu'on est un continent maudit. J'ai vu comment l'occident tout entier peut combattre un régime qui ne plait pas à l'un de ses membres ", a révélé Simone Gbagbo au nombreux public venu de France, d'Allemagne, Londres, Bénélux, dont des groupements associatifs, les leaders des mouvements patriotiques, diplomates, ministres pour écouter la " First Lady " ivoirienne. C'est donc selon elle, pour rétablir la vérité, qu'elle a écrit " Paroles d'Honneur " ce livre de 500 pages. " J'ai écrit ''Paroles d'Honneur'' pour dire aux Ivoiriens mais aussi aux autres Africains et au reste du monde, ma part de vérité sur ce qui se passe en Côte d'Ivoire; sur le rôle que chacun y a joué; sur le rôle que les médias occidentaux ont joué dans mon pays; sur le rôle que le régime de monsieur Chirac a joué en Côte d'Ivoire; sur les responsabilités que ce régime a dans la crise en Côte d'Ivoire; mais également sur le rôle joué par certains pays africains et sur le rôle joué par les Ivoiriens eux-mêmes dans cette crise. On m'a accusée d'être esclavagiste, d'être à la tête des escadrons de la mort, d'avoir pactisé avec Trafigura pour déverser les déchets toxiques en Côte d'Ivoire, mais je n'ai pas compris comment j'ai pu échapper aux sanctions onusiennes. Peut-être à cause de ma foi en Christ ? ", a noté le député d'Abobo. Qui révèle dans la foulée comment ce livre a été conçu : " Ce n'est pas un exercice très facile pour moi de parler de quelque chose que j'ai faite. Je parle plus facilement de la situation politique dans mon pays. Je me sens toute capable d'animer un meeting. Je me sens toute capable de tenir une classe ; je me sens toute capable de rédiger un essai à la suite d'un travail de recherche; mais écrire un ouvrage qui ait des caractéristiques littéraires, je ne me sentais pas du tout capable. Si ce livre a pu être écrit c'est grâce à cette femme là, Liliana Lombardo. C'est elle qui m'y a encouragé. Elle a tellement insisté que j'ai fini par accepter. Je lui ai dit que je n'avais rien à dire et elle m'a dit qu'elle me poserait des questions auxquelles je répondrai. Pendant trois semaines, nous avons travaillé sur au total 130 questions-réponses. Ensemble avec une équipe mise sur pied par elle, nous avons travaillé pendant plusieurs mois et finalement j'ai dit, en enlevant les questions, on pouvait bâtir un ouvrage. Et cela a donné un manuscrit énorme de 800 pages. Après nettoyage, nous avons obtenu 500 pages qui constituent, Parole d'Honneur ". Notons que cette soirée dédicace qui a eu pour cadre la salle de conférence de l'Hôtel Marriott a été un véritable succès, vu la participation de nombreuses personnalités dont SEMme Marie Gosset, ambassadeur de Côte d'Ivoire au Bénélux, le ministre Alphonse Douati, Mamadou Dembélé, président du Cojep-Bénélux, initiateur de la rencontre. Après l'étape de Bruxelles, l'auteur s'est envolé pour la Suisse où la diaspora ivoirienne de ce pays attend son tour de dédicace qui aura lieu aujourd'hui à Genève. Initiée par les différentes représentations du Cojep en Europe, " la caravane de dédicace de l'œuvre de madame Simone Ehivet Gbagbo se poursuivra dans plusieurs autres capitales européennes ", a confié, Legré Thierry, membre de la délégation de la Première dame et de la galaxie patriotique ivoirienne. »




"Evénements de novembre 2004 - un nouveau livre éclabousse la Chiraquie"

Par Delugio :: lundi 09 avril 2007 à 11:59 :: Livres




À propos du livre de Paul Moreira
Les Nouvelles censures, dans les coulisses de la manipulation de l’information, 288 pages, Editions Robert Laffont.

 moreira

Article dans Le Courrier d'Abidjan No 980 du Mercredi 4 Avril 2007 -
http://www.lecourrierdabidjan.info/
a_la_une.asp?id=13725
:

par Théophile Kouamouo :

"Ce sont des jours et des nuits qui resteront gravés dans la mémoire de nombreux Ivoiriens. Le 6 novembre 2004, l’armée française interrompt l’opération «César» (ou «Dignité») lancée par les Forces de défense et de sécurité (FDS) ivoiriennes pour libérer une partie du territoire national pris en otage depuis plus de deux ans par des mouvements rebelles coalisés soutenus par des pays voisins. Raison invoquée? L’armée ivoirienne aurait bombardé une position française à Bouaké. Très vite, la force Licorne engage une opération d’occupation d’Abidjan, principale métropole du pays, et se heurte à la résistance civile d’un peuple qui refuse d’être recolonisé. Sur les deux ponts d’Abidjan, les hélicoptères français mitraillent des manifestants voulant aller libérer l’aéroport, aux mains des hommes du général Henri Poncet. Les militaires français se positionnent notamment sur le parking de la tour de l’Hôtel Ivoire, à moins d’un kilomètre d’une résidence présidentielle se situant dans la ligne de mire des nervis de l’ancien colonisateur. Ils finissent par ouvrir le feu sur une foule désarmée venue les empêcher d’attenter à la vie du président Laurent Gbagbo. Des dizaines de personnes sont tuées. Des caméras filment les forfaits de l’armée française. Une armée française qui, contre toute évidence, nie les faits, en accord total avec le gouvernement qui lui donne des ordres. Les médias français restent muets et étouffent la vérité, malgré toutes les preuves dont ils disposent. Seule Canal + et I-Télé, qui appartient au même groupe, diffusent les images qui prouvent la réalité des crimes de guerre hexagonaux. Le scandale éclate. Il est très vite étouffé par la complicité du silence entre les médias dominants et le pouvoir incarné par Jacques Chirac.
Plus de deux ans après, Paul Moreira, ancien responsable et présentateur de l’émission 90 minutes de Canal + (qui avait édifié l’opinion française sur ce qui s’était passé sur les ponts et sur l’esplanade de l’Ivoire), a publié, il y a quelques semaines, un livre qui revient, entre autres choses, sur ces «jours de feu». Le titre ? «Les nouvelles censures, dans les coulisses de la manipulation de l’information». Il dénonce l’amnésie organisée par les médias français sur «le crime de guerre» perpétré par les autorités de leur pays. «En Côte d'Ivoire, pendant les émeutes de novembre 2004, l'armée française a tiré à balles réelles sur des manifestants civils. Des caméras vidéos ont tout filmé. Pourtant, cette bavure a été couverte par une immédiate et étonnante amnésie. Une amnésie audiovisuelle...», écrit Paul Moreira. A l’inverse des militaires, des politiques et des journalistes français aux ordres, Paul Moreira affirme clairement que le jeune Jean-Louis Coulibaly Kouassi et les autres ont été tués par les snipers qui se trouvaient au sixième étage de l’Hôtel Ivoire. «... A 15 heures, les manifestants sont à moins de deux mètres des blindés français. Certains jeunes s'amusent, par défi, à aller toucher le canon des chars. Ils sont acclamés. A la suite d'un mouvement de foule plus important que la caméra ne parvient pas à capter, l'ordre de tirer est donné. En une minute, les soldats français brûlent 2000 cartouches. De l'autre côté du dispositif, en surplomb d'un bâtiment, les caméras de télévision ivoirienne filment la scène. Des soldats, bien campés sur leurs jambes, tirent en rafales. Certains au-dessus des têtes, d'autres à tir tendu, le fusil au niveau de la poitrine. Ils tirent sans même la protection de leurs véhicules blindés, qui sont rangés en rempart juste derrière eux... Apparemment les soldats savent qu'ils ne risquent pas de riposte. Quand les tirs cessent, les caméras ivoiriennes continuent d'enregistrer : les victimes, la terreur, la chair entamée par les balles, une main arrachée, les os brisés par le métal. "Qu'est-ce qu'on a fait à la France?", hurle un homme. Une image choque particulièrement : un corps sans tête. La boîte crânienne a explosé et la cervelle s'est répandue autour d'elle. Ca ne peut pas être une balle de fusil d'assaut FAMAS. Le calibre - est trop mince. Un seul type de munitions est capable de faire autant de dégât : la 12,7 millimètres. De celles qui équipent certains fusils de snipers...»
Les médias français étaient-ils sous informés sur ce qui se tramait à Abidjan ? Non, répond Paul Moreira. «En France, le soir même, aux journaux télévisés, c'est le black-out. TF1 ne fera rien. France 2 relate l'incident avec une sorte de bouillie visuelle, bougée, floue, informe et de couleur principalement verte, où l'on entend simplement les coups de feu à distance...Beaucoup plus tard nous découvrirons que toutes les rédactions nationales (françaises, ndlr) avaient eu très vite en leur possession les images explicitées de la télé ivoirienne. Que les journalistes français présents sur place avaient bel et bien enquêté....Dans les directions de l'information du service public, on ne diffuse rien, "par sens des responsabilités". A la notable exception de la chaîne info i-télé, les rédactions font le choix délibéré de ne pas montrer ces images...» Paul Moreira compare l’indifférence des médias français face aux massacres d’Abidjan au scandale des Algériens jetés dans la Seine le 17 octobre 1961. «L'histoire bégaie. Depuis longtemps, je suis fasciné par l'amnésie collective autour d'un massacre commis en octobre 1961 par la police française sous les fenêtres des Parisiens. Ce jour-là, le 17 octobre 1961, deux cent Algériens ont été tués, jetés à la Seine pour la plupart, sans que l'événement soit relaté. Sans qu'il trouve une place dans notre mémoire. Certains de ces Algériens avaient été assassinés sur les Grands Boulevards, quasiment au pied des sièges des grands journaux parisiens. Ceux-ci avaient choisi de ne pas voir. Et voilà que sur les ponts de la Lagune d'Abidjan, ça recommençait. J'étais pourtant convaincu de ne jamais plus assister à un octobre 1961. C'était bien avant la télévision de masse, la vidéo et les caméras légères. L'ORTF était aux ordres, totalement soumise à l'effort de guerre».
Les médias complices de la Chiraquie tentent de minimiser l’impact du livre de Paul Moreira. Il est, ces derniers jours, la victime des «nouvelles censures» qu’il dénonce. «Certains, comme VSD, ont bloqué un papier sur le livre, malgré l’enthousiasme qu’il avait suscité chez l’auteure de l’article. Télérama voulait un grand entretien pour l’hebdomadaire papier, qui n’a finalement été publié que sur le site Internet sans qu’il soit fait mention du livre. Ils avaient pourtant demandé l’exclusivité. Le climat n’est pas à la méfiance. Mon livre provoque plutôt de la gêne. Je n’assiste pas à un tir de barrage contre le bouquin. Personne ne conteste les faits. Ce que je raconte est établi : je source, je donne des références officielles. C’est probablement le chapitre sur la Côte d’Ivoire qui pose problème. Ce qui expliquerait le manque d’enthousiasme des médias qui se sont contentés de la version officielle, comme Libération par exemple», confie Paul Moreira dans une interview.
Le pouvoir français a eu raison de l’émission 90 Minutes, qui dérangeait et faisait l’objet de beaucoup de «pressions». Elle a été supprimée de la grille de Canal + sans grand bruit. Mais le livre de Paul Moreira est là, et il témoignera pour l’Histoire. Nous en reparlerons."

Les Nouvelles censures, dans les coulisses de la manipulation de l’information, 288 pages, Editions Robert Laffont.

 

 

 

Deux ouvrages “négrologiques” (I)

Par Delugio :: lundi 11 décembre 2006 à 20:27 :: Livres




Article disparu de blogs.nouvelobs.com (24.02.05) et toujours d'actualité.
(À compléter :



Deux livres récents sur l’Afrique ont eu un certain écho. Le premier parce que son auteur a été largement condamné, le second parce que son auteur a été primé.

Le premier livre est celui de Bernard Lugan, God bless Africa. Contre la mort programmée du continent noir, Chatou, Carnot, 2003 ; le second celui de Stephen Smith, Négrologie. Pourquoi l’Afrique meurt, Paris, Calmann-Lévy, 2003.
Les deux ouvrages sont « négrologiques ». Le premier soutient que la solution pour une Afrique « agonisante » passe par des guerres tribales inévitables, le second laisse à penser qu’il n’y a pas de solution. Les deux se fondent sur le même diagnostic, que les critiques africains s’accordent à reconnaître raciste — ou au moins racialiste — pour les deux, et que les critiques français semblent ne condamner que dans le premier cas, puisqu’ils le priment dans le second !
Est-ce parce que le second, Smith, ressemble à une reprise « light » des arguments du premier ? Est-ce qu’une argumentation que les critiques africains jugent raciste cesse de l’être, en France, quand elle est reprise en termes « lights » ? En l’attente d’une réponse à cette question, qui laisse à penser que la vigilance antiraciste s’est pour le moins relâchée en France, voici quelques données :

 

— Un texte de Didier Daeninckx, écrivain, concernant le négationnisme de Lugan ;

— Une dépêche de la PANA (agence de presse panafricaine) sur le colonialisme de Lugan ;

— Le résumé du livre de Lugan par son éditeur ;

— Un résumé personnel de l’essentiel de son argumentation ;

— La présentation du livre de Smith par Francis Laloupo du Nouvel Afrique-Asie ;

— des extraits d’autres analyses de Smith par Bruno Gouteux.

 

 

_____________________________

 

« Quand le négationnisme s’invite à l'université »
par Didier Daeninckx, écrivain ("Le goût de la vérité", Verdier)

Lundi 7 février 2000

L'affaire Bernard Lugan, le professeur fouetteur de Lyon III

Cité d’après www.amnistia.net.

 

« En 1985, Bernard Lugan, professeur d'histoire à Lyon III, préside la soutenance de thèse d'Abdelhamid Bdioui intitulée "L'image de l'Arabe et du musulman dans la presse écrite (1967-1984)" dans laquelle les arguments développés dans "Les Protocoles des Sages de Sion", le faux antisémite produit par la police secrète tsariste, sont approuvés. En 1987, il est nommé membre du Comité National des Universités, un organisme chargé de gérer la carrière des universitaires. Au cours des années suivantes, il n'est pas rare de voir apparaître le nom de Bernard Lugan près de celui de Régis Ladous dans des jurys comme "Léon Daudet et l'antisémitisme" ou "Destin d'Afrique". En 1990, il diffuse un "Manifeste pour les libertés universitaires" en soutien à son collègue Bernard Notin de Lyon III qui vient de publier un violent article négationniste et raciste dans la revue du Cnrs, Économies et Sociétés. Son initiative est saluée par la Revue d'Histoire révisionniste, et quelques mois plus tard, comme le rapporte Le Monde du 18 mai 1990, la commission des spécialistes de l'Université le classe en tête pour passer du grade de "maître de conférences" à celui de "professeur". Peu après, il assure une causerie sur l'Afrique du Sud pour "l'Association pour la défense de la Mémoire du Maréchal Pétain".

En 1991, Bernard Lugan participe à un curieux pèlerinage, le "Rassemblement de la piété française". Il considère en effet que Charles Martel n'a pas "anéanti" les Arabes à Poitiers en 732, comme le rapportent les manuels d'histoire, mais dans un village du Lot, "lieu de la victoire définitive" auquel il aurait légué son nom ! La manifestation, interdite par le maire de Martel, rassemble en octobre une centaine d'illuminés dont une majorité d'intégristes catholiques, des skinheads et les maigres troupes de l'Oeuvre Française, le groupuscule fasciste fondé après mai 68 par l'ancien collaborateur de la revue Europe Action, Pierre Sidos. L'année suivante, Bernard Lugan livre une contribution au recueil "Rencontres avec Saint-Loup" édité en hommage à l'ancien Waffen SS français. Son texte s'intitule "Une tribu blanche d'Afrique australe". Plume facile bien que redondante, Lugan collabore à Identités, la revue théorique du Front National où il prône la création d'un état blanc d'Afrique du Sud, seul susceptible de garantir la "survie de l'identité blanche". On retrouve ses chroniques dans Minute-la France, Présent, National-Hebdo où, sous le titre "Adieu à un vieux camarade", il pleure Poulet-Dachary, adjoint au maire de Toulon, assassiné par un gamin ramassé nuitamment dans un bar de la ville basse.

L'épopée coloniale le hante, et dans Le Crapouillot il laisse libre cours à